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Des carnets manuscrits sont découverts par hasard chez un antiquaire. Ils sont signés de la main du grand collecteur de mémoire bretonne Anatole Le Braz. L’auteur de La Légende de la Mort y a consigné dès 1901 sa collaboration avec le commissaire Dantec qui enquête sur une série de crimes aux frontières du surnaturel. Qui d’autre que le meilleur spécialiste des mystères bretons pourrait lui apporter son éclairage sur ces meurtres et sur l’insaisissable Ouvrier de la Mort qui ôte des vies dans des mises en scènes plus que macabres ? Au plus profond des mois noirs de l’hiver breton, l’ombre de l’Ankou plane sur les Monts d’Arrée…
Cette première enquête d’Anatole Le Braz, sortie tout droit de l’imagination de Gérard Lefondeur, mêle habilement l’atmosphère de la Bretagne du début du XXe siècle aux frissons de la dangereuse poursuite d’un meurtrier diabolique. Le lecteur découvrira à travers ce récit l’homme extraordinaire que fut Anatole Le Braz…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Auteur, photographe, éditeur et réalisateur de documentaires (Alan Stivell, Tri Yann, Dan ar Braz…), Gérard Lefondeur fut également dirigeant dans l’industrie du disque. Passionné depuis toujours par le cinéma et la littérature fantastique, il se consacre désormais entièrement à l’écriture. Légendes est son premier roman dont Palémon réédite une nouvelle version en trois volumes.
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Seitenzahl: 442
Veröffentlichungsjahr: 2023
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CE LIVRE EST UN ROMAN. Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
Dire qu’Anatole Le Braz eut une vie riche et bien remplie, tant sur le plan humain que sur le plan intellectuel, est bien en dessous de la vérité.
Il fut à la fois un homme sans façon, au sens de son rapport aux autres, mais également hors du commun, tout simplement.
Et malgré la multitude de ses œuvres : collectages, romans, nouvelles, poésies, pour ne citer que l’essentiel de ce qu’il nous a légué, malgré sa notoriété dans de nombreux domaines, de son premier rôle d’enseignant à ses talents littéraires, ce fut également un homme touché par le malheur.
Il semblerait que l’Ankou, cet Ouvrier de la Mort omniprésent dans la tradition bretonne et dans son œuvre, ait décidé de marquer toute l’existence d’Anatole du sceau de sa faux légendaire, prélevant au sein de sa famille et de ses proches bien plus que sa moisson « ordinaire » de vies. Et ce, dès son plus jeune âge.
Entre sa naissance en Bretagne, le 2 avril 1859, et sa mort à Menton, le 20 mars 1926, d’une congestion cérébrale, des suites d’une leucémie, Anatole Le Braz perdit vingt-et-un proches (membres de sa famille et amis), dont onze dans un naufrage le 20 août 1901, lors d’une simple promenade en mer, alors que l’embarcation était en vue de l’embouchure de la rivière de Tréguier.
Pourtant, en cette année 1901 qui ouvrait le XXe siècle, la Bretagne tenait en la personne d’Anatole Le Braz un écrivain de talent. Tout semblait lui sourire depuis le sacre de La Légende de la Mort parue en 1893. Professeur au lycée de Quimper, secrétaire de la Société savante d’archéologie, fondateur de l’Union régionaliste bretonne, il venait d’obtenir, en juin, sa nomination au poste de maître de conférences à la faculté de Rennes.
Elle est bien là, toute la dualité de celui que tous les Bretons connaissent, ou devraient connaître, celle d’un homme qui aimait passionnément la vie, se sentait profondément bien parmi ses semblables, ses compatriotes d’Armorique et d’ailleurs, mais que la mort a fortement marqué.
Cette vie riche fut émaillée de rencontres et de moments exceptionnels : chevalier de la Légion d’honneur en 1897, reçu par le Président Theodore Roosevelt lors de son voyage aux États-Unis fin 1906, conférencier à Cambridge, présenté à Sir Arthur Conan Doyle, le « père » de Sherlock Holmes, enseignant à l’université de Cincinnati et à celle de Columbia, invité au Congrès américain… Il croisera le chemin d’Ernest Renan – qui sera son voisin à la fin de sa vie, à Port-Blanc –, de Luzel, son mentor, et de bien d’autres.
Anatole Le Braz n’a jamais eu de destin national. Il a toujours, malgré son aura importante, notamment dans les pays anglo-saxons et aux Amériques, conservé l’image et la notoriété d’un auteur, d’un collecteur de mémoire, d’un personnage régionaliste.
Et c’est toujours le cas, pour l’essentiel, aujourd’hui…
Mais c’est là, paradoxalement, tout ce qui fait son attrait et son charme. Ce destin national, malgré les honneurs et la notoriété, il ne l’a jamais voulu, il ne l’a jamais cherché. Il est resté ce Breton qui parcourait le monde, cet homme profondément attaché à sa terre, à sa langue, au patrimoine de son grand petit pays, comme il aimait à l’appeler, à la richesse de son histoire souvent masquée derrière la vie simple et difficile de ses habitants, et, plus que tout, animé de la volonté de transmettre ses traditions. Jusqu’au bout…
C’est ce que j’aime chez Anatole Le Braz, depuis qu’adolescent j’ai eu le bonheur de commencer à lire son œuvre, il y a bien longtemps désormais. Et c’est cela qui m’a donné l’envie de faire de cet homme au destin « ordinairement exceptionnel » un personnage de roman. Car ne nous y trompons pas, il était doté d’un formidable charisme, avait l’intelligence d’un être extraordinaire, et la simplicité innée et non feinte de ceux qui se sentent autant à l’aise en compagnie des grands de ce monde que dans une modeste maison bretonne, près de l’âtre ou sur le pas d’une porte aux beaux jours, assis sur une simple chaise de bois, sa bicyclette – son principal moyen de transport breton – appuyée à l’angle d’un mur, à recueillir les histoires transmises à la veillée : de conteur en conteur, de conteuse en conteuse.
Lors de l’écriture de ma trilogie Légendes, rééditée et enrichie en 2022 chez Palémon Éditions, une grande partie de mon inspiration et de mes sources sur le légendaire breton m’est venue d’Anatole.
C’est pour cela que j’ai décidé de le faire revivre dans un rôle qui, j’en suis persuadé, lui aurait autant plu qu’il lui aurait parfaitement convenu : celui d’un « profileur » des mystères bretons, capable de décrypter, de comprendre les lignes de frontières invisibles pour la plupart, entre l’héritage des traditions et leur impact sur le cerveau de criminels particulièrement dangereux…
Je vous invite à m’accompagner, à vos risques et périls, sur les traces d’Anatole et de cette partie ignorée de sa vie. Bien sûr, il s’agira de fiction. Naturellement, l’acolyte d’Anatole, le commissaire Dantec, est le fruit de mon imagination, et leur collaboration pour résoudre de mystérieux crimes également. Mais cette fiction s’appuie sur une réalité, sur une vie, celle d’Anatole. Car tous les mystères légendaires, toutes les traditions relatives à la mort et à son approche, à sa relation unique et si particulière avec les Bretons, sont issus du travail et du collectage d’Anatole Le Braz et de ses illustres prédécesseurs : Luzel, Renan, La Villemarqué. Et, bien entendu, tous les éléments biographiques sont réels, à de rares exceptions près, que je me suis autorisé à imaginer pour les besoins de l’intrigue. Mais rien qui ne trahisse l’histoire de sa vie ni les principaux évènements qui l’ont marquée.
Pour le plaisir, je l’espère, de votre lecture, afin de favoriser l’immersion dans la narration, j’ai choisi deux approches :
L’une, littéraire, consiste à donner la parole à certains protagonistes dans quelques chapitres, à commencer par Anatole, naturellement. On n’est jamais plus proche d’un personnage que lorsque l’on voit et l’on ressent avec ses yeux…
L’autre choix, n’étant pas bretonnant moi-même et ne voulant pas encombrer l’intrigue de notes de bas de page, est d’avoir pris le parti que tous les dialogues, même s’ils sont parfois émaillés d’expressions ou de mots bretons, se déroulent en français. Naturellement, à l’époque d’Anatole Le Braz, une large partie des Bretons ne parlaient encore… que le breton. À l’aube du XXe siècle, début de mes intrigues, des décisions qui allaient créer bien des heurts et des débats furent prises par l’État pour prohiber l’usage de la langue, la réprimer. Cela renforça davantage l’attachement des Bretons à celle-ci, surtout en « Basse-Bretagne », Finistère, Morbihan et une partie des Côtes du Nord.
Ce tournant de siècle, période de grands changements, technologiques, sociétaux et humains, fut un moment essentiel. Y compris dans la réorganisation des pouvoirs de police, ce qui ne fut pas sans impact sur la criminalité, comme vous le verrez…
Je n’aime pas les notes de bas de page, je trouve qu’elles nuisent au fil de la narration ; alors, chers lectrices et lecteurs, je vous épargnerai les renvois de lecture du style « véridique » ou « authentique » et autres qui prennent parfois presque autant de place que le texte du roman lui-même. Après tout, vous lisez un roman, pas un manuel…
Cependant, en fin d’ouvrage, si le cœur vous en dit, vous trouverez des références bibliographiques. Celles que j’ai utilisées et celles qui vous donneront peut-être l’envie d’en apprendre davantage sur Anatole, sa vie, son œuvre, sa Bretagne.
Alors, partez du principe qu’à part la fiction de l’intrigue, j’ai veillé à ce que tout soit vrai et étayé historiquement.
Bonne enquête et bonne lecture !
« Le chant que me chantait ma mère,Ma mère douce, au long des nuits,A dû mourir avec ma mère,Nul ne l’a chanté depuis… »Anatole Le Braz. 1892.La Chanson de la Bretagne.
Lorsque je mis la main chez un brocanteur du Finistère, par un hasard qui, finalement, ne devait rien au hasard, sur ces carnets de notes poussiéreux et jaunis contenus dans trois très vieilles boîtes à gâteaux « Traou Mad », je crus tout d’abord à une trouvaille sans intérêt. Je ne collectionnais pas les boîtes à gâteaux, fussent-elles anciennes, mais une de mes amies, oui.
La maison bien connue Traou Mad (« Choses bonnes » en breton) existait depuis 1920.
Le brocanteur, qui ne devait pas être spécialisé dans ce domaine, vu le faible prix d’acquisition que j’en obtins, m’avait dit : « Elles doivent dater des années cinquante ou soixante, je les ai achetées auprès d’une vieille cliente qui a habité Port-Blanc. Elles traînent sur mes étagères depuis une dizaine d’années, je vous les cède pour pas grand-chose, si cela vous intéresse. Il y a des carnets d’écolier à l’intérieur de chacune, attachés avec des ficelles. Je n’ai jamais pris la peine de les ouvrir, sauf un, plein de chiffres, de dates, il était sur le dessus de l’une des piles. Très certainement les comptes du ménage qui possédait les boîtes. J’ai failli les jeter, mais je ne l’ai pas fait. Je ne sais pas pourquoi. Pour que les boîtes aient du poids, sans doute, à défaut de gâteaux périmés. Alors, si vous les achetez, vous aurez les carnets en prime… »
J’ai donc acheté les boîtes, et j’ai eu les carnets en prime… Les boîtes ne dataient pas des « années cinquante ou soixante ». Ce fut la première bonne nouvelle, pour mon amie en tout cas.
« La biscuiterie Traou Mad a été fondée en 1920. Ces boîtes sont les premières utilisées pour commercialiser leurs biscuits. Elles sont en excellent état – elles l’étaient, c’est ce qui m’avait plu pour les lui offrir –, elles sont rarissimes et très recherchées aujourd’hui. »
Mon amie fut heureuse avec ce cadeau et elle me proposa de garder les carnets.
« Je te sais curieux, je suis sûre que ça t’amusera de les avoir », m’avait-elle dit.
Cela ne m’amusa pas tant que cela, mais me rendit heureux bien au-delà de mes attentes. Car la seconde nouvelle, de loin la meilleure en ce qui me concerne, fut ce que je découvris lorsque, revenu chez moi et après les avoir laissés traîner sur mon bureau quelques semaines, je défis les ficelles et libérai le contenu des carnets…
Je commençai par la pile sur laquelle le recueil, effectivement rempli de chiffres et de dates, se trouvait. Je n’y compris pas grand-chose non plus sur le moment. Ensuite, oui. Ce n’était pas une comptabilité domestique, mais un classement chronologique.
Chacun des carnets portait sur l’intérieur de la page de couverture, en papier ligné, deux dates, un titre et une signature. La première semblait indiquer un début et la seconde la fin de quelque chose. Quant aux titres, ils étaient on ne peut plus mystérieux.
Je pris soin de ne pas mélanger l’ordre dans lequel les carnets étaient classés. Une rapide vérification me permit de constater que la chronologie des dates se suivait et que tous les titres étaient aussi différents qu’étranges, sans nul doute. On eût dit des titres de nouvelles, de romans. La signature, quant à elle, était assez déchiffrable. Pas au premier regard ; mais en prenant une photo avec mon smartphone et en l’agrandissant, je pus lire ceci :
Anatole Le Braz
Le « a » du prénom était un peu plus rond que ne peut le rendre une copie, et le « z » plus allongé, mais le corps de la calligraphie était très proche.
Je fus saisi d’un frisson d’exaltation. Si ces carnets étaient réellement dus à la plume d’Anatole Le Braz, je tenais entre mes mains un véritable trésor. Un trésor d’écriture, un trésor de culture.
Ma première vérification fut de m’assurer si les titres indiqués sur chaque carnet correspondaient à une œuvre répertoriée du célèbre écrivain et collecteur de mémoire. Après des recherches exhaustives sur Internet, ce ne semblait pas être le cas. Sur le moment, cela me déçut. Il s’agissait donc probablement de faux. Mais qui se serait amusé à noircir des pages en se faisant passer pour Anatole Le Braz ? Et dans quel but ? Aucun des titres n’aboutissait à la moindre occurrence de recherche, et les carnets paraissaient inviolés depuis plus d’un siècle.
Ce bref moment de désappointement passé, je me sentis encore plus fébrile.
Si Le Braz avait bien écrit ces carnets, cela ne pouvait signifier qu’une chose : tout ce qu’ils contenaient était certainement vierge de toute lecture, hormis la sienne. L’intégralité de ces notes – car il s’agissait bien de notes, très détaillées, et non d’une prose libellée comme des nouvelles ou un roman – était inédite.
Personne qui soit encore en vie aujourd’hui n’avait jamais lu une seule ligne de ces milliers de lignes… La plus grande surprise, la plus exaltante de toutes, se trouvait à la fin du « carnet comptable » qui n’en était pas un. Si le brocanteur avait pris la peine de le feuilleter en entier, les choses auraient probablement été bien différentes. Mais le destin semblait m’avoir désigné, à plusieurs égards. Sur l’avant-dernière page – la dernière était blanche, sans doute était-ce la raison pour laquelle celle-ci avait échappé à son regard – était écrit ceci, d’une écriture fine, appliquée et serrée dont mes vérifications ultérieures me permirent d’être certain qu’elle appartenait bien à Anatole :
Je suis né la même année que Conan Doyle. Nous eûmes tous les deux des vies bien remplies et pleines de tumulte, mais le tumulte n’est-il pas le propre de l’homme, grand ou petit ? Il est de nombreuses choses que je me suis efforcé de coucher sur le papier, pour témoigner de la passion que mon “grand petit pays”, la Bretagne, m’a inspirée depuis que j’ai l’âge d’écrire. Ceux qui me sont proches m’appellent “Tole”.
Beaucoup d’entre eux, bien trop, sont désormais partis rejoindre les Anaons.
Avant d’entreprendre ce voyage en Égypte, dont j’ai la certitude qu’il sera le dernier car je sens que cette maladie ne me laissera pas longtemps poursuivre ma route, je veux dévoiler cette part de ce que j’ai dissimulé à tous, quelques très rares confidents aujourd’hui disparus exceptés. Je compte déjà nombre de détracteurs qui m’ont reproché de favoriser mon imaginaire au détriment de la rigueur, qu’ils qualifient non sans emphase inappropriée, de scientifique, du recueil des traditions bretonnes.
Si l’on retrouve un jour ces carnets et mes notes, j’espère que l’on en fera, sans me trahir, l’usage qu’il plaira d’en faire. Après tout, Sir Arthur Conan Doyle a créé un personnage de son vivant pour romancer ses mystérieuses investigations. Je n’ai pas la prétention d’avoir son talent pour les énigmes, mais j’ai connu, moi aussi, mon lot d’énigmes. Et certaines me firent frôler la mort de près.
J’ai souvent sollicité mon imagination, trop au gré de certains, pour apporter un supplément de beauté littéraire à la beauté innée de ma Bretagne. J’en ai volontairement laissé de côté certains aspects les plus sombres. Je laisse à qui en aura l’audace et le désir le soin de les partager et de se les approprier sur le plan littéraire, si tel est son souhait et s’il ne craint pas l’opprobre, moi qui ne l’ai jamais crainte même si j’en ai parfois souffert… que mes souvenirs lui soient alors une source d’inspiration.
Anatole L.B, Port-Blanc, avril 1924.
Cette incitation, que je ressentis comme une exhortation qui m’était directement adressée, à moi qui avais été le découvreur de ce trésor inconnu de tous, fut l’aiguillon qui me fit prendre ma décision.
Je lus l’intégralité des carnets, toutes les notes, et je voulus leur donner la dimension que cet homme exceptionnel méritait.
C’est ainsi que commença cette série d’histoires hors du commun que je m’apprête à partager avec vous. Et je le ferai dans l’ordre de leur chronologie.
Le titre que portait le premier recueil était celui-ci :
L’Ouvrier de la MortOberour ar Maro
Et voici son histoire…
« Les intersignes sont comme l’ombre,projetée en avant, de ce qui doit arriver. »Anatole Le Braz. 1893. La Légende de la Mort.
Il y avait beaucoup de monde, au Faou, en ce dimanche d’avril 1899. Pour la première fois, la grande foire coïncidait avec le pardon de Saint-Sauveur. Ce n’était pas habituel, mais l’épidémie de choléra quarante ans plus tôt avait durablement chamboulé le calendrier. Elle était encore bien présente dans les mémoires des aînés, et nombreux étaient ceux qui craignaient un retour de la maladie, malgré les efforts importants entrepris pour l’assainissement des eaux, en 1895, et particulièrement la mise en service d’un réseau d’eau potable. Certes, on était loin des huit cent cinquante morts de Brest, mais Le Faou avait été la quatrième agglomération du Finistère touchée par l’épidémie. Alors, malgré tout, subsistait la crainte…
La foule se pressait pourtant, nombreuse, dans la petite cité aux pignons du XVIe siècle. Des Bretons descendus de tous les coins du pays. Les Plougastels, sortes de colosses avec leurs habits anciens faits de tous les fragments de laine achetés comme chiffons, allaient jusqu’à la Loire vendre et acheter, derrière de grands troupeaux. Et puis les gros bouchers de Brest, de Châteaulin. Et bien d’autres, qui se mêlaient aux natifs du bourg, aux petites gens et aux bourgeois.
Un jour particulier, vraiment, et à bien des égards.
Et parmi cette populace affairée ou seulement curieuse, déambulant dans les rues et autour de l’église, il y avait lui…
C’était un homme grand, fort, vêtu d’un genre de houppelande de berger noire qui dissimulait presque la totalité de sa mise. On apercevait simplement le haut de ses bottes et à peine le bas d’un visage anguleux. Cet accoutrement n’avait rien de particulièrement breton, du moins pour ce que l’on pouvait en deviner, mais dans la cohue variée de ce jour, il n’aurait surpris personne si ce qui le rendait différent n’avait tenu qu’à ses vêtements.
Malgré le monde, on s’écartait devant lui, bien qu’il n’y eût rien d’inquiétant dans son attitude, même s’il marchait à grandes enjambées, comme en rase campagne. Ce n’était pas cela qui faisait qu’on lui cédait le passage. C’était inexplicable. Il semblait émaner de lui une aura particulière, une sorte de menace sous-jacente qu’on eût été bien en peine de décrire.
Simplement, il fendait l’air et repoussait les gens autour de lui, sans le moindre geste.
Et des festivités religieuses et commerciales, il n’en avait cure.
Il s’était rendu au pardon et à la foire de Saint-Sauveur avec l’espoir d’y rencontrer une somnambule, une voyante, assez lucide pour l’éclairer sur son cas.
Connaître sa peine, comme dit le proverbe, c’est déjà la moitié de la guérison.
La vieille sibylle qu’il était allé consulter dans son chariot, là-bas, derrière la fontaine, n’avait su que lui débiter des niaiseries, des fariboles, les mêmes exactement qu’elle avait contées à vingt autres, comme de lui assurer, par exemple, qu’il se languissait d’amour.
Amoureux, lui ! Jamais encore il n’avait regardé une femme autrement que pour le plaisir, et si rarement…
Il avait quitté la vieille la rage au cœur, traversé la foule comme Moïse fendant les flots, en bousculant un peu tout de même, parfois, au passage, sans même s’excuser.
Parvenu aux confins du bourg, alors que le soleil s’était voilé, il arriva en vue de son antique charrette. Un cheval noir de jais y était attelé, immobile, comme une statue équine.
L’homme monta sur le haut banc de guidage avec une étonnante souplesse, sa houppelande voletant autour de lui. Il fit claquer les rênes plus brutalement qu’il ne l’aurait voulu, et mit au trot son vieux postier breton qui renâcla, en signe de mécontentement.
La voix grave, rocailleuse de l’homme rassura son compagnon.
— Pardon, vieux camarade, je n’en ai pas après toi. Mais nous avons de grandes choses à accomplir ensemble, tu verras. Et qu’ils aillent au diable ; il est de mon côté désormais…
Le tombereau s’éloigna rapidement du bourg, enveloppé par un brouillard subitement levé, et qui semblait s’intensifier à son approche.
Bientôt, on ne le distingua même plus.
Seul se faisait encore entendre, faiblement, le grincement de son essieu.
L’homme n’entendit pas la rumeur qui enflait, derrière lui, dans le bourg.
Il n’entendit pas les cris d’effroi, autour de la roulotte de la voyante.
Il ne vit pas le jeunot livide et tremblant, assis sur les trois marches de bois, entouré de deux gendarmes tandis que trois autres étaient à l’intérieur. Le gamin qui était venu pour se faire dire la bonne aventure et qui n’avait trouvé que le malheur en poussant le rideau de la vieille. La sibylle, morte, effondrée sur sa petite table ronde recouverte d’une nappe rouge brodée de symboles occultes, ses lames de tarot éparpillées, sa boule de cristal bon marché brisée sur le sol. Et son cou, tordu en un angle impossible, le visage blafard, la bouche grimaçante, et les yeux figés dans une expression de terreur absolue.
« Parce que j’aime les légendes,on en fait courir un peu trop sur moi. »Anatole Le Braz
Port-Blanc. Côtes-d’Armor (anciennement Côtes-du-Nord).
Extrait des carnets secrets d’Anatole Le Braz.
L’Ouvrier de la Mort. Préambule.
20 novembre 1901 : novembre, le mois noir, Miz Du, ainsi qu’on le nomme en Bretagne.
Trois mois, jour pour jour, après le naufrage de la Marie-Thérèse dans lequel je perdis onze membres de ma famille, à l’embouchure de la rivière de Tréguier.
Dire que mon âme et mon cœur avaient entamé véritablement leur deuil multiple serait mentir et trahir la mémoire de mes chers disparus.
J’errais dans ma maison de Port-Blanc telle une âme en peine, un Anaon, sans repos, dans le purgatoire solitaire d’une vie suspendue. Je sortais rarement, recevais très peu de visites.
Cela ne me ressemblait guère, pourtant : j’avais la réputation d’un homme plein d’allant et de vigueur, empli de gaîté, de projets, tenant à peine en place, ayant foi en la destinée. Mais la foi, bien qu’on la dépeigne susceptible de renverser des montagnes, ne nous est en réalité d’aucun secours dans les moments où c’est la montagne tout entière qui s’abat sur nous…
La vie m’avait cependant déjà apporté son lot de tristesse. Je ne faisais pas partie de ces êtres épargnés par le malheur jusqu’à ce qu’ils avancent en âge, bien que je n’en eusse tiré la moindre amertume. Jusqu’à présent, du moins. À sept ans je perdis mon grand-père maternel ; il eut une belle vie jusqu’à ses quatre-vingt-quatre ans. Mais, lorsque j’avais dix ans, ce fut ma mère qui me quitta pour l’Autre Rive. On pourrait croire qu’un enfant se remet de tout, qu’il continue d’avancer sur ses petites jambes sans faiblir lorsqu’il perd si jeune celle qui lui donna la vie. C’est mal connaître les enfants que de penser cela. Le terrible chagrin de mon père, Nicolas Lebras – ce fut moi qui eus la coquetterie d’auteur de doter mon nom de famille d’un z final et de le couper en deux –, fut le miroir dans lequel je pris conscience de ma propre tristesse. Cette tristesse m’accompagne encore, parfois, et le parfum des cheveux de ma mère n’a jamais quitté ma mémoire alors que j’ai du mal à revoir son visage. Sauf dans mes rêves. En 1879, je perdis mon grand-père paternel, Youenn Ar Bras, Yves, comme le saint. Un des prénoms les plus répandus de Bretagne. Il avait quatre-vingts ans. J’en avais vingt. En 1892, je perdis mon petit frère Eugène, à peine âgé de seize ans, mort dans un accident. Et puis vint ce funeste jour d’août. La mer n’était pas déchaînée, mais un fort vent s’était levé, créant une méchante houle. Le matelot tenta une manœuvre, mais la manœuvre fut mauvaise et le bateau chavira dans l’estuaire du Jaudy, entre la Roche Jaune et le Port Béni, qu’ils n’eurent jamais la bénédiction d’atteindre. Car tous tombèrent à l’eau. Ceux qui ne se noyèrent pas immédiatement s’accrochèrent à la quille ; sous le poids, l’embarcation sombra. La nuit était venue, les cris des naufragés se perdirent dans l’espace, appelant, appelant, sans relâche, à portée de voix, pourtant, à peine éloignés de la côte. La mer montait, le courant était violent, la vague de plus en plus forte, et, bientôt, tous disparurent, excepté mon ami de toujours, Léon Marillier, mon frère de cœur qui avait épousé ma sœur Jeanne, ma tendre sœur, mon âme sœur, que j’appelais depuis toujours Peti’Man. Léon s’était tenu à un aviron. Un des trois fils Huin, lui, avait pu s’accrocher à une balise. Mais personne n’entendit, personne ne vint leur porter secours…
Ce fut le fils Huin qui, à l’aube, put gagner la côte à la nage et donner l’alarme.
Au matin, ma famille comptait onze membres de moins. Quant à mon cher Léon, des ramasseuses de goémon finirent par entendre ses cris. Des canots furent alors jetés à la mer, des douaniers et des habitants montèrent à bord ; Léon fut secouru mais, épuisé, trop faible, il agonisa durant quelques jours et finit par s’éteindre, rejoignant Jeanne, son amour. Ma Peti’Man, ainsi que mon père, ma belle-mère, sa seconde épouse, et trois autres de mes sœurs…
Pourtant, ma petite famille et moi, nous étions descendus du train, en gare de Lannion, pleins de gaîté, en ce lendemain du naufrage. Il faisait beau, j’étais heureux, c’était le début des vacances.
Nous allions rejoindre les nôtres. Je venais d’être nommé maître de conférences de littérature française à l’université de Rennes. Ma Légende de la Mort se vendait fort bien.
Ce fut sur la route de Port-Blanc que nous entendîmes parler d’un naufrage…
L’été était fini. L’automne, cette année-là, passa son tour, et je me retrouvai directement plongé dans l’hiver. De Léon, mon ami de toujours, on me dit que ses appels, finalement, avaient bien été entendus tandis qu’il se vidait de ses forces vitales.
Une femme de pêcheur, à qui l’on fit le reproche de n’avoir point donné l’alerte, répondit simplement : « Oh, nous entendions bien ses appels. Mais nous croyions que c’étaient les âmes de l’enfer de Plougrescant qui hurlaient… »
Et dire que certains me reprochent de donner une dimension trop littéraire et romantique aux croyances bretonnes concernant la Mort…
J’en ai perdu beaucoup, beaucoup trop, de mes êtres chers. Il n’y a pas de degrés dans la tristesse ; ils me manquent tous.
Et ce ne sont pas les morts que je plains ; non, ce sont ceux qui restent. Et j’en fais partie. Dans la nuit qui suivit cette sinistre nouvelle, toute ma chevelure blanchit, comme si une partie de moi avait décidé de rejoindre mes Anaons.
En cette triste soirée de novembre, j’étais dans ces sombres dispositions d’esprit. J’avais pris la décision de quitter la maison de Port-Blanc, trop entourée de malheur. Je devais poursuivre le cours de ma vie, donner aux disparus l’hommage de mon courage. La vie n’était pas finie pour moi et, en moi, ils devaient continuer de vivre. J’étais ainsi, passant de l’abattement profond au fleurissement de l’espoir. Ma force vitale m’accompagnait depuis ma naissance. Don du ciel, ou souffle mystérieux de la vie, peu m’importait…
Le bruit d’un véhicule à moteur me sortit complètement de cette torpeur mélancolique. Je quittai mon bureau et me dirigeai vers l’entrée. J’ouvris ma porte et, dans la pénombre à peine éclaircie par la lumière des lanternes, je vis s’arrêter devant mon domicile une superbe automobile que je reconnus être une De Dion-Bouton.
Un homme en descendit.
Il ôta son casque de cuir, après s’être débarrassé de ses lunettes de protection.
Il vint vers moi. Il était de taille moyenne et je distinguai à peine ses traits dans la pénombre.
— Monsieur Le Braz ? s’enquit-il d’une voix à la fois posée et mélodieuse.
— Lui-même, répondis-je, un peu surpris. Que puis-je pour vous ?
— Je m’appelle Alain Dantec, mais vous pouvez m’appeler Alan, puisque je suis de retour au pays. Je viens de Paris, et je suis commissaire délégué à la Sûreté nationale. Je dois m’entretenir avec vous ; puis-je entrer ?
— Un commissaire, ma foi… Est-il arrivé quelque malheur qui vous ramène en Bretagne ?
— Il en est arrivé plusieurs, monsieur, et bien qu’ils ne vous concernent pas directement, nous avons grand besoin de vos lumières.
Perplexe, je m’effaçai cependant pour le laisser entrer. J’ignorais encore en cet instant que nous nous lancerions ensemble, portés par son automobile en bien des lieux, sur les traces d’un monstrueux assassin.
« De tous les peuples celtiques,les Bretons sont peut-être celui qui a conservéla plus intacte l’antique curiosité de la racepour les problèmes de la mort… »Anatole Le Braz
31 octobre 1899. Campagne de Brasparts.
Centre Finistère.
Le hurlement le tira brutalement du sommeil, telle une carpe ferrée hors des eaux sombres et paisibles. Il se dressa vivement dans le lit clos et sa tête heurta le bois. Il ne sentit même pas la douleur.
Le penty était plongé dans la poix noire et presque palpable de cette nuit précédant la Toussaint. Une nuit durant laquelle on se gardait bien de sortir. Car, pendant cette nuit, au-dehors, les morts côtoyaient les vivants, disait-on. Et les vivants n’aimaient guère se frotter aux morts. On avait beau être à l’aube d’un nouveau siècle, les superstitions avaient la vie dure, en Basse-Bretagne. Et, d’ailleurs, bien que l’on s’en défende parfois, assez mollement ou trop vivement, plus la crainte était forte, peu nombreux étaient ceux qui considéraient cela comme des superstitions.
Un autre cri retentit. Il n’avait pas rêvé. Il venait de la chambre où sa mère reposait.
Elle délirait, tout éveillée mais comme déjà ailleurs depuis trois jours. En pleine journée, elle gémissait, sanglotait, murmurait ou criait, parfois : « La charrette, je l’entends, j’entends son essieu qui grince. Il approche, c’est pour moi qu’il vient. Il sait, il sait… »
Sa voix prenait alors toute la vigueur que son corps paraissait avoir perdue. La langue bretonne, la seule qu’elle parlait, semblait sonner comme une incantation et, malgré lui, il manquait de se signer tandis qu’il fuyait bénitiers et soutanes…
Il vivait à la ferme, avec sa mère. Son jeune frère était prêtre à Quimper, le père était mort depuis trois ans. Sa femme l’avait quitté pour un gars de la ville, un Brestois. Un mauvais bougre qui vivait de petits trafics, c’était du moins ce qu’on lui avait dit. On lui avait dit aussi que les femmes étaient attirées par les mauvais bougres. Il n’aimait pas entendre cela. C’était un peu comme si l’honnêteté, l’ardeur au travail et la probité, valeurs qui avaient toujours été siennes, étaient une tare. Un appel à la trahison. Il était trop tard pour retrouver une femme, et le cœur n’y était plus. La ferme n’était pas bien grande et les filles à marier étaient peu nombreuses. Il avait atteint l’âge où la vigueur s’estompe et où l’absence de biens était peu attirante. Alors, comme un vieux garçon, il vivait avec mammig ; à quarante-cinq ans passés. Il en avait presque honte…
Mais depuis la fin de l’été, sa mère avait soudainement décliné. Elle approchait de ses soixante-cinq ans, certes, mais il l’avait toujours connue travailleuse et en bonne santé, ne mâchant pas sa peine à la ferme, surtout depuis qu’ils étaient seuls. Cependant, elle avait basculé dans une sorte de déchéance de l’esprit et du corps. Il ignorait pourquoi. Le médecin qui était venu à deux reprises, car ils ne pouvaient guère le payer, l’ignorait aussi. Elle n’avait pas contracté de mauvaise fièvre. Elle ne paraissait atteinte d’aucun mal connu. Mais elle avait perdu tout appétit, mangeait à peine et ses forces l’abandonnaient de semaine en semaine.
Tout semblait avoir commencé en septembre, alors qu’ils revenaient du marché de Brasparts (Brasparz, en breton). Ils y étaient allés pour vendre quelques patates, peu nombreuses à vrai dire car l’été avait été pluvieux. Il se souvenait d’avoir vu un homme aborder sa mère. Un type bien plus grand que la moyenne. Bizarrement fagoté. Il l’avait pris pour un pilhaouer ou un galouper, un chiffonnier ou un vagabond. L’échange n’avait pas duré longtemps, juste quelques secondes. Le gars s’était penché vers elle, lui avait murmuré quelque chose à l’oreille. Il n’avait pas vu son visage, que recouvrait une grande capuche de berger alors que le temps était chaud et sec. Ils étaient à quelques mètres à peine. L’homme avait eu un geste ample du bras, puis il avait franchi à une vitesse étonnante la distance qui le séparait d’une vieille carriole et il avait littéralement disparu de sa vue. Il faut dire que Jorj, Georges, c’est ainsi que le fils s’appelait, avait gardé les yeux rivés sur sa mère après ce bref échange durant lequel elle était restée silencieuse. Il la reconnut à peine. Dans la lumière de cette fin d’été, c’était comme si un voile blanc était soudainement tombé sur son visage, lui ôtant toute couleur, faisant refluer son sang en un lieu invisible. C’était comme si l’inconnu l’avait emporté dans les plis de sa houppelande…
Il avait eu beau la questionner, elle avait refusé de dire ce qu’il lui avait murmuré à l’oreille. Non seulement elle avait nié avoir parlé à ce grand bonhomme, mais, pire encore, pour elle, il n’avait tout simplement jamais existé.
« Jorj, tu as eu la berlue », disait-elle.
Et jamais elle n’avait voulu en démordre.
Alors, il avait cessé d’y penser. Mais le voile blanc sur le visage de sa mère ne l’avait pas quittée. Et depuis, elle n’avait plus souri. Au fond de lui, Jorj était certain que c’est à compter de ce jour que tout avait commencé…
Le sourire enfui n’était que le début.
Le mal mystérieux qui la rongeait en silence, jour après jour, avait emporté le reste. Elle se plaignait d’une douleur sourde mais impossible à définir précisément. D’ailleurs, le lien que Jorj avait tissé avec sa mère était si fort qu’il ressentait lui aussi une vague douleur au ventre, des vertiges légers, qu’il surmontait néanmoins.
Pour ce qui était de sa mère, depuis la mi-octobre, il ne restait plus que délires, maigres collations qu’elle conservait à peine, amaigrissement épouvantable, gémissements lancinants, puis, finalement, les cris.
Mais celui-ci, en cette nuit profonde, n’était pas comme les autres.
Il était effrayant car il était provoqué par la terreur.
Jorj pénétra dans la petite pièce où sa mère dormait, ses pieds glacés par le sol, mais le cœur pris dans un vent de braise. La chambre était faiblement éclairée par la lune. On aurait dit qu’un de ses croissants, minuscule, était posé sur l’oreiller. Ce n’était pas la lune. Il sentit une main invisible serrer sa gorge. La peur, une peur indicible. La pâleur sur l’oreiller, plus blanche que le plus blanc des linceuls, c’était le visage de sa mère, les yeux grands ouverts, la bouche béante dans un horrible rictus. Elle avait le visage tourné vers l’étroite fenêtre, mais il comprit, sans porter la main vers elle ni même lui parler, qu’elle était morte.
Morte.
Il sursauta. La fenêtre avait claqué brusquement, comme si un étrange vent glacial l’avait aspirée vers l’extérieur. Dans la timide lueur lunaire, il n’avait pas vu qu’elle était ouverte en entrant dans la chambre. La vitre se fendit sur toute la longueur. Il se força à suivre le regard enfui, figé, de sa mère, vers la nuit. Alors, l’espace d’un instant, qui lui comprima la poitrine dans une étreinte terriblement douloureuse, lui provoquant un vertige inconnu, lui, l’homme fort, le fils qui pourtant n’avait peur de rien, il l’aperçut.
Il vit son visage, ou plutôt ce qui en tenait lieu.
Juste un bref moment, derrière le carreau brisé voilé par la brume.
Et deux yeux, couleur argent, froids comme ceux d’une statue, qui le fixaient.
Il n’avait jamais vu un tel regard, cependant il lui rappela confusément quelque chose. Un vague souvenir…
Puis un nuage masqua la lune et il ne resta plus que la nuit noire, lui et sa mère morte, sa voix tue à jamais.
« Les nuits d’étoiles nous apprennentcombien il y a d’âmes défuntes,depuis que le monde est monde.Les étoiles qui brillent très clair sont les âmesqui jouissent de la gloire éternelle ;les étoiles qui brillent à peine sont les âmesqui n’ont pas encore terminé leur purgatoire ;les étoiles qui brillent tristement et sans éclatsont les âmes perdues. Les groupes d’étoiles sont lesmorts d’une même famille, réunis. »Anatole Le Braz. La Légende de la Mort.
20 novembre 1901. Port-Blanc.
Le commissaire Dantec franchit le seuil de la maison des Le Braz et y pénétra. Avant de refermer la porte, Anatole jeta un regard vers le ciel de Port-Blanc. Comme la plupart du temps en Bretagne, le vent du nord qui avait apporté la pluie de novembre avait cédé la place au vent d’ouest qui avait chassé les nuages. La lune gibbeuse était visible et les millions d’étoiles miroitaient, faiblement, tristement, ou plus lumineusement. Il remarqua que les étoiles groupées paraissaient plus scintillantes que celles qui étaient isolées. Il repensa à ce qu’il avait collecté pour écrire La Légende de la Mort chez les Bretons armoricains.
Lorsque les défunts d’une même famille sont réunis, leur rassemblement se voit dans les cieux. Il attendit presque un signe, de là-haut, lui indiquant quels astres, le contemplant des tréfonds de l’espace, symbolisaient tous les siens partis pour l’au-delà.
Il n’y eut point de signe. Il rentra chez lui et referma la porte. Dantec était resté dans l’entrée et le regardait attentivement. Les deux hommes se fixèrent un moment en silence. Ce n’était ni de l’embarras ni de l’impolitesse. C’était une prise de connaissance, un ressenti mutuel. Aucun d’eux ne jaugeait l’autre. Une communication intense, brève, mais non verbale.
Dantec apprécia immédiatement l’homme dont on lui avait vanté les nombreux mérites. Plus grand que lui d’une bonne tête, corpulent mais sans excès, le visage long, franc et ouvert, une barbe poivre et sel en pointe, une moustache fournie en guidon de vélo mais soigneusement taillée, des cheveux assortis à sa pilosité, séparés par une raie sur le côté gauche et ondulant en deux mèches vers l’arrière du crâne. Des sourcils noirs, bien dessinés.
Et un regard. Quel regard !
À la fois pénétrant et bienveillant, qui lisait en vous comme dans un livre ouvert mais sans impudeur, sans irrespect. Des yeux qui sondaient la « température » de l’être que vous étiez, en quelque sorte. Dantec avait vu une photographie de Le Braz, sur laquelle la nature de l’homme transparaissait déjà étonnamment, mais l’avoir en face de lui prenait une tout autre mesure. Il comprenait pourquoi ses étudiants l’appelaient « L’As » : cet homme bouillonnait d’intensité, mais il semblait parfaitement la contrôler pour s’adapter à ses interlocuteurs.
Fort avec les forts, bienveillant envers les faibles.
Le commissaire comprit pourquoi il avait la réputation d’être autant à l’aise derrière un pupitre de conférencier qu’assis dans la cour d’une ferme ou auprès de l’âtre, pour recueillir les témoignages, les contes, les « signes » qui lui avaient permis de rassembler les quatre cent quatre-vingt-quinze pages de La Légende de la Mort éditée à Paris, chez Honoré Champion, en 1893.
Il avait d’ailleurs acquis, de justesse car le premier tirage était épuisé et une réédition en cours, un exemplaire de cet ouvrage, relié en demi-basane.
Vêtu d’un costume noir de bonne facture, d’un col blanc à la lavallière nouée surmontant un gilet de laine de la même teinte, l’homme que Dantec avait devant lui était exactement le partenaire qu’il lui fallait pour mener à bien sa mission. Il ne lui restait plus, et ce ne serait probablement pas une mince affaire, qu’à l’en convaincre. Malgré sa réputation de meneur d’hommes, ses succès d’enquêteur, sa forte personnalité, Dantec se sentit impressionné par Le Braz comme il ne l’avait pas été depuis fort longtemps. Et les fines rides qu’il discerna autour de ses yeux magnétiques, le front barré d’un pli malgré la peau encore très lisse, étaient le témoignage discret mais perceptible des épreuves douloureuses que l’auteur avait traversées quatre mois plus tôt. Elles auraient jeté à peu près n’importe qui à terre.
Mais cet homme-là, non.
Et lors de cet échange muet, qui dura bien moins longtemps qu’il n’en faut pour le décrire, Le Braz, de son côté, observa Dantec, s’imprégna de ce qu’il percevait, de ce qui émanait de lui.
Sur le plan physique, l’homme était plus petit que lui, certes, mais il dégageait une force, une solidité qui ne devaient rien à sa taille. Il était comme ramassé, prêt à bondir, tel un fauve, alors que rien ne trahissait en lui la moindre agressivité en cet instant, bien au contraire. Râblé mais élégant, un visage sans beauté particulière néanmoins éminemment charismatique, et ce qui frappa le plus Anatole, des yeux semblables à la mer d’Iroise. D’un bleu aussi complexe que profond, d’une grande intensité. Légèrement turquoise, à la fois grisé et blanchi. Il n’avait jamais vu une telle couleur dans les yeux de quiconque.
Tout le reste de la physionomie du commissaire en devenait relativement banale bien qu’il ne portât ni moustache, ni barbe, ni favoris, ce qui était rare pour l’époque. Des cheveux coupés court, d’un noir de jais. Malgré son vêtement de protection automobile, sa mise était élégante et il dévoila des mains étonnamment aristocratiques alors qu’il retirait en silence ses gants de peau. Des mains pâles, assorties à son teint.
Le Braz, n’eût été sa taille plus petite, pensa immédiatement au héros de Sir Arthur Conan Doyle – qui était né à peine un mois après Le Braz –, à son enquêteur hors pair : Sherlock Holmes. On ne devait pas en conter à cet homme-là, il valait mieux se retrouver du bon côté de l’enquête, car il détenait en lui une détermination à toute épreuve, à n’en point douter.
Cela ne fut pas pour rassurer Le Braz. Car avoir un tel personnage, chez lui, à cette heure, en un soir de novembre, ne présageait pas un océan de tranquillité. Mais, après tout, la tranquillité n’était pas le meilleur moyen de le tirer de son chagrin…
L’échange muet cessa.
Anatole Le Braz le rompit.
— Passons à mon bureau, sauf si vous préférez prendre une légère collation. Vous êtes peut-être fatigué par la route ?
— C’est très aimable à vous, mais j’arrive de Lannion. J’y ai récupéré mon automobile et je n’ai parcouru qu’une vingtaine de kilomètres.
La voix était chaude, aimable, posée mais ferme. Une voix qu’il était probablement préférable, pour ceux légitimement susceptibles d’en provoquer le courroux, de ne pas voir s’élever.
— Fort bien, dit Le Braz. Alors, je vous précède ; vous pourrez vous mettre à l’aise et vous réchauffer en m’expliquant précisément ce qui me vaut votre visite…
« Dans la poussière du temps, dans les secretsenfouis, dans les ombres du passé,naissent les vengeances de demain… »Extrait des carnets secrets d’Anatole Le Braz.
20 novembre 1901. Port-Blanc.
Anatole Le Braz laissa le commissaire Dantec s’installer dans le grand fauteuil trônant dans son bureau. Il prit place lui-même sur une chaise modeste et ancienne. Dantec ne sembla pas très à l’aise car le fauteuil, bien que confortable, ne mettait pas sa taille moyenne en valeur.
Face à lui, sur sa chaise, Le Braz prenait presque des allures de géant. Dantec avait l’habitude, lors des interrogatoires, de dominer les suspects, c’était une tactique assez répandue. Mais ici, pour l’heure, il se sentait en position d’infériorité. Ce n’était évidemment pas ce que Le Braz avait en tête. Son expertise en matière humaine lui fit immédiatement comprendre, à la vue du langage corporel et des regards que le commissaire lui jetait, que ce qui relevait pour lui de la plus élémentaire politesse – offrir à son hôte le meilleur siège de son antre – n’était pas interprété de cette façon.
Il se leva.
— Finalement, et si vous n’y voyez pas d’inconvénient, commissaire, je vous propose de nous asseoir de part et d’autre de mon bureau. Vous serez peut-être moins confortablement installé, mais si je dois prendre quelques notes, ce sera plus aisé.
— Avec plaisir, répondit Dantec dans un sourire.
Il avait parfaitement compris que Le Braz avait immédiatement décrypté l’inconfort mental qui était le sien dans ce fauteuil, qu’il aurait apprécié en d’autres circonstances. La route de Lannion à Port-Blanc était bien peu damée, et les suspensions de la De Dion-Bouton étaient plus que sommaires. Il avait beau être musclé, son postérieur avait été mis à rude épreuve…
Le Braz réorganisa rapidement l’espace, tirant sa chaise devant le bureau et s’asseyant de l’autre côté, sur son fauteuil de travail ; un fauteuil banc en chêne brun, à l’assise ornée de motifs celtiques et au dossier portant un couple de Bretons sculptés dans le bois.
Malgré tout, il s’avéra que Le Braz dominait encore plus Dantec ; ce dernier se retint de pousser un profond soupir et, devant l’humour involontaire de la situation, il le transforma finalement en un sourire plus large.
Décidément, que cette brève mise en scène eût été décidée ou non, cet Anatole lui plaisait beaucoup…
Le Braz lui rendit son sourire, ce qui illumina son visage en un mélange de malice bienveillante et de complicité.
— Alors, commissaire, ma curiosité est éveillée. J’ai hâte que vous m’expliquiez en quoi l’aide d’un modeste auteur et collecteur de folklore breton peut vous être utile.
— Tout d’abord, je vous remercie de m’accueillir dans votre demeure. Rien ne vous y obligeait et particulièrement sans que vous ayez été informé préalablement de ma venue, de quelque manière que ce soit.
— Vous accueillir est un plaisir, du moins je l’espère…
Le sourire malicieux se dessina de nouveau sur le visage d’Anatole.
— Et j’imagine que vous n’ignorez rien de ce qui est arrivé aux miens il y a peu. Bien que ce ne soit pas cela qui vous amène, puisque d’enquête, il n’y a eu nul besoin. Le destin est ainsi fait : le bonheur croise souvent la route du malheur, et généralement au moment où l’on s’y attend le moins…
Dantec ouvrit la bouche, mais Le Braz chassa d’un geste ce qu’il s’apprêtait à dire.
— Rassurez-vous, commissaire, vous n’arrivez pas au mauvais moment. Ce mauvais moment, l’un des pires de mon existence jusqu’à ce jour, est désormais passé. Et comme, dans cette vie, rien ne peut changer le cours du temps et de ses évènements, aussi tragiques puissent-ils être, notre lot est d’avancer, de poursuivre, même douloureusement, nos existences. Bien que j’ignore encore précisément ce qui vous amène, je ne crois pas au hasard. Car rien de ce qui fait le fruit de mon travail, depuis que je me suis mis en quête de collecter le patrimoine humain, spirituel, et la plupart du temps inexplicable, scientifiquement parlant, de notre Bretagne, n’est de mon point de vue dû au hasard. La superstition ne fait pas partie de mes convictions mais ses manifestations, que j’appellerais autrement, sont l’essence même de l’âme bretonne. Pardonnez-moi cette brève introduction, mais si vous êtes ici, en cette soirée de novembre, je suis convaincu que c’est la destinée qui vous envoie. Pour me sortir de ma torpeur délétère. Alors, si je puis vous venir en aide, de quelque manière que ce soit, je m’en réjouis, croyez-moi. Vous êtes peut-être l’aiguillon qui me fera avancer, bien que j’aie du travail en cours et des projets à mener.
Un bref silence s’installa. Dantec avait été touché, au-delà des mots, par ces paroles. Elles exprimaient la quintessence de ce qu’il avait entendu dire de Le Braz. Sincérité, intelligence, honnêteté, et une pointe de lyrisme ; sans manières, sans affectation. Auxquelles s’ajoutait un penchant inné pour ce que l’on appelait, le plus souvent avec un profond mépris, le surnaturel. L’inexplicable était le moteur même de l’existence de cet homme ; pourtant l’irrationnel ne l’entraînait pas vers la déraison. Peu nombreux étaient ceux qui pouvaient se vanter de savoir définir une frontière entre l’appel de l’inconnu, de ses énigmes, et le pragmatisme.
Le Braz était visiblement de ceux-là.
Dantec jeta un regard autour de lui, ce qu’il n’avait pas pris le temps de faire jusqu’alors.
Le bureau était de taille modeste, empli de livres, de documents, dans un désordre cependant ordonné par son propriétaire. Il ne devait pas y être aisé de faire le ménage, mais il était peu probable que cela soit tout simplement autorisé.
Dantec savait que Le Braz était marié depuis vingt ans à Marie-Augustine Le Guen, veuve Donzelot, dont il avait eu deux filles et un fils ; il élevait, comme ses propres enfants, la fille et les deux garçons issus du premier lit de son épouse.
Mais, à cette heure, la maison semblait déserte.
Ils étaient seuls.
Dantec se jeta à l’eau.
— Je vous remercie de votre compréhension. Je vais aller droit au but, mais il me faudra vous donner quelques éclaircissements. Ce que j’attends de vous n’est, ni plus ni moins, et en fonction de vos disponibilités, car je vous sais très pris, qu’une véritable collaboration dans la résolution de deux meurtres qui échappent totalement à nos investigations.
Voyant que Le Braz, les sourcils levés, s’apprêtait à l’interrompre, probablement pour témoigner ses doutes en matière de compétences policières, Dantec à son tour lui intima poliment de la main la demande expresse d’attendre.
— Je vous dirai tout ce que nous savons, et la raison de ma présence en Bretagne, sur la terre de mes aïeux ; je n’omettrai rien. Mais, si je suis ici, c’est parce que dans ces crimes, des éléments dépassent largement nos compétences de police. Et, surtout, parce que, malgré les nombreuses recherches, en dépit de toutes les patrouilles, le meurtrier – car mon intime conviction me porte à croire qu’il ne s’agit que d’un seul et même individu – demeure insaisissable. Et l’on ne sait, à ce stade, ni ce qui motive ses crimes odieux ni les raisons de leurs sinistres mises en scène.
— Mises en scène ? questionna Le Braz. Ma foi, il n’en demeure pas moins que je ne vois guère en quoi je puis vous être d’une quelconque utilité. Mais vous avez toute mon attention…
Dantec n’en douta pas, car il vit que l’œil de son hôte frisait, avec une curiosité quasi gourmande.
— Eh bien, tout me porte à croire que le surnaturel est à l’œuvre dans son modus operandi. Qu’il est même la source de son inspiration macabre, en quelque sorte…
Dans le regard de son interlocuteur, Anatole lut à quel point cette déclaration, peu cartésienne, lui coûtait.
— Le surnaturel ? Diantre ! Vous m’en voyez à la fois surpris, et, je vous dois bien de l’admettre, ravi…
— Ravi ? s’étonna Dantec en levant un sourcil interrogatif.
— Oui, confirma Le Braz. Ravi, cher commissaire, je vous le confirme, bien que mon ravissement soit tempéré par un zeste d’inquiétude, je ne vous le cache pas. Et voici pourquoi : il y a deux raisons à cela. La première est que vous n’êtes pas sans savoir que l’essentiel de mon travail durant ces dernières années fut de collecter tous les témoignages ayant trait à la présence de l’invisible, sous toutes ses formes, dans notre belle région, même s’il lui arrive parfois de montrer le vilain bout de son nez, et bien que cet invisible, pour beaucoup, demeure également indicible, inexprimable. Quant à la seconde raison, elle est le corollaire de la première. En revenant mener l’enquête au pays de vos pères, vous avez franchi les portes du royaume dans lequel le surnaturel règne en maître… Alors, Alan Dantec, puisque vous me permettez que je vous appelle par votre prénom breton : Degemer mat e Breizh ! Bienvenue en Bretagne ! Et, pendant que nous y sommes, je vous saurais gré de ne plus me donner du monsieur, mais de m’appeler Anatole. Car j’ai le sentiment que nous allons passer bien du temps ensemble…
20 novembre 1901. Port-Blanc.
La conversation entre Anatole Le Braz et Alain Dantec se poursuivit tard dans cette nuit de novembre. Le commissaire avait réservé une chambre chez une logeuse de Port-Blanc, mais il ne quitta son hôte que quelques heures avant l’aube. Il était persuadé que l’accueil que lui ferait l’écrivain serait courtois, certes, mais il ne s’attendait guère à ce que leur premier échange soit aussi dense, fructueux, et, pour tout dire, cordial.
Dantec n’était pas un champion des relations humaines en général, et avec des inconnus en particulier. Cela était dû pour partie à son métier, mais, pour l’essentiel, à sa propre nature.
Sa famille avait des origines ancestrales modestes. Cependant, depuis cinq générations, les Dantec avaient plus que largement développé leur patrimoine. On pouvait les qualifier, selon les critères de l’époque, de famille fortunée.
Cette embellie était le fruit d’un aïeul, Auguste Dantec, originaire de Locronan, qui, cinq siècles plus tôt, s’était associé à un armateur pour développer l’équipement en voiles de la très importante flotte de commerce bretonne.
Le port de Penmarc’h était également le principal port d’armement européen. La manufacture de toiles des Dantec alla même jusqu’à fournir la marine de guerre anglaise. Et, bien que la fin du XVIIIe siècle vît s’amorcer la décadence de l’industrie toilière de Locronan, les Dantec réussirent néanmoins à tirer leur épingle du fil…
