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Peut-on encore trouver l'amour après 60 ans ?
Après quelques romans inspirés du bord de mer dont les tempêtes nettoient l’âme de personnages attachants et ténébreux, l’auteur nous livre ici une nouvelle marquée par le désarroi d’une femme soudainement amoureuse au crépuscule de sa vie. A-t-elle encore droit à l’amour, aux caresses d’un homme, peut-elle encore rêver, plaire, s’amuser sous les regards réprobateurs de la normalité ? Mais qui est cet homme surgi de nulle part ? Est-ce un mirage ou le mauvais reflet d’un miroir déformant ? Comme à son habitude, l’auteur se joue des ambiguïtés, des paradoxes et du refus de mal vieillir.
Une nouvelle douce amère qui retrace les péripéties amoureuses d'une femme mûre.
EXTRAIT
Paul était mort depuis un an déjà mais Caroline n'avait pas résisté au sourire enjôleur du chauffeur de taxi. Depuis peu, son corps assoupi bramait d'impatience même si des relents de morale chrétienne lui avaient jusqu'alors interdit d'ouvrir son cœur à un quidam aux ventricules garnis. Un mariage de trente-deux ans, ça ne s'oublie pas facilement. Et pourtant elle avait fini par céder. Son ventre frigorifié, ses bras qui n'avaient pas enlacé depuis longtemps, attendaient le déclic, la pression délicate sur l'interrupteur de son intimité. À soixante-cinq ans, elle n'était pas résignée à réfréner ses désirs ; son torrent intérieur véhiculait encore des monceaux de brindilles amoureuses qu'il déposait ici ou là sur la berge de ses rencontres. Trois ou quatre amis avaient cligné de l'oeil à son approche, tenté quelques phrases équivoques lorsque leur femme se trouvait loin. À l'occasion de dîners, quelques pieds volontaires avaient effleuré les siens avant d'oser encore sur une piste de danse, mais par pudeur autant que par respect de Paul et de ses amies qu'elle n'acceptait pas de cocufier, Caroline avait rejeté ces avances au-delà de son cercle en se disant qu'un jour viendrait, loin de Fécamp, où elle finirait bien par rencontrer un nouvel amant.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jean-François Rottier est depuis toujours un passionné de l 'écrit.
D'abord travailleur social, son dernier métier sera d'occuper les fonctions de directeur des services municipaux de la ville de Fécamp sur le littoral normand.
De ses années au service d'une population attachante, il garde en mémoire bon nombre de témoignages et d'anecdotes qui nourrissent son imaginaire. En retraite depuis 2015, il se consacre presque exclusivement à l'écriture et poursuit sa dissection des êtres d'une plume acérée et tendre. Dans ses livres, les paysages marins contribuent pour beaucoup à l'étrangeté des situations et à la complexité des relations humaines, comme si les marées et les tempêtes successives devaient se charger d'organiser la vie de ses personnages.
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Seitenzahl: 54
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Table des matières
Résumé
Jeux de misères
Du même auteur
Après quelques romans inspirés du bord de mer dont les tempêtes nettoient l’âme de personnages attachants et ténébreux, l’auteur nous livre ici une nouvelle marquée par le désarroi d’une femme soudainement amoureuse au crépuscule de sa vie. A-t-elle encore droit à l’amour, aux caresses d’un homme, peut-elle encore rêver, plaire, s’amuser sous les regards réprobateurs de la normalité ? Mais qui est cet homme surgi de nulle part ? Est-ce un mirage ou le mauvais reflet d’un miroir déformant ?
Comme à son habitude, l’auteur se joue des ambiguïtés, des paradoxes et du refus de mal vieillir.
Jean-François Rottier est depuis toujours un passionné de l 'écrit.
D'abord travailleur social, son dernier métier sera d'occuper les fonctions de directeur des services municipaux de la ville de Fécamp sur le littoral normand.
De ses années au service d'une population attachante, il garde en mémoire bon nombre de témoignages et d'anecdotes qui nourrissent son imaginaire. En retraite depuis 2015, il se consacre presque exclusivement à l'écriture et poursuit sa dissection des êtres d'une plume acérée et tendre. Dans ses livres, les paysages marins contribuent pour beaucoup à l'étrangeté des situations et à la complexité des relations humaines, comme si les marées et les tempêtes successives devaient se charger d'organiser la vie de ses personnages.
Jean-François Rottier
Nouvelle
ISBN :978-2-37873-023-9
Collection blanche : 2416-4259
Dépôt légal janvier 2018
© Couverture Ex Aequo
© 2018 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle,
réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
Paul était mort depuis un an déjà mais Caroline n'avait pas résisté au sourire enjôleur du chauffeur de taxi. Depuis peu, son corps assoupi bramait d'impatience même si des relents de morale chrétienne lui avaient jusqu'alors interdit d'ouvrir son cœur à un quidam aux ventricules garnis. Un mariage de trente-deux ans, ça ne s'oublie pas facilement. Et pourtant elle avait fini par céder. Son ventre frigorifié, ses bras qui n'avaient pas enlacé depuis longtemps, attendaient le déclic, la pression délicate sur l'interrupteur de son intimité. À soixante-cinq ans, elle n'était pas résignée à réfréner ses désirs ; son torrent intérieur véhiculait encore des monceaux de brindilles amoureuses qu'il déposait ici ou là sur la berge de ses rencontres. Trois ou quatre amis avaient cligné de l'oeil à son approche, tenté quelques phrases équivoques lorsque leur femme se trouvait loin. À l'occasion de dîners, quelques pieds volontaires avaient effleuré les siens avant d'oser encore sur une piste de danse, mais par pudeur autant que par respect de Paul et de ses amies qu'elle n'acceptait pas de cocufier, Caroline avait rejeté ces avances au-delà de son cercle en se disant qu'un jour viendrait, loin de Fécamp, où elle finirait bien par rencontrer un nouvel amant. Elle voulait laisser du hasard au temps raisonnable de son deuil.
Caroline avait été une très belle femme. Miss Fécamp dans les années soixante-dix, elle avait fait tourner bon nombre de têtes dans les boums enfumées. Des amourettes juvéniles avaient transformé sa vie de jeunette a priori peu chanceuse en starlette des parquets. Elle dansait bien, embrassait avec fougue et offrait assez facilement son corps aux caresses masculines, souvent pour oublier la pauvreté de ses parents et surtout le désarroi dont souffrait sa pauvre mère au retour de ses heures de ménage. Lorsqu'elle était jeune, Lucien Beaufils n'avait rien d'un véritable père ; il buvait quatre à cinq litres de vin râpeux chaque jour et le soir, ses bouteilles étoilées tintaient comme des cloches macabres au-dessus du visage apeuré d'une mère fatiguée de protéger sa fille. À plusieurs reprises, le père avait tenté de soulever la jupe de sa tendre progéniture. Au second litron, il frétillait de désir et c'est souvent à partir du troisième qu'il ouvrait sa braguette. Éructant, bavant à l'envi, il tournait autour de la table de la salle à manger comme un chien affamé qui aperçoit une tranche de viande effilochée. Caroline fuyait, criait et il fallait que sa mère, armée d'une louche ou d'un couteau à pain, s'interposât en haussant le ton pour que le canidé perdît sa libido. Il s'asseyait penaud, vidait une quatrième bouteille avant de s'affaler sur le canapé de skaï d'où il regardait, hagard, un match de football sans guère d'emballement. Caroline avait seize ans et c'est durant ces épineux moments de perturbation mentale qu'elle comprit quel était le pouvoir du corps féminin sur les gonades fragiles de mâles avinés. Après une enfance banale de solitude, ignorant le romantisme de l'adolescence, elle devint directement adulte et plus précisément femme. Ses parents, étant pauvres et de peu de soutien, elle ne put poursuivre ses études faute de moyens. Comme nombre de filles de piètre condition, elle entra à dix-sept ans comme apprentie couturière dans l'entreprise Colet qui fabriquait des chemises au canton, avec la ferme intention de gravir au plus vite les échelons. Devenir Miss Fécamp fut pour elle un laissez-passer qui valait bien tous les brevets. À vingt ans, elle existait enfin.
Mais la beauté ne suffit pas à vêtir la chance. Attachée à la chaîne invisible qui interdit l'outrage d'un changement de classe sociale, elle n'eut pour choix de mari que le premier coquin qui misait sur ses seins. Chauffeur-livreur chez Colet, il la promena quelques dimanches aux fêtes du voisinage avant de la coucher dans un champ de colza et de l'engrosser avant qu'elle n'y songeât. Caroline n'eut d'autre alternative à vingt-deux ans que de se marier en justes noces et de pouponner sa petite Florence sans même s'apercevoir que son Pierrot ne revenait plus très tôt après ses livraisons. De tripot en tripot, de verre en verre, il ne tarda pas à roter le calva et à sentir le foutre. Si tôt ! Comment avait-elle pu tomber dans le piège de sa pauvre mère percluse de déshonneur ? Personne ne l'avait prévenue qu'elle avait épousé un hâbleur, un coureur de jupons, un ingrat racoleur.
