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Une analyse approfondie de la création de la série d'animation japonaise Nadia, le secret de l'eau bleue.
Adaptation libre du roman
Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne,
Nadia, le secret de l’eau bleue nous raconte les aventures des adolescents Nadia et Jean, accompagnés par le capitaine Nemo et son Nautilus. Diffusée sur NHK entre 1990 et 1991 au Japon, puis sur La Cinq en France, la série a marqué les esprits grâce à son inoubliable héroïne, ainsi que la découverte par le grand public du célèbre studio Gainax. Cet ouvrage vous propose de revenir sur la rocambolesque création de ce dessin animé, réalisé par Hideaki Anno, futur père du cultissime Neon Genesis Evangelion, ainsi que sur ses principales thématiques. Du mythe de l’Atlantide à l’apparition de l’humanité, de Hayao Miyazaki aux références plus obscures d’un studio Gainax fondamentalement otaku, venez plonger à la recherche des différentes clés de lecture permettant d’aborder
Nadia, le secret de l’eau bleue sous un œil nouveau !
Plongez-vous dans l'univers des studio Gainax et comprenez les différentes étapes de la création de cette série culte !
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Seitenzahl: 97
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Adaptation libre du roman Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne, Nadia, le secret de l’eau bleue nous raconte les aventures des adolescents Nadia et Jean, accompagnés par le capitaine Nemo et son Nautilus. Diffusée sur NHK entre 1990 et 1991 au Japon, puis sur La Cinq en France, la série a marqué les esprits grâce à son inoubliable héroïne, ainsi que la découverte par le grand public du célèbre studio Gainax.
Cet ouvrage vous propose de revenir sur la rocambolesque création de ce dessin animé, réalisé par Hideaki Anno, futur père du cultissime Neon Genesis Evangelion, ainsi que sur ses principales thématiques. Du mythe de l’Atlantide à l’apparition de l’humanité, de Hayao Miyazaki aux références plus obscures d’un studio Gainax fondamentalement otaku, venez plonger à la recherche des différentes clés de lecture permettant d’aborder Nadia, le secret de l’eau bleue sous un œil nouveau !
L’autrice : Virginie Nebbia
Adepte des pseudonymes multiples, Vivi ou Virginie aime rester mystérieuse. Elle a participé à l’aventure Console Syndrome en écrivant des articles divers et variés sur feu le site du même nom. Toujours curieuse de jeux obscurs ou oubliés, un brin monomaniaque, elle avoue préférer largement rédiger de nouveaux ouvrages de la collection « Ludothèque » pour Third Éditions.
Un projet de Hayao Miyazaki
Le 4 avril 1978, dans la ville d’Ube au Japon, Hideaki Anno a 17 ans. Tous les mardis, sa sœur regarde Angie, détective en herbe à la télévision, un dessin animé qu’elle suit depuis le mois de décembre de l’année précédente. Sauf qu’aujourd’hui, Hideaki a décidé de se battre pour choisir le programme. Outre son désintérêt pour les aventures de cette Angie, il y a surtout, en ce 4 avril, quelque chose de spécial de prévu. Sur NHK va être diffusée la toute nouvelle série d’un certain Hayao Miyazaki : elle s’appelle Conan, le fils du futur ! En vantant les vertus éducatives de la chaîne, Hideaki réussit à convaincre ses parents. À 19 h 30, chez les Anno, Conan apparaît sur le petit écran. Pari réussi, la famille accroche dès le premier épisode et désire connaître la suite de l’histoire.
Hideaki Anno tient tout spécialement à ne pas manquer Conan, car il admire Miyazaki et le considère comme un de ses maîtres. Il surveille son travail depuis Le Vaisseau fantôme volant sorti en 1969, dans lequel Miyazaki s’est chargé de l’animation, en particulier d’un impressionnant robot géant qui détruit la ville au début du film. Il a également remarqué sa prestation en tant que coréalisateur sur la première saison d’Edgar de la Cambriole (ou Lupin III) dès 1971 auprès de son complice Isao Takahata, avec qui Miyazaki fondera l’illustre studio Ghibli en 1985.
Malgré son jeune âge, Anno possède d’ores et déjà un œil aiguisé et prête une forte attention aux détails et à la technique. C’est un fan passionné et exigeant. Il ne le sait pas encore, pourtant dans 12 ans, il sera en charge d’une série retransmise par NHK et inspirée d’une idée de Miyazaki lui-même : Nadia, le secret de l’eau bleue.
Retour en arrière. En 1975, Hayao Miyazaki, 34 ans à peine, vient de terminer sa participation à Heidi, fille des Alpes, série animée de 52 épisodes dirigée par Takahata. Cette version de Heidi produite par le studio Nippon Animation (alors dénommé Zuiyo Eizo) appartient à un large programme visant à adapter de grands romans classiques en dessins animés tout public. Il s’agit du « Sekai Meisaku Gekijo », ou « Théâtre des chefs-d’œuvre du monde ». Le concept est malin : s’inspirer de livres célèbres, permettant de s’assurer un minimum de notoriété et de promettre au public un sceau de qualité. Avec Heidi, les talentueux Takahata et Miyazaki ont réussi à définir un nouveau standard dans l’animation japonaise télévisuelle, aussi bien sur le fond que dans la forme.
La grande maison de production Toho saute sur l’occasion et demande à Miyazaki de collaborer avec elle en vue de créer une adaptation du Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne. Le monde entier connaît le Nautilus et le capitaine Nemo, ce matériel de base possède par conséquent un énorme potentiel pour faire rêver petits et grands. Le choix est d’autant plus pertinent que le Japon est spécialement sensible au contexte maritime, de par son statut d’île. Les bateaux et sous-marins y sont populaires, entre autres dans la fiction avec l’immense succès de Space Battleship Yamato en 1974 (s’inspirant du cuirassé Yamato de la Seconde Guerre mondiale) ou avec le Gotengo, sous-marin volant du film Atragon, produit par Toho en 1963 et réalisé par le reconnu Ishiro Honda1.
Cerise sur le gâteau : les récits de Jules Verne correspondent parfaitement à l’imaginaire de Miyazaki avec leurs machines extraordinaires et leurs héros friands d’aventure. Ce dernier accepte donc volontiers, en profitant de l’occasion pour inclure dans la trame des idées qu’il souhaite développer depuis longtemps. Sous un nom équivoque, « Le tour du monde en 80 jours par la mer », l’histoire prend forme. Deux enfants fuient un méchant personnage et sont sauvés par le capitaine Nemo et son Nautilus, qui va leur permettre de voyager autour du globe. Miyazaki ajoute la présence d’un pendentif magique permettant de voler, hommage à un chapitre du manga Sabaku No Maô de Tetsuji Fukushima qui l’avait marqué enfant.
Comme cela arrive parfois, le projet ne dépasse pas le stade embryonnaire et ne se concrétise pas. Les raisons de cet abandon restent à la discrétion de ses instigateurs, tout comme l’existence d’autres pitchs que Miyazaki aurait inventés à l’époque. Voué à rester dans un tiroir, ce premier jet va pourtant faire plus que survivre, car de ses grandes lignes vont naître trois œuvres majeures de l’animation japonaise.
Miyazaki va tout d’abord le recycler partiellement dans le précité Conan, le fils du futur, puis dans son film Le Château dans le ciel en 1986. L’influence littéraire de Verne laisse sa place à la plume d’autres auteurs, Conan s’inspirant librement de The Incredible Tide (Après la vague) d’Alexander Key et Le Château dans le ciel empruntant des éléments aux Voyages de Gulliver de Jonathan Swift.
Puis en 1990, sans doute suite au succès grandissant des films de Miyazaki et du studio Ghibli2, Toho décide de ressortir le fameux brouillon, qui officiellement leur appartient, et de le ressusciter en tant que Nadia, le secret de l’eau bleue.
De Daicon Film à la création de Gainax
Pendant la promotion de Nadia en 1991, Hideaki Anno explique qu’à travers cette série, il a voulu parler de l’importance des rencontres. Rétrospectivement, il est amusant de constater que les rencontres sont effectivement capitales dans son parcours. Sans elles, il n’aurait probablement pas eu la même destinée pendant ces 12 marquantes années le menant au statut de réalisateur au sein du mythique studio Gainax.
Toute histoire a un commencement et celle-ci débute à l’occasion d’une convention de science-fiction tenue à Osaka en 1981 : la Daicon III !
Comment cette convention s’est-elle transformée en carrefour capital pour la fondation du studio Gainax ? À l’aube des années 1980, une toute nouvelle génération japonaise de fans de science-fiction émerge, grâce à des œuvres pionnières du genre. Après les robots géants de Go Nagai dans Mazinger Z en 1972 et UFO Robo Grendizer (Goldorak) en 1975, c’est l’univers mélancolique de Leiji Matsumoto qui se décline en animation à la télévision avec Space Battleship Yamato en 1974 (dont Hideaki Anno s’avère spécialement fanatique comme nous le verrons) ainsi que Space Pirate Captain Harlock (Albator, le corsaire de l’espace) et Galaxy Express 999, à partir de 1978 tous les deux. En 1977, le raz-de-marée de la juteuse licence Star Wars déferle sur le monde avec l’Épisode IV : Un nouvel espoir. L’arrivée de Mobile Suit Gundam en 1979 parachève le mouvement. C’est le début d’une ère de consommation, la vente de Gunpla (contraction de Gundam Plastic Model) et autres figurines va devenir un authentique business.
Les amateurs de SF prennent plaisir à se réunir et partagent entre eux leur passion à la Nihon SF Taikai (ou Convention japonaise de SF), qui se tient une fois par an au Japon dès 1962. À l’image de l’historique Worldcon (World Science Fiction Convention) se déroulant aux États-Unis depuis 1939, une ville différente accueille chaque itération.
Comme la flamme se ressent aussi de manière quotidienne, des clubs de SF se forment dans les écoles du pays. Ces fans sont si nombreux qu’ils se regroupent même en confédérations ! C’est le cas dans la région du Kansai, représentée par la bien nommée Confédération des Clubs de Science-Fiction des étudiants du Kansai. Il existe aussi dans les environs le Space Force Club, plus ambitieux encore, créé par Masahiro Noda (auteur de SF et traducteur), qui regroupe sous son aile des jeunes gens à l’avenir prometteur.
Une telle effervescence mène à de fortes ambitions. Telles celles de Yasuhiro Takeda, le cofondateur de la Confédération du Kansai. Avec Toshio Okada, un membre du Space Force Club rencontré en avril 1978, ils rêvent d’organiser la prochaine convention nationale à Osaka. À force de travail et de persévérance, ils réussissent à obtenir le droit d’en être les hôtes pour l’édition de 1981. Elle s’appellera Daicon III3 ! Ils comptent bien marquer les esprits et pour ce faire, ils décident de produire un générique d’ouverture animé qu’ils projetteront en public. Ils partent à la recherche d’artistes capables de leur fournir un tel service. Par l’entremise d’une connaissance commune, on leur présente un apprenti animateur brillant, encore sur les bancs de l’Université des arts d’Osaka : Hideaki Anno.
Anno a tout juste 20 ans en septembre 1980, lorsque la planification de la convention commence. C’est sans surprise qu’il s’est dirigé vers des études artistiques en adéquation avec sa passion pour l’animation et les tokusatsu4. Ou plutôt est-ce une obsession débordante qui fait passer ses études au second plan. Pour lui et ses deux fidèles compagnons de l’université, Hiroyuki Yamaga et Takami Akai, c’est une opportunité tombée du ciel en vue d’acquérir de l’expérience dans le domaine. Le trio est inséparable et se complète à merveille : Anno aime dessiner et donner vie à des véhicules et des machines, Akai à des personnages et Yamaga, aux aspirations de producteur, chapeaute le tout. Ils démarrent ensemble la confection d’un générique d’un peu plus de cinq minutes, ce qui nécessite un travail colossal, qui plus est pour des amateurs.
Heureusement, en août 1981, le générique est prêt et rencontre un succès inespéré. Il faut dire qu’ils y ont mis tout leur cœur, faisant fi des copyrights. Godzilla, le Gotengo, le Yamato ou encore un Destroyer Stellaire s’y bousculent, flattant la culture du public présent. La future marque de fabrique de Gainax fait mouche : « Par les fans, pour les fans. » Si l’enthousiasme est au rendez-vous, la gestion de la trésorerie de la convention laisse à désirer et les comptes terminent dans le rouge. Okada et Takeda profitent de la montée du marché des cassettes vidéo pour vendre des exemplaires du court-métrage et des bouts de la bobine 8 mm d’origine afin de renflouer les caisses.
Le duo ne perd ensuite pas une minute : ils comptent bien remettre ça dès que possible ! En parallèle, les qualités d’animation de Daicon III5 font grand bruit parmi les professionnels et ouvrent des portes à Anno, Yamaga et Akai. Tous trois ont l’occasion de participer à la production d’une série à venir : Super Dimension Fortress Macross ! Une chance pour Anno, car si un de ses maîtres est Miyazaki, l’autre s’appelle Ichiro Itano6, en l’occurrence animateur sur la série et sous les ordres duquel il a la chance de travailler.
C’est donc plus fort et plus expérimenté que le trio revient s’occuper du générique de la Daicon IV prévue pour août 1983, forcément toujours à Osaka. La convention se veut beaucoup plus ambitieuse : la capacité d’accueil passe de 1 500 à 4 000 personnes. Dans l’intention de parfaire la production, plusieurs collaborateurs sont recrutés, dont Yoshiyuki Sadamoto et Mahiro Maeda, eux aussi animateurs prometteurs ayant travaillé sur Macross
