Le journal de l'Observateur Tome1 - Jean-Michel Martin - E-Book

Le journal de l'Observateur Tome1 E-Book

Jean-Michel Martin

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Beschreibung

Marchez aux côtés de l'homme normal dans un monde qui sombre. Entre raison et folie, l'objectif reste la survie, continuer à tout prix. Nous avons tous une raison de poursuivre le voyage.

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Seitenzahl: 119

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Le journal de l'Observateur Tome1

Le journal de l'Observateur Tome1Page de copyright

Le journal de l’Observateur  Tome 1  

Les Six Ombres

A toutes les Eve de ma vie, Rosette, Florie, Marianne, Amélie, Sarah, Laeticia, Mathéa et les autres.

Jour 01 après les événements

Nous connaissons tous, un jour ou l’autre de notre vie, la perte d’un être cher, quelqu’un qui vous manque, et du jour au lendemain, les journées sont plus ternes, le soleil brille moins fort… Nous expérimentons tous ça, un jour ou l’autre. 

Aujourd’hui, l’humanité entière, partout sur la planète, connaît cela.

Et encore ce n’est pas vraiment le cas, je sais ce qu’est ce sentiment de perte, voire d’amputation, je l’ai connu après la mort d’un père, parti trop jeune. Aujourd’hui c’est différent, trop de morts, trop de victimes partout. Je sais que ma mère est morte, ma fille certainement, mais je souffre moins que le jour où j’ai perdu mon père. A priori, la psyché ne peut encaisser une si grande et si soudaine souffrance, et notre esprit ou notre organisme l’atténue.

Enfin c’est ce que je pense.

Je commence ce journal pour les générations futures. Sachez ce que nous avons vécu, comment nous avons vécu et, si nous arrivons à reprendre les choses en mains, comment nous l’avons fait.

Les chrétiens, les bouddhistes, les juifs et les musulmans, tous se sont trompés lourdement. Il y a quelques milliers d’années nos ancêtres ont dû connaître ces « dieux », le problème c’est que l’humanité les a oubliés. Dans l’ancienne citée de Nyr peut être les priait-on ?

Le fait est qu’il y a quelques heures, aux informations, on nous parlait de tremblements de terre sans précédent à six points différents du globe. Après les tsunamis et Fukushima, ce type de  catastrophes retient beaucoup l’attention des médias et fait l’objet d’un suivi rigoureux.

C’est grâce aux drones des différentes chaines d’infos que nous les avons vus émerger, au coup par coup, ils se suivaient. Le premier à sortir était à l’épicentre du tremblement de terre qui a frappé la capitale britannique. Un trou s’est formé sous la Tamise et le fleuve londonien s’est déversé dedans, puis de la vapeur en est sortie, par colonnes immenses.

Cette vapeur a créé un véritable mur empêchant de voir tout ce qui se passait au-delà. Ensuite les bruits terribles et les cris des gens pris dans la tourmente ont suivi. Là j’ai compris, comme le reste de la planète, qu’il ne s’agissait en rien d’un tremblement de terre commun.  Deux coups secs ont à nouveau secoué le sol, puis, au troisième choc, le gouffre béant a doublé, engloutissant plusieurs rues sur les bords de la Tamise. 

Puis il a bondi.

En un instant et avec plus d’agilité qu’un chat, il a couru à travers la ville, dévastant ce qui en restait sur son passage, emportant même la Tour de Londres. Il était si rapide sur les images que le drone n’arrivait pas à le suivre. Tout ce que distinguaient les téléspectateurs, comme moi, c’était une vague ombre noire, colossale et massive. Pendant un court instant, j’ai pensé à ces documentaires animaliers qu’il m’arrivait de voir la nuit, sur le câble, lorsque les reporters traquent pour quelques images floues un animal trop prudent. 

Il dévastait tout sur son passage, jusqu’à disparaitre dans la poussière. Au même moment, les médias indiens étaient eux aussi sur le pied de guerre. Dans la province de Kadapa, dans la région d’Andhra Pradesh, à l’est de l’Inde, les autorités semblaient confrontées à un phénomène analogue, la ville de Kadapa était « attaquée par Shiva », leur déesse de la destruction. 

J’ai éteint la télévision.

Ça va bien deux minutes les blagues d’Hollywood. Cette fois j’y ai cru, pendant un instant, je l’avoue, mais ils ont vraiment abusé en détournant la présentation de la chaine info française. J’ai repensé à ce qu’avaient ressenti les ricains lorsqu’Orson Welles avait lancé à la radio « la guerre des mondes » en leur laissant croire que c’était un reportage comme les autres, une information au lieu d’une émission. C’était un génie, et depuis 1938, personne n’avait aussi bien fait les choses que lui.

Mais quelque chose en moi me poussait à rallumer la télévision, comme si, une fois la surprise et la crédulité exorcisées, je pouvais enfin profiter pleinement de ce divertissement. 

J’ai décidé de zapper, les images que j’avais vues n’étaient pas bonnes mais ça m’a donné envie de regarder quels films passaient en ce moment.  Je suis alors tombé sur l’image, sans son, d’un journaliste qui avait l’air paniqué, en train de brailler dans son micro, avec, en fond, de la fumée et des flammes. En quelques secondes, mon attention a été attirée par le bandeau déroulant. Le journaliste de terrain parlait en direct de Rome et le bandeau déroulant au fond de l’écran disait : « Plusieurs pays touchés par les tremblements de terre. L’Italie, l’Inde, la Grande Bretagne, l’Australie et l’Argentine seraient touchées par de terribles tremblements de terre dans des zones peuplées à forte densité. Certains évènements se seraient produits au plus près de l’épicentre. Certains témoins font part de choses émergeant des gouffres ouverts par ces tremblements de terre. Aucune confirmation officielle n’a été émise par les pays concernés, mais l’Inde parle d’un état de guerre totale dans la province d’Andhra Pradesh. » 

Je me suis lentement assis. Quelle que soit la chaine que je regardais, peu importe sa nationalité, les images étaient les mêmes. Il semblerait que Johannesburg soit également touchée.

Le phénomène était planétaire. 

En quelques minutes, les zones autour des différents épicentres avaient été rasées, plus âme qui vive. Et ces choses, celles qui étaient sorties des gouffres, se déplaçaient trop vite pour les différentes armées de terre. Certains pays avaient envoyé des avions de chasse pour les suivre. Celle de Londres avait mis moins d’une demi-heure pour franchir la Manche et les chasseurs britanniques avaient dû faire demi-tour. 

Puis plus rien.

Blackout total sur toutes les chaines et à la radio. Les téléphones ont cessé de fonctionner. Dans certaines émissions sur l’astronomie et l’astrophysique, les scientifiques expliquent que cela peut arriver en cas de fortes éruptions solaires. Mais, avec les évènements surréalistes de la journée, c’était peut-être trop pour moi, et je tombais au sol en une masse inanimée de cent quinze kilos de viande.

Je me suis sûrement cogné la tête. Lorsque je me suis enfin éveillé, c’était dans un fracas  assourdissant. Le sang coagulé collait au sol mes cheveux longs que j’ai eu tant de mal à faire pousser. Je ne savais pas ce que je m’attendais à voir en allant sur ma terrasse mais, étant au rez-de-chaussée, je ne distinguais bien entendu rien de fou. Il y avait juste ce bruit, terrible comme un battement de cœur régulier, mais titanesque : boum, boum, boum. C’était des pas ! 

Rien au monde ne fait trembler la terre en marchant, pas même les éléphants. Cette chose, non loin de moi, devait être colossale.

Ô comme je pèse mes mots, je la voyais enfin ! Rien dans notre société, notre culture, rien au monde n’aurait pu nous préparer à ça. Ce que je contemplais évoquait un quadrupède infernal particulièrement difficile à observer. Il était rapide, et, le pire de tout, loin, très loin de moi. Ses pas résonnaient jusqu’à mes oreilles alors qu’il devait être à près d’un kilomètre, sombre, gigantesque, et surtout rapide. Dans son sillage, tout était dévasté, la fumée et le chaos l’enveloppaient, faisant de lui la parfaite incarnation de nos peurs les plus enfouies. 

Les gens passaient en courant dans la rue, ils hurlaient, n’hésitaient pas à se piétiner si l’un d’eux avait le malheur de ralentir ou de trébucher. En observant cette scène, j’ai découvert à quelle folle allure l’humain civilisé peut faire place à l’animal, les pillages et la sauvagerie s’installent plus vite que la civilisation, il n’y avait plus d’ordre. 

Le temps de prendre la mesure de ce chaos ambiant, une détonation interrompit brutalement la course folle de la faune urbaine. Le colosse venait de subir de plein fouet une explosion digne d’Hollywood. Un missile, je suppose, mais peu importe, celui que j’ai surnommé « Fenrir » à cause de son apparente forme de loup géant cauchemardesque n’a pas vacillé. Il a continué sa course comme si de rien n’était. Mais comment les avions pouvaient-ils voler alors qu’il n’y a plus d’appareils électriques en fonction ? J’ai tenté de rallumer ma télévision et mon ordinateur. Tout fonctionnait. Mais aucun réseau pour les téléphones et l’ordinateur, pas de signaux TV, rien. 

Je me suis emparé de mon arme, un vieux .44 à poudre noire, que j’ai immédiatement chargé, j’ai accroché deux couteaux à ma ceinture, plié mon ordinateur portable, jeté quelques vêtements dans un grand sac, fermé toutes les fenêtres, volets et portes à clefs. Fenrir s’éloignait, les rues étaient encombrées de voitures abandonnées et de cadavres.

Ma première nuit, comme celle des autres survivants, s’annonce longue…

Jour 02 après les évènements

    07h15 à ma montre

Je n’ai pas dormi.

À l’aube, le soleil rasant révélait toute l’ampleur du pouvoir de destruction de cette chose cauchemardesque. Toulouse, la ville en bordure de laquelle je me trouvais, avait disparu. Après m’être retranché chez moi, comme j’entendais ses pas lourds s’éloigner, je ne pensais pas un seul instant contempler un tel chaos. Les images de guerres au Moyen-Orient et dans le monde entier que les médias diffusent en boucle depuis des années n’égalaient pas la vision que j’avais en ce moment sous les yeux. J’ai senti une larme sur ma joue.

La rue était déserte. Aucun réseau ni signal n’était revenu. Un silence de mort planait au-dessus des gravats qui furent autrefois Toulouse. Le miaulement soudain de mon chat m’a fait bondir comme une fillette. Mon cœur battait si fort que je le sentais dans ma poitrine.

Ca y est, je déteste les chats ! 

Hier soir j’avais préparé un sac, j’étais prêt à prendre la fuite mais, le problème, c’est où aller ? 

Il faut que je donne un ordre de priorité, puis je me mettrai en route. Londres et Toulouse, la grande ville Indienne, Rome, visiblement les endroits à forte densité de population intéressent ces cauchemars, donc on oublie de suite. Après l’attaque de Toulouse, lorsque je l’ai vu partir, il se dirigeait vers le Sud, vers les Pyrénées. Là-bas, il y a quelqu’un que je ne peux pas laisser derrière moi. Je dois établir des priorités avant de me mettre en route, vérifier mes affaires et mon sac, prendre les munitions que j’avais encore de ma dernière séance de tir, rendre au chat sa liberté devant l’immeuble de quatre étages dans lequel je vis, et prendre la direction du Sud à pieds.

Ne pas prendre la voiture me semblait une évidence, la panique et les mouvements de foule ont dû encombrer durablement les routes. 

09h00 à ma montre

Après quelques minutes de marche pour quitter ma ruelle et approchant du centre-ville par lequel il me fallait passer, je constatais les petites colonnes de fumée que j’avais aperçues. Ma conclusion que la ville était réduite à l’état de gravats n’était pas erronée, il ne restait plus rien. Il y a une différence entre utiliser une expression et la contempler, c’était précisément ce que je vivais.

Il faut en moyenne trois heures pour traverser Toulouse à pieds, enfin, c’est le temps qu’il me fallait. Aujourd’hui je suis passé en deux fois moins de temps. J’avais vu juste pour les routes, la sortie du périphérique Sud est complètement encombrée par des carcasses de voitures carbonisées. Tiens, j’y pense, je n’ai pas vu, à aucun moment, un seul cadavre. Les voitures, les ruines de Toulouse, les bus sur la voie, tout était vide et les seuls corps que j’ai vus étaient des survivants, comme moi, mais qui n’avaient visiblement pas tenu le choc. Ils étaient pareils à des fantômes, des ombres de leur vie passée retournant dans les rues qu’ils arpentaient autrefois dans l’insouciance. Aucune volonté ne transpirait d’eux, que ce soit pour survivre, fuir ou se battre, ils étaient l’ombre d’une ville jeune et vivante.

12h15 à ma montre

Le titan devait suivre lui aussi la direction du Sud. Partout où je passais, le même spectacle de désolation s’offrait à mon regard. Carcasses de voitures et ruines composaient un paysage surréaliste au milieu duquel les « fantômes », ces survivants que toute volonté de vivre semble avoir quitté, erraient.  Le soleil est à son zénith, la faim se fait sentir, la chaleur aussi, et, à chaque pas, j’ai l’impression que le poids de mon vieux chapeau en cuir augmente. 

Je repère non loin les décombres d’un hangar. J’ai pris quelques vivres mais si je peux trouver de quoi casser la croûte, ça m’évitera de taper dans les réserves. Moins d’un kilomètre me sépare du hangar et je suis rapidement au pied de l’unique mur encore debout. À ma grande déception, plus aucun vivre, rien à manger, tout a brulé. 

Je me suis installé sur un petit tabouret constitué en tout et pour tout de deux parpaings empilés l’un sur l’autre, pas très confortable, mais au moins je suis assis, je pourrais me reposer un peu. Quelques minutes me suffisent à avaler une mince part d’une boîte de salade et deux cookies. 

Un bruit derrière moi me fait sursauter. En me retournant, la main droite déjà posée sur la crosse de mon revolver, je vois un homme avancer lentement vers moi, mains en l’air. Ce n’est pas un fantôme. 

« Salut mon gars, je peux me joindre à toi deux minutes ?

Vous… Vous parlez ? » Je ne sais pas pourquoi je lui demandais ça. Bien sûr qu’il parlait, il venait de m’adresser la parole. 

« Hé pardi, bien sûr je parle, répondit-il d’une voix claire. Mais je te comprends, t’es un des mecs les moins secoués que j’ai croisé depuis le merdier d’hier. Bon, je ne dois pas bien aller moimême, pendant la demi-heure où je t’ai observé, j’ai cru que tu étais là pour récolter les âmes sur son passage.

Qu’est-ce que tu racontes ? Récolter les âmes ?

Bien sûr, oui, tu vois, je n’ai pas dormi depuis le merdier et j’ai analysé le truc, tous ces zombies que tu vois glandouiller sur la route sans objectif, ni volonté, le truc géant d’hier, ce… Démon, il a dû leur prendre l’âme, tu ne crois pas ? » À ce moment, je l’ai vue, dans son regard. 

Une étincelle de folie est passée dans ses yeux. Comme je comprends son geste, maintenant, je pense qu’ayant vu mon arme et ma main posée dessus, il a peut-être fait avec moi ce qu’il n’a pas pu faire seul. Il s’est jeté subitement sur moi en hurlant «  CRÈVE ! », les deux mains tendues devant lui pour m’étrangler, les yeux grands ouverts. 

J’ai tiré.

L’écho du coup de feu et du cri dément de l’homme, le choc de son corps heurtant le sol, firent place au silence. Plus d’un jour et demi que je n’avais parlé à personne et c’est ainsi que ça finit. Pourquoi n’ai-je rien ? Entre ces corps sans âme qui hantent les ruines et cet homme rendu fou par la vision qu’il a pu avoir hier, peut-être est-ce moi qui aie un problème ?

J’ai soigneusement fouillé le corps encore chaud de l’étranger, j’y ai trouvé un peu d’argent liquide, un téléphone cassé et ses papiers d’identité. 

Je n’ai aucune raison de m’attarder plus que ça, j’ai autre chose à faire, un objectif à remplir. Je rassemble rapidement mes quelques affaires dispersées dans le feu de l’action et reprends la route vers le Sud, Saint-Gaudens, puis Lourdes, puis les Pyrénées.

    20h10 à ma montre

Je voyage depuis plus de douze heures et Saint-Gaudens est enfin en vue.