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Ce volume contient le texte exact et sur des discours les plus importants prononcés par
Léon Blum depuis le mois de mai 1936. Chaque discours de Léon Blum recèle un effort de totale sincérité. Le travail d’analyse accompli pour définir et approfondir le sujet traité est clairement, complètement retracé. Les réactions de Léon Blum devant chaque problème, les réponses que lui ont dictées sa raison et sa sensibilité, sont ensuite exposées avec la même franchise. Enfin la solution choisie est, nettement affirmée, elle est courageusement développée jusqu’à ses dernières conséquences. L’ensemble des discours prononcés pendant cette période, fait donc, apparaître comment Léon Blum a affronté cette épreuve de « l’exercice du pouvoir » devant laquelle l’avaient placé les circonstances, comment il a su en triompher et en sortir grandi.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Léon Blum, né le 9 avril 1872 à Paris et mort le 30 mars 1950 à Jouy-en-Josas (alors en Seine-et-Oise), est un homme d'État français. Figure du socialisme, il refuse en 1920 de voter l'adhésion à la Troisième Internationale communiste. Dirigeant de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), il est président du Conseil de juin 1936 à juin 1937 et de mars à avril 1938, puis président du Gouvernement provisoire de la République française de décembre 1946 à janvier 1947. Après la victoire de la coalition du Front populaire aux élections législatives de 1936, il forme un gouvernement comprenant plusieurs femmes. Il conduit d’importantes réformes socialistes (congés payés, réduction du temps de travail, etc.) ; en raison de l’hostilité des radicaux, il ne vient pas militairement en aide aux républicains espagnols, ce qui conduit le Parti communiste à lui retirer son soutien. Il redevient président du Conseil l’année suivante, mais pour seulement un mois. Lors de l'occupation de la France par les armées du Troisième Reich, il est emprisonné par le régime de Vichy, traduit en justice lors d'une parodie de procès à Riom en 1942, puis déporté à Buchenwald. Libéré en 1945, il devient ensuite président du Gouvernement provisoire de la République française et prépare aux institutions de la IVe République.
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Seitenzahl: 462
Veröffentlichungsjahr: 2021
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L’EXERCICE DU POUVOIR
LÉON BLUM
DISCOURS PRONONCÉS DE MAI 1936 A JANVIER 1937
GALLIMARD
Paris – Rue de Beaune
L’édition originale de cet ouvrage est tirée à cent dix exemplaires sur alfa des papeteries Lafuma, dont : quatre-vingts exemplaires numérotes de 1 à 80 et trente exemplaires hors commerce numérotés de 81 à 110.
AVANT-PROPOS
Ce volume contient le texte exact et sur1 des discours les plus importants prononcés par Léon Blum depuis le mois de mai 1936.
Il s’agit d’une période trop proche, trop présente à toutes les mémoires, pour qu’aucun commentaire soit nécessaire. On nous permettra cependant, en quelques mots, de justifier le titre de ce livre et d’en expliquer le plan.
Chaque discours de Léon Blum recèle un effort de totale sincérité. Le travail d’analyse accompli pour définir et approfondir le sujet traité est clairement, complètement retracé. Les réactions de Léon Blum devant chaque problème, les réponses que lui ont dictées sa raison et sa sensibilité, sont ensuite exposées avec la même franchise. Enfin la solution choisie est, nettement affirmée, elle est courageusement développée jusqu’à ses dernières conséquences.
L’ensemble des discours prononcés pendant cette période, fait donc, apparaître comment Léon Blum a affronté cette épreuve de « l’exercice du pouvoir » devant laquelle l’avaient placé les circonstances, comment il a su en triompher et en sortir grandi.
Plutôt que de suivre un ordre strictement chronologique, il nous a paru préférable de répartir ces discours, d’après les sujets qu’ils traitaient, en quelques grands groupes généraux. Nous pensons que la lecture de ce volume sera rendue ainsi plus aisée et plus vivante.
La division est évidemment quelque peu artificielle : tout d’abord parce que plusieurs discours traitent des sujets extrêmement larges ; et ensuite parce que, par leur essence même, tous les sujets sont solidaires, tous les problèmes réagissent les uns sur les autres.
On peut cependant définir divers groupes, ce qui revient en somme à passer en revue rapidement les grands ordres de préoccupations que le ministère Léon Blum a rencontrées depuis son arrivée au pouvoir :
1° Nous avons réuni dans une première partie les discours qui concernent la campagne électorale et sa conclusion, la formation et te programme du Gouvernement de Front Populaire à direction socialiste.
2° Avant même de se présenter devant les Chambres, ce gouvernement s’est trouvé aux prises avec de graves conflits sociaux. La deuxième partie récapitule tout le travail accompli pour apaiser et résoudre ces conflits, depuis les premiers accords de juin jusqu’aux récents débats de la loi sur l’arbitrage obligatoire.
3° Dès le mois de mai, Léon Blum a défini là position du gouvernement dans le domaine de là politique extérieure. Il a mis en pratique, au pouvoir, les idées qu’il avait toujours soutenues : paix, sécurité collective, alliance sincère et résolue des démocraties mondiales.
4° Un problème grave, imprévu et douloureux s’est posé dès juillet, à la suite de la guerre civile espagnole. Léon Blum a prononcé à ce sujet quelques discours parmi les plus émouvants et les plus courageux de sa carrière.
5° Les problèmes financiers, l’emprunt, l’alignement monétaire, ont été à leur tour des sujets de préoccupations et nous avons groupé dans la cinquième partie les discours qui s’y rapportent.
6° Après avoir confondu les calomniateurs de Roger Salengro, Léon Blum a dû lui adresser un dernier adieu, au lendemain de sa fin tragique. Ces discours sont groupés dans la sixième partie, avec ceux prononcés pour défendre le projet de loi sur la presse, pour rendre impossibles à l’avenir les campagnes de fausses nouvelles et les attaques injurieuses.
7° A travers toutes ces épreuves, la cohésion du Front Populaire, le contact intime et compréhensif entre le gouvernement, les partis et le pays, n’ont cessé de se maintenir et de se développer. Nous avons groupé dans une dernière partie les discours qui marquent l’œuvre accomplie par Léon Blum pour renforcer cette cohésion et ce contact.
Robert Blum.
Mars 1937.
1La plupart de ces, discours n’avaient pas été rédigés ; les textes de ce recueil reproduisent les sténographies.
I - ÉLECTIONS DE MAI 1936 - FORMATION ET PROGRAMME DU GOUVERNEMENT
Programme électoral du Parti Socialiste, radiodiffusé (21 avril - Narbonne)
Pendant la campagne électorale d’avril 1936, chaque parti utilisa à tour de rôle la radiodiffusion pour exposer son programme. A Narbonne, le 21 avril, quelques jours avant le premier tour de scrutin, Léon Blum prit la parole devant le micro au nom du Parti Socialiste :
Citoyens,
Au moment où je prends la parole au nom du Parti socialiste, vous me pardonnerez un petit mouvement de fierté... collective. Si, pour la première fois, la radiodiffusion a cessé d’être le privilège des gouvernements ou des partis gouvernementaux, si, pour la première fois, l’usage égal . en est assuré à tous, à nos adversaires comme à nous-mêmes, c’est à nous, socialistes, que vous le devez. C’est nous, socialistes, qui avons réclamé, sans nous lasser, cette mesure d’équité distributive. C’est nous qui, par une insistance cordiale, mais pressante, avons fini par l’obtenir du gouvernement actuel.
Je vous demande donc d’écouter le Parti socialiste qui vous a permis d’entendre tous les autres. Il s’adresse à vous, chaque jour, dans des centaines de réunions publiques où jamais l’affluence n’a été si nombreuse, où jamais l’attention n’a été si grave, si scrupuleuse. Mais peut-être pourrai-je toucher ici, ce soir, des hommes de bonne foi que nos réunions n’avaient pas attirés. Je leur tiendrai . le même langage, car aujourd’hui, les préoccupations de tous les hommes sont les mêmes. La campagne électorale est paisible, assurément, mais cette tranquillité ne recouvre ni l’indifférence ni l’apathie. On le voit bien à l’expression des visages, et je voudrais le sentir en ce moment, en rencontrant vos regards : le calme, le sang-froid, la maîtrise de soi-même recèlent une inquiétude profonde. Le peuple français s’attache avec une sollicitude inquiète aux difficultés de l’heure présente, et s’il reste calmé, c’est parce qu’il entend en décider lui-même, parce qu’il entend rester maître de son propre destin.
Pourquoi nous dissimulerions-nous les uns aux autres que la plus pénétrante de ces inquiétudes porte sur l’état de l’Europe. Vous le savez mieux que nous. Quand la question de la paix et de la guerre se pose devant les esprits, elle relègue derrière elle toutes les autres, parce qu’elle contient d’ailleurs toutes les autres.
Le problème de la vie humaine domine Je problème du pain quotidien. Or, il est vrai que, depuis plus d’un an, les nuages s’amoncellent sur l’Europe. L’Allemagne hitlérienne a réarmé. Le Japon affronte la Russie soviétique en Mongolie. Mussolini a envahi l’Éthiopie. Au commencement du mois dernier, vous avez entendu le grondement du tonnerre sortir des nuages noirs. C’était le Diktat de Hitler, la répudiation du traité de Locarno, le passage du Rhin par l’armée allemande. Comment e pays ne se serait-il pas ému ? Rien de plus naturel que cette émotion... Mais ce qui est assurément moins naturel et moins légitime, c’est de Voir la réaction — la réaction désemparée et qui se sent vaincue d’avance — attirer à elle cette émotion et chercher à l’exploiter à son profit.
Car on vous présente aujourd’hui, chers citoyens, un monstrueux paradoxe. Il y a dans ce pays des hommes qui se qualifient eux-mêmes de nationaux comme s’ils détenaient le monopole du patriotisme et que nous appelons, nous, nationalistes, des hommes qui, par profession, exaltent la passion et l’orgueil chauvins, qui réclament sans Cesse de nouveaux armements, qui chantent la guerre comme l’école nécessaire des vertus et des sacrifices héroïques. Tout à coup, ces hommes sont devenus les champions, les parangons de la paix. Et par le même tour de passe-passe, nous, socialistes, qui n’avons jamais cessé de prêcher la paix, nous, qu’on traitait de pacifistes bêlants quand on était poli, de traîtres ou de déments quand on ne l’était pas, nous qu’on accusait de désarmer et de livrer notre pays, voilà que les nationalistes d’hier nous dénoncent aujourd’hui comme des bellicistes ; voilà qu’ils nous accusent de pousser à la guerre, d’attiser les dangers de guerre qui menacent notre pays.
Citoyens, des mensonges aussi impudents n’outragent que vous, puisqu’on vous suppose assez ignorants ou assez naïfs pour en être dupes. Ai-je besoin de vous rappeler la position traditionnelle du socialisme contre là guerre ? Socialisme et guerre sont deux termes contradictoires, Le socialisme incarne la lutte contre la guerre, incarne la volonté d’extirper les racines mêmes de la guerre du terreau humain. Le socialisme se refuse à croire à la fatalité de la guerre. Il n’est pas vrai,citoyens, que la guerre, vieille comme l’homme, doive durer autant que la race humaine. Ce qui est vrai, c’est que les dangers de guerre dureront aussi longtemps que les vains prestiges de la gloire militaire continueront à exercer une fascination funeste sur les imaginations, aussi longtemps que les régimes de dictature chercheront dans les conquêtes du les revanches une diversion à la misère de leurs peuples asservis, aussi longtemps qu’un mauvais régime social suscitera l’antagonisme des intérêts entre les nations, comme entre les classes et entre les individus, aussi longtemps que les États, tout en protestant à l’envi de leur amour de la paix, entretiendront contre les autres États des instruments d’agression de plus en plus savants et de plus en plus meurtriers. Mais la raison d’être du socialisme est précisément de s’attaquer à toutes ces causes de guerre. Le jour où le socialisme aurait triomphé dans toutes les grandes nations, la guerre deviendrait, non seulement impossible, mais inconcevable. J’ajoute qu’elle serait déjà bien difficile à concevoir si, dans tous les États de l’Europe et du monde régnait la démocratie, si, partout, les peuples étaient maîtres de leurs volontés.
Dans le monde actuel, les dangers de guerre subsistent, je le sais. Mais, tant qu’ils subsisteront, chers citoyens, quel autre moyen voyez-vous d’éviter la guerre que ce qu’on a appelé l’organisation de la paix ? Organiser la paix, c’est fédérer toutes les nations sous l’empire d’une loi commune ; c’est soumettre à la justice, au lieu de le remettre à la force, le règlement des conflits qui peuvent les opposer ; c’est assurer, par l’assistance mutuelle, le respect de la loi et l’autorité des sentences ; c’est garantir la sécurité individuelle de chaque État par la sécurité collective, en faisant peser d’avance sur l’agresseur le poids de la communauté internationale tout entière ; c’est fournir aux règles de l’arbitrage et de l’assistance la caution et la sanction suprême du Désarmement qui ne permettrait plus à aucune puissance de se rebeller contre la loi commune. Or, vous ne pouvez l’avoir oublié, nous socialistes, nous n’avons jamais cessé de travailler à l’organisation de la paix, nous avons toujours lutté pour la paix réelle, la paix garantie, la paix indivisible, la paix désarmée.
Mais quand donc, nous, les pacifistes bêlants, sommes-nous devenus soudain les ennemis de la Paix ? Le jour où les principes de l’organisation de la Paix sont venus contrarier les desseins monstrueux d’un dictateur fasciste ; Ce jour-là, vous avez vu se dresser tous les fascistes de France, Vous les avez entendus répéter : « Les sanctions, c’est la guerre ! La S.D.N. c’est la guerre ! Le socialisme, c’est la guerre ! » Eh bien, non ! Le socialisme, c’est la paix. La S.D.N., c’est la paix, ou du moins le maximum de paix que puisse offrir un monde qui n’a pas rejeté la loi capitaliste. Les sanctions, c’est-à-dire l’application de la justice internationale à l’agresseur, c’est la paix, ou du moins le maximum de paix que puisse contenir un monde qui n’a pas désarmé.
Si le socialisme avait été entendu, la guerre d’Éthiopie ne se serait pas engagée, ou aurait été arrêtée. Le front de la S.D.N. aurait été maintenu intact. L’entente de l’Angleterre, de la Russie soviétique et de la France aurait rassemblé tous les États autour des principes de la sécurité collective. La première application de la loi internationale, imposée à l’agresseur italien par une S.D.N, unie et énergique, aurait fait reculer le dictateur allemand. Si le socialisme avait été entendu, d’ailleurs, le dictateur allemand ne ferait pas peser sur l’Europe la menace de ses armes, l’Allemagne hitlérienne n’aurait pas pu réarmer. La Conférence du désarmement aurait abouti avec, sans ou contre Hitler, Une convention générale de réduction progressive des armements, de contrôle, d’interdiction des fabrications privées de guerre, aurait englobé, bon gré mal gré, l’Allemagne hitlérienne. Elle était encore désarmée, et les moyens de contrainte pacifique étaient encore efficaces, Si le socialisme avait été entendu» les procédés de contrainte internationale resteraient toujours pacifiques, car le désarmement progressif les aurait purgés de tous les résidus de guerre qu’ils peuvent encore receler.
Voilà dans quel sens a toujours agi le socialisme. D’ailleurs, vous avez pu suivre son action quotidienne depuis le Diktat hitlérien, Vous savez qu’elle s’est exercée, et non sans succès, pour orienter le conflit dans le sens de la négociation internationale, c’est-à-dire pour l’aiguiller sur une voie qui ne pouvait pas conduire à la guerre. Vous avez vu que tout notre effort tendait à tirer du danger de guerre un moyen de consolider l’organisation de la paix. Voilà l’œuvre des bellicistes que nous sommes. Dites-nous maintenant qui a le plus exactement compris l’inquiétude du pays ? Dites-nous qui est le mieux en état d’y répondre ? Dites-nous qui est le mieux en mesure de la soulager ?
⁂
Mais je vois bien que cette inquiétude n’est pas la seule et que d’autres préoccupations pèsent lourdement sur vos esprits. Vous sentez tous que la liberté française est menacée comme la paix européenne. Qui aurait dit cela il y a quatre ans, pendant la dernière campagne électorale ? Qui aurait pu attendre raisonnablement que la France, que la terre classique de la liberté, pût être gagnée par la contagion fasciste, qu’elle fût menacée de subir à son tour le sort des peuples asservis et torturés qui l’avoisinent ? Les « vieilles idoles » de la Liberté sont cependant restées pour nous les lois humaines, En France, la liberté n’est pas seulement le bien du peuple : elle est son œuvre. C’est lui qui l’a conquise au prix d’un siècle et demi de sacrifices sanglants. Et ce qu’il a conquis, le peuple français, c’est-à-dire vous, chers citoyens, est bien résolu à le défendre.
Ici encore, le Parti Socialiste a fait ses preuves, et il peut en appeler à vous avec confiance, Il ne s’est pas mépris sur le danger. Il n’a jamais hésité, jamais fléchi, jamais pactisé dans la. lutte. Il a rejeté, comme il rejette encore, toute compromission avec les émeutiers fascistes. Il s’est toujours refusé à participer aux combinaisons directes d’Union Nationale ou de Trêve, qui dissimulent, en réalité, l’esprit de connivence ou, dans la meilleure hypothèse, l’esprit de faiblesse vis-à-vis des adversaires de la liberté. Rappelez-vous, chers citoyens, l’attitude de notre Parti aux heures critiques, Le 6 Février, nous avons ranimé la flamme républicaine dans une Chambre déjà battue par l’émeute. Le 7, nous avons offert notre concours pour toutes les formes de la résistance. Quelques jours se passent et c’est notre initiative, jointe à celle de la C.G.T., qui a permis la grande journée réparatrice et salvatrice du 12 Février 1934. Vient l’automne de 1934 ; c’est nous qui avons dénoncé la tentative de fascisme larvé de MM. Doumergue et Tardieu, c’est nous qui avons sonné l’alarme et réveillé les consciences républicaines. Il y a quelques semaines encore, c’est nous qui menions à la tribune, dans la presse, dans le pays, l’attaque contre le cabinet Laval, c’est nous qui avons convaincu son chef de complicité avec le fascisme du dedans et du dehors, c’est nous qui l’avons jeté à bas du pouvoir. J’ai le droit de dire que, par nôtre attitude au 6 et au 12 février 1934, par nos initiatives dans les moments difficiles qui ont suivi l’émeute, nous avons lancé et popularisé en France les idées ou les sentiments d’où sont issus, d’une part l’Unité d’Action prolétarienne, d’autre part le Front Populaire Républicain.
Nous avons fait reculer la vague d’assaut fasciste. Vous savez bien cependant que la menace n’a pas disparu, que le calme présent est précaire ou fallacieux. Notre effort commun a refoulé le fascisme, il ne l’a pas éliminé. Les ligues paramilitaires du fascisme ne sont pas dissoutes. Elles continuent à recruter et à s’armer dans l’ombre. Que préparent-elles pour le lendemain de la victoire certaine du Front populaire ? Tenteront-elles un coup de force ? Escomptent-elles l’effet de la panique déchaînée par le grand capitalisme bancaire et boursier ? Fiers de nos états de services, nous rappelons à tous les démocrates de ce pays qu’ils peuvent se fier à nous pour faire prévaloir contre toutes les résistances, quelle qu’en soit la forme, la volonté du suffrage universel. Nous ne vous manquerons pas plus que vous ne vous manquerez à vous-mêmes. Contre l’élan d’enthousiasme démocratique qui, pour une si large part, est notre œuvre, le fascisme viendra de nouveau se briser.
Cependant, nous le savons bien, ni les dangers courus par la paix, ni les périls courus par la liberté, ne peuvent faire oublier au peuple de ce pays ses misères et ses souffrances. La crise économique sévit. Tandis qu’elle s’atténue dans d’autres pays, en France elle paraît redoubler ses ravages. Nous le savons. Nous vous avons d’ailleurs toujours répété, chers citoyens, nous avons toujours averti les masses populaires, que la guerre et le fascisme trouvaient leur élément et leur aliment dans la misère des peuples, que toute action défensive contre le fascisme et la guerre se prolonge donc nécessairement, pour être pleinement efficace, en une action offensive contre la crise. Action offensive contre la crise, contre ses effets les plus iniques et les plus cruels ? Sur ce terrain encore, le socialisme a vu clair. Ici encore, chers citoyens, nous pouvons nous targuer d’avoir apporté les idées fécondes, les projets efficaces. Ici encore, nous avons le droit de vous répéter ; « C’est le socialisme qui peut apporter un soulagement à vos angoisses. Ayez confiance en nous... »
Tout le monde, je crois bien, s’accorde aujourd’hui pour définir les caractères essentiels de la crise » Ainsi qu’il advient périodiquement en régime capitaliste, l’équilibre est rompu entre la production et la consommation. Le monde est incapable de consommer tout ce qu’il est capable de produire. La quantité de richesses que l’appareil producteur est en état de créer surpasse la quantité de moyens d’achat qui permettraient à la consommation de les absorber. Cela posé d’un commun accord, il ne vous échappe pas, chers citoyens, que pour parer aux effets de la crise, deux systèmes sont concevables : ou bien diminuer la production pour l’abaisser au niveau d’une consommation réduite ; ou bien accroître la consommation pour la rehausser au niveau de la production normale.
Le premier système s’appelle la déflation. On l’a pratiqué depuis quatre ans, sous vos yeux et à vos dépens, avec une rigueur croissante. Chaque tentative échouait à son tour. Mais on ne renonçait pas pour si peu au système. On ne se disait pas :le remède est un poison. On se disait : la dose est insuffisante. Et on l’administrait par quantités encore plus massives.
La déflation, cela signifiait mettre à la raison une production dévergondée. Cela signifiait cesser les investissements, couper les crédits, diminuer le nombre des entreprises par la faillite et le nombre des travailleurs par le chômage. Cela signifiait comprimer les prix de revient privés et publics, c’est-à-dire réduire les salaires, les traitements, les pensions, les allocations de toute nature. Cela signifiait « résorber les excédents » et « assainir les marchés », c’est-à-dire détruire des outillages, des stocks, des récoltes, interdire des emblavements et des plantations. Cela signifiait « réduire le train de maison de l’État c’est-à-dire supprimer ou comprimer à l’extrême limite tous les crédits budgétaires productifs : construction de routes ou d’écoles, subventions de toute nature aux départements et aux communes, dépenses d’assistance. La pénitence était dure, mais on vous affirmait
qu’après la pénitence, le jeu nécessaire des lois économiques ramènerait la prospérité ; on vous affirmait que la réparation économique serait le produit naturel d’un équilibre budgétaire rétabli sur le papier à coups de crayon, de grattoir ou de décrets-lois.
Nous n’avons pas plus hésité, pas plus transigé, vis-à-vis de la déflation que vis-à-vis du fascisme. Nous l’avons combattue dès le premier jour. Déjà, dans notre programme électoral de 1932, nous la dénoncions comme absurde et comme funeste. Nous professions, nous, le second système. Nous affirmions qu’il fallait, non pas restreindre la production, mais accroître la consommation générale. L’autorité de l’État, nous voulions l’employer, non pas à détruire et à interdire, non pas à rationner et à borner, mais à créer et à stimuler. Nous voulions qu’elle s’appliquât à tous les centres nerveux de la vie économique pour en ranimer et en surexciter l’activité. Voilà dans quel esprit nous avons conçu le programme « constructif » qui reste le nôtre, que tous nos candidats ont développé devant vous et qui tend, essentiellement, à accroître dans le pays l’ensemble des revenus consommables : masse des salaires, masse des revenus agricoles, masse des profits commerciaux. Tous les projets positifs que nous avons déposés devant la Chambre, concourent à ce même objet, qu’ils tendent à la réduction de la journée de travail avec salaire égal, à la mise en train d’un ample plan de travaux financé par l’épargne locale, à la détente fiscale, à la prise en charge des denrées agricoles essentielles par des Offices publics et professionnels qui en revaloriseraient les cours, à la nationalisation du crédit, des industries-clés et des monopoles capitalistes. Partout nous voulions — et nous voulons encore — réinsuffler la vie dans le corps économique blessé par la crise et anémié par la déflation. Nous ajoutions — nous ajoutons encore — que le retour à une activité normale, résoudrait de lui-même le problème budgétaire, puisque le déficit n’est pas une des causes de la crise, mais l’une de ses incidences ou l’une de ses manifestations.
Aucun de vous ne l’ignore plus, chers citoyens. Les faits ont décidé entre nos contradicteurs et nous. Il n’y a plus qu’à s’incliner devant leur arrêt souverain, La déflation poursuivie en France avec une obstination de plus en plus sévère a subi, en France comme partout ailleurs, un échec total, La misère va croissant. Ni le nombre des chômeurs, ni le nombre des faillites n’a diminué. Le commerce et l’industrie s’enlisent dans le même marasme, Les cours agricoles se sont légèrement relevés, — par une coïncidence assurément fortuite avec la période électorale — mais cette hausse tardive et précaire ne profite plus au, producteur. Quant au budget, les compressions de crédits ont été constamment dépassées par les moins-values de recettes. Après quinze lois ou décrets-lois de déflation, le budget de 1935 se boucle par un déficit de 7 à 8 milliards, Le budget en cours, celui de 1936, recèle un déficit au moins égal, que masquent seuls des artifices comptables. Cette fois encore, nous avons donc le droit de vous répéter : « Nous avions vu clair, Nous avons eu raison. Faites-nous confiance et venez à nous. Nous avons le droit de revendiquer devant vous deux mérites : la clairvoyance et la constance avec nous-mêmes. Nous lie nous sommes pas trompés et nous n’avons pas changé... Quand tant de choses, tant d’hommes, tant de partis changeaient autour de nous, nous sommes restés invariables dans notre ligne, dans la ligne que nous traçait la projection de notre doctrine sur la réalité, C’est dans cette voie que nous Vous demandons encore aujourd’hui de nous suivre, forts de l’épreuve des faits et de l’accablante justification qu’elle nous apporte... »
Il y a une objection que je crois deviner dans votre pensée. Si nous n’avons pas changé, si nous nous présentons toujours avec le même programme, si nous soutenons toujours les mêmes revendications, alors, c’est que nous n’avons rien fait depuis quatre ans... J’entends bien. Mais quand avons-nous eu le pouvoir ? Quand avons-nous été la majorité ? Quand avons-nous détenu la prépondérance et la direction dans une majorité de coalition ? Quand a-t-on fait appel à nous, après la chute des gouvernements radicaux, pour tenter à notre tour l’entreprise dans laquelle ils avaient échoué, c’est-à-dire pour entraîner les diverses fractions des gauches dans une action commune ? Quand donc avons-nous refusé de collaborer au gouvernement sur un programme qui fût simplement le programme radical ? En 1932, au congrès de Huyghens, non seulement nous n’avons pas refusé notre collaboration, mais nous l’avons offerte.
Ces souvenirs sont demeurés dans votre mémoire. Vous vous demandez, je le sais, — et cette appréhension vient compliquer les autres si cette fois encore, la victoire des gauches n’aboutira pas à une démonstration d’impuissance, l’impuissance à la déception, la déception à une revanche de la réaction vaincue, et par conséquent à la violation de la volonté exprimée par le suffrage universel. Sans revenir sur le passé, je puis vous répondre qu’aujourd’hui la situation est nette. Le Parti Socialiste vous réclame le pouvoir pour lui, comme c’est le droit et le devoir de tout parti politique, afin d’appliquer son propre programme. Si, comme on peut le supposer, ni lui ni aucun autre parti de gauche n’obtient à lui seul la majorité, il est prêt à entrer dans une majorité et dans un gouvernement de coalition ayant pour programme le programme commun du Rassemblement Populaire, Car voici en quoi la situation est nouvelle. Le Rassemblement Populaire existe. Son programme commun existe, portant la signature de tous les partis et de tous les groupements qui y participent. Ce programme n’est l’œuvre propre d’aucun parti, mais il contient les revendications positives qui leur sont communes à tous et qui les engagent tous. Aucun parti ne pourra plus dire : c’est trop, ou c’est trop peu. Aucun parti ne pourra plus accuser les autres de le placer devant des exigences ou des concessions impossibles. Le contrat existe, et pour notre part, nous resterons fidèles aux obligations qu’il formule ou qu’il implique. Nous ferons du programme commun la règle des désistements de second tour. Nous le considérons comme le critérium qui délimitera la majorité. Nous sommes prêts à l’appliquer au gouvernement, de concert avec les autres partis rassemblés dans le Front Populaire. Nous espérons ardemment que ces partis honoreront leur signature comme nous, Je ne yeux entrer à cet égard dans aucune controverse. Je vous parle ici pour mon Parti et je ne veux parler contre aucun autre, Je me borne à rappeler en m’en félicitant, que, dans le manifeste lancé par lui il y a quelques jours, le Parti Radical maintient en termes formels son adhésion au programme commun, accepte en fermes non moins formels l’engagement de prendre place dans le gouvernement qui aurait pour mandat de l’appliquer, La position officielle dû Parti Radical ne laisse place à aucune équivoque. Les vérifications individuelles sont du ressort des électeurs. Si chacun fait son devoir, la victoire ne sera pas perdue. Elle déterminera l’exécution d’un programme commun — qu’assurément nous jugeons incomplet et imparfait par rapport à notre programme socialiste — mais qui, du moins, tend à la pacification européenne, comporte une action énergique contre le fascisme, et qui, sur le plan économique, tout en prévoyant le soulagement des misères les plus criantes, constate la faillite de la déflation et exprime une volonté de lutte contre l’oligarchie bancaire et industrielle qui l’avait imposée.
⁂
Voilà, chers citoyens, le message que vous adresse le Parti Socialiste. Voilà dans quelle direction il conduit son action électorale. Mais vous vous doutez bien que sa propagande va plus loin, regarde plus loin. Il ne se borne pas à suggérer les mesures dont on peut escompter le bienfait dans le cadre de la société présente. Il essaie de faire sentir à tous les hommes de bonne foi que là cause de nos communes misères réside dans un mauvais système social. Il s’efforce d’ouvrir les intelligences et les consciences à la vérité. Il en puise les preuves à pleines mains dans le spectacle que vous offre aujourd’hui le monde, dans votre propre vie, dans votre épreuve de chaque jour. Car aujourd’hui, c’est la réalité elle-même qui, partout autour de vous, inscrit en lettres de feu la démonstration de notre doctrine.
Oui, nous parviendrons à vous convaincre non seulement que le Parti Socialiste avait raison, mais que le Socialisme a raison. Ne pressentez-vous pas, déjà, que la paix ne sera définitivement assurée que lorsque le socialisme international aura réconcilié les nations comme les classes et comme les hommes, que la liberté ne sera totalement conquise que quand le socialisme aura mis fin à l’exploitation de l’homme par l’homme, que l’ordre, la sécurité, le bien-être, ne régneront qu’après que le socialisme sera parvenu à faire profiter tous les hommes de la totalité des richesses que porte ou que produit l’univers ?
Le régime capitaliste est incapable d’accorder entre elles, et par conséquent de remplir, les fonctions nécessaires de toute la société humaine. Il est incapable de répartir entre les consommateurs la quantité toujours croissante de richesses que les progrès continus de la technique permettent de créer. Il est incapable de distribuer entre les travailleurs la quantité toujours décroissante de main-d’œuvre humaine que la production exige. Du progrès humain, qui devrait être une cause de bien-être et de joie, il fait une cause d’iniquité et de souffrance. Entre ses mains, la science, honneur de notre race, n’engendre plus que le gaspillage, l’avilissement, la destruction et la misère.
Un régime qui offense la raison, la moralité, qui contiendrait — je le dis pour les croyants — un outrage à la providence divine, ne saurait se survivre indéfiniment. Le socialisme lui, se refuse à mutiler les dons de la nature et les apports de l’intelligence. Il ne dira jamais ; « La terre est trop abondante ; l’esprit de l’homme est trop fécond ». Il n’acceptera jamais cette alternative barbare et sacrilège entre la nature et l’homme, entre la science et la vie. Il veut faire de la machine une servante, non une ennemie. Son objet est d’accroître sans cesse le rendement de l’appareil productif, de réduire sans cesse l’apport de travail humain qu’il emploie, de répartir selon les services et selon les besoins une quantité sans cesse accrue de richesses, d’augmenter sans cesse et le bien-être et le loisir. Sa devise est : étaler sur l’humanité entière les bienfaits collectifs de la nature et du progrès.
Je ne décris pas une terre d’Utopie, un paradis de rêve. Je décris une société dont tous les éléments existent, sont rassemblés sous vos mains et qu’il suffirait de votre volonté pour réaliser. Ai-je
pu vous le faire sentir ? Ai-je pu vous convaincre ou du moins vous toucher ? Alors, vous ne nous donnerez pas seulement vos voix, chers citoyens, vous nous donnerez votre appui fraternel dans l’œuvre la plus haute et la plus noble que des hommes puissent proposer aux hommes.
Exposé au conseil national S.F.I.O. de la situation au lendemain des élections (10 mai - Paris)
Il est inutile de rappeler ce que fût le résultat des élections. Quelques jours après le 10 mai le Parti Socialiste réunit un Conseil National (c’est-à-dire un congrès restreint, pouvant être convoqué plus rapidement), pour examiner la situation créée par les élections. A l’issue des débats, Léon Blum prononça te discours suivant :
Je voudrais d’abord suivant un usage que la présence d’hôtes aussi nombreux et aussi attentifs ne doit pas nous faire oublier, résumer les débats, tels qu’ils se sont déroulés depuis ce matin et indiquer à mon avis ce que sera la résolution qui vous sera soumise tout à l’heure.
Le premier sentiment que je veux exprimer c’est naturellement la joie, la joie de notre succès, la reconnaissance envers ces militants des fédérations à qui nous devons tant. Paul Faure, Lebas, tous les orateurs l’un après l’autre l’ont dit, et c’est le sentiment qu’à mon sens le Conseil National doit tout d’abord exprimer.
Il doit ensuite donner sa pensée à ceux de nos amis qu’un mauvais sort éloigne pour l’instant de notre groupe parlementaire et qui comprennent quelques-uns de nos camarades les plus aimés ou les plus utiles — et quand je dis « ou », cela né Veut pas dire que les deux épithètes s’opposent l’une a l’autre — les uns battus dès le premier tour dans des conditions souvent cruelles que je ne Veux pas rappeler à l’heure présente et les autres qui se sont effacés au second tour pour rester fidèles à la discipline et aux engagements de leur Parti. J’ai déjà vu quelques-uns d’entre eux, nous en avons entendu ce matin à cette tribune. Graziani présidait notre première séance et, chez tous, avec la même noblesse, avec la même fierté, avec le même sentiment de fidélité au Parti, c’est la joie de la victoire commune qui surpasse ce qu’ils pourraient Conserver au fond d’eux-mêmes de regrets et quelquefois de rancœur.
⁂
Maintenant, nous avons à examiner ensemble le devoir que ce succès nous impose. Comme l’a dit Paul Faure nous nous trouvons à la fois dans l’hypothèse prévue par nos plus anciennes décisions de congrès et par nos plus récentes résolutions de Parti, Nous avons d’une part à prendre place dans un gouvernement de Front populaire, et c’est à notre Parti que la volonté souveraine du suffrage universel en a remis la direction, et d’autre part, pour reprendre l’expression de nos décisions déjà anciennes, nous sommes l’élément prépondérant de toute majorité possible. Dans ces conditions, nous avons pu, Paul Faure, Séverac et moi-même, en restant pleinement fidèles aux résolutions que je rappelle, prendre l’initiative des déclarations que la C.A.P.2 unanime a déjà ratifiées, que vous aurez à approuver à votre tour et auxquelles un congrès devra donner sa ratification souveraine.
La situation nous impose une autre initiative. C’est à nous maintenant qu’il appartient de proposer aux autres partis et aux autres organisations rassemblées dans le Front populaire, de prendre place avec nous dans un gouvernement commun. Nous aurons donc, aucun doute ne peut selon moi subsister à cet égard, à faire appel au Parti Radical et j’ai tout lieu d’espérer qu’il répondra à cet appel, car il est, Je crois, déjà engagé par les déclarations faites officiellement en son nom au cours de la période électorale. Peut-être y aura-t-il quelques objections ou quelques rappels malicieux. Peut-être voudra-t-on dans certaines fractions du Parti Radical nous dire que l’on nous offre ce que nous avons offert nous-mêmes autrefois ; le soutien, et que l’on nous refuse ce que, paraît-il, nous avons nous-mêmes refusé autrefois, c’est-à-dire la participation. Je ne veux faire aucun rappel et, encore moins, entrer dans aucune polémique rétrospective ; je ne veux pas revenir sur un passé que vous connaissez tous, ni apporter ici des explications qui, pour vous, seraient entièrement superflues. Je n’ai même qu’une chose à dire : si la situation inverse s’était produite, si le suffrage universel avait attribué au Parti Radical un effectif plus nombreux de députés qu’au Parti Socialiste, je suis convaincu que, dans le Parti, il y aurait eu, à l’heure actuelle, une majorité certaine pour accepter la participation, Pourquoi ? Parce que le Front Populaire existe, parce que nous avons pris l’engagement, au nom de notre Parti, d’entrer dans un gouvernement qui se proposerait comme objet l’exécution du. programme du Front Populaire, et que si le Parti Radical avait été, comme nous n’avions pas le droit d’en douter, fidèle à cette condition primordiale, le Parti, lui, aurait été fidèle à cet engagement. C’est cet engagement que vous avez à lui rappeler aujourd’hui. Vous avez à le rappeler au Parti de l’Union Socialiste qui nous a presque répondu d’avance. Vous avez à le proposer à nouveau à nos camarades communistes.
Sur ce point, tous les orateurs qui se sont succédés à la tribune ont émis le même sentiment qui est, sans nul doute, le sentiment unanime de ce Conseil National. Naturellement, je connais, comme vous tous, les déclarations qui ont déjà été faites ; j’ai lu, comme vous tous, la lettre que le Parti Communiste nous a adressée et qui a paru dans l’Humanitédece matin, mais je reste convaincu néanmoins que ce Conseil National doit insister de la façon la plus pressante. Je crois qu’il doit faire valoir toute l’importance des faits nouveaux qui se sont produits depuis que préventivement, avant même les premier et second tours de scrutin, le Parti Communiste avait fait connaître ses intentions. Et ces faits nouveaux, ce n’est pas seulement l’importance d’un effectif parlementaire dépassant les prévisions les plus optimistes du Parti Communiste lui-même, c’est surtout et avant tout, selon moi, le fait que le gouvernement de Front Populaire, après le résultat des élections, est constitué non plus par le Parti Radical comme il était tout à fait naturel de le prévoir, il y a quelques semaines, mais par le Parti Socialiste, c’est-à-dire par le Parti auquel le Parti Communiste est lié, non seulement par le pacte de l’unité d’action, mais par l’espoir et la volonté de l’unité organique.
Et je ne puis m’empêcher de penser que dans là lettre qui a été adressée par le Parti Communiste, il y a, malgré tout, je ne dirai pas une contradiction,car le mot serait peut-être trop fort, mais il y à cependant quelque chose qu’il est malaisé de pleinement comprendre. Nos camarades communistes nous font savoir qu’ils restent résolus à ne pas entrer avec nous au gouvernement, et en même temps insistent pour la réalisation aussi rapide que possible de l’unité organique. Mais, est-ce que l’unité organique réalisée ne se traduirait pas au gouvernement comme ailleurs ? Est-ce qu’elle ne se traduirait pas tout d’abord au gouvernement ?
Et dans la réalité des choses, n’est-il pas évident qu’une divergence de position vis-à-vis du problème de l’exercice du pouvoir, quelque effort que nous puissions faire — et je sais que le Parti le fera, de tout son pouvoir, de toute sa sincérité, — ne peut malgré tout pas servir la constitution d’une unité organique. Je crois donc que nous devons insister auprès d’eux, comme chacun l’a dit, depuis le discours de Lebas, ce matin, jusqu’au discours de Marceau Pivert, qui m’a précédé immédiatement à la tribune.
Cet appel, je pense aussi, comme l’a dit Vielle après Zyromski et après d’autres, que nous devons l’adresser à la C.G.T. réunifiée et dont la réunification est le symbole même de l’unité. Le programme commun du Front populaire, la C.G.T. réunifiée l’a expressément fait sien dans son congrès de Mulhouse, et nous devons lui demander de nous aider, de s’associer à nous, pour en assurer l’exécution.
Je crois, par conséquent, que le Conseil National devra lancer cet appel, et quand je dis qu’il devra insister, vous pensez bien que ce n’est pas pour mettre dans l’embarras des amis, des compagnons de lutte avec lesquels, quoi qu’il arrive, quelles que soient leurs décisions finales, notre amitié devra rester aussi confiante et aussi étroite. Ce n’est pas pour les placer dans cette gêne, dans ce pas difficile, mais c’est parce que, en réalité, il n’appartient ni à eux, ni à nous, ni à personne, de rompre la solidarité que les circonstances mêmes ont établie aujourd’hui entre tous les partis du Front Populaire. Aucun de ces partis ne pourrait bénéficier de l’insuccès du gouvernement. Ce n’est pas eux qui tireraient le profit de notre échec, ce seraient nos adversaires communs.
Cela est vrai des communistes, comme cela est vrai. des radicaux, comme cela est vrai de tous les républicains sincères et courageux de ce pays, nous sommes bon gré mal gré, mêlés à la même bataille, nous sommes unis, comme on le dit dans la formule anglaise du mariage, pour la bonne ou pour la mauvaise fortune ; la fortune sera bonne pour tous ou mauvaise pour tous. Je crois moi, fermement, qu’elle sera bonne. Mais en tout cas, cette solidarité inévitable dans la bonne ou dans la mauvaise fortune, elle doit nous décider tous à lutter d’un même cœur pour le succès commun et par conséquent, elle doit tous nous réunir aujourd’hui dans l’action.
Sur les caractères généraux de cette action, vous me permettrez maintenant de m’expliquer, sans insister d’ailleurs sur aucun sujet, car pour vous, ce sera un rappel d’idées qui vous sont familières, que tous vous avez développées et soutenues et fait triompher au cours de la bataille électorale, Nous devrons naturellement défendre et développer les libertés démocratiques. Les élections ont eu ce premier caractère indéniable d’être la réponse du pays républicain au 6 février. Elles ont été la réponse et elles doivent être la réparation. Elles signifient premièrement et peut-être avant tout, si l’on veut les examiner dans leur ensemble, que les masses populaires de ce pays ne laisseront pas toucher aux libertés démocratiques qui sont leur bien et qui ont été leur œuvre.
Seulement, cette victoire une fois remportée, il faut en consolider les effets, il faut les rendre définitifs, il faut rendre la France invulnérable aux attaques du fascisme. Il faut la prémunir contre tout retour offensif des forces que nous avons arrêtées et sur lesquelles nous avons remporté la victoire, et cela est une tâche à elle seule plus étendue qu’on ne peut l’imaginer. Il faudra par exemple, faire circuler à nouveau l’esprit républicain dans toutes les hautes administrations de ce pays ; il faudra faire en sorte qu’un ensemble admirable de fonctionnaires dévoués corps et âme aux libertés publiques ait au sommet des chefs dignes d’eux. Il faudra en même temps accroître le rendement de l’administration publique, il faudra la rajeunir, il faudra l’adapter à des fonctions souvent presque entièrement nouvelles. Il faudra, en un mot, priver le fascisme de ses auxiliaires secrets et de ses moyens de propagande, en même temps que de ses armes.
Au dehors, nous aurons à réparer bien des dégâts, et à panser bien des blessures. Notre objectif, je crois que je peux le résumer en une courte phrase, ce sera de ranimer la confiance de l’Europe pacifique en elle-même ; ce sera de rendre à la Société des Nations sa cohésion matérielle et morale, ce sera de recréer cet esprit de solidarité internationale qui s’était reformé spontanément au mois de septembre dernier dans la joie et dans l’attente universelle ; ce sera de susciter à nouveau une espérance, une foi comme celle qui existait au premier jour de la Société des Nations, comme celle qui existait au temps du Protocole, et cette foi nous essaierons de la ranimer autour des deux idées indissolubles et de plus en plus étroitement fondues l’une dans l’autre, de l’assistance mutuelle efficace et du désarmement progressif.
Notre cher Bedouce, un de ceux qui rappellent parmi nous cette période héroïque de la propagande dont vous parlait ce matin Paul Faure, Bedouce me disait tout à l’heure : « C’est dans cette même salle qu’une assemblée du Parti Socialiste a donné son adhésion au principe de la Société des Nations. » Eh bien, nous essaierons, autour des deux idées de l’assistance efficace et du désarmement progressif, de recréer les sentiments de ce
temps-là, et nous essaierons de le faire, non pas par une espèce d’acte de volonté froide, délibérée, systématique, mais par la contagion d’un enthousiasme et d’une volonté que nous éprouvons tous.
⁂
Je veux maintenant insister un peu plus longuement sur un autre chapitre, sur les difficultés que nous allons rencontrer dans l’ordre financier et dans l’ordre monétaire. Nous allons nous heurter dès le départ, nous nous heurtons presque avant le départ, à des difficultés que je ne voudrais, devant vous, ni sous-estimer ni surestimer. Je ne veux pas les dramatiser. Des gênes financières, des crises monétaires, ce sont des phénomènes très importants en eux-mêmes et par leurs répercussions de tout ordre, mais tout le même c’est moins grave que la guerre ou la paix, c’est moins grave que le chômage, c’est moins grave que la misère, c’est moins grave que les bas salaires ; si important que cela soit, cela ne touche tout de même pas à la vie profonde d’un peuple.
Je tiens aussi à dire autre chose : c’est que tout gouvernement, quel qu’il fût, se présentant à l’heure actuelle devant le Parlement, prenant le pouvoir à l’heure actuelle, après des élections dont je suppose, par une hypothèse absurde, le résultat différent, tout autre gouvernement trouverait devant lui des difficultés sinon absolument égales, du moins exactement analogues. Il me serait trop aisé d’en fournir la preuve, et nous aurons assurément l’occasion de la fournir au pays.
Quel qu’eût été le résultat des élections, d’autre part, je crois bien que la crise de spéculation sur les changes se serait cependant produite, car il y a longtemps, voyez-vous, que les spéculateurs à la baissé du franc, que les pilleurs d’épaves, guettent le terme qu’ils s’étaient eux-mêmes fixés pour cette dévaluation à laquelle nous avons toujours été, à laquelle nous restons résolument hostiles, La spéculation, la menace de la dévaluation, attirent après elles tous les calculs égoïstes et vils de ceux qui veulent tirer leur épingle du jeu. L’égoïsme consiste dans le désir de se prémunir contre le sort commun que l’on redoute, et la vilenie, elle, consiste dans la rupture de cette solidarité qui devrait unir tous les membres d’une même nation contre les mêmes risques.
Mais enfin, malgré tout, depuis la victoire électorale du Front Populaire, un élément nouveau s’est ajouté ; il s’est créé, ou l’on a créé une alarme qui pourrait devenir une panique et là-dessus, je veux aussi m’expliquer devant vous et devant les journalistes qui nous écoutent.
Je ne veux pas chercher longuement les causes. Il est possible que, depuis les élections, certaines campagnes se soient produites ; je n’en sais rien. Mais avant et pendant la période électorale, vous savez en quels termes on a fait mener la bataille contre nous. On a dit, on a répété, on a affiché sur tous les murs, on a proclamé dans tous les tracts que l’on distribuait par millions, que le Front Populaire, ce serait la guerre civile, ce serait la guerre étrangère ; on a usé et abusé de l’exemple dénaturé de l’Espagne ; on a montré d’avance la France à feu et à sang, car ce n’était pas seulement le couteau entre les dents que l’on placardait, c’était la torche à la main. On vous a montré les foyers violés, le pillage, le rapt, et voilà le spectacle avec lequel on s’est efforcé d’épouvanter l’opinion.
Eh bien, quelle est donc la réalité ? La réalité, c’est que la France est une République, c’est qu’en République la loi suprême est la loi de la majorité exprimée par le suffrage universel ; c’est qu’un gouvernement de Front Populaire va accéder au pouvoir de la façon la plus normale, la plus légale, étant d’ailleurs l’expression de la majorité la plus forte et de la volonté populaire la plus claire qui se soit peut-être exprimée depuis que la République est fondée. Non seulement, nous accéderons au pouvoir de la façon la plus régulière et la plus légale, mais nous sommes mêmes allés jusqu’à respecter l’habitude, la tradition constitutionnelle.
Quelques-uns d’entre vous, comme notre camarade Durel — qui milite aujourd’hui dans la Fédération de Lot-et-Garonne après avoir été chassé de Tunisie — comme Marceau Pivert, ont exprimé l’appréhension que dans cette conjoncture nous ayons manqué de décision et d’audace et même peut-être, à leurs yeux, de prudence. Ils pensent que sans perdre un moment, nous aurions dû au lendemain du second tour de scrutin, exiger la constitution immédiate d’un gouvernement nouveau qui fût la représentation fidèle de la majorité, Ils pensent qu’en attendant le terme normal, nous avons laissé à nos adversaires le bénéfice d’un temps précieux, que nous avons remis ainsi entre leurs mains le moyen de dresser leur piège et de miner le sol sous nos pas.
Qu’ils me permettent de leur dire que les pièges. étaient tendus depuis longtemps, depuis plus longtemps qu’ils ne le croient, et que pour les travaux de sape on n’avait probablement pas attendu la dernière heure. Je comprends leurs craintes, je comprends surtout l’impatience très explicable des masses populaires, mais il y a quelque chose que je sais bien aussi, ou dont, tout au moins, je suis bien persuadé, c’est qu’en procédant autrement que nous ne l’avons fait, nous serions tombés alors dans le véritable piège ; et c’est celui que nous avons évité. Le pire danger était précisément que l’on fit flamber, en quelque sorte, le mouvement de panique qui commençait, par la démission forcée ou volontaire du gouvernement et qu’on nous plaçât devant l’obligation d’une prise de pouvoir inopinée et improvisée, au milieu du tumulte public déchaîné.
Je ne parle pas ainsi, je vous prie de le croire, par pusillanimité ; nous connaissons notre force ; mais la vraie force est patiente, elle sait rester maîtresse d’elle-même quand il le faut. Je crois donc que nous n’avons pas commis la faute ou l’erreur de jugement que l’on nous reproche, et je tiens à déclarer devant vous que, dans cette période assurément difficile, nous n’avons reculé et nous ne reculerons le cas échéant devant aucune responsabilité qui nous soit propre. Nous n’avons accepté et n’accepterons aucun partage d’autorité ou de responsabilité et nous n’aliénerons aucune parcelle de notre responsabilité. Nous n’avons donné, et d’ailleurs, il n’est que loyal de le reconnaître, on ne nous a demandé, aucun conseil, mais c’était notre intérêt, comme c’était notre devoir de continuer à calmer l’émotion publique et de faciliter l’effort loyal par lequel M. Albert Sarraut s’est efforcé de ménager une transition aussi aisée que possible entre les deux législatures et les deux gouvernements. Je manquerais à la bonne foi et à la probité si je ne faisais pas la déclaration que je viens de faire.
Mais alors je sais bien que vous pouvez me répondre : « Puisque nous avons été si sages, alors pourquoi l’émigration persiste-t-elle, pourquoi l’émigration des capitaux et quelquefois des capitalistes, pourquoi la saignée de l’or, pourquoi ces achats de devises étrangères, pourquoi, cette baisse sur les valeurs françaises ? »
En pressant de questions ceux qui nous parlent de ces alarmes publiques et de ces dangers, ils finissent par nous répondre : « Ah ! Si l’opinion est si troublée, si inquiète, c’est qu’elle ne sait rien de vos projets ; les ignorant, elle vous en prête bien entendu d’insensés, d’extravagants, de terribles. »
On ignore nos projets ! Nous avons pourtant fait ce qu’il fallait pour qu’on les connût. Nous venons de mener une campagne électorale, nous ne les avons dissimulés à personne. Dans des discours radiodiffusés, nous avons, les uns et les autres, Lebas, Vincent Auriol, Paul Faure et moi, essayé de les faire connaître à ceux que nos réunions publiques n’atteignaient pas. Mais enfin, puisqu’il paraît qu’il faut, sinon les énoncer, du moins les définir une fois de plus, eh bien, une fois de plus en effet, j’essaierai devant vous de dégager les idées communes à notre programme, au programme communiste, au programme radical, au plan de la C.G.T., au programme commun du Rassemblement Populaire.
Et ce sera par conséquent, puisque le gouvernement qui sera demain au pouvoir sera un gouvernement de Front Populaire, ce sera du même coup répandre cette lumière si impatiemment attendue sur les projets du gouvernement de demain, sur ce que seront ses efforts.
⁂
Le gouvernement de demain, ce sera un gouvernement de bien public ; ce sera un gouvernement qui essaiera de tirer, qui tirera ce pays de la torpeur, de l’anémie, de la défiance de lui-même.
Nous sortons d’une période sombre. Je ne veux ici, faire le procès de personne ; je sais que parmi les hommes qui ont gouverné depuis quatre ans, il y en a qui, de bonne foi, ont cru appliquer à la maladie sociale développée par la crise le traitement le plus efficace. Ils l’ont cru honnêtement, on peut même dire pour beaucoup d’entre eux qu’ils l’ont cru courageusement, parce qu’ils savaient malgré tout, en fin de compte, qu’ils s’exposaient à l’impopularité. Ils croyaient évidemment réussir, Or, ce n’est pas moi qui ; viens leur dire aujourd’hui qu’ils ont échoué, c’est le pays qui le leur a dit. Le verdict du pays est catégorique et définitif sur ce point.
Par conséquent, nous venons pour faire autre chose, nous venons pour que cela change, nous venons pour réaliser ce à quoi le pays aspire clairement : le pays est las des privations, il est las des pénitences parce qu’elles ne lui ont pas rendu la santé, parce qu’au contraire, elles ont aggravé le mal dont il souffrait, parce que, par surcroît, il sait qu’elles sont absurdes et qu’elles sont iniques, dans un moment de la civilisation où le progrès scientifique et technique au service de la justice suffirait pour tous.
Tous nos efforts vont tendre à créer, à régénérer, à stimuler au lieu de rationner, d’interdire et de détruire comme on l’a fait. L’intervention de l’État, je le répète, nous voulons l’appliquer et nous l’appliquerons à tous les centres nerveux du corps économique pour lui rendre une vigueur, pour lui rendre une allégresse, cette allégresse qu’un convalescent éprouve quand il fait ses premières sorties, et qu’il sent à nouveau le sang affluer à la surface de son corps.
Aujourd’hui, il y a des centaines et des centaines de milliers d’hommes qui ne travaillent pas, il y en a des millions qui travaillent pour des salaires de famine. Toutes les classes paysannes, tous les commerçants ont presque perdu le goût du travail parce que le travail ne leur assure plus la sécurité et ne leur assure plus cette petite parcelle de bien-être nécessaire.
Il y a la jeunesse, dont le cas est plus tragique que tous les autres, car, je peux bien le dire à mon âge, qu’est-ce que c’est que la vie sans la jeunesse, et qu’est-ce que c’est que la jeunesse quand elle ne connaît plus l’espoir ?
Nous voulons ranimer l’espoir nous voulons lutter contre la misère, comme le disait fortement notre ami Belin dans une suite d’articles du Peuplé, car il n’y a pas une seule souffrance dans le pays dont nous ne soyons solidaires, parce qu’il n’y a pas une seule d’entre elles qui ne soit le produit de l’iniquité sociale. Nous voulons rendre le goût du travail à ceux qui sont en train de le perdre. Nous voulons rouvrir les sources de la richesse, accroître la masse des revenus consommables, c’est-à-dire des salaires. Nous voulons le retour de la sécurité, et l’extension du bien-être, dans la pleine mesure où cela est possible avec le régime social à l’intérieur duquel nous allons agir.
Nous savons très bien qu’une nation ne peut pas se passer de finances saines et probes. Mais nous attendons précisément le retour à un équilibre réel et à un équilibre stable de l’accroissement de la richesse nationale, de l’accroissement de la masse des revenus consommables de la nation.
Comment donc pourrions-nous en même temps vouloir jeter ce pays dans le tumulte, dans le chaos, dans je ne sais quelle bagarre furibonde et sanglante ? Le succès de notre entreprise suppose la confiance, la vraie, non pas la confiance mercenaire, la confiance sous condition de telle Ou telle catégorie de possédants, mais la confiance du pays en lui-même.
Nous voulons que la France reprenne confiance dans l’efficacité du travail, dans l’immensité de ses ressources, dans son intelligence dont elle vient presque à douter, dans ses facultés héréditaires de renouvellement et de régénération, dont tout son esprit révolutionnaire est le témoignage.
Par conséquent, notre œuvre doit être le contraire d’une destruction, d’une restriction ; elle sera, dans le sens plein et fort du terme, une construction et elle ne peut pas se réaliser sans que le pays y consacre une partie de ses ressources, sans qu’il s’ouvre par conséquent à lui-même un large crédit. Elle supposé une avance à l’allumage ; elle suppose cette espèce d’anticipation confiante sur la réalité, que l’on appelle aujourd’hui une mystique. Tout cela est incompatible avec les desseins insensés qui nous sont prêtés par la malignité perfide des uns ou la crédulité naïve des autres.
Par exemple, une des pièces essentielles de notre programme de stimulation, de recréation va être un. plan d’équipement national, qui sera à la fois assez méthodique et assez vaste pour contribuer au démarrage de l’économie nationale. Nous avons émis pour ce qu’on appelle le financement de ce plan, une idée à laquelle, pour ma part, je reste extrêmement attaché. Nous avons imaginé tout à la fois de nous servir des assemblées locales pour dresser ce plan et de nous servir de ce plan pour réveiller la vie locale. Nous envisageons un appel à l’épargne locale, en spécialisant cet appel, de façon que dans telles régions déterminées, dans tels départements, dans telles villes, l’épargnant sache exactement que son apport contribuera à un travail déterminé dont il connaît l’utilité et dont il peut d’avancé escompter le résultat.
