INSOUMISSION - Alban Bourdy - E-Book

INSOUMISSION E-Book

Alban Bourdy

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Beschreibung

Dans un monde où la résignation semble être de mise, où l'avenir semble s'obscurcir inexorablement, des jeunes gens refusent le sort qui leur semble être promis. Ils ne se soumettront pas, ils ont trop de tendresse et de couleurs dans le coeur pour se faire domestiquer dans un monde désenchanté. Ce sont ces personnages qui habitent ces nouvelles esquissant un espoir au-delà de la ligne d'horizon apparente. "Rêveurs" imaginés par John Lennon, coloriés par Alexandre Jardin, c'est à eux de jouer !

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Seitenzahl: 65

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Sommaire

TCHAO PANAME

AU NOM D’HANNAH

FRIDAY NIGHT KEBAB

LE FABULEUX DESTIN DE SAMIR

FLY US TO THE MOON

A BRAND NEW LIFE

ÉPIPHANIE

LA PROMESSE DE LA BRUNE

BESTIAIRE

TCHAO PANAME

I. AU NOM D’HANNAH

Roland est un quadragénaire marqué par la vie, on lui donnerait la soixantaine. Il se tient courbé, son regard est fuyant et résigné. Il semble porter un poids colossal sur les épaules.

Le voir comparaître aujourd’hui au banc des accusés n’est pas une surprise. Cependant, il n’a pas la tête du coupable mais de celui à qui on fait porter le chapeau.

La juge Jocelyne Quinton le dévisage tout en affichant le visage impassible qu’elle a appris à tenir en toutes circonstances. Elle invite l’avocate du pauvre clampin à prendre la parole. Celle-ci, jeune et rondouillette, se lève en laissant échapper des papiers du tas qu’elle tenait dans ses mains. Ce qui la déstabilise complètement, elle bredouille un début de phrase entrecoupé de « heu » tout en se penchant pour ramasser les feuilles. Une fois la pile reconstituée, elle se passe la main dans les cheveux comme pour se recoiffer. Mais en fait, c’est plutôt l’inverse qui se produit… Ses cheveux sont maintenant hirsutes, sens dessus-dessous.

Madame la juge, devant ce spectacle, ne peut réprimander une mimique un peu circonspecte. Elle a rarement vu, en plus de vingt-cinq ans d’exercice, un tel comportement. La plaidoirie ne retombe pas vraiment sur ses pieds après cette entrée chancelante. La jeune avocate cherche un peu ses mots, fait des phrases approximatives, semble inexorablement distraite. En fait, elle aimerait pouvoir se débarrasser au plus vite de sa tâche, mais par un mécanisme bien connu de la nature, elle ne fait au contraire que s’empêtrer dans un discours dont on attend en vain la chute.

Madame Quinton est vraiment embarrassée par la situation. D’un côté cet accusé qu’elle pense innocent mais qui plaide non-coupable avec une gueule de coupable, et de l’autre son avocate qui s’embourbe et ne présente pas un discours cohérent. Jocelyne s’interroge sur ce qui peut bien arriver à la brillante Hannah Akriche dont on lui a toujours dit le plus grand bien. Ne pouvant pas innocenter le comparaissant, elle prononce un jugement minimum : une amende raisonnable et trois mois de réclusion avec sursis. La victime du vol jugé à la cour en cette matinée a l’air de trouver la peine trop faible. Diverses clameurs s’élèvent le long des hauts murs de la salle d’audience. Hannah, Roland et Jocelyne sont tous trois heureux de pouvoir enfin quitter les lieux et de mettre fin à cette scène illustrant bien la théâtralité qu’incarne toujours la justice des hommes, dans ses bons comme dans ses mauvais côtés.

II. FRIDAY NIGHT KEBAB

Hannah est chez elle. Sa tête est vide. Cela fait si longtemps que cela n’était pas arrivé.

Le long du trajet qu’elle vient d’emprunter depuis le Palais de Justice, elle a repensé à cette étrange audience un peu calamiteuse. Elle a alors essuyé un gros ras-le-bol de sa vie actuelle qu’elle a essayé de chasser en mettant hurler dans sa voiture des chansons d’Ophélie Winter qu’elle a reprises à tue-tête.

Maintenant, plus rien de tout ça n’existe. Juste son corps, confortablement reposé dans son gros fauteuil ergonomique beige, et son esprit aussi pur et limpide que les murs immaculément blancs de son appartement.

Quand vient le coup des dix-neuf heures, la faim apparaît en elle et la fait quitter son fauteuil. La faim est souvent la raison de toute action venant mettre fin à la torpeur.

Avant de se rendre dans sa cuisine, elle ne se branche pas sur le Quotidien de Yann Barthès comme à l’habitude, mais fait péter sur sa platine un vieux vinyle de KC & the Sunshine Band.

Elle chantonne tout en cherchant dans ses placards quoi se préparer. Rien ne l’enthousiasme. Elle réalise à nouveau combien rien de ce qui constitue sa vie ne lui plait. Elle a envie de laisser tout cela en plan et de partir à l’aventure. Loin d’ici, très loin…

Hannah arrive à la conclusion qu’elle doit sortir pour chercher quelque chose de bandant à manger.

Elle est un peu chagrin de devoir quitter sa musique et ses murs blancs, mais bon… L’appel du ventre est irrépressible surtout s’il est rehaussé de l’appel de l’inconnu. Elle a décidé de manger d’une façon totalement inédite et improbable. Elle laisse la musique jouer dans son appart’, imprégner son espace, et continue à danser dans sa cage d’escalier en commençant à descendre la première volée de marches.

Sa promenade vers l’inconnu la mène jusqu’à un kebab faisant le coin de la rue d’un quartier populaire où elle ne s’est jamais rendue seule. Elle qui ne mangeait que bio commande une assiette de kebab avec frites et sauce Samouraï (elle ne connaissait pas mais on lui a conseillé, elle voulait un truc à la fois fort et voluptueux).

Hannah s’installe en terrasse avec son mets précieux. Elle mange en ayant l’impression d’arpenter pour la première fois un chemin non tracé, expérimentant une autonomie, une liberté de dévisser.

Deux adolescents la font tressaillir en la rasant sur un scooter pétaradant. Celui qui était assis à l’arrière se retourne en s’excusant de la main. C’est un jeune beur de petite taille qui lui fait penser à Jamel Debbouzze.

Jamel, ce serait son compagnon idéal pour la virée indéterminée qu’elle voulait vivre. Elle se prend à rêver qu’elle soit avec lui sur ce scoot’ qu’elle a pourtant maudit lorsqu’il est passé si près.

Elle racle avec les doigts toute la sauce qui reste dans son assiette, suscitant quelques rires à la table voisine. Elle n’en a cure et se livre toute entière à l’expérience de ce condiment qui comble toutes ses attentes en la matière. Retrouver la volupté dans sa vie la fait perdre le contact avec l’Hannah que les gens l’ayant côtoyée ces dernières années connaissent.

Autour d’elle, ce début de week-end rend l’ambiance plutôt joyeuse. Au bout de la rue descendant, le soleil se couche derrière la butte de Montmartre. Le dégradé rose se dessinant dans le ciel est doucement enveloppant.

Quand l’obscurité se fait, la jeune femme décide de se lever de son siège métallique. Elle se redresse vivement, d’un bond, comme jaillissant soudainement de sa rêverie. Autour d’elle, la clientèle s’est déjà renouvelée au minimum un couple de fois depuis son arrivée.

Dès qu’elle se met en mouvement, celle qui était encore au dernier lever du jour une brillante avocate résout de tout changer dans sa vie et de partir à l’aventure.

Dans un premier temps, elle prévoit de se rendre directement dans une gare ou un aéroport. Sans passer par la case départ. Il n’y a de toute façon pas de vingt-mille francs à toucher. Elle pense à Adieu Babylone, ce merveilleux film de Raphaël Frydman.

De réaliser n’avoir pas son téléphone sur elle la fait changer d’avis. Elle veut appeler un taxi, elle ne veut pas prendre sa voiture. Elle tient à planter celle-ci avec le reste.

Le chemin de retour à son domicile lui parait très long et très frustrant. Elle voudrait tellement se retrouver libre séance tenante et doit pour le moment se résoudre à une formalité.

Elle peste sur ces formalités qui nous éloignent de l’animal et nous rapprochent du robot, qui nous uniformisent et nous tuent toute étincelle de l’intérieur.

La jeune femme essaye de presser le pas, elle se mord les lèvres, la patience n’a jamais été son fort. Tout son corps se languit de ce moment où elle va véritablement tout plaquer, tout envoyer en l’air.

Elle dévale en montant les escaliers encore plus vite qu’elle ne les avait descendus.