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Le manuscrit que nous publions aujourd’hui sous ce titre – qui peut sembler énigmatique à quelques-uns – L’Incendie du Pôle, est de feu M. James Clarckson, de Bello-Horizonte (Brésil).
Ce qu’il fut et les circonstances qui facilitèrent sa rapide et extraordinaire fortune, son manuscrit nous le dira. Ce qu’il nous importe de savoir c’est qu’il fut fort riche, même milliardaire, et que le dégoût de l’oisiveté l’entraîna dans la tragique aventure où se termina sa vie accidentée.
Raconter comment le présent manuscrit nous est parvenu serait une tâche superflue et dont la narration seule nous ferait taxer d’exagération. Certes, ce serait une belle occasion de nous prévaloir d’une brillante imagination, mais à quoi bon ? Le manuscrit de M. James Clarckson se suffit à lui-même en péripéties aussi étranges que mouvementées, qui, si elles n’étaient attestées par des preuves irréfutables, sembleraient pour le moins outrées et d’une nature si bizarre qu’on refuserait d’y ajouter foi. Ce fut notre avis à la première lecture de ces feuillets, mais pour nous convaincre de leur véracité nous nous livrâmes à une enquête dont les résultats furent significatifs.
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Veröffentlichungsjahr: 2026
Hector Fleischmann
L’INCENDIE DU PÔLE
© 2026 Librorium Editions
ISBN : 9782387411235
QUELQUES MOTS SUR LE MANUSCRIT DE JAMES CLARCKSON MILLIARDAIRE ET EXPLORATEUR
I DE L’INGÉNIEUSE FAÇON DONT TOBY KLEAMPTON TRANSPORTA VINGT-HUIT MILLIONS DE TOWNHOUSE À BALTIMORE
II UNE AFFAIRE QUI N’EST PAS UNE AFFAIRE
III L’AÉROPLANE DE TOBY KLEAMPTON
IV OÙ, GRÂCE À TOBY KLEAMPTON, LA CABINE DE L’AÉROPLANE NOUS OFFRE QUELQUES MENUES SURPRISES
V DE NEW-YORK À LA TERRE DE FEU EN AÉROPLANE
VI DE L’UTILITÉ D’UNE LANTERNE ÉLECTRIQUE DANS LA NUIT DU PÔLE
VII L’ÉTRANGE PLUIE AU DELÀ DU MUR DE BITUME
VIII L’AURORE AUSTRALE DU PÔLE MAGNÉTIQUE
IX UN GOUFFRE SANS ÉCHO DANS LA TERRE DU PÔLE
X À LA CONQUÊTE DE L’AÉROPLANE
XI L’INGÉNIEUSE IDÉE QU’EUT TOBY KLEAMPTON POUR DÉMASQUER LES HABITANTS DU PÔLE
XII LE PÔLE ET SON ÉTOILE
XIII L’INCENDIE DU PÔLE
XIV ON LIT DANS LES JOURNAUX…
Le manuscrit que nous publions aujourd’hui sous ce titre – qui peut sembler énigmatique à quelques-uns – L’Incendie du Pôle, est de feu M. James Clarckson, de Bello-Horizonte (Brésil).
Ce qu’il fut et les circonstances qui facilitèrent sa rapide et extraordinaire fortune, son manuscrit nous le dira. Ce qu’il nous importe de savoir c’est qu’il fut fort riche, même milliardaire, et que le dégoût de l’oisiveté l’entraîna dans la tragique aventure où se termina sa vie accidentée.
Raconter comment le présent manuscrit nous est parvenu serait une tâche superflue et dont la narration seule nous ferait taxer d’exagération. Certes, ce serait une belle occasion de nous prévaloir d’une brillante imagination, mais à quoi bon ? Le manuscrit de M. James Clarckson se suffit à lui-même en péripéties aussi étranges que mouvementées, qui, si elles n’étaient attestées par des preuves irréfutables, sembleraient pour le moins outrées et d’une nature si bizarre qu’on refuserait d’y ajouter foi. Ce fut notre avis à la première lecture de ces feuillets, mais pour nous convaincre de leur véracité nous nous livrâmes à une enquête dont les résultats furent significatifs.
L’aéroplane, le Météor, exista véritablement. Le fait de sa construction nous fut assuré par la maison Downie, Sons & Cie, limited, à Boston, qui fournit l’aluminium et les pièces de fer utilisées dans sa construction. Le moteur électrique, et quelques pièces particulièrement délicates de la structure mécanique, furent expédiés de Philadelphie par la Compagnie Pensylvanienne des Constructions électro-dynamiques. Quant à l’ascension elle-même du Météor, on en pourra aisément retrouver les traces dans les journaux américains, et particulièrement dans ceux de New-York à la date du 8 juin 1905, avec une quantité de détails à la fois techniques et pittoresques.
La vérité du voyage de l’aéroplane s’impose dans ces conditions et nous imaginons volontiers qu’on n’y contredira guère. Quant à expliquer quelques-uns des phénomènes vraiment extraordinaires de ce voyage, nous ne nous y essayerons pas. Le merveilleux ne s’explique pas toujours. On l’admet ou on ne l’admet pas. C’est là ce que les lecteurs du manuscrit de M. James Clarckson décideront. Notre tâche se borne à publier son manuscrit, persuadé qu’on trouvera à sa lecture quelqu’intérêt, et peut-être le frisson d’angoisse des choses inconnues enveloppées de la brume flottante du cauchemar – ou de la folie.
Je l’ai toujours dit : Toby Kleampton était fou. Il faut s’entendre là-dessus. Quand je dis que Toby Kleampton était fou, je ne veux point déclarer qu’il aurait dû être enfermé dans une maison où on soigne les affections cérébrales. Non.
Quand à l’âge de quarante-deux ans, avec l’intelligence, le savoir-faire et l’énergie de Kleampton, on ne se trouve pas à la tête d’un trust ou d’un million de dollars, c’est qu’on est fou.
Voilà pourquoi Toby Kleampton était ce que j’ai dit. C’était véritablement un singulier garçon.
C’est en 1877 que je le vis pour la première fois, dans des circonstances suffisamment dramatiques pour que le souvenir m’en soit resté, vivace et profond, à la mémoire. J’avais, dans l’Arkansas, passé deux années à détourner des cours d’eau, à éventrer leur lit de sable fin et à filtrer leurs boues, afin d’y recueillir les pépites d’or qui furent le commencement de ma fortune. À ce travail j’avais gagné, en moins de vingt quatre mois, quelques milliers de dollars que, soigneusement serrés sur ma poitrine, je rapportais convertis en une lettre de change sur Baltimore.
Donc, un matin de février de cette année 1877, après huit heures de cheval pour gagner la station de chemin de fer la plus proche, j’attendais à Korawtra le train qui allait me mener dans le Maryland. C’était une bizarre petite gare à la lisière d’une forêt énorme, vierge encore, défendue par les hauts troncs lisses des hêtres rouges qui la gardaient comme des sentinelles, chevelue de toutes les lianes montées à l’assaut des branches, dégringolant en grappes, en guirlandes parmi les feuillages. Le chef de gare était un curieux gaillard. Sur l’espèce de trottoir en troncs d’arbres mal équarris qui formait le quai, il se promenait en bottes de buffle, la carabine en sautoir, le revolver passé dans sa ceinture de cuir.
— C’est un ancien cow-boy, pensai-je.
Il fumait un gros et long cigare de tabac frais. Ceci me donna l’idée de l’aborder. J’avais plus d’une heure encore à attendre le train. Les idées font du chemin chez moi et en Amérique nous sommes prompts aux décisions.
— Gentleman, lui dis-je en l’abordant, peut-on contre une pipe de tabac de Virginie, vous demander un de ces cigares qui me semblent frais à point ?
— En vérité, gentleman, me répondit-il, cela se peut. Voici donc le cigare.
D’un grossier étui de paille tressée, il tira un cigare et me le tendit.
Nous opérâmes l’échange et à l’étincelle électrique d’une petite pile de poche je pris du feu.
Côte à côte nous arpentâmes le quai de bois.
J’engageai délibérément la conversation. Le retour me mettait la joie au cœur.
— Gentleman, vous êtes armé, je vois.
— Véritablement, oui, gentleman. Garder une gare en pays perdu n’est pas chose facile, voyez-vous. Il y a les Indiens que tentent mon eau-de-vie et l’essence des bidons. Il y a aussi les trappeurs qui convoitent la caisse. Alors…
Et de la paume il caressa le chien du fusil.
— Je comprends, dis-je. J’ai vécu ainsi deux ans, le revolver au poing, à côté de mes pépites d’or. J’avais des compagnons décidés, de hardis garçons acharnés à faire fortune…
— Même à vos dépens, n’est-ce pas ? sourit le chef de gare.
— Oui, cela même, gentleman. Dans ces cas les domestiques ne sont pas sûrs, et on n’est jamais si bien gardé que par soi-même.
— Et vous vous êtes fait votre domestique ? En vérité, gentleman, je vous plains. Voyez, ici, dans cette gare à douze heures de toute ville, je gagne trente dollars par mois. Ce n’est rien, je le sais. Mais qu’ai-je besoin de plus ? Entre les passages des trains – il y en a deux le matin, un le soir, – je chasse dans la forêt que voilà la bête fauve et dans la plaine l’Indien. Cela vaut bien les soucis de vos pépites.
— Vous êtes philosophe, gentleman ?
— Non, je suis chef de gare et chasseur, gentleman.
Nous continuâmes de nous promener en fumant nos cigares. Brusquement le cow-boy s’arrêta et me fixant d’un regard pénétrant :
