L'Astronomie au XIXe siècle - Ligaran - E-Book

L'Astronomie au XIXe siècle E-Book

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Extrait : "L'origine de l'astronomie paraît fort simple quand on l'attribue à la contemplation des cieux, par des bergers, ou des poètes admirateurs des beautés de la création. La curiosité, issue de l'activité, ainsi que l'envie de connaître la destinée humaine, tournèrent bientôt les idées vers la philosophie et vers les superstitions à l'usage des intelligences incultes et crédules. Cette tendance, produit essentiel de l'état social..."

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Seitenzahl: 384

Veröffentlichungsjahr: 2015

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EAN : 9782335066937

©Ligaran 2015

Introduction

Histoire de la science ; son but. – Périodes scientifiques ; leurs caractères, – Progrès de l’industrie. – Avenir de la science. – De la méthode due à Descartes. – Définition de la science. – Enchaînement des connaissances humaines. – Impossibilité de connaître la nature de l’intelligence. – Immatérialité de la pensée. – Sources d’erreurs. – Toute science exacte est basée sur un principe. – Règles données par Pascal. – But de ce livre.

L’histoire de la science est l’exposé du développement de l’esprit humain ; elle en trace la marche, et, quand nous le verrons rester stationnaires, c’est qu’une fausse interprétation des anciens livres et des préjugés scolastiques arrêtaient son essor.

Une autre cause, inhérente à notre organisation, et par conséquent permanente, vient caractériser chaque période scientifique et en expliquer les temps d’arrêt : aux époques où de brillantes découvertes sont venues changer la face des choses, le progrès restait circonscrit dans l’ordre des idées récentes, et cela, pendant un temps dont la durée ne pouvait être limitée. Celle-ci dépendait, en effet, des circonstances et des conditions plus ou moins favorables qui se présentaient, et principalement de ces apparitions du génie qui, à de très longs intervalles, venait attaquer l’erreur sur son piédestal, en y déposant quelques lambeaux de la vérité.

De nos jours, un pareil effet s’est, manifesté d’une manière bien frappante, et, pour ceux qui sont accoutumés à juger superficiellement, les productions actuelles des savants n’aboutissent qu’à des considérations de détails minutieux, à des observations ou expériences isolées, sans aucune valeur sensible, et se rattachant à peine aux principes essentiels. Ils ne voient pas que tout compte dans la somme des doctrines ; ils croient qu’il n’est plus donné à l’homme de pouvoir scruter utilement dans la création, et que la science est désormais réduite à enregistrer des faits insignifiants.

Est-ce donc à dire que nous manquions d’hommes de génie, ou bien n’y aurait-il réellement plus rien à puiser dans le monde de la pensée, ni de grandes lois à lire dans la nature ? Telle n’est pas notre croyance ; nous ne pensons pas, à beaucoup près, que l’univers ait révélé tout ce que nous désirons savoir. Les grands hommes ont incontestablement droit à notre admiration ; mais, quelle que soit la hauteur à laquelle ils aient, atteint, nous ne devons pas nous incliner aveuglément devant eux et croire qu’ils ne seront jamais dépassés. Les théories nouvelles, si bien assises en apparence, peuvent d’un instant à l’autre céder la place à de nouvelles doctrines enfantées par des esprits indépendants.

Après les révolutions qui se sont opérées dans presque toutes les branches de nos connaissances, nous ne devons pas nous étonner si l’esprit humain cherche à se reconnaître et à mesurer la valeur de ses acquisitions avant de pouvoir, par un nouvel élan, se lancer dans l’inconnu.

Il ne faut pas oublier que notre époque succède à celle des plus belles découvertes, et que leur application donne chaque jour de nouvelles ressources à l’industrie, laquelle sait admirablement bien mettre en œuvre les moyens dont elle dispose pour vaincre toutes les résistances opposées à la réalisation des nouveaux besoins ; et cette direction donnée à notre activité la détourne nécessairement, pour un certain temps, des spéculations purement scientifiques.

À ce sujet, nous ne pouvons-nous empêcher de faire une remarque dont la justesse nous a frappé. En voyant les efforts incessants de notre génération appliqués au perfectionnement de l’industrie, on se demande jusqu’où peut aller la civilisation, et si la science, malgré ses progrès, pourra toujours fournir des éléments à des besoins que nous nous plaisons à multiplier outre mesure et aux exigences d’un luxe qui ne connaît point de bornes.

S’il est vrai que la nature ne se décide pas facilement à dévoiler de nouveaux secrets, on ne doit cependant pas perdre de vue qu’il a fallu des siècles pour détruire les influences scolastiques fondées par l’autorité des maîtres ; mais ce temps antérieur à la rénovation de la philosophie s’est perdu avec ses vieux prestiges, et nous n’avons plus à redouter de pareilles entraves.

D’ailleurs, l’histoire nous apprend à vaincre la routine, en montrant tes fâcheuses conséquences des idées préconçues, des autorités s’imposant pour étouffer la pensée ; elle fait voir les causes des frayeurs qui troublent les consciences à côté de la raison combattant pour les détruire. L’histoire aboutit à l’émancipation intellectuelle, à l’application de la vraie méthode dans toutes nos études, savoir : le raisonnement basé sur l’observation. L’histoire fait démêler le faux, produit de l’imperfection de l’homme, d’avec le vrai écrit partout dans la nature. Elle rompt les liens factices qui unissent la crédulité au véritable savoir. Elle lègue à la génération présente le profit des travaux du passé, et donnera en partage à nos successeurs tout ce que nous aurons laissé.

Mais l’histoire, qu’est-elle autre chose que cet enchaînement des acquisitions dans la succession des temps ? N’est-elle pas le tableau de l’évolution progressive de l’esprit humain mis en rapport avec l’universalité des êtres ?

C’est donc dans l’exposition historique des découvertes astronomiques que nous chercherons à guider notre esprit, afin de l’initier aux transformations que la science a subies, de lui tracer la route qui conduisit quelques hommes privilégiés dans le sanctuaire de la vérité, et surtout, dans le but de l’habituer à la saine philosophie, trop négligée de nos jours, car sa place est souvent usurpée par un ton particulier devenu à la mode, sorte de réminiscence de ces vaines disputes au jargon incompréhensible, comme les idées dont il est la traduction fidèle.

Il ne suffit pas, pour apprécier complètement le progrès des sciences, de constater seulement que l’état social s’est considérablement amélioré depuis que la pensée s’est rendue entièrement libre. Il est un autre point sur lequel on ne saurait trop insister, c’est que la somme de nos connaissances est bien peu de chose, je ne dirai pas relativement à ce que nous ignorons, la chose est évidente, mais simplement par rapport à ce que l’avenir réserve aux générations qui succéderont à la nôtre.

On s’en convaincra facilement en jetant un coup d’œil sur les tendances que manifestent les différentes parties de la science. Ainsi, il n’est pas douteux pour le chimiste que des transformations jusqu’ici inconnues présenteront un jour la matière sous d’autres aspects, et que les corps simples métalliques seront rangés parmi des composés plus ou moins complexes, dans lesquels viendront aussi se grouper les métalloïdes. La chimie organique elle-même, présentant naguère les apparences du chaos, prend une forme rationnelle et se développe d’une façon inattendue. La physique, à laquelle se rattache la météorologie, science tout à fait naissante, contribue certainement pour sa bonne part à l’apport commun. Et n’est-il pas clair que la lumière zodiacale, les étoiles filantes, etc., sont autant de phénomènes dont nous n’ignorons l’explication que parce qu’il nous a été impossible jusqu’à présent de multiplier assez les observations pour en tirer des inductions dépendantes des théories acquises. Déjà les aurores boréales se sont séparées des questions précédentes ; elles sont venues tout, récemment se ranger parmi les faits expliqués. Si nous entrons maintenant dans le domaine des sciences naturelles, nous verrons la géologie, se fondant sur des observations précises, remonter pour ainsi dire jusqu’aux premiers âges de la terre habitée et marquer les grandes phases des révolutions qu’elle a éprouvées. Dans les transformations des êtres organisés, la vie, le plus grand des problèmes, est la seule limite qui arrête la curiosité du naturaliste, jusque dans l’organisation du moindre des insectes, ainsi que dans celle de la plus humble tige végétale.

Mais quelle route enchantée ont suivi les scrutateurs des secrets naturels pour doter leurs neveux d’un aussi riche héritage ? En quoi consiste, en un mot, cette fameuse méthode, enseignée par Descartes, à laquelle nous devons les brillants résultats dont nous sommes si fiers ? Nous allons tâcher d’en faire une exposition sommaire et caractéristique.

Quelle que soit la science, quel que soit l’objet que l’on étudie, on est obligé d’en séparer les parties et de considérer chacune d’elles en particulier. Ces parties se trouvent ainsi, les unes à l’égard des autres, dans un certain ordre, qui n’est autre chose que la marche suivie par l’intelligence. Cette obligation où nous sommes de diviser l’objet de notre étude, provient de la faiblesse de notre entendement, qui ne peut sortir d’un cadre restreint dans un temps donné, et qui cependant, en raison de sa facilité à saisir la connexion des diverses acquisitions, arrive avec une admirable précision à grouper autour de quelques vérités un grand nombre d’autres vérités conséquences des premières, lesquelles, sans cela, resteraient toujours hors de sa pénétration. La marche suivie pour établir cet ordre est précisément la méthode ; quant à la science, elle est la réunion de tous les préceptes que la méthode a fait découvrir.

Mais, si l’ordre suivi est arbitraire, si les parties constituantes de l’étude n’ont qu’une liaison imparfaite, il n’y a plus de méthode, il n’y a plus possibilité de voir la signification des choses ni la corrélation qui les assemble. Le résultat final n’est que confusion.

Pour constituer réellement une science, il est donc indispensable que le rang occupé par chacune de ses ramifications en montre l’enchaînement. Il faut que chacune d’elles soit déduite de celle qui la précède comme elle sert elle-même à conduire à celle qui la suit ; de sorte que leur réunion soit une suite de conséquences d’une première vérité. Cette méthode est naturelle ; c’est le raisonnement appliqué à l’observation, c’est la logique mise en pratique. Tout en ne changeant jamais, ses applications varient, parce qu’il y a différentes sciences, différents arts concourant à la perfectibilité.

Ainsi, il n’y a qu’une seule méthode ; elle consiste dans une division tellement régulière du sujet, que toutes les parties soient disposées dans un ordre montrant leur relation intime. Toutes les sciences, tous les arts auxquels on l’applique tendent à la pénétration de la nature. S’il était possible de saisir le lien qui unit une science à une autre science, un art à un autre art, le lien qui unit ceux-ci à celles-là, c’est-à-dire si l’on pouvait trouver la filiation continue suivant laquelle se déroule la somme de nos idées, alors il n’y aurait qu’une seule science, celle groupant les lois naturelles dont l’expression nous est sensible. Mais, comme on a été forcé de partager l’étude de la nature en une infinité de branches constituant séparément chacune un système spécial, on a pensé qu’il y avait plusieurs manières d’arriver à la vérité. Cette fâcheuse méprise, preuve de la faiblesse de notre esprit, lequel est impropre à pénétrer dans une classe de manifestations supérieures, est cependant l’origine d’hypothèses purement gratuites, formulées à la place de principes tellement cachés, qu’on a presque abandonné l’espoir de les découvrir.

C’est ainsi que les sciences exactes ont fait des progrès grands et rapides, étant établies sur des données incontestables, tandis que la psychologie, après des tentatives inouïes, est encore au berceau. Étrange destinée que la nôtre, qui nous permet de concevoir l’absence de limites dans l’espace et dans le temps, l’infini en un mot, et qui nous condamne à errer continuellement de doute en doute et d’erreurs en erreurs, lorsqu’il s’agit de la connaissance de nous-mêmes !

La méthode étant composée de deux parties, l’observation et le raisonnement, il en résulte deux sources d’erreurs ; une observation inexacte et un raisonnement faux. Or, les sciences mathématiques offrent cet avantage énorme, de montrer lorsque le raisonnement n’est pas rigoureux, en conduisant à des conséquences qui décèlent l’erreur, en sorte que sa rectification devient facile. Elles reposent, en outre, sur des principes très communs, constatés par une expérience de tous les instants. Tels sont ceux-ci : Le tout est plus grand que l’une de ses parties ; si sur des quantités égales on fait les mêmes opérations, les résultats seront encore égaux. S’il existait un esprit assez obscur pour se refuser à leur évidence, il n’y aurait point de science possible pour lui. En y réfléchissant un peu, on reconnaît bientôt que ces propositions ne sont nullement des abstractions. L’expérience nous apprend continuellement que, si nos sens sont affectés par les objets extérieurs, ils le sont aussi par des portions de ces objets. De là, l’idée de quantité ou du plus et du moins, émanant d’une observation première, immédiate. Mais, cette dernière idée est inséparable de celle de l’égalité. Il n’y a donc rien de plus facile que d’établir toute la science des mathématiques sur la notion de quantité donnée par l’observation ; c’est là son principe unique, et tel est le caractère d’une science exacte.

En appliquant les mathématiques à la mécanique, on a été obligé de faire intervenir les idées de temps et d’espace. Nous cherchons leur origine à la fin de ce livre ; nous y renvoyons le lecteur, qui jugera si les termes qui les représentent rentrent dans les règles données par Pascal pour les définitions, les axiomes et les démonstrations.

La plus belle application des mathématiques est en astronomie. Nous n’avons pas à nous occuper dans ce livre des démonstrations des principes de cette science. Notre but est simplement une exposition philosophique des découvertes dont la réunion fait de la connaissance que nous avons de l’univers, le plus beau monument dont la pensée humaine puisse s’enorgueillir.

Chapitre I

Origine de l’astronomie. Idée de cette science. Sa valeur. – But de l’astrologie ; ses prétentions mensongères. Elle existait dans la plus haute antiquité, et ne perdit sa prépondérance que sous Henri IV. Quelques notions astrologiques. – Cham inventeur de l’astrologie. – Anecdotes relatives à Tibère et à Louis XI, etc. Principaux astrologues. – Jean Stoffler. Il prédit un déluge universel : terreur générale. Comment sa mort vérifia sa dernière prédiction. – Voltaire et le comte de Boulainvilliers.

L’origine de l’astronomie paraît fort simple quand on l’attribue à la contemplation des cieux, par des bergers, on des poètes admirateurs des beautés de la création. La curiosité, issue de l’activité, ainsi que l’envie de connaître la destinée humaine, tournèrent bientôt les idées vers la philosophie et vers les superstitions à l’usage des intelligences incultes et crédules. Cette tendance, produit essentiel de l’état social, dut éprouver une transformation radicale, se manifester sous une autre forme, lorsque la nécessité de satisfaire aux exigences de la société eut poussé l’homme à étudier les corps célestes. Avec les progrès de la civilisation, l’utilité des échanges et les relations des peuples entre eux se firent sentir ; mais, pour rendre ces relations possibles, pour traverser les déserts et les mers, il fallait des points de repère, des guides certains, et c’était sur la voûte des cieux qu’on devait les trouver. Là, en effet, les observations, dans leur simplicité primitive, ne tardèrent pas à constater l’invariabilité des positions des étoiles les unes par rapport aux autres, ainsi que les mouvements propres du soleil, de la lune et des planètes.

Dès lors, l’astronomie prit naissance, et fit entrevoir à l’aide de quelques principes fondamentaux, la variété des créations jetées dans l’infini. Mais ce ne fut qu’après une longue suite de siècles, que la nature, laissant à peine de temps à autre entrouvrir ses voiles, permit à l’homme de dérober quelques-uns de ses secrets.

De toutes les sciences, l’astronomie est sans aucun doute celle qui donne la plus grande idée de l’intelligence humaine, et cependant combien elle est imparfaite encore ! Que savons-nous, en effet, des secrets infinis cachés dans la transformation de la matière nébuleuse, au milieu de laquelle se forment des centres d’attraction, des étoiles qui se séparent, se rapprochent, se meuvent les unes autour des autres ? Qui osera seulement entrevoir ce qu’il reste à faire, et dire jusqu’où l’on pourra percer dans la petite portion de l’étendue accessible à nos regards ? Le sentiment du connu devant l’inconnu nous laisse anéantis et frappés de notre impuissance en face de l’infini qui nous enveloppe. Placés sur un globe compté parmi les mondes comme un atome dans un tourbillon de poussière, éclairés par un soleil à peine comparable à l’une des étincelles de la voie lactée, laquelle à son tour se perd dans l’espace, que savons-nous sur cette complication impénétrable de mouvements, de distances, de poids, de volumes, depuis que nous observons avec tant d’ingénieuses dispositions ? Presque rien ! Et, sans sortir de notre système solaire, quel est son mouvement à travers les constellations, quelle est sa position, sa valeur, son influence, sa constitution même ? Nous n’en savons rien ! Et les comètes, ces astres errants qui promènent au ciel dans tous les sens leurs longues chevelures, n’ont-elles pas été jusqu’ici une énigme et un défi jeté aux hypothèses les plus hardies ?

Ces réflexions, faites pour désillusionner les rêveurs, ne peuvent qu’encourager les vrais amis de la vérité, les investigateurs infatigables des régions de l’infini ; et si la curiosité de l’homme, à chaque pas qu’elle fait en avant, se trouve arrêtée par d’impénétrables mystères, il n’en est pas moins vrai que, depuis trois siècles, la science a fait d’immenses progrès : il faut donc pour juger de ce qu’elle est de nos jours, jeter sur son passé un coup d’œil rapide, et suivre sa marche à travers les siècles. Ici, comme à l’origine de toutes les sciences, nous nous trouvons en présence du rêve et de la réalité. Commençons par le rêve, et parlons d’abord de l’astrologie.

Prédire les évènements futurs en établissant entre le cours des astres et ces évènements une liaison mystérieuse et fatale, établir une certaine dépendance entre les positions, les aspects des astres et la vie de l’individu, telle était la prétention des astrologues ; et l’autorité dont ils ont joui pendant si longtemps n’a rien qui doive surprendre, car, en des temps d’ignorance, on devait croire aveuglément des hommes qui en étaient arrivés à une telle puissance de divination qu’en annonçant les éclipses avec certitude, ils se montraient en quelque sorte les confidents des mystères de l’infini. Combien ne devaient-ils pas mieux connaître ce qui se passait ici-bas, eux qui savaient tant de choses concernant les autres mondes ! Il était impossible de ne pas leur accorder la science infuse. Aussi, l’astrologie a-t-elle l’ancienneté du monde ; on la voit en grande faveur chez les Égyptiens, chez les Hindous, etc. Elle a persisté chez nous jusqu’au règne de Henri IV, et il n’est pas certain que ses traces soient complètement effacées chez les nations européennes les mieux policées.

Plus astrologues qu’astronomes, les Égyptiens croyaient que les fonctions et les influences des signes du zodiaque étaient déterminées par leurs noms : le Bélier exerçait une action puissante sur les troupeaux ; la Balance inspirait l’ordre et la justice ; le Scorpion excitait les mauvaises passions et le désordre. Pour accommoder ces idées aux évènements terrestres, on rattacha l’influence de chaque signe zodiacal au moment où il montait sur l’horizon à la naissance d’un enfant : il résultait de là qu’un enfant devait être riche en troupeaux, si le moment de sa naissance coïncidait exactement avec l’apparition sur l’horizon de la première étoile du Bélier. Le pouvoir du Taureau et des Chevreaux était du même genre. Le signe de l’Écrevisse indiquait que ceux qui naissent sous ce signe iraient toujours à reculons dans toutes leurs entreprises. Les héros dépendaient du Lion qui est le symbole du courage. La Vierge avec l’Épi céleste réunissaient l’abondance à la vertu, et portaient aux inclinations chastes. Les peuples dont les rois et les magistrats naissaient sous le signe de la Balance ne pouvaient manquer d’être heureux, attendu qu’ils devaient être gouvernés avec justice, tandis que le Scorpion portail malheur à ceux dont il était le pronostic redouté. Le Cap, et particulièrement lorsque le soleil montait avec lui sur l’horizon, promettait une prospérité toujours ascendante aux hommes nés sous son influence.

Quand les évènements contraires venaient démentir toutes ces subtilités, les astrologues se tiraient d’embarras en alléguant l’action de la lune, des planètes et des autres corps célestes, et il paraissait évident à tout le monde que les conjonctions, les oppositions, etc., de tous ces corps, modifiaient certaines influences, les annulaient même, en changeant le bien en mal et le mal en bien.

Les planètes n’étaient pas oubliées par les astrologues, et elles leur fournissaient un texte inépuisable d’absurdes élucubrations. Ainsi, Saturne avait des influences meurtrières ou énervantes. Jupiter amenait les évènements heureux et prolongeait la vie ; il distribuait les sceptres et les dignités. Mars inspirait naturellement le goût des armes, et Venus portait aux plaisirs des sens. Quant à Mercure, il administrait le commerce. C’est principalement lorsque les planètes se trouvaient en conjonction avec un signe bien faisant que leur puissance avait, la plus grande valeur. Alors, toutes les bonnes influences s’ajoutaient pour agir dans le même sens, et allaient planer sur le berceau de l’enfant qui venait de naître, et dont, la vie était destinée au bonheur.

On pourra se faire une idée de l’astrologie en lisant ce qui suit, extrait du livre d’Eteilla :

Trône des planètes, ou les douze maisons du zodiaque dans lesquelles les planètes ont l’empire sur les autres.

Le soleil a son trône dans le signe du Lion.

Mercure a son trône dans le signe de la Vierge.

Vénus a son trône dans le signe du Taureau.

La lune a son trône dans le signe de l’Écrevisse.

Mars a son trône dans le signe du Scorpion.

Jupiter a son trône dans le signe du Sagittaire.

Saturne a son trône dans le signe du Verseau.

1. ☉ Le soleil signifie les souverains, les princes du sang, les grands juges ; il signifie aussi le seigneur du lieu du consultant ; tous les astrologues ont trouvé que le soleil était le significateur de la vie des souverains, des dames de son sang, jusqu’au troisième degré en rétrogradant ou descendant, mais non à nul autre. Il faut toujours prendre le soleil où il se trouve lors de la naissance ou au moment de la question, pour le significateur de la vie des souverains et souveraines, etc.

2. ☿ Mercure domine sur les philosophes, les astrologues, les cartomanciens, les géomètres, les physiciens, les poètes, les historiens, les auteurs et inventeurs, compositeurs utiles, et en général sur tous les hommes de sciences et arts, et premiers chefs de bureau, et journalistes. Mais, dira-t-on, excepté ces deux classes. Mercure ne donne donc pas de fortune, car tous les hommes de science, généralement parlant, ne sont pas riches ; ils le seraient tous s’ils ne s’appliquaient qu’à compter comme les financiers. Mercure donne à tous l’activité au travail, la science de voyager avec profit pour la société, l’esprit du trafic et de la négociation, sans se soucier des grands bénéfices ; mais dans son contraste il domine sur les plagiaires, les faux nouvellistes, les fripons et les menteurs.

3. ♁ Vénus a la domination sur les amours, les mariages, les conversations, les apothicaires, les tailleurs d’habits, les perruquiers, les coiffeurs, les sages-femmes, les joueurs d’instruments, les marchandes de modes, les valets et femmes de chambre, les bijoutiers, et sur tous ceux qui vendent de la parure pour porter sur soi et pour décorer les appartements, comme glaces, chiffonnières, bergères et autres meubles de goût ; elle domine aussi sur les parfums et les parfumeurs, etc. ; et dans son contraste sur les femmes galantes, mariées ou non mariées.

4. ☾ La lune domine sur les comédiens, les joueurs de gibecière, les boucliers, les chandeliers et ciriers, les cordiers, les limonadiers, les cabaretiers, les vidangeurs, donneurs à jouer de toute nature, le maître des hautes-œuvres, les ménageries d’animaux ; et dans son contraste, sur les joueurs de profession, les filous, les femmes débauchées, etc. ; c’est-à-dire que la lune domine sur tous ceux qui font le métier de travailler la nuit par état jusqu’au soleil levant ou à vendre des denrées pour la nuit ; et dans le contraste elle domine sur tout ce qu’on aurait honte de commettre en plein jour ou vu de ceux qui ont des mœurs. Il est bon de noter que la lune domine aussi sur tous les petits négociants qui ne tirent que des ports de la nation ou de la main des accapareurs ; sur les usuriers, les courtiers, les maquignons, les rats de palais, hommes sans charge, rongeant les clients, et mettant par leurs astuces les plus honnêtes gens dans le péril de perdre.

5. ♂ Mars domine sur les guerriers, les médecins, vulgairement les chimistes, les chirurgiens, barbiers, cuisiniers, boulangers, pâtissiers, fondeurs, orfèvres, serruriers, etc. ; enfin sur tous ceux qui emploient le fer ou le feu, et dans son contraste ou mal placé, sur les boutefeux, les séditieux, les révoltés, les traîtres de l’année et les brigands, etc.

6. ♃ Jupiter domine sur les vrais sages et sur l’élite des grands philosophes ; tels furent également tous les mages de toutes les nations ; sur les grands magistrats, comme chancelier, parlement, ministre, etc. ; sur les banquiers, les armateurs, agriculteurs, manufacturiers ; enfin, sur tous ceux qui lient d’un bon accord la patrie et pourvoient à ses besoins, sans y mettre de mélange contraire à la santé et à la vie.

7. ♄ Saturne domine sur les vieillards, les ecclésiastiques, les rentiers, les cacochymes, les couvents, les bons moines, les ermites ; enfin, sur tous ceux qui sont séparés du corps de la société, et vivent plus moralement que physiquement. Dans son contraste, il domine sur les hommes sans emploi, les domestiques fainéants, les avaricieux, les tartufes, les hypocrites, les trompeurs, les faux dévots (ah ! bon Dieu, que ceux-ci sont dangereux à qui ils en veulent), et enfin sur tous ceux qui tournent la religion à leur intérêt, et scandalisent les honnêtes gens. De vrais honnêtes gens ne doivent pas se scandaliser d’être tous sous la domination d’une planète, qui dans son contraste, ou mal placée, domine sur les vils hommes, parce que, comme ils savent, le soleil nous éclaire tous.

8. ☊ La tête du Dragon ressemble à Mercure. Elle est bonne avec les bons, et méchante avec les méchants ; elle tient de la nature de Jupiter et de Vénus ; la raison en est assez déduite dans les philosophes : elle est masculine.

9. ☋ La queue du Dragon féminine ; elle est méchante avec les bons, et bonne avec les méchants : elle est de la nature de Mars et de Saturne.

10. ◯ La partie de fortune tient du soleil et de la lune ; elle n’est ni mâle ni femelle, mais tient des deux sexes.

Cham passe pour être l’inventeur de l’astrologie ; elle aurait pris naissance en Chaldée. Ce qu’il y a de certain, c’est que tous les anciens peuples ont eu des astrologues ; et, pour ne pas trop nous étendre sur ce sujet, nous citerons un seul fait emprunté à l’histoire ancienne : il montrera comment des circonstances habilement exploitées ont souvent contribué à assurer la confiance et la faveur dont jouissaient ces hommes si méprisés aujourd’hui.

Pendant son exil à Rhodes, Tibère allait souvent sur un rocher élevé au bord de la mer. Un certain astrologue, Thrasyllus, consulté en ce lieu par le futur empereur, lui prédit un superbe avenir et son avènement au trône des Césars. Tibère lui dit : que tu es si habile, pourrais-tu te reste de temps à vivre ? L’astrologue, tout en regardant le ciel, n’avait pas perdu de vue son interlocuteur. Il repartit ; Je crois cette heure mêmeje suis menacé d’un grand malheur. C’est qu’il avait compris que Tibère avait l’intention de le faire précipiter dans la mer ; mais celui-ci, le considérant comme un oracle, lui laissa la vie et lui accorda une grande confiance.

Le roi Charles V avait étudié l’astrologie ; il fit bâtir un établissement appelé collège de maître Gervais, du nom d’un de ses savants, dans lequel on enseignait cette prétendue science. Le pape Urbain V approuva cette institution et lança ses foudres contre celui qui oserait changer la destination de cette maison. La Sorbonne en ressentit les effets lorsqu’elle voulut plus tard remplacer l’enseignement de l’astrologie par celui de la théologie.

Louis XI, aussi crédule et superstitieux qu’il était cruel, avait l’astrologie en grande estime ; seulement il ne s’accommodait pas facilement des réponses évasives, il lui fallait une précision dont les tireurs d’horoscope ne devaient pas être toujours satisfaits. Ayant adressé à l’un d’eux cette question : Connais-tu l’instant de ta mort ? celui-ci répondit : Je mourrai trois jours avant Votre Majesté. La réponse eut du succès, car le roi en fut effrayé et ne songea plus un instant à lui ôter la vie.

Sous le règne de Charles IX, Catherine de Médicis allait souvent consulter les astres dans une espèce d’observatoire qu’elle avait destiné à ses pratiques superstitieuses.

Le surnom de Juste fut donné à Louis XIII parce qu’il était né sous le signe de la Balance ; et, lors de la naissance de Louis XIV, un astrologue était caché pour tirer son horoscope.

Ce n’est qu’au dix-septième siècle que l’astrologie cessa d’être patronnée par les rois.

Parmi les astrologues célèbres, on cite Albert le Grand Nostradamus et Mathieu. Au seizième siècle, il y avait à Tubingen un mathématicien nommé Jean Stoffler, lequel se piquait d’être savant astrologue, il fit la prédiction d’un déluge universel qui devait tout détruire au mois de février 1524. La réputation de ce savant était, telle, qu’il fit trembler les moins crédules : chacun prenait ses précautions pour échapper à l’inondation ; on voyait de tous côtés des bateaux petits et grands, tout prêts à recevoir leur monde. Une nouvelle arche fut même construite par un Toulousain ; elle était assez grande pour renfermer ses amis avec sa famille, sans compter les animaux qu’il voulait embarquer. Chose étrange, tout le mois redouté se passa sans pluie, au grand désappointement du devin qui avait signalé les planètes Mars, Jupiter et Saturne dans les Poissons et en conjonction. Stoffler n’abandonna pas ses croyances ; il prédit que sa mort serait occasionnée par une chute. Un jour, qu’il avait entamé une vive discussion, étant dans sa bibliothèque, il voulut prendre un gros volume pour y chercher un passage à lui connu ; au même instant, une planche qui s’était détachée lui tomba sur la tête, et il mourut des suites de sa blessure. C’est ainsi que se vérifia sa dernière prédiction.

On sait que Voltaire répondit au comte de Boulainvilliers, qui lui avait prédit sa mort pour l’âge de trente-deux ans : « J’ai eu la malice de le tromper déjà de plus de trente années, de quoi je lui demande humblement pardon, » et il vécut encore vingt-deux ans.

On pourrait faire un gros volume avec l’histoire de l’astrologie, et il serait facile de montrer qu’elle a exercé, depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’aux limites même des temps modernes, la plus active influence ; mais il nous suffit d’avoir marqué son but en quelques mots et de l’avoir nettement distinguée de la science positive, à laquelle, malgré son obscurité, elle a rendu quelques services : nous arrivons maintenant à l’astronomie proprement dite.

Chapitre II

Anciens peuples qui cultivèrent l’astronomie. – Égyptiens. Osiris. Le livre de M. Rodier. Hindous. – Cycles anciens ; l’antou ; les nakchatras. – Période des manouantaras. Période de Maha-Young. Ère de Satya-Youg. – Usage de la semaine. Fables originaires d’Asie. Les douze divinités égyptiennes. L’Éthiopien Hermès. Obélisques. Gnomons. Les brahmes. – Les Chinois. Ils connaissaient la boussole 2697 ans avant J.-C. Première éclipse observée en 2169 avant J.-C. Destruction des livres l’an 246 avant notre ère. – Le Chaldéen Bélus. Période de Saros. – Mémoires de M. Biot sur l’astronomie ancienne. – Les Grecs, Alcée. Thalès. Anaximandre. Anaximène. Anaxagore. Pythagore, Démocrite. Platon. Méton. Eudoxe. Aristote. Pythéas. Archimède. – École d’Alexandrie. Aristarque. Ératosthène. Hipparque : découverte de la précession des équinoxes. Appréciation de M. Biot. – Réforme du calendrier par Jules César, Claude Ptolémée découverte de l’évection ; Almageste. Destruction de la bibliothèque d’Alexandrie. – Almamoun. Aboul Wéfa. Le roi Alphonse, Roger Bacon. – Regiomontanus ou Jean Muller. Jean de Purbach.

Il est très probable que l’astronomie prit naissance chez les Hindous. Cependant, d’après la légende d’Osiris, le plus ancien des conquérants et divinisé par les Égyptiens, il semblerait que ceux-ci eussent introduit l’usage de la semaine citez les Hindous, ainsi que celui de l’année hebdomadaire, formée de treize mois de quatre semaines chacun, division que ce dernier peuple conserve encore aujourd’hui, malgré l’introduction chez lui de l’année sidérale par son plus ancien législateur Manou.

Les travaux récents de M. Radier sur la chronologie antique mettent sinon hors de doute, du moins rendent très probable l’existence de relations suivies entre les Égyptiens et les Hindous, et constatent, soit de curieuses analogies entre les connaissances astronomiques des deux peuples, soit de remarquables effort pour constituer des cycles d’après le cours du soleil et celui de la lune. Voici à cet égard ce que nous trouvons dans le livre de M. Rodier sur l’Antiquité des races humaines.

Les Hindous conservent encore religieusement ces formes toutes primitives de la mesure du temps à côté de l’année sidérale. Ils se gardent bien aussi de rejeter l’usage de quelques autres vieilles institutions astronomiques qu’on est tenté de faire remonter jusqu’à l’époque des Scythes primitifs, tant elles sont répandues au loin chez les peuples du nord et de l’est de l’Asie, et même de l’Amérique.

Une de ces institutions, c’est le compte des années à l’aide d’une double série périodique de mois. L’antou était, et il est encore en Asie, une période, peut-être purement mnémonique, de 12 années portant chacune le nom d’un animal. Cinq antous forment une période de 60 ans, et chacun d’eux est désigné par le nom d’un des cinq éléments (le feu, l’eau, la terre, le bois, le métal), si bien que chacune des 60 années a un nom propre composé par la combinaison d’un nom d’animal et d’un nom d’élément.

Une autre institution un peu moins répandue et qui est peut-être d’origine égyptienne est la division du cercle céleste nommé en 28 parties dites nakchatras ou maisons, dont chacune correspond à peu près au chemin que la lune parcourt en un jour parmi les étoiles.

En se communiquant réciproquement leurs observations et leurs théories, les Égyptiens et les Hindous étaient certainement parvenus à des connaissances fortes remarquables sur les mouvements célestes.

En témoignage, M. Rodier offre la nature même de l’ère hindoue. C’est l’origine d’une grande période dite des Manouantaras, destinée à mesurer les différences entre l’année tropique et l’année sidérale, en d’autres termes, à suivre le mouvement que nous appelons précession des équinoxes.

Elle se compose de 14 parties égales, dont chacune se subdivise en 71 antous ou cycles de 12 ans.

Le module de tout le système est l’antou, ce petit cycle d’origine scythique qui avait déjà la consécration d’un vieil usage.

Le cycle de 71 antous auquel on donne le nom de Manouantara, vaut 852 ans, et, à ce compte, il correspond fort approximativement, surtout pour l’époque où on l’imagina, au temps qu’un colure emploie pour rétrograder de la 28e partie de l’écliptique, c’est-à-dire de la fin au commencement d’un nakchatra.

Au bout de 14 manouantaras, valant 11 928 ans, ou, en nombres ronds, 12 000 ans, la rétrogradation du colure devait être de 14 nakchatras, ou d’une demi-circonférence. Cette période totale, ou demi-révolution de la ligne des équinoxes, reçut d’avance le nom de Maha-youg, mais elle ne fut jamais achevée. Au bout de 6 manouantaras, plus 27 antous, c’est-à-dire de 5 436 ans, la chronologie hindoue présente l’indication d’une nouvelle ère, celle de Satyayoug.

Les Latins avaient emprunté aux Égyptiens la nomenclature des sept jours de la semaine, telle que nous l’avons conservée. Ainsi, ils partageaient la durée du jour en quatre parties de 6 heures chacune, et les mettaient sous la protection d’une planète. Le nom de chaque jour était déterminé par celui de la planète qui répondait à sa première partie. Les planètes, placées par les anciens dans l’ordre de leurs distances à la terre, étaient :

La Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne.

Le lundi (lunæ dies) avait pour planètes ; Lune, Mercure, Vénus, Soleil.

Au mardi (Martis dies), répondaient Mars, Jupiter, Saturne, Lune.

Au mercredi (Mercurii dies), Mercure, Vénus, Soleil, Mars.

Au jeudi (Jovis dies), Jupiter, Saturne, Lune, Mercure.

Au vendredi (Veneris dies), Vénus, Soleil, Mars, Jupiter.

Au samedi (Saturni dies), Saturne, Lune, Mercure, Vénus.

Au dimanche (solis dies, dies dominica), Soleil Mars, Jupiter, Saturne.

On ignore l’origine de cet usage de la semaine, qu’on retrouve chez les Hindous, les Chinois, etc. ; il rend probable l’opinion qui en attribue la fondation à un peuple d’une ancienneté plus grande que la leur. Ce qu’il y a de certain, c’est que l’Asie qui conserva les connaissances astronomiques, fut le berceau des fables qui s’y rapportent. On sait qu’Hercule simulait le soleil, et que les douze signes du zodiaque correspondaient à ses douze travaux. Les 9 mois de l’année pendant lesquels on travaille à l’agriculture étaient représentés par les 9 Muses ; et les trois autres mois étaient ceux des trois grâces, amies de l’amour et du repos.

Les Égyptiens avaient douze divinités dont les symboles étaient les constellations zodiacales. Jupiter Hammon avait le Bélier ; le bœuf Apis répondait au Taureau, les dieux inséparables Horus et Harpocrate avaient les Gémeaux pour emblème ; l’Écrevisse servait Anubis ; le Lion était consacré au Soleil et la Vierge à Isis ; les symboles de Typhon étaient la Balance et le Scorpion ; Hercule avait le Sagittaire, Mendès le Capricorne et Nephtis les Poissons ; quant au Verseau, il rappelait l’usage où l’on était au mois de janvier (tybi), d’aller remplir une cruche d’eau à la mer.

C’est le Chaldéen Hermès qui apporta, vers l’an 3 360 av. J.-C., les connaissances astronomiques en Éthiopie.

Les Égyptiens connaissaient bien le cours du soleil ; on peut en citer une preuve convaincante : c’est que la construction de Persépolis fut inaugurée par Schemsehid, au commencement d’une période, le soleil entrant dans le signe du Bélier. Tous les obélisques, très bien orientés, étaient des gnomons. Les phases de la lune, la cause des éclipses, la rondeur de la terre, étaient pour eux des faits connus.

Les Brahmes de l’Inde déterminaient les latitudes au moyen du gnomon, et ils orientaient exactement leurs pagodes. La mesure de l’année avait été fixée à 365° 6h 31m 15s, depuis un temps immémorial ; cette valeur n’est pas très éloignée de l’exactitude. Le calcul des éclipses paraît avoir été connu de ces peuples : mais leurs connaissances, stationnaires depuis plus de 5 000 ans, restent mélangées de superstitions ridicules.

Les Chinois étaient au moins aussi avancés que les Indiens, et leur civilisation, qui date de très loin, les a mis de bonne heure au fait des principaux phénomènes astronomiques. Ce peuple, ennemi des innovations, est retombé, après l’expulsion des jésuites, dans ses anciens préjugés. Les Chinois croient à la manifestation des volontés suprêmes, par l’apparence des phénomènes ; et leurs savants, qui ne sont point dupes de ces superstitions, encouragent néanmoins les absurdes pratiques consacrées aux apparitions des éclipses.

Le premier des empereurs chinois, Fohi, étudia l’astronomie (2 952 ans avant J.-C.). La boussole était connue en Chine en l’an 2 697 avant J.-C., car l’empereur Hoang-ti, qui régnait alors, inventa un instrument qui indiquait les quatre points cardinaux, sans avoir recours à l’examen du ciel. La première éclipse mentionnée dans l’histoire, est celle qui arriva au temps de Chou-Kang, 2 169 ans avant J.-C. ; on s’en est servi pour fixer la chronologie chinoise. À partir de l’année 500 avant J.-C., l’astronomie tomba en discrédit et en 246 avant notre ère, il y eut dans ce pays une destruction de livres, comparable à celle qui plus tard anéantit la bibliothèque d’Alexandrie.

Les Chaldéens grands amateurs d’astronomie, attribuaient son invention à Bélus. Ils avaient des notions assez précises sur la nature de notre globe ; ils croyaient qu’on pourrait en faire le tour dans l’espace d’une année, en marchant continuellement.

Les comètes, selon eux, étaient des étoiles errantes. Ils savaient prédire les éclipses et les expliquaient assez mal ; la lune était obscure sur l’une de ses moitiés et lumineuse sur l’autre. Cependant, d’après Diodore de Sicile, les Chaldéens n’ignoraient pas que la cause des éclipses de lune est due au passage de notre satellite dans l’ombre projetée par la terre, et qu’il empruntait sa lumière au soleil. Ils connaissaient aussi la période de Saros ; ils savaient qu’après 18 années le soleil revient dans la conjonction ou dans l’opposition, à la même distance des nœuds de l’orbite lunaire à laquelle il se trouvait au commencement de cette période ; que dès lors, les éclipses reparaissaient après 18 ans, aux mêmes jours de l’année, dans le même ordre et offrant les mêmes circonstances physiques.

Quoi qu’il en soit de la priorité des Égyptiens et des Hindous dans l’étude de l’astronomie, il est certain que cette science commença sérieusement chez eux, et que c’est là que les Grecs en puisèrent les principes.

En de nos savants les plus illustres, M. Biot, enlevé à l’Académie il y a plus de deux ans, à l’âge de quatre-vingt-huit ans, s’est distingué par ses travaux sur l’astronomie ancienne. Les nombreux mémoires qu’il a publiés méritent certainement d’attirer l’attention des savants et des chronologistes.

Alcée (Hercule) introduisit en Grèce la sphère originaire de l’Asie, 14 siècles à peu près avant J.-C. Hésiode modifia cette sphère, en formant l’année de 12 mois de 30 jours, avec une intercalation tous les 2 ans. Solon fit adopter à Athènes l’usage des mois de 29 et de 30 jours.

Ce fut en Égypte que Thalès de Milet, ville d’Ionie, né vers 640 avant J.-C, et le premier des sept sages de la Grèce, alla étudier pour rapporter dans sa patrie les connaissances qu’il avait acquises. Il chercha les hauteurs des objets par la mesure des ombres qu’ils projettent. Il prédit les éclipses, détermina les solstices et fit des tentatives pour trouver le rapport du diamètre du soleil à celui de la circonférence qu’il supposait décrite par cet astre autour de la terre. Sous le roi Alyatte II, en 609, eut lieu une éclipse que Thaïes avait prédite ; elle termina la guerre des Lydiens contre les Mèdes. Ce philosophe recherchait la semence de l’univers ; il admit l’eau comme l’élément générateur. D’après Aristote, Diogène Laërce, etc., Thalès était loin d’être matérialiste : le mouvement avait sa source dans une force vivante, divinité invisible. Seulement, il généralisait trop l’idée de l’âme ; il supposait que l’aimant en possédait une ainsi que l’ambre jaune, qui, comme on sait, possède la propriété d’attirer certains corps légers lorsqu’on l’a électrisé par le frottement.

Anaximandre passe pour être le disciple de Thalès (d’après Eusèbe) ; comme lui, il était de Milet, où il naquit vers l’an 607 avant J.-C. Il vécut moins vieux que son maître, car il ne dépassa guère l’âge de soixante-quatre ans. On lit dans Diogène Laërce qu’Anaximandre apprit à dresser des cartes géographiques, à faire des cadrans solaires et à construire des sphères. Il croyait à la sphéricité de la terre et la plaçait au centre du monde ; il savait aussi que la lune emprunte sa lumière du soleil, ce dernier astre étant un feu très pur dont la grosseur équivalait à celle de la terre. De plus, ce philosophe aurait inventé des instruments pour mesurer les époques des solstices et des équinoxes. D’après ses idées cosmogoniques, le principe de toutes choses était l’infini, inaltérable dans son essence, mais se transformant en une série de variations, sans changement dans les lois primordiales. Pour Anaximandre, le mouvement était éternel et une propriété inhérente au chaos originel ; c’était la cause de l’assemblage des substances homogènes et de la désagrégation des substances hétérogènes. Cette suite lente de modifications marqua plusieurs âges de la terre, celui entre autres de l’apparition des animaux tels que nous les connaissons. Ces combinaisons successives sont, au fond, le principe de révolution appliqué à la matière universelle.

Parmi les philosophes qui ont illustré l’école d’Ionie, nous citerons encore Anaximène de Milet, dont la naissance est reportée à l’année 550 avant J.-C. La terre était supportée par l’air, et autour d’elle tournaient les cieux solides. Le principe de la cosmogonie d’Anaximène était l’air, qu’il douait de l’éternité, de l’immensité et de l’infinité. C’est-à-dire que, pour lui, l’air remplissait les espaces célestes exclusivement à tout autre agent, qu’il possédait le mouvement éternel, et qu’à lui seul il constituait l’essence de toutes choses. Les condensations et les dilatations de l’air, occasionnées par le mouvement, engendraient des phénomènes dont le résultat était la production du feu, de l’eau et de la terre, sans que l’élément primitif, l’air, éprouvât d’altération dans sa nature intime.

Pour compléter l’ensemble des doctrines de l’école Ionienne, nous sommes forcés de dire quelques mots d’un philosophe qui se rendit célèbre par des conceptions d’un ordre plus élevé que toutes celles de ses prédécesseurs. Nous voulons parler d’Anaxagore, natif de Clazomène, qui vivait l’an 500 avant J.-C. Au lieu de ne voir qu’une seule cause matérielle, ce penseur admettait deux principes immuables, l’un matériel et l’autre spirituel ou intelligent, supérieur au premier, et organisateur du monde physique. Il y a loin de ces idées à celles de l’organisation fatale d’Anaximène, se passant d’une intelligence suprême, en douant l’air, son élément constitutif, d’un mouvement nécessaire, cause de toutes les transformations possibles.

« Thales avait ouvert en Grèce la série des philosophes dont le système cosmogonique devait reposer sur un principe unique, admis comme élément primordial, et donnant naissance, par ses développements ultérieurs, à tout cet univers. Dans cette voie marchaient Phérécyde, Anaximène, Diogène d’Apollonie, Héraclite. Anaximandre, au contraire, vint poser la base de ce système que devait un jour, sauf quelques modifications, reproduire et développer Anaxagore, et qui consiste à expliquer la formation des choses par l’existence complexe et simultanée de principes tous contemporains les uns des autres, et constituant primitivement, par leur confus assemblage, ce chaos que le philosophe de Clazomène a si lucidement caractérisé par son Πάνταδμου. Tel est le point de départ dans la cosmogonie d’Anaximandre, laquelle constitue une sorte de panthéisme matérialiste. Eusèbe et Plutarque lui reprochent d’avoir omis la cause efficiente. C’était à Anaxagore qu’il était réservé de concevoir philosophiquement un être distinctif de la matière et supérieur à elle, une intelligence motrice et ordonnatrice. »

Pythagore