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Après le suicide mystérieux d’une patiente au 19 siècle dans la clinique psychiatrique Lalande, une malédiction semble frapper la famille propriétaire de l’établissement. Au 21 siècle, plusieurs membres de la famille sont enlevés et retrouvés, la gorge tranchée. La commissaire Marie Rochat se trouve confrontée à des enquêtes complexes, compliquées par un inspecteur corrompu lié aux réseaux mafieux. Les secrets de famille et les mystères s’entrelacent, rendant chaque avancée de l’enquête plus troublante. La malédiction plane, menaçant de tout engloutir.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Après une carrière riche et variée dans la police, la gestion d’un tea-room avec son épouse et l’industrie pharmaceutique, Jean-Luc Laurent se tourne vers l’écriture. Inspiré par les lieux et les souvenirs de sa jeunesse, il donne vie à des récits captivants. "Le cercle des secrets" est son septième roman publié.
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Seitenzahl: 306
Veröffentlichungsjahr: 2026
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Le cercle des secrets
Le Lampiste
Chronique d’un lynchage politique en Pays de Vaud,
2016, autoédition
Le matou et le barbouze du pape,
2018, Le Lys Bleu Éditions
Le sable pourpre, 2019, Le Lys Bleu Éditions ;
Saliou, 2020, Le Lys Bleu Éditions
La sirène du Larrit, 2022, Le Lys Bleu Éditions
Colères, 2023, Le Lys Bleu Éditions
Les pendus de la Pierre Trouée,
2024, Le Lys Bleu Éditions
Jean-Luc Laurent
Le cercle des secrets
Roman
© Le Lys Bleu Éditions, Paris, 2025
www.lysbleueditions.com
ISBN : 979-10-422-9509-7
À Pierre, mon Frère, mon Aîné
À Toi, bien trop tôt emporté
Par un crabe malin et affamé
Que personne n’a su arrêter
À Toi qui le premier m’as lu et corrigé…
Lausanne, automne 1874
Sur les hauts de la ville, le vaste domaine agricole situé en bordure de forêt avait bien changé. La crise des revenus agricoles au XIXe siècle avait forcé les propriétaires à vendre leurs terres. La dernière parcelle qui comprenait la maison d’habitation, les dépendances ainsi qu’un vaste terrain avait été achetée par une famille de haute lignée, la famille Lalande. Le père, Jules Lalande, était originaire de la région bordelaise, située en Gironde, en région Nouvelle-Aquitaine, dans le sud-ouest de la France. Sa famille était venue s’installer dans la région lémanique depuis quelques décennies déjà, mais lui-même était resté dans son pays d’origine où il avait suivi de brillantes études de médecine. C’était son grand-père qui s’était porté acquéreur du domaine et qui en avait occupé le rez-de-chaussée jusqu’à son décès, alors que ses parents logeaient au premier étage. Ils se trouvaient maintenant bien seuls dans cette vaste demeure dont la plupart des pièces restaient fermées.
Contrairement à son père et son grand-père qui avaient créé et développé une importante étude d’avocats, Jules Lalande avait développé une véritable passion pour la psychiatrie. Il avait suivi sa formation post-graduée à la clinique Sainte-Anne, devenu par la suite le Centre Hospitalier Sainte-Anne, dans le 14e arrondissement à Paris. Mais en 1863, lorsque Napoléon III avait décidé la création d’un hôpital psychiatrique, c’est sur les terrains de la clinique Sainte-Anne que le nouvel établissement hospitalier fut construit. Ce fut alors le développement de violentes luttes intestines qui avaient fortement dégradé l’ambiance qui régnait auparavant dans ces lieux.
C’est alors que Jules Lalande, devenu entre-temps le professeur Jules Lalande, avait décidé d’accepter la proposition de son père d’aller s’installer sur les bords du Léman, dans les hauts de Lausanne. Il était veuf depuis quelques années et finissait d’élever seul sa fille avec l’aide d’une gouvernante. Il avait toutefois émis une seule condition. Que l’imposante demeure familiale puisse être transformée en clinique psychiatrique. Au vu de l’importance des travaux à effectuer, de longues et difficiles discussions avaient eu lieu dans le cadre familial, mais, finalement, Jules avait eu gain de cause et sa proposition avait été acceptée.
Dans le canton de Vaud, la campagne de Cery, sise sur la commune de Prilly, avait été acquise par l’État pour y construire un « asile d’aliénés ». C’était donc pour Jules le dernier moment pour mettre son projet à exécution et ouvrir sa propre clinique. Ainsi, sur les terres du domaine, les communs qui faisaient encore partie des annexes du bâtiment principal avaient été démolis afin de permettre la construction de deux ailes, dont l’une serait destinée à l’administration de la clinique et la seconde, qui lui faisait face, serait attribuée au logement de Jules et de sa famille.
Ces nouvelles constructions donnaient à la bâtisse une allure de château et, très vite, les habitants de la région donnèrent à l’ensemble le surnom de Château Lalande. Les discussions avec les autorités sanitaires avaient été laborieuses, mais finalement, dès la levée des dernières oppositions et l’obtention des autorisations officielles, les premiers patients avaient très rapidement été admis à la clinique, tant les établissements officiels tels que le site du Champs-de-l’air en ville de Lausanne, étaient surpeuplés. Le succès avait été presque immédiat et Jules Lalande commençait déjà à réfléchir à une possibilité d’agrandissement.
Mais les beaux jours de la clinique Lalande n’allaient pas tarder à s’assombrir. Une patiente, Huguette Lavanchy, hospitalisée au deuxième étage, étage réservé aux femmes, s’était donné la mort en se tranchant la gorge dans l’atelier d’un menuisier voisin de la clinique. Comment avait-elle fait pour sortir sans que personne ne la voie, comment avait-elle su mettre la scie circulaire en marche et arriver à se décapiter elle-même, personne ne l’avait compris. Le corps avait été retrouvé au sol par le menuisier lorsqu’il était arrivé le matin à son atelier. La tête, quant à elle, était restée sur le plateau de la machine.
Les hommes de la gendarmerie, sous la direction du commandant Jules Melley, avaient mené leur enquête avec les moyens dont ils disposaient à l’époque, c’est-à-dire pas grand-chose. Tout ce qu’ils avaient pu découvrir, c’était qu’il s’agissait d’une patiente fortement dépressive, hospitalisée dans la clinique voisine. N’ayant aucune piste à suivre et vu l’état psychique de la victime, les enquêteurs avaient décrété qu’il s’agissait d’un horrible suicide et la justice avait classé le dossier. La Feuille d’Avis de Lausanne, quotidien fondé en 1762, en avait fait ses gros titres pendant plusieurs jours, fustigeant les enquêteurs de la gendarmerie, incapables de résoudre cette affaire. Au vu des révélations du quotidien local, ce fait divers était repris dans toutes les discussions de bistrot de la région et la majorité de la population ne croyait pas à la thèse du suicide. Comme d’habitude dans ce genre d’affaires, chaque citoyen se muait en détective et avait sa propre version des faits. Non seulement les gendarmes subissaient les quolibets du peuple, mais la réputation de la clinique avait aussi ressenti les effets négatifs de cette histoire. Surtout que l’État de Vaud venait d’ouvrir l’Hôpital psychiatrique de Cery à Prilly. La concurrence était rude et seule l’excellente réputation du professeur Lalande avait permis de sauver la clinique.
Pourtant, un nouveau fait divers allait porter un coup fatal au seul établissement psychiatrique privé de la région, ce qui réjouit les opposants, partisans de l’idée que seul l’État était capable de gérer de telles entreprises. Simone, l’unique fille du professeur Lalande, avait fréquenté très tôt les cours de l’école normale de gardes-malades à Lausanne, qui deviendra plus tard l’École de la Source. Rapidement, la jeune femme avait été nommée infirmière-cheffe dans la clinique paternelle. Elle logeait dans un petit appartement à côté de celui de son père, ce qui lui permettait de conserver son indépendance tout en restant à proximité immédiate de ses patients. Son père lui avait transmis son sens du devoir. Déjà, celui-ci sentant l’âge arriver, envisageait de lui céder la totalité de la clinique et l’impliquait de plus en plus dans la gestion des affaires.
Une nuit, alors qu’elle était de garde, elle fut appelée par le personnel dans la chambre d’une patiente nommée Berthe Lavanchy, en pleine crise de panique et qui s’était mise à hurler. Elle réveillait tous les autres patients. Il fallait absolument éviter une agitation générale dans l’établissement. Mettant en pratique ce qu’elle avait appris au cours de sa formation, elle avait fait sortir de la chambre les autres membres du personnel et était restée seule pour parler à sa patiente et tenter de la calmer, résultat qu’elle avait obtenu après quelques minutes. La patiente en question n’était autre que la mère d’Huguette, la femme qui avait été retrouvée décapitée dans l’atelier du menuisier voisin. La pauvre femme n’avait jamais pu supporter le drame auquel elle avait été confrontée et avait dû être internée. Jules Lalande, qui estimait avoir une part de responsabilité dans le drame que cette patiente avait vécu, avait décidé de la prendre en charge gratuitement.
Simone avait été retrouvée au petit matin par le personnel qui faisait les premiers contrôles de la journée, gisant au sol dans une mare de sang, la gorge tranchée. Par contre, Berthe Lavanchy, la patiente, n’était tout simplement plus là. Elle avait disparu ! Personne ne l’avait vue passer à la réception, seul lieu de sortie de l’établissement. C’était tout simplement incompréhensible. Elle n’avait quand même pas pu sortir par la fenêtre sans se blesser en sautant depuis le deuxième étage. C’était le mystère complet.
Sitôt appelés, les gendarmes, toujours aux ordres du commandant Melley, étaient accourus rapidement. Toutes les patientes avaient été enfermées dans leurs chambres le temps des investigations. Pas question d’avoir toutes ces bonnes femmes en chemise de nuit errer dans les couloirs et piétiner dans les jambes de la maréchaussée. Dans un premier temps, les hommes qui étaient hospitalisés dans les étages inférieurs furent laissés libres de leurs mouvements, mais bien vite, il s’avéra qu’il n’était pas impossible que l’un d’entre eux ait pu se glisser à l’étage réservé aux femmes. Quelques cas isolés s’étaient déjà produits dans le passé et ceux-ci ne tardèrent pas à se retrouver aussi cantonnés dans leurs chambres. D’une part, il fallait rapidement déterminer si l’une ou l’un d’entre eux pouvait être l’autrice ou l’auteur de ce crime et d’autre part, il fallait impérativement lancer d’autres recherches pour tenter de retrouver la patiente qui s’était volatilisée.
Les premiers constats permirent de relever l’état de la pièce qui était sens dessus dessous, ce qui semblait démontrer que la victime, Simone Lalande, avait tenté de résister à son agresseur. Une deuxième constatation avait semé le trouble chez les enquêteurs. À l’extérieur de la chambre, dans le couloir qui menait à la cage d’escalier, ils relevèrent une trace qui semblait être du sang et qui apparemment s’éloignait de la chambre. C’était clairement l’empreinte d’un être qui avait marché dans le sang de la victime. Une empreinte oui, mais une empreinte de pattes de chien ! Comment un tel animal avait-il pu s’introduire dans la clinique ? Pourquoi ces traces de pattes dans la chambre et le couloir ? Très vite, il s’avéra que le canidé n’avait pas pu venir seul. Mais quelle machination se cachait là derrière ? Les enquêteurs de la gendarmerie cherchèrent longtemps dans tous les sens et dans tous les coins possibles et imaginables. C’était un travail titanesque, mais les moyens à disposition et les connaissances du moment ne permirent pas de solutionner cette nouvelle affaire en relation avec le Château Lalande. Le dossier occupa longtemps le dessus du bureau du commandant Melley, puis celui de son successeur, mais resta désespérément vide.
Le professeur Jules Lalande ne se remit jamais de ce drame. Petit à petit, il était devenu le meilleur client de la pharmacie de la clinique où il allait chercher de quoi essayer de tenir le coup. Mais plus sa consommation de médicaments augmentait, plus il déclinait, jusqu’au moment où il ne fut plus en mesure de remplir sa mission. Quelques mois plus tard, il fit don à l’État de Vaud de sa clinique et de tous les terrains qui l’entouraient. Sa seule condition était que tout cela reste un établissement hospitalier psychiatrique et qu’il soit principalement dédié aux patients les plus démunis. Une fois cette transaction terminée, plus personne n’entendit parler du professeur Jules Lalande. Certaines personnes semblant mieux informées affirmaient qu’il était retourné en France, dans son sud-ouest natal, où sa défunte femme avait été inhumée voilà bien des années.
Tout au long des années précédentes, d’autres membres de la famille Lalande étaient venus s’installer dans la région lausannoise, persuadés que, si Jules avait réussi à se créer une situation enviable, il n’y avait pas de raisons que d’autres n’y arrivent pas. Et effectivement, plusieurs membres de la famille étaient parvenus à des postes enviés de capitaines d’entreprises, voire même de politiciens très remarqués. Pourtant, il semble qu’une malédiction se soit abattue sur la famille Lalande. Après la disparition de Jules, au moins un membre de la famille par génération avait dû être admis à la clinique pour des traitements de longue durée. Et ça semblait ne jamais vouloir s’arrêter.
Lausanne, automne 2022
Depuis quelques dizaines d’années, l’ancienne clinique psychiatrique Lalande avait été revendue par l’État de Vaud à un important groupe. Les autorités sanitaires de l’époque avaient décrété que la promesse faite au professeur Jules Lalande de garder cet établissement au seul usage de traiter des patients souffrant de troubles psychiatriques avait été respectée et qu’il était temps de passer à autre chose. Seul le nom avait été conservé. D’importants travaux avaient été effectués et un bâtiment annexe avait été construit à l’arrière de la bâtisse initiale. Plusieurs blocs opératoires avec salle de réveil et soins intensifs avaient été créés dans les sous-sols, et des laboratoires d’analyse, une chapelle et des stations de radiologie à la pointe des connaissances actuelles avaient été installés dans les deux ailes déjà existantes.
Il s’agissait en réalité d’une clinique destinée à une catégorie de patients fortunés. Sur le parking situé devant l’entrée principale, il était plus fréquent de constater la présence de véhicules portant des plaques d’immatriculation étrangères que vaudoises. Des accords avaient même été passés avec les gouvernements de certains pays du Golfe et il n’était pas rare d’apercevoir quelques magnats du pétrole vêtus de leur qamis ou leur djellaba et la tête surmontée du traditionnel ghutra. Quant aux femmes, enroulées dans leur abaya, elles déambulaient par petits groupes, dès que leur état de santé le leur permettait, dans les somptueux jardins de la clinique.
Le style initial de la maison de maître avait été conservé. Quelques larges marches de granit menaient à l’entrée principale de la clinique où se trouvait la réception. Le marbre dominait dans ce lieu d’accueil qui ouvrait, à droite, sur un restaurant réservé exclusivement aux patients, leurs accompagnants et leurs visiteurs. Un chef étoilé en dirigeait les cuisines. De chaque côté du desk de la réception, de grands escaliers recouverts d’une épaisse moquette de couleur bordeaux, retenue par des baguettes de laiton, menaient au premier étage où étaient répartis les cabinets des médecins agréés dans l’établissement. Sur le mur derrière le bureau de la réception trônait un portrait de Jules Lalande, le fondateur de la clinique, et, le long de l’escalier menant au premier étage, les portraits de tous les directeurs ayant marqué la clinique de leur passage semblaient toiser ceux qui venaient se présenter à la réception de l’établissement.
Malgré les aménagements modernes, la vieille et grande maison avait gardé tout son charme d’antan. Les murs de pierre, solides et imposants, témoignaient du passé glorieux de la demeure tandis que les grandes fenêtres à carreaux laissaient pénétrer la lumière naturelle à l’intérieur. Les anciennes chambres spacieuses avaient été transformées en salles de soins équipées de mobilier médical moderne. Les hauts plafonds voûtés ajoutaient une touche d’élégance à l’ensemble, tandis que les cheminées de marbre que l’on pouvait encore trouver dans certaines pièces rappelaient l’époque où la maison était le symbole de la richesse et du raffinement.
Dans les jardins situés à l’arrière de la nouvelle construction, des arbres avaient été plantés et des bancs installés pour permettre aux patients de profiter de l’air frais et du calme de l’endroit. La vue sur le lac Léman, surplombé par les Alpes de Haute-Savoie s’étendait depuis St-Gingolph jusqu’à la pointe d’Ivoire. La nuit, l’illumination des quais d’Évian-les-Bains créait une illusion de bord de mer. Des allées serpentaient entre des massifs de fleurs colorées, créant une atmosphère apaisante pour ceux qui venaient chercher soins et réconfort dans cet établissement pas tout à fait comme les autres. La clinique ne se contentait pas de soigner les corps, elle nourrissait également les esprits et les âmes, tout en préservant l’héritage d’une maison qui a vu passer tant de vies. La fusion de l’ancien et du moderne créait un environnement unique où chaque patient pouvait se sentir à la fois inspiré et en sécurité.
C’était un de ces samedis matin d’automne, un automne qui avait bousculé l’été avant que ce dernier ne disparaisse complètement. Un automne qui décrochait les dernières feuilles des arbres, celles qui semblaient abandonnées au bout de leurs branches. Ces samedis où les masses laborieuses malchanceuses, qui devaient aussi être de service le week-end, auraient préféré se retourner sous leur couette plutôt que de se lever pour aller au travail. Un épais brouillard montait depuis le lac et colorait l’aube naissante d’un gris sale. Le personnel de jour de la clinique Lalande venait d’arriver et s’était regroupé dans la salle des infirmières pour la prise de service et recevoir les dernières informations de leurs collègues qui terminaient leur nuit.
Au cours de la soirée précédente s’était déroulé, dans le salon principal de la clinique, le vernissage de la nouvelle exposition de peinture de Jean-Adam Lavanchy, ami intime du directeur de l’établissement. Il s’agissait d’un jeune peintre à la notoriété montante et prometteuse. Un homme de la bonne société lausannoise, dont la famille était originaire de Lutry depuis le 16e siècle. Il faisait partie de ces personnes avec lesquelles il était bon d’être vu. L’artiste, arrivé en fin d’après-midi afin de contrôler l’accrochage de ses toiles, était accompagné de son inséparable lévrier afghan à la robe fauve et aux yeux dorés, un magnifique animal alliant puissance et élégance prénommé Ivanna. La venue de la chienne au cœur de la clinique n’avait pas été vue d’un très bon œil par la directrice des soins chargée également de faire respecter les mesures l’hygiène, mais le peintre refusait catégoriquement toute manifestation si l’animal ne pouvait pas l’accompagner. C’était soit les deux ensemble, soit rien du tout. Un public choisi avait été convié et les smokings avaient côtoyé les longues robes de soirée. Le champagne avait coulé à flots et des dizaines de petits fours avaient été engloutis. Puis le calme était revenu et la nuit s’était terminée sans qu’aucun incident ne vienne l’entacher, si bien que, rapidement, chacune et chacun avait pu rejoindre son poste de travail. La journée n’annonçait rien qui prévoyait des changements majeurs dans le programme établi.
Pourtant, peu après huit heures, Anaïs Galland, l’infirmière responsable des patients du premier étage du nouveau bâtiment, pénétra dans la chambre 116 afin de prendre les constantes de la patiente qui l’occupait. Normalement, ces contrôles étaient effectués par le personnel de nuit à la fin de leur service, mais là, il était impératif de laisser les patients se reposer le plus possible. Les réveiller à cinq heures du matin pour contrôler leur pression ou retirer leur sonde urinaire n’était tout simplement pas concevable. Ce genre d’horaire était en vigueur dans les établissements officiels gérés par l’État, mais n’était en aucun cas envisageable pour les patients hospitalisés à la luxueuse clinique Lalande. La patiente de la chambre 116, Raymonde Lalande, une cinquantaine d’années, était une des seules patientes à être domiciliée dans la région lausannoise. Elle était l’épouse d’un riche industriel de la région, Serge Lalande, un des rares descendants de la famille du fondateur de l’établissement qui avait réussi financièrement et socialement depuis son arrivée en Suisse. Elle le secondait dans ses tâches administratives et avait été hospitalisée à la demande de son médecin traitant pour y suivre une cure de repos. Elle avait été totalement débordée par la charge de travail à accomplir dans le cadre de la gestion administrative de l’entreprise de son mari. La chambre qu’elle occupait était située au bout du couloir, seulement séparée de la sortie de secours par un vidoir et la cage de l’ascenseur réservé au personnel. Avant de pénétrer dans la chambre, l’attention de l’infirmière fut attirée par une série de taches qui se dirigeaient en direction de la sortie de secours. Elle se pencha pour examiner ces marques de plus près et resta dubitative. On aurait dit des traces de pas d’un animal. D’après elle, il n’était pas imaginable qu’une bête ait pu s’introduire jusqu’ici et elle décida de s’occuper d’abord de sa patiente. Elle regarderait ces traces un peu plus tard. Elle fit rouler son chariot dans la chambre et alluma une lumière discrète afin de réveiller sa patiente le plus doucement possible. Celle-ci n’avait pas bougé à l’entrée de la soignante et semblait dormir profondément. Anaïs contourna le lit pour aller ouvrir un peu le store afin de laisser pénétrer la lumière du jour. Lorsqu’elle se retourna vers le lit, elle resta pétrifiée un instant avant de se mettre à hurler. Sa patiente gisait là, couchée sur le côté, la bouche et les yeux grands ouverts, le visage figé dans une attitude de grande frayeur, la gorge béante. La literie et le matelas étaient imbibés de sang et le sol était maculé de ce liquide rouge-brunâtre qui semblait indiquer que le drame datait de quelques heures déjà. Anaïs se ressaisit et actionna le bouton d’alarme qui était installé dans toutes les chambres, ce qui eut pour effet de mobiliser tous ses collègues qui étaient occupés à proximité, puis, dans un deuxième temps, deux membres du service de sécurité de la clinique, qui faisaient également office de chauffeur pour la direction et quelques patients privilégiés. Les derniers arrivés évacuèrent tous les membres du personnel présent sur les lieux et fermèrent la chambre 116 au moyen de leur passe de service, puis ils appelèrent le directeur. Ce dernier, Armand de Ramstein, descendant d’une ancienne famille noble alsacienne, pâlit et manqua de se trouver mal à la vue de la scène à laquelle il fut confronté. Pourtant, il se ressaisit rapidement et donna ses ordres.
— Pas un mot à quiconque de ce qui s’était passé là. Il ne faut surtout pas que les autres patients puissent se douter du drame qui vient de se dérouler. Je veux un homme de la sécurité devant la porte jusqu’à ce que la police soit là.
Sur ce, il descendit dans son bureau et appela les secours. Il connaissait personnellement Sylvette Biolley, la cheffe de la Police cantonale, et il ne pouvait laisser cette tâche à personne d’autre. Surtout qu’il avait de nombreuses recommandations à faire quant à la discrétion dont il voulait que soit entourée cette histoire.
À la brigade criminelle de la police de sûreté, la commissaire principale, Marie Rochat, patronne de la crim’, était occupée avec Gérard Guilloud, dit Gégé, son adjoint, à revoir les affaires en cours lorsque son téléphone se mit à sonner. La conversation fut brève.
— J’arrive ! dit Marie en raccrochant.
Puis, se tournant vers Gégé, elle lui lança :
— C’était la grande big boss en personne. Dieu sait ce qui va nous tomber sur la tête.
Dans son bureau, Sylvette Biolley, commandante de la police cantonale, attendait Marie, debout devant sa fenêtre. Les deux femmes s’installèrent de part et d’autre de la grande table qui meublait presque la moitié de la pièce.
— Voilà ! commença Sylvette en triturant le bloc de papier qui se trouvait devant elle et sur lequel quelques notes avaient été griffonnées à la hâte. Je viens de recevoir un appel de Monsieur Armand de Ramstein. C’est une connaissance personnelle qui est directeur de la clinique Lalande dans les hauts de la ville. Son personnel a découvert ce matin qu’une patiente avait eu la gorge tranchée au cours de la nuit. La victime s’appelle Raymonde Lalande, du même nom que la clinique. Il s’agit de l’épouse d’un important industriel de la région. Le directeur de la clinique a fait la demande formelle que la plus grande discrétion soit apportée à cette affaire afin de ne pas affoler les autres patients qui risquent de ne plus vouloir poursuivre leur séjour dans cet établissement s’ils apprennent ce qui s’est passé. Il en va de la réputation de la clinique. Alors, allez-y sur la pointe des pieds s’il vous plaît.
Au terme de cet entretien, Marie Rochat regagna son bureau et alerta son équipe ainsi que son adjoint Guilloud.
— Heureusement, lui dit-elle en sortant son arme de service d’un tiroir de son bureau. C’est Rivier de Morges qui est le procureur de service aujourd’hui pour tout le canton. Ça ne pouvait pas mieux tomber.
Marie connaissait bien le magistrat de service. Elle avait eu l’occasion de traiter plusieurs affaires importantes avec lui, notamment celle des mafieux japonais qui voulaient acheter la Compagnie Générale de Navigation sur le lac Léman et, plus récemment, l’affaire des défenseurs des loups qui avait débuté sur les crêtes du Jura, à peu de distance de sa maison du Solliat. Cette dernière enquête avait été douloureuse pour l’équipe de la brigade criminelle qui avait été confrontée au meurtre d’une de leur jeune collègue.
La brigade de police scientifique, qui avait été informée dans la foulée, les attendait à la sortie du parking et c’est ainsi qu’un cortège de trois véhicules quitta le Centre de la Blécherette, le CB pour les initiés, gyrophares enclenchés et sirènes hurlantes. Ils traversèrent le quartier de Bellevaux, puis le Bois de Sauvablin pour finalement aller emprunter la route d’Oron. Heureusement, en ce samedi matin, la circulation était relativement fluide. Peu après, ils s’engagèrent dans l’allée bordée de platanes qui menait à l’entrée de la clinique. Question discrétion, c’était plutôt raté !
Ils furent accueillis plutôt fraîchement par le responsable de la sécurité qui leur rappela que leur arrivée en fanfare était plutôt inconvenante dans un tel lieu. Des instructions à ce sujet leur avaient été pourtant communiquées. Déjà les premiers patients se pressaient en direction de la réception pour savoir ce qui se passait.
Marie n’avait pas l’intention de s’en laisser conter par ce petit freluquet qui s’était présenté comme étant Renaud Capucin, Security Manager. Comme s’il ne pouvait pas s’exprimer en français. D’une part, il était petit, tout maigrelet et excité comme une puce. Tout ce qu’elle détestait chez un homme. D’autre part, il n’avait même pas dit bonjour, se dit-elle pour en rajouter une couche. Sur un signe de sa part, toute l’équipe se dirigea au pas de charge en direction de la réception. Marie demanda à voir le directeur au grand dam du responsable de la sécurité qui essayait vainement d’expliquer que c’était lui qui allait gérer cette histoire au niveau de la clinique. Il n’était par conséquent pas nécessaire de déranger Monsieur le Directeur. Armand de Ramstein arriva moins d’une minute plus tard. Grand, physique de bon vivant, il affichait cependant une mine quelque peu déconfite ce matin-là. Et ce n’était pas les restes d’un week-end chargé. Il était livide. Il faut dire qu’il n’était pas vraiment coutumier des images auxquelles il avait été confronté ce matin.
À la demande de Marie, il conduisit toute la petite troupe policière au premier étage de la nouvelle construction. Les inspecteurs de la brigade de police scientifique suivaient avec leurs valises renfermant tout le matériel dont ils avaient besoin pour leurs prélèvements afin de débuter l’enquête. Renaud Capucin fermait la marche de cette cohorte en trottinant, essayant de suivre les conversations qui se déroulaient à l’avant.
— Qui a découvert le corps ? demanda Marie en pénétrant dans la chambre 116 après avoir enfilé des gants et une paire de protège-chaussures.
Armand de Ramstein se tourna vers Renaud Capucin qui attendait, un peu à l’écart, ayant bien senti qu’il n’était pas en odeur de sainteté auprès des policiers. Comprenant qu’elle ne pourrait pas perpétuellement éviter les contacts avec le petit bonhomme, la commissaire délégua son adjoint pour commencer à interroger l’homme de la sécurité avant de rencontrer Anaïs Galland, l’infirmière qui avait découvert la victime. Cette dernière expliqua en détail tout ce qu’elle avait fait depuis sa prise de service, puis elle entraîna Gégé dans le couloir afin de lui montrer les traces qui l’avaient tellement intriguée avant qu’elle n’entre dans la chambre de sa patiente.
Gégé se pencha sur la première trace au sortir de la chambre 116 et se releva, perplexe. Il alluma la lampe torche de son téléphone portable et se mit à genoux pour examiner cette marque dont il avait de la peine à imaginer la provenance. On était dans une clinique, nom d’un chien ! La nuit, les portes extérieures étaient fermées et il y avait un service de sécurité qui faisait des rondes. Il n’arrivait pas à croire ce que ses yeux voyaient. Il se releva et alla regarder de près les autres marques qui allaient dans la direction de la porte de secours. Et partout, il voyait la même chose. Les empreintes d’une patte de chien ! Ou de loup ? Cette dernière supposition lui était subitement montée à l’esprit à cause d’une récente enquête sur une association de protecteurs des loups qui avait dérapé et était devenue une véritable organisation criminelle. N’en pouvant plus, il appela Marie.
— Viens voir ! Je ne sais pas si c’est moi qui suis gaga, ou s’il y a quelque chose qui cloche.
À son tour, la cheffe de brigade se pencha sur ce que lui montrait son adjoint. Elle inspecta les traces les unes après les autres sans exception. Puis elle se releva et dit à Gégé en le fixant droit dans les yeux.
— Je pense qu’on en a pas fini avec cette affaire. On trouve les mêmes traces dans la chambre, mais la scientifique ne trouve rien d’autre. Pas une empreinte à part celles de la victime, rien ! Et d’après la façon dont sa gorge est coupée, ce n’est en tout cas pas dû à une morsure de chien.
Les deux flics empruntèrent la sortie de secours et examinèrent l’ascenseur ainsi que la cage d’escalier, jusqu’à la porte donnant sur l’extérieur. Mais là, toutes traces avaient disparu.
Deux heures plus tard, de retour au Centre de la Blécherette, Gégé regarda sa cheffe de brigade d’un air gentiment goguenard et lui demanda.
— Je ne sais pas si je me raconte des histoires, mais j’ai eu l’impression que tu n’aimais pas particulièrement le Super Security Manager en chef de la clinique. Mais peut-être que je me fais des idées. Pourtant, toi, il devrait te laisser indifférente. Non ?
— Alors, je vais être très franche avec toi. J’ai horreur de ce genre de petit cradzet tout excité qui se croit indispensable. Je sais, ce n’est pas très chrétien, mais que veux-tu, c’est comme ça, je n’y peux rien. En plus, je dois avouer humblement que je manque très légèrement de sympathie pour certaines catégories de gens qui viennent travailler en Suisse et qui, dès leur travail terminé, rentrent dans leur pays. Tu gagnes ta vie en Suisse, tu dépenses ton argent en Suisse ! Je ne parle pas de certaines professions qui sont indispensables à cause d’une main-d’œuvre locale insuffisante, comme les infirmières par exemple, mais le gringalet de la sécurité, tu ne vas pas me dire qu’un résident de la région n’aurait pas pu faire l’affaire. Et puis, tu sais, je vais te dire encore une chose, Monsieur mon adjoint. Ce n’est pas parce que je suis mariée à une femme que je n’ai pas d’avis sur les hommes. Méfie-toi ! ajouta-t-elle en riant.
Dès la fin de l’après-midi, les recherches des enquêteurs de la brigade de police scientifique ainsi que les résultats de l’autopsie qui venait de se dérouler au Centre Universitaire Romand de Médecine Légale, le CURML pour les initiés, laissèrent les policiers quelque peu pantois. Et c’était peu dire. Rien ! Moins que rien ! Les empreintes de pattes relevées dans la chambre de la victime ainsi que dans le couloir du nouveau bâtiment de la clinique étaient bel et bien celles d’un chien et non pas celles d’un loup, comme l’avait suggéré Gégé un peu plus tôt. Un chien d’assez grande taille, mais pas possible d’en déceler la race. Par contre, aucune trace humaine. Quant aux résultats de l’autopsie, ils n’amenaient absolument rien de concret. La victime devait avoir été égorgée dans son sommeil, car aucune trace de lutte n’avait été relevée. De plus, aucun résidu de peau n’avait été retrouvé sous les ongles de Raymonde Lalande. Elle ne semblait n’avoir subi aucune violence. Des examens toxicologiques étaient en cours pour savoir si elle avait ingéré d’autres substances que celles qui lui étaient administrées par le personnel de la clinique pour son traitement, mais, sinon, tout ce que les légistes avaient pu déterminer, c’est qu’elle avait été tuée au moyen d’une lame extrêmement bien aiguisée, comme celle d’une jambiya, ce poignard arabe à lame recourbée couramment utilisée dans les fêtes traditionnelles yéménites.
Dès le lendemain matin, à la première heure, Marie et Gégé se retrouvèrent dans le bureau d’Armand de Ramstein, le directeur de la clinique Lalande. Bien que ce fut un dimanche, celui-ci était à son poste dès la première heure. La résolution du mystère des empreintes de pattes de chien dans la chambre de la victime ainsi que dans le couloir du nouveau bâtiment était une priorité. C’était tellement inconcevable ! Armand de Ramstein avait bien une petite idée qui lui trottait dans la tête, mais ça dépassait tellement l’entendement qu’il n’osait pas en faire état. Pourtant, il ne pouvait pas garder ça pour lui. Jean-Adam Lavanchy avait beau être un ami de longue date, il refusait de se laisser pourrir la vie avec cette histoire. Après tout, il était suffisamment ennuyé et il savait que son poste pouvait être remis en question. Le conseil d’administration du groupe s’était réuni en urgence le samedi après-midi et il imaginait bien que sa situation personnelle dépendait à présent de leur décision. S’il s’avérait qu’une quelconque responsabilité pouvait lui être attribuée, il ne donnait pas cher de son poste de directeur.
— Écoutez ! finit-il par déclarer. Il y a bien une idée qui me turlupine, mais ça paraît tellement invraisemblable que j’ose à peine en parler.
— Allez-y, lui répondit Marie. Au point où nous en sommes actuellement, la moindre information est la bienvenue. D’un autre côté, il n’y a plus grand-chose qui nous étonne.
Le directeur de Ramstein expliqua alors que, le soir précédent la découverte du meurtre, la clinique avait organisé le vernissage de la nouvelle collection du peintre Jean-Adam Lavanchy. L’artiste était bien évidemment présent lors de cet événement et il était accompagné d’Ivanna, sa fidèle compagne à quatre pattes qui ne le quittait jamais. Il précisa toutefois que le peintre était un ami de plusieurs années et il estimait qu’il était impensable qu’il soit mêlé, de près ou de loin, à cette macabre histoire. De toute façon, le vernissage s’était déroulé dans le salon qui était situé au rez-de-chaussée du bâtiment principal. Jean-Adam n’avait aucune raison de se rendre de l’autre côté où ne se trouvent que des bureaux et des chambres de patients.
— Monsieur de Ramstein, lui dit Marie en le regardant droit dans les yeux. Vous comprendrez que les révélations que vous venez de nous faire sont d’une importance capitale. Je me vois dans l’obligation de vous demander de nous accompagner jusque dans nos bureaux afin que nous puissions officialiser vos déclarations.
Pas très content, Monsieur le directeur ! Il essaya bien de tergiverser, de négocier un rendez-vous, mais Marie et Gégé restèrent intraitables. Tout ce que les policiers concédèrent, c’est de laisser leur témoin se rendre au Centre de la Blécherette dans son propre véhicule, à condition que Gégé l’accompagne. Pas question qu’à partir de maintenant, il puisse avoir le moindre contact avec son ami le peintre.
Une fois arrivé à destination, de Ramstein fut immédiatement accompagné en salle d’audition. Lorsqu’il eut décliné son identité au complet, la cheffe de la crim’ entra tout de suite dans le vif du sujet en lui demandant de détailler la soirée qui avait précédé le crime. Lorsqu’elle eut obtenu tous les renseignements utiles au sujet du peintre Jean-Adam Lavanchy, elle adressa un discret coup d’œil à Gégé qui l’avait rejointe quelques instants plus tôt. Inutile d’en faire plus, les deux flics se connaissaient maintenant suffisamment pour ne pas avoir besoin de parler. Immédiatement, son adjoint quitta la pièce et appela ses collègues Nicod et Groze qui se tenaient prêts à partir, ayant été briefés auparavant. Tous les trois quittèrent le Centre de la Blécherette sur les chapeaux de roues. Il fallait aller cueillir le jeune peintre avant que de Ramstein puisse le contacter et l’informer de ce qui se passait. L’artiste habitait un vieil immeuble au charme désuet du quartier de Rumine. En face de l’entrée se trouvait un ancien ascenseur brinquebalant, avec une grille en bois qu’il fallait faire coulisser avant de le faire fonctionner. Autour de la cage de l’ascenseur serpentait un escalier de pierre provenant d’un autre âge. Au deuxième étage, contre le montant de la porte centrale, une plaquette de laiton indiquait simplement les lettres JAL d’une écriture classique et élégante.
Gégé appuya vigoureusement sur la sonnette. Immédiatement, en guise de réponse, une série d’aboiements se fit entendre, suivie d’un hurlement qui mit fin aux vocalises du canidé. Puis, plus rien. Devant ce manque de résultat, Gégé appuya plus longuement sur la sonnette, ce qui eut pour effet de déclencher de nouveaux aboiements, de nouveaux cris et bien évidemment de nouveaux coups de sonnette.
