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Toutes les princesses voient un jour leurs ailes brûler, leurs nuages se désintégrer et leurs rêves s’effondrer. Elles se rendent compte que les contes où la princesse embrasse un vulgaire crapaud, se transformant en Prince Charmant, ce ne sont que des foutaises ! Sept ans ont passé depuis la sortie de la première édition de Nuages de Princesses. Cette seconde version raconte le sentiment amoureux, les interrogations adolescentes à travers de nouveaux textes côtoyant délicieusement des textes d’origine, le tout illustré de photographies.
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Seitenzahl: 103
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Pelleteuse de Nuages
Saint Valentin
Recuerdos
Walkie-Talkie
Bivouac
Checkpoint
Désertitude
TS 511
Vaut mieux en rire
La Corde au cou
Bye bail
Théo
Aimant Amant
Grenade
Karma Sutra
Ces bras-là
Etoile Filée
Muñeca
Madame, Mademoiselle, Monsieur, bonsoir. Demain, le soleil de ces derniers jours va disparaître. De nombreux nuages viendront se glisser au-dessus de l’hexagone. Seules les régions bordant la frontière espagnole seront temporairement épargnées. A l’exception de quelques cumulus, le soleil brillera sur le Languedoc et la région Midi-Pyrénées.
Les températures resteront proches des normales saisonnières, oscillant entre 21 et 25 degrés sur la moitié Nord, et entre 23 et 29 degrés sur la moitié Sud.
Les prévisions pour le week-end sont, quant à elles, plus clémentes. Les beaux jours reviendront samedi en fin de matinée sur l’ensemble du pays.
Demain, nous fêterons les…
- clic -
Je m’appelle Jeanne. J’ai onze ans. J’habite une maison ocre aux volets blancs, dans une ville rose, sur une planète bleue, sous un soleil jaune. Je suis passeuse d’étoiles. Au plafond de mon lit, j’ai dessiné un véritable ciel. La chambre, la pièce, ça l’agrandit.
Il y a tout plein de choses. J’y ai peint la Voie Lactée avec ses nébuleuses et ses champs sacrés, ses trous noirs tapis à l’ombre d’une toile d’araignée. On y trouve le Système Solaire avec son soleil et ses huit planètes. Les satellites qui gravitent autour de ses dernières.
J’y ai même collé des étoiles réfléchissantes, achetées chez Nature & Découverte. Le jour, elles dérobent la lumière du soleil pour mieux la restituer la nuit. Comme ça, quand je m’endors et que mes yeux ont du mal à se fermer, je regarde les étoiles et les rêves viennent plus facilement. C’est mieux que le marchand de sable qui te balance le contenu de son sac dans la figure, te bousillant les yeux pour le reste de tes nuits.
Je m’appelle Jeanne. J’ai onze ans. Je suis une élève comme toutes celles de mon âge. J’apprends plein de choses en classe. Je vais dans une école où règne la castagne entre les garçons et les tirailleries de chignons entre les filles. Moi, je n’aime ni l’un ni l’autre. Je suis passeuse d’étoiles.
C’est ma maîtresse qui m’a appris tout ce que je sais sur l’univers. Elle nous a même emmenés visiter la Cité de L’Espace. J’ai de la chance d’habiter pas loin de la porte des étoiles.
Souvent le week-end, j’embête mon papa pour aller voir décoller les avions de Blagnac. Blancs, élancés sur la piste, ils partent pour des destinations toutes plus magiques les unes que les autres. Juneau, Lima, Sydney, Beijing. Certains doivent même s’envoler pour la Guyane. C’est là-bas qu’il faudra que j’aille un jour.
En attendant, tous les soirs, mon cartable est bourré de coups de poings. Les poings serrés, je rentre chez moi et m’enferme dans ma chambre. Là, ils se desserrent. Et dans l’obscurité, je commence à rêver. Le monde d’abord. Un monde fait de lumières, de couleurs, de saveurs, de senteurs et de rencontres. Puis je rêve aussi du ciel. Au-delà du monde, il y a le ciel. L’univers.
Je m’appelle Jeanne. J’ai onze ans et je n’ai aucune envie de devenir spationaute. Même si ma ville est le berceau français de l’aéronautique, je ne veux pas être une grande scientifique. Non. Je suis passeuse d’étoiles. Ou marchande de planètes. C’est comme on veut.
Quand les gens autour me demandent ce que je veux faire, je réponds passeuse d’étoiles. Ça a plus de charme que sportive ou chanteuse.
Mais, je vais suivre des études scientifiques pour devenir astronaute. C’est le seul moyen que je connaisse à ce jour pour arriver à emprunter une fusée et partir dans l’espace. Mais une fois là-haut, je quitterais la navette pour m’envoler au milieu des étoiles.
Je m’appelle Jeanne. J’ai onze ans. J’habite une maison ocre, mais pas pour très longtemps encore. Car bientôt, quand je serais assez grande pour partir, je quitterais mon lit pour gravir les montagnes jusqu’à toucher les étoiles. Je suis passeuse d’étoiles. C’est un très beau métier. C’est un peu comme un metteur en scène, mais en mieux. La scène, ici, est un océan lumineux. Les acteurs sont des astres brillants. Les spectateurs sont des milliards.
Mon métier serait que chaque enfant puisse voir, avant de fermer les yeux, une étoile. Pour s’endormir. Rendre heureux chacun d’entre eux. Et puis surtout, personne ne pourra en posséder une, il n’y aura aucune discrimination.
J’aurais pu être le Père Noël. J’y ai pensé, je l’avoue. Mais, ne travailler qu’une soirée par an, et en plus ne pas offrir la même chose à chaque enfant. Non merci.
Je m’appelle Jeanne. J’ai onze ans. Je suis passeuse d’étoiles. Et à l’école, j’ai un amoureux. Un vrai. Pas un qu’on dit qu’il l’est alors que c’est faux. Non, moi, mon amoureux, je lui ai demandé. Il a répondu « oui ». C’est un joli garçon avec des yeux verts, des cheveux noirs coiffés en épis sur sa tête. Son visage blanc est fin, sa nuque est élancée. Il met de très belles chemises qui brillent au soleil. C’est du sirop d’érable qui coule dans ses veines. Il s’appelle Louis. Il est québécois.
Il n’a pas d’accent. Non, les québécois n’ont pas d’accent, ils parlent différemment, c’est tout. Lui aussi. J’aime bien quand il parle avec sa petite voix. Avec les cailloux qui roulent dans ma bouche et ses cordes sèches et graves, on dirait un duo unique entre une percussionniste de la Garonne et un guitariste du Saint-Laurent.
Ce qui est marrant, ce sont ses expressions. Il dit pas que je suis passeuse d’étoiles. Non, il dit que je suis pelleteuse de nuages. Je sais pas ce que ça veut dire mais il y a nuage dedans, alors.
Il dit que je suis sa blonde. Les copines se moquent de moi car elles disent que je ne suis pas blonde et que Louis me trouve idiote. Mais je m’en fous.
Tout à l’heure, je lui ai offert ma main, sans réfléchir. Alors, juste devant la grille de l’école, avant de se quitter pour les vacances scolaires, on s’est embrassé. Un petit bisou sur la bouche. Les copines, elles disent que c’est dégoûtant. Moi, je ne trouve pas. Ou alors, c’est parce qu’elles ne connaissent pas ceux de Louis.
Quand je serais passeuse d’étoiles professionnelle, je lui décrocherais une étoile. Rien que pour lui. Rien que pour ses yeux. Il mérite bien une étoile, mon amoureux. Et puis, faut bien avouer qu’il n’y a que les passeurs d’étoiles qui peuvent faire ça.
Je m’appelle Jeanne. J’ai onze ans. Je suis passeuse d’étoiles. Ça a du bon de rêver parfois, vous ne trouvez pas ?
Je m’appelle Jeanne, j’ai vingt-cinq ans. Je travaille dans un bureau de poste. Au guichet, je vois passer des enveloppes que je tamponne machinalement. Elles partent toutes dans des directions plus ou moins lointaines. Je les laisse glisser entre mes doigts dans l’espoir de m’enfuir un jour avec l’une d’elles.
J’habite un immeuble gris de quatre étages dans une banlieue morose. Entre mon domicile et le boulot, il y a quarante minutes de transport. Je prends le métro. Assise sur un strapontin, entre le signal sonore du départ et le bruit d’aspiration de la rame dans le tunnel à travers la fenêtre ouverte pour ne pas étouffer, je lis des romans d’évasions. Je rêve d’escales aux quatre coins du monde, de destinations aux grandeurs nature exceptionnelles, d’îles paradisiaques entre ciel et mer. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour quitter cette intranquillité qui règne entre deux stations.
Je m’appelle Jeanne, j’ai vingt-cinq ans. Je rentre tous les soirs dans mon petit studio. Mon chat m’y attend. Il a l’habitude de me voir arriver aux alentours de vingt-heures trente. Il me guette derrière la porte. Il sait que je vais passer par la cuisine, ouvrir le placard et lui remplir sa gamelle d’une boîte de pâté ou de croquettes. Il me glisse entre les jambes, son ronronnement me parcourt. Il m’aime. Il m’est fidèle. Lui.
Et puis, pendant qu’il dévore son assiette, je passe à moi. Je sors du congélateur un plat cuisiné que je passe aux micro-ondes. Quatre minutes plus tard, je me retrouve sur le canapé, un plateau sur les genoux, la télécommande dans une main, l’autre attendant que le félin s’installe pour que je le caresse.
Je m’appelle Jeanne, j’ai vingt-cinq ans. Je suis célibataire. Je vis avec parce qu’on ne peut pas faire autrement. Je me rassure, je me dis que ce n’est pas incurable. Je me soigne. Je fais des efforts. Je suis motivée.
Tous les soirs, je me pose derrière l’ordinateur et je me connecte à Internet. Je suis une cellule de veille pour ma propre entreprise. Mon bonheur est surement pixellisé. Ma souris glisse sur le tapis, elle connaît les chemins par cœur. Même sans fil, elle surfe entre deux fiches. Entre deux profils. Je navigue dans les sites de rencontres sur lesquels je me suis inscrite. J’y ai mis une photo de moi. Une image pas faussée mais une qui me mette en valeur tout de même. J’ai rédigé une présentation très léchée me présentant comme une fille simple et ouverte d’esprit. Ce que je suis. J’attends impatiemment d’y rencontrer l’âme sœur. Je ne désespère pas.
Au lieu de ça, j’y trouve des dragueurs de pacotilles qui, cachés derrière leurs webcams, se prennent pour de parfaits compagnons. Des mecs hyper timides qui, même devant un clavier, ne trouvent rien à raconter. Des hommes âgés de plus de cinquante ans qui, dans leur plus grand désespoir, se prennent pour des jeunes et cherchent à séduire des petites de vingt ans. Je ne peux pas dire que je sois gâtée. Une soirée de perdue, dix à venir. C’est ce qu’on dit. Je me demande quand même quand il débarquera, le grand amour.
Je m’appelle Jeanne, j’ai vingt-cinq ans. J’ai des copines dans la même situation que moi. De les voir, elles aussi comme moi, me réconforte un peu.
Les week-ends, en bande de deux ou trois, on file dans des soirées à thèmes pour des filles comme nous. Nuit des célibataires en boites. Happy hours dans les pubs. Quiet party au fond d’une cave d’un bar de quartier. Speed dating dans un lieu branché. Toutes les occasions sont bonnes pour sortir et tenter de rencontrer le partenaire idéal. Enfin, c’est surtout le côté « sortie » qui domine quand même.
Avec les copines, on connaît toutes les techniques, ou presque, pour prendre au moins un contact. En boîte, une tenue alléchante mais pas trop provocante et c’est gagné pour une nuit sans lendemain. Dans les pubs, un léger décolleté surplombant un verre vide et c’est gagné pour une tournée offerte par la dizaine de mecs présents.
Je m’appelle Jeanne, j’ai vingt-cinq ans. Je suis célibataire mais je ne l’ai pas toujours été. A l’école primaire, j’ai eu mon premier amoureux. Ça a duré quelques années mais ce n’était qu’un amour de bac à sable. Il est devenu mon meilleur ami. C’est surement ce qu’il a toujours été.
D’autres ont traversé ma vie. Aucun ne s’est vraiment arrêté. Je n’ai pas connu le grand amour. Au début, c’est moi qui mettais la distance nécessaire pour ne pas tomber dans les dédales des sentiments. Quand je voyais mes copines qui ne vivaient que par leur mec, ça me faisait hurler.
Et quand je me suis sentie prête, aucun n’a voulu partager mon chemin. Je ne suis peut-être pas faite pour la grande et belle histoire d’amour. Ce serait triste quand même.
Je m’appelle Jeanne, j’ai vingt-cinq ans. Je dors seule depuis plusieurs nuits. Mon chat se blottit dans mes pieds et je pars dans mes songes. Je rêve du jour où mon prince viendra. Où il m’entraînera dans une danse magique qui durera toute l’éternité.
