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La vie à Pickstone est en perpétuelle mutation. Les guetteurs postés à chaque coin de rue surveillent et dominent l’ensemble de la ville. C’est ainsi que Victor Silenbrien compte élargir sa domination. Jack doit jouer un jeu dangereux afin d’avoir une chance de mettre fin à ce cauchemar. Pendant que Charlie et sa bande tentent de trouver des alliés, l’héritier découvre les horreurs cachées dans les entrailles de la ville.
Complots, rébellion et espoirs s’entremêleront dans la conclusion de Pickstone.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Alexandra Vigneault vous offre le troisième et dernier tome de son étonnante série à succès « Pickstone ». L’écriture de cette trilogie fut pour elle un défi de taille, mais telle que nous la connaissons, elle a su par sa rigueur et son dynamisme nous apporter une histoire fantastique digne de son imagination débordante.
La publication de cette série aura sans aucun doute le succès mérité.
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Seitenzahl: 293
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Dédicace
Autres publications de
Mémoires de Pickstone - Le second choix
Prologue
Chapitre 1 - Un peu de jalousie
Chapitre 2 - La colère de Charlie
Chapitre 3 - Vanier
Chapitre 4 - Le message
Chapitre 5 - Le chagrin d’une orpheline
Chapitre 6 - Drôle de conversation
Chapitre 7 - L’appel de détresse
Chapitre 8 - Tensions entre amis
Chapitre 9 - Les créations de Victor
Chapitre 10 - La cavalerie à la rescousse
Chapitre 11 - Confrontation
Chapitre 12 - Les étincelles
Chapitre 13 - Coups et fuite
Chapitre 14 - Un pas vers l’avenir
Chapitre 15 - Petite transformation
Chapitre 16 - Meurtres et crème glacée
Chapitre 17 - L’attaque
Chapitre 18 - La distraction
Chapitre 19 - À fond
Chapitre 20 - Conflit chez les résistants
Chapitre 21 - Pouvoirs et devoirs
Chapitre 22 - Impuissants
Chapitre 23 - Côtoyer la mort
Chapitre 24 - À la falaise
Chapitre 25 - Sous les masques
Chapitre 26 - Comme eux tous
Chapitre 27 - Du mauvais côté
Chapitre 28 - C’est un départ
Chapitre 29 - Bienvenue au bal
Chapitre 30 - Au cœur de la tempête
Chapitre 31 - La fuite
Chapitre 32 - La chute
Chapitre 33 - Enfin libres
Épilogue
Fin de la série
Remerciements
PICKSTONE La légende (Tome I)
PICKSTONE Le réveil (Tome II)
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Titre: Pickstone / Alexandra Vigneault.
Noms: Vigneault, Alexandra, 1988- auteur. | Vigneault, Alexandra, 1988- Chute.
Description: Sommaire incomplet: tome III. La chute.
Identifiants: Canadiana 20190032618 | ISBN 9782898090950 (vol. 3)
Classification: LCC PS8643.I365 P53 2019 | CDD C843/.6—dc23
Auteure :Alexandra VIGNEAULT
Titre :PICKSTONE – La Chute - Tome III
Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire cet ouvrage en totalité ou en partie, sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit sans l’autorisation écrite préalable de l’auteure, conformément aux dispositions de la Loi sur le droit d’auteur.
©2021 Éditions du Tullinois
www.editionsdutullinois.ca
ISBN papier: 978-2-89809-095-0
ISBN e-Pdf: 978-2-89809-135-3
ISBN e-Pub: 978-2-89809-136-0
Bibliothèque et Archives Nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Nationales du Canada
Dépôt légal papier: 1er trimestre 2021
Dépôt légal e-Pdf: 3e trimestre 2021
Dépôt légal e-Pub: 3e trimestre 2021
Corrections grammaticales: Éditions du Tullinois
Illustration de la couverture :Mario ARSENAULT- Tendance EIM
Imprimé au Canada
Première impression :Février 2021
Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) du soutien accordé à notre programme de publication.
SODEC-QUÉBEC
Pour Judy et Odessa
Nous ne sommes pas les trois J,
mais nous aurions très bien pu l’être.
Je vous adore.
Alexandra VIGNEAULT
2020 - Pickstone – Le RéveilÉditions du Tullinois
2019 - Pickstone - La légendeÉditions du Tullinois
2019-Méfiez-vous du R.I.S.CÉditions du Tullinois
2018-Catherine et l'Héritage CachéÉditions du Tullinois
Valérie Silenbrien, assise sur un gazon froid, fixait la pierre devant elle. Depuis quelques années, elle venait à cet endroit dès que l’atmosphère du manoir devenait trop pesante. N’était-ce pas désolant que son coin de prédilection soit la tombe d’une sœur qu’elle n’avait jamais connue ? Elle ne cessait d’imaginer la relation qu’elles auraient eue si Viviane n’avait pas péri si jeune.
— Je suis convaincue que maman a recommencé à prendre des comprimés. Elle est avec nous sans jamais y être vraiment. Papa la laisse faire. Il dit que c’est normal, elle est triste. Elle est toujours triste.
Durant toute son enfance, Valérie avait craint de faire un geste ou de prononcer une parole qui déclencherait une crise de larmes maternelle. En vieillissant, elle avait compris. Sa ressemblance avec sa sœur décédée empêchait ses parents de faire leur deuil. Ils passaient très peu de temps avec elle et, si cela l’avait blessée auparavant, Valérie s’en accommodait maintenant très bien. Elle avait tenté d’attirer leur attention en accumulant les conneries. Cette détestable manie lui avait fait plus de mal que de bien.
— J’ai dix-huit ans aujourd’hui. Je suis plus vieille que toi. Un âge que tu n’atteindras jamais. Maman pleurait au moment où je soufflais mes chandelles. Tu imagines le désastre ? Il paraît que toi, tu respirais la joie de vivre. Que les gens s’illuminaient en ta présence. Je suis assez bien placée pour savoir que ce n’est pas mon cas. Comment gérais-tu ce pouvoir ? Entendre tout, tout le temps, est épuisant. Et franchement démoralisant.
Valérie avait gagné, depuis quelques années, une maîtrise inégalée de ses capacités. Elle manipulait son entourage comme des marionnettes inconscientes des ficelles qu’elle tirait. Même son père, pourtant doté d’habiletés semblables, ne parvenait pas à déceler qu’elle lui imposait des idées.
— Ho ! Mademoiselle Silenbrien, la héla une voix essoufflée.
La fêtée sourit en reconnaissant sa gouvernante. La seule personne capable d’égayer cette journée morose. Valérie avait l’impression que Morgane savait toujours quand elle avait besoin d’une amie.
— Oui ?
La femme, d’une soixantaine d’années, souffrait d’un important embonpoint dû à sa dépendance aux spécialités de son mari, pâtissier. Son halètement ne signifiait pas nécessairement qu’elle avait couru pour la rejoindre.
— Vos parents veulent s’assurer que vous serez présente au souper des fondateurs. Et je me dois de vous rappeler de vous tenir convenablement avec dame Léonie Templieur.
Valérie leva les yeux au ciel. Elle détestait les Templieur. Surtout Léonie. Cette femme lui cachait des choses. Chaque fois qu’elles s’étaient retrouvées dans la même pièce, la Templieur pensait à tout un tas de trucs futiles sans aucun rapport avec ce qui l’entourait. Valérie la trouvait hypocrite, et son fils lui tapait sur les nerfs. Cette famille ne lui plaisait pas du tout. Qui savait ce qu’ils mijotaient pendant leurs « arrêts temporels » ? Quant aux Vendebout, depuis la mort de Viviane, Arthur n’avait presque plus mis le pied dehors. On racontait qu’il n’avait pas supporté d’être témoin de la perte tragique de ses amis. Depuis que le jeune homme était devenu père, il n’avait à peu près jamais laissé sortir son enfant, prétextant une santé fragile. Un mensonge de plus ! Pickstone était remplie de gens plus faux les uns que les autres.
— Je ne promets rien, lança Valérie d’un ton dédaigneux.
Le sourire de sa gouvernante se crispa. La pauvre avait assisté, au fil des années, à l’autodestruction de sa pupille. Elle l’avait vue passer d’enfant joyeuse à adolescente rebelle. La sexagénaire craignait à présent l’adulte, devenue glaciale.
— Les émotions ne servent pas à avancer, Morgane, soupira Valérie, ayant suivi le cours de sa réflexion. Regarde ma mère. Se lamenter à longueur de journée ne lui a pas ramené ma sœur. Non, cette ville a besoin d’un dirigeant capable de garder la tête froide. Pas de ces manipulateurs de Templieur ni de ces trouillards de Vendebout.
La gouvernante se tendit, s’efforçant de ne penser à rien. Elle était parfaitement consciente des talents de sa protégée et s’effrayait de ses propos. Valérie eut un sourire sans joie, n’ignorant rien des sentiments de sa plus ancienne amie. Peu lui importait, elle savait qu’elle avait raison.
— Tu peux retourner au manoir, je rentre bientôt. Promis, ajouta-t-elle devant la mine sceptique de la vieille dame.
La gouvernante hocha la tête. Elle avait déjà compris que ce n’était plus elle qui détenait l’autorité. Les rôles s’étaient inversés depuis longtemps. Morgane resserra son foulard avant de se détourner de la tombe de Viviane.
— Je n’ai pas connu votre sœur, mais je suis certaine que vous avez autant de valeur qu’elle. Vous n’êtes pas le second choix de vos parents. Les choses sont parfois compliquées, mais ils vous aiment, déclara-t-elle avant de s’éloigner.
Valérie laissa la gouvernante partir sans répondre. Non, elle n’était pas le second choix. Le destin l’avait désignée pour sauver Pickstone. Peut-être pas aujourd’hui, peut-être pas demain, mais un jour les Silenbrien seraient puissants. Ils dirigeraient le pays. Qui de mieux placée qu’une télépathe pour savoir ce qu’il fallait aux citoyens ? Avec un sourire, l’héritière quitta le cimetière, consciente d’y avoir mis les pieds pour la dernière fois. Le passé ne l’affecterait plus, il était temps de se tourner vers l’avenir. Un avenir dont elle serait la seule maîtresse.
À quel point la solitude peut-elle affecter l’âme qui la subit ? Peut-on lui reprocher le brin de folie venu s’installer pour combler le vide grandissant chaque jour ? Peut-être qu’à force de n’avoir personne pour le réchauffer, le cœur devient aussi froid que le reste.
Voilà sans doute pourquoi Cissy Vendebout, dernière descendante d’une famille de plus en plus isolée, est demeurée aveugle au désintérêt de Jack Silenbrien. Mettre en doute ses sentiments ne lui effleura pas l’esprit. Même si le soudain changement d’attitude de l’héritier était suspect et bien qu’il l’ait déjà fuie avec une autre, la jeune fille accepta sans questions la nouvelle allégeance de Jack envers son père. La colère de Charlie Blank agissait comme un baume sur les blessures de Cissy. Jack et elle faisaient enfin front commun et les Templieur ne seraient plus un obstacle entre eux.
Tout perdre quand on a connu le bonheur rend la souffrance plus brûlante, plus virulente. Certaines âmes ne sont pas faites pour la supporter et en ressortir indemnes. Tout le monde sait que la trahison a un prix, parfois c’est celui de la vie…
S’il y avait une chose que Jack détestait par-dessus tout en ce moment, c’était de se sentir inutile. Il ne faisait que perdre son temps. Après la folie qui avait suivi la destruction de l’amplifieur et sa « trahison » envers Charlie, Victor avait insisté pour qu’il retourne à l’école. À l’école ! Alors qu’il souhaitait anéantir le règne de terreur de son dictateur de père, il devait se taper des cours de géographie et de mathématiques.
— Tu crois qu’un ignare qui n’a même pas son diplôme pourra me succéder ? avait rétorqué son père, quand il avait protesté. De plus, on doit te revoir en public. Les gens comprendront que les mesures que j’aiimposées à Pickstone ont été fructueuses. Ils doivent savoir que j’ai réussi à te sauver des rebelles !
Les supposés rebelles… Jack se demanda comment la population pouvait gober de telles inepties. Par contre, il était vrai que son père avait tout fait pour rendre la chose crédible. L’héritier avait eu accès à des images des « attentats » qui avaient détruit de multiples édifices. Essentiellement dans le quartier est. Les blessés étaient nombreux, mais heureusement on ne déplorait aucun mort. Le supposé groupe de rebelles se ferait appeler les « bombes blanches », parce qu’ils se battaient pour nettoyer Pickstone de la dictature instaurée par Victor Silenbrien. Juste à y penser, Jack en avait mal à la tête.
Il avait beau s’être rapproché de son père afin d’en apprendre davantage sur ses projets et, dans la mesure de ses capacités, y mettre un terme, Victor le tenait toujours à l’écart. Jack sentait bien que le patriarche n’avait pas totalement confiance en lui. C’était la raison pour laquelle il se trouvait coincé dans cette stupide salle de classe.
La pauvre enseignante avait le front couvert de sueur malgré la température fraîche. Les deux guetteurs, debout au fond du local, la rendaient mal à l’aise. Ils suivaient Jack partout où il allait. Le jeune homme avait tenté de dissuader son père de le faire escorter ainsi en lui rappelant qu’il n’avait pas réellement été enlevé par des rebelles. Victor avait argué que la population s’attendrait à ce que de telles mesures soient prises pour protéger l’héritier Silenbrien. Alors Jack avait demandé des gardes normaux. Proposition qui avait aussitôt été rejetée par le dirigeant qui s’était esclaffé.
— Je serais peiné que quelque chose t’arrive si cette petite emmerdeuse de Charlie Blank venait employer les dons de sa famille pour s’approcher de toi. La pauvre doit être désespérée après ce que tu lui as fait.
Au rappel des événements, Jack avait eu mal au ventre. Il s’était contenté de hocher la tête, conscient que son père l’empêchait du même coup d’utiliser ses propres capacités sur ses gardes du corps. Qu’est-ce que Vanier lui manquait ! Il n’avait eu de nouvelles de personne depuis sa sortie du manoir des Templieur trois semaines plus tôt. Il ne pouvait que souhaiter pour ses amis qu’ils aient trouvé un nouvel endroit où vivre – il avait dû parler à Victor du chalet dans la petite anse afin de prouver qu’il était de bonne foi ; heureusement, les trois « J » avaient eu le temps de pré-venir tout le monde puisque l’habitation était vide à l’arrivée de Victor. Bien qu’il espérât que la bande ne lui en voudrait pas trop, Jack était conscient que ce vœu n’avait aucune chance de se réaliser. Personne ne pourrait comprendre pourquoi il avait détruit l’invention de son grand-père, et les amis de Charlie devaient tous le haïr profondément.
Il jeta un coup d’œil aux deux guetteurs qui n’avaient pas bougé d’un poil depuis le début de la leçon de madame Rosamonde. Les deux « hommes » étaient pourvus d’une musculature impressionnante que leurs vêtements longs ne parvenaient pas à dissimuler. Ils gardaient les bras croisés et leurs éternelles lunettes cachaient leurs yeux immondes. La seule chose qui permettait de les différencier, c’était la couleur de leurs cheveux. Comme personne n’avait pris la peine de les présenter à Jack et que les guetteurs ne communiquaient pour ainsi dire jamais, l’héritier leur avait donné des surnoms. Le blond s’appelait donc Brute-Épaisse et celui à la tignasse noire avait reçu le sobriquet de Boulet. Bien entendu, il ne s’adressait jamais à eux en utilisant ces termes. En fait, il ne leur parlait tout simplement pas. Brute-Épaisse et Boulet se contentaient de le suivre partout, muets comme des tombes.
Quand la sonnerie annonçant la fin du cours retentit enfin, Jack se leva rapidement. Il avait beau avoir bondi de son siège. Les deux guetteurs ne s’étaient pas laissés distancer, les autres élèves s’écartaient tous sur leur passage. Depuis son retour à l’école, la semaine précédente, Jack avait atteint un statut de célébrité. Bien entendu, il avait toujours été réputé en raison de sa haute naissance. Maintenant, tout le monde voulait lui parler. Savoir comment c’était d’être prisonnier des rebelles et comment on l’en avait sauvé. Les filles étaient toutes super collantes, tentant de se faire remarquer auprès du « rescapé », et ce, malgré l’aura désagréable que dégageaient Brute-Épaisse et Boulet. Le seul aspect positif de cette incarcération était l’attitude d’Ethan qui n’avait pas changé malgré tout ce qui s’était passé. Même si les clins d’œil qu’il lançait à Jack lorsqu’une des collégiennes lui faisait son petit numéro l’exaspéraient, l’héritier appréciait d’avoir quelqu’un qui n’agissait pas comme un débile avec lui. De plus, son père estimait la famille d’Ethan et Jack voulait tout faire pour prouver à Victor qu’il était digne de lui succéder.
C’est pour cette raison qu’il posa son cabaret près du jeune Clide à la longue table de la cafétéria.
— Alors, Casanova, s’enquit Ethan, toujours submergé de lettres d’amour aromatisées à l’eau de rose ?
Deux types assis avec eux, Michaël et Thomas, ricanèrent. Ethan faisait allusion au jour où une fille de l’école avait inséré dans son casier plusieurs pages de papier rose couvertes de poésie médiocre. Le tout arrosé de tant de parfum que Jack avait failli s’étouffer en ouvrant la porte. Et ce n’était qu’un incident parmi d’autres. Le jeune avait été surpris de toute cette attention féminine, car, après tout, la plupart des demoiselles de Pickstone étaient présentes au banquet d’octobre quand son père l’avait fiancé à Cissy Vendebout.
— Non, répondit Jack. Mais une certaine Melinda, en troisième, m’a carrément invité chez elle. C’est fou, elles ignorent que je suis avec Cissy ou quoi ?
Les mots lui avaient brûlé la gorge. Malgré les jours qui passaient, feindre d’être avec l’héritière Vendebout n’en devenait pas plus facile. Pis, il avait l’impression que la douleur de rester éloigné de Charlie empirait chaque minute. Il regrettait de ne pas avoir tenté de lui expliquer, de ne pas lui avoir donné un indice sur la raison de ses agissements. Puis il se rappelait que si Victor avait eu le moindre doute quant à ses sentiments pour Charlie, il ne l’aurait jamais autorisée à survivre. Si seulement la colère de la coureuse n’avait pas édifié cette barrière infranchissable entre leurs esprits…
Ethan recula sur sa chaise et posa ses pieds chaussés de bottines hors de prix sur la table. Il plaça ses bras derrière sa tête de manière nonchalante.
— Jack, déclara-t-il, permets-moi de t’expliquer com-ment fonctionnent les femmes.
— Tu vas me faire croire qu’à dix-sept ans, s’amusa Jack, tu as déjà tout compris sur elles ?
Il écouta quand même attentivement, curieux de connaître quelle drôle de théorie Ethan allait lui servir.
— Les filles, commença ce dernier, aiment le pouvoir et l’argent. Et tu as les deux à profusion.
— Pas toutes les filles, murmura Jack.
— Eh bien, si t’en trouves une qui n’y est pas intéressée, présente-la-moi, parce que ces créatures sont plus rares que le monstre de la mer Vivace ! Bon, disons que celles de cette école sont attirées par ta richesse et ton statut social. Vient ensuite le fait que Cissy ne fréquente pas le collège, on ne la voit presque jamais. Les filles pensent peut-être pouvoir se tailler une place dans ton cœur en son absence.
Si Jack comptait se moquer des explications d’Ethan, il avait à présent l’impression qu’elles avaient beaucoup de sens. Avant qu’il n’ait pu répondre, Leila s’assit à cheval sur les genoux de son amoureux. Sa tenue était aussi révélatrice qu’à la fête foraine où elle les avait accompagnés pendant la sortie arrangée par Victor. Sa jupe était si courte que l’héritier avait pu distinguer le rose de sa culotte lorsqu’elle s’était installée. Leila entreprit d’embrasser Ethan comme si la cafétéria était vide. Thomas et Michaël sifflèrent tandis que Jack se demandait s’il ne devait pas quitter la table pour les laisser seuls. Finalement, les deux amoureux cessèrent leur démonstration d’affection, puis Leila se mit à picorer dans l’assiette d’Ethan.
— Tiens ! dit-elle en mangeant une frite. Salut, Jack. Comment se passe ton retour dans notre passionnante école ?
— Plutôt bien, répondit Ethan à sa place. Si tu voyais toutes les filles qui battent des cils pour essayer d’attirer son attention.
— Si elles ne faisaient que ça… commenta Jack.
— Oh, arrête de te plaindre, répliqua son ami, j’aimerais bien, moi, que les collégiennes se dandinent les fesses juste pour que je les remarque.
Leila le frappa à l’épaule.
— Pourquoi voudrais-tu que ces bécasses paradent devant toi ? s’insurgea-t-elle. Mes fesses ne te plaisent plus ?
Jack se retint de pouffer de rire. Ethan ne sembla pas ennuyé par la petite crise de sa compagne et il lui pinça la croupe.
— Tu sais bien que tu as le plus beau postérieur de toute cette école. Même de cette ville et probablement du pays en entier. Ne t’en fais pas, je disais ça seulement pour remonter le moral de mon ami.
Leila parut satisfaite et ramena son attention vers Jack.
— Si jamais tu as besoin de te faire remonter le moral, rigola-t-elle, j’ai une ou deux copines qui se fendraient en quatre pour te faire plaisir. Peut-être même les deux à la fois, qui sait ?
Tandis qu’il allait répliquer que c’était justement ça son problème, une brise froide lui chatouilla la nuque. Un mauvais pressentiment s’empara de lui. Cette sensation lui était désagréablement familière. Elle n’était quand même pas venue ici !
Jack regarda vers Brute-Épaisse et Boulet qui n’avaient pas bougé d’un millimètre.
— Vous avez senti ça ? demanda-t-il.
Les deux guetteurs ne prirent pas la peine de lui répondre ni même d’indiquer qu’ils l’avaient entendu.
— Merde, se plaignit Leila, il fait froid tout à coup. Quelqu’un a allumé la clim ou quoi ?
Il ne l’avait donc pas imaginé. Jack parcourut la salle du regard et il remarqua une silhouette assise à la table derrière lui. L’adolescent – ou adolescente – portait un chandail à capuche remontée sur la tête. L’héritier avait un soupçon quant à l’identité de la personne cachée sous ce pull.
— Viens ici que je te réchauffe, répliqua Ethan en attirant Leila à lui pour recommencer à la bécoter.
Jack se leva en s’excusant, mais son départ passa inaperçu. Thomas et Michael étaient engagés dans un débat sur les meilleurs coureurs de Pickstone, et Ethan était… disons occupé.
Le jeune homme se força à rester calme. Même si c’était Cissy qui était à cette table, il devait se rappeler qu’il était prétendument épris d’elle. La colère ne serait pas une bonne approche ; qui sait comment ses pouvoirs réagi-raient si elle était contrariée. Il s’assit à ses côtés et grinça un peu des dents en découvrant les mains bleutées de l’héritière Vendebout qui dépassaient de ses manches.
— Cissy ? demanda Jack. Qu’est-ce que tu fais ici ?
L’adolescente se tourna vers lui et eut la décence d’avoir l’air gênée.
— Depuis quand es-tu au collège ? s’étonna-t-il. Et pourquoi n’es-tu pas venue me voir ? À moins que tu n’aies voulu m’espionner…
— Oh ! Jack, déclara-t-elle d’une petite voix, je suis tellement désolée. C’est que j’ai lu, sur le blogue de l’école, les commentaires des filles qui disaient… enfin… Elles parlaient de toi comme si…
Oui, bon, il avait une idée de ce qu’essayait de dire Cissy, bien qu’il n’ait pas consulté ce fameux blogue.
— Tu es venue t’assurer que je n’embrassais personne d’autre dans les couloirs, accusa-t-il sans conviction.
L’héritière baissa les yeux.
— Je suis désolée, répéta-t-elle. Je n’aurais pas dû douter de toi. Je t’ai entendu déclarer à Ethan que tu trouvais étrange que les filles ne sachent pas que tu étais avec moi et ça m’a fait plaisir. Puis, cette blonde a insinué que tu pourrais vouloir de ses copines et… et…
— Cissy, si tu dois venir ici, il va falloir que tu me fasses confiance et que tu te contrôles. Qu’est-ce que les gens vont dire si tu te mets à déclencher des ouragans dans les salles de classe ? Ou si tes veines et tes yeux deviennent noirs ? Je sais que tu te maîtrises mieux ses derniers temps, ce serait dommage que ces progrès n’aient servi à rien.
L’héritière Vendebout hocha la tête et Jack en profita pour scanner rapidement son esprit. Il le faisait souvent pour s’assurer qu’elle ne soupçonnait rien quant à ses véritables sentiments. Également pour être sûr qu’elle ne souhaitait pas l’enfermer à nouveau. D’ailleurs, il n’avait détecté aucun remords par rapport à tous ces mois de captivité qu’elle lui avait fait subir. Ça l’aidait à se rappeler quel genre de monstre psychopathe se cachait sous son allure fragile et sa douce voix. Pour l’instant, elle avait simplement peur qu’il lui en veuille.
— Viens, dit-il en lui saisissant le bras. Il reste encore vingt minutes à la pause, on va aller prendre l’air.
La jeune fille se laissa entraîner. Brute-Épaisse et Boulet se mirent en mouvement en même temps qu’eux. Jack remarqua une autre silhouette qui les suivait. Il identifia Léo, le garde du corps de Cissy, qu’il soupçonnait d’être également son gardien. Décidément, à ce rythme, il y aurait bientôt plus de surveillants que d’étudiants dans cette école.
Saisi d’une subite inspiration, le Silenbrien rabaissa la cagoule de Cissy, révélant ses longs cheveux argentés si facilement reconnaissables. Il le fit d’un geste doux qui fit briller les yeux de l’héritière. Il faillit se maudire de jouer ainsi avec ses sentiments, mais il se reprit rapidement.
Elle t’a enfermé pendant des mois, se répéta-t-il, elle mérite bien pire.
— Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle en le fixant.
— Tu ne devrais pas avoir à te cacher, expliqua-t-il. Je veux que tout le monde sache qu’on est ensemble.
Jack entendit l’exclamation de joie jaillir dans le cerveau de la jeune fille et il s’interdit de grogner de dépit. Il n’avait fait ce geste que pour vérifier la théorie d’Ethan. Si la présence de l’héritière Vendebout empêchait les épanchements du reste de la gent féminine de l’école, il y aurait au moins un avantage à l’avoir ici avec lui.
Les murmures excités qui suivirent leur déplacement vers la cour arrière du bâtiment scolaire lui confirmèrent que la visite de Cissy ne passait pas inaperçue. Dehors, les fumeurs leur jetaient des coups d’œil qui n’avaient rien de discret.
— Donc, reprit Jack une fois qu’ils furent assis sur le banc de bois situé entre le stationnement et le terrain de basket-ball, tu es venue simplement pour me voir ?
— Non, s’expliqua-t-elle, je suis inscrite à l’école ! Te rends-tu compte, je peux aller dans un établissement avec d’autres jeunes ?!
L’excitation de l’héritière était perceptible.
— Mais je croyais que tes parents étaient contre, à cause de, tu sais, tes crises.
— Papa ne voulait rien entendre. Mais j’en ai parlé avec Victor qui a trouvé que c’était une excellente idée. Alors il a discuté avec mon père et hop ! me voilà ! En plus, mes crises ne sont plus pareilles depuis qu’on se fréquente. Je ne suis ni faible ni toujours au bord de l’évanouissement. Tout ça grâce à toi ! ajouta-t-elle en lui donnant un baiser sur la joue.
Jack s’empêcha d’essuyer son visage. Jouer l’amoureux transi avec une fille qui le dégoûtait lui demandait toute son énergie. Il lui fit un sourire, le plus sincère possible.
— Tant mieux, Cissy. Il y a quand même un truc qui m’étonne. Je croyais qu’avec tes cours à domicile, tu avais largement dépassé le niveau de cette école. D’ailleurs, tu n’as pas déjà ton diplôme ?
— Tu as raison, dit-elle en se calmant. Seulement, je voulais vivre une vraie expérience d’adolescente. Tu n’es pas content pour moi ?
Non, pensa-t-il.
— Oui, répondit-il.
Cissy lui sauta au cou et il lui rendit son étreinte pour qu’elle ne soit pas tentée de l’embrasser. Elle se détacha ensuite pour le ramener vers le collège.
— Viens, on a encore un moment pour que tu me fasses visiter ! On va passer tout notre temps ensemble, tu imagines ? Ça va être génial !
Oh, mon dieu, gémit-il en silence, quelle horreur !
— Comme tu dis, ça va être génial…
Quelqu’un frappa à la porte. Enfin, porte était une drôle de façon de définir l’espèce de panneau de bois qui lui permettait d’avoir un peu d’intimité. Charlie releva les yeux de son ouvrage sans répondre. Le visage de Joe apparut au-dessus de l’entrée.
— Je peux venir ? s’inquiéta son ami avec un sourire craintif. Ou tu vas encore me lancer des trucs ?
Elle grommela quelque chose d’inaudible. Disons plutôt d’imperceptible pour un humain normal, parce que lui aurait sûrement entendu. Et voilà qu’elle pensait de nouveau à cet abruti de Silenbrien ! Ça faisait quoi ? Un bon cinq minutes qu’elle avait réussi à se le sortir de la tête ? Joe entra tout de même dans la minuscule chambre, assumant que la réponse était affirmative.
— Salut, Blank, commença-t-il. Tu as l’air mieux.
Charlie toucha sa joue, elle ne sentait presque plus de douleur. Victor l’avait laissée partir du manoir Templieur vivante, il s’était cependant assuré que les guetteurs lui fassent un cadeau d’au revoir. On l’avait frappée au visage avec la crosse d’un pistolet et quelques coups avaient plu dans son estomac. Incapable d’utiliser ses talents de Templieur et encore sonnée par la tournure des événements, elle avait été inapte à se défendre. Les hommes de Victor l’avaient salement amochée. Ces affreux soldats devaient tous avoir le même genre de manie parce qu’Eddy s’était retrouvé avec des plaies très semblables aux siennes.
— Ouais, soupira-t-elle, on ne voit presque plus les ecchymoses.
Les blessures de son cœur, par contre, c’était une autre histoire.
— Est-ce que vous avez remonté la trace de Vanier ? se renseigna Charlie pour changer de sujet.
Le garde du corps de Jack avait été emporté par les guetteurs en tentant de protéger Eddy. De toute évidence, Victor avait compris que Vanier ne travaillait plus seule-ment pour lui. Le mécanicien se reprochait son impuissance à défendre son nouvel ami. Pourtant, à voir toutes ses blessures, il était évident qu’il avait tenté quelque chose…
— On est certains qu’il n’est pas à la prison de la ville, répondit Joe, ni au manoir. On n’a aucune idée de l’endroit où le dictateur a pu l’emmener.
Frustrée, Charlie jeta le pinceau qu’elle avait à la main. Celui-ci atterrit sans bruit sur son lit de fortune.
Pas très défoulant tout ça, pensa la coureuse.
— Tu vas pas recommencer à lancer des trucs, hein ? s’alarma Joe.
L’air craintif de son ami faillit l’amuser. Faillit, car rien ne l’amusait ces derniers temps. Elle se contenta de fermer les yeux et d’inspirer profondément pour se calmer. C’est vrai qu’elle avait eu tendance à envoyer valser tout ce qui se trouvait autour d’elle dès qu’une crise de colère l’emportait. Chaque fois qu’elle se rappelait à quel point elle avait été près de revoir sa mère, sa rage devenait incontrôlable. Ou encore quand la coureuse se remémorait le baiser entre le Silenbrien et cette sorcière de Vendebout. Et le pire souvenir de tous était le regard détruit de son père à leur retour. Depuis, il ne quittait plus son lit. La vie semblait le fuir peu à peu, maintenant qu’il n’avait plus d’espoir de retrouver Thérésa. Charlie serra les dents tellement fort que sa mâchoire devint douloureuse.
— Charlie ? s’inquiéta son ami.
L’adolescent savait que la pauvre souffrait de blessures immenses qu’elle ne leur laissait pas voir. Il exécuta un geste si maladroit pour l’étreindre que ses lunettes de course s’emmêlèrent dans les cheveux en bataille de Charlie. Elle avait cessé de les tresser comme elle en avait toujours eu l’habitude. Elle ne devait plus ressembler à rien, pensa-t-elle en se ressaisissant.
— Ça va, Joe, le rassura-t-elle en ravalant la boule énorme qui avait gonflé dans sa gorge. Tu crois qu’il pourrait être chez les Vendebout ? Ça nous donnerait une bonne raison de ficher une raclée à cette conne qui se prend pour un ventilateur. Son foutu vent glacial, elle peut le garder pour elle ! En plus, la dernière fois qu’on cherchait quelqu’un, c’est là qu’il était.
Elle avait dit quelqu’un, parce que prononcer son nom aurait été trop dur. Le mot n’avait pas franchi ses lèvres depuis trois semaines exactement et elle ne le prononcerait pas à voix haute avant de le retrouver. Le retracer n’était pas un problème. L’ennui, c’était qu’il avait toujours au moins deux guetteurs à quelques mètres de lui.
— On peut vérifier, hésita-t-il.
Mais elle voyait bien qu’il doutait de son aptitude à affronter l’héritière argentée.
— J’irai moi-même, grogna-t-elle.
— Mauvaise idée, contra rapidement Joe.
Ce qui lui valut aussitôt un regard assassin de la part de la jeune fille. Il recula, levant les mains bien haut comme un criminel sur lequel on aurait pointé un fusil.
— Attends ! Je voulais seulement dire qu’avec tous ses types dehors qui sont immunisés contre ta capacité de ralentir le temps, ce n’était pas un bon plan de t’approcher du manoir de la copine du successeur de Victor.
Les autres aussi s’empêchaient de prononcer son nom. Valait mieux éviter de déclencher la tempête Charlie.
— C’est pas vraiment sa copine, murmura-t-elle, le cœur desséché comme un vieux pruneau.
Elle n’avait convaincu personne lorsqu’elle leur avait précisé que l’héritier Silenbrien faisait semblant d’être avec Cissy. Qu’il ne les avait pas réellement trahis et qu’il avait une raison d’agir ainsi. N’ayant pu avancer ne serait-ce qu’un minuscule début d’explication concernant la destruction de l’amplifieur, ses amis l’avaient regardée comme s’ils doutaient de sa santé mentale. Élise avait pleuré, Eddy laissé échapper tous les gros mots de son répertoire et Anthony s’était contenté de quitter la pièce, la mort dans l’âme. Ils ne comprenaient rien ! Bon, elle devait s’avouer qu’elle ne comprenait pas tout, elle non plus. La coureuse avait pourtant la certitude que le jeune homme ne s’était éloigné pas d’elle sans un motif sérieux. Charlie devait simplement découvrir lequel. Et elle avait bien l’intention de tenir sa promesse et de le retrouver. L’héritier Silenbrien savait ce que représentait le réveil des Templieur pour elle, il n’aurait jamais agi ainsi sans avoir détecté qu’un enjeu de vie ou de mort reposait sur sa décision, Charlie en était persuadée. Elle évitait volontairement de penser au mot qu’il s’était lui-même imprimé dans la peau. Qu’est-ce qui avait bien pu lui passer par la tête ? Si c’était elle qu’il aimait, il aurait écrit Cissy, pas vrai ? Et d’abord, qui se grave des trucs directement dans la chair comme ça ?
— Euh… hésita Joe, ouais, si tu le dis. De toute façon, ça ne change rien pour le moment.
Non, pensa-t-elle, ça change tout pour moi.
— Je peux voir où tu en es avec tes banderoles ? balança-t-il pour éviter le sujet.
Charlie grimaça un rictus mauvais en tirant une grande affiche à la peinture encore fraîche. Sur l’image qu’elle avait créée, on découvrait une fille à la chevelure argentée transformée en démon auquel on aurait arraché des ailes noires. La représentation graphique révélait parfaite-ment la souffrance de celle que l’on reconnaissait comme étant l’héritière Vendebout. L’immense quantité de sang qui éclaboussait la toile rendait le tableau carrément effrayant.
— Charlie, s’affola Joe, ce n’est pas l’affiche que tu étais censée faire !
— Je sais, soupira la coureuse, je sais. C’est seulement un projet personnel. Depuis plusieurs jours, je rêve que cette garce se transforme en monstre et je prends un plaisir malsain à lui arracher d’horribles ailes du dos et à l’entendre hurler. Tu crois que je perds la tête ?
— Ben non, commenta Joe même si ses yeux exprimaient une autre réponse.
Elle s’en fichait. Charlie avait souvent eu l’impression de devenir folle, dans les dernières semaines, alors il était possible qu’elle le soit vraiment devenue.
— Tiens, ajouta-t-elle en lui lançant des morceaux de tissu sur lesquels elle avait travaillé. Jette plutôt un œil à ceux-là.
Le regard de son ami se fit plus approbateur. Il y avait intérêt, après toutes les heures qu’elle y avait mises ! Les énormes affiches dénonçaient les dirigeants de la ville, les accusaient d’avoir assassiné les Templieur – c’était plus simple que de faire avaler au peuple qu’ils les avaient emprisonnés dans le temps –, d’avoir fomenté de toutes pièces les attentats des « bombes blanches » et de vouloir instaurer une monarchie dictatoriale.
— C’est malade, Blank ! s’extasia Joe. Tu crois qu’on a une chance de convaincre quelqu’un avec ça ?
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