Chemins Oniriques - Jean-Michel Martin - E-Book

Chemins Oniriques E-Book

Jean-Michel Martin

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Beschreibung

Chemins Oniriques vous invitera à voyager au frontières les plus sombres de l'esprit humain, entre peurs indicibles et oubliées.

Das E-Book Chemins Oniriques wird angeboten von Books on Demand und wurde mit folgenden Begriffen kategorisiert:
horreur, aventure, enquête, amour, monstres

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Seitenzahl: 129

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Chemins Oniriques

Pages de titreVictoriaLes démons du phare de CarbitL’éclat des tempêtesL’étoile à huit branchesLes pierres oubliées de DieuPage de copyright

Chemins Oniriques :

Nouvelles et cauchemars

Jean-Michel Martin

Victoria

La reine rouge : Les derniers instants du cauchemar

C’est les mains pleines de sang et le cœur frappant si fort dans ma poitrine, qu’il me semble prêt à en sortir, tandis que je couche sur le papier ces quelques lignes. Mes mains sont glissantes comme si elles sortaient d’un bain d’huile. Je dois malgré tout raconter ce qu’il s’est produit au terme de huit mois d’une chasse éprouvante et sans pitié.

L’ordre fut donné il y a huit mois. Comme chacun sait, ici-bas, plusieurs centaines de créatures différentes, que nous classons comme « magiques » arpentent le monde. Nous les nommons ainsi, car elles n’obéissent à aucune loi naturelle. Elles n’ont en fait qu’une règle, laisser vivre les autres créatures magiques selon leurs rites et leurs appétits. Suivant cet état de fait, une dryade (qui sont de bonnes et bienveillantes créatures) n’a pas le droit de s’opposer à un vampire qui attaquerait un humain.

Lorsqu’un de ces monstres dégénérés sort du rang, c’est à nous, les chasseurs, humains issus d’humains, et donc neutres, de canaliser ou tuer cette créature, participant ainsi à l’équilibre. C’est bien sûr suivant cette logique que le Patriarche de notre ordre nous a mandatés, la huitième compagnie dont je suis issu, de chasser et de tuer cette créature qui répond à différents noms, La Reine Rouges, La Dame De Sang, mais son vrai nom est simple. Elle se nomme Victoria. Elle est la première de sa race, celle des vampires. Ils sont parmi les créatures magiques, l’une des pires plaies pour les humains. Les vampires sont des animaux sanguinaires qui se nourrissent sans discernement de femmes et d’enfants.

La reine rouge, elle, était différente. Raffinée, élégante et discrète, elle ne quittait que rarement son île. Elle vivait au milieu d’un lac, sur un îlot vert et d’une taille assez grande pour recevoir un petit village, mais il faudrait être fou pour vivre au pied de sa demeure. Les quelques aventuriers qui s’approchaient un peu trop de l’île, sans doute pour se faire un nom ou en quête d’une inaccessible gloire, semblaient suffire à la nourrir. Jusqu’à l’année précédente, selon les témoignages des premiers villageois qui l’ont vue hors de l’île, elle semblait dans une fureur sans égale.

La reine n’est pas humaine, par conséquent, elle n’a pas de réactions ais aiment prévisible par nous autre mortels.

De ce jour, elle a commencé à ravager tout ce qu’elle trouvait sur son passage. Villages entiers, nids de fées, tout ce qui vivait et qui se trouvait sur sa route était détruit. C’est lors de cette période de terreur que nous avons reçu l’ordre. En tout, quatre cohortes de cinquante hommes entraînés et armés pour la combattre partirent. Je pense être le seul survivant. Suivre la route de Victoria était si simple, c’était la seule piste que je n’ai vu dans ma vie de chasseur qui était si évidente. Convaincue de sa supériorité sur l’ensemble de tout ce qui foule le sol de ce monde, elle n’a jamais pris la peine de masquer ses traces. La piste la plus fraîche était souvent faite de tripes et d’os. Personne ne savait pourquoi la Reine Rouge était furieuse, mais ce n’était pas la faim qui l’avait fait quitter son repère. Nous avons suivi ses traces quelques jours à peine avant de la rattraper, mais ce n’était là que la partie facile de notre mission. Le vrai défi était de calmer sa fureur ou de la tuer. Nous ne savions pas alors si elle était mortelle ou pas.

Traditionnellement, lorsque nous étions confrontés à des créatures dont la mortalité était mise en doute, nous nous contentions de les démembrer et de séparer les parties du corps, mais je reviendrais plus tard sur cette partie-là.

La traque avait rapidement pris fin et nous avions acculé la bête aux pieds d’une falaise. Notre commandant avait pris la décision de ne pas lui laisser l’occasion de se jouer de nous et il avait ordonné aux archers de la transpercer d’assez de flèches pour qu’elle ne soit plus que bois et chair. Arcs et arbalètes travaillaient de concert, les flèches et les carreaux étaient en si grand nombre, fendant l’air, qu’il faisait nuit aux pieds de cette falaise, mais c’est bien pris au piège qu’une bête est la plus dangereuse, cette règle semble universelle. Les premières flèches et les premiers carreaux n’ont pas trouvé de cible à frapper.

Sûrs de notre supériorité grâce à notre nombre, le commandant, Serfa, je crois, n’a pas jugé bon de dissimuler notre approche et la reine rouge, jamais aussi bien nommée, nous attendait. Lorsque nous avions décoché nos premiers projectiles, elle avait déjà commencé à ouvrir les premières gorges. Un à un, plus de la moitié de mes camarades tombaient, ils n’étaient plus que des gerbes de sang, épais et visqueux, rendant le sol glissant et rapidement impraticable. Serfa mourut à ce moment-là. Je pense que cette escarmouche, si je peux appeler cela ainsi, ce fût un massacre en bonne et due forme, n’a fait qu’aiguiser l’appétit de la reine rouge.

Dès ce jour je pris le commandement pour tenter de finir notre mission. Jour après jour, piège après piège, nous guidions ses pas jusqu’à son île. Le feu était la seule chose qui semblait vraiment l’inquiéter et je m’en servis pour la renvoyer chez elle par d’habiles stratagèmes. Nous avions compris que rien ne pouvait s’opposer à la fureur de la Dame, nous mettions alors en place divers pièges pour la blessée et la stopper. Il nous a fallu huit mois, comme je disais plus haut, pour la confiner dans ses murs. Depuis lors, nous n’avons pris aucun repos, incendiant tour à tour telles et telles fenêtres ou portes qui nous permettaient de la garder dans cette geôle au barreau de feu. Le château était immense. Je pense que plusieurs personnes auraient pu y vivre sans jamais se rencontrer. Bien sûr, ces tactiques nous épuisaient, mais contrairement à la bête, nous pouvions nous relayer et prendre tour à tour du repos alors qu’elle usait ses forces et nous dévoilait une faiblesse.

Après plusieurs jours, je ne me souviens plus de combien exactement, elle ne donna plus signe de vie. Elle ne tenta plus de sortir et le nombre de mes compagnons cessèrent de décroître. Nous en déduisîmes alors tous ensemble que la reine devait être à bout de souffle, qu’elle devait sans doute se terrer dans un recoin du château. Nous aurions pu murer les fenêtres et les murs à notre portée, mettre le feu à tout le château de façon grossière en priant pour qu’elle se laisse mourir, mais nous savions que l’Ordre ne reconnaîtrait pas la mission comme menée à bien. Chaque vie perdue après ce moment-là serait sous notre responsabilité. Ni mes compagnons, alors au nombre de quinze, ni moi ne pouvions tolérer ce choix.

Nous avons donc franchi le seuil du château à l’aube. Elle semblait moins féroce dans la journée et nous mettions cela sur le compte de sa nature. Après une fouille complète des quatre-vingt-trois pièces du château qui sortaient du sol, elle resta introuvable. Nous avons alors découvert, après des recherches minutieuses, le passage vers les catacombes du château. Le passage était étroit et sombre, aucune lumière, aucun bruit et aucun souffle ne provenaient des entrailles de la Terre. Équipés de torches et l’arme au poing, nous descendîmes ces degrés qui semblaient nous conduire aux enfers. Les murs des catacombes étaient faits d’un mélange de terre et d’os, de milliers d’os provenant d’autant de victimes, accumulés un à un ici au fil des siècles en toute impunité, car telle était sa nature.

Les murs des catacombes ne pouvaient pas être constitués uniquement de victimes venue d’elles-mêmes et piégées ici. Les passages se succédaient les uns après les autres et nous passâmes devant un si grand nombre de cadavres que le seul nombre des crânes entassés ici doit être au moins aussi important que le nombre d’humains vivants actuellement. Le château était bâti sur des fondations d’os. Tout comme la lumière, l’air frais et sains semblait lui aussi banni de cet enfer que nous arpentions depuis déjà quelques heures. Plus nous nous enfoncions dans les ténèbres, plus l’air chargé d’antiques miasmes devenait plus dur à respirer. Certains d’entre nous, dont moi, vomissaient. Au détour d’une des innombrables allées macabres, les flammes faibles de notre second lot de torches trouvèrent plus d’espace pour répandre leur lumière. Victoria nous attendait. Elle était installée sur un monticule de restes arrangé en forme de trône. Elle ne nous laissa pas le loisir de parlementer. Je ne comptais pas l’attaquer car nous avions convenu de tenter de la raisonner avant de l’attaquer, mais la bête bondie en premier. De ses deux mains pourvues de griffes, elle ouvrait les gorges des deux hommes qui se tenaient à mes côtés. Dans le même mouvement léger et gracieux, sa tête heurta mon torse et m’envoya frapper très durement le mur derrière moi. Pendant que je gisais à terre, semi-conscient, j’entendais que l’on criait, on se débattait, on heurtait le sol et les murs. Je sentais quelques mouvements non loin de moi. Lorsque mes forces étaient suffisantes, je tentais de me redresser péniblement. Il y avait eu un combat féroce alors que je cherchais mes appuis pour rejoindre mes coreligionnaires.

Dans cet ultime effort, je glissais deux fois sur mes appuis. Encore le sang épais et visqueux de mes compagnons qui me déséquilibrait. Victoria était à deux pas de moi. Son corps ne bougeait plus. Il y avait, planté dans ses flancs, deux dagues, trois épées et la pointe brisée d’une lance. Elle saignait. Son sang était noir et luisant. Bien plus épais et à l’odeur plus âcre que le sang d’un homme. Je pense qu’à bout de forces, elle a voulu se lancer dans un combat, afin de ne pas se laisser capturée, affaiblie. Ma tâche était enfin accomplie, et bien que l’Ordre ne le saura jamais, les humains auront un peu de répit avant qu’une nouvelle menace ne les mette en danger. C’est le troisième jour que j’erre dans les catacombes à la recherche de la sortie. Si un jour vous trouvez ceci, sachez que nous nous sommes battus vaillamment afin de protéger ceux qui nous sont chers. Ne cherchez surtout pas à contempler la bête. Elle semble morte, mais je pense qu’elle ne pourra jamais vraiment mourir à moins d’être elle-même digérée par une bête plus terrible encore. Je prierais avant de mourir, pour qu’une bête pareille ne foule jamais notre monde.

Les démons du phare de Carbit

Tévennec est sans l’ombre d’un doute le phare le plus célèbre de France. Sa réputation de phare hanté en a fait une véritable légende. Pourtant, il y a d’autres phares maudits que le monde ignore, peut-être par choix. L’histoire que je vais vous raconter est celle d’un de ces phares. Si ce dernier avait été hanté par un esprit quelconque, sans doute n’aurais-je pas eu à vous la raconter, mais c’est autre chose qui se terre au-delà de ces lieux, sous l’eau, et qui peuple désormais mes cauchemars.

 J’avais tout juste vingt-cinq ans lorsque l’agence d’intérimaires à laquelle je m’étais inscrit prit enfin contact avec moi. Ma formation en ingénieur électronicien allait être mise à rude épreuve. J’avais été mandaté au sein d’une petite équipe d’ouvriers des compagnies françaises d’électricité pour automatiser pas moins de quatre phares.

Nous partîmes pour la Martinique le vingt-huit août mille neuf cent soixante-dix-neuf. Notre équipe était composée de quatre personnes. Pierre et Aziz étaient des techniciens sous ma responsabilité. Mon rôle d’ingénieur me plaçait directement sous les ordres d’Antoine, le chef de projet. La compagnie avait fait livrer au préalable sur chacun de ces phares, ou à proximité, le matériel dont nous aurions besoin.

La première de nos installations fut la plus longue, elle nous a pris près de deux semaines. Aucun d’entre nous n’avait déjà eu un tel travail à faire et nous apprenions sur le tas. Il s’agissait du phare du Prêcheur. Il est situé au nord-ouest de la Martinique, sur la commune du Prêcheur, en bordure de la mer des Caraïbes et au pied du volcan la montagne Pelée.

C’est une petite tour cylindrique d’une douzaine de mètres de haut, peinte en blanc et dont la maison du gardien jouxte la base. Ce dernier nous a accueillis amicalement à sa table et sous son toit. Il avait visiblement admis bien avant notre arrivée que notre passage signifierait la fin de sa carrière. Lorsque nous franchirions sa porte pour passer au phare suivant, il quitterait son logement et ses fonctions. Malgré ce que nous représentions, le vieux Ben était toujours de bonne humeur. Son accent créole donnait un relief des plus agréables à nos conversations lors des dîners. Pierre, toujours limite quant à la boisson, se moquait ouvertement de sa façon de parler, mais rien ne semblait pouvoir ébranler notre hôte.

Ainsi, deux semaines s’écoulèrent le temps que nous puissions enfin mettre en service le nouveau système automatique du phare. À bonne allure, nous résolvions chaque nouveau problème en nous appuyant les uns sur les autres.

Le matin du seize septembre, après un jour chômé que nous estimions avoir bien mérité, nous sommes passés au phare suivant. Le phare de la Pointe de la Caravelle, située dans la commune de La Trinité, sur la côte Est de la Martinique, fut mis en service en mille huit cent soixante-deux au sommet d’un pic basaltique de cent vingt mètres environ d’altitude. Je me souviens de notre arrivée sur site, le premier phare était en bord de ville, mais celui-ci était loin de tout. Je me suis pris à rêver finir ma vie dans un endroit pareil, uniquement entouré d’une épaisse végétation.

Cette fois nous avions dû camper sur place. L’endroit où nous avions stationné le fourgon de la compagnie était à plus de vingt minutes de marche du phare. Si le gardien de la place se permettait de faire l’aller-retour tous les jours entre sa maison et le phare de briques rouges, nous, nous aurions perdu bien trop de temps.

Les équipements utiles à l’automatisation de ce phare avaient été livrés chez le gardien actuel, mais celui-ci se montrait beaucoup moins coopératif que le vieux Ben. Il nous avait d’ailleurs étrangement invités à procéder à l’automatisation de son phare en dernier, prétendant que celui de l’île de Cabrits en avait besoin bien avant, l’ancien gardien ayant disparu quelques jours plus tôt.

Cette fois, ce qui nous posait problème était la logistique. Nous avions perdu une journée complète pour transférer le matériel utile au phare. Nous dormions sur place pour ne pas perdre de temps en trajet quotidien.

Nathou, le gardien du phare, n’avait pas daigné revenir à son poste les jours suivants. Nous n’avions pas manqué de signaler son comportement à notre hiérarchie. Nous étions ravis, après une dizaine de jours de travail relativement pénible, de voir aux dernières lueurs du jour les premières lumières du phare automatisé.

La nuit s’épaississait alors que nous finissions de transférer notre matériel jusqu’au fourgon, aidés de quelques bras insulaires recrutés plus tôt par Pierre.

Aziz et Pierre rangeaient le matériel dans le fourgon lorsque Nathou fit son apparition. Nous avions reconnu sa voix avant de le voir tant la pénombre avait rapidement fait place à la nuit noire. La lune ne nous était d’aucun secours, puisqu’absente ce soir-là.

« Ce n’est pas trop tôt, maintenant je vais devoir remonter au phare et nettoyer le merdier que vous avez probablement laissé derrière vous, commençait Nathou sur un ton sec. Allez-vous-en et avant d’aller priver mon frère de travail, filez à la pointe sud de l’île, sur l’îlet Cabrits, j’vous l’ai dit, c’est plus urgent, puisque le gardien n’a plus pointé le bout de son nez depuis deux semaines au moins. Allez, foutez-moi le camp d’ici ! »

Sur ces mots, il tournait les talons et disparaissait dans la nuit. Je demandais leur avis à mes collègues qui étaient d’accord avec ma conclusion, si le phare de l’Ouest de l’île était opérationnel et que celui du Sud était vacant, il fallait se préoccuper de ce dernier qui représentait un danger.