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Qui étaient les dieux grecs ? D’où venaient-ils ? Pourquoi étaient-ils vénérés ? Étaient-ils capricieux, impulsifs, jaloux ? Se méfiaient-ils des héros et des hommes ? Qui étaient les demi-dieux ? D’où viennent les expressions « tomber dans les bras de Morphée », « le complexe d’Œdipe », « tomber de Charybde en Scylla », « ouvrir la boîte de Pandore », « le tonneau des Danaïdes » et tant d’autres ? Oserez-vous vous lancer à la recherche de la Toison d’Or ? Aurez-vous le courage d’affronter des créatures telles que l’hydre de Lerne ou le Sphinx ? Que feriez-vous devant Cerbère, le chien à trois têtes qui garde l’empire des morts ? N’oubliez pas de prendre une pièce pour la donner au passeur du Styx, le fleuve des Enfers. Et surtout, surtout, méfiez-vous de Méduse... Bon voyage. Et, de grâce, n’ouvrez jamais la boîte de Pandore si elle vous était présentée. L’auteur nous offre un voyage dans les temps anciens, à l’aube de toute civilisation, quand le monde bruissait de fureur, d’explosions, tout à sa formation, quand les peuples barbares tentaient de survivre, soumis à la colère des événements, priant les dieux protecteurs. Du moins le croyaient-ils. Il nous plonge dans des aventures extraordinaires, merveilleuses tels des contes, à la poursuite de ce qui fut notre lointain passé. Le tout avec une plume alerte et un certain sens de l’humour, bien nécessaire face à des divinités peu commodes.
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Veröffentlichungsjahr: 2023
NOM DE
ZEUS !
LES FOLLES AVENTURES DES DIEUX ET HÉROS GRECS
Éditions Luc Pire [Renaissance SA]
Drève Richelle, 159 – 1410 Waterloo
www.editionslucpire.be
Nom de Zeus ! Les folles aventures des dieux et héros grecs
Édition : Valérie Calvez
Correction : André Tourneux
Imprimeur : Arka (Pologne)
e-ISBN : 9782875422873
Dépôt légal : D/2023/12.379/01
Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ni publié sous quelque forme que ce soit, soit électronique, soit mécanique ou de toute autre manière, sans l’accord écrit et préalable de l’éditeur.
Alain van den Abeele
NOM DE
ZEUS !
LES FOLLES AVENTURES DES DIEUX ET HÉROS GRECS
Nous décidons ce qui est vrai et ce qui est illusion
Il y a le silence de la tempête spatiale. Réciproque et polyédrique fusion, honnie de cent tourments, elle pousse au hasard un magma primitif gigantesque, invisible remous sans lumière. Sombre, si sombre dans le néant galactique pointillé d’astres imperceptibles.
Un être indistinct, façonné dans la nuit, émerge lourdement. Ses mouvements pesants cachent par intermittence le scintillement d’étoiles distantes qui tombent telle une pluie sans nom. La vie, la mort d’une étoile…
Un regard de feu. Des pupilles teintées de lueurs rouges et jaunes éclairent soudain le vide à la façon de deux phares titaniques. Quelque chose d’aérien et de massif, tout à la fois, bouge. Quelque chose de très vilain se met en marche. Un être vivant, invisible et visible, indistinct et parfait. Son ombre redoutable suspendue en attente de quelque signal dans l’épaisseur de la nuit guette à la façon d’un oiseau de proie. Elle attend, hésitante, entre les galaxies. Un être incohérent défiant la marche logique des choses. Un être inconcevable inspirant un hébétement mental à qui tenterait de le définir.
Peut-on imaginer ce qui nous est inconcevable ? Oui, mais au risque de perdre la raison.
Une bouche s’ouvre. Des sons émergent. Rauques, puis, d’écho en écho, de grognements en roulements de tonnerre puissants, ils prennent des modulations caverneuses… Le néant se réveille !
Le Prince
L’Être parle :
« Je me sens imparfait. Je suis en colère, égaré dans mon immense solitude, hantant les imperfections des univers qui forment ma demeure. Oh ! comme je hais ces convulsions, ces effondrements cyclopéens, ces explosions, ces bouleversements qui bousculent continuellement l’espace et l’élargissent à l’infini ! Ce perpétuel chaos me fatigue.
Solitaire, émigré dans le néant tumultueux, j’erre.
Je suis insociable. Et quand je ressens le besoin d’observer quelque chose de vivant, je prends le chemin de la Voie lactée, là où se trouve un soleil semblable à des millions d’autres, un peu plus jaune peut-être, entouré de ses petites planètes gravitant autour de lui comme si elles avaient peur de le quitter. L’une d’elles m’amuse depuis des siècles et des siècles. Son aura bleutée est apaisante. Elle est calme, de loin, en apparence. Elle est fragile aussi. Mais, une planète sait-elle sa précarité ?
J’aimais bien venir la visiter, cette planète bleue, au cours des siècles écoulés. Je me sentais apaisé en observant la vie grouillant en surface. J’éprouvais même quelques émotions, ce qui ne persiste pas longtemps chez moi car, je vous l’ai dit, je suis fondamentalement insensible !
Il n’y a que moi pour le croire.
C’est le lot de la solitude. On finit par s’imaginer des rêves. Et cette planète me fait rêver plus que de raison.
Il y a longtemps, son avenir me paraissait serein, porteur d’espoirs en une vie meilleure.
Sans doute étais-je trop optimiste !
Depuis, l’air est devenu glacial. Les habitants peinent à respirer librement. Ils comprennent que leur temps est compté. Ils coulent doucement. Ils s’effacent.
La question posée est stupéfiante. Le constat est alarmant. Ces êtres si fragiles n’ont pas évolué dans le bon sens. Ils ont perdu le respect et le contrôle de leur vie. Ils marchent à reculons sans saisir les réalités qui les entourent. Ils sont désormais les simples comptables des dégâts imposés à la planète par la lente succession de leurs actes absurdes. Ils ont lamentablement manqué leurs objectifs de paix et d’équité.
Ils s’endettent au rythme de leurs insanités et ils tournent le dos à l’Histoire, inconscients et égoïstes face à la misère qu’ils génèrent.
Ils ont des satellites qui les espionnent. Ils se gavent d’internet et des propositions extravagantes d’une toile qui les renvoie à leurs propres angoisses. Ils assistent, passifs, à des massacres et des ignominies retransmises à la télévision. Des hommes, des femmes, des enfants, des animaux, des plantes meurent sous leurs yeux aveugles.
Ils sont une race de consommateurs vides. Ils ne ressentent rien. Ils ont perdu leur âme.
Ils creusent leur tombe, passivement. Ils vont à reculons, armés d’une technologie sans pareille dans leur longue histoire. Ils ne contrôlent ni les assassins, ni les présidents fous, ni les dictateurs, ni les caméras qui fouillent leurs existences au nom du bien commun. Ils acceptent leurs chaînes par manque d’ambition.
Ils sont prisonniers, en sursis. Certains d’entre eux fabriquent des décisions à l’insu de la majorité. Qui ?... Qui dirige leurs croyances en un futur radieux ? Ne rêvons pas, ils l’ignorent ! Ils se sont mués en patriotes junkies.
On leur crache à la gueule depuis longtemps. On les abuse. On les empêche de penser. On les manipule. Ils sont démontés en pièces par un système mondial qui en fait des esclaves soumis.
Où est leur révolte ? Quand viendra-t-elle ?
Ils croient, pour certains, en un dieu unique. Les malheureux ! Ils ne comprennent pas que leur seul dieu – cela m’arrache des larmes de le dire – est leur planète et sa magnifique diversité, qui leur permettent de vagir comme s’ils allaient vivre mille ans. Mais le temps est compté.
Au moins, avec moi, ils auraient su à quoi s’en tenir.
J’aurais adoré ça !...
Quoi ? Je dois entrer en scène, me présenter ?
Alors, allons-y.
Heureux de vous rencontrer. Je suis un homme de bien et de goût. J’existe depuis de très longues années, vraiment de très longues années, et j’ai eu l’occasion de voir des choses que vous n’auriez osé imaginer. Certaines m’ont amusé. Les humains sont tellement prévisibles. Des civilisations m’ont enthousiasmé par leur cruauté et leur violence. Ne croyez pas qu’elles remontent aux temps les plus reculés ou qu’elles ont disparu dans la cohorte des mondes annihilés. Voyez le XXIe siècle terrestre, il ne se distingue en rien du Moyen Âge ou des époques de grandes barbaries.
Venons-en au livre.
Le narrateur, quant à lui, a toujours voulu comprendre la théorie du big bang sans aucune préparation. À la façon d’un aveugle qui cherche des pépites d’or dans un torrent. Ainsi, d’errance en errance, des souvenirs d’enfance sont remontés à la surface. Il a fait ressurgir de son vaste grenier à souvenirs l’époque des dieux grecs tombés dans l’oubli de bien des mémoires. Je connais ce sujet, vous pensez.
Belle idée, excellente idée. Je vous l’ai dit, je suis présent depuis très longtemps, à cheval sur les siècles des siècles, témoin de tous les massacres, au chevet de toutes les douleurs, attentif à tous les drames. Alors, le big bang, vous pensez s’il m’amuse ! Il me met en joie parce que les hommes essaient toujours de le comprendre et de le quantifier à force de formules mathématiques. Quant aux dieux grecs, ce sont de vieux compagnons de libations.
Je me promène dans l’espace-temps depuis trop longtemps pour imaginer qu’un jour cette race résoudra le grand mystère de l’univers et de son expansion perpétuelle. Vous savez, je jongle avec les étoiles dans l’infini. C’est mon terrain de golf à moi. Pas celui auquel on a donné mon nom dans la Vallée de la Mort. Non, avec mes clubs en fer puissants et souples j’expédie des étoiles naines dans les trous noirs et je comptabilise soigneusement les scores. Un autre « Black Hole » en un !
Et ce que vous ne savez pas, c’est que dans trois milliards d’années, la Voie lactée sera éventrée par une autre galaxie qui se rapproche inexorablement d’elle. Oui, oui. Et comme l’univers est en expansion, les galaxies et les planètes futures seront des îles !
En attendant, solitaire, je saute par-dessus les supernovae. Je chevauche les comètes. J’observe les systèmes solaires pour passer le temps. Voilà comment je m’amuse en écoutant les chants des planètes et celui de l’hydrogène dans l’espace. Ceux échappés de la Terre montent souvent au firmament. Le croiriez-vous ?
Je vais trop vite ? Vous ignorez ce qu’est une supernova ? Sachez qu’elle symbolise le cataclysme parfait. Lorsqu’une étoile possède une masse dépassant les 20 à 25 masses solaires, son explosion finale forme une supernova. Et le plus amusant, c’est que ce phénomène peut conduire à la formation d’un trou noir qui est alors qualifié de stellaire. Et le trou noir, c’est une force qui aspire tout, y compris la lumière. Le néant avec l’inconcevable création composée de gaz, de poussière, d’hélium, d’hydrogène, tapie de l’autre côté, s’étonne d’être en devenir.
Cela secoue le silence de l’infini, vous pouvez me croire.
À propos de silence, je regrette parfois d’être bien seul, là-haut. N’allez pas croire ces prêtres voués au culte d’un dieu unique. Ce sont des prédications éculées. Il n’existe pas un dieu qui a tout inventé : le jour, la nuit, les hommes, les animaux, les océans… Rien n’est plus faux. Il n’y a rien d’autre ici que le vide, des galaxies, des étoiles, des planètes et des systèmes solaires.
Dans l’absolu, j’aurais aimé avoir un ou deux compagnons pour soulager ma solitude. Des compagnons de jeu, mais toutes mes recherches se sont montrées vaines à ce jour.
Heureusement, il y a les humains et leurs horribles comportements inventés et répétés à l’envi : guerre, mensonge, jalousie, coercition, prévarication, viol, pillage, perfidie, politique, toutes choses propres à leurs races, quelle que soit la couleur. Cet immense charivari m’enchante souvent.
Figurez-vous que l’un d’entre eux, poète anglais aveugle, John Milton, a compris ma douleur et mon isolement. Il en a fait une histoire épique en 1667. Grâce lui soit rendue. Si vous voulez tout savoir à son sujet, sachez qu’il est né à Londres en 1606. Autodidacte, Milton était à la fois philosophe et spécialiste en langues anciennes et modernes. C’était surtout un pamphlétaire redouté, ce qui ne plaisait pas au gouvernement qui le fit enfermer à la Tour de Londres pendant quelques semaines. Libéré, il constate que sa vue baisse, devient aveugle et vit une fin de vie dans un profond dénuement. Mais il ne cesse d’écrire et d’étudier. Il publie son chef-d’œuvre, le poème épique Paradise Lost en 1667, dans lequel il parle longuement de ma modeste personne. Il meurt en 1674. Pensez si je l’aimais !
Mais je parle et je parle de moi. Il faut avouer que l’on me donne rarement l’occasion de m’adresser à vous, alors je me laisse aller. Vous comprenez…
Oui, je sais, le livre !...
J’avoue avoir un peu menti. Dans les temps anciens de la grande Grèce des présocratiques et des mondes barbares, quelques centaines de siècles avant l’année zéro – ne m’en parlez pas de celle-là –, des dieux, des déesses et des demi-dieux ont vécu dans l’esprit des hommes.
Ils les avaient imaginés parce qu’ils ne comprenaient pas les phénomènes naturels auxquels ils étaient confrontés. Ils étaient naïfs. Ils avaient peur. Or la peur engendre la superstition.
Ces dieux les ont aidés à grandir, à comprendre et à philosopher.
Oh ! Ils en ont fait voir de toutes les couleurs à ces hommes crédules, car ils étaient d’humeur querelleuse, vaniteuse et ils se jalousaient entre eux. Ils prenaient parti dans des conflits. Ils se défiaient. Ils imposaient leurs volontés. Ils profitaient de l’ignorance des races vivant dans des villes et des contrées rivales pour établir leur autorité. Ils s’amusaient. Simplement.
Vivre sur l’Olympe, leur lieu de résidence, n’était pas drôle tous les jours, même pour des éternels.
Le narrateur en fin de vie raconte à son épouse avec un enthousiasme émouvant leur belle et tumultueuse histoire qui rappelle les contes de fées sous certains aspects. Le merveilleux a toujours enchanté les humains.
Ce couple a vécu. Il est passé par des aventures qui marquent une vie. L’homme et la femme ont beaucoup appris des leçons de l’existence. Ils ont le passé lourd, lesté de travail, d’aventures, de méprises et d’émotions. Ils ont pesé la lourde charge des ans à l’aulne de leurs naufrages et de leurs triomphes.
Le temps est venu pour eux de dresser un bilan dans un monde qui les dépasse. Ils ne comprennent plus son évolution offerte aux technologies de pointe voulues pour les apprentis sorciers au royaume du dieu internet… J’en ris ! Encore une folie inventée par les Hommes… C’est la raison pour laquelle ils ont pris une décision sans appel. À vous d’en découvrir la terrible réalité.
Je vous souhaite une bonne lecture.
Davy Jones »,Astrophysicien et chercheur au F.N.R.S. ( Fonds National de Recherche Spatiale )
LES DIEUX
Un ciel blafard, parfois jaunâtre, comme la Belgique aime les offrir, s’étire chassé par le vent d’ouest. Un ciel que le soleil ne parvient pas à percer. Les bourrasques courbent les branches des arbres où s’accrochent les dernières feuilles d’un hiver pointant une froide avidité. Les branches dénudées luisent sous l’averse. Les pochettes mouillées de neige fondante s’oublient sur la véranda avec des petits bruits obstinés. Sans rythme.
À l’intérieur de la maison éclairée, sur la table de la salle à manger, une femme, un homme finissent leur petit-déjeuner avec des gestes mesurés. Un frisson filoche sur la nappe bleu clair, entre les tasses, les pots de confiture et la planche à pain. Ils font songer à deux oiseaux mouillés dans la tempête, assis, là, sur leurs chaises droites, éclairés par un petit parapluie de lumière.
Le ciel s’assombrit. Des lambeaux de nuages noirs montent à l’horizon. La neige entre en scène avec délicatesse, balayée par les nuages en déroute, éperdus, qui semblent fuir un pays sans mémoire.
Émilie et Alexandre lèvent les yeux. La femme murmure : « Vive l’hiver ! » « Oh ! La neige, c’est beau », reprend son mari d’une voix qui la fait sourire.
À quatre-vingt-quatre ans bien tassés chacun, le couple vibre à l’unisson. Ils s’enflamment encore pour toutes les tentatives impossibles et ne leur demandez pas de faire une bataille de boules de neige, ils s’élanceraient sans hésiter. Les chimères d’enfants ne les ont jamais quittés. Ils ont préservé des mythes, des rêves, des symboles qu’ils jettent sur des toiles ou dans des romans. Quelque part dans le passé, sinon dans le souvenir, gisent des trésors cachés dont la totalité constitue notre histoire. Et cela, ils l’ont bien compris.
— Nom de Zeus, s’écrie Alexandre en repoussant d’un geste rapide sa chaise. Il est déjà 9 heures !
— Zeus ? Cela fait longtemps que tu n’as plus évoqué ce nom, Alexandre.
Elle lui décoche un sourire complice en pensant : « Je le connais, il va m’en parler ! »
Alexandre n’hésite pas une seconde.
— Ma chérie, Zeus est le roi des dieux grecs aux temps anciens, le dieu suprême qui règne sur l’Olympe, au temps où les hommes sont encore barbares.
Émilie rit maintenant de bon cœur en secouant la tête. Elle lui a tendu la perche. Elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même.
— Si ça t’amuse, je peux te raconter l’histoire des dieux grecs, des héros de l’Antiquité. Tu verras, c’est plein d’aventures fantastiques. Veux-tu ?
— La vaisselle et la toilette d’abord.
Pas question de biaiser. C’est logique.
Alexandre redescend le premier. Il entre dans le salon et s’arrête longuement devant la grande bibliothèque en hêtre de la longueur du mur construite selon ses plans par un ébéniste une trentaine d’années plus tôt. Elle présente, outre ses rayons qui ont pris une patine mielleuse au fil du temps, un plan incliné pour y poser des livres et deux appliques pour faciliter la lecture debout. Une question lui vient à l’esprit : « Existe-t-il une bibliothèque idéale ? »
L’un des principaux problèmes que rencontre l’homme qui garde les livres qu’il a lus ou qu’il se promet de lire un jour est celui de l’accroissement de la bibliothèque.
Il laisse courir son regard, de rayon en rayon, songeur. « Le monde a fini pour moi le jour où le Nautilus a sombré dans les eaux. Depuis, je ne peux plus croire en l’humanité », murmure-t-il à voix basse.
Se reprenant, il fixe son attention sur les rayonnages. Il sait qu’il n’aime pas entasser des livres dans des cartons ou des malles au grenier. Il faut les exposer. Il faut qu’ils soient visibles. Parfois en piles, dans le sens de la hauteur pour que les titres soient lisibles quand les étagères sont remplies.
Question ordre, le classement par auteurs lui convient, mais il se double d’un classement pas genres. London côtoie Curwood, Rouquette, Kipling, Conrad… Les auteurs belges sont groupés sous la houlette de Verhaeren. Les Pléiades s’affichent sur deux longues planches, Zola, Balzac, Tolstoï, Dostoïevski, Maupassant, Hemingway, Faulkner, les Mille et une Nuits… Il en va de même pour Raspail, Nucéra, Pagnol, d’Ormesson, Schoendorffer, Azimov qui surplombent les anciennes éditions de poches aux couvertures dessinées. Les philosophes, Nietzsche, Bakounine, Spinoza, Voltaire, les présocratiques, jouissent d’un espace à part. Comme les ouvrages sur les Indiens d’Amérique, Sir Arthur Conan Doyle et les histoires de pirates parues sous la plume d’Œxmelin, Lapouge, Defoe, James Fenimore Cooper ou t’Serstevens.
Mais les enfants chéris d’Alexandre affichent des couvertures en peau de chèvre aux noms d’auteurs dorés sur tranche. Des éditions numérotées ou rares. Brun foncé pour London, noir pour les auteurs peu connus, bleu foncé pour Giono… Des trésors endossés commandés jadis chez le relieur Dechèvre, cela ne s’invente pas, à Bruxelles. C’était un as du fer à dorer à la main caché dans un vieil atelier travaillant à l’ancienne entouré de casses, ces boîtes plates de chêne à compartiments dans lesquels sont classés par ordre alphabétique les caractères en cuivre servant à dorer les titres sur les dos des volumes. Alexandre adorait passer des heures dans cet antre à sentir les odeurs, à admirer des peaux de toutes les couleurs, à voir voltiger les minces feuilles d’or saisies à la pince pour former les lettres merveilleuses et à comprendre le travail de l’ouvrier chargé du massicot, la machine à rogner le papier ou les livres. L’ouvrier qui s’en sert porte le nom de massicoteur et son travail se nomme massicoter ! Une époque disparue d’un temps béni.
— Tu rêves…
Émilie est entrée silencieusement dans le salon, toute pimpante. Jeans bleu, pull vert au col ouvert en V, baskets blanches. Il ne l’a pas entendue venir.
— Tu vois, ma chérie, on passe son temps à aimer des souvenirs qui, eux, nous oublient. Chaque grain de nostalgie est un rétrécissement de chemin qui nous conduit à la fin de notre vie.
— J’aimerais un peu plus d’enthousiasme.
Un silence. Elle reprend.
— Tu voulais me parler de Zeus et des dieux grecs, mais j’aimerais que tu sois honnête et que tu rendes aux déesses toute leur gloire.
Alexandre réfléchit quelques secondes. Il se cale confortablement dans le fauteuil face à son épouse. Il la regarde tendrement en se disant : « Mon dieu, qu’elle est belle ! Les ans n’ont pas eu de prise sur son corps ni sur son visage. » Il éprouve une forte émotion. Être aimé par une telle femme. Pensées envolées des fronts qui rêvent et viennent du ciel ou de l’enfer, peu importe, l’amour est ingénu pour ceux qui l’ont compris. Et il sait qu’elle sait. Il sent ce qu’elle sent. Ils vibrent à l’unisson. Les femmes sont des Anges gardiens, des Anges de pitié, des Muses et des havres de bonheur.
Émilie patiente, un léger sourire aux lèvres.
Je pourrais commencer comme dans un conte, Il était une fois, mais ce n’est pas tout à fait exact. Je devrais dire Il était plusieurs fois car nous allons nous engager dans le temps et dans l’espace. Nous allons explorer l’histoire à la suite d’infatigables héros et de dieux tout-puissants. Le voyage sera épique.
Face à la grandeur des habitants de l’Olympe, les manières capricieuses des hommes avaient besoin de guides pour essayer de comprendre les phénomènes naturels qui leur échappaient. C’est ce que les dieux firent. Et pourtant, ils avaient peur de disparaître un jour. Ils craignaient le jour funeste où les hommes atteindraient l’âge de raison. Ne l’ont-ils jamais atteint ? Je ne pourrais te répondre à cette question, mais permets-moi d’en douter.
Émilie, l’air sérieux, opine de la tête.
La question qui se pose est simple et compliquée à la fois : comment l’univers est-il né ?
Émilie, surprise, ouvre de grands yeux et attend la suite. « Qu’est-ce qu’il raconte ? », se demande-t-elle.
Alexandre poursuit, imperturbable.
Pour arriver aux dieux grecs, il me faut tenter de t’expliquer comment cet événement qui, d’explosions en incendies magnifiques, nous a vus naître.
Selon la théorie trouvée par les plus grands savants qui étudient l’espace, l’Univers qui s’étend sans cesse aurait commencé par le big-bang. Qu’est-ce que cela veut dire ? Pour faire simple, disons que soudain le temps est apparu avec l’espace et une fantastique énergie-matière. Cette réaction a brutalement éclaté. Du coup, après cette immense explosion dans le néant, dans cet espace vide, les premières formes de vie, les étoiles, les premiers éléments et l’énergie ont formé l’origine du temps…
Je sais, ce n’est pas simple à comprendre. Si tu veux, il n’y avait rien à l’origine si ce n’est une matière. Puis, il y a eu une explosion et les galaxies sont nées avec les étoiles. Il faut donc que tu admettes, comme le philosophe grec Aristote, que rien ne surgit de rien si ce n’est cette explosion dynamique influencée par la matière dans le cosmos.
Nous, humains sur la planète Terre, nous vivons au sein de la Voie lactée avec le Soleil autour duquel tournent les planètes que tu connais.
— D’accord, fait Émilie un peu distraite par cette entrée en matière, tu me raconteras la suite dans une heure. J’aimerais poursuivre mon travail sur une toile entamée hier après-midi.
Comme il la comprend ! Alexandre écrit des livres. Émilie peint des tableaux. Le désir impératif de créer est plus fort que tout quand il se fait sentir et tous deux l’éprouvent.
Voyons maintenant comment nos Grecs barbares expliquent ces événements. C’est tout aussi spectaculaire. Tu vas voir.
Le premier nom qui apparaît, c’est Ouranos.
