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Luxn Bô et Jianhuren forment désormais un trio inséparable et ils se dirigent vers le continent étrange et lointain qui a vu naître le maître d'arme, l'énigmatique Bô.
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Seitenzahl: 88
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Je me levais ce matin-là de la couche sur laquelle j’avais passé la plus grande partie de mon enfance avec une rapidité et une joie plus grande que la veille et sans doute bien moins importante que celle du lendemain.
En effet, nous allions nous mettre en route afin de rejoindre Mom. Je trépignais littéralement, depuis plusieurs jours déjà, les rêves de cités extraordinaires et de créatures fantastiques hantaient mes nuits.
Durant les douze lunes que nous avions passées au sein du cloître, nous avions tous trois reçus un enseignement d’un volume colossal. Aucune érudite ne pensait que j’avais ce qu’il fallait pour maîtriser le plus petit mot gravé des Sciences Étranges et elles avaient entièrement raison. En réalité, c’était parce qu’à mon contact les règles des Sciences Étranges semblaient varier légèrement. De nombreuses érudites étaient fascinées par ce phénomène inexpliqué. C’est également grâce à cette constatation que je compris que Lux n’était pas l’érudite maladroite qu’elle semblait être durant notre périple à la tour Noire.Si l’un de nous avait véritablement créé la surprise, c’était Bô. Il avait appris à lire les signes à une allure qui force le respect, bien plus vite que moi, ce qui lui avait permis en toute logique, la maîtrise certes à un niveau très modeste, des Sciences Étranges.
J’organisais mon sac de voyage avec autant de difficulté que mes pensées. Mon esprit vagabondait en se remémorant les deux années qui venaient de s’écouler. En quittant la ridicule petite chambre que mon oncle et ma tante avaient laissée à ma disposition, je découvrais Lux, attablée avec ma tante, échangeant d’innombrables et incroyables suppositions sur ce qui nous attendait de l’autre côté de la vaste et infranchissable étendue d’eau.
L’heure de notre départ approchait rapidement. Les éclats de voix d’une discussion que je qualifierai d’animée me parvenaient de l’autre côté de l’huis de bois resté clos. Mon oncle, assisté dans le débat pas Lux et Bô tentait en vain d’assurer à ma tante que nous reviendrions de notre voyage.
Lorsque je quittais le réduit, toute cette compagnie qui animait la maison se tue subitement.
—” Vous êtes tous prêts, il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter un bon voyage”, reprit mon oncle.
-” Tu pourrais peut-être les accompagner jusqu’à Mom”, l’interrogeait ma tante.
–” Non, après deux ans à se préparer, à préparer leur matériel, leur physique et leurs morals, ils n’ont pas besoin de moi ni de toi d’ailleurs.”
Avec cette réponse, il jugulait déjà la prochaine intervention de ma tante, il avait raison, elle aurait sans doute proposé de nous accompagner à sa place.
Je sentais un sourire tirer délicatement les traits de mon visage alors que nous franchissions la porte d’entrée. Notre premier voyage ne fut pas de tout repos, bien au contraire, et j’avais encore du mal avec certains évènements qui s’étaient produits, mais je crois que l’idée d’entreprendre un nouveau voyage vers l’inconnu supplantait à ce moment-là toutes mes peurs.
Nous quittions Prepierre avec le cœur léger et, bien que Bô ait passé un temps considérable à nous décrire ce Nouveau Monde vers lequel nous nous dirigions, nous n’étions, Lux et moi, jamais à court de questions.
Je ne sais pas durant combien de temps mon oncle et ma tante étaient restés devant la maison, nous regardant lentement devenir de plus en plus petits, avant de disparaître derrière la crête d’une colline.
Ils ne m’avaient jamais habitué aux grands discours ni aux adieux qui s’éternisent, sur le coup je n’avais pas compris pourquoi Sélène avait versé une larme en les étreignant l’un après l’autre. Bien sûr, je savais que durant l’année qui s’était écoulée, elle avait noué de forts liens avec mes deux parents.
Nous avions passé deux longues journées à marcher en direction du Sud, longeant la côte et les hautes falaises, à une distance raisonnable du bord, dans le but de rejoindre Mom.
Deux journées de voyage impliquaient forcément une nuit à passer sur le chemin. Nous ne pouvions pas avancer dans la pénombre, que la lune ait été pleine ou non, les bords des falaises étant bien trop friables et nous ne voulions pas prendre de risques.
Longtemps avant nous, et pour une raison qui demeurerait à jamais un mystère, un groupe de gens s’était établi presque à mi-chemin entre notre point de départ et notre objectif. Le village avait eu vent de notre passage quelques jours plus tôt, sans doute par le biais de commérages de marchands, et avait envoyé un mot à notre intention chez mon oncle pour nous signaler que nous aurions le gîte et le couvert.
Nous n’avions pas encore en vue les habitations lorsque le jour touchait à sa fin et que le soleil nous retirait sa lumière. La route nous avait conduits dans un creux et notre vue obstruée par les doux reliefs du bord de mer, nous plaçait dans l’ombre de l’astre.
Le bruit lointain d’un chariot nous parvenait déjà depuis quelques secondes. Nous entamions l’ascension d’une petite butte qui nous désenclaverait avant que la nuit ne tombe, lorsque nous commencions enfin à percevoir les lueurs de cet attelage qui venait du Sud vers le Nord à notre rencontre.
Le bruit lointain d’un chariot nous parvenait déjà depuis quelques secondes. Nous entamions l’ascension d’une petite butte qui nous désenclaverait avant que la nuit ne tombe, lorsque nous commencions enfin à percevoir les lueurs de cet attelage qui venait du Sud vers le Nord à notre rencontre.
L’attelage était conduit par une seule personne. L’assise du cocher était encadrée par deux lampes à fumier ce qui lui permettait de voyager dans la pénombre.
Mon oncle et ma tante en possédaient une qui éclairait la nuit venue, le court chemin de la forge à la maison. Cette dernière leur avait été offerte par un marchand qui avait fait halte chez mon oncle pour que ce dernier lui répare une quelconque pièce de son chariot. En payement, mon oncle avait eu deux de ces lampes qui fonctionnent au fumier séché, en plus d’être une source de lumière et de chaleur, ces dernières dégageaient une odeur parfaitement désagréable que ma tante ne supportait pas.
Mes parents avaient fait cadeau de la première de ces lampes à une occasion et un ami de la famille dont je n’arrive pas à me souvenir, mais la seconde trouvait rapidement sa place à l’extérieur de la maison.
La lueur dégagée par ces lampes est si particulière qu’après avoir emprunté d’innombrables fois le chemin, cette dernière était reconnaissable entre mille pour mes jeunes yeux entraînés.
Je n’avais pas réalisé que je m’étais à nouveau perdu dans mes réflexions autour de simples éléments tels qu’une lampe lorsque Bô me poussait délicatement mais fermement du bout de son bâton, afin que je m’adresse au conducteur qui n’était plus qu'à quelques mètres de nous.
–” Jianhuren”, m’interpellait l’homme.
– “Bonjour l’ami”, répondis-je. “Je suis Jianhuren, vous veniez à notre rencontre ?”
- “En effet, j’arrive de Castagna où les gens du village attendaient votre arrivée il y a quelques heures déjà. Je dois vous y conduire, et demain, nous prendrons la route pour nous rendre à Mom.
Le Sillas qui était le plus proche de moi, à ma droite, semblait nerveux et agité. Mon sentiment de soulagement, estompé par mes rêveries passées, faisait maintenant place à la défiance que ces grands herbivores m’inspiraient habituellement. Je constatais que ce dernier s’agitait plus que de raison sans que le cocher ne parvienne à le calmer.
–” Montez tous les trois, nous serons à Castagna dans moins d’une heure. Une fois que nous serons en chemin, le Silla qui semblait vous effrayer se calmera.”
Mon inquiétude était plus palpable et transparente que ce que je pensais. Le cocher, d’un coup de ces longs guides en cuir, mettait en route l’attelage tout en indiquant à sa manière aux Sillas de faire demi-tour.
—” Vous disiez que vous nous conduiriez demain à Mon”, demandait Bô.
-” Oui, en effet, le navire est prêt depuis plusieurs jours déjà et nous n’attendions que vous. Pour gagner un temps précieux, mamie Tartine, qui est le surnom de l’Erudite de Mom, m’a demandé de venir à votre rencontre. Nous ne prendrons pas la mer avant quelques jours encore, mais il est vital que vous participiez aux derniers préparatifs.”
–” Attendez l’ami, intervenait Lux. Vous avez dit “nous” en parlant de prendre la mer ? dois-je comprendre que vous êtes du voyage ? ”
Lux et Bô étaient installés à l'arrière du chariot alors que j’avais pris place, à son invitation, sur le banc au côté du cocher. L’odeur nauséabonde des deux pâles lanternes m’avait fait perdre le fil de la conversation à ce moment-là.
Ce dont je me souvenais à notre arrivée à Castagna, c’était que notre conducteur se nommait Brin, que c’était un marin de Mom, et que mamie Tartine ne devait pas être contredite de façon frontale mais qu’au lieu de cela, nous devions toujours rationaliser en argumentant avec elle.
Les lueurs de Castagna étaient en vues depuis quelques minutes déjà et nous pouvions désormais distinguer les toits du hameau. Il était très rare que nos villages et nos villes aient des fortifications. Hormis quelques prédateurs nocturnes, nous connaissions depuis toujours une perpétuelle paix sur nos terres entre les villages des hommes. C’était la première fois que je voyais Castagna et la présence de ces fortifications de bois m’avait immédiatement interpellé. J’étais résolu à en connaître la raison avant de repartir demain matin.
Les lueurs pâles que j’avais aperçu de loin ne m’avaient pas trompé, le village semblait exclusivement éclairé aux lampes à fumier. Bien que je fusse certain que Lux et moi nous ferions rapidement à l’odeur, Bô, lui, qui avait fait montre depuis que nous le connaissions d’un flaire redoutable, se dirigeait sans doute vers une nuit troublée par l’odeur méphitique qui devait planer dans ce village.
L’entrée se faisait par un petit pont de bois qui passait au-dessus d’un petit cours d’eau. Le village semblait entouré par ce même cours d’eau, planté là comme un rocher dans un ruisseau.
Mes jeunes yeux ne m’avaient pas fait défaut, en effet, l’éclairage était bien produit par un vaste réseau intérieur et extérieur de lampes à fumier. Je ne pouvais m’empêcher, à ce moment, de lancer un regard plein de compassion à Bô qui avait déjà enfoui son long museau sous le col de sa bure.
Un comité d’accueil s’était formé devant l’auberge dans laquelle nous allions visiblement passer la nuit. Une poignée de femmes et d’hommes de tous âges attendaient le chariot transportant le gardien, l’érudite et l’homme bête qui allaient prendre la mer.
Le doyen du village fit un pas dans notre direction tandis que les autres personnes venues nous accueillir nous aidaient à descendre du chariot.
« — Brin, nous nous inquiétions”, lançait le doyen, puis, en se tournant vers moi,” et vous, mon très jeune ami, vous devez être Jianhuren le gardien, fils adoptif des Deux-Rivières, fils du Jianhuren de la maison d’Œil-Pourpre ?”
- “Oui monsieur,” répondis-je, timidement.
– “Et voilà l’Âme du Gardien ? L’épée que vous avez trouvée lors de votre voyage initiatique ? »