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Extrait : "J'imagine que vous savez tous ce que c'est qu'un conducteur de coucou, n'est-ce-pas ? N'équivoquons point. Je parle d'un de ces meneurs de carrioles bâtardes qui stationnent aux quatre coins de Paris, et vous cahotent dans toutes les directions possibles, jusqu'à concurrence d'un rayon de quelques lieues, moyennant la somme de douze sous. Eh bien ! quelque étude que vous ayez faite là-dessus, je parie que vous n'êtes pas entré aussi avant que moi..."
À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN
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Seitenzahl: 42
Veröffentlichungsjahr: 2015
Paris, ou le Livre des Cent-et-Un publié en quinze volumes chez Ladvocat de 1831 à 1834, constitue une des premières initiatives éditoriales majeures de la « littérature panoramique », selon l’expression du philosophe Walter Benjamin, très en vogue au XIXe siècle. Cent un contributeurs, célèbres pour certains, moins connus pour d’autres, appartenant tous au paysage littéraire et mondain de l’époque, ont écrit ces textes pour venir en aide à leur éditeur qui faisait face à d'importantes difficultés financières… Ainsi ont-ils constitué une fresque unique qui offre un véritable « Paris kaléidoscopique ».
Le présent ouvrage a été sélectionné parmi les textes publiés dans Paris ou le Livre des Cent-et-Un. De nombreux titres de cette fresque sont disponibles auprès de la majorité des librairies en ligne.
J’imagine que vous savez tous ce que c’est qu’un conducteur de coucou, n’est-ce pas ? N’équivoquons point. Je parle d’un de ces meneurs de carrioles bâtardes qui stationnent aux quatre coins de Paris, et vous cahotent dans toutes les directions possibles, jusqu’à concurrence d’un rayon de quelques lieues, moyennant la somme de douze sous. Eh bien ! quelque étude que vous ayez faite là-dessus, je parie que vous n’êtes pas entré aussi avant que moi dans les entrailles du sujet !
Grâce à une promenade dominicale aux environs de Paris, que depuis la fin de mai, c’est-à-dire depuis le commencement de la verdure, je me suis mis à exécuter, le coucou est devenu mon bien, ma spécialité, mon thème. Je pourrais vous le traduire sous toutes ses faces, l’analyser à votre barre dans ses plus intimes détails, et vous faire toucher au doigt les notables différences qu’a introduites dans ses diverses familles la civilisation parisienne.
Pour cela, comme pour la phrénologie, dont le système varie selon qu’elle anatomise le cerveau d’un Charruas ou celui d’un Hollandais, il faut se préoccuper des accidents de latitude et de méridien. Car il en est de l’homme comme du légume : le haricot de Soissons n’est pas celui de Montreuil, et le pruneau de Tours vaut mieux que ceux du Lyonnais. Laissant donc de côté la carapace du coucou, que je peindrai plus tard en deux mots, je dirai que les vertus et les vices du conducteur sont en rapport direct avec le point cardinal auquel correspond son équipage, et le stationnement qu’il occupe. Ainsi, pour en arriver à quelques exemples de spécification palpables et faciles à vérifier, le cocher de la rue d’Enfer n’est-il pas joyeux comme un étudiant, et malin comme une grisette du douzième arrondissement ? – Du plus loin qu’il vous aperçoit il ne manque jamais de vous corner aux oreilles, avec une voix dont le retentissement peut s’assimiler parfaitement à celui d’une trompette à clef : Encore un pour Sceaux, monsieur, encore un pour Sceaux !
Puis il se met à rire dans sa barbe (il en a une longue habituellement, vu qu’il ne se rase que tous les huit jours, par motif d’économie domestique), espérant bien que vous vous ferez à vous-même l’application du calembour traditionnel ! – Merci !
Le conducteur de la porte Saint-Denis au contraire est grave et sombre comme un employé des pompes funèbres ou un administrateur des tombes royales. M. Lenoir ne parle pas avec plus de respect que lui des cénotaphes confiés à sa garde. Il a mesuré combien peu de place tiennent des cendres de souverains, et ses discours respirent la plus touchante philosophie ! C’est pourquoi il ne prononce jamais le nom de Louis XII, père du peuple, sans porter la main à son chapeau de toile cirée ; il s’attendrit sur François Ier, qui mourut par un excès de chasteté ; il pleure quasi lorsque la conversation vient à tomber sur Henri IV, qui battit druementles ligueurs à Ivry, un peu plus loin que la Râpée, et il s’enthousiasme quand on admire les flèches de sa cathédrale, à l’ombre desquelles il habite depuis vingt ans, comme dirait un académicien poète ou un poète d’académie. À ces moments-là il est sublime, tant il déraisonne ! Vous le prendriez pour un de nos jeunes hommes d’art et de poésie… N’était que son couvre-chef n’a pas la forme d’un pain de sucre, et que son menton est privé de l’ornement caractéristique qui orne celui d’une chèvre.
