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Ayant écouté sur France Culture du 15 au 19 juillet les quatre extraordinaires émissions consacrées à Céline, j’ai voulu communiquer mon enthousiasme à ceux que cela pourrait intéresser en rédigeant une petite recension que j’ai imprudemment diffusée sur un réseau social.
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Seitenzahl: 95
Veröffentlichungsjahr: 2020
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© Éditions Jourdan
Bruxelles - Paris
http ://www.editionsjourdan.com
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ISBN : 978-2-39009-384-8 – EAN : 9782390093848
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
Merry Hermanus
Fusiller Céline ?
oudu danger des dialogues électroniques
Avertissement
J’informe le lecteur que j’ai rédigé ce texte sans pouvoir disposer de la totalité des sources disponibles dans ma bibliothèque. Il m’a fallu travailler sur base des recensions d’ouvrages que j’ai lus, heureusement conservés précieusement dans mon ordinateur. J’ai dû donc faire souvent appel à ma seule mémoire, instrument des plus précieux, mais toujours faillible.
Je tiens à préciser que je ne connais pas le professeur Jacques Joset, universitaire et Académicien belge. Je subodore que nous devons avoir l’un ou l’autre point commun et que sur bien des sujets nous partageons les mêmes valeurs. Je souhaite, j’espère donc qu’il ne prenne pas ombrage du présent texte, s’il a toutefois le goût et le loisir d’en prendre connaissance.
Enfin, j’invite les lecteurs passionnés par l’œuvre de Céline ou par cette période sombre de l’histoire de lire l’ouvrage de Jacques Joset Louis-Ferdinand Céline : mort ou vif qu’il est possible de se procurer électroniquement. De cette façon, ils pourront parfaitement se forger un jugement sur ce texte et sur mes réactions.
Préambule, humble et respectueux.
Comment oser ? De quel droit contredire un éminent universitaire bardé de titres, de diplômes, qui plus est membre de la prestigieuse Académie royale de Belgique, alors que celui qui maladroitement écrit ces lignes ne peut s’enorgueillir d’aucune référence littéraire digne de ce nom, d’aucune légitimité académique ?
Si, quand même… en cherchant bien, il a une qualité, immense, égalant toutes les titres universitaires… Lecteur… Oui, lecteur, amoureux de littérature, goûtant, insatiable gourmet, ogre de papier, les œuvres que l’histoire des lettres a produites à foison dans cette superbe, cette incomparable langue française… Notre seule, notre vraie patrie. Quinze prix Nobel de littérature depuis la création de la prestigieuse récompense, ce n’est pas rien ! Aucune littérature dans le monde ne peut égaler ce record.
S’ajoute, pour ce qui me concerne, à la lecture, l’étude attentive, sourcilleuse, exigeante de l’histoire… celle de la littérature, mais aussi l’autre, la grande Histoire, dans laquelle baignent les livres… il n’y a pas d’œuvre littéraire extérieure à son temps, Proust comme Céline, Aragon comme Breton, Sartre comme Camus, Drieu La Rochelle comme Malraux n’existent que parce qu’ils sont les fruits, les éponges, les témoins ou les acteurs d’une époque. Ils ont écrit dans un temps, dans des lieux marbrés, fracturés par les enjeux politiques, sociaux, par les conflits passés ou à venir. Et c’est là que Céline apparaît tout entier, gloire littéraire, génie éclos sur le fumier de temps atroces… dans une période où chacun doit se situer, prendre parti, moment de l’histoire où l’on est d’un camp ou d’un autre… du camp des bourreaux ou de celui des victimes. Oui ! très tôt Céline avait choisi le sien… Celui du mépris, celui des assassins.
Oh ! le docteur Louis-Ferdinand Destouches dit Céline n’a pas mis la main à la pâte, il n’a jamais appuyé sur la moindre gâchette, jamais saisi le couteau de boucher, jamais égorgé quiconque, pas plus que son ami Brasillach qui lui ira jusqu’à porter l’uniforme allemand… Non ! Céline n’était pas de ceux qui se salissent les mains… C’était, dans différents domaines, un voyeur, un vociférateur pousse-au-crime… à d’autres l’ignoble besogne de concrétiser le cauchemar maléfique ; Darnand, Touvier, Bout de l’An, Deloncle, les bourreaux ne manqueront pas, il n’en manque jamais, quelles que soient la latitude et l’époque. Les lecteurs de Céline n’en seront que plus nombreux, haineux, toujours plus haineux ! Les mains poisseuses de sang… Pas pour lui ! Il aimait les ballets, les danseuses, les tutus, les jambes galbées, les peaux soyeuses, les pilosités délicates, duveteuses… l’art… Allons… Du sang, des tripes, des boyaux, sur le papier oui, ça tant qu’on en veut et plus encore… On en demande, en voilà des cadavres bien puants, bien pourris... Mais loin de lui… C’est un écrivain pardi ! Cependant, Célineà longueur de lignes, a expliqué, de 1936 à 1944, pour quoi liquider, qu’il fallait nettoyer, qu’il fallait sauver la race, la civilisation, l’humanité… Comment rendre l’Europe une fois pour toutes propre… Et surtout… Surtout pointa du doigt, du verbe, de la phrase bien syncopée, bave aux lèvres, éructant, ivre de rage lui qui ne buvait pas, vomissant, désigna à l’infini les coupables, coupables de tout, de l’abaissement de la France à la tuberculose, de la syphilis aux échecs au baccalauréat… Les coupables, ses victimes… les Juifs ! Voilà l’ennemi absolu du genre humain, le Juif « le microbe, la bactérie, l’hybride négro-byzantin » ; Céline médecin hygiéniste, s’y connaissait en microbes, bacilles et tutti quanti… Ah ! oui, fallait pas en oublier un seul… Tous devaient disparaître, comme il l’écrit dès l’avant-guerre : « il faut s’en débarrasser, il faut les éliminer, il faut les envoyer sur la lune. » Les amis nazis de Céline trouveront une autre destination ! Oui ! On allait s’en débarrasser, on allait transformer ses rêves en apocalyptique cauchemar… Et commettre le plus grand crime de l’histoire de l’humanité qui pourtant n’en fut pas avare.
Voilà pourquoi la colère m’envahit en lisant l’ouvrage du professeur Jacques Joset, voilà pourquoi, je ne puis m’empêcher de tenter d’y répondre et de rétablir l’atroce vérité, toute la vérité sur Céline dont l’immense talent n’excuse en rien la totale abjection.
«Ça a débuté comme ça » Pourquoi me priver de l’un des plus célèbres incipit ?
« La vérité n’est plus d’époque »
Louis-Ferdinand Céline
Ayant écouté sur France Culture du 15 au 19 juillet les quatre extraordinaires émissions consacrées à Céline, j’ai voulu communiquer mon enthousiasme à ceux que cela pourrait intéresser en rédigeant une petite recension que j’ai imprudemment diffusée sur un réseau social. Je ne manquai pas de préciser mon immense admiration pour le style de Céline, mais aussi ma totale répulsion pour cet être abject, en précisant qu’il a cent fois mérité la mort. La plupart des lecteurs m’approuvèrent sauf le professeur Jacques Joset qui écrivit : « Allons, allons ! Du calme. Rien ne justifie cette condamnation à mort, ni celle de Céline, ni celle de personne. Puis-je rappeler que Céline n’a jamais dénoncé personne, et qu’il a soigné des résistants réfugiés chez son voisin rue Girardon et des Juifs dans son dispensaire à Bezons. Il n’en reste pas moins que ses pamphlets antisémites et ses fréquentations allemandes sont condamnables… »
Le ton était fort courtois, ce qui est rare sur les réseaux sociaux, j’en fus ravi. Après quelques répliques de ma part et de la sienne, je lui fis la proposition d’organiser une conférence contradictoire, de façon à développer nos arguments respectifs ; car oui, je soutiens que Céline méritait d’être exécuté après la déconfiture de ses amis nazis. Le professeur Joset accepta immédiatement. Déjà, je fourbissais mes armes, je songeais à la documentation qu’il me faudrait rassembler. Je communiquai à l’Académicien mes coordonnées personnelles. Je reçus quarante-huit heures plus tard un courrier par lequel le professeur Joset m’expliquait qu’il était surchargé de travail et devait donc, avec regret déclarer, pour l’instant, forfait au pacifique duel que je lui proposais. Dont acte. Je lui répondis que je comprenais fort bien son attitude du fait des charges qui sont les siennes et des projets sur lesquels il travaille. J’écrivis cela sans la moindre ironie, sans la moindre note d’humour mal placé, car en effet, je peux parfaitement comprendre que mon interlocuteur doit faire face à d’autres priorités.
Un livre… Une lecture… Une colère.
« L’homme il est humain à peu près autantqu’une poule qui vole. »
Louis-Ferdinand Céline
Les choses auraient pu en rester là… dans l’attente fiévreuse du moment où nous aurions pu confronter nos points de vue. Mais non ! Lecteur boulique, obsessionnel, rejeton d’une famille communiste où le livre était sacralisé, où à la grande colère de ma mère nous lisions même à table, je voulus au plus vite lire l’ouvrage que Jacques Joset a consacré à Céline. Et, miracle de l’électronique, j’ai pu me procurer un exemplaire de « Louis-Ferdinand Céline : mort et vif… ! » Je l’ai lu d’une traite, ce n’est pas bien long, cependant certains passages m’ont mis, moi qui suis un homme particulièrement calme, dans une belle colère tant l’ouvrage édulcore ce que j’appelle le pire de Céline. Le professeur Joset s’est donné pour objectif : « l’examen des raisons qui font de Céline un écrivain aujourd’hui encore pestiféré ». Jacques Joset glisse élégamment, son écriture en effet est fort belle, fort claire et se lit avec plaisir, sur certains sujets scabreux, évite les précisions trop chirurgicales, refuse ou ne connait pas les éléments les plus accablants des pamphlets, le contenu des lettres complaisamment publiées par les journaux collabos, les attitudes de Céline pendant l’occupation, ses fréquentations odieuses, ne souligne pas certains mensonges connus de tous, refuse de parler de dénonciations alors qu’à mes yeux, et à ceux de nombres d’historiens, il n’y a aucun doute… Céline a dénoncé. En outre, Céline a été payé, il est vrai, indirectement par les Allemands. D’aucuns se posent même la question de savoir si Céline n’a pas été comme Coco Chanel un agent encarté et numéroté de la Gestapo ? J’y viendrai. Aujourd’hui quasi toutes les ombres salvatrices, permettant aux célinolâtres d’occulter le pire du pire, sont levées. Le doute n’est plus permis… Oui Céline fut parmi les plus abjects des collaborateurs… difficile de le dépasser dans l’horreur… Or, ce fut un écrivain d’un immense talent qui a révolutionné la littérature, comme il le dit lui-même dans une interview, en « fondant la langue parlée dans la langue écrite… » Les salauds peuvent être orduriers, avoir du génie… ils n’en restent pas moins des salauds. Mozart, sa correspondance nous le prouve, était d’une grossièreté à faire rougir Bigard et pourtant ses compositions sont une suite de chefs-d’œuvre inégalés. Le génie, « ce talent des artistes mort », n’excuse rien surtout pas dans les temps obscurs où Céline épanouit le sien et où six millions d’assassinés exigent la vérité !
D’opportuns oublis.
« Une balle dans le ventre, ça ne fait pas unhéros, ça fait une péritonite.»
Louis-Ferdinand Céline
Un ermite râleur, mais pas le mauvais bougre… Vraiment !
Jacques Joset débute son étude en faisant une belle comparaison littéraire et musicale entre Céline et Proust, entre le Breton et le Juif. Citant Céline, il reprend ce que déclarait le natif de la Rampe du pont de Courbevoie à propos de celui qui se fit une spécialité de la fréquentation des comtesses et jugeait ainsi : « Proust est un grand écrivain, c’est le dernier… c’est le grand écrivain de la génération, quoi… » Voilà qui m’a étonné, car tout le monde connait une autre citation de Céline au sujet de Proust, bien moins courtoise, bien plus dans le style méprisant qu’affectionnait Céline ; je dois le reconnaître aussi beaucoup plus drôle, la voici : «Trois cents pages pour dire que Tutur encule Tatav, c’est trop !» Il ajoutait : «
