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Le monde de la finance est un milieu très fermé. Le « secret bancaire » est couvert comme un épi de maïs au point de transformer les banques en « boîtes à secrets ». La « cuisine interne » est presque méconnue des papilles gustatives du grand public. Les quelques rares affaires qui éclatent au grand jour sont suffisamment médiatisées. Au moins 2 000 milliards de dollars, l’équivalent de la richesse annuelle de l’Afrique subsaharienne, qui ont circulé dans seulement cinq grandes banques du monde seraient issus de la corruption. La finance est aussi le creuset de pratiques mystiques. Pour la première fois, ce livre tente de lever un coin de voile sur cette face cachée des banques, à travers une série d’histoires aussi fascinantes qu’intrigantes qui traitent du sel pour sceller, de l’encens pour envouter, du bronzage pour conquérir, du canapé pour diriger, de l’épicerie pour un récit épique, du huitième ciel pour une ascension inédite, du vampire pour le pire…
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Seitenzahl: 178
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Les défis du Mali nouveau, 365 propositions pour l’émergence, Amazon, 2013.
Construire l’émergence, un pacte pour l’avenir, 12 axes d’action, 100 propositions pour booster le financement de l’économie, Éditions BoD, 2016.
FCFA, Face Cachée de la Finance Africaine, Et si on vous disait toute la vérité sur le franc CFA…, Éditions BoD, 2019.
Le Sursaut, refonder ou s’effondrer, 200 questions pour comprendre le Mali, Éditions BoD, 2021.
Louange au Connaisseur de l'invisible et du visible Paix et bénédiction sur Son Bien-aimé
« Je n’ai jamais pourri la vie de quiconque. J’ai juste dit la vérité, et ils ont pensé que c’était l’enfer. »
Harry S. Truman
Chapitre introductif
Chapitre 1 : Les pratiques de corruption en milieu bancaire
1- Définition de la corruption en milieu bancaire
2- L’incivisme à la base de la corruption
3- La corruption dans la zone UEMOA
4- La corruption en milieu bancaire
4.1- Un phénomène mondial
4.2- La corruption bancaire dans l’UMOA
5- Pistes de solution : la prévention et la lutte contre la corruption dans les banques
Conclusion
Chapitre 2 : Les pratiques mystiques en milieu bancaire
1- Concept de la « pratique mystique »
2- Les pratiques mystiques : un phénomène répandu
3- La pratique mystique en milieu bancaire
Histoire n° 01 : Sel pour sceller le rang !
Histoire n° 02 : Encens si tu nous tiens !
Histoire n° 03 : Le suicide si je mens !
Histoire n° 04 : Les orques, le grizzli et le léopard
Histoire n° 05 : Un duo pour un duel
Histoire n° 06 : Le devin et l’homme de droit
Histoire n° 07 : Le phénix
Histoire n° 08 : Le huitième ciel, si tu m’attrapes !
Histoire n° 09 : Le vieux temple
Histoire n° 10 : La burqa bancaire
Histoire n° 11 : Un bronzage express
Histoire n° 12 : Le canapé managérial
Histoire n° 13 : Le toit de la toilette
Histoire n° 14 : Une épicerie très épicée
Histoire n° 15 : La cour !
Histoire n° 16 : Le marché des dupes, des entourloupes et des taupes.
Histoire n° 17 : Le cleptomane
Histoire n° 18 : Ces chiens qui sauvent !
Histoire n° 19 : Vous avez dit VIP ? Vous voilà servis !
Histoire n° 20 : Des berges rocailleuses aux bureaux feutrés
Histoire n° 21 : Un vampire pour le pire
Histoire n° 22 : Un drôle de papetier
Histoire n° 23 : Le clandestin
Histoire n° 24 : Une vie pas si ordinaire !
Conclusion
Liste des sigles et abréviations
Bibliographie
« Les journaux regorgent d’histoires de braves gens pris en otages à la banque par des gangsters, mais ils restent muets sur les cas, pourtant plus fréquents, de clients pris en otages par leur banquier. »
Roland Topor
Ah les banques, ces machines à profit, ce monde étrange de chiffres et de lettres, des coupures craquantes aux pièces rutilantes ! Un mal nécessaire ? Un bien précieux ? Rien que l’énoncé du mot « banque » tonne, entonne et détonne dans la riveraineté des acteurs financiers, suscitant tantôt espoir, tantôt cauchemar. En ces temps de sécheresse spirituelle où rien ne résiste au billet de banque (« c’est un sésame et c’est aussi une arme1 »), le banquier est un personnage troublant, qui suscite la fascination ou la répulsion, mais qui ne laisse jamais indifférent.
Dans la toponymie grecque, le terme banque renvoie à la table d’offrandes du monastère. Le métier de banquier, l’un des plus vieux au monde, a été pratiqué dans l’Antiquité, en Mésopotamie, au moins 2 000 ans avant Jésus-Christ. Les banquiers étaient alors « de simples loueurs de coffres et de simples prêteurs sur gages ». Il est reconnu que Hammourabi, sixième roi de la première dynastie de Babylone, fut le premier à édicter une loi bancaire (1750 avant J.-C.)2. Dans ce domaine aussi, l’Afrique fut quand beaucoup n’étaient pas encore. L’Égypte ancienne fut ainsi l’une des premières civilisations à organiser l’activité bancaire et en fit même un privilège royal, plusieurs siècles avant notre ère3.
En Afrique de l’Ouest, les premiers guichets bancaires modernes apparurent à la fin du XIXe siècle. Un an après avoir été proclamé empereur des Français sous le nom de Napoléon III, Louis Napoléon Bonaparte signa le 21 décembre 1853 le décret portant création de la Banque du Sénégal4. Cette date consacre le démarrage effectif de l’activité bancaire classique dans la partie francophone du continent africain. Dans une zone en proie à de fortes tensions, l’activité bancaire reste rythmée par les sauts et soubresauts des acteurs financiers, de leurs pays de présence et de l’environnement mondial.
Dix-sept ans après le déclenchement de la dernière crise financière, des milliers de personnes en Occident, ruinées par les banques et dépouillées de leurs maisons, continuent de squatter les rues et émargent à la précarité. L’Afrique, la grande absente de la finance mondiale (1% des flux financiers), faiblement intégrée (5% des échanges internationaux) et fortement fragmentée (50% des pauvres du monde), n’a eu que les échos de cette crise internationale. À la périphérie des délices et des caprices d’un monde en perpétuels mouvements, elle pourrait se sentir heureuse de cette « immunité naturelle ». Pour autant, son système bancaire oscille entre sauts et soubresauts.
« Il n’existe pas de banques en Afrique francophone mais des comptoirs financiers. » Celui qui avait prononcé cette phrase terrible n’était pas un agitateur du dimanche. C’était une référence de la finance africaine qui vient juste de nous quitter. Il se nommait Pierre Claver Damiba, premier président de la Banque Ouest africaine de développement (BOAD), ancien haut fonctionnaire international du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), de la Société financière internationale (SFI) et de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF). En octobre 2019, devant un parterre d’étudiants, de banquiers et de financiers, l’ancien ministre burkinabé se justifiait : « Lorsque vous allez avec votre projet auprès d’une banque, le professionnel qui vous accueille ne vous demande pas quelle est la rentabilité de votre projet, de votre entreprise. La première question qu’on vous demande, c’est quelles sont vos garanties, vos suretés réelles ? Et si vous n’en avez pas, le professionnel vous dit simplement qu’il ne peut pas vous accompagner. Et vous repartez avec votre projet dans le cœur sans pouvoir le réaliser5 ». Le regretté économiste burkinabè n’a pas tort. En Afrique subsaharienne, les difficultés d'accès au financement bancaire des PME, qui représentent plus de 90% du tissu entrepreneurial, sont un secret de Polichinelle. Le déficit actuel de financement de ce segment essentiel de l’économie est estimé à plus de 300 milliards de dollars. Pour l’ancien dirigeant de banque Khalid Oudghiri, « le véritable drame serait que des gens ayant des idées et des projets prometteurs ne trouvent pas de moyens de financement6 ».
La banque, ange ou démon ? « Dans les circonstances difficiles, les moines feront ce qu’ils pourront », ainsi s’exprimait saint Benoît en référence aux limites de l’engagement. Pendant les périodes de grand frémissement socio-politico-sécuritaire qui ont émaillé l’histoire récente du continent africain, et malgré le durcissement des normes réglementaires, les institutions bancaires se sont acquittées, du mieux qu’elles pouvaient, mais non sans peine, de leur double charge d’apporter de la confiance à leurs déposants et de la liquidité à l’économie. De nombreux dirigeants d’entreprises, promoteurs et ménages ne vous diront que du bien de leur banque, sans laquelle le projet de leur vie n’aurait pas vu le jour, leur affaire n’aurait pas prospéré. Et pour tout ce beau monde, le banquier est leur allié sûr, le partenaire idéal, et même le sauveur.
La banque, ange ou démon ? Sous un autre prisme, il suffit juste de tendre l’oreille lors des débats et des échanges consacrés à la bancarisation des populations et au financement de l’économie pour entendre les établissements de crédit traiter de tous les noms d’oiseaux. À visage découvert ou sous cape, les critiques fusent de partout. Il est difficile de ne pas trouver un usager de l’industrie bancaire qui n’ait pas une belle (pour ne pas dire autre chose) histoire à raconter et à partager. Tenez, un de ceux-ci, rencontré au hasard lors de l’une de nos nombreuses escapades sur la Toile, s’indigne : « Comment nommer la banque aujourd'hui ? On n'y voit que du feu sans doute parce que c'est le pompier qui souffle sur l'incendie. » Nous-même, membre d’un de ces nombreux forums d’échanges, avions fait le constat de l’acrimonie de certains chefs d’entreprises, “banquiphobes”7 peut-être, distribuant sans compter les formules incriminant les institutions financières : « Un banquier, c'est quelqu'un qui vous prête un parapluie par beau temps et vous le reprend lorsqu'il commence à pleuvoir », « les banquiers ne font que voler ; même les oiseaux s’arrêtent de temps à autre ». « La banque est un piège à comptes », disait le comédien Jacques Pater. « Lorsque vous déposez de l'argent sur votre compte en banque, il ne vous appartient plus vraiment. Par un jeu d'écritures, vous êtes titulaire d'un simple droit de créance à l'égard de votre banque qui vous doit votre argent. Donc lorsque vous entendez “il va falloir faire payer les créanciers privés”, dressez l'oreille : on parle peut-être de vous », prévient Simone Wapler, auteure de l’ouvrage Pouvez-vous faire confiance à votre banque ? (Ixelles Éditions, 2014). Tous ces griefs mettent en cause la politique de prise de risque des établissements bancaires jugée trop frileuse.
À quand les banques éthiques qui promeuvent les questions sociétales, environnementales et climatiques ? À quand les banques démocratiques « pilotées de manière démocratique par tous ceux qui sont concernés par leur activité – usagers, salariés, représentants de la société civile, actionnaires – participant à parts égales aux instances de direction8 » ?
Depuis une dizaine d’années, la banque française Monabanq tente d’« humaniser » ses relations avec ses clients. En ligne, elle signe non sans un zeste de provocation : "La banque qui met les gens avant l'argent", en cohérence dit-elle avec la raison d'être de son groupe d’appartenance Crédit Mutuel ("Ensemble, écouter et agir"). Est-ce à dire que les autres banques mettent l’argent avant les gens ? La question mérite d’être posée… Mais passons ! Pour donner corps à son slogan commercial, Monabanq souligne qu’elle est « une banque sans frais cachés » et qu’elle est « accessible sans condition de revenus ». Et, apparemment, ça marche. Puisqu’en 2024, elle est « élue service client de l’année pour la 8ème année consécutive9 » En revanche, tout en collectionnant les distinctions et les trophées, elle enchaîne aussi les pertes : -16,4 millions d’euros en 2023, -17,1 millions en 2022, -12,7 millions en 2021 et -9,7 millions en 202010. À l’évidence, la satisfaction des clients a un coût. Difficile, dans ces conditions, de concilier les affaires avec l’affect !
Que personne ne se trompe, la banque n’est pas une institution démocratique. Elle ne l’a jamais été nulle part et, ce n’est pas sous nos tropiques, qu’elle le sera. Les prises de décision en milieu financier sont à mille lieues des procédés de la cité antique d'Athènes, et en retrait de la célèbre formule d'Abraham Lincoln, tournée en lazzi pour la circonstance, « la banque du peuple, par le peuple, pour le peuple ». D’ailleurs, il faudrait bien être naïf pour penser que les orgies bancaires sont aseptisées. Elles ne l’ont jamais été et elles ne le seront jamais. Pas plus, elles ne pourraient être un refuge de bisounours et de câlinours, encore moins un sanctuaire pour les esprits faibles et les âmes sensibles. Les images exceptionnelles d’une rare intensité émotionnelle, remarquablement mises en scène sous le vocable RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) et diffusées à profusion dans les médias et sur les réseaux sociaux par certains établissements de crédit, portant secours à des populations démunies ou épousant d’autres causes nobles, font partie des multiples facettes de la communication institutionnelle.
À vrai dire, les banques ne sont ni des anges ni des démons. Elles sont loin d’être des abbayes, même si la discrétion de leurs préposés et la retenue de leur management, enrobées sous le voile du « secret bancaire », peuvent laisser penser à des anachorètes. Selon une perception répandue, les banques ressemblent à des entreprises complexes et opaques dès que l’espace réservé à la clientèle s’estompe. Pour une entreprise qui collecte de l’épargne publique, c’est une forme de doxa qui brouille inutilement la réalité.
Le discours ambiant veut que le client soit roi. Mais, apparemment, c’est un monarque qui ne règne pas sur le secteur bancaire. L’avidité supposée de certains acteurs financiers en serait la raison. « Votre banquier est le seul commerçant qui peut vous prendre de l’argent sans vous demander votre avis et sans même vous avertir11 », écrit Attac & Basta ! Les auteurs de Le livre noir des banques (LLL, 2015) indiquent que certains produits bancaires sont inutiles. Pour appuyer leur affirmation, ils prennent l’exemple « sur un package de 10 services proposé par Société générale, deux services sont utiles, trois peu utiles et cinq plus avantageux quand ils sont achetés individuellement12. »
La banque au carré rouge et noir n’est pas la seule indexée. Selon le rapport 2023 de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), une banque française sur cinq prélève des frais bancaires injustifiés ou excessifs sur leur clientèle. C’est ainsi que plusieurs banques ont dû payer des fortes amendes, en plus de l'obligation de rembourser leurs clients. L’une d’entre elles s’est vue infligée une amende record de 4,5 millions d’euros13. Même si ces banques sont frappées au portefeuille, ces sanctions paraissent peu dissuasives si l’on sait que leur montant est presque dérisoire par rapport aux 6,5 milliards d'euros de frais prélevés, chaque année, par l'industrie bancaire française sur leur « aimable clientèle ».
Ainsi donc, pour certains la banque serait synonyme d’ « abus » et d’« arnaques », au point de faire tenir des propos pour le moins alarmistes à l’industriel américain Henry Ford : « Il est appréciable que le peuple de cette nation ne comprenne rien au système bancaire et monétaire, car si tel était le cas, je pense que nous serions confrontés à une révolution avant demain matin. »
Un parlementaire français comparait, en des termes peu avenants, le banquier au "marchand de bonheur" : « Voilà bien des années que "le marchand de bonheur" ne se présente plus sous les traits du vagabond de Jean Broussolle, avec lequel les Compagnons de la Chanson enchantaient la France des années 1960. Le marchand de bonheur a pris les traits d’un jeune monsieur souriant et bien vêtu, portant toujours une cravate, respirant le sérieux et inspirant la confiance, assis derrière un guichet propret et en imposant par ses accessoires technologiques, à deux pas des rayons de toutes les tentations. Il a aussi pris l’aspect de dépliants et de prospectus alléchants, sur papier glacé, qui vous appellent par votre nom et vous font miroiter un crédit facile14. » Les marchands de bonheur sont-ils devenus des marchands d’illusions ? s’interrogeait l’homme politique français.
Les banques gagnent-elles à tous les coups ? C’est la fâcheuse impression qu’elles donnent surtout lorsqu’elles affichent des profits obscènes. Avec une pointe d’ironie mordante, Voltaire disait : « Si vous voyez un banquier se jeter par la fenêtre, sautez derrière lui : vous pouvez être sûr qu’il y a quelque profit à prendre ». Mais, en réalité, ce n’est qu’une vue de l’esprit. Les banques sont des entreprises mortelles. Elles naissent, grandissent et meurent. Et il arrive même qu’en cas d’accident, les airbags (coussins de sécurité) censés être automatiquement activés ne puissent pas fonctionner ou même marcher et être inefficaces pour faire face à l’ampleur et à l’intensité du choc. La fameuse formule des spécialistes de broderie bancaire – « Trop gros pour faire faillite » – a montré ses limites. Entre 1970 et 2011, l’économie mondiale a connu 431 crises bancaires importantes. Le sémillant journaliste Adama Wade ne disait-il pas que « l’embonpoint n’est pas toujours synonyme de bonne santé » ? Certaines banques ont besoin de chirurgie lourde pour les remettre sur pied et, pourtant, on continue à leur administrer une tisane.
L’année 2023 restera comme le révélateur d’un nouveau dysfonctionnement financier à l’échelle mondiale. Elle aura été marquée par une succession de faillite de grosses banques américaines. Ainsi, trois banques régionales, à savoir la Silicon Valley Bank, la Signature Bank et la First Republic Bank, totalisant 440 milliards de dollars d’actifs, ont fermé les unes après les autres, en l’espace seulement de quelques mois.
La déflagration des secousses qui s’est propagée sur le continent européen a failli emporter la Suisse, fleuron de la finance mondiale. Le Credit Suisse, deuxième banque du pays avec 540 milliards de dollars d’actifs15, s’est retrouvé en défaut de paiement en quelques jours. Il a été racheté in extremis par le leader UBS avec l’intervention décisive du gouvernement helvétique. Pour l’histoire, il faut rappeler qu’en novembre 2022, Crédit Suisse avait payé 238 millions d’euros à l’État français pour éviter des poursuites pénales pour démarchage illégal de clients et blanchiment aggravé de fraude fiscale pour avoir dissimulé environ 2 milliards d’euros. Quant à UBS, elle avait été sanctionnée en février 2019 pour des faits similaires, avec une amende record de 3,7 milliards d’euros, une note qui a finalement été ramenée à 1,8 milliard d’euros en décembre 2021.
Faux procès, alors ? De tout ce qui se dit et s’écrit sur les banques, il y a certainement beaucoup d’inexactitudes et d’approximations qui auraient pu être rectifiées par les professionnels du métier à travers une communication raisonnée et ciblée, et ainsi éviter d’inconvenants ramdams médiatiques à leurs établissements.
Il faut tout de même rappeler que la banque est une entreprise comme toutes les autres. Elle gagne autant qu’elle perd. Même s’il est vrai qu’elle a le verbe haut quand le « génie sort de la bouteille » et fait profil bas en « période de vaches maigres ». À chaque messe médiatique, on joue des coudes pour écarter les rabat-joie, on s’assure sans cassure entre bouteen-train des « solides performances commerciales et financières » réalisées malgré une « conjoncture très difficile et instable ». Le tout arrosé par des trophées et des distinctions aussi prisés que grisés émanant, bien souvent, d’organisations sponsorisées ou parrainées. Et ce jeu continue jusqu’au jour où l’enjeu déjoue tous les vœux. Patatras ! L’oscar se transforme en canular, le caviar en cauchemar, le nectar en avatar… Et pataquès ! Le bénéfice devient un artifice, l’édifice un maléfice, l’office un sacrifice…
La finance mondiale est aussi souvent le creuset de pratiques mythiques, mystiques et mystérieuses. Pour la première fois, ce livre tente de lever un coin de voile sur cette face cachée des acteurs bancaires, à travers une série d’histoires romancées, aussi fascinantes qu’intrigantes, traitant du sel pour sceller, de l’encens pour encenser, de l’épicerie pour un récit épicé, du bronzage pour conquérir, du canapé pour diriger, du huitième ciel pour une ascension inédite, d’un duo pour un duel, du vampire pour le pire…
1 Yves Theriault, Les vendeurs du temple, éditions de l’Homme, 1964.
2https://artkarel.com/tag/evangile-de-luc/
3https://www.persee.fr/doc/mefr_0223-5102_1977_num_89_2_1116
4 BCEAO, Chronologie des évènements marquants de l’histoire de la BCEAO et de l’UMOA,septembre 2017, https://www.bceao.int/sites/default/files/inlinefiles/chronologie_des_evenements_marquants_de_l_histoire_de_la_bceao_et_de_l_umoa.pdf
5https://lefaso.net/spip.php?page=web-tv-video&id_article=80204&rubrique3
6 Compte rendu de la conférence Maroc Entrepreneurs avec Khalid Oudghiri, « La place des champions nationaux dans le développement économique du Maroc : l’exemple d’Attijariwafa bank », 10 mars 2005, www.marocentrepreneurs.com
7 Néologisme désignant les pourfendeurs des banques.
8 Attac & Basta ! Le livre noir des banques, LLL, Les liens qui libèrent, 2015.
9https://www.monabanq.com/fr/index.html
10https://www.pappers.fr/entreprise/monabanq-341792448
11 Attac & Basta ! Le livre noir des banques, LLL, Les liens qui libèrent, 2015.
12 ibid.
13https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/dgccrf/dgccrf/rapports_activite/2023/bilan_activit%C3%A9-DGCCRF_2023.pdf
14https://www.assemblee-nationale.fr/13/rapports/r2150.asp
15https://www.imf.org/fr/Blogs/Articles/2024/03/18/more-work-is-needed-to-make-bigbanks-resolvable
« Ce que d'aucuns considèrent comme indécent, d'autres en remplissent leur récipient avec une indigne fierté. »
Proverbe africain
Dans son ouvrage Combattre la corruption, Robert Klitgaard, ancien professeur à Harvard, faisait remarquer : « La corruption est aussi vieille que le gouvernement des hommes lui-même. Écrivant il y a quelque 2300 ans, le Premier ministre brahmane de Chandragupta dénombrait “au moins quarante manières” de détourner des fonds publics. Dans l’ancienne Chine, on donnait aux responsables une allocation appelée yang-lien, c’est-à-dire destinée à “nourrir l’absence de corruption”. » L’universitaire américain poursuivait : « […] Platon, dans les Lois, parle ainsi de la corruption : “Les serviteurs de la nation doivent s’acquitter de leurs services sans recevoir la moindre gratification.” […] Se forger une opinion et s’y tenir n’est pas chose facile, mais c’est pour un homme le moyen le plus sûr d’obéir loyalement à la loi qui lui dit : “Ne rends aucun service en échange d’un présent’’16 ».
L’histoire retiendra que Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis, a prononcé cette phrase terrible : « Lorsqu’une fois qu’une République est corrompue, il n’y a aucune possibilité de remédier à l’un des maux croissants qu’en supprimant la corruption et en restaurant ses principes perdus ; toute autre correction est ou inutile ou un nouveau mal. »
Selon le Fonds monétaire international (FMI), les pots-de-vin versés dans le monde coûtent chaque année 2% du produit intérieur brut (PIB) mondial, alors que les détournements de fonds publics représentent quelque 5% de la richesse mondiale, soit l’équivalent du PIB de la France17. Au total, le préjudice causé par la corruption se chiffre à plus de 4 600 milliards de dollars. Récemment, un scandale de corruption de haut vol a secoué l’Espagne. Le chef de l'unité anti-blanchiment a été arrêté en début novembre 2024, avec 20 millions d'euros en liquide retrouvés chez lui, soigneusement dissimulés dans les murs et plafonds.
En Afrique, selon les Nations unies18
