Leur périple - Carolina Phillips - E-Book

Leur périple E-Book

Carolina Phillips

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Beschreibung

Une française de Munich se lance dans une grande aventure auprès des réfugiés de sa ville. Elle veut accueillir, réunir, intégrer et partager. Elle se retrouve vite dans un tourbillon d'émotions, un mélange de joie, d'espoir mais aussi de tristesse et de déceptions. Jusqu'où va-t-elle être emportée ? ----------------- Allemagne 2013, on commence à parler de l'arrivée de réfugiés dans le pays. Toutes les villes devront en accueillir un certain nombre. C'est la loi. Cela interpelle. Carolina, nouvelle dans la commune, veut faire bouger les choses. Elle veut aider. Mariée et mère de deux enfants, elle décide de s'engager. Elle n'a pas encore beaucoup de contact, ne connait pas encore bien le fonctionnement administratif du pays mais elle est motivée et déterminée. Que va-t-elle faire ? Comment va-t-elle s'y prendre ? Ce livre autobiographique, visant à montrer les différentes facettes de l'immigration en Europe, raconte le périple de cette Française auprès des réfugiés de sa ville. Dans cette formidable aventure, elle fera la connaissance de bon nombre d'entre eux tels que : - Hosni, un Pakistanais analphabète. Comment arrivera-t-il en si peu de temps à apprendre la langue, trouver un travail et s'intégrer dans la commune ? - Mohamed qui a quitté sa terre natale, le Sénégal, plein de rêves en tête, pour une vie meilleure. Va-t-il s'en sortir et va-t-il pouvoir rester ? - Bahoz, un jeune journaliste irakien, poursuivi par Daesh et en pleine dépression. Même en Allemagne, il ne se sent pas en sécurité. Se sentira-t-il un jour libre et en paix ? - Wahiba, une mère palestinienne de Syrie. Pourquoi a-t-elle perdu toutes ses dents ? Et pourquoi Jato Tari, un jeune Sierra-Léonais, mange-t-il de la nourriture pour chien ? Cet ouvrage décrit à la fois la volonté d'une jeune femme déterminée à faciliter l'intégration des réfugiés dans sa ville ainsi que leurs histoires tristes et parfois très dures. Ont-ils vraiment une chance de rester dans le pays et d'être acceptés ? Comment cela se passe-t-il vraiment ?

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Veröffentlichungsjahr: 2017

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À propos de l’auteur :

Carolina Phillips, biologiste, épouse et mère de deux enfants, est dans sa commune de Poing, en Bavière, une bénévole fortement engagée.

Fin 2013, elle lance, développe et dirige un projet à l’intention des demandeurs d’asile visant à leur simplifier la vie et à faciliter leur intégration au sein de la commune.

Forte de ses origines multiculturelles et de ses nombreux voyages à l’étranger, Carolina n’hésite pas à aller à la rencontre des nouveaux arrivants et de leurs cultures. Son travail est dicté par la passion qui l'anime et le plaisir de rapprocher les peuples.

Elle est convaincue que l'ouverture d'esprit et la tolérance contribuent à faire de notre terre un monde meilleur.

Autre publication de Carolina Veranen-Phillips:

Mint Tea to Maori Tattoo! ISBN 9780755214730 (en anglais)

Haltestelle Poing ISBN 9783741210341 (en allemand)

À toutes les personnes qui ont cherché refuge à Poing.

Un grand merci à tous ceux et celles qui m’ont prêté main-forte, qui ont cru en moi et qui m’ont encouragée. Sans vous, je n’aurais pas pu accomplir autant de choses.

J’aimerais également remercier ma famille pour sa patience, de même que Gabriele Keller et Judith Schwandner pour leur soutien dans le cadre de mon projet de livre, ainsi que Delphine Prüfer et Nelly Pillon pour la relecture.

Les noms des personnes présentées dans ce livre, hormis celui de l’auteur Carolina Phillips et de Mme Ismair, qui a accordé sa permission, ont été modifiés pour des raisons de sécurité et de protection de l’identité.

Table des matières

P

RÉFACE

C

OMMENT TOUT A COMMENCÉ

Ils sont arrivés !

Au restaurant

Les préparatifs

Le Pakistan

Le premier cours d’allemand

À table

F

ATIMA ET

A

ZIZ

Chez Fatima

Fatima et le cours d’allemand

Yarmouk

Le voyage en bateau de l’Égypte

Les passeurs

Catane – Munich

La querelle

Le statut de réfugiés

Aziz

C

HANGEMENTS À

P

OING

De nouvelles familles dans la Passauer Straße

La fuite de l’Érythrée

Des emplois pour nos Pakistanais

Événements

Le gymnase

Les gens de Poing commencent à s’ouvrir

É

PISODES D

UNE AUTRE RÉALITÉ

Kamel

Amadou

Ibrahima

Bhata

Kamara

Khalid

D

ÉCEPTIONS ET ESPOIRS

La longue attente

Impact Day

Des nouvelles d’Aliou

U

N VENT NOUVEAU

Nouvelles stratégies de recherche d’emploi

Des parrainages bénéfiques

La fête de remerciement

La ligne d’arrivée

É

PILOGUE

C

ARTES

D

ÉROULEMENT DE LA PROCÉDURE D

ASILE ALLEMANDE

F

ICHES DES PAYS

Préface

La première chose que je me suis demandée en lisant le titre original du livre, ''Haltestelle Poing'' (littéralement, «Station Poing»), est ce que signifiait vraiment cette expression.

À mes yeux, les stations ou haltes sont autant d’événements marquants jalonnant nos vies. Sans elles, nous n’aurions plus de points de repère et marcherions d’un pas mal assuré. Chacun de nous a besoin de haltes qui lui sont propres pour avancer dans la vie.

De nombreux demandeurs d’asile ont quitté leur terre natale et se sont engagés dans une quête de plusieurs mois pour trouver un lieu de séjour où ils pourraient vivre en paix. C’est à l’issue de cet éprouvant voyage que quelques centaines d’entre eux sont arrivés à Poing, une étape bien importante pour eux : c’est ici qu’ils ont pu séjourner pour la première fois dans un hébergement où ils seraient en sécurité.

Ces réfugiés ont été accueillis à Poing par Carolina Phillips, une bénévole du centre familial, qui, avec l’aide de son cercle de volontaires, s’était préparée à leur arrivée.

Grâce à son dévouement et à son empathie sans limites, à sa créativité débordante et à ses divers projets au centre familial, notre commune est devenue pour de nombreux demandeurs d’asile en fuite un arrêt à l’écart du danger sur la route de leur nouvelle vie. C’est son intérêt pour les autres cultures et sa curiosité qui la motivent à venir en aide aux nouveaux arrivants. Une véritable chance pour notre commune.

Au nom de tous les bénévoles, je remercie Carolina Phillips pour son engagement face à cet important défi social.

Quant à vous, chers lecteurs, je vous laisse découvrir les beaux comme les tristes moments de ce livre. J’espère qu’il saura éveiller votre curiosité de l’autre et vous inspirer des projets de soutien et d’intégration pour les demandeurs d’asile, quels qu’ils soient.

Albert Hingerl

Maire de Poing

I Comment tout a commencé

Ils sont arrivés !

Février 2014. Je reçois un coup de fil inattendu. L’information dont me fait part Thomas Gerck, elle, ne l’est pas. Le journaliste du Münchner Merkur me transmet les renseignements que j’attendais :

« Bonjour Mme Phillips, peut-être êtes-vous déjà au courant, mais je voulais vous signaler que les premiers réfugiés étaient arrivés. Ils sont d’ailleurs déjà à Poing. Depuis hier. »

Une fois que j’eus raccroché, je sentis mon cœur battre au rythme de mes pensées : combien sont-ils ? Comment vont-ils ? Quelles épreuves ont-ils traversées ? D’innombrables questions surgirent dans mon esprit, auxquelles je n’avais encore que peu de réponses. Je savais déjà qu’ils étaient quatre et qu’ils venaient du Pakistan. C’étaient les seuls renseignements dont je disposais pour l’instant.

Je m’étais armée de patience. J’attendais leur arrivée depuis déjà très longtemps. Je m’étais préparée à être présente pour eux, à les aider.

Ils étaient enfin arrivés : quatre hommes du Pakistan, les premiers demandeurs d’asile à Poing. Le temps était maintenant venu d’aller à leur rencontre. Mais comment parvenir à les joindre ? Est-ce que je pouvais tout simplement aller leur rendre visite ? Ou est-ce que je devais d’abord avoir une autorisation de la commune ? Où vivaient-ils, au juste ? J’aurais eu besoin de renseignements et de contacts, mais je n’avais ni l’un ni l’autre. Tout avait commencé au mois d’août 2013. Le maire de Poing avait convié les habitants de la commune à une réunion en soirée pour démystifier la question de l’asile. Ce serait l’occasion d’expliquer la situation des demandeurs d’asile en Allemagne et de présenter ses répercussions sur la ville de Poing. En raison du nombre grandissant de migrants en Europe, il était attendu que l’Allemagne serait également confrontée à cette réalité. En effet, depuis 2011, le nombre de demandeurs d’asile dans la République fédérale d’Allemagne avait augmenté d’environ 50 % chaque année. En 2013, on en comptait 127 000. En 2015, le Bundesamt für Migration und Flüchtlinge (BAMF) [Office fédéral pour l’immigration et les réfugiés] déclarait avoir reçu 425 035 demandes.

Ce n’était pas seulement la participation des grandes villes comme Berlin, Francfort et Munich qui était requise ; les villes et villages autour de ces centres urbains furent également invités à prendre en charge des demandeurs d’asile.

Poing est une ville jeune et petite. Elle compte 15 000 habitants et se situe à l’est de Munich, dans la région d’Ebersberg. Une vingtaine de personnes de la commune participa à cette réunion portant sur les demandeurs d’asile. Le maire et les représentants du Landratsamt (LRA) [sous-préfecture] d’Ebersberg essayèrent, en s’appuyant sur des faits et des chiffres, d’examiner les possibilités d’accueil des demandeurs d’asile dans notre commune et d’établir des prévisions en ce sens. L’objectif réel de la réunion était cependant de trouver des logements pour accueillir les réfugiés.

C’est au cours de cette soirée que je fis la connaissance de Bettina Ismair. Ce fut une rencontre très enrichissante, décisive et inspirante pour la suite des évènements. Il y a quelques années, Mme Ismair avait mis au point un projet pour les enfants issus de l’immigration, qui portait le nom « Offenes Haus – Offenes Herz » [Porte ouverte – Cœur ouvert]. Une fois par semaine, les familles bénévoles et elle-même ouvraient les portes de leur maison aux immigrants et leur permettaient ainsi de faire partie de la famille pendant quelques heures. Les observations et interventions de Mme Ismair au cours de la soirée révélèrent son importante expérience des migrants. Elle me fascinait. Voulant en savoir plus sur son travail, j’allai à sa rencontre et nous discutâmes longuement. Elle avait réussi à lancer à elle seule un projet formidable et était parvenue à changer la vie de nombreux enfants, ainsi que celle de leur famille. Son expérience m’inspira à mettre sur pied un projet du même genre à Poing. Même si je ne savais pas encore jusqu’à quel point je voulais m’impliquer, j’étais décidée à passer à l’action. Pour y parvenir, je n’avais que ma détermination et quelques contacts au Familienzentrum1 [centre familial] de Poing.

J’ignorais comment les représentants du LRA [sous-préfecture] et surtout le maire se sentaient à la fin de la soirée. Je ne savais pas s’ils étaient satisfaits de la réaction des citoyens.

En revanche, je savais que cette soirée avait déclenché quelque chose en moi : je m’étais sentie interpelée. Ce thème m’avait touchée. Sur le chemin du retour, dans la voiture, je me sentis envahie d’une vague de bien-être. Je me mis à sourire. J’étais sûre d’une chose : je voulais aider. Le seul fait d’y penser me remplissait d’un sentiment de paix intérieure. À cet instant, je sus que j’avais pris la bonne décision. Toutefois, j’ignorais encore à quel point cette décision allait changer ma vie.

Nous étions maintenant au mois de février 2014, et nos quatre premiers demandeurs d’asile étaient arrivés à Poing. Près de six mois s’étaient écoulés depuis la réunion avec le maire. J’en avais profité pour m’adapter à la nouvelle situation et pour achever les préparatifs. J’étais très heureuse que M. Gerck m’informe de l’arrivée des demandeurs d’asile. Ce n’est jamais facile pour des nouveaux venus de se débrouiller seuls dans la commune.

La première fois que j’avais rencontré Thomas Gerck du journal Münchner Merkur, c’était au centre familial de Poing, il y avait déjà quelque temps. Pour les nouveaux arrivants, ou plutôt les nouvelles arrivantes de la ville, comme moi, le centre familial constitue un tremplin idéal pour nouer des liens avec les gens de la commune. Ce fut aussi le cas pour moi. Plusieurs fois par semaine, un café-rencontre y avait lieu. C’était un bon endroit pour faire connaissance de nouvelles personnes et se faire des amis. Dès le début, je me sentis la bienvenue. Je pus m’entretenir et échanger des conseils avec d’autres mères de famille qui vivaient les mêmes choses ou avaient des préoccupations similaires aux miennes. Si je n’avais pas découvert ce café-rencontre, je n’aurais jamais pu m’investir bénévolement dans la cause des réfugiés.

Dès les premières semaines de mon arrivée dans la commune, j’aidai M. Gerck à écrire un article sur le centre familial de Poing. Plus tard, je recontactai M. Gerck pour l’informer d’un événement caritatif que j’avais organisé au nom du centre familial en février 2014. L’objectif était de recueillir des fonds pour les futurs demandeurs d’asile. L’événement se tint une semaine avant l’arrivée des réfugiés, ce que nous ignorions encore à ce moment-là. Pour l’occasion, Thomas Gerck nous avait envoyé un photographe afin de documenter l’événement. C’était l’une des raisons pour lesquelles il m’avait appelée le jour suivant l’arrivée des demandeurs d’asile. Il voulait me parler de son article sur l’événement caritatif. Sans son appel, je n’aurais pas été informée aussi rapidement de l’arrivée des premiers requérants d’asile.

Je n’avais qu’une chose en tête : leur rendre visite et faire leur connaissance. M. Gerck m’avait appris que Mme Marie Berg du « Poinger Tafel » (banque alimentaire de Poing2) avait inscrit les réfugiés dans la commune. Je ne connaissais pas Mme Berg. À cette époque, je ne connaissais même pas l’existence de la banque alimentaire. Par contre, je n’eus pas trop de mal à trouver le numéro de Mme Berg. Je m’empressai de l’appeler et fus déçue de tomber sur sa boîte vocale. Je laissai donc un message. Trente minutes plus tard, mon portable sonnait déjà. C’était Mme Berg : « Bonjour, Mme Phillips. Vous m’avez appelée ? » J’étais agréablement surprise d’entendre sa voix. Je lui expliquai rapidement ma situation : je lui racontai que je faisais partie du conseil d’administration du centre familial et que j’étais sur le point de mettre en place un projet d’aide aux demandeurs d’asile. Pour ce faire, je devais d’abord rencontrer les réfugiés. Était-elle en mesure de m’aider ?

Il y eut un bref moment de silence à l’autre bout du fil. Puis vint la réponse tant attendue :

« Demain, j’organise un déjeuner pour tous les démunis qui fréquentent la banque alimentaire de Poing. J’ai également invité nos quatre réfugiés. Vous pourriez peut-être vous joindre à nous. Parlez-vous anglais ? »

Après avoir raccroché, je tressaillis de joie et lâchai un « yes ! » en faisant un geste victorieux de la main, comme si j’avais gagné une manche au tennis. Enfin, il se passait quelque chose. Ce jour-là, je me couchai heureuse et sereine.

Au restaurant

Quand les choses sont destinées à se produire, on est envahi par un bon sentiment.

Pas étonnant donc que je me sentisse pleine de vitalité et d’énergie le lendemain. J’étais très excitée à l’idée de rencontrer les premiers demandeurs d’asile, j’attendais impatiemment ce moment. À mes yeux, cette première rencontre était un événement spécial, comme un nouveau chapitre de ma vie... C’était la clé qui allait ouvrir la porte d’une toute nouvelle activité, d’une activité à laquelle je ne m’étais jamais adonnée. Je ne m’étais encore jamais impliquée dans une commune. Je faisais du sport, mais n’avais jamais fait activement partie d’un club. Je m’étais toujours contentée d’observer. Pendant longtemps, seuls mes projets et rêves personnels occupaient mon temps et mes pensées.

À mon arrivée au restaurant, je vis une grande table pleine de gens. Il devait y avoir une trentaine de personnes. Je poussai la porte. Tous les regards se tournèrent vers moi. Je regardai autour de moi et aperçus Marie Berg. Lorsqu’elle me vit, elle me présenta au groupe. Je pus m’asseoir du côté de la table où étaient assis les demandeurs d’asile. Au début, je fus étonnée de ne voir que trois hommes. Je m’étais attendue à rencontrer quatre Pakistanais. On m’expliqua que le quatrième homme, Nuwair, n’avait pas voulu venir, car sa situation était différente de celle des autres. En effet, il avait déjà passé quelques années en Autriche avant de venir en Allemagne. Il avait déjà appris l’allemand. Peut-être avait-il aussi déjà pris part à une cérémonie de bienvenue et ne sentait donc pas la nécessité de répéter l’expérience. Peut-être encore n’avait-il pas besoin ou ne voulait-il pas de notre aide, tout simplement. Et peut-être savait-il déjà que son intégration dans une nouvelle commune n’accélérerait pas sa demande d’asile. Ce genre de demandes passe par le BAMF (voir la procédure allemande en matière d’asile, p. →) : elles ne sont pas traitées et examinées sur place dans les communes3. Le fait d’être intégré ou non dans une commune allemande ou de parler allemand n’a aucune incidence sur l’issue de la procédure de demande d’asile. La seule chose qui compte, c’est ce qui s’est passé auparavant dans le pays d’origine.

Puis, je me présentai. En fait, je n’avais aucune idée de la meilleure façon de m’y prendre. Qui étais-je donc ? Que pouvais-je dire, que pouvais-je offrir ? Mon projet n’en était qu’à l’étape embryonnaire. Je n’avais encore aucun plan précis. Je voulais d’abord observer et avoir une meilleure idée de la situation. J’ignorais également quelles étaient les attentes des demandeurs d’asile. Peut-être n’allaient-ils même pas accepter notre aide. Qui sait ? En premier lieu, je voulais comprendre la situation des réfugiés et tout simplement souhaiter la bienvenue aux nouveaux venus. La situation dans laquelle je me trouvais était toute nouvelle, pas seulement pour moi mais aussi pour toute la commune de Poing4.

En anglais, je commençai à expliquer que je faisais partie d’un groupe de bénévoles qui souhaitait aider les demandeurs d’asile dans la commune. J’ajoutai que notre groupe pouvait les familiariser avec la langue et la culture allemandes et, surtout, s’assurer qu’ils ne manquaient de rien dans notre commune. Azfar était le seul à savoir parler anglais. Arfeen et Hosni n’arrivaient qu’à dire quelques mots au prix de maints efforts. Comme Azfar s’était rendu en Europe en avion, il devait avoir un visa touristique. Arfeen et Hosni, quant à eux, avaient dû prendre la longue et pénible route terrestre passant par la Grèce (Carte 2, page →). Ils avaient quelques connaissances du grec, mais n’en avaient pratiquement aucune de l’anglais. Mon grec laissant à désirer et l’ourdou5 ne faisant pas partie de ma palette de langues parlées, je ne pouvais m’entretenir qu’avec Azfar.

En parlant avec lui, je me revis lors de mon séjour en Angleterre, où vivaient beaucoup d’Indiens et de Pakistanais. On les confond souvent, bien qu’ils soient issus de deux cultures complètement différentes aux contextes politiques et religieux distincts. Au cours de la deuxième moitié du 20e siècle, de nombreux Indiens et Pakistanais ont émigré en Grande-Bretagne. En Allemagne, par contre, on n’en rencontre que rarement. C’est pourquoi ma première question à Azfar fut de lui demander pourquoi il n’avait pas demandé l’asile en Angleterre. Après tout, son anglais était bon. L’allemand, en comparaison, n’est pas une langue facile, et celui qui ne maîtrise pas la langue du pays n’a pas de perspectives d’emploi, pas l’opportunité de commencer une nouvelle vie. Azfar avait appris, alors qu’il était encore au Pakistan, que le nombre de Pakistanais en Angleterre était très élevé et que les chances d’obtenir l’asile étaient nettement supérieures en Allemagne.

Comment puis-je vous être utile ? De quoi avez-vous besoin ? C’est par ces deux questions que commença mon action humanitaire. Azfar traduisit les questions en ourdou pour Arfeen et Hosni, qui me sourirent poliment. Je suis certaine qu’ils se demandaient qui était cette femme qui leur demandait, pleine d’entrain et d’énergie, ce dont ils avaient besoin. Azfar prit quelques minutes pour y réfléchir. Ils avaient probablement besoin de tellement de choses qu’ils ne savaient pas par où commencer. Évidemment, je n’étais pas en mesure d’exaucer tous leurs vœux ni de répondre à tous leurs besoins. Le message que je voulais faire passer, c’était que je souhaitais qu’ils se sentent ici comme chez eux. Je voulais les aider à s’intégrer dans la société et leur montrer qu’ils étaient les bienvenus à Poing. Après un moment, Azfar répondit : « Peut-être des cours d’allemand ? Nous voulons apprendre l’allemand. » Bien sûr... Des cours d’allemand !

Je les regardai et leur souris à mon tour. De nombreux sourires furent échangés ce jour-là. Entre-temps, mon cerveau traitait la nouvelle information. Je devais maintenant agir. Que pouvais-je offrir ? J’avais à ma disposition un groupe de volontaires qui n’attendaient que de mettre la main à la pâte. J’avais trois Pakistanais qui souhaitaient apprendre l’allemand. J’avais même un endroit où nous pouvions nous rencontrer : le centre familial. Là-bas se trouvait un coin-café doté de tables rondes où l’ambiance rappelait celle d’un vrai café. Il était aussi ouvert les mardis et les jeudis matin. J’invitai spontanément les Pakistanais à s’y rendre le jeudi suivant à 9 h 30. La nouvelle eut l’air de les réjouir. De mon côté, je n’avais que deux jours pour réunir mon monde et pour organiser les cours d’allemand. Voilà ! Le projet se mettait en branle. Le jeudi aurait lieu notre première leçon d’allemand.

La nourriture arriva. Les trois hommes et moi avions commandé des pâtes aux légumes. Au Pakistan, la majorité des habitants sont musulmans et ne mangent donc pas de porc, viande qui fait pratiquement partie de chaque repas en Allemagne. Et nous étions justement dans un restaurant allemand. En optant pour un repas végétarien, les Pakistanais ne risquaient pas d’avoir une mauvaise surprise.

Nous commençâmes à manger. Mon assiette débordait de pâtes. La portion servie aurait pu nourrir trois personnes. Bien vite, je remarquai que je n’arriverais pas à finir mon assiette. Je me sentis affreusement mal. J’avais encore tellement de pâtes et je savais que je ne pourrais pas tout manger. Cela ferait mauvaise impression. La banque alimentaire offrait un déjeuner gratuit aux gens dans le besoin. Ça ne se faisait donc pas de laisser de la nourriture dans mon assiette. C’était une catastrophe. Je dirigeai toute ma concentration sur mon assiette et son contenu. Ç’en fut presque douloureux. Je rassemblai mon courage et j’en vins presqu’à bout.

Azfar et Hosni n’eurent aucun problème à finir leur assiette, tandis qu’Arfeen ne réussit à manger qu’un tiers. Pour lui aussi, la portion était trop grosse. Il était petit et mince, et il était évident qu’il ne pourrait pas avaler une si grande quantité. Il finit par me dire qu’il n’y arriverait pas. Je n’avais aucune difficulté à le croire, étant donné que j’étais dans la même situation. Tous les autres avaient fini leur assiette et attendaient que nous fassions de même. Lorsque nous expliquâmes que nous avions terminé, Marie Berg fut étonnée de voir que l’assiette d’Arfeen était encore pleine. « Ne veux-tu pas finir », lui demanda-t-elle. Je répondis pour lui, disant qu’il avait mangé à sa faim et qu’il ne pouvait plus rien avaler. C’est sur ce moment surréel que se termina ma première rencontre avec les demandeurs d’asile à Poing.

Les préparatifs

Je savais déjà, avant l’arrivée des nouveaux venus, que les cours d’allemand seraient l’une des activités les plus importantes à organiser pour les demandeurs d’asile. Les bénévoles étaient prêts à remplir cette fonction, mais n’avaient pas de formation comme professeurs d’allemand. Je jugeai toutefois que leurs connaissances de base de la langue allemande devraient suffire. Ce dont nous avions surtout besoin, selon moi, c’était des personnes sympathiques et ouvertes qui avaient le temps de rencontrer régulièrement les demandeurs d’asile. C’était important pour les jeunes hommes de connaître des habitants de Poing qui pourraient les épauler et les conseiller. Des personnes qui pourraient répondre à leurs questions de nature administrative. Ou encore qui pourraient les accompagner chez le médecin. Ce que je voulais d’abord et avant tout offrir aux réfugiés, c’était une présence. Une personne qui serait là pour eux.

Le repas au restaurant avec Mme Berg, Arfeen, Azfar, Hosni et tous les autres invités de la banque alimentaire représentait bien la situation des demandeurs d’asile à Poing et en Allemagne : quelques personnes essaient d’aider les nouveaux venus et, tant bien que mal, de communiquer avec eux, alors que la majorité de la population observe de loin et se demande ce qui a poussé ces hommes et ces femmes qui ont une apparence si différente de la leur à venir ici. Les médias regorgent de reportages sur les demandeurs d’asile et, malgré tout, la population ne sait pas vraiment que penser de cette nouvelle situation.

L’un de mes objectifs était de créer une situation gagnante pour tout le monde au sein de la commune. D’un côté, je voulais faciliter l’intégration des demandeurs d’asile dans notre ville, de l’autre, je voulais aussi donner l’occasion aux habitants de la commune de découvrir de nouvelles cultures, celles que les migrants avaient apportées de leur pays. Cet échange mutuel était pour moi, – et l’est toujours – incroyablement enrichissant pour les deux côtés. Nous offrons notre protection à ces nouveaux venus aux horizons divers et, en échange, ils enrichissent notre culture avec leur mode de vie. Pour moi, c’est un pas en avant vers un monde régi par la paix et la compréhension mutuelle. Et chaque pas compte, aussi petit soit-il.

Si seulement il n’y avait pas la peur. La peur de l’inconnu. Il est clair que les hommes ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas. Pas seulement en Allemagne. C’est une loi universelle. L’inconnu a toujours quelque chose de mystérieux, d’incontrôlable et d’inconcevable. Souvent, nous faisons disparaître cette incertitude de notre champ visuel et de notre vie. Sans nécessairement discriminer, nous nous fermons à ce qui est nouveau. À mes yeux, ce manque d’ouverture n’est rien d’autre qu’une forme passive de discrimination.

Dans le cas présent, l’inconnu prend la forme d’une autre culture, celle des immigrants. En choisissant la compréhension et l’acceptation au lieu de l’exclusion, nous pourrions contribuer à ériger une société plus ouverte.

De plus, nous devons avoir conscience qu’il n’y a pas que notre culture qui soit bonne et importante. Tout autre mode de vie est aussi important et enrichissant que le nôtre. Tout autre mode de vie a le droit d’exister. Malheureusement, nous peinons souvent à voir à quel point les autres cultures pourraient enrichir et fortifier notre société.

Notre style de vie est marqué par la hâte et le devoir, mais ce stress ne se retrouve pas dans toutes les cultures. Pour bon nombre d’entre elles, il est plus important de passer du temps avec la famille et les amis. Les aînés occupent toujours un rôle important au sein de la société, tandis que nos personnes âgées sont souvent placées dans des maisons de retraite et délaissées. Les enfants écoutent leurs parents et les respectent. Certaines sociétés ont un bon rapport avec la mort. Elle n’est pas tabou, mais plutôt une réalité, et lorsque le temps est venu, la famille est déjà préparée et n’a pas de difficulté à en parler. Dans notre société, on ne parle pas de la mort, et de nombreuses personnes se retrouvent seules pour faire face à cette dure étape. Ce sont justement ces valences de cultures différentes qui constituent un enrichissement considérable pour l’Europe.

Certaines personnes prennent plus de risques que d’autres. Les plus aventureuses feront preuve de courage et iront à la rencontre des autres cultures. Je considère que j’appartiens à ce groupe d’aventureux. J’adore faire partie d’un ensemble hétéroclite de cultures. Je me sens incroyablement bien dans un environnement multiculturel. C’est comme si j’avais une parcelle du monde en moi.

Un sentiment renforcé par mes expériences de vie. Je pense par exemple à mon séjour au Caire. En 2002, au cours d’un voyage, je me promenais dans le quartier musulman du Caire lorsque je fis la connaissance de Mister Fouad. Je marchais seule dans un dédale de rues étroites en direction de la citadelle. Mister Fouad, qui était assis dans un café, m’interpela. C’était un Arabe vêtu d’une longue robe blanche et d’un chapeau blanc qui fumait une cigarette. Il avait l’air de respirer le bonheur et profitait pleinement du moment présent. Je ne sais pas exactement ce à quoi Khalil Gibran ressemblait, mais c’est exactement comme ce vieil Arabe Mister Fouad que je me le représentais. Il me demanda où j’allais. « À la citadelle », lui répondis-je. « Ah ! Asseyez-vous plutôt avec moi, la citadelle est fermée aujourd’hui ! » Dans un anglais approximatif, il m’invita à boire un café avec lui. J’acceptai son invitation. La citadelle pouvait attendre. Il appela ensuite le serveur, Mister Said, et lui demanda d’apporter quelque chose à boire. Je n’arrive pas à me rappeler ce que je bus en premier, mais j’eus l’occasion de goûter à une panoplie de boissons différentes, du café au thé à la menthe en passant par des boissons à base de canne à sucre. Je dus bien rester une heure à boire et à fumer des cigarettes avec lui. Probablement que Mister Fouad passe son temps assis à ce café, attendant que la journée se termine. Ce n’est que ce que je m’imagine, j’ignore si c’est vraiment le cas. Pendant tout le temps passé en sa compagnie, il me montra des personnes et des enfants et m’expliquait :. « C’est mon neveu. C’est mon fils. » Alors que j’étais sur le point de partir, il m’invita à venir dîner chez lui. Je déclinai l’invitation. Je ne saurai donc jamais ce que j’ai manqué. En tout cas, l’invitation me fit très plaisir. En Europe, ce n’est pas courant qu’un inconnu comme Mister Fouad vous invite à dîner chez lui avec sa famille. Par contre, au Proche-Orient et dans certaines régions d’Afrique, j’en ai souvent fait l’expérience.

À l’époque, je ne m’attendais pas à ça et ne pouvais me douter qu’on m’accorderait bientôt la même hospitalité dans ma propre ville à chacune de mes visites chez Fatima et Aziz, une famille palestinienne venue de Syrie.

Après la première réunion avec le maire, en août 2014, je me mis à réfléchir sérieusement à la façon dont je pouvais aider. Toute seule, je n’étais pas en mesure de mettre un grand projet sur pied. Je devais donc faire en sorte que plus de gens s’y intéressent. À l’époque, je venais tout juste d’être élue au conseil d’administration du centre familial de Poing. Je pouvais ainsi exercer une influence au sein de l’organisation et aussi sur les décisions qui y étaient prises. L’administration et ses contacts avec la commune furent d’une grande aide pour les étapes suivantes.

Je leur proposai de lancer un projet à l’intérieur de nos murs à l’intention des demandeurs d’asile et j’obtins leur bénédiction sur-le-champ. Mon idée se concrétisait. Le conseil me proposa même de faire de la publicité dans la presse locale au nom du centre familial. Je commençai par mettre une annonce dans le journal de Poing pour trouver des bénévoles qui auraient envie de donner un coup de main à l’arrivée des réfugiés. Je recevais déjà les premiers appels quelques heures après la publication. Chaque jour, des gens appelaient, chaque jour ma liste de bénévoles s’allongeait. Les semaines suivantes, le téléphone n’arrêta pas de sonner, et ce scénario se poursuivit pendant deux ou trois mois.

Je ne m’étais pas attendue à recevoir autant d’appels et de mails ! Cela montrait que nos concitoyens étaient très enthousiastes à l’idée d’aider les nouveaux venus. J’en fus vraiment stimulée. C’était justement l’impulsion qu’il me fallait pour mon prochain défi : celui de répondre aux courriels et de donner suite aux appels téléphoniques. Je m’y étais préparée tant bien que mal, mais l’Allemagne était toujours un nouveau pays pour moi et je ne maîtrisais pas encore la langue parfaitement. Après coup, cela eut bien peu d’importance, car quand les gens font preuve de bonté et veulent aider, la barrière de la langue disparaît.

Je répondis ainsi aux mails du mieux que je le pus. Lorsque je répondais au téléphone, j’essayais d’expliquer la situation et les plans que j’avais en tête le plus simplement possible. Je n’étais pas en mesure de donner des détails, la situation n’étant pas encore très claire, pour moi non plus. Petit à petit, un groupe de bénévoles se forma. Nous n’avions pratiquement pas d’information sur les réfugiés, ni sur la prochaine vague d’arrivants. Nous ne savions pas combien il y en aurait, d’où ils viendraient et ce dont ils auraient besoin. Encore moins s’ils accepteraient notre aide !

Officiellement, mon objectif était de constituer un groupe de bénévoles pour que nous soyons prêts lorsque les demandeurs d’asile arriveraient. Pour la suite nous verrions. Je m’en occuperais le temps venu. Je décidai de m’en tenir à cette idée. J’étais extrêmement motivée. Après quelques semaines seulement, ma liste de bénévoles était complète. Entre quinze et vingt personnes m’avaient confirmé leur soutien. Je n’avais jamais pensé recevoir un tel feed-back à la suite de mon annonce. Cela me donna des ailes... et le courage de poursuivre mon projet.

Je découvrais soudainement un autre visage de l’Allemagne, un visage que je n’avais encore jamais vu : des gens serviables qui étaient sincèrement intéressés à offrir leur aide. Ceux qui m’avaient appelée avaient les mêmes motivations que moi. Ils souhaitaient donner un coup de main et offrir de leur temps à ces personnes qui avaient trouvé refuge chez nous après avoir parcouru tant de kilomètres C’est ainsi que se forma notre groupe, qui me donna dès le départ le sentiment que nous pouvions parvenir à de grandes choses. Au fil du temps, j’allais me rendre compte que le groupe était beaucoup plus qu’une poignée de bénévoles. Mois après mois, des liens allaient se nouer, nous allions apprendre à nous connaître. Nous allions partager des moments et des expériences uniques, nous battre pour la même cause, bref, grandir ensemble. Nous allions devenir une communauté d’amis extrêmement liée. Il y aurait toujours une oreille attentive lorsque nous aurions des soucis ou des peurs. Nous serions toujours présents les uns pour les autres. Nous avions mis ce groupe sur pied pour aider les réfugiés, mais il se révélerait être bien plus que ça. Nous allions nous aider nous-mêmes.

Pour l’instant, nous n’étions qu’un groupe de bénévoles, sans migrants à aider. J’avais toutefois la certitude que nous étions très bien préparés à l’arrivée des réfugiés, peu importe la date. Nous voulions enseigner un peu d’allemand aux nouveaux venus et leur expliquer le mode de vie en Allemagne dans le but de faciliter leur intégration dans notre société. Auparavant, je n’avais encore jamais eu de contact avec des demandeurs d’asile. Je n’avais donc aucune idée de la procédure et du système allemands en matière de réfugiés. Je me sentais terriblement seule, car je ne savais pas qui pourrait répondre à mes nombreuses questions.

Un matin, une idée me vint. Bien que les réfugiés n’étaient pas encore arrivés, les bénévoles étaient fin prêts et voulaient passer à l’action une fois pour toutes. Pourquoi ne pas organiser un événement caritatif pour amasser des fonds pour les réfugiés ? L’idée plut tout de suite au centre familial et nous prîmes la décision de simplement combiner notre événement avec le théâtre d’enfants, qui avait lieu chaque année. Le plan était de cuisiner et de vendre des gâteaux, puis d’investir les recettes dans notre projet. De plus, la vente de café et de gâteaux était une superbe occasion d’apprendre à mieux connaître les autres bénévoles du groupe. La presse fut également invitée : le Münchner Merkur et le Süddeutsche Zeitung6. C’était une façon pour le centre familial de déclarer haut et fort aux habitants de Poing qu’il encourageait ce projet et qu’il disait OUI aux réfugiés. J’étais très enthousiaste à l’idée d’enfin apprendre à mieux connaître mes ambitieux collègues !

1er février 2014. À mon arrivée au centre familial, une petite foule m’attendait déjà.

« Bonjour, je suis Carolina ! »

« Bonjour, moi, c’est Astrid ! »

« ... et moi, Hilda. »