Mon odieux petit ami - TA Moore - E-Book

Mon odieux petit ami E-Book

TA Moore

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Beschreibung

Sa mère. Son meilleur ami. Le barman du pub local. Tout le monde a pour objectif de trouver un petit ami à Nathan Moffatt, même si c'est la dernière chose qu'il souhaite. Après avoir passé ses journées à s'assurer que ses clients ne connaissent rien d'autre que la magie du romantisme, le soir, l'organisateur de mariages du Granshire Hotel n'a qu'une envie : rentrer chez lui, regarder plusieurs épisodes de séries criminelles et manger une pizza en sous-vêtement. Malheureusement, personne ne le croit et il doit subir les leçons de morale lui disant qu'il mourra seul. Mais un jour, il a une illumination. Il faudrait que ses proches comprennent qu'il vaut mieux qu'il reste célibataire. Il doit trouver un petit ami odieux. Un seul homme peut tenir ce rôle. Flynn Delaney est habitué à ce que l'île de Ceremony ne pense que du mal de lui, mais il préférerait ne pas avoir l'honneur d'occuper la place de « pire petit ami de l'île ». D'un autre côté, s'il accepte, il aura l'opportunité de sortir avec un homme sublime et de contrarier les propriétaires du Granshire Hotel. Ils seraient tous les deux gagnants. Il n'y a qu'un un seul problème : comme Flynn se révèle être un bon petit ami, Nathan finit par se demander si quitter son canapé de temps en temps serait vraiment une si mauvaise idée.

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Veröffentlichungsjahr: 2018

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Table des matières

Résumé

Dédicace

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XXII

XXIII

XXIV

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Droits d'auteur

Mon odieux petit ami

 

Par TA Moore

 

Sa mère. Son meilleur ami. Le barman du pub local. Tout le monde a pour objectif de trouver un petit ami à Nathan Moffatt, même si c’est la dernière chose qu’il souhaite. Après avoir passé ses journées à s’assurer que ses clients ne connaissent rien d’autre que la magie du romantisme, le soir, l’organisateur de mariages du Granshire Hotel n’a qu’une envie : rentrer chez lui, regarder plusieurs épisodes de séries criminelles et manger une pizza en sous-vêtement.

Malheureusement, personne ne le croit et il doit subir les leçons de morale lui disant qu’il mourra seul. Mais un jour, il a une illumination. Il faudrait que ses proches comprennent qu’il vaut mieux qu’il reste célibataire. Il doit trouver un petit ami odieux.

Un seul homme peut tenir ce rôle.

Flynn Delaney est habitué à ce que l’île de Ceremony ne pense que du mal de lui, mais il préférerait ne pas avoir l’honneur d’occuper la place de « pire petit ami de l’île ». D’un autre côté, s’il accepte, il aura l’opportunité de sortir avec un homme sublime et de contrarier les propriétaires du Granshire Hotel. Ils seraient tous les deux gagnants.

Il n’y a qu’un un seul problème : comme Flynn se révèle être un bon petit ami, Nathan finit par se demander si quitter son canapé de temps en temps serait vraiment une si mauvaise idée.

Comme d’habitude, je tiens à remercier ma mère ainsi que le groupe des Cinq, sans qui je n’en serais jamais arrivée là et qui m’encouragent à continuer d’écrire. Je vous aime !

I

 

 

« Mon neveu est gay. Peut-être que si vous l’engagiez pour entretenir le jardin, ils pourraient… se croiser par hasard ? »

 

LE GRANSHIRE Hotel surplombait l’une des plus belles vues de Ceremony Island avec élégance. À l’arrière du bâtiment se trouvaient des falaises qui plongeaient dans la baie de sable blanc en forme de croissant, où l’on pouvait apercevoir des bateaux de couleurs vives en mouillage à quelques kilomètres. À l’avant se déployait la lande, pleine de bruyères et de fleurs sauvages, jusqu’à ce qu’elle atteigne les murs de pierre qui clôturait les terres cultivées. Un petit troupeau de cervidés errait parfois sur le terrain.

Le magazine Tatler avait classé cet hôtel parmi les dix meilleures destinations pour célébrer votre mariage au Royaume-Uni. Ils organisaient des réceptions pour des clients venant du monde entier. C’était onéreux et l’île était difficile d’accès. Même les couples venant du Royaume-Uni devaient emprunter les routes côtières pleines d’ornières et prendre le ferry pour traverser une portion de la mer d’Irlande. Malgré tout, les couples à la recherche du mariage parfait semblaient penser que ça en valait la peine.

Ces personnes ne venaient pas seulement pour le hall en vieille pierre ou pour poser sur le sublime escalier dont la rambarde en chêne noir était sculptée en forme de ronces entrelacées. Elles venaient pour visiter les grottes sur la plage, pour se faire offrir une pinte de Guinness dans le pub traditionnel où les musiciens jouaient derrière le bar, pour trouver l’accessoire « ancien » que doit porter la mariée à la bijouterie installée dans une petite maison de pêcheur inhabitée sur la plage – ou pour toute autre expérience offerte par l’île qui vaille la peine d’être postée sur Instagram.

Les couples qui arrivaient à Ceremony étaient en quête d’un conte de fée des temps modernes ou de leur propre comédie romantique. En tant qu’organisateur de mariages au sein du Granshire Hotel, c’était à Nathan Moffatt de faire en sorte qu’ils l’obtiennent – même les jours où la dernière chose à laquelle il voulait penser était à la fin heureuse d’un couple.

— Chaussures ? demanda-t-il en penchant la tête par la porte du bar du Granshire.

D’habitude, le bar était une étendue de bois décoloré et de métal poli qui semblait tout droit sortie d’un magazine. Aujourd’hui, il était couvert des détritus abandonnés la nuit précédente par les invités d’un mariage. Des confettis de toutes les couleurs avaient été balayés et formaient des petits tas dans les coins de la salle et des verres collants reposaient un peu partout, avec des restes de cocktails fruités.

Une équipe réduite du bar était déjà en train de commencer le grand ménage, les employés bâillant tout en traînant des sacs poubelle derrière eux. Lorsqu’ils entendirent Nate, ils se contentèrent de hausser les épaules pour lui dire qu’ils n’en avaient pas la moindre idée. Il ne fallait pas que Nate oublie de leur donner une meilleure prime pour les remercier de leur bon travail.

Théoriquement, il n’était pas obligé de le faire. Certains couples souhaitaient louer un barnum ou se marier dans l’ancienne distillerie, ce qui sous-entendait d’engager du personnel supplémentaire, mais les jeunes mariés Sanders avaient opté pour la formule simple proposée par l’hôtel, qui incluait les employés. Cependant, selon son expérience, il était préférable d’avoir bonne réputation auprès de ses employés – pour s’assurer qu’ils répondent présents lors du seul événement où on leur demanderait de s’habiller comme le Chapelier fou et de servir des Long Island Iced Tea jusqu’au petit matin.

Nate les laissa continuer à ramasser les verres et se fraya un chemin entre les tables jusqu’au bar. Il se pencha par-dessus et siffla pour attirer l’attention du manager.

— Les chaussures de la mariée ? Paire unique. Marque de luxe. Elles ressemblent à toutes les pantoufles en argent qui rappellent Cendrillon.

Max jeta deux bouteilles vides de prosecco dans le bac de recyclage.

— On dirait que quelqu’un s’est levé du pied gauche, dit Max en levant les sourcils.

Cet homme petit au style intentionnellement négligé était le fils du propriétaire de l’hôtel ainsi que le meilleur ami de Nate depuis l’adolescence. Ils avaient été ces deux garçons gays et maladroits qui se demandaient pourquoi les filles s’intéressaient davantage à eux que les garçons. Ils avaient découvert que si ton meilleur ami était le seul autre homosexuel dans ta classe insulaire de vingt élèves… il y avait de fortes chances pour que tu aies déjà atteint ton quota de personnes homosexuelles jusqu’à l’obtention de ton diplôme.

— Je n’ai vu aucune paire de chaussures. Par contre, si ça peut t’aider, j’ai trouvé une des demoiselles d’honneur en train de cuver dans les toilettes.

Il était difficile de résister au sourire de Max. Malgré sa mauvaise humeur, Nate sentit les coins de sa bouche se rehausser pour répondre à son sourire.

Peu importe si les mariages semblaient tout droit sortis d’un joli conte de Grimm, les lendemains de mariage étaient toujours plus conformes aux histoires originales : pleins de regrets, de secrets à garder et parfois de sang sur le sol. Surtout du vomi, mais parfois du sang.

— Depuis que minuit a sonné, les demoiselles d’honneur ont repris le cours de leur vie et ne sont plus sous ma responsabilité.

— Tu pourrais aller voir dans les jardins, suggéra Max en récupérant la carafe de café pour en verser une tasse à Nate. J’ai vu certains invités danser dehors.

Max n’avait pas besoin de lui demander s’il voulait du café. La réponse était toujours « oui ». Il récupéra la tasse et en but une gorgée brûlante. Des bouteilles de sirop étaient alignées le long du mur, avec des saveurs allant de la vanille au cheesecake, mais elles étaient réservées aux personnes qui considéraient que boire du café était un plaisir. Nate buvait du café pour réussir à tenir : chaud, fort et assez épais pour planter une cuillère dedans.

Quand il releva les yeux, Max ne nettoyait plus le bar, mais était appuyé dessus. Ses bras étaient croisés devant lui.

— Alors ? dit-il en levant les sourcils, impatient. Serais-tu d’humeur grincheuse parce que la nuit a été longue ?

En effet, elle avait été longue, mais Nate ne comprenait pas pourquoi Max lui adressait un regard espiègle alors qu’il n’avait fait que raccompagner la mère éméchée et déprimée du marié jusqu’à sa suite sur les coups de 3 h du matin. Ce qui voulait dire…

Nate siffla, les dents serrées. Ce matin, le monde semblait décidé à tester ses limites.

— J’en conclus que tu es celui qui as donné mon numéro au frère du marié ?

Le regard lubrique de Max s’accentua.

— Oui, tu me dois une fière chandelle. Il est toujours chez toi ?

— Non.

Son visage s’assombrit.

— Il ne t’a pas appelé ? demanda-t-il, sincèrement surpris. Je n’arrive pas à le croire. Il avait vraiment l’air intéressé. Il disait que tu étais un silver fox 1.

Nate jeta un œil au miroir qui se trouvait derrière Max, à l’arrière du bar. Il poussa anxieusement les boucles brunes parsemées de gris de son front. Il avait trente-sept ans. Il était trop jeune pour être considéré comme un silver fox, même s’il avait commencé à grisonner dès ses vingt ans.

— Il a appelé.

En fait, cet homme lui avait envoyé un message. Nate se demanda si le fait qu’il se sente légèrement offensé par cela signifiait qu’il était plus vieux qu’il ne le pensait.

— Et ? demanda Max en lui lançant un regard inquisiteur. Il te trouvait sexy. Il t’a appelé. Vous vous êtes embrassés…

— Je ne lui ai pas répondu, dit-il sur un ton neutre. J’étais en train de gérer un mariage. Je n’avais pas le temps de coucher avec un inconnu.

Au lieu de percevoir la note d’agacement dans la voix de Nate et de le laisser tranquille, Max fit un bruit désapprobateur.

— Ça ne t’a jamais arrêté. Je me rappelle le temps où tu étais bénévole dans un festival du livre à Durham. Une nuit, tu as couché avec trois hommes différents entre les conférences et les lectures. D’ailleurs, l’un d’eux faisait partie des auteurs. Ça ne t’a pas empêché de leur faire remplir ton enquête de satisfaction.

Nate devait admettre que cette nuit avait été très agréable. En fait, ses années passées à Durham avaient été une succession de nuits agréables. Même s’il n’avait jamais utilisé son diplôme en littérature anglaise à d’autres fins que celle d’impressionner les hommes qui aimaient les sonnets. Cependant, Ceremony n’avait rien à voir avec Durham et Nate n’avait plus vingt ans.

— Ça fait plus de dix ans. Et je n’étais qu’un idiot en manque de sexe.

— Mais tu étais heureux, souligna Max.

Son ami lui adressa le sourire qui avait réussi à convaincre de nombreux hommes à le suivre pour une partie de jambes en l’air. Leur nombre avait augmenté ces derniers temps. Max n’était pas beau. Il avait un trop gros nez, une mâchoire trop imposante et ses cheveux étaient trop épais pour être coiffés, mais il avait cette aura que les personnes riches et pleines d’assurance possédaient. Depuis le moment où Maxwell, du haut de ses dix ans, lui avait enfoncé un doigt dans les côtes, souri et suggéré qu’ils fassent une bêtise, l’attitude de celui-ci avait causé bien trop d’ennuis à Nate pour qu’il puisse en faire le compte.

— Bon sang, Nate. Je sais que ton ex t’a fait du mal, mais…

C’était la mauvaise chose à dire. C’était toujours la mauvaise chose à dire.

— Va te faire foutre, Max.

Il posa délicatement sa tasse de café à moitié pleine sur le comptoir et prit la direction de la sortie. Les employés du bar échangèrent des regards gênés lorsqu’il passa près d’eux. Nate tira un trait sur l’idée de leur donner une bonne prime, même s’il savait qu’il reviendrait sur sa décision avant que les RH versent leurs salaires.

— Nate, appela Max. Attends une seconde, tu veux bien ? Je ne voulais pas… Merde.

Les portes qui menaient aux jardins se refermèrent derrière Nate et mirent un terme aux paroles de Max.

Tout irait bien. Max finirait par s’excuser et lui offrir une de ces mauvaises bières artisanales fabriquées sur l’île ; il insistait pour en être approvisionné. Nate lui pardonnerait parce que mentionner un ex n’était pas une raison valable de se fâcher avec quelqu’un. Et il n’était peut-être pas encore un silver fox, mais il était déjà bien trop vieux pour se trouver un nouveau meilleur ami.

De toute façon, il n’était même pas vraiment en colère contre Max. Ou contre son ex. Contrairement à ce que tout le monde semblait penser, il ne se languissait pas de cet enfoiré comme le faisaient ces héroïnes de romans à l’eau de rose.

Il se promena dans le petit jardin de roses de l’hôtel. Les chaussures de la mariée étaient posées sur le bord de la fontaine, argentées et mouillées par la rosée du matin. Nate les laissa à leur place et s’approcha de la limite du jardin pour regarder par-dessus le mur.

Son regard tomba directement sur des falaises grises parsemées de mouettes, puis sur une parcelle de plage de sable blanc en contrebas, décorative et trompeuse. Ce n’était que le début du mois de mai et quelques personnes prenaient un bain de soleil sur la plage, tandis qu’une autre se trouvait dans la baie et essayait de récupérer un parachute mouillé au sein des vagues. Nate s’accouda sur la pierre, se frotta les yeux et attendit que la colère qui était montée en lui disparaisse.

Il passait la plupart de ses journées à organiser le mariage des autres. Il y avait parfois un festival ou la fête du village à mettre en place, mais il organisait surtout des mariages. Il écoutait les histoires adorables de leur rencontre, bataillait avec les demoiselles d’honneur, vérifiait les discours et réussissait parfois à accomplir l’impossible. Aux yeux de ses clients, il était charmant, encourageant et s’assurait que le couple obtienne ce dont il avait rêvé.

Mais le plus beau jour de la vie de ses clients n’était qu’une journée banale pour lui. Quand il rentrait chez lui, il n’avait qu’une envie : retirer son costume, manger des restes de pizza, regarder Fortitude ou une autre émission stupide et jouer les pauvres célibataires grincheux.

Ce n’était pas trop demander.

Du moins, pas selon lui. Tous ses proches semblaient penser le contraire. Ses amis n’arrêtaient pas de lui arranger des rendez-vous – ou des coups d’un soir, dans le cas de Max – et depuis qu’on avait diagnostiqué un cancer à sa mère, celle-ci était obsédée par l’idée qu’elle mourrait avant qu’il trouve quelqu’un… et qu’il mourrait ensuite seul et serait mangé par des chats.

 

 

— AS-TU AU moins un chat ? demanda Max.

Huit heures s’étaient écoulées. Max était pardonné, Mary Sanders née Black avait retrouvé ses chaussures et la bière était aussi mauvaise que l’avait prédit Nate. Il s’étala sur le canapé dans le bureau de Max, une jambe posée par-dessus l’accoudoir en cuir usé.

— Non.

Nate but une deuxième gorgée de sa bière, censée avoir les saveurs de canneberge et de cynorhodon, au cas où ce mélange finissait par être apprécié. Jusque-là, il ne plaisait toujours pas à Nate.

Max recula sa chaise et posa les pieds sur son bureau qui ne lui servait quasiment que de repose-pied. Il n’était pas fainéant, mais il n’avait jamais apprécié qu’on l’installe quelque part et qu’on lui demande d’y rester. Il ne pouvait même pas discuter au téléphone sans bouger, faisant des allers-retours le long du bar. Nate ne comprenait pas pourquoi son père avait insisté pour lui faire installer un bureau pour ensuite se plaindre qu’il n’y reste pas.

— Alors, commença Max en se grattant la mâchoire avec le goulot de sa bouteille de bière. Ta mère pense-t-elle que tu vas te transformer en une vieille dame à chats à cause de la solitude ? Ou bien les chats vont-ils être attirés par ton corps depuis l’autre côté de l’île une fois que tu auras rendu l’âme ?

— Je n’en sais rien, répondit-il en haussant les épaules.

Il commença à remuer son pied, son talon rebondissant contre le rebord du canapé.

— Je savais que ce ne serait pas facile de l’avoir à la maison le temps qu’elle récupère, mais je pensais que nous boirions des tasses de thé et qu’elle n’arrêterait pas de me demander « qui c’est ? » en regardant des séries. Je ne pensais pas qu’elle serait obnubilée par le fait que je me marie avant qu’elle meure, ce qui pourrait arriver n’importe quand, apparemment.

Max fronça les sourcils et se redressa. Sa chaise grinça sous son poids.

— Est-ce qu’elle va bien ? demanda-t-il avec inquiétude. Si Ally ne se sent pas bien, nous devrions la ramener à l’hôpital.

Nate décida de mettre le goût amer qui venait d’envahir sa bouche sur le compte de la bière. Ils n’étaient plus des enfants. Être jaloux que Max s’entende mieux avec sa mère que lui sur plusieurs aspects était puéril. Ce n’était pas comme si Nate et sa mère ne s’aimaient pas – la plupart du temps. Simplement, Ally Moffatt et Max Saint John partageaient une certaine idéologie : « Je suis libre, j’ai une relation compliquée avec mon père et je pense savoir ce qui est mieux pour Nate ».

— Maman va bien. D’ailleurs, c’est le problème. Avant, son cerveau était occupé par les rendez-vous chez le médecin et son traitement contre le cancer. Maintenant qu’elle n’a plus à s’en faire, elle comble le vide par sa paranoïa et ses talents d’entremetteuse.

Ces paroles rassurantes ne semblèrent pas apaiser Max, mais il passa à autre chose.

— Arrête de te plaindre, dit-il en remuant sa bière. Ce n’est pas comme si elle essayait de te marier à une femme et insistait pour que tu deviennes un avocat spécialisé dans les divorces. Elle aimerait juste te voir heureux, ce que tu n’es pas.

— Je suis heureux, répliqua Nate en levant les mains en l’air, frustré.

De la bière s’échappa de sa bouteille et retomba sur son poignet. Il se retrouva avec une tache sur la manche de sa chemise, ce qui ne fit qu’améliorer son humeur.

— Je suis comblé. Je suis carrément aux anges.

— Bien sûr.

Max se réinstalla confortablement sur sa chaise et joignit ses mains sur son ventre, sa bouteille tenant en équilibre sur la boucle de sa ceinture. Ses yeux brillaient au-dessus de son grand nez.

— Tu as vraiment l’air heureux, ironisa-t-il.

— D’accord, céda Nate en levant les yeux au ciel. Pas dans l’immédiat. D’habitude, je vais bien. Actuellement, je me contente de ma propre compagnie.

— Tu te masturbes ?

— Non.

Max laissa échapper un rire incrédule. Nate l’ignora et prit une autre gorgée de bière. Son goût ne s’améliorait pas avec le temps.

Et, oui, il se masturbait. Ce n’était pas comme s’il avait demandé à être célibataire – même si le fait d’accueillir sa mère à la maison lui donnait parfois cette impression –, mais ce n’était pas le débat. Il n’y avait rien à débattre. Malgré ce que semblaient penser les gens, il n’avait pas pris la décision de condamner ses bourses et d’entrer dans les ordres.

— D’ailleurs, pourquoi est-ce qu’on s’attarde toujours sur mon cas ? demanda Nate. Comment se fait-il que personne ne t’encourage à te mettre en couple et à adopter des gosses méritants pour faire perdurer la lignée familiale ?

Max fit la grimace et se signa avec la bouteille. Son regard se leva pieusement.

— Il plaisante, ne l’écoutez pas, dit-il avant de regarder à nouveau Nate. N’oublie pas que le dernier homme que j’ai présenté à ma famille avait vingt ans de moins que moi, qu’il était cracheur de feu semi-professionnel et qu’il m’a volé dix mille balles en partant. Mon père vit dans la crainte de me voir éprouver des sentiments pour les bons à rien avec lesquels je couche.

— As-tu récupéré cet argent ?

— Non.

Max passa une main dans ses cheveux, ce qui était un exploit vu leur épaisseur.

— Je n’ai jamais revu la couleur de cet argent, ni celle du respect de mon père. Mais vu ce que ce gars savait faire avec sa bouche, ça en valait la peine.

Ils savaient tous les deux que c’était un mensonge. Ils ne profitèrent pas de ce moment gênant pour en discuter et laissèrent passer quelques secondes interminables en remuant, en soupirant et en décollant l’étiquette de leur bière. Puis Max retrouva son sourire et fit une blague sur les bouches expertes. C’était facile de combler les blancs par des plaisanteries. Cela faisait trente ans qu’ils tenaient ce genre de conversation, ce qui laissa de l’espace au cerveau de Nate pour réfléchir à sa nouvelle idée.

Il n’avait jamais eu de petit ami vraiment odieux. Jamie s’était comporté comme un crétin à la fin de leur relation, mais il s’était simplement comporté en… mauvais petit ami. Il n’avait pas été aussi ignoble que les hommes dont on entendait parler dans les chansons de country. Nate avait peut-être besoin de faire comprendre à ses proches qu’il y avait pire dans la vie que de trop regarder la télévision.

— Veux-tu une autre bière ?

Max en lécha les dernières gouttes sur la bague de sa bouteille.

Nate regarda la sienne. Sans s’en rendre compte, il avait réussi à en boire une grande quantité. Il ne restait plus qu’un tiers de liquide dans cette bouteille orange trouble.

— Non. Je dois conduire jusqu’à la maison.

Il posa sa bouteille sur le bureau inutilisé de Max, près des bottes de son ami.

— Puis elle a un sale goût, ajouta-t-il.

— C’est vrai. Le cynorhodon lui donne un goût bizarre.

Max posa ses pieds au sol, se leva et s’étira jusqu’à ce que sa colonne vertébrale craque. Il jeta son bras autour des épaules de Nate et l’attira dans une accolade brusque.

— Si tu veux que j’arrête de choisir des hommes à ta place, sache que le bar est rempli de clients qui quitteront l’hôtel dans deux jours. Et ils ont déjà une chambre.

Nate laissa échapper un rire et jeta un bras autour des épaules de Max. Cela faisait vingt ans qu’il avait dépassé son ami en taille et il en était toujours aussi satisfait.

— J’ai un cortège de mariage important qui débarque la semaine prochaine. Je veux m’y préparer en ayant les idées claires. Puis maman s’inquiéterait de ne pas me voir rentrer.

Max se mit à rire, lui demanda d’embrasser Ally de sa part et le chassa du bar. Sur le chemin de la sortie, alors qu’il saluait le réceptionniste de l’hôtel d’un signe de tête en traversant le sol en marbre du hall d’entrée, Nate se demanda où il pourrait trouver un petit ami odieux dans les plus brefs délais sur cette île.

Évidemment, quand on y réfléchissait, il n’y avait qu’une seule option.

1  : Terme utilisé en anglais pour désigner un homme d’âge mûr qui est beau et gentleman.

II

 

 

« S’il n’a rien à cacher, alors pourquoi ne vient-il pas nous voir pour nous dire que nous avons tort et qu’il n’est pas un criminel ? »

 

— FISH AND chips, nuggets de poulet et curry ! hurla Gennie, la barmaid, en poussant les assiettes sur le bar.

Un homme leva les yeux de l’une des petites tables rondes qui comblaient l’espace entre les banquettes et le bar. Deux enfants pleurnichards et démoralisés l’accompagnaient et l’homme avait l’air stressé, comme s’il n’avait pas bien réfléchi à ce que serait un week-end avec ses enfants. Il leva la main avec espoir. Gennie poussa les assiettes un peu plus loin sur le bar.

L’homme soupira, se leva, pointa un doigt sur ses enfants et se fraya un chemin à travers la salle. Personne ne poussa sa chaise pour lui faciliter l’accès. Il atteignit le bar et batailla pour réussir à faire tenir les trois assiettes en équilibre sur ses bras. Flynn s’accouda sur le bar et observa l’homme en train de galérer.

Avoir commandé du curry était la deuxième erreur de cet homme. La première était de ne pas avoir été au Fox and Swan. Le Hairy Dog était le pub local. La nourriture y était moins chère, mais l’atmosphère était moins chaleureuse.

Gennie termina de verser une bière à Flynn. Lorsqu’elle poussa le verre vers lui, de la mousse coula le long de ses doigts parsemés de bagues.

— Trois trente. Tu veux ouvrir une ardoise ?

Au lieu de répondre, Flynn lui donna un billet de cinq. Son père avait été client de ce bar toute sa vie. Lors de son décès, son ardoise s’était élevée à trente livres et le pub l’avait effacée en son honneur.

Le père de famille parvint enfin à retrouver sa table. Une grande partie de la nourriture se trouvait encore dans les assiettes. Les nuggets de poulet tombés au sol étaient déjà en train d’être nettoyés par le chien du pub, qui avait été un chien de berger à l’époque de son père et n’était plus qu’un épagneul dégingandé aujourd’hui.

— Maman a dit… commença la jeune fille en faisant la moue.

— C’est le week-end de papa, l’interrompit-il en glissant une serviette de table dans le col de sa fille. Et quand c’est le week-end de papa, on mange des frites.

Pauvre gosse.

Flynn récupéra sa bière, le verre glissant sous ses doigts, et aspira la mousse à la surface. Son épaule n’apprécia pas ce mouvement. Quelques idiots avaient décidé d’aller se baigner tout nus dans la baie, ne réalisant pas qu’une fois la nuit tombée, le temps doux devenait rapidement baltique. Durant le sauvetage, Flynn avait fini dans l’eau glaciale lorsque l’un de ces idiots avait paniqué au moment d’être tiré hors de la mer.

Le froid s’était infiltré jusque dans ses os et lorsque l’adrénaline s’était estompée, il avait ressenti une douleur à l’épaule. C’était le genre de douleur qui promettait de devenir lancinante.

Il commençait à se faire trop vieux pour escalader des falaises et plonger dans la mer d’Irlande. Vingt ans plus tôt, il se serait hissé hors de l’eau en riant. Bordel, vingt ans plus tôt, il aurait été le crétin qui se serait geler les miches en allant se baigner nu.

Oui, pensa-t-il amèrement en finissant sa bière, mais que pouvait-il faire d’autre ? Peu d’options s’offraient à un homme comme lui. S’il avait eu le choix, il ne fréquenterait pas le même bar que son défunt père, si ?

— Je vais te dire quelque chose, Kate : je ne voudrais pas qu’il vienne à mon secours. Il repêcherait mon portefeuille avant de me faire sortir de l’eau.

La familiarité de ces voix attira son attention.

Flynn se retourna sur son tabouret et s’adossa contre le bar, les deux coudes posés derrière lui. Il observa son environnement jusqu’à ce qu’il pose les yeux sur deux femmes installées au fond du bar. Elles étaient assises sur des tabourets et penchaient la tête l’une vers l’autre, par-dessus de grands verres portant la marque de leur rouge à lèvres et contenant un mélange alcoolisé à base de coca. Des tranches de citron mâchées étaient posées sur leurs sous-verres. Il reconnut vaguement ces deux femmes. Après tout, c’était une petite île.

— Dans le meilleur des cas, Fi, répliqua la prénommée Kate. Ben, le fils de ma sœur, était ami avec lui lorsqu’ils étaient jeunes. Tu n’imagines même pas ce qu’il peut raconter sur la vie de cet homme lorsqu’il était sur le continent… Je n’oserais même pas le répéter.

Elle cessa de parler et prit une grande gorgée de sa boisson mystérieuse au coca pour marquer une pause.

Flynn était habitué à ce genre de choses. Soudain, sa bière eut un arrière-goût amer. Il abandonna sa pinte sur le comptoir, se mit debout et prit la direction de la sortie.

Fi le vit arriver, donna un coup de coude à son amie et leva les sourcils de manière exagérée. Avant que l’autre femme ne puisse se retourner, Flynn se pencha par-dessus son épaule.

— Voyons, Kate, continuez. Répétez ce que vous avez entendu dire.

Au ton rauque de sa voix, tel un grognement, Kate se redressa et s’indigna.

— Vous savez que vous en avez envie.

Il adressa un clin d’œil à Fi et les laissa dans tous leurs états. Il passa la vieille porte d’entrée en acacia. C’était encore l’été – la saison tenait jusqu’au début du mois d’octobre –, mais Flynn sentait le froid arriver.

Sa Land Rover était garée sur le trottoir à l’extérieur du bar. Des éclaboussures de boue recouvraient les côtés de sa voiture, des pneus jusqu’aux vitres arrière. Flynn n’avait pas pris la peine de la verrouiller. L’île n’était pas exempte de crimes – il y avait beaucoup de problèmes liés à la drogue, aux bagarres, aux coups distribués derrière des portes closes –, mais en volant une voiture, on ne pouvait rien faire d’autre que la conduire à l’autre bout de Ceremony. On pouvait voler la voiture de Flynn et la faire plonger dans la mer, mais il suffirait de la repêcher et de lui donner le temps de sécher pour qu’elle fonctionne à nouveau. Elle avait vingt ans et n’était composée de rien d’autre que d’un lourd châssis en métal et d’un moteur diesel.

Flynn grimpa sur le siège conducteur et démarra. Il ressentit le vrombissement de la voiture jusque dans ses os. Il descendit du trottoir sans délicatesse, une main sur le volant, et quitta le centre-ville.

À mi-chemin, il passa la sortie qui menait au Granshire. Ils avaient installé de vieilles lanternes pour illuminer la vue – un mélange de cuivre, de verre et d’élégance. Ces lanternes étaient volées de façon régulière.

Après avoir tourné deux fois et attendu qu’un mouton se range sur le bord de la route pendant cinq minutes, la colonne blanche de l’ancien phare apparut sur le cap. Il se tenait là, tel un doigt d’honneur adressé au Granshire, qui avait tenté de l’acquérir quand il avait été mis hors service.

Heureusement, l’acte de propriété stipulait que le gardien du phare avait un droit de premier refus et bénéficiait d’une offre avantageuse s’il souhaitait acquérir le bien. Le père de Flynn avait été criblé de dettes jusqu’à sa mort. Après ses funérailles, alors que la tombe était encore fraîchement creusée, Teddy Saint John avait fait une nouvelle offre. Flynn lui avait clairement dit où il pouvait se la mettre. Ceremony avait peut-être besoin de l’argent des Saint John et de ces familles huppées qui venaient au Granshire pour se marier, manger de la bonne nourriture et se saouler avec le whisky fabriqué sur l’île, mais personne ne les appréciait.

Sans compter qu’à cette époque, Flynn avait été en colère contre le monde entier – encore plus en colère que d’habitude. Il avait été heureux de trouver quelqu’un sur qui passer ses nerfs.

Il quitta la route pour emprunter le chemin en terre qui menait jusqu’au phare. La Land Rover cahota en montant la colline et arriva sur un bout de terrain approximativement plat, fait de terre et de dalles, qu’il utilisait comme parking. Un autre véhicule était déjà garé à cet emplacement : une voiture de sport grise et élégante recouverte d’une couche fraîche de poussière et de boue. En haut des marches qui menaient au phare, Flynn aperçut une braise rouge qui brillait dans l’obscurité. Sa lueur vacillante monta et descendit le temps qu’il se gare et sorte de la voiture.

— Je croyais avoir été clair, dit Flynn en grimpant les marches en béton recouvertes de mousse. Je ne souhaite pas mettre mon logement en location.

Nate Moffatt souffla un nuage de fumée blanche dans l’air. Il était assis, les jambes croisées, sur le vieux banc noir installé près de la porte. Cet endroit ne lui appartenait pas, mais cela ne semblait pas le déranger. Tel un chat, il considérait que sa présence améliorait n’importe quel endroit où il se trouvait.

Par principe, Flynn n’était pas d’accord avec lui. Cet homme était bien trop charmant pour qu’on aille dans son sens. Cela ne ferait que gonfler son ego.

— Ce n’est pas la raison de ma présence ici, dit Nate.

Il prit une autre bouffée de sa cigarette et jeta le mégot. Celui-ci vola vers le bord de la falaise dans une traînée éphémère d’étincelles et Nate lui sourit.

— Je voulais te demander un service.

— Un service ? répéta Flynn en glissant ses pouces dans les poches de son jean et en levant les sourcils, intrigué. Le coursier de la famille Saint John m’attend devant chez moi à cette heure tardive pour me demander un service ?

L’emploi du mot « coursier » fit vaciller le sourire de Nate, mais il ne disparut pas.

— J’ai essayé de venir à ta rencontre durant la journée, mais tu es difficile à trouver. Et, oui, je n’ai besoin que d’un service.

— Eh bien, je ne suis pas non plus intéressé par cette offre.

Cette déclaration fit disparaître son sourire. Flynn ignora la lueur de déception qu’il ressentit et, d’un coup d’épaule, il poussa l’homme hors de son chemin. Contrairement à sa voiture, il verrouillait la porte noire et imposante du phare. Il fallait insérer une longue clé ancienne dans le mécanisme en fer forgé pour la déverrouiller, mais les gonds résistèrent quelques instants. Assez longtemps pour permettre à Nate d’ajouter :

— Ça pourrait vraiment mettre Max en rogne.

Flynn mordit à l’hameçon. Il posa lourdement sa main contre la porte, ses doigts bronzés et marqués contrastant avec le bois sombre, puis il laissa échapper son agacement dans un souffle. Il observa Nate du coin de l’œil : celui-ci avait retrouvé le sourire et levait désormais un sourcil brun parfaitement dessiné en attendant sa réponse.

Bon sang. Il pouvait résister à tout sauf à la mesquinerie et aux beaux hommes. Ces deux éléments étaient désormais rassemblés dans un joli emballage.

Flynn posa son épaule contre la porte et la poussa. Elle s’ouvrit jusqu’à ce que le coin en fer vienne se bloquer dans le creux formé au sol après plus d’un siècle d’utilisation.

— Je ne te promets rien, gronda-t-il en lui faisant signe d’entrer.

— Je m’en doute.

Nate plongea entre Flynn et le mur pour entrer dans le phare, puis tourna sur lui-même pour observer les murs en plâtre incurvés et l’escalier en colimaçon qui dominait la pièce. Il semblait porter un regard intéressé, voire même approbateur, sur les lieux. Flynn réprima son envie étrange de lui expliquer pourquoi il avait fait des travaux de rénovation.

Flynn se demanda un instant s’il avait fait une erreur. Il savait quel genre d’homme était Nate. Il en avait déjà rencontré des comme lui. Nate demanderait un doigt, prendrait un bras et réussirait à vous faire croire qu’il vous avait rendu service. Mais maintenant qu’il était dans sa maison, Flynn pouvait au moins écouter ce qu’il avait à dire. Il pourrait se débarrasser de lui plus tard s’il en ressentait l’envie.

— Tu voulais me demander un service ?

Nate promena ses doigts le long de la rambarde en métal.

— Ça me plaît beaucoup, remarqua-t-il. Très fonctionnel.

— Ne disais-tu pas que c’était une faute de goût ?

— Ça dépend du contexte. Dans ce cas, ça fonctionne bien.

Nate caressa une dernière fois la rambarde, distraitement. Flynn lutta pour ne rien y voir de sensuel afin que son sexe ne durcisse pas et se retourna. Nate lui adressa un de ces sourires dont il avait le secret.

— Je veux bien un café si tu en prends un.

— Je n’en prends pas.

— Alors un thé ?

— Parle-moi de ce service.

Il y eut un silence. Nate prit une profonde inspiration et se balança nerveusement sur ses talons. Il faisait des gestes en parlant, chaque phrase ponctuée par un doigt tendu ou une paume ouverte.

— Je veux bien louer quelque chose. Mais ce n’est pas le phare.

Il joignit ses mains ensemble et forma une arme avec ses deux index, qu’il pointa vers la poitrine de Flynn.

— Je veux louer Flynn Delaney.

Le sexe de Flynn était partant, mais son bon sens lui indiqua qu’il était temps de mettre son invité dehors. Il trouva un compromis en lui disant d’aller se faire voir.

Il retira sa veste, l’accrocha au dos de la porte et se rendit dans la cuisine construite en longueur qu’il avait réussi à caler dans l’ancienne cabane à outils durant la rénovation. Elle était carrelée en noir et blanc parce que c’était ce qu’il avait trouvé de moins cher chez B&Q 1 et elle était parfaitement propre parce qu’il ne l’utilisait que rarement.

Il lui restait la moitié du plat à emporter qu’il avait pris la dernière fois : vindaloo et riz. Il le versa dans un bol blanc et le plaça au four micro-ondes. Lorsqu’il se retourna, Nate était appuyé contre le chambranle de la porte, les bras croisés, sa chemise rose pâle épousant son torse. Flynn fit semblant d’être surpris que Nate ne soit pas parti.

— J’ai une petite faim, dit Nate.

Il fit la grimace lorsque Flynn plissa les yeux, puis il se frotta la nuque.

— Laisse-moi au moins t’expliquer la situation. Ensuite, tu pourras me jeter dehors si tu en as envie.

La sonnerie du four à micro-ondes les interrompit. Le curry bouillonnait derrière la vitre trouble. Tant pis. Le bonheur du réchauffage était que l’on pouvait réchauffer à volonté.

— Je ne vais pas te nourrir.

C’était à son tour de croiser les bras et d’appuyer sa hanche contre le plan de travail en bois décoloré. Ce mouvement provoqua une douleur dans son épaule, mais il l’ignora.

— Mais continue. Dis ce que tu as à dire.

Nate cligna des yeux. Il ne s’était sûrement pas attendu à ce que ce soit si simple.

— Tout le monde pense que j’ai besoin d’un petit ami. Alors je me suis dit que j’allais en trouver un… Un petit ami vraiment odieux, ou le pire que je puisse trouver sur cette île.

— Et tu as directement pensé à moi.

Dire qu’il avait trouvé insultant d’apprendre que cet homme vaniteux voulait se payer sa compagnie. S’il avait su ce qui allait suivre…

— Pourquoi moi ? Le pédophile de l’île a fini par rendre l’âme ?

1  : Chaîne de magasins britannique spécialisée dans le bricolage.

III

 

 

« Es-tu inscrit sur Tinder ? Aujourd’hui, c’est sur ce genre d’applications que tous les hommes se rencontrent. »

 

NATE COMPRENAIT sa réaction. Ces mots, une fois prononcés à haute voix dans la cuisine de Flynn, sonnaient beaucoup moins bien que dans son esprit.

— Je comprends que ça puisse être blessant, dit-il avec prudence. Mais écoute ce que j’ai à dire.

Flynn le regarda d’un air dubitatif. Ses sourcils bruns et épais se froncèrent au-dessus de son regard gris et froid, mais il patienta. C’était un bon signe. Cela voulait dire qu’il était ouvert à la discussion, ce qui n’avait jamais été le cas lorsqu’il s’était agi de discuter de la possible location du phare pour servir de suite nuptiale.

Bien entendu, cela signifiait aussi que Nate devait trouver un autre moyen de lui faire part de sa stratégie sans que cela revienne à dire : « Mes proches préféreraient que je passe le restant de mes jours seul plutôt que de me voir sortir avec toi ». Étant donné que c’était la stricte vérité, ce ne serait pas facile. Nate se mordit la lèvre inférieure et chercha une manière moins violente de l’expliquer.

— Vas-tu finir par dire quelque chose ? demanda Flynn. Ou bien vas-tu rester là à faire le beau ?

— Est-ce que ça fonctionnerait ?

Flynn l’observa de la tête aux pieds, de ses cheveux jusqu’aux tennis qu’il finirait un jour par remplacer par des chaussures d’adulte. Cette observation lente et désinvolte réchauffa le corps de Nate, qui s’agita sous la gêne. Cela avait peut-être été la mauvaise approche pour séduire Flynn. Il semblait être le genre d’homme à tout prendre au pied de la lettre, mais Nate était ici pour qu’on arrête de se soucier de sa vie amoureuse, pas pour compliquer la situation. Flynn était bien plus sexy aujourd’hui, avec sa mâchoire joliment dessinée et ses pattes d’oies qui marquaient sa peau, que lorsqu’il était jeune, musclé et bronzé. Évidemment, Nate avait aussi été attiré par lui de manière très inappropriée à cette époque.

Une petite voix mesquine, qu’il n’avait plus entendue depuis un moment, vint le titiller en lui rappelant qu’il était inapproprié pour un adolescent de quinze ans de sortir avec un jeune homme de vingt ans. Par contre, des hommes de trente-huit et quarante-trois ans…

— Non. Tu n’es pas beau à ce point, dit Flynn sur un ton neutre, interrompant le fil de ses pensées. Écoute, je ne vois pas comment tu pourrais réussir à me convaincre de jouer les durs parce que tu n’as pas le courage de dire aux gens d’aller se faire voir. Alors trouve un moyen de me faire changer d’avis ou sors de chez moi pour que je puisse dîner en paix.

En temps normal, Nate n’avait pas de difficultés pour trouver des arguments qui allaient dans son sens. Il persuadait chaque jour des pères de mariées de verser un acompte important et non remboursable au Granshire. Il arrivait à convaincre les mariées de faire un compromis en acceptant que des hiboux volent jusqu’à l’autel pour déposer les alliances dans leurs mains. Il arrivait même à convaincre M. Saint John de revêtir son habit traditionnel irlandais pour faire une apparition lors de certains mariages. Cette fois-ci, il n’avait aucun tour dans sa poche.

Il s’en voulut d’avoir utilisé le fait de pouvoir énerver Max pour passer la porte d’entrée. S’il avait réfléchi à la mauvaise réaction qu’il allait obtenir en annonçant à Flynn qu’il voulait le « louer », il aurait gardé cette carte en main. Au lieu de ça, il ne lui restait plus que deux pauvres répliques qu’il avait été cherché au plus profond de ses réserves. Comme il se doutait que lui dire « je te paierai » ne ferait qu’aggraver la situation, il ne lui restait qu’une seule option.

— As-tu mieux à faire ?

Le silence se fit. Flynn le regardait fixement.

— Je travaille au centre de secours, finit-il par dire, chaque mot prononcé lentement au cas où Nate pourrait ne pas le comprendre. Je sauve des vies.

— Ce qui doit être très gratifiant, mais je doute que tu puisses organiser ton vendredi soir en te basant sur le fait qu’une personne va tomber dans un trou.

— Si tu savais, marmonna Flynn.

Il ouvrit la porte du four à micro-ondes et en sortit le bol de curry et de riz. Comme il était chaud, il le fit osciller entre ses deux mains.

— Si je voulais passer mes week-ends à m’amuser, je vivrais toujours à Londres.

D’après ce que Nate avait entendu dire, ce n’était pas une option. Mais il ne rebondit pas là-dessus et s’écarta pour permettre à Flynn de récupérer une fourchette dans un tiroir.

— Et si tu voulais être un ermite, tu aurais déménagé sur une plus petite île, répliqua Nate. Si tu sors avec moi pendant deux semaines, tu pourras participer à plein d’événements et te comporter comme un connard avec Max. Où est l’inconvénient ?

— Tu veux que je te fasse une liste ? demanda Flynn en pointant sa fourchette vers lui. Pour commencer, tu ne « sortirais » pas avec moi. Tu m’afficherais aux yeux de tous les habitants de la ville en faisant sonner une cloche et en hurlant « petit ami odieux » comme si j’étais une sorte de lépreux de l’amour. Je devrais mentir à tout le monde. Je devrais prétendre que j’ai envie de coucher avec toi.

C’était blessant. Nate avala cette pilule sans rien dire. Au moins, cela eut le mérite de diminuer l’emprise que la carrure large et musclée de Flynn avait sur lui.

— Et contrairement à ce que tu penses, tout le monde ne me déteste pas sur cette île. J’aimerais que ça continue. Avais-tu besoin d’autre chose ?

Cette liste étant assez explicite, Nate aurait dû répondre : « pas vraiment, non ». Flynn se dirigea avec détermination vers la porte, mais Nate ne bougea pas et lui bloqua le passage.

— Allez, Flynn. Tu sais que tu as une certaine réputation sur cette île. Personne ne te considère comme un prédateur, mais aucune grand-mère n’essaye de te caser.

— Bouge.

Nate sortit de la cuisine et se retrouva dans la grande pièce principale ronde et blanche. Il se laissa distraire un instant par cet espace. Le phare serait vraiment un endroit idéal pour certains couples – une douce évasion d’une nuit pour célébrer leurs noces. Même si l’argent finissait dans la poche de Flynn, le bouche-à-oreille fonctionnerait à merveille.

Lorsque Flynn tira une chaise et s’installa sur la table en pin, son esprit se recentra sur la raison de sa venue. Ça ne se déroulait pas aussi bien qu’il l’avait imaginé.

— Je ne te demande pas de me voler toutes mes économies et de poster une vidéo pornographique de moi sur Internet.

S’asseoir à table serait probablement la goutte d’eau qui ferait déborder le vase, alors Nate se contenta de prendre appui sur le dossier de la chaise qui se trouvait en face de Flynn. Il tapota ses doigts contre le bois.

— Sois simplement toi-même. Max sera énervé et je suis sûr que l’une des amies de ma mère se fera une joie de lui raconter que tu ne peux m’apporter que des ennuis. Ensuite, nous nous séparerons et ils arrêteront de me prendre la tête sans que j’aie à…

— Leur parler ?

— Me disputer avec eux.

Flynn prit une bouchée de riz et de curry. Il s’essuya la bouche avec le revers de sa main, se recula dans sa chaise et passa un bras par-dessus le dossier. La manche de son t-shirt remonta sur son bras et dévoila un enchevêtrement de lignes tracées à l’encre noire autour de son biceps.

— Tu m’as demandé d’écouter ce que tu avais à dire. Je l’ai fait. Ça ne m’intéresse pas de jouer au petit ami détestable. Il est temps pour toi de partir, M. Moffatt.

Nate voulut répliquer, mais il n’en fit rien. L’objectif était d’éviter de sortir avec des hommes, pas de se retrouver directement dans une relation minable où l’on éprouvait de la rancœur envers l’autre. De plus, vu le mépris que Flynn ressentait à son égard, ce n’était peut-être pas une si bonne idée. Même si les histoires que l’on racontait à propos de Flynn Delaney et des raisons pour lesquelles il était revenu vivre sur l’île après vingt années passées sur le continent n’étaient pas vraies, cela n’enlevait rien au fait qu’il soit un pauvre type. Nate ne voulait pas tirer un trait sur les hommes. Pas définitivement. S’il passait deux mois avec Flynn, il finirait par installer la Wifi dans la cave du vieil ermite sur la plage pour s’y installer.

La douleur dans ses bourses démentit cela, mais il s’enferma dans ce mensonge.

— Oui, il est temps, dit-il en s’écartant de la chaise. Désolé pour le dérangement.

La seule réponse qu’il obtint fut un grommellement. Sur le chemin de la sortie, Nate se retourna. Se prendre une veste n’était jamais agréable, même si c’était dans le but de former un faux couple voué à la rupture. Son instinct l’encouragea à ne pas s’attarder là-dessus.

Le père de Max lui avait appris cela. Teddy Saint John n’échouait jamais. Il suffisait de voir la situation sous un autre angle pour discerner ce que l’on avait gagné.

— Au fait, maintenant que je sais enfin ce qui se cache à l’intérieur de cette bâtisse, je pense que cet endroit s’intégrerait parfaitement à l’une de nos formules pour les mariages. Je vais te rédiger une offre.

— Pas la peine.

— Ça tiendra sur deux feuilles, dit Nate en levant les yeux au ciel. Tu pourras la lire ou la brûler. Tu en feras ce que tu veux. Bonne nuit, M. Delaney.

Une fois dehors, la porte refermée derrière lui, il laissa tomber le masque. L’air de la nuit était froid contre son visage brûlant alors qu’il descendait les marches glissantes qui menaient à sa voiture.

C’était humiliant. Il se sentait idiot. Il avait l’impression d’avoir à nouveau quinze ans. Il était trempé de sueur après avoir essuyé le rejet de l’homme sur lequel il craquait. La seule différence était que la version adolescente de Nate avait pensé que ce genre de choses ne lui arriverait plus lorsqu’il serait adulte. Pourtant, il était à l’aube de la quarantaine, le bout de ses oreilles était brûlant et il n’avait qu’une envie : manger un paquet entier de Mars Mini.

Au moins, on gardait un peu de dignité en partant en voiture plutôt que d’essayer de faire une sortie retentissante sur un BMX.

 

 

— TU DEVRAIS petit-déjeuner, dit Ally. C’est le repas le plus important de la journée.

Nate attrapa un toast et le mit dans sa bouche. Il arracha le coin et le mâcha pendant qu’il récupérait la carafe de café pour remplir sa tasse isotherme.

— Voilà !

Il prit une gorgée de café pour faire disparaître les morceaux de toast et se pencha pour embrasser sa mère sur la joue.

— Contente ?

Elle émit un son désapprobateur et ajouta délibérément une coupe de noix et de baies séchées à son propre petit déjeuner. La cuillère tinta avec complaisance contre la porcelaine lorsqu’elle mélangea les fibres à son yaourt.

— Ce n’est pas un petit déjeuner. C’est un ulcère assuré.

— Tu avais l’habitude de manger des chips au fromage et à l’oignon au petit déjeuner, lui rappela Nate. Tu disais que c’était deux de tes cinq fruits et légumes par jour.

— Et on m’a diagnostiqué un cancer, souligna-t-elle.

Elle utilisait cet argument comme une clause qui lui permettait de gagner chacune de leurs confrontations depuis qu’elle était tombée malade. Et ça fonctionnait, même si ses cheveux commençaient à repousser en formant des petites boucles.

— Mange un peu de yaourt. Ou prends du muesli.

— Je n’ai pas le temps.