Faut-il détester la Russie ? - Robert Charvin - E-Book

Faut-il détester la Russie ? E-Book

Robert Charvin

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Pas un jour ne passe sans que la Russie ne soit attaquée par les médias occidentaux. À juste titre ? Dans ce livre, Robert Charvin expose la mise à la marge historique de la Russie en partant de l’exemple éclairant du procès du résistant de la Seconde Guerre mondiale Vassili Kononov. L’auteur montre ainsi comment l’Histoire est réinterprétée pour correspondre aux intérêts contemporains des grandes puissances.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Auteur de très nombreux essais politiques, Robert Charvin est professeur émérite de Droit à l’Université de Nice. Il est également consultant en droit des relations internationales.

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Seitenzahl: 296

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Faut-il détester la Russie?

Ouvrages déjà parus aux éditions Investig’Action :

Ahmed Bensaada, Arabesque$, 2015

Michel Collon, Je suis ou je ne suis pas Charlie ?, 2015

Grégoire Lalieu & Mohamed Hassan, Jihad made in USA, 2014

Raf Custers, Chasseurs de matières premières, 2013 (avec Gresea et Couleur livres)

Michel Collon, Grégoire Lalieu & Mohamed Hassan, La stratégie du chaos, 2011 (avec Couleur livres)

Michel Collon, Libye, Otan et médiamensonges, 2011 (avec Couleur livres) Bahar Kimyongür, Syriana, 2011 (avec Couleur livres)

Michel Collon, Israël, parlons-en, 2010 (avec Couleur livres)

Michel Collon, Les 7 péchés d’Hugo Chavez, 2009 (avec Couleur livres)

Robert Charvin

Faut-il détester la Russie?

Vers une nouvelle guerre froide

Investig’Action

© Robert Charvin – Investig’Action, 2016

Mise en page et couverture : Inês Monteiro

Ebook : Simon Leroux

Relecture : Merci à Sarah Brasseur, Patrick Noireaut, Sarah Vergote, ED’A

Edition : Investig’Action

Emmanuel Wathelet, [email protected] Interviews, débats : [email protected]

ISBN : 978-2-930827-032

Dépôt légal : D/2016/13.542/1

Table des matières

Préface de Michel Collon6

Introduction16

L’affaire Vassili Kononov22

Le procès de la Résistance63

La Russie perçue par l’Occident111

Postface166

Conclusions : vers une nouvelle « guerre froide » ?172

Faut-il détester la Russie ou faut-il réfléchir ?

Préface de Michel Collon

En 1945, les Français savaient. En 2015, ils ne savent plus.

En mai 1945, à la question « Qui a le plus contribué à la défaite allemande ? », 57% des Français répondaient : l’Union soviétique. 20% seulement répondaient les Etats-Unis et 12% la Grande-Bretagne. Mais cinquante ans plus tard, tout a basculé : en 1994, à l’occasion du cinquantième anniversaire du débarquement allié en Normandie, 49% des Français citent les Etats-Unis, 25% l’URSS et 16% la Grande-Bretagne. En 2004, la tendance s’accentue : 58% pour les Etats-Unis, 20% seulement pour l’URSS1. En 2015, le sondeur britannique ICM2 obtient des résultats pires encore en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne.

Pourtant, les faits sont indiscutables. Hitler a engagé, et perdu, ses meilleures troupes devant Moscou et Stalingrad. Il utilisait dans cette offensive l’énorme appareil de production volé en France et en Belgique, il mobilisait de nombreuses forces étrangères, il bénéficiait de l’étrange passivité des Etats-Unis. Lesquels, des années durant, refusèrent d’ouvrir un second front à l’Ouest et ne débarquèrent qu’en juin 44, à la dernière minute. L’essentiel de l’Europe était déjà libéré ou en passe de l’être. « Voler au secours de la victoire » est l’expression qui convient.

D’ailleurs, dans cette guerre antifasciste, l’URSS a perdu vingt-trois millions de morts, les Etats-Unis quatre cents mille (dont 184.000 sur le front européen). Les journalistes et intellectuels occidentaux qui aujourd’hui minimisent ou discréditent le rôle de l’URSS sont bien ingrats : sans ces horribles Slaves, peut-être parleraient-ils allemand aujourd’hui dans une quelconque section de la Propaganda Abteilung 

Le vol de l’Histoire

Comment peut-on poser la même question - non sur des préférences personnelles, mais sur des faits historiques – et obtenir un résultat assez juste et puis un résultat complètement faux ? En réalité, ce résultat faux n’est pas spontané, il a été fabriqué. Par un conditionnement de l’opinion occidentale : avec un battage publicitaire sur les « Etats-Unis, nos libérateurs » et une diabolisation sur « l’URSS, complice d’Hitler ».

Est-ce grave, cette ignorance ? Ne s’agit-il pas d’une question du passé, à réserver aux historiens ? Non, il ne s’agit pas seulement de notre passé. Connaître l’Histoire est crucial. Comprendre comment nous en sommes arrivés là, comprendre les « règles du jeu » entre grandes puissances est essentiel pour que chaque citoyen puisse répondre à la question « Guerre ou Paix » aujourd’hui ! Voilà pourquoi le livre de Robert Charvin est précieux, mieux : indispensable. Il nous met en garde contre ce qu’il appelle le « vol de l’Histoire ». Nous montrant que celle-ci n’est jamais dépassée, surtout lorsqu’on la déforme et la manipule au service d’ambitions inavouables.

« Vol de l’Histoire » ! L’expression n’est-elle pas trop forte ? Non. En s’appuyant sur des faits précis et des sources incontestables, Charvin nous fait comprendre combien sont artificielles les présentations de certains intellectuels et journalistes occidentaux. En fait, ils fabriquent de fausses évidences simplistes, ou ils y adhèrent sans réfléchir.

L’enjeu est énorme, il s’agit de questions fondamentales : Avons-nous, ici en France et en Europe occidentale, compris les véritables causes de la guerre 14-18 ? Non. Avons-nous compris en quoi cette Première Guerre mondiale a entraîné la Seconde ? Non. Avons-nous compris ce qu’on a appelé le « Pacte Hitler – Staline » ? Non. Avons-nous compris la véritable stratégie des Etats-Unis en 40 - 45 ? Non.

Mais peut-être s’agit-il de simples oublis, d’une mémoire qui s’estompe ou d’erreurs de jugements ? Non, c’est bien plus grave, accuse Charvin : « Les pouvoirs publics occidentaux travaillent avec persévérance sur les mêmes bases falsifiées, afin que la mémoire soit orientée conformément aux besoins politiques du moment. »

On réécrit l’Histoire pour nous manipuler ? Accusation grave. Mais il faut reconnaître qu’elle s’appuie sur quatre dossiers que Charvin éclaire remarquablement.

Quatre silences coupables

En fait, Charvin accuse l’information et l’historiographie occidentale de négationnisme et de révisionnisme.

1. La réhabilitation du fascisme en Lettonie. Pourquoi aucun média occidental ne signale-t-il qu’en Lettonie, notre cher nouvel allié et membre de l’Union européenne, on diabolise la résistance antinazie et on réhabilite discrètement les fascistes collabos de la Seconde Guerre mondiale ? L’appareil judiciaire de ce pays s’est acharné contre un héros de la résistance lettonne, allant jusqu’à le jeter en prison à l’âge de 75 ans, mais cela a été entièrement passé sous silence. Pourquoi ?

2. L’utilisation par l’Ouest de pronazis antisémites en Ukraine. Pourquoi notre nouvelle alliée réhabilite-t-elle les anciens collabos d’Hitler ? Pire : pourquoi les introduit-elle dans l’administration issue du coup d’Etat et à des postes clés ? Toujours dans le silence des médias qui les rebaptisent simples « nationalistes ».

3. La négation du génocide tenté par Hitler contre l’URSS. Le programme était pourtant clair, dans les textes des nazis : les Slaves étant des « sous-hommes », le « Plan Ost » prévoyait d’exterminer 40% des Russes, pour faire place à l’envoi de dix millions de colons allemands et germanisés. Programme qui fut mis en pratique, mais aussi mis en échec par la résistance de tout un peuple. Pourquoi, aujourd’hui, présente-t-on la Seconde Guerre mondiale comme une affaire entre Hitler et les juifs alors qu’il y eut plusieurs génocides ?

4. La dévalorisation des vrais vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Cela commence par la falsification de l’avant-guerre : l’URSS est accusée d’avoir été complice d’Hitler ! Alors qu’elle n’avait cessé de proposer aux Occidentaux de s’allier pour barrer la route au nazisme, mais cette alliance fut refusée par Londres et Paris qui pactisèrent avec Hitler à Munich, approuvèrent son alliance avec la Pologne et lui cédèrent la Tchécoslovaquie, l’encourageant ainsi à attaquer à l’Est, ayant les mains libres à l’Ouest. Quelle inversion des responsabilités !

Cela continue par le négationnisme sur les victimes : qui en Occident rappelle que l’URSS perdit vingt-trois millions de citoyens, la Chine vingt millions et que les pertes britanniques représentent 1,8% du total, les pertes françaises 1,4% et les pertes US 1,3% ? Et cela se conclut par la mise en valeur ethnocentrique et trompeuse du débarquement en Normandie présenté comme l’événement décisif alors qu’Hitler avait déjà perdu la guerre en 1941 lorsqu’il échoua à prendre Moscou et s’enlisa dans le piège soviétique, ce que confirma la défaite à Stalingrad en hiver 42-43 !

A quoi sert la diabolisation ?

A partir de ces constats, Charvin pose une nouvelle question sacrilège : qui aujourd’hui veut absolument diaboliser la Russie et pourquoi ? Sa réponse est claire : cela fait partie d’une stratégie qui nous emmène vers une nouvelle guerre froide à l’échelle planétaire. La dernière partie de son livre analyse avec précision les objectifs et méthodes des Etats-Unis. A propos de cette guerre froide, il convient évidemment de se demander si elle sera si froide que cela, ou très meurtrière.

La thèse de Charvin mérite qu’on y réfléchisse : selon lui, discréditer la résistance d’hier sert à diaboliser la Russie d’aujourd’hui en vue de peut-être l’attaquer demain. Attaque préparée en fait depuis la chute du Mur et en dépit de toutes les solennelles promesses de l’époque : les événements à l’Est de ces dernières années doivent être compris comme un encerclement systématique par un réseau de bases militaires se rapprochant toujours plus de Moscou.

Cette propagande diabolisante envahit les médias : impossible d’ouvrir un journal sans voir ressasser tout ce qui va mal chez Poutine qui serait manipulateur, malhonnête, agressif, expansionniste etc. On ne peut absolument pas lui faire confiance. D’ailleurs, jamais on n’a pu faire confiance aux Russes, qu’ils soient communistes ou de droite. Charvin parcourt les préjugés et stéréotypes de toute la littérature et de la sociologie occidentales d’hier et d’aujourd’hui et y trouve une constante : « On ne peut faire confiance aux Russes, ils ne sont pas comme nous ».

Bien sûr, cette propagande ne fonctionnera que si le lecteur ou téléspectateur ne réfléchit pas : pourquoi dans mes médias, c’est toujours l’Europe qui a raison ? Pourquoi sait-elle toujours mieux que les Russes, les Chinois, les Latinos, les Arabes et en fait l’ensemble du reste du monde ? Pourquoi sommes-nous toujours les infaillibles donneurs de leçons ? Par quelle chance extraordinaire sommes-nous nés au bon endroit pour avoir toujours raison ?

Ou alors peut-être qu’il faut poser le problème autrement et se méfier davantage de la propagande qui nous entoure. La propagande, ce ne serait pas seulement « chez les autres » ?

La peur se fabrique

En 1988, Herman et Chomsky démontraient dans leur remarquable Manufacturing Consent (la fabrication du consentement) comment l’appareil médiatique occidental - consciemment ou non - fabrique une opinion consensuelle approuvant toujours les grandes options de ses gouvernements. Cette analyse peut et doit s’appliquer à « la fabrication de la peur ».

En septembre 1948, Paul-Henri Spaak (PS), le premier ministre et ministre des Affaires étrangères belge, prononça à l’ONU à Paris un discours resté célèbre sous le nom de « discours de la peur » : « La base de notre politique, c’est la peur. La délégation soviétique ne doit pas chercher d’explications compliquées à notre politique. Je vais lui dire quelle est la base de notre politique. Savez-vous quelle est la base de notre politique ? C’est la peur. La peur de vous, la peur de votre gouvernement, la peur de votre politique. »

Spaak entendait dénoncer le danger représenté par l’URSS qui, selon lui, s’apprêtait à envahir l’Europe occidentale, voire le monde entier. En fait, Spaak recopiait la propagande lancée par les Etats-Unis. Plus tard, il serait d’ailleurs nommé secrétaire-général de l’Otan en récompense des services rendus.

Un souvenir personnel. Petit enfant dans les années 50, je peux témoigner que cette propagande fonctionnait très bien à l’époque en Belgique : la population vivait réellement dans l’angoisse de cette « menace ». La peur régnait, les Russes allaient nous envahir, Papa et Maman accumulaient donc dans leurs armoires d’impressionnants stocks de sucre, de riz et de café, qui avaient tant manqué pendant la guerre 40-45.

Longtemps, j’ai cru aussi que les Russes allaient nous attaquer. Or, après la chute du Mur, les dirigeants de la CIA reconnurent publiquement qu’en réalité les Etats-Unis savaient très bien que les Russes n’avaient ni les moyens, ni l’intention d’attaquer. C’était de la propagande. Dans quel but ? Eh bien, grâce à cette propagande, les Etats-Unis se permirent d’envahir toute une série de pays (en commençant par la Corée, puis le Vietnam), et aussi de renverser, voire d’assassiner de nombreux dirigeants de pays indépendants sous prétexte qu’ils faisaient partie de la « menace soviétique ».

L’Histoire se répéterait-elle ? Qui va vraiment envahir qui ?

Ça concerne qui ?

Qui a besoin de ce livre ? Faut-il être un partisan des politiques de Vladimir Poutine pour chercher à voir clair dans ces problèmes ? Non, en fait, je suis convaincu que ce livre nous concerne tous.

La question n’est pas de savoir si on partage les options politiques et sociales de Poutine. La question n’est pas de savoir ce que pourrait devenir un jour la Russie, avec Poutine, ou après lui. La question est de savoir si aujourd’hui, en 2016, on accepte que le monde entier soit dirigé par les Etats-Unis et leurs alliés. Et aussi que l’info internationale soit dominée par leur version. La question est de savoir si un tel monde unipolaire n’est pas très dangereux pour nous tous. Qu’on soit de droite ou de gauche, qu’on vive ici ou là-bas.

On a le droit de ne pas aimer Poutine si on est de gauche, on a le droit de penser que le système économique et social mis en place en Russie va engendrer de grands problèmes. Mais cela ne donne pas à l’Ouest le droit de multiplier les guerres d’intervention et les ingérences. Les contradictions économiques et sociales internes à un pays sont une chose, et les contradictions entre nations avec des systèmes différents en sont une autre. On ne les règle pas de la même façon.

D’ailleurs, le droit international et la Charte de l’ONU interdisent de recourir à la guerre. La seule politique légale est de laisser les peuples décider eux-mêmes de leur système et de leurs dirigeants ; c’est aussi la seule base possible pour un monde en paix. Il est donc paradoxal que les « gentils Occidentaux » violent constamment le droit international tandis que les « méchants Russes » le respectent. Et il est très paradoxal que sur ces problèmes nos médias appliquent systématiquement le « deux poids, deux mesures ». Ainsi, le Kosovo a droit à faire sécession, mais la Crimée n’aurait pas ce droit. Un coup d’Etat à Kiev est applaudi mais les provinces de l’est ukrainien ne pourraient refuser un gouvernement truffé de pronazis. Et enfin, si les Etats-Unis bombardent en Syrie, tout va bien, mais si la Russie (à l’invitation du gouvernement) fait de même, rien ne va plus. A quoi rime cette hypocrisie ?

Après 1989, les relations internationales ont été dominées par une superpuissance unique, les Etats-Unis, se considérant comme le gendarme du monde. Et donc autorisés à briser toute révolte démocratique ou sociale et à faire la guerre ou des coups d’Etat un peu partout pour placer les « bons dirigeants » un peu partout. Actuellement, ça nous fait presque une guerre par an, si on compte aussi les guerres non déclarées et menées par des intermédiaires de Washington.

Mais en dehors de l’Europe et de ses préjugés, beaucoup de gens jugent préférable un monde multipolaire. C’est-à-dire que les grandes puissances rivales - USA, Europe, Russie, Chine, voire d’autres – seraient plus ou moins en équilibre. Ceci laisserait davantage de marges de manœuvre aux nations moyennes et petites soucieuses de leur indépendance, de leur développement autonome, du respect de leur Nature et de la Justice sociale.

Petite guerre deviendra… ?

Voilà déjà une raison très générale et suffisante pour écouter attentivement Charvin. Mais on peut aussi approfondir la réflexion.

Qu’est-ce qui a mis le feu aux poudres en Ukraine ? Le refus du Président Ianoukovitch de signer avec Bruxelles un accord de libre-échange qui lui était défavorable car il aurait détruit une grande partie des entreprises ukrainiennes3. Alors, il a préféré se rapprocher de Moscou. Il semblerait donc qu’un pays comme l’Ukraine n’ait plus le droit de choisir librement ses partenaires, ce qui est contradictoire avec le concept de libre-échange. Celui-ci existe-t-il vraiment aujourd’hui ? Entre le loup et l’agneau, y a-t-il «libre-échange» ? Prenons un peu de recul. N’est-ce pas le développement du capitalisme aux Etats-Unis et en Europe (d’abord dans sa version du libre-échange, puis dans sa phase de monopoles conquérants et devenus omniprésents) qui a produit une concentration phénoménale de richesse et de pouvoir entre les mains d’une poignée de dirigeants de multinationales, industrielles ou bancaires ? N’est-ce pas cette concentration qui a provoqué une croissance tout aussi vertigineuse de l’écart entre riches et pauvres ? N’est-ce pas cet écart qui plonge toute l’économie dans une crise fondamentale depuis des décennies : les uns étant capables de vendre toujours plus et les autres étant incapables d’acheter ce qu’ils produisent ? N’est-ce pas pour cette raison que tant de capitaux inutilisés dans le Nord se battent pour trouver d’autres débouchés ailleurs, donc pour conquérir le Sud et ses matières premières, ses marchés en expansion et aussi ses mains-d’œuvre très rentables ? N’est-ce pas cela la cause essentielle de toutes ces guerres auxquelles nous assistons aujourd’hui et qui sont fondamentalement des guerres de recolonisation et/ou de repartage du monde entre puissances ?

Le problème est que cet engrenage risque de nous conduire tous vers une Troisième Guerre mondiale. Pour une raison bien simple, et qui n’a rien à voir avec les sentiments des uns ou la morale des autres. Quand vous dirigez une multinationale qui domine un secteur de l’économie mondiale, quand vous n’arrivez plus à faire « assez de profits » (selon les critères de la Bourse) et que vos rivaux menacent de vous faire disparaître, n’allez-vous pas tout faire pour sauver votre peau et vos privilèges ? Par exemple, une « petite guerre locale » pour contrôler en toute sécurité la matière première que vous travaillez : énergie, minerai ou autre ? Mais si vous vous lancez sur le chemin des « petites guerres » qui ne sont dangereuses que pour les peuples locaux, bien entendu vos rivaux auront la même idée que vous. Alors, comment ferez-vous pour vous arrêter sur ce dangereux chemin ? Tout d’un coup, vous déciderez d’arrêter sur base de principes moraux ou sur base d’un compromis trouvé avec vos rivaux ? Mais la question restera : lequel mangera l’autre ?

Avant 1914-18, presque tous les observateurs pensaient qu’un compromis allait être trouvé et qu’on s’arrêterait à temps ou bien que la guerre serait très brève. Résultat : dix millions de morts. Avant 1940-45, ce fut pareil. Résultat : cinquante millions de morts.

Et vous pensez que les dirigeants des multinationales d’aujourd’hui sont de meilleures personnes que ceux d’hier ? Vous êtes prêts à prendre le risque ?

1.Ifop, 1938-1944, Des accords de Munich à la Libération en France : l’aube des sondages d’opinion en France.

www.slate.fr/story/88935/defaite-nazis-sondage

2. https://www.les-crises.fr/la-fabrique-du-cretin-defaite-nazis/

3. La déchirure ukrainienne :

http://www.legrandsoir.info/la-dechirure-ukrainienne.html

Introduction

« La Russie n’est pas l’Europe » : cette sentence est prononcée en Occident par ceux-là mêmes qui peut-être n’existeraient pas sans elle. C’est en effet la Russie, avec ses 22 millions de morts, qui a sauvé les pays européens du nazisme. Mais tout a été entrepris pour « tordre » l’Histoire et faire oublier ce crime de masse. Les États occidentaux, assistés de leurs historiens, de leurs juristes et de leurs médias, ont imposé le récit du passé de l’Europe au reste du monde, au détriment de la Russie, refoulée dans une zone floue « eurasiatique ». Ils réclament en permanence de la Russie une auto-flagellation qu’ils ne pratiquent pas pour eux-mêmes : quand, par exemple, les puissances coloniales européennes ont-elles fait repentance pour leurs pratiques africaines ? Quand la France officielle a-t-elle dénoncé le massacre de la Commune de Paris ou fait le procès définitif de la politique de collaboration avec le nazisme ? À quelle occasion l’Europe, en négociation pour s’inscrire dans un marché euratlantique, conditionne-t-elle son engagement par une condamnation du génocide amérindien sur lequel est fondée la Grande Amérique ?

Il est, en fait, demandé à la Russie de ne plus être russe et de faire contrition. Cette manipulation discriminatoire de l’Histoire n’est pas seulement un phénomène contemporain : elle s’inscrit dans une continuité d’arrogance méprisante. La Russie aurait connu une « entrée tardive dans l’Histoire »1 : sa volonté d’indépendance serait particularisme et son refus de satellisation, un rejet de la civilisation européenne. La Russie, à travers les siècles jusqu’à nos jours, n’est tolérée par l’Occident que lorsqu’elle sert les intérêts stratégiques des puissances occidentales (ce fut le cas lors de la Seconde Guerre mondiale) ou lorsqu’elle est faible (on l’a constaté durant les premières années 1990).

« La préoccupation principale de la politique étrangère US est de maintenir la dislocation de l’ex-URSS, de l’accentuer si possible »

Un ouvrage polémique d’un journaliste français dans la tradition antirusse s’étonne que le Président Poutine « ait osé prendre ses distances avec le Président américain lors de la dernière intervention des États-Unis en Irak », tout en évoquant « l’irréductible petit peuple des montagnes », autrement dit les Tchétchènes et tout en exprimant sa pleine indulgence pour les « années Eltsine » « forcément chaotiques »2.

Dès la fin de l’URSS, « les États-Unis, loin de rechercher une gestion démocratique de la planète », comme le souligne P-M de la Gorce3, l’un des plus réputés journalistes français, Directeur de la revue « Défense Nationale », « entendent mettre au pas leurs adversaires comme leurs alliés ». Plusieurs documents révélateurs affichent cette ambition. Les deux émanent du Pentagone (le rapport Wolfowitz et le rapport Amiral Jeremiah,adjoint de Colin Powell)4. Ils portent sur les orientations de la politique étrangère américaine dans la période suivant la guerre froide. L’objectif fondamental est d’assurer le maintien du statut de superpuissance unique que les États-Unis ont acquis après l’effondrement de l’ancien camp soviétique. Cette position hégémonique doit être préservée contre toute tentative de remise en cause par l’émergence d’autres centres de puissance majeure. Partout où la position prépondérante des États-Unis pourrait être remise en cause, la présence militaire américaine a une importance fondamentale. De manière très explicite, le rapport Wolfowitz évoque « les risques pour la stabilité en Europe d’un regain du nationalisme en Russie ou d’une tentative de rattacher à nouveau à la Russie des pays devenus indépendants : l’Ukraine, la Biélorussie ou éventuellement d’autres encore ». La préoccupation principale de la politique étrangère américaine est de maintenir la dislocation de l’ex-URSS, de l’accentuer si possible, d’éviter en tous cas, toute reconstitution d’une puissance forte en Russie ou autour de la Russie. Le rapport Jeremiah concerne, entre autres, un éventuel conflit à propos des pays baltes. Dans le domaine nucléaire, il convient pour les États-Unis de continuer à braquer une partie de l’arsenal américain contre les dispositifs de l’ancien arsenal soviétique « parce que la Russie reste l’unique puissance au monde qui puisse détruire les États-Unis ».

Mais les États-Unis n’ont pas seulement pour préoccupation leurs anciens adversaires : leurs alliés européens sont aussi visés. Selon le rapport Wolfowitz, il faut « agir pour empêcher l’émergence d’un système de sécurité exclusivement européen qui pourrait déstabiliser l’OTAN ». L’OTAN, sorte de nouvelle « Sainte Alliance » occidentale5qui, par ailleurs, « doit pouvoir agir indépendamment des Nations Unies », comme les États-Unis l’ont expressément affirmé en diverses occasions, malgré, dans certains cas, les réserves exprimées par des États européens, la France en particulier.

Dans le même esprit, en 2005, Condolezza Rice, considère que la diplomatie américaine « aide à rééquilibrer les pouvoirs dans le monde en faveur de la liberté... »6 et s’oppose à « l’idéologie de la haine, à la tyrannie, à la terreur et au désespoir ». Elle dit ceci en dépit du dépeçage de la construction titiste de la Yougoslavie en usant d’une politique ethnique issue des expériences de l’Afghanistan, des illégalités flagrantes pratiquées au Kosovo au nom de « l’urgence humanitaire » et de l’intervention en Irak. Elle dit ceci alors que, quelques années plus tôt, les États-Unis avaient soutenu les Khmers Rouges, y compris lorsqu’ils furent chassés du pouvoir par les forces vietnamiennes (l’argument américain était alors que le gouvernement Khmer rouge en exil représentait la « continuité », ce qui en dit long sur la soi-disant « coutume » de l’intervention humanitaire !)

Elle indique, dans ce même discours de 2005 devant la Commission des affaires étrangères du Sénat, que vis-à-vis de la Russie, « nous continuerons à faire pression en faveur de la démocratie » en vertu d’un humanitarisme qui a cependant, comme le souligne Noam Chomsky, une géométrie variable7. Et en effet, le Congrès américain, le 6 octobre 2004, avait reconduit le « Belarus Democracy Act » prévoyant des sanctions économiques contre la Biélorussie pour non-conformité, selon les États-Unis, aux « valeurs démocratiques » occidentales.

Les États-Unis tiennent, par le relais de l’OTAN, à montrer vis-à-vis des États – alliés – d’Europe occidentale, particulièrement en ce qui concerne l’expansion vers l’Est, vers les Balkans et la Baltique, qu’ils entendent rester les maîtres absolus. Cette vassalisation des alliés devient d’autant plus nécessaire que le système productif des États-Unis est de moins en moins efficient (l’essentiel du déficit américain est couvert par les apports en capitaux en provenance du Japon, mais surtout de l’Europe). Les moyens extra-économiques, violant ouvertement la légalité internationale8, contrebalancent la fragilité de la puissance financière et industrielle, en particulier vis-à-vis de la Russie et de la Chine.

Lors de la réunification de l’Allemagne (sans considération pour la RDA et avec l’accord de la Russie de Gorbatchev), les gouvernements des États-Unis s’étaient engagés à ne pas étendre les positions de l’OTAN à l’Est. Cet engagement n’a pas été respecté : l’installation du système de « défense » antimissile, très éloigné des États-Unis mais aux frontières de la Russie, est une arme de première attaque. Elle ne sert pas à protéger l’Amérique : c’est un outil permettant aux États-Unis de « moduler » dans leur seul intérêt l’environnement politique de l’espace européen.

Toutes les politiques étrangères s’articulent les unes aux autres et la stratégie de la Russie a été essentiellement réactive. Le monde occidental croyait que la Russie, relayée au rang de puissance de second rang, n’avait plus d’avenir. Son rôle déterminant durant la Seconde Guerre mondiale pouvait être effacé. Simultanément, la Résistance, dont l’esprit encore vivant est une source de « perturbation » dans une Europe en crise profonde, pouvait être annihilée. Dès la fin des années 1940, l’offensive a été menée en Europe de l’Ouest. Elle s’est développée en Europe de l’Est et dans diverses ex-Rrépubliques soviétiques devenues indépendantes, dans les années 1990.

« Il s’agit de reléguer la Russie aux marges de l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale »

L’affaire Kononov, largement passée sous silence en Europe occidentale, malgré l’importance de sa signification, est une illustration d’actualité de cette double volonté politique. L’opération a été menée par la Lettonie, détachée récemment de la Russie, contre celui qui fut un Partisan, héros de la Résistance contre les nazis. L’entreprise est d’envergure : il s’agit, par une « relecture » de l’Histoire de la Résistance, de reléguer la Russie aux marges de l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale pour l’enfermer dans le camp du totalitarisme criminel. Il s’agit aussi pour les autorités lettones de légitimer les discriminations que subit la minorité russophone, bouc-émissaire des difficultés du régime letton. Le tout au nom d’un démocratisme dont pourtant la Lettonie n’est pas représentative.

Le procès Kononov (éminemment politique) et le jugement final de la Cour européenne des droits de l’homme ne concernent pas seulement la Russie. C’est le procès de toute la Résistance européenne fondée sur la volonté d’indépendance nationale qui s’est confrontée au fascisme et au nazisme des années 1940. C’est une remise en cause de ses valeurs et de sa contribution à la victoire des Alliés contre l’Allemagne hitlérienne et ses collaborateurs. C’est le rejet du principe fondamental de souveraineté des peuples. C’est aussi une tentative de « vol de l’Histoire »9 au profit d’un Occident atteint par une crise non seulement économique et sociale, mais aussi politique et morale préfigurant ce qui peut être une nouvelle guerre froide.

1. Voir l’ouvrage significatif très antirusse de l’historien français André Ropert (La misère et la gloire. Histoire culturelle du monde russe de l’an mil à nos jours. A. Colin. Paris. 1992).

2. J. Allaman. V. Poutine et le poutinisme. L’Harmattan. 2004, p. 136.

3. P.-M de la Gorce. « Washington et la maîtrise du monde ». Le Monde Diplomatique. Octobre 1992.

4. Voir le New-York Times du 8 mars 1992 et l’International Herald Tribune du 18 février 1991 et du 9 mars 1992

5. Selon l’expression du philosophe Alain Badiou (« La Sainte Alliance et ses serviteurs ». Le Monde Diplomatique, mai 1999).

6. Cf. Le Monde. 20.01.2005.

7. Voir N. Chomsky. « L'OTAN maître du monde ». Le Monde Diplomatique. Mai 1999.

8. De nombreux juristes américains justifient l’usage de la force (New York Times. 27 mars 1999).

9. Voir l’ouvrage très important de Jack Goody. Le vol de l’Histoire. Comment l’Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde. Galllimard. Paris. 2010.

Chapitre 1

L’affaire Vassili Kononov

De juillet 1998 à septembre 2004, la justice pénale lettone a poursuivi et condamné à l’issue de plusieurs procédures pour crimes de guerre, Vassili Kononov, ancien résistant du 7° détachement de partisans de Zilup, en Lettonie. Les faits ne sont pas originaux : on en retrouve la substance dans les procédures mises en œuvre dans toute l’Europe1 contre des Résistants pour faits de guerre assimilés près d’un demi-siècle plus tard à un acte criminel, soit de droit commun, soit violant le droit humanitaire.

Vassili Kononov, qui avait 17 ans lorsque la Lettonie est devenue une République soviétique, était alors âgé de 20 ans. Il est un « enfant du pays », puisqu’il est d’origine latgalienne (Latgal est une ville de Lettonie). Mais il quitte la Lettonie occupée dès juillet 1941 par la Wehrmacht et se replie en Russie. Dès 1942, il intègre l’armée soviétique et suit une formation spéciale en vue d’effectuer des missions derrière les lignes ennemies : le 23 juin 1943, il est parachuté en zone lettone occupée. Son commando multiplie les sabotages d’installations militaires allemandes et de voies de communication ferroviaires (il a à son actif le déraillement de 16 trains).

« Kononov est le parfait bouc-émissaire d’une politique antirusse et anti-slave de nature quasi-raciste »

En février 1944, la Wehrmacht massacre un groupe de partisans cachés dans une grange située sur le territoire de la commune de Mazie Bati. Certains de ses habitants font partie des milices lettones armées qui collaborent avec les nazis et qui participent ainsi à l’extermination des Juifs de la région. À la suite d’une décision d’une cour martiale militaire de la Résistance, le détachement de partisans commandé par V. Kononov est chargé d’exécuter la sentence : certains villageois sont accusés d’avoir dénoncé les partisans massacrés. Ils sont condamnés à mort. Huit personnes (qui détenaient des armes livrées par les Allemands) sont ainsi exécutées par le commando2. Après la guerre, V. Kononov est décoré de l’Ordre de Lénine.

De multiples affaires de même type se sont produites dans tous les pays, y compris en France. La simple suspicion suffisait en général dans chaque groupe de résistants pour provoquer une exécution : c’était le seul moyen de sauvegarder la sécurité de chaque réseau, qu’il s’agisse, en France par exemple, d’un réseau FTP ou d’un réseau de l’Armée Secrète, c’est-à-dire quelle que soit leur obédience politique.

En Lettonie cependant, l’affaire Kononov a une résonance toute particulière. Les objectifs politiques sont fondamentaux pour le pouvoir letton installé après la proclamation de l’indépendance liée à la dislocation de l’URSS. La première raison est de discréditer la minorité russe de Lettonie conformément à une logique ethniciste. V. Kononov, malgré son origine locale, est le parfait bouc-émissaire d’une politique antirusse et anti-slave de nature quasi-raciste. La seconde raison est de satisfaire le pouvoir letton à la recherche d’un consensus au moins relatif, les mouvements ultra-nationalistes ayant pris dans les années 1990 une place politique de plus en plus importante. Les vétérans de l’Armée Rouge, dans cette Lettonie, sont en effet traités en parias par ceux, au contraire, qui désormais honorent la collaboration avec l’Allemagne nazie et les Légionnaires lettons de la Waffen SS. Un ex-commandant letton de la Waffen SS, du même âge que Kononov, était même député de premier plan (successivement président de la Commission parlementaire chargée des relations avec l’OTAN, puis de la Commission de la « citoyenneté ») lors du lancement de la procédure contre l’ancien Partisan.

Des mesures sont prises contre la célébration de la victoire de la Russie sur les nazis. Ces phénomènes ne sont pas isolés. Dans l’ouest de l’Ukraine, à Lvov, par exemple, le 6 mai 2011, des militants nationalistes ukrainiens se sont attaqués à ceux qui voulaient manifester pour célébrer la victoire de la Russie. Un tribunal de la ville a interdit la commémoration du 8 mai 1945 « dans le but de prévenir des conflits, une importante partie des habitants de la ville ayant une autre vision de la Seconde Guerre mondiale ».

Faire condamner un Partisan face à l’opinion lettone, c’est participer à la réhabilitation de ceux qui, en alliance avec l’Allemagne, étaient présentés comme ayant agi pour « l’indépendance » dans les années 1940, et c’est renforcer la cohésion de la « nation lettone » débarrassée à la fois de ses minorités et de son passé historiquement douteux (en particulier, son antisémitisme exterminateur durant la guerre).

La troisième raison de ces poursuites contre V. Kononov dépasse de très loin la personne de l’ancien partisan, très âgé lorsqu’il est victime de la première procédure à son encontre. Il ne s’agit pas en effet d’une simple affaire judiciaire parmi d’autres. Elle révèle une tendance globale du monde occidental à revenir sur les conclusions du procès de Nuremberg et à réviser l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en assimilant communisme et Russie au nazisme (disjoint de l’Allemagne). Alors que la Russie célèbre solennellement l’héritage du procès de Nuremberg qui associe tous les Alliés dans la même condamnation du nazisme et travaille ainsi non pas seulement à autocélébrer une victoire nationale, mais à rappeler ce qui rapprochait tous les Alliés avant la guerre froide, les puissances occidentales, en particulier les États ouest-européens font machine arrière. Elles célèbrent, à leur façon, dans le cadre du Parlement européen, ce qu’elles n’avaient pas osé faire durant la période la plus intense de la guerre froide. Elles assimilent, selon les doctrines révisionnistes précitées, tous les « totalitarismes », dressant en parallèle « le double héritage » en matière de dictature, celui du nazisme et du soviétisme (résolution du 2 avril 2009). La proposition est faite que le 23 août soit consacré chaque année à la mémoire des « victimes de tous les régimes totalitaires et autoritaires », par référence à l’anniversaire du Pacte germano-soviétique de 19393.

Les eurodéputés qui, à aucune occasion, n’ont manifesté d’inquiétude ni vis-à-vis de la renaissance des droites ultra-nationalistes et fascistes en Europe de l’Est et dans les ex-Républiques soviétiques, ni de l’installation des forces militaires d’intervention avec l’OTAN aux frontières de la Russie, se font les champions d’une Union Européenne ayant une responsabilité planétaire en matière de prosélytisme démocratique4. Seule la Russie, en réalité, est visée, comme si la confrontation était désormais celle de la démocratie ouest-européenne et du totalitarisme russe. Le Parlement européen a négligé le fait que l’Europe s’est constituée (comme l’a dénoncé J.P. Chevènement) avec le soutien – apparemment paradoxal – des États-Unis, et non pour fonder une « troisième voie » entre l’atlantisme et la Russie. « L’Europe des affaires », créée dès 1957 avec le « Marché Commun » s’est trouvée complétée par l’OTAN, instrument de la guerre froide est-ouest.

L’OSCE adopte le 3 juillet 2009 la « Déclaration de Vilnius » et, simultanément, dans le même esprit que la résolution de l’Union Européenne, l’Assemblée parlementaire de cette organisation, initialement fondée pour favoriser la sécurité et la coopération est-ouest, engage tous les États membres à commémorer « les victimes du stalinisme et du nazisme » et à réprimer tout acte qui pourrait tendre à réhabiliter « le totalitarisme ». Les députés russes, membres de l’Assemblée Parlementaire de l’OSCE, ont quitté l’hémicycle pour protester contre cette résolution assimilant l’Allemagne agresseur et la Russie soviétique agressée en 1941.

Très ouvertement, l’OSCE oublie le combat politique acharné de la Russie soviétique pour imposer enfin un dispositif de « Sécurité européenne »