Pickstone - Tome 1 - Alexandra Vigneault - E-Book

Pickstone - Tome 1 E-Book

Alexandra Vigneault

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Beschreibung

Une nuit qui a tout changé. Une nuit qui était promesse de vitesse et d’adrénaline, une nuit qu’il avait attendue avec impatience. Une nuit qui a bouleversé son univers.

Lorsque Jack, second fils de la famille la plus influente de Pickstone, convainc son frère de l’inclure dans une course de motos illégale, il n’a aucune idée de la tournure que prendront les événements. Lui qui avait un avenir tout tracé devant lui découvrira que, comme dans une course, la vie nous oblige parfois à des détours improbables. Divergences familiales, rencontres déroutantes et défis imprudents se recoupent pour faire de la vie de Jack un maelstrom qui ne semble plus avoir de fin. Peut-être cet adepte de la vitesse apprendra-t-il à s’arrêter de temps en temps…


À PROPOS DE L'AUTEURE


Alexandra Vigneault vous offre avec plaisir le premier tome de la trilogie de Pickstone. Son goût pour les romans d’aventures transparaît une nouvelle fois dans cette histoire qui prend place dans un de ses nombreux mondes imaginaires.
La publication de cette série aura sans aucun doute le succès, tel que ses deux premiers romans.

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Seitenzahl: 303

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Table des Matières

Crédits

Remerciements

Autres publications de

Dédicace

Prologue

L'accident

Personne n'est invincible

Des nouvelles surprenantes

Un petit oubli

Le pari

Besoin d'aide

Visite surprise

Préparations pour un banquet réussi

La soirée qui a tout changé

Un tout petit défi

Le manoir Templieur

Quand fuir n'est plus une option

Un cadeau inattendu

Un frère, un père, un goût amer

La fête foraine

Coldbay

Des conséquences imprévisibles

Menaces et secrets

Jacob Sully

Chez les Vendebout

La légende des Templieur

Crédits

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Titre: Pickstone / Alexandra Vigneault.

Nom: Vigneault, Alexandra, 1988- auteur. | Vigneault, Alexandra, 1988- Légende.

Description: Sommaire incomplet: Tome I. La légende.

Identifiants: Canadiana 20190032618 | ISBN 9782898090004 (vol. 1)

Classification: LCC PS8643.I365 P53 2019 | CDD C843/.6—dc23

Auteure : Alexandra VIGNEAULT

Titre:PICKSTONE - Tome I - La Légende

Tous droits réservés.

Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’Auteur, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle.

©2019 Éditions du Tullinois

www.editionsdutullinois.ca

IBSN : 978-2-89809-000-4

ISBN E-PDF : 978-2-89809-016-5

ISBN E-PUB : 978-2-89809-018-9

Bibliothèque et Archives Nationales du Québec

Bibliothèque et Archives Nationales du Canada

Dépôt légal : 4er trimestre 2019

Dépôt légal EPUB et EPDF : 2e trimestre 2020

Corrections grammaticales: Louise VOYER

Illustration de la couverture : Mario ARSENAULT

Imprimé au Canada

Première impression : Octobre 2019

Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) du soutien accordé à notre programme de publication.

Sodec - Québec

Remerciements

Écrire une trilogie est un défi de taille et je n’y serais sans doute pas arrivée sans le soutien de mon mari et de ma meilleure amie (Eh oui, Judy, c’est toi !). Les encouragements de mes parents et de ma sœur m’ont donné une confiance bienvenue pour laquelle je ne serais jamais assez reconnaissante. Je tiens aussi à souligner le travail qu’Amélie Thériault a fait avec moi pour améliorer les textes de Pickstone. Merci, mon amie ! Bien sûr, je ne peux passer sous silence le travail des Éditions du Tullinois et l’implication de monsieur Claude Rey avec qui j’ai beaucoup parlé de cette trilogie. Je ne voudrais pas oublier de remercier monsieur Mario Arsenault pour l’envol qu’il donne à mes romans avec les couvertures incroyables qu’il crée. J’en profite également pour mentionner ma gratitude envers le travail de correction de madame Louise Voyer qui me fait voir mes textes d’un œil nouveau. Et bien sûr, merci à tous les lecteurs qui embarquent avec moi dans les aventures de Jack. Votre intérêt me va droit au cœur !

Alexandra

Autres publications de

Alexandra VIGNEAULT

Dédicace

Pour mon grand Benjamin,

passionné de moto et de moteur.

Prologue

Si une larme pouvait expliquer la peine qui l’a fait couler, que contiendrait-elle réellement ? Un peu de déception ? De l’amertume ? Peut-être la fin d’un monde ou d’une idéologie ?

Dans une ville fondée par trois familles qui étaient les piliers de la croissance et de l’harmonie, plusieurs pleurèrent la perte des Templieur. Sans doute les histoires étaient-elles fausses. Il y avait peu de chance que cette famille ait véritablement pu contrôler le temps. Même chose pour les Silenbrien qui n’entendaient probablement pas les pensées, et pour les Vendebout qui ne volaient sûrement pas autour de l’île de Bluerock. Pourtant, les récits sur ces capacités incroyables fascinaient les citoyens qui se plaisaient à les alimenter dès qu’un de ces célèbres noms apparaissait dans une conversation.

Avec les années, le mystère des Templieur s’épaissit, brouillant le souvenir que le peuple de Pickstone en avait. Leur manoir fut réputé maudit, puis on se mit à l’éviter de peur de tomber malade pour disparaître comme la famille jadis adorée. Peu à peu, on oublia qu’ils avaient marché dans leurs rues, vécu dans leur communauté. Ils ne devinrent rien de plus qu’une légende.

Si une larme pouvait décrire la tristesse qu’elle contient, est-ce que son souvenir laisserait autre chose qu’un sillon séché ? Est-ce que quelqu’un, quelque part, prendrait le temps de s’y attarder, d’en comprendre la souffrance ? Peut-être qu’un Templieur l’aurait fait... si les choses s’étaient passées autrement…

L'accident

Il roulait tellement vite que sa vue se brouillait. C’était la première fois qu’il se joignait au groupe et il arrivait à peine à les suivre. Il ne manquerait plus qu’il se perde ; son frère se ferait un plaisir de le lui remettre sur le nez. Il appuya sur l’accélérateur et tenta de se concentrer.

C’est alors qu’il remarqua quelque chose d’inhabituel. Quelqu’un les suivait. Il regarda dans son rétroviseur un peu trop longtemps et faillit frapper une voiture. Il releva la tête rapidement. Son cœur débattait comme une furie.

Merde ! Les autres avaient disparu. Qu’est-ce qu’il pouvait être idiot ! La seule fois où il avait réussi à convaincre son frère de l’amener à une course, il s’était perdu. Anthony ne lui donnerait pas une seconde chance. Sauf qu’il y avait toujours quelqu’un derrière qui était près de le rattraper et, ça, c’était beaucoup plus grave. Il tenta d’accélérer légèrement, mais il allait si vite que c’était impossible. Malgré tout, son poursuivant gagnait du terrain.

Il s’efforça de respirer calmement pour résister à la panique. Il ne savait plus où étaient les autres coureurs et ne pouvait rentrer avec un inconnu à ses trousses. Il bifurqua à la première ruelle, puis tourna à gauche sur une rue mal éclairée. Avec adresse, il évita tous les déchets qui se trouvaient sur son chemin. Il emprunta une nouvelle ruelle et prit de nouveau à gauche. Il jeta un nouveau coup d’œil dans son rétro : il n’y avait plus personne. Il poussa un soupir de soulagement : au moins un problème de réglé !

Sauf qu’il n’était pas réglé du tout. Avant que l’incongruité de la situation ne se rende jusqu’à son cerveau, il y eut un impact terrible. Alors qu’il s’écrasait littéralement sur le béton froid, il essayait de comprendre comment son poursuivant avait pu le dépasser sans même qu’il s’en aperçoive. Il entendit un craquement provenant de son épaule et sa tête se cogna durement au sol. Il eut cependant l’impression qu’il aurait dû se fracasser encore plus violemment sur le pavé. Le jeune homme sentit de manière confuse que sa chute avait été étrangement ralentie. Avant qu’il n’ait pu analyser cette perception, la douleur prit toute la place.

Il aurait voulu regarder ce qui était arrivé au coureur qu’il avait percuté, mais il perdit conscience avant que sa vision ne se désembrouille. 

-o0o- 

Je m’appelle Jack. J’ai 16 ans. Je vis avec mon père, ma mère et mon frère dans la ville de Pickstone. Pourquoi est-ce que j’ai aussi mal ?!

Étendu de façon étrange au milieu de la rue, Jack tentait de reprendre connaissance. Il se rappelait avoir participé à la course avec son frère et heurté quelque chose. Il sentit que quelqu’un lui enlevait son casque.

— Ça va, Anthony, lâche-moi, gémit-il.

— Oh ! Tu es vivant !, répondit une voix qui n’avait rien à voir avec celle de son frère.

Jack ouvrit brusquement les yeux et voulut se relever en voyant une fille penchée au-dessus de lui, mais la douleur le maintenait solidement au sol.

— Merde !, jura-t-il entre ses dents.

— Je vais t’aider à t’enlever du chemin. Il ne manquerait plus que tu te fasses passer dessus par une voiture, décréta l’inconnue.

Elle glissa le bras valide autour de son cou et le soutint pour qu’il se relève. Il émit un gémissement en faisant son premier pas et un coin de son cerveau lui souffla qu’il ne devait pas avoir l’air très viril.

Elle l’aida à s’asseoir sur le trottoir et il mit sa tête entre ses genoux le temps que la Terre arrête de tourner. Il se sentait un peu mieux.

— Tu devrais peut-être aller voir un médecin, suggéra la fille. C’est un sacré choc, que tu as reçu.

Jack se rappela soudainement ce qui lui était arrivé et se mit à regarder autour de lui frénétiquement.

— Tu es peut-être plus atteint que je ne le croyais…, murmura-t-elle, inquiétée par son comportement.

— Où est-il?… Où est-il passé?!

— De qui tu parles ?, demanda-t-elle, surprise.

— Le coureur ! Celui qui s’est mis en travers de mon chemin et qui m’a fait atterrir sur le pavé !

Le visage de la fille prit une teinte écarlate.

— Euh… en fait, je ne voulais pas causer d’accident, je croyais que tu m’avais vue. Après tout, si tu as le droit de courir, tu dois avoir des réflexes incroyables, non ?

— Mais qu’est-ce que tu racontes ? Ça ne peut pas être toi, tu ne peux pas m’avoir rejoint aussi vite. Ce type, il était extraordinaire, je n’ai jamais vu un coureur comme lui.

La fille releva le menton et replaça une mèche de ses longs cheveux noirs derrière son oreille.

— J’hésite entre être flattée que tu me trouves « extraordinaire » comme coureuse et insultée que tu ne me croies pas quand je te dis qu’il s’agissait de moi.

Jack secoua la tête. Il voyait évoluer les coureurs depuis plusieurs années. Dans le pays, les courses étaient devenues presque sacrées et jamais une fille aussi jeune (il lui estimait environ une quinzaine d’années) n’aurait pu avoir un si bon niveau de compétences.

— Tu me fais perdre mon temps, s’impatienta-t-il. Je dois retourner dans mon quartier. En espérant que je ne me ferai pas tuer par mon frère en rentrant.

La prétendue coureuse émit un petit rire moqueur. Jack commençait à en avoir assez de cette fille. Si elle avait su de quelle famille il était, elle aurait ravalé son sourire. Il faillit le lui dire, mais se ravisa au dernier moment. Il n’avait pas envie qu’elle change d’attitude. Les gens étaient habituellement tous tellement faux avec lui. Pour une fois que quelqu’un agissait autrement, il trouvait ça… divertissant. Son mal de tête sembla diminuer alors qu’il décidait d’aborder la situation différemment.

— Qu’est-ce qui te fait rire comme ça ?, demanda-t-il finalement.

— Un peu de tout, mais surtout le fait que tu dises pouvoir retourner au quartier ouest. Ton bike est mort.

— Quoi?!

Il se releva brusquement, oubliant totalement les douleurs causées par l’accident. Sa moto avait glissé jusqu’à l’autre trottoir et terminé sa course sur une balise de signalisation. Elle était dans un triste état et Jack savait qu’elle ne roulerait plus ce soir.

— Mais c’est pas vrai ! Là c’est sûr que je suis mort. Il va me tuer et ensuite il va me ramener à la vie juste pour pouvoir me tuer une deuxième fois.

Il sentit une main sur son épaule.

— Je suis désolée, je n’aurais pas dû rire. Je ne sais pas ce que je ferais si la même chose arrivait à mon bike.

Jack remarqua la moto de la fille, appuyée sur sa béquille et toujours en parfait état.

— Comment ça se fait qu’il n’est pas dans le même état ? Si c’est vraiment toi qui me suivais, avec la force de l’impact tu aurais dû subir de graves dommages toi aussi. En fait, à la vitesse où nous roulions, nous devrions être morts tous les deux…

La coureuse baissa les yeux, mais ne lui répondit pas. Elle changea de sujet.

— Je connais quelqu’un de bien qui pourrait t’aider à réparer ton bike.

— Qui ? Un magicien ?

Elle lui fit un sourire sincère. Elle était assez jolie avec ses longs cheveux noirs et ses yeux verts rieurs. Elle arborait au sourcil droit un piercing que sa mère aurait jugé vulgaire et que lui trouvait plutôt sexy. Il savait pourquoi il ne l’avait jamais croisée auparavant, bien qu’elle soit à peu près du même âge que lui. Elle n’habitait pas le quartier ouest de la ville. C’était évident à sa façon de se vêtir et de parler. Elle devait vivre du côté est, du côté des moins bien nantis.

— Presque, répondit-elle. Si tu es capable de marcher à côté de ta moto, on va essayer de la faire rouler jusqu’à lui. Ce n’est pas très loin.

— Oui, ça va. J’ai surtout mal à l’épaule, mes jambes vont très bien.

Il se pencha pour replacer le véhicule sur ses roues. Il put en même temps examiner les dégâts de plus près et c’était encore pire que ce qu’il avait imaginé. Si cette fille connaissait vraiment quelqu’un qui pourrait l’aider à le remettre sur la route, il voulait bien croire à la magie ! Il réussit à faire avancer sa moto, mais la roue avant, qui n’était plus alignée, faisait un bruit horrible en frottant sur la carrosserie. Il soupira de frustration en essayant de pousser son engin en ligne droite.

— Oublie ça !, explosa-t-il avec colère. Ça va me prendre une semaine pour me rendre au bout de la rue.

— Tu as raison. On ferait mieux de la laisser là et de demander à Eddy de venir la chercher.

— C’est qui Eddy ?

— C’est un mécano génial.

— Pourquoi est-ce que tu m’aides ?, demanda-t-il, soupçonneux.

Elle se tourna vers lui, surprise.

— Je t’ai causé un accident. Je ne vais quand même pas te laisser ici tout seul ! Allez, monte.

Il la regarda enfourcher sa moto et lui faire signe de prendre place derrière.

— Tu me laisses conduire ?, suggéra-t-il. C’est plutôt à la fille d’être à l’arrière, non ?

Il savait que son observation était ridicule sauf qu’il ne pouvait s’empêcher de penser qu’il aurait l’air beaucoup plus attirant comme conducteur qu’assis derrière comme un enfant. Il aurait préféré que ce soit elle qui s’accroche à lui plutôt que le contraire. Elle le regarda avec de gros yeux, comme s’il avait dit une grossièreté.

— T’es pas sérieux, quand même ! Personne ne conduit mon bike à part moi. Tu as le choix, tu montes derrière ou tu m’attends ici pendant que je vais chercher Ed.

Il serait resté sur place s’il n’avait pas redouté qu’elle s’en aille et décide de le laisser tomber. De mauvaise humeur, il remit son casque et s’installa derrière elle. Ils se mirent en route. C’est vrai qu’elle était douée. Il se demanda comment elle avait fait pour se procurer une telle moto. Elle devait valoir une petite fortune. Ce genre de modèle attirait beaucoup les collectionneurs.

Ils durent passer une quinzaine de minutes à rouler avant que la fille ne bifurque dans l’entrée d’un petit garage. La bâtisse, comme la plupart de celles du quartier est, aurait bien eu besoin de rénovations. Des morceaux de divers véhicules traînaient dans la cour et la lumière au-dessus de la porte principale clignotait de façon sporadique. C’était particulièrement désagréable.

Jack descendit le premier et retira son casque. Avant que la fille ne descende, un grand type à l’épiderme aussi foncé que son jacket de cuir sortit du garage. Ses cheveux étaient rasés et son crâne tatoué. Dans la noirceur, on n’arrivait pas à distinguer les dessins. Jack sentit son ventre se contracter. Il n’aurait pas aimé devoir se battre contre un gars comme ça, même s’il était lui-même bien bâti. Depuis sa dernière poussée de croissance, il mesurait un bon mètre quatre-vingt-cinq et n’était pas un maigrichon. Reste que le mec avait des airs de dur à cuire comme on n’en voyait jamais dans le quartier ouest. Malgré ça, ce type regardait la coureuse avec une tendresse peu commune.

— Charlie !, s’exclama le mécano. Je croyais bien avoir entendu ta bécane.

Jack se rendit alors compte qu’il n’avait même pas demandé à la fille comment elle s’appelait. Charlie ! Ça lui va bien, pensa-t-il.

— Ed, mon vieux ! Je suis contente que tu ne sois pas encore rentré chez toi. J’aurais besoin d’un service.

Ed s’avança en détaillant Jack des yeux. Mal à l’aise de cette petite inspection, Jack se rapprocha de Charlie. Ce que le grand gaillard ne sembla pas apprécier du tout.

— Charlie, tu ramènes des étrangers maintenant ? Il n’est pas du coin celui-là, ça se voit tout de suite.

— Non, il n’est pas d’ici. Ed, je te présente… Euh… C’est quoi ton nom au juste ?

Jack remarqua que le nouveau venu paraissant heureux que Charlie ne connaisse pas son nom.

— Jack. Je m’appelle Jack.

Charlie fit comme si tout cela était parfaitement normal et elle reprit les présentations.

— Ed, je te présente Jack. Jack, je te présente Eddy Perry. Mon meilleur ami et le meilleur mécanicien de cette ville.

Jack était sceptique.

— Il m’a l’air assez jeune, pour être le meilleur, non ? Tu as quoi, dix-sept ans ? Dix-huit gros max.

Eddy ne lui répondit pas et s’adressa directement à Charlie en disant :

— Pourquoi tu me ramènes cet idiot ?

Charlie éclata de rire. Sa joie sembla détendre aussitôt l’atmosphère. Ed ne put s’empêcher de lui faire un petit sourire et Jack se sentit soudainement de trop. Ces deux-là avaient l’air d’être très proches. Jack n’avait jamais connu ce genre de complicité. Pas même avec son frère.

— Je ne sais pas si c’est un idiot, mais il n’est pas le meilleur conducteur que je connaisse. Il a eu un ennui avec son bike et c’était un peu de ma faute. Tu voudrais bien l’aider à le remettre sur pied ? Je t’en devrais une.

— Si je tenais les comptes chaque fois que tu me dis ça…

— Tu veux bien, alors ?, insista Charlie.

— Elle est dans quel état sa bécane ?

Jack, qui n’avait pas apprécié que Charlie le qualifie de mauvais conducteur, commençait à s’impatienter.

— Pas loin de la perte totale, répondit-il à la place de Charlie.

— Oh non !, le coupa-t-elle, pas tant que ça ! Je t’ai déjà vu arranger des trucs en bien pire état.

— Très bien, accepta Eddy. Dis-moi où elle est, je vais aller la chercher avec mon pick-up. Tu n’as qu’à ramener Jack chez lui, puis repasse me voir, je te dirai ce que je peux faire de sa moto.

— Merci, Ed, t’es le meilleur !

— Attendez, objecta Jack, je ne vais pas repartir sans mon bike !

Cette fois, c’est Ed qui éclata de rire :

— Tu crois que ça va me prendre combien de temps à arranger ta « perte totale » ? Si tu veux passer la nuit dans mon garage, libre à toi. Par contre, je doute que mes vieilles banquettes de voiture sales soient aussi confortables que le lit de plumes dorées auquel tu sembles être habitué.

— C’est quoi ton problème ?, s’emporta Jack.

— Mon problème, c’est les gosses de riches comme toi qui se croient au-dessus de tout et tout le monde. T’as pas l’air de te rendre compte qu’on te fait une faveur, ici. Si ce n’était pas Charlie qui me l’avait demandé, je t’aurais certainement laissé te démerder tout seul.

Jack, qui sentait toujours son épaule qui l’élançait, en avait assez de ce type arrogant. Il n’allait quand même pas demander la charité ! Il trouverait bien un autre moyen de rentrer chez lui.

— Eh bien, je ne te force pas ! Si tu ne veux pas m’aider, je m’en fous. Je peux m’arranger tout seul.

Charlie s’interposa entre les deux garçons.

— Woh, woh, woh ! Calmez-vous un peu. Ed, je peux te parler une petite minute ? Jack, tu ne bouges pas d’ici.

Elle entraîna Eddy un peu à l’écart. Jack n’entendait pas ce qu’ils disaient et il en profita pour se calmer. Il n’avait pas été très brillant de s’emporter comme ça. Il devait rentrer chez lui. Si au moins il pouvait dire à Anthony que quelqu’un s’occupait de sa moto, il aurait peut-être plus de chances que son frère ne lui en veuille pas trop. Le truc, c’est qu’il n’avait jamais été regardé avec autant de… mépris. Après tout, il ne lui avait rien fait à ce mécano ! Charlie finit par revenir vers lui, un sourire radieux sur les lèvres.

— Allez viens, je te ramène, Ed va se charger de ton bike.

Elle enfourcha sa moto et tendit à Jack son casque. Il hésita un instant, mais réalisa qu’il n’avait plus l’énergie de chercher une autre solution. En plus de son mal de bras, sa tête avait recommencé à tourner. Il rejoignit Charlie et elle démarra aussitôt. Ed les regarda partir, une expression étrange sur le visage.

Ils roulèrent pendant une vingtaine de minutes avant que Charlie ne ralentisse devant une station-service ouverte vingt-quatre heures.

— Je vais faire le plein, annonça-t-elle. Ce ne sera vraiment pas long.

Pendant qu’elle remplissait le réservoir, Jack en profita pour se dégourdir les jambes. Il se rendit à l’intérieur et paya pour l’essence. L’argent n’avait jamais été un souci pour lui et il se dit qu’il pouvait bien faire cela pour Charlie. Elle vint le rejoindre.

— Ça va, l’informa-t-il. J’ai réglé.

Elle fronça les sourcils.

— Je peux payer pour ma propre essence, tu sais.

— Oui, je m’en doute. Je voulais seulement faire quelque chose de sympa pour toi.

Elle sortit une poignée de billets de la poche de son manteau de cuir et les lui tendit.

— Je déteste avoir des dettes. Tiens.

Jack ne comprenait pas sa réaction. Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement lui dire merci ?

— Non, je ne vais pas prendre ton argent. Tu me donnes un gros coup de main avec ma moto et en plus tu joues au taxi. Dis-toi juste qu’on est quittes.

Charlie remit l’argent dans sa poche et sortit d’un pas raide. Jack la suivit, ne sachant pas pourquoi elle était aussi en colère. Avant de remonter derrière elle, il lui demanda :

— Qu’est-ce qui te dérange tant que ça ?

— Ne crois pas que tu vas m’impressionner avec ton cash. Je suis peut-être une fille du quartier est, mais ça ne veut pas dire que je vaux moins que toi.

Jack comprenait mieux. Elle avait peur qu’il la prenne pour une pauvre fille. Sûrement que pour elle, les questions d’argent étaient plus épineuses que pour lui. Quand on ne manque de rien, on se fiche de savoir qui paie quoi. Il tenta de la rassurer.

— Je ne crois pas que tu vailles moins que moi. Je n’ai jamais connu une fille qui conduit comme tu le fais. Je suis sûr que si on faisait une course, tu serais dure à battre.

Charlie sembla apprécier le compliment et ses yeux s’adoucirent un peu.

— Tu veux dire que je te mettrais une bonne raclée !, badina-t-elle.

— N’exagère pas, quand même !

— Tu veux parier ?

Jack se demanda si elle était sérieuse. Elle avait l’air de vraiment vouloir prouver sa valeur.

— Et je vais courir avec quoi, une bicyclette peut-être ?, ironisa-t-il.

— Disons… que lorsque ton bike sera remis sur pied, tu m’invites à ta prochaine course. On verra bien qui de nous deux est le meilleur coureur.

Jack réfléchit. À la façon dont la dernière s’était terminée, il n’était même pas sûr de pouvoir participer à une autre course. Sauf que l’idée d’avoir une bonne raison de revoir Charlie n’était pas pour lui déplaire.

— Marché conclu. Si je gagne, tu me laisses conduire ton super bike.

Elle le regarda méchamment. Il allait vérifier si elle était aussi confiante en ses capacités qu’elle le laissait croire. Et depuis qu’il était monté à l’arrière, il lui démangeait de conduire un si beau modèle. Elle finit par accepter.

— Et si je gagne, tu me devras un service.

— Quel genre de service?, demanda-t-il, méfiant.

— Je ne sais pas encore, mais t’inquiète pas, rien d’indécent !

Jack ne répondit pas tout de suite.

— Tu as peur de perdre ?, se moqua-t-elle, légèrement arrogante.

Jack, qui avait toujours été orgueilleux, répliqua aussitôt en disant :

— Pas du tout. C’est d’accord.

Elle n’était pas comme les filles qu’il fréquentait habituellement au collège privé de son quartier. Il les trouvait superficielles alors que Charlie dégageait un caractère fort et authentique. Jamais une de ses camarades de classe n’aurait osé lui lancer un tel défi. Il est vrai que, en raison de la réputation de sa famille, les gens avaient tendance à être plutôt mièvres envers lui. Cette attitude lui tapait sur les nerfs. Il espérait sincèrement que Charlie conserverait son aplomb lorsqu’elle connaîtrait son nom en entier.

— Super génial ! Tu es mieux de tenir ta parole, le menaça-t-elle.

— Toujours !

— Tant mieux. O.K., on redécolle. Accroche-toi bien.

Pendant qu’ils roulaient, le décor changea doucement à mesure qu’ils s’éloignaient du quartier est. Les maisons étaient en meilleur état et les cours plus propres de ce côté de la ville. Même l’odeur était différente. Alors qu’ils se rapprochaient de chez lui, Jack lui cria les directions à l’oreille. Lorsqu’elle s’arrêta devant les grilles immenses qui bloquaient l’accès au domaine familial de Jack, il descendit. Comme il s’y attendait, elle le regardait à présent avec les yeux aussi ronds que des billes.

— Tu habites ici ?, bredouilla-t-elle.

— Ouais, soupira-t-il, c’est chez moi.

— Tu… Tu es un Silenbrien !

Elle regardait le gros S qui ornait la clôture comme si elle n’arrivait pas à y croire.

— Oui, c’est ça. Ça change quelque chose ?

— Euh…, hésita-t-elle, surprise par sa question. Non… Non, ça ne change rien.

Mais il voyait bien qu’elle le regardait un peu plus intensément.

— Tu veux que je te donne mon numéro pour que tu puisses me tenir au courant pour mon bike ?

La question sembla la mettre mal à l’aise.

— On n’a pas le téléphone à la maison et je n’ai pas de portable. Je pourrais toujours trouver une cabine, mais elles sont presque toutes hors service dans le quartier. Et si tu passais au garage d’Eddy, demain en fin de soirée ? Tu pourras voir par toi-même.

— Tu seras là ?, demanda-t-il légèrement inquiet.

Il n’avait pas du tout envie d’être seul avec le mécanicien.

— Je devrais pouvoir m’arranger. Faut bien que quelqu’un vous empêche de vous sauter à la gorge, tous les deux !

Il fut soulagé qu’elle ne modifie pas son attitude. Peut-être qu’elle se fichait de savoir qui était sa famille. Il jeta un coup d’œil à sa montre et son cœur rata un battement quand il réalisa l’heure qu’il était. Une heure du matin. Ses parents allaient faire une crise, c’était certain.

— Merde ! Il faut que je rentre. C’est d’accord, on se rejoint demain chez ton ami.

— À demain, le Silenbrien !

Jack grimaça en l’entendant l’appeler comme ça, mais il garda quand même les yeux sur elle jusqu’à ce qu’elle disparaisse au coin de la rue. Cette rencontre, plutôt fracassante, lui avait beaucoup plu.

Alors qu’il composait le code de sécurité qui lui permettrait de franchir les grilles, il s’imaginait déjà dans son lit. Peut-être qu’une bonne nuit de sommeil pourrait l’aider à vaincre son fichu mal de crâne. Le manoir était totalement silencieux. Jack pria pour que ses parents dorment ou soient absents.

— Vous voilà, Jack !

Le jeune homme sursauta. Il se retourna pour faire face à Clovis, le majordome de la famille.

— Clovis… Euh… je peux expliquer pourquoi j’arrive si tard…

Jack remarqua que son interlocuteur avait l’air un peu paniqué. Pourtant, leur majordome était quelqu’un d’assez calme habituellement.

— Pas le temps, Monsieur. Vous devez absolument vous rendre à l’hôpital. Votre frère y a été amené d’urgence. Il a eu un accident. Vos parents y sont déjà.

Jack se sentit tout à coup bien réveillé.

— Un accident!? Qu’est-ce que tu veux dire ? Il va bien, au moins ?

Clovis prit un air navré.

— Je ne sais pas, Monsieur. Monsieur Anthony participait à une course. Probablement illégale, à cette heure-ci. Sa moto aurait fait une collision dans le quartier est. J’ignore dans quel état il est. Je sais seulement qu’il est toujours vivant.

Le cerveau de Jack s’était mis à tourner à cent à l’heure. La panique et la culpabilité se disputaient dans son cerveau. L’inquiétude se trouva également un petit coin.

— Qu’est-ce que tu attends, Clovis, va chercher la voiture immédiatement !

— Oui, Monsieur. Tout de suite, Monsieur.

Les minutes semblaient soudainement plus longues que des heures. Le trajet vers l’hôpital fut une véritable torture. Comment son frère avait-il pu avoir un accident ? Il connaissait le parcours par cœur et était un conducteur assez doué…

Personne n'est invincible

Le soleil se levait doucement. Jack avait passé le reste de la nuit dans une salle d’attente de l’hôpital avec ses parents. Étrangement, ceux-ci n’avaient posé aucune question sur son absence. Son frère était toujours en salle d’opération. D’après ce qu’il savait, sa vie n’était pas en danger. Le principal problème était la jambe droite d’Anthony qui aurait été salement amochée. Son père, Victor Silenbrien, avait exigé les meilleurs chirurgiens de la ville. Évidemment, ils s’étaient tous déplacés. Personne ne s’opposait aux désirs d’un Silenbrien.

Les Silenbrien faisaient partie des trois familles fondatrices de Pickstone. Ils avaient pratiquement un statut royal. Surtout depuis la mort mystérieuse des Templieur, une vingtaine d’années auparavant. Apparemment, ils auraient tous succombé à une maladie étrange dans leur manoir familial. Les gens n’osaient plus s’en approcher depuis. On disait même que l’endroit était maudit, qu’on pouvait y entendre le souffle râlant des fantômes Templieur. Quant aux Vendebout, leur constitution fragile ne leur permettait pratiquement pas de sortir. Les Silenbrien étaient donc les plus connus des dirigeants. Ainsi que les plus actifs dans la société.

De drôles de légendes couraient sur les trois familles. C’étaient des histoires qu’on racontait aux enfants avant de dormir et qui avaient toujours fait rire Jack. On disait des Templieur qu’ils étaient en fait des « plieurs de temps ». Qu’ils avaient la faculté de ralentir ou même d’arrêter le temps à volonté. Qu’ils auraient utilisé leur pouvoir pour mettre Pickstone à l’abri des envahisseurs et que, pour cette raison, la ville n’avait jamais connu de guerre. De leur côté, les Vendebout seraient capables de sauter à des hauteurs incroyables, certains pourraient même voler. Jack soupçonnait que la source de cette légende venait du fait que tous les Vendebout qu’il connaissait étaient des maigrichons à la santé précaire qui ressemblaient à des fantômes. Jack se demandait souvent comment cette lignée avait fait pour survivre à travers les siècles. En ce qui concernait les histoires sur sa famille, elles étaient encore plus farfelues. Les gens racontaient que les Silenbrien avaient une ouïe extraordinaire et que certains d’entre eux pouvaient même entendre les pensées. Jack, qui n’entendait rien de la sorte, trouvait étrange que certains citoyens y croient dur comme fer. Plusieurs avaient peur de son père, peur qu’il puisse percer leurs secrets les plus profonds. Tout cela n’était que balivernes pour Jack.

Le jeune homme s’extirpa de ses pensées alors qu’un médecin entrait dans la petite salle privée. Ils allaient enfin avoir des nouvelles d’Anthony. Sa mère, Élise, se leva d’un bond. Jack ne l’avait jamais vue dans un état pareil. Elle, qui coiffait toujours impeccablement ses cheveux roux, avait à présent des mèches qui tombaient n’importe comment devant ses yeux verts. Son maquillage avait laissé de drôles de marques sur son visage. Probablement à cause des larmes. Lui-même ne devait pas être très beau à voir. Le manque de sommeil et les traces de son propre accident devaient l’avoir marqué. Il n’y avait que son père qui, comme toujours, se tenait droit et fier. Rien ne semblait pouvoir ébranler cet homme. Pas même son fils aîné qui se trouvait sur une table d’opération. Jack et lui n’avaient jamais été très proches. Il leur semblait impossible de créer des liens et Jack avait toujours vaguement senti que son père lui préférait son frère. Même s’il était difficile de savoir ce qu’aimait vraiment cet homme. Il s’était d’ailleurs acharné sur son portable une partie de la nuit pour régler un incident avec l’un de ses employés. Qui d’autre restait au téléphone alors que son aîné se trouvait sur une table d’opération ?

Le chirurgien avait l’air exténué. Réveillé en pleine nuit par la personne la plus importante de la ville pour réaliser une opération stressante sur la progéniture de celle-ci, il accusait d’inquiétants signes d’épuisement. Jack espérait seulement qu’il aurait de bonnes nouvelles à leur donner.

— Anthony est sorti de la salle d’opération. Il est en chambre de réveil. Son court arrêt cardiaque, sur les lieux de l’accident, n’a apparemment causé aucun dommage. Il serait quand même préférable que l’un d’entre vous soit avec lui quand il reprendra connaissance. Il risque d’être bouleversé en comprenant que nous n’avons pas pu sauver sa jambe.

La nouvelle leur tomba dessus comme une tonne de briques. Le silence abasourdi ne dura pourtant pas longtemps. Un peu engourdi par le choc, Jack n’entendit pas les cris de colère de son père ni ceux de désespoir de sa mère. Le médecin tentait de les calmer en leur expliquant que la vie d’Anthony n’était pas menacée, qu’il pourrait un jour remarcher avec une prothèse. Seulement, personne ne daignait l’écouter.

Jack ignorait combien de temps ses parents mirent à se calmer, mais ils finirent par y arriver. Il fut décidé que Victor serait au chevet de son fils à son réveil puisque son épouse était beaucoup trop émotive. Jack sortit de la petite salle, essayant d’échapper à cette nouvelle horrible et au sentiment de culpabilité qui ne cessait de lui tordre les entrailles. Pourquoi avait-il la sensation que tout ça était de sa faute ?

À la sortie de l’hôpital, Jack fut abordé par Aaron, l’ami d’Anthony. Le compagnon de course de son frère avait l’air encore plus exténué que lui. Ses vêtements étaient tachés du sang d’Anthony et ses yeux étaient rouges et luisants.

— Jack ! Comment va Antho ? Ils n’ont pas voulu me laisser entrer pour attendre avec vous. Mais je ne pouvais pas partir. Dis-moi qu’il va s’en sortir. Il va bien, pas vrai ?

Jack tenta de ravaler la boule de tension qui lui serrait la gorge. Il ne savait pas comment annoncer la nouvelle à Aaron. Son frère et lui étaient amis depuis l’école primaire. Ils avaient fait leurs premières courses côte à côte. Ils écoutaient toujours les championnats ensemble et vénéraient tous les deux Will Carson, l’étoile de la P.R.L., la Pickstone Race League, celui qui avait gagné la coupe Wilson à trois reprises déjà, établissant ainsi un nouveau record.

— Il… Il va s’en sortir, mais… Ils n’ont pas réussi à sauver sa jambe. Ils ont dû l’amputer.

Aaron s’effondra sur le stationnement, la tête entre les mains.

— Shit ! Il ne va pas s’en remettre… Tu l’as vu ? Comment il l’a pris ? Qu’est-ce que je demande là ? C’est évident qu’il l’a mal pris ! J’ai eu tellement peur. Un instant, j’ai cru qu’il était mort. Il ne respirait plus du tout. Puis les ambulanciers ont réussi à le ramener.

— Ç’a dû être affreux, mais je ne l’ai pas vu… il n’était pas encore réveillé et il n’y a que notre père qui pourra être avec lui pour l’instant. Ils ne veulent pas l’épuiser… Écoute bien, je vais rentrer et essayer de me reposer un peu, tu devrais faire la même chose. On te tiendra au courant dès qu’il y aura du nouveau. Il n’y a rien d’autre à faire pour le moment.

Jack tourna les talons avec l’intention de demander à Clovis de le ramener. Aaron l’interrompit.

— Hé ! Attends ! Toi, qu’est-ce qui t’est arrivé ? Quand Anthony a vu que tu ne suivais plus, il est retourné te chercher. C’est en voyant ta moto démolie sur le côté de la route que ton frère a été distrait et que cette voiture l’a percuté. Quand j’ai vu l’état de ton bike, j’ai bien cru que tu étais mort.