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Tévennec est sans l'ombre d'un doute le phare le plus célèbre de France. Sa réputation de phare hanté en a fait une véritable légende. Pourtant, il y a d'autre phares maudits que le monde ignore, peut-être par choix...
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Seitenzahl: 29
Veröffentlichungsjahr: 2018
Jean-Michel Martin
Tévennec est sans l’ombre d’un doute le phare le plus célèbre de France. Sa réputation de phare hanté en a fait une véritable légende. Pourtant, il y a d’autres phares maudits que le monde ignore, peut-être par choix... L’histoire que je vais vous raconter est celle d’un de ces phares. Si ce dernier avait été hanté par un esprit quelconque, sans doute n’aurais-je pas eu à vous la raconter, mais c’est autre chose qui se terre au-delà de ces lieux, sous l’eau, et qui peuple désormais mes cauchemars.
J’avais tout juste vingt-cinq ans lorsque l’agence d’intérime à laquelle je m’étais inscrit prit enfin contact avec moi. Ma formation en ingénieur électronique allait être mise à rude épreuve. J’avais été mandaté au sein d’une petite équipe d’ouvriers des compagnies françaises d’électricité pour automatiser pas moins de quatre phares.
Nous partîmes pour la Martinique le vingt-huit août mille neuf cent soixante-dix-neuf. Notre équipe d’ingénieurs et de techniciens était composée de quatre personnes. Pierre et Aziz étaient des techniciens sous ma responsabilité. Mon rôle d’ingénieur me plaçait directement sous les ordres d’Antoine, le chef de projet. La compagnie avait fait livrer au préalable sur chacun de ces phares, ou à proximité, le matériel dont nous aurions besoin.
La première de nos installations fut la plus longue, elle nous a pris près de deux semaines. Aucun d’entre nous n’avait déjà eu un tel travail à faire et nous apprenions sur le tas. Il s’agissait du phare du Prêcheur. Il est situé au Nord-Ouest de la Martinique, sur la commune du Prêcheur, en bordure de la mer des Caraïbes et au pied du volcan la Montagne Pelée.
C’est une petite tour cylindrique d’une douzaine de mètres de haut, peinte en blanc et dont la maison du gardien jouxte la base. Ce dernier nous a accueilli amicalement à sa table et sous son toit. Il avait visiblement admis bien avant notre arrivée que notre passage signifierait la fin de sa carrière. Lorsque nous franchirions sa porte pour passer au phare suivant, il quitterait son logement et ses fonctions. Malgré ce que nous représentions, le vieux Ben était toujours de bonne humeur. Sont accent créole donnait un relief des plus agréable à nos conversations lors des dîners. Pierre, toujours limite quant à la boisson, se moquait ouvertement de sa façon de parler mais rien ne semblait pouvoir ébranler notre hôte.
Ainsi, deux semaines s’écoulèrent le temps que nous puissions enfin mettre en service le nouveau système automatique du phare. A bonne allure, nous résolvions chaque nouveau problème en nous appuyant les uns sur les autres.
Le matin du seize septembre, après un jour chômé que nous estimions avoir bien mérité, nous sommes passé au phare suivant. Le phare de la Pointe de la Caravelle, situé dans la commune de La Trinité, sur la côte est de la Martinique, fut mis en service en mille huit cent soixante-deux au sommet d'un pic basaltique de cent vingt mètres environ d'altitude. Je me souviens de notre arrivée sur site, le premier phare était en bord de ville, mais celui-ci était loin de tout. Je me suis pris à rêver finir ma vie dans un endroit pareil, uniquement entouré d’une épaisse végétation.
Cette fois nous avions dû camper sur place. L’endroit où nous avions stationné le fourgon de la compagnie était à plus de vingt minutes de marche du phare. Si le gardien de la place se permettait de faire l’aller-retour tous les jours entre sa maison et le phare de briques rouges, nous, nous aurions perdu bien trop de temps.