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Clément Cheylan, privé de l'usage de la vue depuis de nombreuses années, autodidacte en philosophie, a publié en 2022 un premier livre intitulé "Et si la philosophie...Découvrir et comprendre en 89 textes." Il anime plusieurs ateliers philo, ce sont les échanges avec les participants et les sujets traités pendant les séances, qui constitueront en majeure partie la trame de son travail d'écriture, la philosophie étant fille du dialogue. Il nous fait remarquer que nous ne nous interrogeons pas la plupart du temps sur le bien-fondé de nos opinions. Par son analyse, il nous entraîne sur un chemin de compréhension. Ce qui donne à ce livre un rythme singulier et qui en rend la lecture particulièrement stimulante, c'est le fait que chacun des 14 chapitres qui le composent se terminent par un poème. Le penseur, celui qui met en question les idées reçues, se double ici d'un poète, lequel en quelques mots, parvient avec humour à mettre en déroute les idées toutes faites, et les opinions communes que l'analyse philosophique a longuement analysées. La philosophie de Clément Cheylan est incisive et décapante, elle nous offre une lecture du monde et une recherche de la vérité qui n'a de sens pour lui que parce qu'elle nous permet d'atteindre cette joie toujours renouvelée, la découverte.
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Seitenzahl: 229
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Chères lectrices, chers lecteurs,
je suis heureux de partager avec vous par ces lignes quelques moments de votre temps si précieux.
Nous allons au fil des pages voyager dans les sujets et poèmes que je vous propose.
Nous passerons donc quelques instants ensemble et vous pourrez si vous le souhaitez me communiquer vos impressions, je vous laisse ma page facebook en fin du livre.
Bien à vous
Clément Cheylan
Préface
Préambule
Le philosophe et le comédien
Suivi du poème Le philosophe et le comédien
Liberté, égalité, fraternité
Suivi du poème Aux larmes citoyens
Et être éphémère, qu’est-ce que ça te fait ?
Suivi du poème Le modèle
Une phrase d’ Aristote
Suivi du poème Le chevalier désorienté
D’où vient notre identité ?
Suivi du poème Histoire triste
La déception, la frustration, le deuil
Suivi du poème Dure vengeance
A-t-on besoin de spiritualité, l’Homme a-t-il besoin de croire en un ou plusieurs dieux ?
Suivi du poème Vous ne le croirez jamais
La jalousie
Suivi du poème Ce n’est pas un problème
Identité personnelle, identité du couple et rupture amoureuse
Suivi du poème Telle est prise
Faire du bien à autrui, est-ce d’abord se faire du bien à soi ?
Suivi du poème Sentiments
Qu’ en est-il du respect ?
Suivi du poème Respect suspect
Brisons les idées communes de l’espoir et du désespoir
Suivi du poème Le sage et l’espoir
Peut-on tout pardonner ?
Suivi du poème Vilain garçon
La solitude
Suivi du poème Fatale solitude
Postambule
Clément Cheylan, privé de l’usage de la vue depuis de nombreuses années et autodidacte en philosophie, avait publié en 2022 un premier livre, intitulé « Et si la philosophie… Découvrir et comprendre en 89 textes ». Ce livre, résultat des lectures extensives qu’il a faites de l’histoire de la philosophie, des premiers penseurs grecs aux philosophes d’aujourd’hui, a servi de base aux ateliers-philo qu’il anime dans le cadre de l’Association familiale de St Péray. Ce sont les discussions qui y ont eu lieu qui constituent la matière de ce second livre, « Philosophie prodigue », dans lequel il n’hésite pas à partager sans compter les réflexions qui lui ont été suggérées par le dialogue qu’il a entretenu pendant plusieurs années avec les participants de ces ateliers-philo. Car il s’agit bien ici de pensées partagées, qui sont le reflet des entretiens oraux qui y ont eu lieu.
La philosophie est en effet, comme le montre bien l’œuvre entière de Platon, fille du dialogue. Le mot philosophia a été forgé par les Grecs du Ve siècle avant J.C., mais c’est Platon qui lui a donné le sens qu’il a conservé tout au long de la tradition occidentale. Il s’en explique, il faut le rappeler, dans un passage de l’un de ses dialogues qui met en scène les échanges qui ont eu lieu entre celui qui fut son maître, Socrate, et Phèdre, un jeune et riche athénien. Socrate y déclare en effet que celui qui parle en étant animé par le souci de la vérité ne peut pas être nommé un « sage » (sophos), la sagesse n’étant pas accessible aux humains, mais simplement un ami de la sagesse (philosophos).
Il ne faut donc pas s’étonner de trouver dans l’un des chapitres de Philosophie prodigue un éloge de Socrate, celui qui n’écrivait pas et qui parcourait les rues d’Athènes en interrogeant ceux qu’il y rencontrait, mettant alors en déroute leurs idées préconçues et leur faisant ainsi comprendre qu’en réalité ils ne savaient rien. Celui qui fut le maître de Platon possédait en effet, souligne Clément Cheylan, « cette grande sagesse de savoir qu’il ne savait rien », car « nous pensons à tort que le sage et le philosophe qui est l’ami de la sagesse sont des puits de connaissances ». C’est Platon qui affirme dans un autre dialogue, intitulé l’Apologie de Socrate, que la philosophie a commencé lorsqu’on a cessé de se raconter des histoires et que l’on a cultivé en soi le goût de l’interrogation.
C’est ce que met bien en évidence ce grand philosophe français que fut Maurice Merleau-Ponty dans le cours inaugural au Collège de France qu’il prononça en 1953 sous le titre « Éloge de la philosophie ». Ce qui intéresse Merleau-Ponty chez Socrate, c’est le goût de l’interrogation et du non-savoir, la philosophie étant pour lui « le mouvement qui reconduit sans cesse du savoir à l’ignorance, de l’ignorance au savoir ». Car la philosophie, dans la mesure où elle porte sur le tout, n’a pas de domaine déterminé et ne cesse donc de s’interroger elle-même sur sa propre possibilité, en particulier dans l’époque moderne où l’ensemble des savoirs positifs semble occuper la totalité du champ du savoir possible. C’est la raison pour laquelle le philosophe a une position instable, il « boîte », dira même Merleau-Ponty, car il ne cesse de s’interroger sur l’autorité des autres savoirs, mais aussi sur le fondement de sa propre autorité de « philosophe ».
Car Socrate n’en sait vraiment pas plus que celui qu’il convainc d’ignorance. Socrate sait qu’il n’y a pas de savoir absolu et que cette impuissance ou cette lacune est précisément ce qui nous permet d’apprendre et d’être ouvert à la recherche de la vérité. C’est la raison pour laquelle Merleau-Ponty défend l’idée d’un non-élitisme du philosophe par rapport aux autres hommes, la philosophie n’étant, selon lui, « qu’une manière de mettre en mots ce que chaque homme sait bien ». Le philosophe n’est rien qu’un homme, mais un homme éveillé, c’est-à-dire sorti du silence et de la solitude, qui parle, qui « communique » et qui ne se différencie de l’homme ordinaire, trop souvent endormi, que par cette parole. C’est là l’image que Merleau-Ponty voulait donner de la philosophie, une image « humaine », rompant ainsi, comme l’avait déjà fait Sartre, avec l’image du philosophe comme d’un penseur hautain, enfermé dans sa tour d’ivoire et étranger à la vie des hommes et à l’histoire.
C’est, me semble-t-il, une telle idée de la philosophie qui guide Clément Cheylan dans l’analyse qu’il entreprend, à partir du dialogue qu’il a mené non seulement avec les participants de ses ateliers-philo, mais aussi et surtout avec lui-même, de tout un ensemble d’idées reçues. C’est ainsi, pour ne donner que quelques exemples, qu’il entreprend, avec audace, de montrer que la fameuse devise française, « Liberté, égalité, fraternité », peut être mieux comprise si, par ce qu’il nomme « un jeu d’esprit », on remplace ces trois concepts par ceux de « vertu, équité, solidarité », solidarité me semblant personnellement un terme fort bien choisi, la femme que je suis ne pouvant être le « frère » de personne. Il en va de même en ce qui concerne la notion d’identité, si souvent invoquée aujourd’hui, que l’on croit stable et définitive, alors qu’il faut au contraire prendre conscience qu’elle est en réalité « une construction de tous les jours », car elle évolue inexorablement avec le temps.
Quant au respect, auquel est consacrée une longue analyse, il ne s’agit de l’identifier ni à la simple politesse qui, bien que nécessaire à la vie en commun, n’est qu’un « garde-fou acquis par l’éducation », ni à l’estime, qui provient de la valeur plus ou moins grande que nous reconnaissons à quelque chose ou à quelqu’un, alors que le respect, qui est toujours inconditionnel, est la reconnaissance de la dignité que l’on doit à la personne humaine, son contraire étant le mépris. Il ne faut donc le confondre ni avec l’amour, ni avec l’admiration, et encore moins avec la crainte, car il consiste, comme le dit ce grand philosophe allemand qu’est Kant, à toujours traiter l’autre comme une fin et jamais « simplement » comme un moyen, ce qui est cependant souvent le cas, les rapports que nous avons avec les autres étant aussi des rapports utilitaires.
Mais là où la pensée de Clément Cheylan devient des plus incisive et décapante, c’est lorsqu’il entreprend de « briser » les idées communes que nous nous faisons de l’espoir et du désespoir. Car l’espoir est généralement considéré comme bénéfique, et l’espérance constitue même dans la religion chrétienne, avec la foi et la charité, une des trois vertus dites « théologales » (des vertus qui concernent Dieu), du fait que les croyants attendent de Dieu, avec confiance, qu’il leur octroie la vie éternelle après la mort. C’est la raison, comme le souligne Clément Cheylan, pour laquelle on prétend généralement que l’espoir, considéré comme un sentiment bénéfique, fait vivre, alors qu’il s’agit plutôt pour lui de montrer qu’il est une forme d’illusion et par là l’inversemême de l’action. Il faut donc, comme nous enjoint Sénèque, désapprendre à espérer, si du moins nous voulons être dans l’action. De sorte que cette absence d’espoir qu’est le désespoir s’avère n’être pas toujours un sentiment négatif, car alors nous nous montrons capables d’accepter la vie telle qu’elle est.
Les philosophes sont dans leur ensemble d’accord pour considérer qu’avec l’apparition de la philosophie une véritable mutation de la pensée humaine a lieu qui est le passage de l’opinion sinon au savoir, du moins à l’interrogation. En lisant les analyses que nous donne Clément Cheylan de tout un ensemble d’idées préconçues, on a l’impression de sortir peu à peu de cette caverne obscure dont nous parle Platon dans La République, son dialogue le plus long. Dans cette célèbre allégorie de la caverne, il met en effet en scène des êtres humains enchaînés, immobilisés dans cette position depuis leur enfance, qui n’ont jamais vu la lumière du jour et qui ne peuvent voir des choses que les ombres projetées sur les murs par un feu allumé derrière eux. Mais si un prisonnier est un jour délivré de ses chaînes, il peut alors se retourner, puis se diriger vers l’entrée de la caverne, en sortir et découvrir enfin la lumière du jour. Il comprend alors qu’il n’a jusqu’ici vu que des apparences et non pas les choses réelles et qu’il n’a vécu que dans l’illusion. Cette caverne symbolise ainsi l’enfermement qui est le nôtre dans le monde des opinions, dont seule la réflexion philosophique peut nous permettre de sortir.
C’est sur un tel chemin qui mène à la délivrance que nous entraînent les analyses que nous propose Clément Cheylan des opinions que nous partageons dans la viecourante sans la plupart du temps nous interroger sur leur bien-fondé. Mais ce qui donne en outre à ce livre son rythme particulier, et qui en rend la lecture particulièrement stimulante, c’est le fait que chacun des quatorze chapitres qui le composent se termine par un poème. Le penseur, celui qui met en question les idées reçues, se double donc ici d’un poète, lequel, en quelques mots, parvient, avec humour, à mettre en déroute les idées toutes faites et les opinions communes que l’analyse philosophique a longuement examinées et discutées. Car la poésie, tout comme la pensée, ne nous livre aucune certitude, elle se contente de suggérer et, elle aussi, d’interroger. La poésie et la philosophie sont en effet des manières d'être au monde qui, bien que fort différentes, sont pourtant étroitement apparentées. Car ce que l’on peut déceler en elles, c'est, au plus haut degré, la manifestation d'un souci qui n'est ni simplement souci de soi, égocentrisme, ni simplement souci de l'autre, altruisme et donc anthropocentrisme, mais ce que les Grecs nommaient si bien « souci du tout ».
La conclusion, l’auteur l’emprunte à l’un de ses philosophes préférés, Sénèque, qui nous enjoint de mettre en question nos croyances, et par là d’assumer notre solitude, en se séparant de la foule de ceux qui s’imaginent posséder la vérité, alors qu’elle est ce que ne cesse de rechercher celui qui ose penser par lui-même.
Françoise Dastur
Professeur honoraire de philosophie
Nous voici au seuil de ce livre intitulé « Philosophie Prodigue », ce préambule en est en quelque sorte la porte d’entrée, il vous suffira de la pousser, de faire un pas en avant afin que vous accueille ma philosophie.
Mais avant cela, permettez-moi de vous dire quelques mots sur le choix du titre, « Philosophie Prodigue ». En effet, pourquoi Prodigue ? Tout simplement parce que j’ai décidé de le proposer à prix coûtant.
Prodigue aussi parce qu’il me semble que la philosophie est faite pour être partagée, prodiguée, pour que nombreux soient ceux qui puissent en profiter.
J’étais dans cet état d’esprit lorsque je décidai de nommer mon livre ainsi. Mais, comme vous le voyez, je n’ai pu résister à ce jeu de mot visuel entre Prodigue et Prodige. Certains pourront penser que cela est une manière détournée pour qualifier ma philosophie de Prodige... Non, bien sûr, c’est du second degré, d’ailleurs notre philosophe avec son bâton fait tout ce qu’il peut pour que la lettre U retrouve sa place.
Le Prodige, s’il y en a un, réside dans la gratuité de cet acte partagé, pour qu’avec vous ce partage en soit véritablement un.
Mais je me tais et vous laisse découvrir les 14 sujets et poèmes qui suivent.
Nous avons quatre émotions principales, la peur, la colère, la tristesse et puis la joie. Ces quatre émotions peuvent être chacune issue du réel ou de la fiction, et ce n’est pas du tout la même chose.
Un samedi soir de mars 2021, j’étais à regarder la télévision. Mon programme, une émission où un animateur bien connu prend soin d’inviter ceux qui sont dans le moment les plus représentatifs du monde artistique, politique, culturel et autre. Ainsi donc défilent l’un après l’autre, intellectuels, musiciens, chanteurs, écrivains etc…, en ayant pour chacun d’eux la possibilité lorsque l’animateur le permet, de dire ce qu’ils pensent du travail des autres invités, si toutefois ils en éprouvent le désir.
Ce soir-là, l’invité phare était un philosophe français célèbre qui venait faire la promotion de son dernier livre en date. Le philosophe disait à l’animateur que l’émotion, tant qu’elle était présente en nous, ne permettait pas la réflexion. Cela n’est pas un scoop, me direz-vous ! Cela fait à peu près 2400 ans que les philosophes nous le disent. Maintenant, il est vrai que chaque philosophe a sa manière de le présenter et il faudrait lire le livre de l’invité pour se nourrir des nuancesqu’il apporte au sujet. L’invité exprimait l’idée suivante : il nous faut sortir des émotions qui nous étreignent pour pouvoir penser.
Cela semble évident, mais apparemment pas pour tout le monde, car un comédien présent ce soir-là s’opposa fortement à ce qui me semble être du bon sens.
Le comédien asséna au philosophe que l’émotion n’empêchait pas la réflexion, car elle permet par l’intermédiaire de l’art de nous faire passer un message, ce qui ne manque pas, voire a pour objectif, de solliciter notre pensée.
Le philosophe tenta de faire comprendre au comédien qu’il était dans l’erreur en lui faisant remarquer que l’art génère des émotions qui ne sont pas vérité. Lorsque l’on n’a que très peu de temps et c’est le cas dans une émission de télé, il est quasi impossible de faire entendre raison à celui qui se braque et qui se ferme. Si ce que prétendait le comédien n’est pas complètement faux, de toute évidence il n’avait pas entendu ce que disait le philosophe.
Nous allons voir cela.
Comme je le disais plus haut, nous avons quatre émotions principales qui sont la colère, la tristesse, la peur et la joie. L’émotion est toujours première, elle nous est grandement utile grâce à son rôle d’avertisseur. Mais il est dommageable qu’une fois son rôle effectué, l’émotion perdure.
Une émotion telle que la peur nous préserve de bien des dangers. Elle nous prévient des risques potentiels que nous courons tout au long de nos journées, de notre vie. Nous pouvons constater l’utilité de la peur, de son rôle d’avertisseur. Une fois l’émotion dissipée, la raison prend le relais et nous pouvons nous rendre compte de ce qui a eu lieu, de ce qui est. Nous avons évité le trou caché par des branchages lorsque notre pied s’est enfoncé sans raison dans le sol, ou le train qui passait alors que le passage à niveau ne fonctionnait pas. Mais il est évident que de vivre dans une perpétuelle peur n’est pas salutaire. Ainsi donc, nous ne pouvons pas réfléchir lorsque l’émotion est présente, seuls l’instinct, les réflexes sont en jeu. Il nous faut pour nous rendre compte de ce qui a eu lieu, de ce qui est, et pour tirer de cet évènement quelques conclusions, sortir de la peur qui, ne l’oublions pas, garde une positivité. Sans la peur, nous ne ferions attention à rien et il me semble qu’à moins d’avoir une chance « infinie », nous ne pourrions prétendre à une durée de vie acceptable.
La colère, de même que la peur, joue un rôle d’avertisseur. Elle naît souvent de l’indignation, d’une injustice, elle dénonce ce qui nous semble anormal, ce qui ne devrait pas être. Une fois passée, la colère laisse place à la raison, à l’objectivité qui nous permet de peser le pour et le contre et de nous faire une idée en pensant par nous-même.
De même que la peur, la colère, si elle persiste, ne mène à rien de bon. Rester dans l’émotion de colère, c’est bien malheureusement trop souvent en venir aux mains et construire l’irréversible. C’est bien la preuve s’il en fallait une que l’émotion ne permet pas la réflexion.
La tristesse n’est pas aussi manifeste que la peur ou la colère, elle nous avertit tout de même, mais cela est plus discret. Il est normal d’être parfois pris de tristesse, nous avons, il est vrai, bien des raisons d’être tristes. La tristesse change notre rapport au monde, elle nous le fait voir dans sa négativité, et l’angoisse, la déprime, la dépression ne sont pas loin. La tristesse est peut-être l’émotion la plus sournoise, elle s’installe en nous sans même que nous nous en rendions compte. Dans la plupart des cas, ce sont nos proches qui nous préviennent. Ils remarquent un changement en nous, un manque d’entrain, de sourire, ou le fameux
« c’était mieux avant » qui dénote presque toujours une difficulté de vivre l’instant présent.
La joie est l’émotion que l’on pourrait considérer comme la plus positive. Généralement, nous n’avons aucune crainte à l’égard des gens joyeux, nous avons même tendance à aller vers eux. Cependant, il est parfois bon de prendre quelques précautions, les escrocs, manipulateurs et bonimenteurs de toutes sortes savent bien que la joie agit sur les humains comme sur les insectes une lumière dans la nuit.
Il me semble inutile de parler ici des bienfaits de la joie, elle contribue ô combien à la vie heureuse, mais cela tant qu’elle reste ponctuelle. En effet, si la joie était de tous les instants, la vie en société s’en trouverait quasi impossible. Impossible d’écouter les confidences d’un ami, impossible d’assister à une cérémonie funéraire, et les exemples où la joie est importune ne manquent pas. La joie nous fait exulter, elle est force de vie, pétillante et volontaire et se passe bien de la réflexion. À quoi sert de réfléchir à ce qui ne va pas puisque tout va. Mais considérer à tort que tout va bien ne nous permet pas de réagir aux difficultés qui se présentent.
Maintenant que nous avons quelques notions des émotions, nous pouvons mieux faire la part des choses. Toutefois, il me semble que la tristesse se distingue des autres émotions par sa capacité à s’installer en nous. La peur, la joie, la colère sont souvent brèves, ce qui est moins le cas de la tristesse qui fait volontiers de nous son siège.
Le philosophe parle de l’émotion et le comédien aussi, mais ce dernier apparemment ne sait pas que l’émotion peut être totalement différente selon son origine. L’émotion dont parle le philosophe est issue du réel, alors que l’émotion dont parle le comédien est issue de la fiction, elle n’est donc pas vérité. Cela, le philosophe le sait, alors que le comédien ne s’en doute pas. Il est important de bien séparer le réel de la fiction pour bien comprendre.
Je vais tenter de le faire en faisant l’économie de la complexité car le réel et la fiction mériteraient chacun qu’on leur consacre au moins un livre. Le réel, c’est ce qui advient, ce qui est, ce qui a lieu ou a eu lieu, c’est le résultat de la causalité dont nous voyons les effets, et dont les causes ne sont pas toujours très claires.
Nous sortons de chez nous et nous voyons un homme abattre une femme à coups de revolver. Il me semble que tout individu assistant à une telle scène sera pris d’émotions. Sans doute la peur sera première, suivie de la colère puis de la tristesse, reliées par un sentiment d’impuissance devant le réel. Ce qui est sera à jamais, et nous sommes devant l’inexorabilité de ce sur quoi nous ne pouvons agir, puisque déjà là.
Tout individu est un acteur du réel, et nous endossons tous un rôle, cela est malgré nous, et si même au contraire nous faisions de la vie un jeu et de notre personne un comédien, il n’en est pas de même pour ceux qui nous entourent.
Au contraire, sur les planches d’une pièce de théâtre, les participants sont des comédiens. L’art certes fait naître l’émotion, et celle-ci délivre souvent un message, lequel peut devenir un moteur pour notre réflexion, il n’en demeure pas moins que nous ne sommes pas dans la vérité du réel. Lorsque sur la scène, un homme abat une femme avec un revolver, nous savons bien qu’une fois le rideau fermé, celleci se lève et rejoint les coulisses. Il est vrai que cela ressemble au réel, la femme qui tombe sous les coups de feu, tout est là pour que l’on y croit, et évidemment l’émotion nous submerge. Mais cette émotion est le résultat d’un jeu d’acteurs et de la pensée de l’auteur. Il n’y a rien dans cela d’objectif, de factuel, tout est subjectif, imaginaire bien que parfois réaliste. Bien sûr, cela n’enlève rien à la qualité des comédiens, tout au contraire. Ce n’est tout simplement pas le réel, pas la vérité, mais une représentation de ce qui pourrait avoir lieu, ou de ce qui a eu lieu.
Une pièce de théâtre est généralement un dialogue de plusieurs personnes écrit par une seule qui est l’auteur. Une seule personne, donc, en fait parler plusieurs, cela est mis en scène et peaufiné mots après mots pour nous amener à l’émotion. Nous sommes manipulés par l’auteur, et à moins d’être demeurés, nous le savons bien et nous payons pour cela et nous applaudissons aussi. L’auteur nous donne sa vision du monde, sa pensée, il nous oriente, presque nous dirige par le jeu des comédiens eux même dirigés par le metteur en scène lui-même dirigé par les mots de l’auteur. Une belle bande d’escrocs, pourrait-on dire ! Et plus l’escroquerie est grande et réussie, plus nous nous régalons. C’est en cela que l’art est une représentation du réel mais pas la vérité. Nous subissons volontairement la subjectivité, la pensée d’un humain qui avec l’aide de l’émotion nous délivre un message qui pousse généralement à la réflexion. C’est une réflexion qui ne vient pas de nous, elle est orientée, guidée, argumentée, pré-pensée, même pré-digérée. Oui nous pensons alors, mais pas par nous-même. Ce sont des pensées sous influence et j’imagine les dégâts que pourrait faire sur certains d’entre nous un auteur, ou un artiste en général qui aurait des idées malsaines.
J’ai personnellement entendu, lors d’interviews de comédiens, que celui qui jouait le rôle du méchant était parfois insulté à la sortie par des spectateurs. Que nous le voulions ou non, nous sommes influençables et sûrement beaucoup plus que nous ne pourrions l’admettre.
Et c’est pour cela que nous devons comprendre que l’art n’est pas la vérité, dans le sens où il n’est pas le réel mais sa représentation, elle-même issue d’une pensée humaine et donc subjective. Ce que dit un artiste, c’est lui qui le dit, ce que dit un philosophe, c’est lui qui le dit. Le monde, lui, ne dit rien, il est dans l’agir de ce qui advient, il ne réfléchit pas, il est cru, terrible, brutal ou délicieux. Une pièce de théâtre, ou bien d’autres formes artistiques, sont des fictions, elles sont les points de vue d’un artiste, ses sentiments, ses perceptions du monde. Nous avons besoin de cela, mettre des mots, des formes, des images, de la musique sur ce qui nous entoure. Mais la vérité n’est pas là. Elle est la femme abattue sur le trottoir de votre ville, c’est elle la vérité et non pas la femme qui tombe sur les planches d’une scène et qui reviendra quelque temps après, le sourire aux lèvres, pour vous saluer.
Le philosophe s’en est allé en laissant derrière lui un comédien sûr de lui, et peut-être fier aussi. Cette aventure fut bien savoureuse pour le comédien et peut-être bien triste pour le philosophe. Le comédien passera sans doute une très bonne soirée, ne dit-on pas que l’ignorance se suffit à ellemême !
Il n’est pas de pire sourd que celui qui ne veut entendre.
Mais sans écouter comment peut-on comprendre ?
Aussi intelligent que ce comédien peut se prendre,
Acceptera-t-il qu’il puisse se méprendre,
Se serait somme toute un grand moment,
Si humilité était manière aux bons instants.
Il n’est pas facile sans attention,
D’être pleinement en compréhension.
Le philosophe a bien tenté d’expliquer.
Simplement, clairement, avec peu de mots,
Mais l’autre paraissait bien trop buté
Pour mettre de l’ordre sous son chapeau.
Il est difficile d’entrer en philosophie !
On avance, on se trompe, on fait demi-tour,
On pense avoir trouvé, mais c’était une aporie.
On se calme, on réfléchit, et l’on repart pour un tour.
Ce comédien est bien persuadé
D’avoir raison, forcément, sans aucun doute.
Alors que faire quand il se met à crier,
De mieux que de continuer sa route.
Le sage ne peut chaque seconde,
Pour ceux qui veulent avoir toujours raison,
Offrir ce qu’il découvre des secrets du monde,
Sans leur mettre quelques points de suspension…
D’habitude, la philosophie s’attache à comprendre le réel. Elle doute de tout afin d’aller plus profondément dans la compréhension des objets de son étude. Il est possible donc que vous soyez étonnés par ce texte, mais la philosophie naît de l’étonnement et en ce sens elle restera bien présente dans ces lignes.
Nous allons, au lieu de nous appesantir sur ce qui est, nous pencher sur ce qui pourrait être. Tous les Français connaissent la devise française qui est « Liberté, égalité, fraternité ». Nous allons voir si ces trois concepts résistent à l’usure du temps.
Cette devise, comme toutes d’ailleurs, est le fruit d’une époque, d’un contexte. Mais les années, les décennies, les siècles passent et les mots se galvaudent pour certains, disparaissent pour d’autres, ou se modifient et deviennent par leur utilisation même plus doux ou plus acérés, pour d’années en années s’altérer, si bien que nous finissons par en avoir une perception différente de celle qui faisait sans doute l’unanimité au moment de l’élaboration de notre belle devise. J’utilise à dessein le mot belle, car somme toute, comment ne pas trouver belle une devise qui rassemble en elle la liberté, l’égalité, la fraternité.
C’est pour cela que loin m’est l’idée de changer ou de modifier notre devise mais plutôt, par le jeu de l’esprit, de proposer de remplacer les trois concepts de celle-ci par trois autres concepts en respectant les idées premières de liberté, d’égalité et de fraternité.
