Guide pratique des options et du Monep - Eric Pichet - E-Book

Guide pratique des options et du Monep E-Book

Eric Pichet

0,0

Beschreibung

Un guide pratique pour tout connaitre des assurances et du Monep.

L’auteur nous fait profiter de sa riche expérience à la fois en tant que professionnel de la finance de marché, et en tant qu’universitaire. À travers un propos didactique, émaillé de nombreux exemples et accessible au grand public, l’auteur aborde successivement les options (définition, utilisation, évaluation) et le fonctionnement du marché parisien. Le lecteur trouvera tout ce que le praticien (et/ou l’étudiant) des options doit connaître, les termes techniques bien sûr, les nombreuses stratégies possibles à base d’options, mais aussi ne analyse approfondie des causes de l’apparition des marchés d’options et prodigue les dix commandements du praticien du MONEP. Pour la 8e édition de ce classique des options, Eric Pichet a complètement actualisé le Guide pratique des options et du Monep – 8e édition en tenant compte des dernières innovations.

Découvrez une nouvelle édition du célèbre ouvrage d'Eric Pichet, entièrement mis à jour et en phase avec l'évolution du marché d'option et du Monep.

EXTRAIT

Les produits dérivés de taux d’intérêt ne sont pas uniquement des contrats à terme. Il existe à Paris depuis 1988, avec la création des options sur notionnel, un marché d’option qui connaît une évolution contrastée. Le manque d’intérêt manifeste que professait MATIF SA (avant d’être absorbé par Euronext) pour les particuliers explique d’ailleurs certainement ce fiasco.
On l’a vu dans le chapitre consacré à l’histoire des options, c’est Chicago qui a créé le premier marché d’options sur actions en 1973. C’est également dans la Windy City, que sont apparues les options sur produits de taux d’intérêt. Pour la petite histoire, c’est un maître de conférences de Berkeley, Richard Sandor, embauché en 1974 par le CBOT comme Chief Economist, qui a eu l’idée d’appliquer au marché de taux les techniques optionnelles. La France n’aura donc, sur les options de taux, que dix ans de retard sur les États-Unis, ce qui constitue un délai raisonnable.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Eric Pichet, auteur de l’ouvrage Guide pratique des options et du Monep – 8e édition, est diplômé d’HEC, docteur en Sciences de gestion (HDR). Il est professeur de finance au Centre de formation de la SFAF (Société française des analystes financiers), chercheur associé au LARE-EFI de Bordeaux IV et directeur de l’IMPI (Institut du management du patrimoine et de l’immobilier), le Mastère spécialisé en Gestion de patrimoine de BEM (Bordeaux École de management).

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 408

Veröffentlichungsjahr: 2018

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Couverture

Page de titre

SIGLES ET ABRÉVIATIONS

•ACI : Adhérent compensateur individuel

•ACP : Autorité de contrôle prudentiel

•AFECEI : Association française des établissements de crédit et des entreprises d’investissement

•AMAFI : Association française des marchés financiers (anciennement AFSB puis AFEI)

•AMEX : American Stock Exchange

•AMF : Autorité des marchés financiers

•APRIM : Association professionnelle des intervenants sur les marchés à terme

•B & S : Black and Scholes

•BELFOX : Marché à terme et d’options de Bruxelles devenu BXS

•BXS : Brussels Exchange (fusion de Belfox et de CIK)

•BOBL : Emprunt fictif du gouvernement allemand, support de contrats et d’options

•CAC 40 : Indice « Cotation assistée en continu » des 40 valeurs de la bourse de Paris

•CBOE: Chicago Board Options Exchange

•CBOT: Chicago Board of Trade

•CECEI : Comité des établissements de crédits et des entreprises d’investissement (Devenu ACP)

•CFTC: Commodity Futures Trading Commission

•CME : Chicago Mercantile Exchange

•CMF : Conseil des marchés financiers a fusionné avec COB pour donner l’AMF

•COB : Commission des opérations de bourse a fusionné avec CMF pour donner l’AMF

•COMEX: New York Commodity Exchange

•CSCE: Coffee, Sugar and Cocoa Exchange de New York a fusionné avec le NYCE pour donner le NYBOT puis a été renommé le ICE FUTURES US

•CVT : Correspondant en valeurs du Trésor

•DAX: Deutsche Aktien Index, indice de la place de Francfort

•DEM : Deutsche Mark

•DSI : Directive sur les services d’investissement Remplacé par la MIF

•DTB: Deutsche termin Borse, marché à terme et d’options à Francfort devenu Eurex

•EOE: European Options Exchange : marché d’options d’Amsterdam

•Eurex : European Exchange : marché à terme et d’options issu de la fusion du Deutsche Terminbörse (DTB) et du Swiss Options and Financial Futures Exchange (SOFFEX)

•Euribor: European Inter Bank Offered Rate

•EURONEXT PARIS SA : Société de gestion du MONEP et de MATIF

•FCIMT : Fonds commun d’Intervention sur les marchés à Terme

•FCP : Fonds commun de placement

•FED: Federal Reserve, banque centrale américaine

•FINEX : Marché à terme de produits financiers de New York

•FRF : Franc français

•FTSE-30: Financial Time Stock Exchange, indice des 30 valeurs britanniques

•FTSE-100: Financial Time Stock Echange, indice des 100 valeurs britanniques

•GLOBEX : Système de transactions électronique hors séance

•ICE : Intercontinental Exchange

•ICE FUTURES : Marché des futurs de matières premières, anciennement le NYBOT ; fusion CSCE et NYSE

•IMM: International Monetary Market

•IOCA : International Association of Options Clearing Houses

•IOMA: International Association of Options Markets

•IPA : Intérêts payés d’avance

•IPE: International Petroleum Exchange devenu ICE FUTURES

•IR : Impôt sur le revenu

•ISF : Impôt de solidarité sur la fortune

•ISIN : International Securities identification number

•KCBOT: Kansas city Board of Trade

•KLSE: Kuala Lumpur Stock Exchange

•LCE: London Commodity Exchange

•LIFFE: London International Financial Futures Exchange

•LIFFEO: London International Financial Futures and Options Exchange

•LiS : Large-in-Scale Facility

•LME: London Metal Exchange

•LTIR : Long Term Interest Rate

•MACE: Mid America Commodity Exchange

•MATIF : Marché à terme international de France fermé par Euronext Paris

•MATIF SA : Société de gestion du MATIF (géré aujourd’hui par Euronext Paris SA)

•MERC: Sigle désignant le Chicago Mercantile Exchange

•MIF: Marchés d’Instruments Financiers

•MOF: Multiple Option Facility

•MOFEX: Marché des options négociables de Madrid

•MONEP : Marché des options négociables de Paris

•MONEP SA : Ancienne société de gestion du MONEP

•NIF : Nouveaux instruments financiers

•NIKKEI : Indice des 225 valeurs de la bourse de Tokyo

•NIP : Négociateur individuel de Parquet

•NSC : Nouveau système de cotation

•NYBOT : New York Board of Trade, a fusionné avec CSCE et NYCE renommé ICE FUTURES US

•NYCE: New York Cotton Exchange a fusionné avec le CSCE pour donner le NYBOT puis renommé le ICE FUTURES US

•NYFE: New York Futures Exchange

•NYMEX: New York Mercantile Exchange

•NYSE: New York Stock Exchange

•NZFOE: New Zealand Futures and Options Exchange

•OPCVM : Organisme de placement collectif en valeurs mobilières

•OTC: Over The Counter ou ouvert à toute cession

•OST : Opération sur titres

•PHLX: Philadelphie Stock Exchange

•PMM : Permanent Market Maker

•PLP : Primary Liquidity Provider

•PX1 : Mnémonique des options à court terme sur l’indice CAC 40

•PXL : Mnémonique des options à long terme sur l’indice CAC 40

•RMM: Responding Market Maker

•RM : Règlement mensuel

•SBF : Société des bourses françaises

•SCMC : Société de compensation des marchés conditionnels

•SEC: Securities and Exchange Commission

•SICAV : Société d’investissement à capital variable

•SOFFEX : Marché à terme d’instruments financiers de Zürich devenu EUREX Zurich AG

•SP100 : Indice Standard & Poor des 100 valeurs américaines

•SP500 : Indice Standard & Poor des 500 valeurs américaines

•STAMP : Système de transactions automatisées du MONEP

•STIR: Short Term Interest Rate

•SVT : Spécialiste en valeurs du Trésor

•THS : Transaction hors séance

•TIOP : Taux interbancaire offert à Paris

•USD : Dollar américain

•UTP : Universal Trading Platform

AVERTISSEMENT AU LECTEUR

Depuis la première édition du Guide Pratique du MONEP en 1989 (moins de deux ans après la date de lancement du MONEP en septembre 1987), les marchés d’options négociables ont connu, de par le monde, un développement considérable. Le marché français des options sur actions et sur indices (le MONEP) a atteint l’âge adulte. Il propose, en 2017, plus de 100 actions supports d’options (contre seulement trois à ses débuts), auxquelles s’ajoutent des options sur indices et des options sur matières premières. À la suite de l’absorption du MATIF par Euronext, les particuliers comme les entreprises peuvent désormais traiter des options sur taux longs ou taux courts aussi facilement que des options sur actions.

Pour tenir compte de ces évolutions, la 8e édition du Guide pratique des options et du MONEP a été entièrement actualisée. Rappelons simplement que, dans ses trois premières éditions, ce livre s’intitulait Le guide pratique du MONEP et qu’il a changé de nom au cours de sa quatrième édition pour prendre en compte le fait que, pour l’intervenant français, le MONEP n’est qu’un des nombreux marchés d’options sur lequel il peut intervenir, même s’il reste de loin le plus accessible au particulier.

Outre les dernières innovations du MONEP en matière d’options, le lecteur trouvera dans cette 8e édition un vaste panorama des marchés d’options disponibles dans le monde et des actifs sous-jacents sur lesquels il est actuellement possible d’intervenir sans se cantonner à l’hexagone. D’ailleurs, le MONEP, qui est devenu un marché de Nyse-Euronext lors de la fusion des deux entreprises de marché en avril 2007, s’est aligné sur les pratiques des grands marchés internationaux depuis plusieurs années, les options pouvant par exemple être négociées ou exercées jusqu’au jour de bourse correspondant au 3e vendredi du mois d’échéance. Certaines parties ont été fortement étoffées, à la demande de lecteurs des éditions précédentes, comme celle consacrée à l’évaluation des options et aux diverses formules proposées aux intervenants depuis Black and Scholes en mai 1973. Cet aspect mathématique n’est bien sûr pas indispensable à l’utilisation des options comme instruments spéculatifs, mais il satisfera ceux qui veulent disposer d’une solide base théorique. Il ne faut toutefois jamais perdre de vue que les formules mathématiques d’évaluation ne sont pas une fin en soi mais un outil au service des différentes stratégies. Un aperçu des marchés de gré à gré est proposé, et un chapitre important décrit la nouvelle frontière des options que constituent les options de seconde génération (ou options exotiques), produits totalement inconnus lors de la sortie de la 1re édition et qui connaissent un succès considérable sur le marché des changes. Quant aux stratégies à base d’options, si les combinaisons possibles sont quasi illimitées, j’ai étoffé les descriptions en détaillant les « ratio spreads » (voir lexique) qui, à l’usage, s’avèrent des stratégies très prisées des intervenants, surtout pour les options européennes.

Comme le Guide pratique de la bourse, ce livre décrit « l’état de l’art » des options et a nécessité une étude approfondie des publications (livres ou magazines) sur les options, ainsi que des recherches universitaires les plus récentes, qu’elles soient américaines ou françaises (sur la modélisation des options de seconde génération, la France n’a rien à envier aux Américains). À ce titre, le lecteur qui désirerait en savoir plus trouvera en annexe une importante bibliographie.

Comme le Guide pratique de la bourse, ce livre est le résultat d’une triple expérience : de professionnel de la finance (que je suis toujours comme administrateur indépendant, notamment de hedge funds), d’enseignant et d’auteur. Il est important de préciser que ce livre est le fruit d’un travail effectué en totale indépendance : je ne travaille ni pour des organismes boursiers (AMF, Euronext…), ni pour des intermédiaires boursiers comme les sociétés de bourse ou les banques, ni pour des magazines boursiers. J’ai eu constamment à l’esprit l’intérêt du lecteur, ce qui n’est pas toujours évident en cas de conflits d’intérêts : il est clair que, même animés des meilleures intentions vis-à-vis de leur client, les courtiers ont d’abord comme principales préoccupations de « faire du chiffre » et donc de faire prendre des positions aux clients.

Cette totale liberté permet de porter un jugement impartial sur les organismes boursiers, de reconnaître les points positifs du marché d’options parisien, en tout premier lieu un très haut niveau de sécurité et une logistique rapide et efficace basée sur une maîtrise technique que « le monde entier nous envie » (pour reprendre la langue de bois habituelle). En revanche, on peut déplorer, surtout pour les produits de taux, un manque d’enthousiasme évident à attirer les particuliers sur ses marchés d’options. L’échec du lancement des options de change est sans doute dû à ce manque d’intérêt pour le particulier, les entreprises disposant depuis longtemps déjà du marché de gré à gré plus adapté à des besoins ponctuels de couverture.

Mes remerciements vont au premier chef aux lecteurs des éditions précédentes qui ont bien voulu me faire part de leurs remarques et de leurs critiques : je les examine toujours avec attention, et certaines remarques ont permis de corriger les inévitables erreurs qui peuvent se glisser dans ce type de livre. Ils vont également aux étudiants du Centre de Formation à l’Analyse financière de la SFAF (Société française des analystes financiers) qui m’ont permis d’améliorer l’enseignement qui est à la base de ce guide plus que jamais écrit dans un but pratique.

Rappelons en guise de conclusion le but de ce guide. Il est de permettre aux intervenants, qu’ils agissent en tant que particuliers, pour le compte de sociétés de gestion ou dans le cadre de la gestion d’une trésorerie d’entreprise, de connaître les options, et de savoir les utiliser à bon escient. Ceci implique de maîtriser la terminologie qui leur est propre, d’éviter les grosses erreurs du débutant (voir les 10 commandements du praticien), erreurs qui peuvent être très coûteuses, et de comprendre le mécanisme de ces instruments qui, depuis près de 40 ans, révolutionnent jour après jour le monde de la finance.

Achevé en janvier 2018

Pour me contacter, adresse e-mail :[email protected]

INTRODUCTION

« Donnez-moi un point d’appui et un levier assez long, et je soulèverai le monde. »

Archimède

Pour le béotien, la découverte du monde des options ne se fait pas sans une pointe d’appréhension. L’image des options est floue et mêle le fameux effet de levier (chacun sait qu’il est parfois possible de faire 2, 3, 10 fois voire 50 ou 100 fois la mise en achetant une option) et les risques considérables que peut occasionner cet instrument s’il est mal utilisé. Il ne se passe pas une année sans que les journaux ne relatent des histoires effrayantes, comme les pertes gigantesques qui ont précipité la ruine de la banque Barings ou des scandales, comme celui du Comté d’Orange ou l’affaire Procter and Gamble.

L’objet de ce livre n’est pas de porter un jugement lapidaire sur ces produits financiers, symbole de la finance conquérante pour les uns, maléfiques pour les autres. Pour ma part, après de nombreuses années d’expérience tant pratique que théorique, je suis persuadé que les options sont comme les langues d’Esope (et comme de nombreuses choses dans la vie d’ailleurs) la meilleure ou la pire des choses, selon l’usage que l’on en fait.

J’ai donc choisi en guise d’introduction de montrer que nous sommes tous entourés d’options qui nous observent, pour ainsi dire, avec un regard familier, non seulement dans le monde de la finance, mais également dans notre vie quotidienne.

M. Jourdain et les options

Comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, nous pratiquons les options dans notre vie quotidienne sans en avoir vraiment conscience. Trois illustrations suffiront à cette démonstration.

1.Les arrhes qui constituent une somme d’argent remise par l’acheteur au vendeur en garantie du marché lors de la commande nous fournissent un excellent exemple d’option. Elles constituent un moyen de dédit et, en cas de défaillance de l’acheteur, elles restent acquises au vendeur. La réservation d’une location saisonnière reste à ce jour leur domaine de prédilection.

2.L’achat d’un véhicule automobile est un moyen de découvrir le monde des options : à côté du modèle de base, le constructeur propose au public des options, au gré de l’acheteur, pour personnaliser son choix. Ici l’option est bien la possibilité laissée à l’acheteur de choisir ou de ne pas choisir une caractéristique supplémentaire (peinture métallisée, toit ouvrant, climatisation) de manière simple, car le choix est binaire : on décide de « prendre l’option » ou non.

3.Vous réservez une semaine de vacances au Club Méditerranée : on vous consentira une option sur une semaine au Club pendant quelques jours. Une place vous sera donc réservée dans tel village pour telle semaine et ce, pendant un délai très court (par exemple trois jours). Passé ce délai, si vous n’avez pas confirmé votre réservation, vous abandonnerez de facto votre option et votre droit de priorité tombera. Cette option vous a donc été consentie gratuitement.

Airbus et les options

Dans le monde de l’aéronautique, une lutte implacable oppose le géant américain Boeing à son challenger européen Airbus industrie pour la fourniture d’avions aux nombreuses compagnies aériennes de par le monde. Les compagnies doivent renouveler leur flotte régulièrement, ne serait-ce que pour respecter les normes de sécurité propres au transport aérien. Elles ont pris l’habitude de commander des avions et de réserver, en plus de leur commande, des options sur un nombre d’appareils, options qu’elles exerceront ou abandonneront en fonction de l’état de leurs affaires (un avion nécessite environ deux ans de délai de fabrication pour un coût de l’ordre de 100 millions de dollars).

Exemple

En août 2010 Cathay Pacific, la première compagnie aérienne de Hong Kong a annoncé une commande de 30 nouveaux Airbus (prix catalogue de 5,92 milliards d’euros) et a également annoncé la levée d’une option existante sur 6 Boeing 777-300ER (prix catalogue de 1,6 milliard de dollars).

Perte limitée contre gain illimité

En 1985, les mésaventures de la Compagnie aérienne Lufthansa prouvent tout l’intérêt qu’il y a pour un financier de haut niveau, de connaître et d’utiliser à bon escient les techniques optionnelles pour gérer le risque le plus répandu en matière de commerce international : le risque de change. En 1985, Lufthansa négocie avec Boeing l’achat de 20 avions 747 au prix unitaire de 500 M $ livrables et payables un an après. Le trésorier décida de couvrir le risque de change en achetant à terme de 12 mois des dollars au taux de change de 3,2 DEM pour 1 $ et ce, pour la moitié de sa position, soit 5 milliards $. Malheureusement pour la firme de Francfort, le dollar baissa fortement dans l’année qui suivit la commande et cette couverture à terme se révéla fort coûteuse en occasionnant un important manque à gagner. La solution eût été, dans ce cas, d’acheter des options d’achat sur le dollar. Notons toutefois que cette opération ne s’est pas soldée par une perte, mais bien par un manque à gagner : en effet la firme connaissait parfaitement son coût d’achat au moment de la passation de la commande. La technique optionnelle permettait, moyennant une prime, de profiter à la fois de la hausse (en exerçant l’option) et de la baisse (en abandonnant l’option pour acheter les $ au nouveau cours plus bas un an après).

Un instrument à haut risque

L’affaire de la Barings est un exemple édifiant des dégâts que peut occasionner un jeune trader de 28 ans lorsqu’il est livré à lui-même. Nick Leeson a réussi à engloutir les fonds propres d’une des plus vénérables banques de la city, (institution qui était au demeurant courtier de la reine : shocking !) soit plus d’un milliard d’euros en quelques mois, en prenant d’abord des positions à hauts risques sur le marché à terme d’instruments financiers de Singapour et sur l’évolution du marché des actions de Tokyo, pour tenter ensuite un gigantesque « quitte ou double » sur des options de gré à gré. L’inévitable enquête que les autorités de Singapour (soucieuses de la bonne réputation de leur marché) et les autorités anglaises ont diligentée a montré des lacunes particulièrement graves dans le mode de contrôle des positions pour compte propre de la maison.

Il est à noter que les pertes gigantesques de certains mastodontes de la finance sur les produits dérivés ne sont pas réalisées uniquement, loin s’en faut, sur les marchés d’options. Ainsi Sumitomo a perdu 2,5 milliards de $ sur le marché à terme du cuivre, qui existe depuis plus d’un siècle. Il en est de même de Metallgesellschaft, sur les marchés à terme de marchandises (1,4 milliards $). Pour Barings, une bonne partie des pertes vient des marchés à terme ; le reste des marchés d’options de gré à gré est plus difficilement contrôlable. Les déboires de Procter and Gamble sur les produits dérivés au 1er trimestre 1994 (100 millions $ de pertes) proviennent de deux opérations de swaps de taux et non pas d’options.

Dans le même esprit, en 2008, un trader de la Société Générale a perdu près de 4,9 milliards d’euros sur des produits dérivés. En effet, il a pris position sur des futurs de grands indices européens, en majorité sur le DAX, pour 50 milliards (soit 1,8 fois les fonds propres de la banque). Cette perte record a même fait l’objet d’un film, L’Outsider.

Les options : un jeu à somme nulle

Le jeu sur les options fait partie des jeux à somme nulle, ce qui n’est pas le cas du jeu sur les actions. C’est en effet la grande différence entre les options et les actions, qui, elles, représentent une part de propriété dans une société : si l’entreprise crée de la richesse, alors tous les actionnaires en profiteront en voyant leurs investissements progresser. Sur les marchés d’options, avant l’ouverture d’une échéance, rien n’existe et après l’échéance, rien ne subsiste : entre-temps, l’argent n’a fait que changer de mains.

Le jeu des options, même à somme nulle, laisse toutefois plus de chances aux joueurs que les grands classiques du jeu. Pour le Loto, l’État prélève, avant la répartition des gains, près de 27 % des mises (soit un peu plus d’un milliard d’euros par an) ; pour le PMU, l’État prélève 2,5 milliards, idem sur les casinos. Ce qui signifie que quelqu’un qui jouerait totalement au hasard sur les options aurait plus de chances de gagner que sur les trois autres grands types de jeu : rassurant, non ?

Les marchés d’options ne créent pas le risque

On a parfois accusé les marchés d’options en particulier, et les marchés dérivés en général d’être responsables de l’instabilité des cours des actifs sous-jacents. Ce présupposé est d’ailleurs très ancré, même dans la mouvance libérale : dire, comme on l’entend encore trop souvent, que les marchés dérivés ont créé la volatilité des actifs financiers, c’est confondre l’effet et la cause car, historiquement, c’est la volatilité des actifs qui a permis l’apparition des marchés d’options négociables.

Qui n’utilise pas les options ?

La veuve de Carpentras, comme les quelque dix millions de détenteurs d’OPCVM en France ne se doutent pas un instant que, dans le cadre de la gestion de leurs SICAV ou de leurs FCP, les gérants utilisent régulièrement les produits optionnels, la plupart du temps d’ailleurs dans un but de couverture, d’assurance, pour encaisser des primes et obtenir un rendement additionnel.

Le cas de la gestion indicielle garantie est à ce sujet particulièrement intéressant puisque les gérants ne peuvent garantir aux épargnants un rendement minimum que par le biais d’options.

Bien entendu, les particuliers peuvent intervenir directement sur les options.

Une industrie en très forte croissance

Les options négociables appartiennent à la vaste famille des « produits dérivés », ainsi dénommés parce qu’ils n’existent que grâce à un actif sous-jacent dont ils dérivent et dont ils suivent les fluctuations. À titre indicatif, en 2013 le montant nominal de la valeur des actifs sur lesquels existait un contrat dérivé (de gré à gré) s’élevait à environ 710 000 milliards $ et le montant total des primes des contrats dérivés était de 20 000 milliards $.

Ce qu’il est convenu d’appeler l’industrie des produits dérivés qui a connu un très fort développement dans le monde entier de 1971 à 2008, une stabilisation jusqu’en 2012 et un franche reprise depuis, est dominée par les Américains, d’autant que les deux plus grands marchés organisés d’instruments financiers étaient basés à Chicago : le Chicago Board Of Trade (CBOT) et le Chicago Mercantile Exchange (CME) ont fusionné en juillet 2007 suite à une OPA du CME sur le CBOT pour un montant de 11,9 milliards $. Rien d’étonnant donc que la conférence annuelle de la grande famille des intervenants sur les marchés dérivés se tienne traditionnellement à la mi-mars à Boca Raton (en Floride).

Un effet de levier unique

L’attrait, la fascination qu’exercent les options sur les spéculateurs se résument en une formule : l’effet de levier. À titre d’exemple, voici quelques cours relevés pendant la folle spéculation sur l’action Compagnie du Midi au mois de février 1988 et qui est très significative des plus-values que peuvent permettre les marchés d’options.

–Le lundi 1er février 1988, l’action Compagnie du Midi s’échange à 950 F. L’option d’achat permettant d’acheter une action Compagnie du Midi à 1 300 F jusqu’à fin mars cote 5,50 F.

Le mardi 2 février, l’action vaut 992 F et l’option 20 F.

Le mercredi 3 février, l’action est à 1 100 F et l’option à 29 F.

Le jeudi 4 février, l’action est à 1 210 F et l’option à 88 F.

Le vendredi 5 février, l’action vaut 1 417 F et l’option 200 F.

Pour une hausse de 50 % de l’action pendant la semaine, cette option a progressé de 3 500 %.

Y a-t-il un instrument qui possède un tel effet de levier sur les marchés financiers ?

LA NATURE DES OPTIONS

« L’une des particularités les plus remarquables du génie des marchés financiers réside dans le fait que, lorsqu’une réelle demande pour une méthode destinée à renforcer les opportunités spéculatives existe, vous pouvez être sûr que le marché la fournira. »

Professeur Burton Malkiel, Princeton,A random walk down Wall Street

1. L’option : un concept ancien

1.1. De l’antiquité à 1973

1.1.1. Une origine biblique

La première option connue est mentionnée dans la Bible. À en croire les Écritures, Jacob aurait souscrit auprès du père de Rachel, Laban, une option pour épouser cette dernière. Jacob devait fournir sept ans de labeur à Laban pour prix de l’option. Mais au terme de ces sept années de labeur, Laban, profitant sournoisement de l’absence d’un organisme de compensation capable de garantir à chacune des parties l’exécution du contrat par l’autre, décida de donner à Jacob, non pas Rachel, mais son autre fille, Leah, dont les caractéristiques étaient, selon certains exégètes, assez différentes (notamment en terme d’âge et de beauté). Comme d’habitude en herméneutique, d’autres exégètes prennent la défense de Laban en faisant remarquer que le contrat initial n’était pas clair, qu’à aucun moment les deux contractants n’avaient mentionné le nom de la promise et qu’en bonne logique biblique, Laban avait donné la fille aînée qui se trouvait être la moins accorte. Toujours est-il que Jacob – visiblement peu rancunier – souscrivit une seconde option à Laban et, moyennant une prime de sept nouvelles années de travail, put également épouser Rachel.

1.1.2. Un spéculateur nommé Thalès de Milet

Thalès de Milet (-625, -547) est considéré comme un des pères de l’astronomie puisqu’il devint célèbre du jour au lendemain en prédisant précisément une éclipse de soleil (en -585). Mais il est un autre titre de gloire du savant et de l’ingénieur qui nous rappelle utilement l’étymologie du mot spéculer (initialement observer les étoiles). On sait que le philosophe se faisait fort de mépriser les richesses matérielles. C’est pourquoi, il était sans cesse en butte aux railleries de ses contemporains, qui estimaient, non sans un solide bon sens, que la science, n’étant pas d’essence lucrative, était dénuée d’intérêt. Si l’on en croit Aristote (La Politique, Livre I, chapitre IV, § 5), c’est pour mettre un terme à ce mépris mercantile, que Thalès décida de prouver la supériorité de la science sur le commerce. Ayant prévu, à la lecture des astres, que l’été qui s’annonçait serait particulièrement chaud, et donc propice à une très belle récolte d’huile d’olives, il chercha le moyen de transformer cette analyse en espèces sonnantes et trébuchantes. Pour ce faire, il se renseigna sur le montant des loyers exigés par les propriétaires de réservoirs d’huile d’olive. Coup de chance : la récolte précédente avait été médiocre et les propriétaires lui consentirent des options sur ces baux à des prix défiant toute concurrence. Il se réserva donc le droit de louer le maximum de réservoirs. Ce qu’il avait prévu se concrétisa et les producteurs d’huile d’olive, surpris par la fabuleuse récolte se précipitèrent chez les propriétaires de réservoirs… pour apprendre que les réservoirs étaient déjà réservés. Les mêmes marchands qui, quelques mois plus tôt, se gaussaient du philosophe, vinrent le supplier de leur revendre les droits de location. « Il les loua », toujours selon Aristote, « au prix qu’il voulut » : grâce à la grande fortune qu’il amassa, il prouva qu’il est facile aux amants de la science de s’enrichir quand ils le veulent, mais que ce n’est pas là l’objet de leur passion.

Thalès avait mis en pratique, avant Archimède, ce qui fait la force et l’attrait des options, le fameux effet de levier, en l’appliquant à un domaine qui reste encore de nos jours le principal objet de la spéculation humaine : le temps qu’il fera demain.

1.1.3. Prime d’assurance pour marchands génois

Les marchands génois, commerçants prudents et avisés, utilisaient la technique optionnelle comme une police d’assurance. Affrétant un bateau des côtes phéniciennes à Gènes, ils prenaient simultanément une option sur une cargaison identique. En cas de naufrage ou d’attaque du premier navire, le négociant exerçait son option sur la seconde cargaison au prix précédemment convenu. Lorsque le 1er navire arrivait à bon port, le négociant abandonnait l’option ou l’exerçait en fonction du cours du jour des marchandises. Ainsi, moyennant une prime d’assurance d’un faible montant (de l’ordre de 10 % du prix de la cargaison), les marchands s’assuraient contre les risques du voyage. Voilà donc un autre aspect très important de l’option : être un produit d’assurance. On comprend dès lors l’attrait et le rôle économique de l’option sur marchandise. Cette genèse de la technique optionnelle prise comme une assurance contre un risque nous rappelle que ceux qui vendent les options (qui sont des droits) ont une mentalité proche des assureurs : leur risque est important, mais comme 80 % des options traitées tombent à l’échéance avec une valeur nulle, les statistiques sur une longue période sont avec eux. Faut-il encore avoir les reins suffisamment solides pour faire face aux importants appels de couverture que nécessite une telle stratégie, ce qui la rend inutilisable pour un particulier.

D’autres exemples confirment l’existence d’options à l’époque médiévale, notamment dans les systèmes bancaires italien et allemand.

1.1.4. La Tulipomanie

La Tulipomanie ou « folie des tulipes » qui a saisi la Hollande entre 1634 et 1637 est le premier exemple de folie spéculative de l’histoire et la première tentative de création d’un véritable marché d’options de gré à gré. La Tulipomanie reste une des plus spectaculaires orgies spéculatives de l’histoire. Les événements qui ont conduit à cette frénésie spéculative trouvent leur source en 1593, quand un nouveau professeur de botanique viennois Charles de l’Écluse, fraîchement nommé à Leyden, apporte dans ses bagages une collection de plantes tout à fait inhabituelles et originaires de Turquie. Les Bataves s’enthousiasment pour cette nouveauté mais pas pour le prix proposé par le professeur (il avait espéré vendre les bulbes et réaliser ainsi un confortable profit). Une nuit, un voleur pénètre dans la maison du professeur, vole les bulbes, qui seront vendus par la suite à un prix bien inférieur, mais avec un taux de profit bien supérieur à celui escompté par le professeur. Chacun le sait : les professeurs ne sont habituellement pas des commerçants avisés.

Dans les décennies qui suivirent, les tulipes connurent une expansion remarquée dans les jardins hollandais. Beaucoup de ces fleurs succombaient à un virus non mortel dénommé « mosaïque ». C’est ce virus qui a servi de détonateur à la spéculation sauvage sur les bulbes. Le virus modifiait les couleurs des pétales en développant des raies multicolores appelées « flammes ». Les Hollandais étaient très friands de ces bulbes infectés : les « bizarres ». Très vite, la population a estimé que, plus le bulbe était bizarre, plus son prix devait être élevé.

Au début, les négociants en bulbes essayaient simplement de prédire la mode bariolée qui serait la plus populaire l’année suivante, un peu à la manière des fabricants de vêtements qui jaugent le goût des clients pour les textures, les couleurs et les longueurs. Un peu plus tard, ils ont commencé à se constituer un stock supplémentaire en anticipant une hausse des cours. Le prix des bulbes se mit alors à monter fortement. Plus les bulbes montaient, plus les gens les considéraient comme un excellent investissement. Charles Mackay qui a rapporté ces événements dans son livre « Mémoires des désillusions populaires extraordinaires », note que l’activité économique traditionnelle du pays s’était à l’époque effondrée à la faveur de la spéculation sur les bulbes : les nobles, les bourgeois, les fermiers, les artisans, les marins, les laquais, les servantes, et même les ramoneurs et les bonnes sœurs boursicotaient. Tout le monde croyait dur comme fer que la passion des tulipes durerait toujours et que les acheteurs afflueraient du monde entier en Hollande pour les acheter à n’importe quel prix.

Les personnes qui affirmaient que les prix ne pourraient pas monter plus haut, observaient avec dépit la manière avec laquelle leurs amis et parents gagnaient des sommes folles. La tentation de les rejoindre était trop forte pour y résister, et, de fait, peu de Hollandais en furent capables. Dans les dernières années de la folie des tulipes, qui dura approximativement de 1634 au début de 1637, les gens allèrent même jusqu’à troquer leurs objets personnels, leurs terres, leurs bijoux et leurs meubles pour obtenir des bulbes qui devaient les rendre encore plus riches. Le prix des bulbes atteignit alors des niveaux astronomiques et augmenta de 5 900 % ces 3 dernières années. Pour indication, les bulbes les plus chers s’échangeaient des milliers de florins alors qu’un ouvrier spécialisé ne gagnait que 150 florins par an. Des bulbes pouvaient être échangés contre quelques hectares de terre, ou bien un carrosse.

Comme le montre l’histoire financière, une bonne part du génie des marchés financiers réside dans le fait que lorsqu’une réelle demande pour une méthode destinée à renforcer les opportunités spéculatives existe, vous pouvez être sûr que le marché la fournira. Les instruments qui ont permis aux spéculateurs de donner le plus de levier à leur argent étaient « les options d’achat » similaires à celles que nous traitons de nos jours sur les marchés boursiers.

Une option d’achat conférait à son détenteur le droit d’acheter des bulbes de tulipes (et d’en prendre livraison) à un prix fixé à l’avance (en général proche du prix du marché) pendant une période déterminée.

L’acheteur de l’option payait un montant qui pouvait représenter jusqu’à 15 à 20 % du cours du bulbe. Une option sur un bulbe de tulipe d’un prix de 100 florins, par exemple, ne coûtait donc que 20 florins. Si le prix montait à 200 florins, le détenteur de l’action exerçait son droit : il achetait à 100 et revendait simultanément au cours du jour à savoir 200 et réalisait ainsi une plus-value de 80 florins (les 100 florins de différence moins le prix de l’option de 20 florins). Ce faisant, il quadruplait sa mise. Par le biais des options d’achat il était donc possible de jouer avec une mise plus faible et d’obtenir un meilleur rendement de son argent. L’option est un des instruments qui permet d’accroître l’effet de levier d’un investissement. L’effet de levier peut se définir comme toute technique qui augmente le potentiel de gain (et les risques) d’un investissement.

Pour éviter le krach, les pouvoirs publics déclarèrent officiellement qu’il n’y avait aucune raison pour que les cours des bulbes de tulipes s’effondrent mais bien entendu plus personne ne les écoutait. Les courtiers firent faillite et refusèrent d’honorer leurs engagements envers les vendeurs de bulbes. En fin de compte, un plan gouvernemental décida que tous les contrats devaient être honorés à 10 % de leur valeur faciale, mais il devint inapplicable lorsque les bulbes tombèrent en dessous de ce niveau. Et les prix continuèrent à chuter, de plus en plus bas jusqu’à ce que les bulbes perdirent quasiment toute valeur et se traitèrent à leur valeur intrinsèque à savoir le prix d’un oignon commun.

Trois morales peuvent être tirées de cette folie. Premièrement, les Hollandais durent expier pendant de longues années leur folie spéculative et le pays entier entra dans une profonde récession. Deuxièmement, le marché d’options n’étant pas organisé, les vendeurs de puts (options de vente) refusèrent d’acheter les bulbes au prix fixé à l’avance, ce qui accentua la faillite en chaîne. Troisièmement, grâce aux options, les Hollandais sont, aujourd’hui les champions du monde de la tulipe. D’autre part, et par une singulière ironie de l’Histoire, le premier marché d’options négociables sur actions en Europe vit le jour à Amsterdam en 1978 et les descendants des boursicoteurs de l’ère de la Tulipomanie interviennent sur l’EOE (European Options Exchange), en toute sécurité désormais, puisqu’il s’agit d’un marché organisé.

Cette fleur d’Asie, a suscité beaucoup d’inspiration aux artistes de l’époque. En effet, des peintres ont adapté cette crise afin de dénoncer la population qui s’était adonnée à cette spéculation. Ainsi, Bruegel a peint en 1640, « Une satire de la tulipomanie » où des singes s’échangent des bulbes de tulipes.

1.1.5. Les premiers marchés à terme

• Les Hollandais toujours à la pointe de l’innovation

Après ce premier et mémorable fiasco, les options apparaîtront dans le sillage des marchés à terme (dont elles sont en quelque sorte les cousines) et, là encore, nous retrouvons ce peuple inventif et commerçant que sont les Hollandais.

Dès le XVIe siècle, les marchands hollandais réalisaient des contrats prévoyant de livrer le produit de leurs voyages avant que le transport ne soit effectif : l’avantage de ces transactions était de financer leurs opérations et d’obtenir un prix supérieur à celui qui pouvait être espéré par la vente des marchandises à l’arrivée du navire. C’est à Amsterdam au XVIIe siècle que les premiers marchés à terme organisés virent le jour ; les titres de propriété d’actions n’étaient pas alors représentés par un papier mais par une inscription nominative sur les registres de la société comme la Compagnie des Indes orientales par exemple. C’est cette formalité de l’inscription en compte qui devait paradoxalement faciliter les marchés à terme sur les actions. On ne s’échangeait pas des titres papiers mais des promesses de titres : seule la différence entre le cours d’achat et le cours de vente faisait l’objet à l’échéance d’un paiement, l’action quant à elle ne changeant pas de mains. Pas besoin de gros capital pour spéculer, pas besoin non plus d’être propriétaire officiel des titres au nominatif. Le premier chroniqueur boursier, De La Vega, rapporte dans son livre Confusion y confusiones en 1688 des pratiques inimaginables auparavant : « le poisson était vendu, sur les marchés à terme, avant même que d’avoir été péché ».

À peu près à la même époque, mais aux antipodes, un marché à terme du riz apparaît à Osaka. Le Dojim Beikaichi est créé en 1696, et en 1730 un véritable marché à terme du riz fonctionne avec des contrats standardisés, une chambre de compensation, des échéances déterminées, mais sans livraison physique possible. Ce marché fermera ses portes en 1869 à cause de distorsions de cours trop importantes entre le comptant et le terme.

La création de la bourse du coton à Liverpool date de 1842.

• Les États-Unis créent les grands marchés à terme de marchandises

L’histoire des marchés à terme américains, les plus importants du monde, montre que leur création ne s’est pas faite ex nihilo, mais qu’ils sont le résultat d’un long processus quasi darwinien.

Les embryons des marchés à terme de marchandises sont le fait des producteurs de pomme de terre du Maine (États-Unis) qui, au début du XIXe siècle, vendaient leurs récoltes au moment de la plantation.

Les « forwards contracts » existent dès 1840 sur le marché des céréales de Chicago. La région des Grands Lacs est en effet un véritable trait d’union pour le négoce des denrées en provenance du Middle West vers la côte Est. La localisation de Chicago, à côté des terres fertiles du Midwest et au cœur de la région des Grands Lacs, a contribué à la croissance faramineuse de la ville en tant que lieu de stockage et d’échanges. Le maïs et le blé de la région arrivaient à Chicago pour transiter vers le reste du pays via le canal Michigan-Illinois qui venait de s’ouvrir. Pour maîtriser une situation très anarchique, Thomas Dyer et quatre-vingt-deux marchands ont formé, le 3 avril 1848, le CBOT. L’objectif de ce marché était de faciliter les négociations de produits livrables immédiatement. Les transactions devinrent progressivement plus sophistiquées. Des tentatives de standardisation des contrats « to arrive » (à venir) apparaissent timidement, mais il s’agissait alors d’accords de gré à gré. Les premières opérations appelées contrats « futures » nécessitent la mise en place d’un système de marges (apparition des deposits) pour éliminer le problème récurrent des engagements non tenus concernant les contrats.

Puis en 1868 les premiers contrats à terme voient le jour au CBOT, même si, officiellement, les premiers contrats à terme sur le blé ne datent que de 1877. À la fin du XIXe, un autre marché se positionne en concurrent de celui du CBOT, c’est le Chicago Mercantile Exchange qui était, à l’origine, une bourse des œufs avec transaction différée.

L’étape décisive de création d’une chambre de compensation sur ces marchés ne date que de 1925 : c’est la Board of Trade Clearing Corporation.

Les premiers contrats à terme concernent donc les denrées : blé, maïs, soja, et les métaux (cuivre, plomb et zinc indispensables à l’industrie). Le marché à terme des graines de soja date de 1936, les contrats sur l’huile et les tourteaux de soja de 1950 et 1951. Dans les années 1960 on traite à terme du bois contreplaqué, du jus d’orange concentré, des carcasses de porc.

• La différence Options/Futures

La différence entre ces deux produits de couverture des risques tient dans l’engagement ferme des contrats à terme à comparer avec le choix laissé au détenteur d’options d’exercer ou non son droit.

En effet, le détenteur de contrat à terme s’engage envers la partie adverse à respecter les termes de ce contrat à l’échéance (sauf revente du contrat), tandis que l’acheteur d’option a le choix d’exercer ou non son option à l’échéance.

Autre élément, les contrats à terme permettent de couvrir une position à 100 % (à la base près) contre une couverture en option qui permet de profiter en partie d’une hausse éventuelle d’un titre couvert, par exemple.

1.1.6. Les options sur matières premières : sous-produits des marchés à terme

Au XIXe siècle, on commence à traiter plus régulièrement des options sur « commodities », c’est-à-dire sur marchandises. Les premières options sur matières premières s’échangent sur le CBOT. En 1874, un décret de l’Etat d’Illinois ayant prohibé les options sur matières premières, les intervenants créent des options sur contrats à terme, les « privilèges » qui, elles, n’étaient pas formellement concernées par l’interdiction.

En 1885, nouveau coup dur pour les marchés d’options, la Cour suprême de l’État de l’Illinois déclare illégales les options sur contrats à terme sur denrées. Le Congrès vote même en 1921 une taxe prohibitive sur ce type de contrat, taxe qui sera jugée inconstitutionnelle par la Cour suprême en 1926.

Interdites sur les contrats à terme de produits agricoles domestiques, les options restaient autorisées sur les autres matières et sur les valeurs mobilières. À la fin du XIXe, les volumes sur les options sont élevés, mais celles-ci génèrent beaucoup d’abus et de fraude et traînent derrière elles une image sulfureuse.

En 1934, en pleine dépression économique, les responsables du ministère américain de l’Agriculture dénonçaient les options, considérant que de nombreux opérateurs les utilisaient pour accumuler des positions spéculatives et influencer les prix, à la hausse ou à la baisse.

Après une tentative infructueuse du CBOT, puis de la Cour Suprême, pour réguler les transactions, le Congrès adopte, en 1936, le Commodity Exchange Act, qui interdit la négociation d’options sur contrats à terme de produits agricoles contrôlés par la Commodity Exchange Authority, une émanation du ministère de l’Agriculture sans pouvoirs réels.

1.1.7. Les premières stock-options américaines au début du XXe

Le début du XXe siècle est l’apogée du capitalisme sauvage. Dans ce contexte, le métier de directeur de pool tel qu’il est décrit par E. Lefebvre dans « Mémoires d’un spéculateur » est typique de cette période et ne pourrait d’ailleurs pas être exercé dans le contexte réglementaire actuel. Ce métier est intéressant à étudier car il est à l’origine des fameuses stock-options.

Le principe de cette activité est simple : quelques gros actionnaires d’une société cotée, qui détiennent par exemple entre 30 ou 40 % du capital, souhaitent vendre leurs actions dans les meilleures conditions possibles, mais ils sont conscients de l’impossibilité de déverser sur le marché une telle quantité de titres sans entraîner un effondrement des cours. Ils décident donc de créer un pool auquel ils remettent leurs titres ainsi qu’une somme d’argent au prorata de leur participation. Un directeur de pool est choisi pour sa connaissance des marchés boursiers et a pour tâche de vendre dans les meilleures conditions possibles les titres du pool. Si l’action cote par exemple 100 $, les associés estiment qu’ils ne peuvent espérer vendre au-dessus de 70 $ en moyenne. Pour rémunérer le directeur de pool, ils lui proposent par exemple de lui consentir, sur les actions détenues par le pool, 10 000 options d’achat à 70 $, 10 000 à 80 $, 10 000 à 90 $ et 10 000 à 100 $. Sur ces bases contractuelles, le directeur a carte blanche pour créer un marché actif, notamment en commençant par acheter des titres grâce à la trésorerie dont il dispose et par divers procédés assez peu recommandables comme la diffusion de fausses rumeurs ou l’achat de titres chez un intermédiaire et la vente chez un autre pour créer l’illusion d’un marché actif. Son travail et son intérêt personnel sont de vendre le plus de titres possibles au cours le plus élevé possible. Si la vente des titres a été réalisée à 95 $ en moyenne par exemple, le directeur aura empoché 10 000 * 25 $ sur la première ligne d’options, 10 000 * 15 $ sur la deuxième, et 10 000 * 5 $ sur la troisième ligne.

Au final, tout le monde (à l’exception bien évidemment des acheteurs d’actions qui le sont en général un peu moins… puisque le cours de leur titre avait une fâcheuse tendance à dégringoler après l’opération) ressort satisfait de l’opération : les dirigeants ont pu céder leurs propres titres sur l’entreprise avant l’annonce officielle par cette dernière de résultats médiocres, et le pool manager a encaissé ses honoraires sous forme de plus-values réalisées entre (prix de vente effectif des titres sur le marché – le prix de cession demandé par les dirigeants).

Si cette pratique a existé au début du siècle dernier, elle est désormais totalement interdite et engendre les foudres de l’AMF car il s’agit ni plus ni moins d’une manipulation de cours, définie par l’AMF comme « le fait pour toute personne d’exercer une manœuvre ayant/pouvant avoir pour objet/effet d’entraver le libre établissement des cours ou ayant/pouvant avoir pour objet/effet d’induire le public en erreur ou assurant une position dominante sur le marché avec pour effet la création des transactions inéquitables (AMF, 9 avril 2009). »

En 2016, Vinci a été victime d’une manipulation de cours suite à la publication de faux communiqués. Le premier entrainant la chute de son cours de plus de 18 % en l’espace de quelques minutes, avant de remonter suite à l’annonce d’un démenti de la part de ces mêmes hackers. Avec cette opération, les escrocs ont pu jouer la baisse puis la hausse de l’action et gagner sur les deux tableaux.

1.1.8. Primes, options et stellages à Paris

Comme en Angleterre, les options et primes sur contrats à terme existent en France depuis le XIXe, mais elles n’ont jamais connu de réels succès, vraisemblablement à cause de l’absence de garantie de bonne fin des opérations.

• Les primes

Ancêtre de l’option, la prime est une somme payée par un opérateur à sa contrepartie pour avoir le droit, dans un délai fixé à l’avance mutuellement, de se déclarer acheteur ou vendeur, à un prix convenu à l’avance, d’une certaine quantité de marchandises. Le montant de la prime varie selon l’offre et la demande. Il est d’autant plus élevé que l’échéance est éloignée. La prime résulte d’un marchandage, mais ne donne pas lieu à établissement d’un cours officiel. La base de la prime est le cours auquel le payeur exerce le droit de se déclarer acheteur ou vendeur : c’est généralement le cours ferme pour le terme traité au jour du paiement de la prime. Le prix de revient du contrat est égal au cours de base majoré ou minoré du montant de la prime selon qu’il s’agit d’un achat ou d’une vente.

Le payeur répond sa prime quand il fait connaître sa décision d’acheter ou de vendre la quantité de marchandise prévue au contrat ou d’abandonner sa prime. Le payeur de prime attend généralement le jour de l’échéance pour liquider sa position, mais il peut répondre cette prime par anticipation. À la Bourse de commerce de Paris, le délai pour la réponse des primes se terminait au plus tard un quart d’heure après la première cote du premier jour de bourse du mois précédant le mois de livraison pour le marché à terme du sucre. À la Bourse de Paris, les primes se traitaient sur les actions clés du RM et pour les quotités du RM jusqu’en mai 1989.

La prime versée était le fameux « dont ».

Exemple

Michelin cotant 108 € le 17 mars, un acheteur de prime achetait le droit d’acheter 500 Michelin à 130 « dont 2 » sur juin. En versant donc 2 € par action, il pouvait exercer son droit à tout moment jusqu’à l’échéance de son contrat (le jour de la réponse des primes).

• Les options

C’est en 1965 que la Compagnie des agents de change crée officiellement un marché d’options à Paris : en fait, il ne faisait qu’officialiser des pratiques bien répandues. La Bourse proposait deux types d’options : les options simples et les options du double.

Concernant les options simples, chaque jour et pour chaque action, un seul prix d’exercice égal au cours de l’action du moment donne lieu à cotation d’options. La seule option cotée un jour donné avait comme prix d’exercice le cours du jour sur le RM (premier cours vers 12 h 30), donc le prix d’exercice de l’option change tous les jours, ce qui interdit la possibilité de revente : en effet, si j’achète une option à un prix d’exercice 300 € un jour de bourse et que le lendemain l’action cote 320 €, alors la nouvelle option créée aura un prix d’exercice de 320 €. Le premium (appelé « l’avec ») est réglé par l’acheteur le jour même, et l’option peut être exercée le jour de la réponse des primes de la liquidation courante, ou au maximum l’une des 8 liquidations suivantes (soit neuf échéances différentes), selon la durée initiale de l’option. Point extrêmement important, Il n’y a pas de marché secondaire organisé, les options ne sont donc pas négociables. L’acheteur peut liquider son opération, c’est-à-dire lever l’option ou l’abandonner avant l’expiration du contrat, sous réserve que sa décision soit signifiée à l’une des liquidations mensuelles, le jour de la réponse des primes. Ce marché concernait au maximum une quarantaine de valeurs.

Exemple

Le 17 mars, Air liquide cotait 105 €. L’achat de 25 actions sur octobre « avec » 5 € oblige l’acheteur de l’option à verser 25 x 5 €. Il peut ensuite lever à tout moment jusqu’à l’échéance ses 25 actions à 105 €.