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Jean-Étienne, cadre très supérieur, a la fâcheuse manie de compter ses sous. Myrtille, chanteuse lyrique, est plus connue pour sa tessiture vocale que pour sa malice. Tous deux forment un couple dans l'air du temps puisqu'en instance de divorce. S'ils ne cessent de s'envoyer des piques au quotidien, ils sont, paradoxalement, d'accord sur les termes de leur séparation. Tout irait presque dans le meilleur des mondes s'il n'y avait pas Édouard, dont le couple se dispute la garde.
Situation classique ? À un détail près : Édouard est le hamster de la famille. Quand le comportementaliste animalier est obligé d'intervenir, on imagine bien qu'il ne s'agit pas d'un divorce comme les autres. Entre Jean-Étienne et sa future ex-épouse, tous les coups sont permis pour garder Édouard. Lequel compte les points et observe avec acuité la situation en voix off. Ce qui ne manque pas de piquant. Y aura-t-il un vainqueur et un perdant au terme de cette bataille iconoclaste ?4 personnages et 1 voix-off
6 scènes
Décor : un salon
Environ 1h30
À PROPOS DE L'AUTEURAncien journaliste à l'Indépendant puis Midi Libre à Narbonne, Éric Marty a changé de voie et s'est lancé dans l'écriture. Après avoir signé quatre romans ayant l'Irlande en toile de fond, il a bifurqué vers le théâtre et la comédie. Le fils caché est sa deuxième pièce après Je veux rester à l'Élysée.
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Seitenzahl: 59
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Éric Marty
Le Fils caché
Théâtre
ISBN : 979-10-388-0642-9
Collection ENtr’Actes
ISSN : 2109-8697
Dépôt légal : avril 2023
© couverture Ex Æquo
©2023 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays
Toute modification interdite
Jean-Étienne Zimmerman : le mari
Myrtille Zimmerman : l’épouse
Me Palasi : l’avocat
Christian Chevalier : le comportementaliste animalier
Édouard : le hamster de la famille (voix off)
(Le salon est plongé dans le noir. Le téléphone sonne. Le répondeur se déclenche : « Vous êtes bien chez Jean-Étienne, Myrtille et Doudou. Nous ne sommes pas là pour le moment, mais n'hésitez pas à laisser un message après le bip. » Pas de message.)
ÉDOUARD
(Voix off. Toujours dans le noir.)
Cinq ans que je me farcis ce répondeur et cinq ans que je me demande pourquoi les deux blaireaux ils m'ont appelé Édouard. Quant au diminutif, j'en parle même pas. C'est d'un ridicule ! Et vous croyez qu'on m'a laissé le choix ? Même pas. (La porte s'ouvre et la lumière s’allume. Myrtille entre en faisant quelques vocalises.) C'est bon, la Castafiore est rentrée. Aux abris !
MYRTILLE
Pfoouuu, je suis vannée. Non, mais quelle journée ! (Elle pose ses affaires et se dirige vers la cage.) Alors mon petit chéri, tu ne t’es pas trop langui de ta maman, hein ? C'est qu'il est content de me voir le petit Doudou ! Ah, si tu pouvais parler...
ÉDOUARD
Si je pouvais parler, il y a longtemps que tu aurais dégagé de la maison ! Mais bon, je ne suis pas un mouchard.
MYRTILLE
Eh non, tu ne peux pas parler. Tu es notre petit Charlot à nous. Avec toi, c'est un peu le cinéma muet tous les jours. (Le téléphone sonne. Elle répond.) Oui, Herbert. (Un temps.) Je ne reviendrai pas là-dessus et ce n'est pas la peine de jouer sur la corde sensible. (Un temps.) Tu le vois bien : le baryton basse couvre ma voix et je suis obligée de forcer. C'était encore le cas aujourd'hui. Si je m'abîme une corde vocale, on fait comment, hein ? Je te pose la question. (Un temps.) C'est bien simple, Herbert. Soit tu changes le baryton basse, soit je ne reviens pas. C'est à prendre ou à laisser. D'ailleurs, je te laisse y réfléchir. La nuit porte conseil. Alors, ce soir, au lieu de compter les spectateurs, réfléchis bien à ça. (Un temps.) C'est tout vu. (Elle coupe court à la conversation et se rapproche à nouveau du bocal.) Mais ne t'inquiète pas, mon petit Momo, maman ne va pas te laisser avec papa qui ne s'occupe jamais de toi. Maman, elle va t'amener avec elle. Tu vas avoir une nouvelle maison. De nouveaux amis.
ÉDOUARD
Une nouvelle cage un peu plus grande me suffirait. Si tu pouvais en toucher un mot à Stéphane Plaza. C'est pas que je tourne en rond depuis cinq ans, mais bon... Je connais quelques cricétidés qui se pavanent dans de véritables palaces. Et moi, je veux bien me projeter, mais j'ai droit à 50 cm de pièce à vivre !
MYRTILLE
Tu verras, tu te plairas avec maman. Et tu pourras voir papa de temps en temps. S'il daigne donner de ses nouvelles.
ÉDOUARD
Wahou, super ! C'est d'la balle !
(La porte s'ouvre et claque. Jean-Étienne entre.)
JEAN-ÉTIENNE
Tu es là ?
MYRTILLE
Déjà ?
JEAN-ÉTIENNE
Comment ça déjà ? Je vais quand même pas rentrer à 22h pour te faire plaisir. C'est encore ma maison que je sache.
ÉDOUARD
Ah, le voilà, lui. Allez, c'est parti pour le cirque Pinder. Avant, ils tapaient la discute. Maintenant, ils tapent la dispute. Et qui c'est qui compte les points ? Doudou...
MYRTILLE
Avant d'aller mettre ton survêt tue l'amour, tu peux donner à manger à Doudou ?
JEAN-ÉTIENNE
Pourquoi ? Tu ne l'as pas fait depuis le temps que tu es rentrée ?
ÉDOUARD
Faites-le au chifoumi et on n'en parle plus. Du moment que j'ai à bouffer.
JEAN-ÉTIENNE
Et après tu me fais une scène parce que tu veux garder Doudou. Tu n'es qu'une mère indigne, c'est tout. Même pas capable de lui donner à manger en rentrant.
MYRTILLE
Qui a changé son eau, hier matin ?
ÉDOUARD
1-0
JEAN-ÉTIENNE
Et qui a nettoyé la cage, la semaine dernière ?
ÉDOUARD
(À la façon d’un commentateur de football.)
1 partout. Égalisatiooonnn ! Tiens justement, si on en parlait de cette cage ? Vous savez que ça fait cinq ans que rien n'a changé ?
MYRTILLE
Tu appelles ça nettoyer, toi ? Quand on laisse partir la femme de ménage, on assume ! Odette, elle, quand elle nettoyait, ce n'était pas du virtuel !
JEAN-ÉTIENNE
Si je me fie à la stricte définition du Larousse, je dirais oui, j'ai nettoyé. Et ne remets pas Odette sur le tapis, je t'en prie. On en a assez parlé. Mais qui elle était pour me demander une augmentation ? Qui ?
ÉDOUARD
Désolé de remettre le sujet de la cage sur le tapis, mais croyez-vous qu'elle contribue chaque jour à mon épanouissement personnel ?
MYRTILLE
Ah, d'accord. Tu veux jouer au Kikafékoi ?
JEAN-ÉTIENNE
C'est toi qui as commencé je te rappelle. Je rentre fatigué d'une longue journée et à peine la porte ouverte je me fais agresser par ma future ex-femme qui, soit dit en passant, est toujours à la maison. Ce n'est que du bonheur.
MYRTILLE
Ne le prends pas sur ce ton, s'il le plaît. Je te rappelle que si je suis toujours là, c'est parce que le divorce n'a pas encore été prononcé.
JEAN-ÉTIENNE
La faute à qui ?
MYRTILLE
Renonce à la garde de Doudou et tu me verras disparaître de ton champ de vision.
JEAN-ÉTIENNE
Tu peux toujours rêver ! Mais pour disparaître, tu vas disparaître. Ne t'inquiète pas.
MYRTILLE
C'est une menace ?
JEAN-ÉTIENNE
Une image.
MYRTILLE
Puisque tu m'y obliges, je suis navrée de t'informer que lors d'un divorce, 75 % des enfants partent avec leur mère.
JEAN-ÉTIENNE
Et ?
MYRTILLE
Il n'y a aucune raison valable de faire mentir les statistiques.
JEAN-ÉTIENNE
Alors, si je suis ton raisonnement, pour toi, Doudou n'est qu'une stat au milieu de dizaines d'autres qui pullulent dans tes magazines à la con ? Tu vas trop souvent chez le dentiste.
ÉDOUARD
Bonne question ! Voyons ce qu'elle va répondre.
MYRTILLE
Mets la table, on gagnera du temps.
ÉDOUARD
Oula, belle esquive de Madame. Que va dire Monsieur ?
JEAN-ÉTIENNE
Tu peux changer de sujet autant de fois que tu veux, ça ne changera pas la donne : tu veux garder Doudou, je veux garder Doudou. J'aimerais éviter cette extrémité, mais s'il faut en arriver là, on ira devant un tribunal.
MYRTILLE
Si tel est ton souhait, nous nous retrouverons devant un juge. Il verra vite avec qui Doudou doit aller. Ce sera clair comme de l'eau de roche.
