Guide pratique de la bourse - Eric Pichet - E-Book

Guide pratique de la bourse E-Book

Eric Pichet

0,0

Beschreibung

En 2019, le Guide pratique de la bourse attaque sa 4e édition . Il accompagne donc depuis plus de vingt ans les transformations permanentes qui affectent les marchés boursiers. En vingt ans, on a vu apparaître les courtiers en ligne, le plus violent krach boursier mondial de l’histoire (avec un indice CAC-40 perdant en un an plus de 50% – phénomène exceptionnel – entre le 15 septembre 2000 et le 15 septembre 2001, de 7 000 à 3 500 points), puis la crise des subprimes en 2007 avec la faillite de Lehman Brothers et un nouvel effondrement des marchés de 62% en deux ans, le CAC40 passant de 6 000 points en juin 2007 à 2 300 points en mars 2009. En juillet 2018 les marchés n’ont jamais été aussi hauts surtout aux États-Unis avec un Dow-Jones à près de 25 000 points. Les techniques d’intervention sont toujours plus sophistiquées et les volumes traités sont toujours plus importants (plus de 7,45 milliards d’euros par jour sur le marché au comptant d’Euronext en 2018).
Le but de ce livre est donc d’éclairer l’investisseur en Bourse, d’en présenter les produits et les marchés et de rappeler les mécanismes fondamentaux des marchés boursiers ainsi que les principes de base d’un investissement profitable. Cette quatrième édition doit beaucoup aux lecteurs des éditions précédentes et prouve que ce livre est destiné à évoluer.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Eric Pichet est diplômé d’HEC, docteur en Sciences de gestion et docteur en droit. Il est professeur de finance à Kedge Business School et au Centre de formation de la SFAF (Société française des analystes financiers), chercheur associé au LARE-EFI de Bordeaux IV. Il dirige l’IMPI (Institut du management du patrimoine et de l’immobilier) et le Mastère Spécialisé en gestion de patrimoine de KEDGE. Expert en finance de marché, en économie monétaire, en économie fiscale et en gouvernance d’entreprise et publique, il est l’auteur de nombreux ouvrages.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 345

Veröffentlichungsjahr: 2023

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



© Séfi Inc. 2019

Tous droits réservés

ISBN 978 2 895 091 99 8

Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec 2019.Bibliothèque de France 2019Imprimé en France en juin 2019 par Imprimerie Sepec - 09601 Péronnas

Société Éducative Financière Internationale Inc.1000 rue de la Gauchetiere Ouest,Bureau 900 Montréal (Québec) – Canada H3B 5H4Séfi Diffusion France :23, rue Balzac - 75008 ParisE-mail : [email protected]

Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo.

REMERCIEMENTS

En 2019, le Guide pratique de la bourse attaque sa 4e édition (la première étant parue en 1996, la seconde en 2001 et la troisième en 2008). Il accompagne donc depuis plus de vingt ans les transformations permanentes qui affectent les marchés boursiers. En vingt ans, on a vu apparaître les courtiers en ligne, le plus violent krach boursier mondial de l’histoire (avec un indice CAC-40 perdant en un an plus de 50 % – phénomène exceptionnel – entre le 15 septembre 2000 et le 15 septembre 2001, de 7 000 à 3 500 points), puis la crise des subprimes en 2007 avec la faillite de Lehman Brothers et un nouvel effondrement des marchés de 62 % en deux ans, le CAC40 passant de 6 000 points en juin 2007 à 2 300 points en mars 2009. En juillet 2018 les marchés n’ont jamais été aussi hauts surtout aux États-Unis avec un Dow-Jones à près de 25 000 points. Les techniques d’intervention sont toujours plus sophistiquées et les volumes traités sont toujours plus importants (plus de 7,45 milliards d’euros par jour sur le marché au comptant d’Euronext en 2018). Le but de ce livre est donc d’éclairer l’investisseur en Bourse, d’en présenter les produits et les marchés et de rappeler les mécanismes fondamentaux des marchés boursiers ainsi que les principes de base d’un investissement profitable. Cette quatrième édition doit beaucoup aux lecteurs des éditions précédentes et prouve que ce livre est destiné à évoluer. J’encourage donc vivement les lecteurs qui souhaiteraient me faire part de leurs remarques ou de leurs expériences. Les critiques, qu’elles soient négatives ou positives, seront toutes examinées avec le même intérêt… Pour la cinquième édition.

Pour me contacter Eric PICHETMail : [email protected]

AVERTISSEMENT AU LECTEUR

« Dévoiler les intrigues de la Bourse et des courtiers, c’est entreprendre un des travaux d’Hercule »

Charles Fourier

Cette quatrième édition du GUIDE PRATIQUE DE LA BOURSE intègre les nombreuses innovations qui ont marqué les deux dernières décennies. En 1996, date de la première édition, on ne parlait pas encore en France des « courtiers en ligne », pardon des « brokers on line » qui permettent aux particuliers d’accéder à la Bourse à des coûts nettement plus bas que les réseaux bancaires, en 2001, les trackers étaient embryonnaires et les produits cotés à levier inexistants. L’avènement de l’euro avait radicalement modifié les règles du jeu boursier puisque les cotations s’effectuent, depuis le 1er janvier 1999 en euros. La vague de la nouvelle économie avec ses valorisations stratosphériques a permis dans un premier temps au Nouveau Marché de s’imposer comme un vivier de jeunes sociétés performantes avant de disparaître purement et simplement dans l’éclatement de la bulle. De 2008 à 2016 le nombre d’actionnaires individuels n’a cessé de diminuer en France passant de 7 millions à 3 millions pour commencer à remonter légèrement depuis 2016 comme on peut le constater sur le graphe ci-dessous.

PARISBOURSE, après avoir annoncé, en mars 2000, la fusion des bourses de Paris, Amsterdam et Bruxelles sous le nom d’EURONEXT a été absorbé par le New York Stock Exchange en 2006, puis NYSE EURONEXT s’est vu racheté par ICE, pour ensuite redevenir indépendante suite à son introduction en bourse en 2014 sous le nom d’EURONEXT… sur son propre marché. Dans le même temps de nouveaux produits sont apparus à la Cote comme les certificats indexés qui disposent d’un compartiment spécial depuis le 25 juin 1999, mais aussi les produits cotés à capital garanti, les produits turbo qui permettent aux particuliers titulaires d’un comptes-titres de jouer la hausse de l’indice CAC-40 avec un levier de 40, la baisse du yen contre l’euro, etc.

Quant au vénérable Règlement mensuel, centenaire qui rythmait les mois boursiers il a vécu le 20 septembre 2000 pour céder la place au SRD : service de règlement différé. Ce livre explique en détail les avantages de ce nouveau service qui met PARIS à l’unisson des autres places boursières.

À l’occasion de cette nouvelle édition, le GUIDE PRATIQUE DE LA BOURSE s’est recentré sur les marchés et les produits actions. Le lecteur qui désirerait des informations plus détaillées sur les produits obligataires pourra se tourner vers le GUIDE PRATIQUE DES OBLIGATIONS (seconde édition parue en mai 2007) et celui qui s’intéresse aux options trouvera le GUIDE PRATIQUE DES OPTIONS ET DU MONEP (dont la 8e édition est parue en avril 2018).

Je rappellerai enfin ce qui fait la spécificité de ce GUIDE PRATIQUE DE LA BOURSE. À l’origine ce livre provient d’un cours dispensé aux étudiants de KEDGE BUSINESS SCHOOL. En tant que professeur d’Économie et de finance, je peux porter un regard objectif et surtout indépendant sur les marchés ce qui n’est pas toujours le cas des professionnels des marchés en activité, qui prêchent un peu trop souvent pour leur paroisse. En effet, ce Guide Pratique de la Bourse est le résultat d’une quadruple expérience : de professionnel de la Bourse (dans diverses sociétés de Bourse dans le passé et désormais comme administrateur de sociétés cotées et de sociétés de gestion) qui m’a permis de côtoyer cette faune typique et haute en couleur qu’est la population boursière avec ses intermédiaires, ses banquiers, ses petits et ses gros intervenants, d’observer les différents types de spéculation, les manières les plus rapides et les plus efficaces pour passer un ordre, le suivi back-office, etc., une expérience d’enseignant (en Business School, mais aussi au Centre de Formation de la SFAF et chez les chefs d’entreprise de l’APM -Association pour le progrès du management) indispensable pour rendre claires les évolutions considérables qui ont affecté le marché boursier ces dernières années, une expérience de chercheur en sciences de gestion et en Finance et enfin une expérience d’auteur de livres boursiers et financiers, utile pour transmettre par écrit ce type de message de manière complète et compréhensible par tous.

SIGLES

Pour la signification des sigles, voir le lexique en annexe (ex : pour ABSA, voir action à bons de souscription d’actions).

Les sigles étrangers sont en gras.

ABSA : Action à bons de souscription d’actions.

ABSAR : Action à bons de souscription d’actions remboursables.

ABSOC : Action à bons de souscription d’obligations convertibles.

ACG : Adhérent compensateur général.

ACI : Adhérent compensateur individuel.

ACPR : Autorité de contrôle prudentiel et de résolution.

ADAM : Association de défense des actionnaires minoritaires.

ADP : Action à dividende prioritaire.

ADR : American depositary receipt.

AEX : Amsterdam Exchanges.

AFECEI : Association française des établissements de crédit et des entreprises d’investissement.

AFG : Association française de la gestion financière

AFIPER : Association fédérative internationale des porteurs d’emprunts russes.

AGE : Assemblée générale extraordinaire.

AGM : Assemblée générale mixte.

AGO : Assemblée générale ordinaire.

AMAFI : Association française des marchés financiers (anciennement AFSB puis AFEI)

AMEX : American Stock Exchange.

AMF : Autorité des marchés financiers.

AMM : Adhérent mainteneur de marché.

ANAF : Association nationale des actionnaires de France.

APM : Au prix du marché (ou Association pour le Progrès du management).

ATP : À tout prix.

ATS : Alternative trading system.

BALO : Bulletin d’annonces légales obligatoires.

BCVG : Bon de cession de valeur garantie.

BDF : Banque de France.

BMTN : Bon à moyen terme négociable.

BN : Bénéfice net.

BNPA : Bénéfice net par action.

BSA : Bons de souscription d’actions.

BT : Bon du Trésor.

BTAN : Bon du Trésor à intérêts annuels.

BTF : Bon du Trésor à taux fixe et à intérêts précomptés.

BXS : Brussels Exchange (fusion de Belfox et de CIK)

CAC-40 : Cotation assistée en continu (Indice des 40 valeurs).

CADES : Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale.

CB : Commission bancaire devenue l’ACPR.

CCI : Certificat coopératif d’investissement.

CCLRF : Comité consultatif de la législation et de la réglementation financière.

CDGF : Conseil de discipline de la gestion financière intégré au sein de l’AMF.

CDV : Certificat de droits de vote.

CEA : Comité des entreprises d’assurance devenu l’ACPR.

CECEI : Comité des établissements de crédits et des entreprises d’investissement (Devenu ACPR).

CEDH : Cour Européenne des Droits de l’homme.

CFAF : Centre de formation à l’analyse financière.

CI : Certificat d’investissement.

CLAM : Crédit Lyonnais Asset Management.

CM : Compensateur multiple.

CMF  : Conseil des marchés financiers a fusionné avec COB pour donner l’AMF.

CNCEF : Chambre nationale des conseils experts financiers.

CNO : Comité de normalisation obligataire.

COB  : Commission des opérations de bourse a fusionné avec CMF pour donner l’AMF.

CRBF : Conseil de la réglementation bancaire et financière remplacé par le CCLRF.

CRDS : Contribution au remboursement de la dette sociale.

CSG : Contribution sociale généralisée.

CVG : Certificat de valeur garantie.

DDOEF : Diverses dispositions d’ordre économique et financier.

DR : Délai de recouvrement.

DSI : Directive sur les services d’investissement.

EBIT : Earnings before interests and taxes.

ECN : Electronic communication network.

ECSDA : European Central Securities Depositories Association.

EDF : Electricité de France.

EDR : European depositary receipts.

ETF : Exchange traded funds.

EURIBOR : Euro interbank offered rate

EVA : Economic value added.

F2CI : Fédération des investisseurs individuels et des clubs d’investissement

FAS : Fédération française des associations d’actionnaires salariés et anciens salariés.

FBF : Fédération bancaire française.

F2IC : Fédération des investisseurs individuels et des clubs d’investissement

FCC : Fonds commun de créances.

FCIMT : Fonds commun d’intervention sur les marchés à terme.

FCP : Fonds commun de placement.

FCPE : Fonds commun de placement d’entreprise.

FCPI : Fonds commun de placement dans l’innovation.

FCPR : Fonds commun de placement à risque.

FEAAF : Fédération européenne des associations d’analystes financiers.

FED : Federal Reserve.

FIBV : Fédération internationale des bourses de valeurs devenu WFE.

FMP : Fourchette moyenne pondérée.

ICE : IntercontinentalExchange

ICSA : International Council of Securities Associations.

IFU : Imprimé fiscal unique.

IR : Impôt sur le revenu.

ISF : Impôt de solidarité sur la fortune.

ISIN : International Securities Identification Number.

ITM : Introducteur teneur de marché.

JJ : Jour le jour.

LIFFE : London International Financial Futures and options Exchange.

LRAR : Lettre recommandée avec accusé de réception.

LSE : London Stock Exchange.

MATIF : Marché à terme international de France.

MIF : Marchés d’instruments financiers (directive européenne).

MONEP : Marché des options négociables de Paris.

MTF : Multilateral trading facilities.

MVA : Market value added.

NASDAQ : National association of securities dealers automatic quotation system.

NCCS : Négociateur Courtier-Compensateur simple.

NCIT : Négociateur compensateur individuel (teneur de marché MONEP).

NCM : négociateur compensateur multiple.

NCO : Négociateur compensateur.

NCP : Négociateur pour compte propre.

NCS : Négociateur compensateur simple.

NEC : Négociateur courtier.

NM : Nouveau marché n’existe plus depuis la création d’Euronext Growth.

NP : Négociateur pur.

NPC : Négociateur pur compensateur.

NSC : Nouveau système de cotation remplacé par le UTP.

NYSE : New York Stock Exchange.

OAT : Obligations assimilables du Trésor.

OATi : Obligations assimilables du Trésor indexées sur l’inflation.

OBSA : Obligations à bons de souscription d’actions.

OICV : Organisation internationale des commissions de valeurs.

ONU : Organisation des Nations Unies.

OPA : Offre publique d’achat.

OPCI : Organisme de Placement Collectif en Immobilier.

OPCVM : Organismes de placement en valeurs mobilières.

OPE : Offre publique d’échange.

OPF : Offre à prix ferme.

OPM : Offre à prix minimal.

OPO : Offre à prix ouvert.

OPR : Offre publique de retrait.

OPRO : Offre publique de retrait obligatoire.

OSRD : ordre à service de règlement différé.

OST : Opérations sur titres.

OTC : Over the counter.

PDG : Président directeur général.

PEA : Plan d’épargne en actions.

PER : Price earning ratio.

PGG : Placement global garanti.

PNB : Produit national brut.

RM : Règlement mensuel remplacé par le SRD.

SA : Spécialiste action.

SBF : Société des Bourses françaises.

SBF 120 : Indice boursier composé des 120 plus grandes valeurs françaises.

SEC : Securities and Exchange Commission.

SFAF : Société française des analystes financiers.

SICAV : Société d’investissement à capital variable.

SICOVAM : Société interprofessionnelle des valeurs mobilières achetée par Euroclear France.

SO : Spécialiste obligations.

SOA : Spécialiste actions et obligations.

SRD : Service de règlement différé.

SVT : Spécialistes en valeurs du Trésor.

TCN : Titre de créance négociable.

TMA : Teneur de marché action.

TMO : Teneur de marché obligations.

TNB : Taille normale de bloc.

TPI : Titre au porteur identifiable.

TSDI : Titre subordonné à durée indéterminée.

UTP : Universal trading platform

WFE : World Federation of Exchanges

INTRODUCTION

« O Fortuna, velut luna, Statu variabilis, Semper crescis, out descrecis… »

(« Oh Fortune, tout comme la lune, toujours tu changes, toujours tu croîs et tu décrois »)

Ouverture de Carmina Burana de Carl Orff.

« La Grande Sorcière » : tel est le surnom que donnent les Américains à la Bourse de New York. Et, de fait, sous les traits d’une vieille dame indigne pour les uns ou d’une maîtresse volcanique pour les autres, la Bourse semble être femme. Les journaux, qui lui consacrent presque tous une rubrique quotidienne, n’écrivent-ils pas qu’elle manifeste sa mauvaise humeur, qu’elle est en pleine forme, qu’elle s’interroge sur la politique économique, qu’elle croit à la reprise économique, qu’elle est dans l’expectative, qu’elle est euphorique ou qu’elle broie du noir ? Pour la petite histoire, rappelons que le monde boursier était, à partir de l’arrêt de Louis XV du 24 septembre 1724 et jusqu’en 1967, exclusivement réservé aux hommes. Comment s’étonner dès lors que les adeptes du palais Brongniart aient vu la fortune sous la forme d’une divinité féminine, semblable aux cariatides qui ornent les plafonds du temple parisien de l’argent et que le marché, lieu ou se confrontent des opinions contradictoires, leur soit apparu encore plus mystérieux que la psychologie féminine…

Si elle est incontestablement féminine, la Bourse est également une figure mythique et symbolique. Peu de lieux, peu de milieux ont fait couler et font encore couler autant d’encre. Si ce qu’on qualifie parfois d’industrie financière (pour reprendre une connotation anglo-saxonne) au sens large (banques et assurances) emploie environ 750 000 personnes en France, soit plus que l’industrie automobile, le monde de l’intermédiation est beaucoup plus restreint (la Place de Paris emploie 75 000 personnes). De nombreux auteurs ont, au fil des siècles, évoqué le caractère quasi-divin de la Bourse, souvent comparée au Dieu syrien Mammon, que l’on associe aux richesses injustement acquises. La Bourse est alors perçue à la fois comme la corne d’abondance ou comme « une chaîne sans fin de désastres dans des destinées humaines et de tragédies d’entreprises ». De la Vega, premier chroniqueur boursier (1688 en Hollande), la compare à un temple égyptien où toutes sortes d’animaux sont vénérées. De là le caractère double de la Bourse, qui associe constamment les actions bénéfiques pour l’économie (essor du commerce, financement des entreprises) et pour l’individu (édification de grandes fortunes), aux effets négatifs : du krach boursier précipitant l’économie dans la dépression la plus profonde, à la ruine totale d’un opérateur emporté dans le torrent de la spéculation. Bref la Bourse est dans l’imaginaire des boursiers à la fois la mère nourricière et la femme fatale.

Un rôle économique essentiel

« La Bourse des valeurs a pour fonction de permettre aisément l’obtention et la restitution des capitaux et d’assurer la mobilité du capital d’emploi à emploi et de pays à pays »

Raymond Barre, Economie politique, 1960.

La Bourse n’est pas un casino et répond à trois types de besoins : d’ordre macro-économique pour le développement d’un pays, d’ordre micro-économique pour les entreprises et d’ordre individuel pour l’actionnaire. La Bourse, c’est d’abord le marché de l’occasion des valeurs mobilières, c’est-à-dire des titres précédemment émis sur le marché dit primaire (on parle alors d’introduction en bourse). Dans le silence de la loi, c’est la doctrine qui s’est chargée de tracer les contours de la notion de « valeur mobilière » en la définissant comme « tout titre négociable qui procure des fonds ». L’article 1 de la loi du 23 janvier 1988 a repris la construction doctrinale en définissant la valeur mobilière comme « un titre, coté ou susceptible de l’être, émis par une personne morale, publique ou privée, transmissible par inscription en compte ou par tradition, qui confère des droits identiques à chacun des titres et qui donne accès, directement ou indirectement à une quotité de capital de la personne morale émettrice ou à un droit de créance général sur son patrimoine ». Aux transactions sur les valeurs mobilières se sont ajoutées celles sur les contrats d’options ou à terme dits produits dérivés car ils ne tiennent leur existence que d’un actif sous-jacent qu’il soit actions, indices, matières premières ou autres.

Une utilité macro-économique

Son utilité économique a été longuement étudiée et disséquée par des générations d’économistes. En 2019 on peut relever l’utilité macro-économique de la Bourse dans cinq grands domaines :

LA BOURSEESTUNCIRCUITCOURTENTRELESÉPARGNANTSETLESÉMETTEURS

La Bourse draine l’épargne vers les besoins de financement à long terme des entreprises et des collectivités publiques, au premier rang desquelles l’État. À ce titre la Bourse se pose en concurrente du système bancaire qui joue, lui, un rôle d’intermédiation entre les dépôts et les prêts. C’est pourquoi l’engouement des demandeurs de capitaux (les émetteurs d’actions ou d’obligations) est souvent qualifié de « phénomène de désintermédiation » : c’est un moyen essentiel et alternatif au crédit bancaire pour financer l’économie à moindre coût. Il faut d’ailleurs noter que les émetteurs emploient parfois les deux modes de financement (emprunts bancaires et appels au marché) de manière simultanée.

LA BOURSEESTUNINSTRUMENTDELIQUIDITÉDEL’ÉPARGNE

À tout moment, l’investisseur doit pouvoir librement disposer de son épargne ou de ses titres et l’actionnaire acheter où vendre ses valeurs mobilières. La Bourse étant ouverte pratiquement tous les jours ouvrés (à l’exception notable du Vendredi saint, héritage du concordat de 1801, l’Église estimant alors immoral de manipuler et de gagner de l’argent en ce jour, et du 1er mai pour des considérations beaucoup moins religieuse), les détenteurs de valeurs mobilières peuvent réaliser facilement et à faible coût (actuellement de 0,1 % à 1 % des capitaux) leurs opérations boursières. La création de la Bourse paneuropéenne EURONEXT a même eu une conséquence inattendue : l’élargissement du calendrier boursier. Le 8 mai, le jeudi de l’ascension et le 1er novembre sont devenus des jours ouvrés en Bourse tout comme le 14 juillet et le 15 août. Ainsi en substituant d’autres épargnants aux précédents porteurs de titres qui souhaitent retirer leur mise, la Bourse réalise le miracle de rendre liquide pour les actionnaires et pour les créanciers obligataires des capitaux qui restent néanmoins « durablement engagés dans leur emploi d’origine » pour reprendre la formule académique consacrée.

La notion même de liquidité d’un marché n’est pas si facile à définir. Je propose la définition suivante : un actif coté (action, obligation, etc.) est plus ou moins liquide selon la facilité qu’a un intervenant à acheter ou à vendre une grande quantité de titres sans entraîner une variation de plus de 1 % du cours. Sur Total, il est ainsi possible de vendre des centaines de milliers d’actions sans faire bouger le cours de plus de 1 %, il n’en sera pas de même d’une action d’EURONEXT GROWTH sur lequel les transactions sont beaucoup plus faibles. Il me semble d’ailleurs qu’il s’agit bien de la fonction originelle de la Bourse. En effet, avant même l’organisation des marchés boursiers dans un lieu fixe (Anvers en 1531), les détenteurs d’actions ou d’obligations se retrouvaient pour acheter ou vendre leurs titres. Ces rencontres informelles se situaient initialement dans des cafés.

LA BOURSEESTUNLIEUD’ÉVALUATIONDESACTIFS

On peut dire par exemple que le 18/02/2019, la Bourse estimait la valeur de la société Total qui cotait 49,51 euros par action à plus de 106 milliards d’euros pour les 2 147 483 647 actions qui constitue son capital. C’est ce qu’on appelle la capitalisation boursière d’une société cotée, à savoir l’évaluation que fait la Bourse d’une société cotée à un instant donné. Cette valeur n’est pas la valeur intrinsèque de la société (qu’il est d’ailleurs impossible à estimer), elle peut même ne pas correspondre du tout à l’actif net réévalué de la société : en mars 2017, Snapchat a été introduit en Bourse pour 24 milliards de dollars (pour un chiffre d’affaires de 404 millions de dollars et un déficit de 514 millions en 2016). La question peut se poser de la validité de la fameuse efficience des marchés selon laquelle « le marché a toujours raison ». On y reviendra au chapitre IV LES TECHNIQUES BOURSIÈRES. Il ne faut jamais perdre de vue que le cours coté est le résultat à un instant donné de la confrontation entre l’offre et la demande. Le cours ne fournit qu’une indication de ce que les intervenants sont prêts à payer pour un titre à un instant donné : ce n’est qu’un vote (des intervenants) et non pas un calcul scientifique.

À partir de la capitalisation boursière d’une société, on calcule aisément la capitalisation boursière d’un marché qui est la somme des capitalisations boursières, à un instant donné, de l’ensemble des sociétés cotées sur ce marché. La Bourse de PARIS a franchi la barre des 1 500 milliards d’euros en 2017. Ainsi, en 2019, la capitalisation boursière totale des quelque 1 300 sociétés cotées sur les marchés d’Euronext, s’élevait à 3 000 milliards d’euros dont environ 2 200 milliards d’euros pour EURONEXT PARIS.

LA BOURSEESTUNLIEUDERESTRUCTURATIONSECTORIELLE

Elle facilite les regroupements d’entreprises, par deux grands types d’opérations : les OPA (offre publique d’achat) et les OPE (offre publique d’échange). On distingue les OPA amicales des OPA inamicales. Certaines OPA amicales échouent (Pfizer et American Home products) et de nombreuses OPA inamicales réussissent (BNP sur Paribas). L’OPE est d’ailleurs un mécanisme particulièrement intéressant et spécifique à la Bourse puisque comme le signalait l’ancien syndic de la Compagnie des Agents de change, Flornoy « c’est un moyen que la Bourse offre aux sociétés cotées de battre leur propre monnaie, en achetant des entreprises », non seulement en payant cash (OPA) mais encore en remettant aux actionnaires de l’entreprise attaquée des actions de l’entreprise attaquante (OPE). L’OPE est donc proche d’une opération d’alchimie. Ce qui conditionnera la réussite d’une OPE c’est la capacité de l’initiateur de l’offre à raconter une histoire à laquelle croiront les actionnaires de la société cible. À côté de ces deux types d’opérations, on mentionnera les OPR ou offre publique de retrait et les OPRO ou offres publiques de retrait obligatoire qui permettent de retirer un titre de la cote.

À Paris, c’est l’AMF qui fixe les règles relatives aux offres publiques portant sur des instruments financiers émis par une société dont le siège social est établi en France et qui sont admis aux négociations sur un marché réglementé (article L433-1 du Code monétaire et financier). Ces règles ont pour objet d’assurer l’égalité des actionnaires et la transparence des marchés.

ENFINLA BOURSEESTUNLIEUDETRANSFERTDERISQUES

Les nouveaux marchés d’instruments financiers comme le MONEP ou les marchés à terme d’obligations, sont essentiellement un lieu de transfert des risques « envers ceux qui sont les plus aptes à la porter » selon l’expression de Hans Tietmeyer (président de la Bundesbank). À la différence du marché des actions qui est un jeu à somme positive à long terme (car les actions ont tendance à monter sur le long terme, ce qui traduit l’enrichissement de l’ensemble des actionnaires), les marchés d’instruments financiers comme le MONEP (septembre 1987) et le MATIF (février 1986) sont des jeux à somme nulle (et pour être tout à fait exact, ce sont des jeux à sommes négatives puisqu’il faut prendre en compte les frais de transactions). Sur ces marchés « d’instruments financiers » un même contrat peut être utilisé comme un outil de couverture ou de spéculation.

Pour prendre en compte le fait que la Bourse traite non seulement les valeurs mobilières mais aussi les produits dérivés soit l’ensemble des instruments financiers il faut donc définir la Bourse en reprenant un terme global inscrit dans la loi du 2 juillet 1998 « le marché secondaire des instruments financiers ».

Une utilité micro-économique

Outre les 5 fonctions définies plus haut, la Bourse présente d’autres avantages pour les sociétés qui se font coter. Elle permet de lever des fonds propres, c’est ainsi que les sociétés qui postulaient au Nouveau Marché (actuellement réparties entre l’Euronext Growth et l’Eurolist C) ne peuvent y entrer que par le biais d’une augmentation de capital et non par la vente d’actions détenues par les anciens actionnaires. Elle facilite la notoriété des entreprises cotées (c’est d’ailleurs la motivation principale des entreprises qui se présentent sur Euronext ou sur Euronext Growth ou Euronext Access comme l’attestent toutes les enquêtes réalisées auprès d’elles). Elle incite à mieux gérer les entreprises dans le but d’en valoriser au mieux les actifs pour le profit des actionnaires (gouvernement d’entreprise) dans une optique de gestion optimale, argument fréquemment avancé par les concepteurs des Bourses dans les pays fraîchement convertis au capitalisme (pays de l’Est notamment).

La Bourse présente également de gros avantages pour l’actionnaire : elle leur permet d’évaluer et de réaliser leur patrimoine dans des conditions de liquidité et de prix toujours améliorées à Paris notamment depuis la Loi de sécurité financière du 1er août 2003 qui a suivi la loi américaine Sarbanes Oxley en 2002 et qui renforce les obligations de transparence des sociétés cotées. Être cotée est donc, pour une société, une meilleure garantie de véracité des comptes.

Une histoire ancienne et mouvementé succède une modernisation accélérée

« La Bourse est le dernier étage de la foire »

Fernand Braudel

Intimement lié à l’économie d’échange, l’embryon de la Bourse est apparu avec les premières civilisations : sur les marchés grecs et romains s’échangent, à coté des marchandises les plus diverses, des monnaies, des effets de commerce, des parts d’entreprises. Après la grande léthargie du Moyen Âge, les premières Bourses de l’ère moderne apparaissent simultanément au XIIe siècle en Italie du Nord (Gênes, Venise…) et dans les villes du Nord de l’Europe, le nom même de la Bourse viendrait, selon l’étymologie la plus couramment admise, de la famille des Van Boerse dont l’hôtel particulier à Bruges servait de lieu d’échange des actions : en 1409, les marchands se réunissaient régulièrement « près de l’hôtel des bourses, ainsi nommé d’un seigneur de l’ancienne famille Van der Buerse, qui l’avait fait bâtir et en avait orné le frontispice de l’écusson de ses armes, chargés de 3 bourses pleines d’or. » Le mot fit fortune. On disait alors que l’on se rendait « aux bourses ». Si l’étymologie vient de Bruges, il est à peu près certain qu’historiquement les premières bourses au sens de « lieu de rendez-vous des banquiers, marchands et négociants, agents de change et de banque, courtiers et autres personnes » apparaissent en Italie du Nord au XIVe : à Venise, Gênes, Florence, on y échangeait des emprunts d’État avant 1328. C’est ainsi que des lieux publics organisés pour le négoce remplacent progressivement les lieux privés ou les cafés au fur et à mesure que le nombre d’intervenants dépassent le seul cercle des gros commerçants : c’est ainsi qu’Amsterdam (en 1530) et Londres (en 1571) deviennent les deux premières places boursières du monde.

À l’origine, la Bourse était donc un marché supposé ouvert à quiconque souhaitait vendre ou acheter. À Paris la première bourse de commerce date de 1639 et à cette date les courretiers de change, deniers de marchandises prirent le nom d’agent de change un terme officiel accordé par Charles IX en 1579. La Bourse de Paris des actions débuta, elle, sans garantie officielle mais on réalisa que pour homologuer ces contrats, il fallait un organisme officiel qui pourrait les garantir et permettre aux acheteurs d’être sûrs d’obtenir des titres authentiques et non pas de se retrouver, comme on l’a vu à la grande époque du système de Law (1718-1720) avec des billets d’enterrement en lieu et place d’actions. En France on peut considérer que l’arrêt de Louis XV en date du 24 septembre 1724 est l’acte de naissance officielle de la Bourse qui précise le lieu et la durée de chaque séance ainsi que le monopole des transactions accordé aux seuls agents de change. Après la tornade révolutionnaire qui entraîne sa fermeture, l’Empire réorganise la Bourse, la dote d’un palais (le palais Brongniart du nom de son architecte) et crée un statut qui perdurera pendant près de 200 ans : l’organisation de la place parisienne n’évoluera quasiment plus de 1805 à 1987. Elle permet également aux vendeurs d’être sûrs d’être payés, l’intermédiaire de l’acheteur ayant l’obligation de se substituer à l’acheteur en cas de défaillance de ce dernier. C’est ainsi que les personnes autorisées à exercer en Bourse furent limitées à certaines catégories d’opérateurs : les agents de change, remplacés en 1988 par des sociétés de bourse, puis par des entreprises d’investissement, membres agréés d’un marché qui sont aujourd’hui les intermédiaires obligés pour opérer en bourse. En effet un particulier ne peut pas intervenir directement sur le marché, il doit obligatoirement transmettre ses ordres à un intermédiaire financier (société de bourse ou établissement financier).

Il faudra attendre l’onde de choc de la modernisation venue des États-Unis au début des années 70, déclenchée par l’effondrement du système de Bretton Woods (15 août 1971) et l’apparition brutale des nouvelles technologies de communication (informatique et télécommunication) pour sonner le glas d’un monde corseté dans des textes et des pratiques dépassés. Le 14 juillet 1987, la corbeille est déboulonnée : l’aventure de la mondialisation et de l’informatisation commence…

Un reflet infidèle d’une économie de marché

« Les Bourses dynamiques sont les meilleurs signes des économies prospères »

Antoine PINAY

La croissance de l’économie d’un pays (et cela, le décollage des pays de l’Est après l’effondrement du communisme l’essor des pays asiatiques le prouve irréfutablement), est liée aux possibilités de financement dont dispose cette économie. Si le système bancaire et les banques étrangères jouent un rôle indéniable (voir le rôle clé de la banque Mondiale dans la conversion des pays à économie dirigée, ou le recyclage des pétro dollars dans les années 70), la Bourse constitue toujours un élément clé du dispositif de levée des capitaux. Pour des raisons de coût de financement et de capacité à lever des capitaux, il est même vraisemblable que les marchés doivent supplanter, dans les années à venir, les systèmes bancaires dans le rôle de principal apporteur de capitaux y compris sous forme de dettes comme c’est le cas aux États-Unis depuis longtemps.

La Bourse fait partie des paramètres qui permettent de se rendre compte de la situation économique d’un pays et d’une entreprise. Elle a une sensibilité « de sismographe » : par exemple, une déclaration d’homme politique, la démission d’un ministre, une rumeur plus ou moins fondée, peuvent provoquer des sauts de quelques points en une seule séance. Pour mesurer de façon synthétique la variation des cours, on utilise sur toutes les places boursières, des indices. En France, on recourt généralement à l’indice Cac-40 (cotation assistée en continu). Le Cac-40 se calcule sur la base de 40 titres, sélectionnés en raison de leur forte capitalisation boursière et du nombre de titres en circulation sur le marché. Dans cet indice, chaque titre est pondéré en fonction de sa capitalisation boursière et de son flottant.

PASDE BOURSESANSÉCONOMIEDEMARCHÉ

« L’économie de marché suppose une société parvenue à un stade avancé de la culture politique ».

Hervé Juvin

L’existence d’une institution boursière ne se conçoit que dans le cadre d’une économie libérale et capitaliste. C’est même la meilleure preuve du caractère libéral de l’économie d’un pays, à tel point que l’une des premières décisions des autorités communistes fut de supprimer la Bourse et la première chose qu’ont faite les pouvoirs publics après l’effondrement du communisme a été de la réinstaurer. On a ainsi vu fleurir dans l’ordre chronologique les bourses de Budapest, Varsovie, Saint-Pétersbourg,… qui avaient « définitivement » fermé leurs portes quelques décennies auparavant, sacrifiées alors sur l’autel de la société sans classes.

Mais si une économie de marché est une condition nécessaire au développement de l’institution boursière, une infrastructure bancaire développé, une épargne nationale forte, une culture d’entreprise sont indispensables à son développement, sans oublier un réseau de communication dynamique : historiquement, les grandes avancées de la Bourse sont liées au chemin de fer (à partir de 1825), au télégraphe (1845) au téléphone (1870), puis plus récemment à la télématique (le microprocesseur apparaît en 1971) ainsi qu’à Internet et aux smartphones.

PASDE BOURSEDYNAMIQUESANSUNEÉCONOMIEPROSPÈRE

« Sur le long terme, les marchés finissent toujours par suivre les données fondamentales de l’économie »

Robert Rubin, secrétaire américain au Trésor, 27 octobre 1997

Les actions constituent un vecteur de prospérité : il est important de comprendre que, contrairement à l’opinion couramment répandue, le jeu boursier sur le marché des actions n’est pas un jeu à somme nulle : en effet, l’évolution du cours des actions ne fait que rendre compte de la prospérité d’une entreprise, de son enrichissement, de sa capacité à générer des profits et in fine des dividendes. À long terme, il existe bien entendu un lien entre la hausse du PIB et la hausse de la Bourse comme il existe un lien entre la hausse des actions et la croissance d’une société : c’est pourquoi les actions constituent sur le long terme le meilleur placement possible.

LABOURSE : MAUVAISBAROMÈTREÀCOURTTERMEDEL’ÉCONOMIE

Si la bourse évolue à long terme en sympathie avec la croissance d’un pays et plus particulièrement avec son niveau de richesse, ses fluctuations à court terme paraissent pour beaucoup d’observateurs totalement déconnectées de la conjoncture économique, voire en opposition flagrante avec le cycle économique. Si on fait référence à l’instrument qui prévoit le temps qu’il fera à court terme, force est de constater que la bourse est un mauvais baromètre à court terme de l’économie.

Si la doctrine de l’économiste BABSON (XXe ) selon laquelle la Bourse est un excellent critère pour juger de la conjoncture économique s’avère un peu trop optimiste, la Bourse est un indicateur avancé et non scientifique de l’économie. Elle conserve malgré tout, aujourd’hui plus que jamais, malgré toutes les études toutes les dissections auxquelles se sont livrées des générations d’experts de tout poil, tous ses mystères.

Le meilleur – et le plus inattendu – des hommages rendus à l’imprédictibilité des cours de bourse vient de Newton, le plus grand découvreur des lois de la Nature, qui après avoir perdu l’équivalent d’1 million d’euros actuels dans la folie spéculative de la « Compagnie des mers du Sud » à Londres, vers 1720 a déclaré « Je peux calculer la trajectoire d’un corps céleste au centimètre et à la seconde près, malheureusement, je ne peux pas prévoir jusqu’où la folie des gens va mener un cours boursier ». Il mettait ainsi involontairement l’accent sur le critère essentiel de la fixation des cours de Bourse : la psychologie des intervenants.

LESACTIONSCOTÉES : MEILLEURPLACEMENTÀLONGTERME

Pour ceux qui en douteraient, méditons cette petite histoire tirée de « La Bourse ou la vie » du canadien LEBLANC. En 1925, Joseph BOUDREAU donne par testament à chacun de ses quatre petits-fils 5 000 $ et demande à son notaire de placer en obligations, en actions de père de famille, en valeurs de croissance et dans une petite entreprise qui vient de se créer en 1919 : Coca-Cola. En 1990, les petits-enfants sont convoqués à l’office notarial pour constater que 5 000 $ en obligations avaient rapporté environ 5 % par an et représentaient en 1990 120 000 $, les 5 000 $ placés en blue chips 10 % par an soit 2,5 millions $, les 5 000 $ en valeurs de croissance à 12,4 % par an soit 10 millions $ et les 5 000 $ en une action à très fort potentiel (Coca Cola) à 13,8 % : 22 millions $.

Sur longue période, la performance des actions des pays développés est d’environ 10 % par an (inflation comprise) soit 7,5 % de plus-values et 2,5 % de dividendes. On pourrait décrire ainsi le cycle de vie d’une société qui a réussi : d’abord action à très fort potentiel, puis valeur de croissance et enfin valeur de « père de famille ».

Ces données sont assez étonnantes quand on connaît l’aversion des Français pour les placements actions qui sont pourtant les meilleurs à long terme. Mais rien n’y fait car en 2018 59 % des Français étaient propriétaires de leur résidence principale (sans doute le meilleur placement surtout du fait des exonérations fiscales sur le loyer versé à soi-même et sur les plus-values à la revente), 18 % étaient propriétaires d’un autre bien immobilier, résidence secondaire (le pire des placements, mais c’est le prix du plaisir) ou immobilier de rapport (le placement le plus imposé du fait de la superposition de six types d’impôts différents mais aussi le seul que l’on puisse faire à crédit), 86 % de livrets d’épargne (rendement de 0,75 % en 2019 pour une inflation de 1,5 %, et 37 % en assurance-vie mais seulement 16 % des Français détenaient des valeurs mobilières dont 7,6 % soit 3 millions d’actionnaires en direct (contre 7,1 millions en 2003).

CHAPITRE I

L’ORGANISATIONET LE FONCTIONNEMENTDE LA BOURSE

Il est courant de constater dans l’esprit du grand public, une confusion entre Bourse et marchés financiers, voire même entre Bourse et monde financier, comme si le terme de Bourse englobait l’intégralité du monde de l’argent. Le terme de Bourse est générique et multiforme, il ne se limite pas à la définition donnée en Introduction de « marché secondaire des instruments financiers », mais comprend d’autres acceptions. On étudiera ici l’organisation propre à la Bourse de paris mais aussi son fonctionnement

1.1. La définition de la bourse et le cas de la bourse de Paris

« La Bourse est un endroit ou les riches se volent entre eux »

Michel Charasse,Ministre du Budget, 1990

Dans le langage courant la Bourse peut désigner six notions différentes.

– La place financière (on parle de la Bourse de Paris par opposition à celle de Londres ou de la Bourse de Francfort).

– Le lieu géographique où s’effectuent les transactions boursières, à Paris le palais Brongniart a été synonyme de bourse jusqu’au 14 juillet 1987 date de disparition de la Corbeille, à New York, Wall Street, à Tokyo, le Kabutocho. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et la Bourse de Paris est un réseau d’ordinateurs interconnecté dont le centre est un serveur ultra sophistiqué et sécurisé dans la toute proche banlieue.

– La séance boursière : à Paris la Bourse est ouverte depuis septembre 2000 de 9 H à 17 H 35, à Wall Street de 9 H 30 à 16 H 00 (soit de 15 H 30 à 22 heures heure française). La tendance est au rallongement des horaires de cotation.

– L’ensemble des opérateurs qui traitent sur les valeurs mobilières, c’est à eux que l’on fait allusion, lorsqu’on dit, par abus de langage : « la Bourse est surprise, mécontente ou attentiste ». Cette communauté qui fait le cours de Bourse peut également être comprise dans un sens plus large comme la communauté financière.

– L’ensemble des valeurs traitées : « La société Arcure vient d’être admise à la Bourse sur Euronext Growth en février 2019 » signifie que ses actions font l’objet de cotations officielles depuis cette date.

– L’organisme qui assure la gestion quotidienne du marché boursier : à PARIS, il s’agit d’Euronext, qui est l’héritière de la défunte Compagnie des agents de change (disparue en janvier 1988, non sans avoir laissé son nom au sigle CAC-40) et de la société des bourses françaises puis de Parisbourse.

1.1.1. LAPLACEDELABOURSEDANSLEMARCHÉDESCAPITAUX