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Catherine vit seule avec sa mère depuis la mort de son père. Sa vie est sur le point de changer quand elle rencontre Scott, un inconnu qui semble connaître des choses sur elle dont elle n’a même pas conscience. Ils partagent un secret, un secret dangereux, et Catherine ne sait plus à qui faire confiance. Et si le danger était partout, même au sein de sa propre famille ?
À PROPOS DE L'AUTEURE
Originaire de Havre Saint-Pierre (Québec),
Alexandra Vigneault est une véritable passionnée d’histoires fantastiques. Déjà enfant, elle écrivait de petites histoires, toutes liées au monde irréel.
Depuis quelques années, elle a décidé de mettre sur papier ses propres fictions de son monde irréel. Elle désire ainsi satisfaire ses lecteurs par un voyage dans des aventures féériques
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Seitenzahl: 232
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Crédits
Dédicace
Prologue
Première partie - Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Deuxième partie - Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Épilogue
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Vigneault, Alexandra, 1988-
Catherine et l'héritage perdu
ISBN 978-2-924169-56-8
I. Titre.
PS8643.I365C37 2018 C843'.6 C2017-942279-0
PS9643.I365C37 2018
Auteure :Alexandra VIGNEAULT
Titre :Catherine et l'Héritage caché
Tous droits réservés.
Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’Auteur, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle.
©2017 Éditions du Tullinois
www.editionsdutullinois.ca
ISBN papier : 978-2-924169-56-8
ISBN E-Pdf : 978-2-89809-052-3
ISBN E-Pub : 978-2-89809-053-0
Bibliothèque et Archives Nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Nationales du Canada
Dépôt Légal papier : 4e trimestre 2017
Dépôt Légal E-Pdf : 3e trimestre 2020
Dépôt Légal E-Pub : 3e trimestre 2020
Corrections grammaticales: Anne-Laure PEREZ
Illustration de la couverture :Mario ARSENAULT
Imprimé au Canada
Première impression : Décembre 2017
Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) du soutien accordé à notre programme de publication.
SODEC-QUÉBEC
Je dédie ce livre à ma fille Ellana, qui chaque jour m’inspire de nouvelles histoires.
Elle n’était pas du tout concentrée sur ce que racontait leprofesseur depuis les vingt dernières minutes. Elle gribouillait,comme toujours, dans les marges de son livre de géométrie. Elle avait fait un tout petit soleil dans les teintes d’orangé et de rouge. Il était très réussi. Après avoir levé son crayon, elle glissa sa main sur son dessin pour enlever les petits éclats que celui-ci avait laissés sur sa feuille. Il se produisit alors quelque chose d’étrange. Elle ressentit une vive brûlure à la main. Elle la retira précipitamment et regarda son dessin. Il n’y avait rien qui aurait pu l’avoir blessée. Elle vérifia que personne ne l’avait vue sursauter. Mais non, les élèves de la classe somnolaient toujours, et M. Richer continuait à parler d’elle ne savait trop quoi. Elle retourna sa main pour en voir le côté. Il était très rouge.
— Désolée, monsieur, est-ce que je peux aller aux toilettes ?
M. Richer soupira.
— Bien sûr, mademoiselle Catherine. La prochaine fois, on pense à faire son petit pipi avant d’entrer en classe, s’il vous plaît.
La classe émit un petit rire à la mention du mot pipi. Quelle immaturité ! pensa-t-elle.
Catherine ferma son livre brusquement et se rendit à la salle de bain. Elle glissa sa main sous l’eau froide et fut immédiatement soulagée. Même si la peau était encore un peu rouge, la sensation de brûlure s’estompait déjà. Elle ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Son dessin l’avait-il brûlée ? Impossible ! Elle croisa son regard dans le miroir. Elle était plutôt cernée. Elle n’aurait peut-être pas dû passer la nuit dernière à écouter cette série débile sur Netflix. Après un soupir, elle se décida de retourner en classe.
Une fois à sa place, elle ouvrit son livre tout doucement pour retrouver la page à laquelle elle avait fait son ridicule petit dessin. Elle approcha tranquillement ses doigts et effleura le soleil. Aucune douleur. Elle relâcha son souffle, alors qu’elle ne s’était pas rendu compte qu’elle le retenait. Elle recouvrit le dessin avec sa main et ne ressentit rien d’autre qu’un relief sous sa paume. Catherine fixa le petit soleil, le défiant de lui montrer sa bizarrerie. Mais il n’y avait rien à voir. Après tout, que voulez-vous qu’il se passât ?
Le son de la cloche la fit sursauter.
— Allez, Cath, arrête de fixer ton cahier. Tu ne crois pas qu’on a assez vu de formes géométriques pour aujourd’hui ?
— Très drôle, Juliette. Dis-moi, tu le trouves bizarre, ce soleil ?
Juliette se pencha au-dessus du cahier de son amie et examina le petit dessin.
— Non, pas bizarre du tout, il est même très réussi, répondit-elle. Il est très réaliste. On dirait presque qu’il pourrait nous réchauffer ! ajouta-t-elle en riant.
Catherine lui répondit avec un sourire forcé et suivit son amie hors de la classe.
Elle passa la journée à penser à ce moment où elle s’était brûlée sur sa feuille et ne parvint pas à comprendre ce qui s’était passé. Une fois de retour chez elle, elle se pressa d’aller chercher des feuilles et des crayons dans l’atelier de dessin de son père. Elle s’installa sur la table à dessin qui était tout près de la fenêtre. Elle dessina un soleil. Puis un autre. Et cinq autres. Elle dessina jusqu’à ce que la table soit complètement recouverte de feuilles. Mais aucun de ses dessins n’avait la vitalité et la précision du petit gribouillage qu’elle avait fait dans ce fichu cahier. Elle travaillait sur un minisoleil lorsque sa mère entra dans la pièce.
— Tu me fais beaucoup penser à lui lorsque je te vois penchée comme ça sur une table à dessin. Qu’est-ce que tu fais, ma puce ?
Catherine soupira. Elle était contente de voir sa mère, mais chaque fois qu’elle l’appelait ma puce, elle ne pouvait s’empêcher de lever les yeux au ciel.
Marika s’approcha d’elle et prit un dessin dans ses mains. Elle l’examina attentivement. Catherine savait que sa mère prenait très au sérieux la critique des œuvres de sa fille. Son père se fiait toujours à son jugement avant d’envoyer son travail à l’imprimerie. Il la regardait alors en souriant pendant qu’elle était pleinement concentrée sur les dessins de son mari adoré. Mais maintenant que son père était mort, c’était leur petit rituel mère-fille. Elles avaient l’impression, dans ces moments, qu’Éric Garneau était toujours avec elles, dans la pièce qui avait été son sanctuaire.
— Quels magnifiques soleils, c’est pour un projet d’école ? demanda sa mère.
— Non, en fait, j’essaie de faire un soleil le plus réaliste possible. Ils sont bien, mais je n’arrive pas à avoir la teinte d’orangé que je veux. Et je crois que j’ai tellement dessiné que je n’arriverai à rien aujourd’hui.
En fait, elle ne savait plus trop ce qu’elle espérait. Elle chiffonna toutes ses feuilles et les fit tomber dans la corbeille à papier.
— Catherine Garneau, qu’est-ce que tu fais là ?! Qu’est-ce que ton père disait toujours à propos des dessins dans la poubelle ?
— Oh, maman ! Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse de cent soleils ?
Sa mère se pencha et défroissa un dessin. Elle le remit sur la table.
— Ton père refusait qu’on jette les dessins. Ce n’est pas parce que tu ne le trouves pas beau aujourd’hui…
— … Qu’il ne te fera pas sourire demain. Je sais. Je sais. Je sais. DÉ-SO-LÉE. Je ne le ferai plus, promis. Alors, qu’est-ce qu’on mange ? J’ai faim, moi.
— Qu’est-ce qu’on mange ? Les ados, ça pense juste à manger !
Mère et fille quittèrent la pièce en se chamaillant un peu. Elles ne remarquèrent pas le petit filet de fumée qui s’élevait de la table à dessin. Ni le petit feu qui réduisit en cendres le plus petit des soleils.
Catherine Garneau était une grande fille qui, comme sa meilleure amie Juliette lui répétait souvent, aurait dû montrer ses longues jambes au public masculin plutôt que de les cacher sous ses jeans trop grands. Elle aurait peut-être attiré un petit ami potentiel, ou au moins un flirt. Ses cheveux mi-longs étaient plutôt jolis, mais toujours ramassés en un chignon un peu mou. Elle avait hérité du teint pâle de son père, mais lorsqu’elle se donnait la peine de sourire, on la disait assez belle.
Comme chaque jour, Juliette vint la rejoindre à son casier. Juliette et ses cheveux blonds très courts, qui avait tellement d’énergie qu’on aurait dit qu’elle se réveillait le matin avec les doigts dans une prise de courant.
— Je sais ce qu’on fait ce soir ! dit Juliette de sa voix chantante.
— Ah oui ? On avait prévu d’aller au ciné, non ?
— Changement de plans ! Le gros Pouliot organise une soirée chez lui. On doit y être absolument.
Catherine rit doucement.
— Depuis quand on s’intéresse à ce genre de truc ? J’aimerais beaucoup plus manger un méga popcorn. Avec un coke. Et des jujubes, il ne faut surtout pas oublier les jujubes !
Juliette secoua la tête.
— Non, sérieusement. Notre vie manque clairement d’action, de socialisation et de gars. Allez, j’ai entendu dire qu’il n’y aurait pas que des gens de notre école. Ça risque d’être intéressant !
— Oh… Je sais pas, Ju. C’est pas trop mon truc.
— OK. On y va, et si c’est vraiment trop nul, on décolle et on va au ciné comme prévu. S’il te plaîîît ! En plus, je te coiffe et je t’habille, puisque c’est sûr que tu n’as rien de potable à porter chez toi. Sans vouloir t’offenser.
— D’accord, si tu y tiens, on y va. Mais tu ne me laisses pas seule pour aller embrasser un beau gars dans un coin sombre.
— Pour ça, je ne peux rien te promettre ! répondit-elle en riant.
À la fin de la journée, Catherine se retrouva chez son amie à se faire tartiner le visage de maquillage. L’ensemble que lui avait prêté Juliette lui faisait un très beau style. Un haut bleu et des jeans taille basse qui soulignaient bien sa longue silhouette.
— Tu es trop belle. C’est du gâchis !
— Eh bien, merci…
— Tu sais ce que je veux dire, Cath. Tout ce potentiel sur une fille qui est toujours pleine de peinture.
— Que veux-tu ? Je suis une artissste !
-o0o-
La soirée n’était pas aussi nulle que l’avait craint Catherine. La musique était bonne, les gens n’étaient pas trop idiots, et prendre un peu d’alcool avait terminé de la mettre à l’aise. Elle s’était même laissée aller à danser un peu. Juliette était en train de discuter avec un beau brun, et ils étaient si proches qu’ils ne tarderaient pas à passer à autre chose. Catherine décida de sortir prendre un peu d’air.
Une fois dehors, elle remarqua un attroupement de jeunes qui s’était formé dans une ruelle près de la maison. Une voiture en marche diffusait une musique beaucoup trop forte, et les phares illuminaient un mur de briques rouges qui se faisait remplir de graffitis. Catherine sentait que ce n’était pas une bonne idée, mais elle s’approcha de la ruelle pour voir ce que les canettes de peinture créaient sur le mur. C’était un mélange de lettres avec un dessin de skateur en plein vol. C’était beau. Le peintre avait réussi à faire un travail captivant. Catherine fixait le mur quand une canette de peinture apparut comme par magie dans ses mains.
— Allez, montre-moi ce que tu sais faire, l’artiste !
Catherine leva les yeux et regarda celui qui avait parlé. Elle ne l’avait jamais vu, mais il devait avoir environ le même âge qu’elle, peut-être un peu plus vieux. Il avait des cheveux noirs plutôt courts sur les côtés alors que le dessus, un peu plus long, touchait presque ses yeux. Ceux-ci, d’un bleu éclatant, étaient rieurs et semblaient la mettre au défi de peindre ce mur. Elle remarqua ses mains, pleines de couleurs. Très, très belles. Elle les imagina très bien posées sur ses hanches pendant qu’il l’embrassait. OK, elle avait peut-être trop bu. Retourner voir Juliette lui paraissait une bonne idée, mais elle avait envie de peindre. Elle avait envie de montrer à ce garçon ce qu’elle pouvait faire.
Elle s’avança et avant même d’avoir décidé de ce qu’elle voulait faire, elle appuya sur la canette de peinture. Elle entendit les gens qui l’encourageaient à commettre un méfait public. Pour eux, ce n’était qu’un jeu, un petit doigt d’honneur à l’autorité. Mais pour elle, c’était magique. Elle s’efforça de ne pas se retourner pour voir si le garçon la regardait et alcool aidant, elle s’abandonna à son art. Elle fit une fleur. Une énorme violette, dont les pétales couvraient une grande partie du mur. Elle prit une profonde inspiration et put sentir le parfum de sa plante. Elle s’arrêta un instant. Respira de nouveau profondément.
— Tu essaies de te droguer à la peinture, ma belle ? Si tu viens me voir, j’ai du bien meilleur stock ! lança quelqu’un qui était appuyé sur une moto.
Elle n’y porta pas attention et continua à sentir. Sa fleur sentait vraiment la violette ! Incroyable. Le garçon qui l’avait mise au défi de peindre la tira par la manche.
— Hey, qu’est-ce que tu fais ? Ça ne va pas !
Il la regarda avec une curiosité nouvelle.
— Qui es-tu ? Tu…, tu es une Artiste…
— Merci, mais ça, tu me l’as déjà dit. Et toi, tu es qui ?
— Non…, tu ne comprends pas… Comment tu peux ne passavoir? C’est impossible, les Artistes le savent, ils ne…
— T’arrête ton charabia un peu, oui ? Je ne comprends rien de ce que tu racontes. De toute façon, Juliette doit me chercher, je ferais mieux de rentrer.
Au moment où elle s’apprêtait à quitter la ruelle, une voiture de police lui bloqua le chemin. Pendant que tout le monde se sauvait, elle se faisait arrêter avec son « partenaire de crime ». Sa mère allait la tuer. Juliette aussi d’ailleurs, il y avait de la peinture sur ses vêtements. Elle aurait vraiment dû aller au cinéma…
-o0o-
Comme elle l’avait prévu, sa mère n’était pas loin de commettre un meurtre. Depuis qu’elles étaient dans la voiture, sa mère ne faisait que prendre de profondes inspirations, essayant visiblement de se maîtriser. Catherine n’osait parler, de peur de la mettre encore plus en colère. Enfin, si c’était possible. Finalement, au bout de dix minutes, sa mère commença à parler. Elle essaya de garder une voix calme, avec un succès relatif.
— J’essaie de comprendre, Catherine. On ne t’a pas élevée comme ça ! Des graffitis ! Sur un mur de la ville. Encore heureux que tu n’aies rien peint d’obscène.
— Oh, maman ! Franchement !
— NON, pas de « maman, franchement » ! Ce n’est pas comme si tu manquais de place pour t’exprimer. Je sais que tu as un talent extraordinaire, mais je préfère te voir peindre une toile. Encore que si tu me l’avais demandé, j’aurais pu t’en trouver un mur ! C’est ridicule enfin, qu’est-ce qui t’a pris ?
Catherine se sentait mal de mettre sa mère dans un tel état et elle ne s’expliquait pas pourquoi elle avait fait ça. Enfin, elle se doutait que de beaux yeux bleus l’avaient motivée un peu, mais elle n’allait certainement pas avouer ça à sa mère.
— Je suis désolée, maman. Je ne sais pas ce qui m’a pris.
— Eh bien, j’espère que tu vas le découvrir pendant tes travaux et que tu vas trouver un moyen que ça ne se reproduise plus !
Catherine s’en était plutôt bien tirée. Puisqu’elle n’avait jamais eu de problèmes auparavant, que la bâtisse était déjà dans un état pitoyable et qu’elle avait clairement une autorité parentale compétente à la maison, il n’y aurait pas de poursuites judiciaires. Elle devait quand même passer son dimanche à repeindre le mur de brique. Elle aurait dû être ennuyée de travailler un jour de congé, mais elle savait que le garçon allait y être aussi. La journée allait peut-être être plus intéressante que sa mère ne le pensait…
Elle en aurait bien parlé avec Juliette, sauf que sa mère ne lui avait pas rendu son portable qui était avec les affaires que lui avait remises la police, et Catherine se doutait qu’elle ne le lui donnerait pas si elle le lui demandait. Au moins, elle savait que son amie l’avait vue monter dans la voiture de police. Elle ne s’inquiéterait pas de ne pas la trouver. Mais elle devait s’arracher les cheveux de ne pas savoir ce qui s’était passé.
En arrivant à la maison, elle demanda à sa mère :
— J’ai droit à un appel durant ma détention ?
— Très drôle, mademoiselle. Qui veux-tu appeler, tes amis criminels ?
Sa mère faisait déjà des blagues. Sa punition ne serait peut-être pas si terrible après tout.
— Non, juste Juliette, elle doit s’inquiéter pour moi. Je voudrais la rassurer et lui dire que tout va bien.
— Je t’accorde cinq minutes et ensuite, direction ta chambre.
Catherine composa le numéro de sa meilleure amie, qui décrocha à la première sonnerie.
— TU ES DE RETOUR CHEZ TOI ! MAIS QU’EST-CE QUI S’EST PASSÉ ???
— Calme-toi, Ju, ce n’est vraiment rien de grave. J’ai fait une bêtise, c’est tout.
— Une bêtise en forme de fleur. J’ai reconnu ton travail sur le mur. Très réussi. Mais je ne savais pas qu’on donnait dans le genre rebelle maintenant. Tu sais qu’on n’avait pas les bonnes tenues pour ça ! Alors, qu’est-ce qui t’attend, madame la délinquante ?
— Un dimanche de travaux forcés et un temps indéterminé de surveillance parentale.
— Pas si mal… Oh, mais dimanche, je voulais que tu viennes avec moi à un double rendez-vous ! Comme tu as vu, j’ai passé la soirée avec un mec à tomber par terre. Il avait un ami qui s’intéressait à toi, mais tu avais disparu, alors il n’a pas pu t’aborder. Il est troooop mignon. Totale-ment ton genre !
— Désolée, je ne peux vraiment pas. Allez, je te laisse, ma mère m’a accordé cinq minutes, et je ne voudrais pas lui donner de raison de ne pas me faire confiance.
— Prends soin de toi. On se voit lundi alors, pour que tu me racontes comment c’est la vie de prisonnière !
— Tu es hi-la-ran-te !
Aussitôt qu’elle raccrocha, elle prit une douche. Pendant qu’elle était sous l’eau chaude, elle se remémora la soirée. Un détail qu’elle avait oublié durant son arrestation lui revint. Sa fleur s’était mise à sentir. Elle n’avait pas rêvé, elle en était sûre cette fois. Quelque chose se produisait lorsqu’elle dessinait. Mais quoi ? Lorsque ce garçon lui avait dit qu’elle était une artiste, sa façon de la regarder avait changé. C’était très bizarre. Elle pourrait le lui demander le lendemain. Pour l’instant, elle ferait bien d’aller se coucher. Le soleil était levé depuis quelques heures déjà.
Après s’être coiffée sommairement, Catherine enfila un pantalon ample et un vieux t-shirt. Elle se força à ne pas mettre de vêtements plussexypour des travaux de peinture. Elle n’aurait pas été très subtile. Elle avait l’habit parfait de la peintre. Elle se dépêcha de sortir en emportant un muffin pour la route. Elle marcha rapide-ment pour rejoindre la ruelle où elle avait commis son méfait, pressée d’en effacer toutes les traces.
Arrivée sur les lieux, elle constata que l’équipement de peinture était déjà installé et que le garçon s’apprêtait à commencer le travail. Elle s’approcha tranquillement.
— Euh… Rebonjour.
Elle fut déçue de voir que ses yeux étaient dissimulés par des lunettes fumées. Mais son cœur se réchauffa tout de même lorsqu’il lui sourit.
— Bonjour. Prête pour un dimanche de travail épuisant ?
— C’est ce qu’on va voir. Je suis désolée, je ne crois pas qu’on m’ait dit ton nom. Moi, c’est Cath.
Il lui serra la main. Elle sentit quelque chose bouger dans son estomac. Pourquoi ce garçon lui faisait-il un tel effet ?
— Moi, c’est Scott. Désolé de t’avoir donné cette canette de peinture, je n’ai pas beaucoup réfléchi. Je t’ai mise dans une situation délicate.
— Ce n’est pas ta faute, rien ne m’obligeait à la prendre.
Étrangement, à ses paroles, Scott baissa la tête.
— Non, tu as raison. Allez, au travail ! Si on veut partir d’ici un jour.
Catherine s’approcha du mur. Elle effleura sa fleur. Avec la lumière du jour, elle semblait réelle. Sauf qu'aucune odeur ne subsistait. Avec un soupir, elle ouvrit un pot de peinture d’une couleur brun terne et y trempa un rouleau de peintre.
— Moi aussi, je trouve ce mur bien mieux depuis qu’on y a mis une touche de vie, mais il faut ce qu’il faut. Ta fleur est vraiment magnifique, où as-tu appris à peindre ainsi ?
— Depuis que je suis petite, j’ai toujours eu un crayon ou un pinceau à la main. Mon père travaillait comme illustrateur. Il m’a beaucoup appris.
Elle s’arrêta de parler en repensant à son père. Elle détourna la tête pour que Scott ne puisse voir la tristesse sur son visage. Elle prit une grande inspiration pour calmer les battements de son cœur.
Scott ne lui posa pas de question. Ils continuèrent le travail en silence un moment. Ce fut elle qui relança la conversation.
— Tu te rappelles la soirée de vendredi ? Il y a quelque chose qui me tracasse, pourquoi m’as-tu appelée une Artiste ?
Elle était dévorée par la curiosité. Les propos incohérents qu’il lui avait tenus trottaient dans sa tête sans qu’elle puisse se défaire d’un étrange pressentiment.
Scott sembla la fixer derrière ses lunettes fumées. Il était tout à coup très sérieux. Après quelques secondes, il se remit à sourire.
— Tu n’as pas vu ta peinture ou quoi ? C’est clairement du talent artistique !
Elle insista.
— Non, je ne crois pas que c’est ce que tu voulais dire. C’était très étrange.
Son regard redevint sérieux, et son sourire perdit de sa joie.
— Écoute, Cath. J’étais plutôt éméché vendredi, et tu ne devrais pas faire attention à ce que j’ai dit.
Catherine avait envie d’insister, mais quelque chose l’en empêcha. Ils passèrent le reste de la journée à travailler sans trop savoir quoi se dire. Et alors qu’ils avaient presque fini, le cœur de Catherine se serra en réalisant qu’elle ne le reverrait peut-être jamais. Elle ne voulait pas que ce malaise soit le dernier souvenir qu’il ait d’elle.
— Je ne t’avais jamais vu dans le quartier, tu rendais visite à quelqu’un ? demanda-t-elle maladroitement.
— On vient d’emménager, ma mère et moi. J’ai un cousin qui reste ici, et c’est lui qui m’a amené à ce party.
Il avait pris un drôle de ton en mentionnant sa mère. Elle ne lui demanda pas pourquoi son père ne restait pas avec eux. Elle détestait quand on lui posait des questions sur l’absence paternelle. Elle se demanda quand même si Scott avait lui aussi vécu le deuil d’un parent.
— Ça y est, c’est fini ! Et je dois dire qu’on a fait du beau boulot.
Catherine hocha la tête sans rien dire. Scott rangea le matériel pendant qu’elle nettoyait son pinceau. Elle regardait les muscles de ses épaules se contracter pendant qu’il transportait les affaires dans un vieux minivan. Catherine secoua la tête. Elle n’allait pas se mettre à fantasmer sur Scott alors qu’elle n’allait probablement plus jamais le revoir. Mais elle continua quand même à le regarder en emmagasinant le plus de souvenirs possible.
— Je te raccompagne ?
Elle sursauta et rougit en voyant que le pinceau qu’elle rinçait depuis les cinq dernières minutes était propre depuis longtemps. Elle fut tentée d’accepter, mais elle avait besoin de s’éclaircir les idées. Elle déclina donc son invitation. Ils se saluèrent, et elle quitta les lieux en vitesse. Essayant de fuir les sentiments étranges que lui inspirait Scott.
Une fois de retour à la maison, elle se demanda pourquoi elle ne l’avait pas questionné davantage sur ce qu’il lui avait dit dans la ruelle ce soir-là. Elle n’était pourtant pas du genre à abandonner facilement. Elle s’assit sur son lit et prit son cahier de croquis. Elle se mit à dessiner instinctivement. Lorsqu’elle reposa son dessin sur sa table de chevet, elle éteignit la lumière. Même si elle ne pouvait plus le voir, elle avait ses traits gravés dans la tête. Le portrait de Scott était l’un de ses plus beaux.
-o0o-
— Cath, je suis amoureeeeeeuse ! Je te jure, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Pendant que tu t’amusais à repeindre les murs, j’ai eu le meilleur rendez-vous du monde.
— Je ne m’amusais pas à repeindre les murs, c’était des travaux forcés. Cela dit, je suis contente pour toi. Qu’est-ce que vous avez fait ?
— Nous sommes allés à la plage. Ce qui ne te ferait pas de tort en passant, tu es encore aussi blanche qu’un Eskimo. La prochaine fois, tu viens avec nous ! J’ai hâte que tu rencontres l’ami de Nathaniel.
— Tu sais, Ju, je ne tiens pas particulièrement à rencontrer quelqu’un tout de suite.
Catherine ferma la porte de son casier, et une feuille s’échappa de son cartable. Juliette se pencha pour la ramasser.
— Wow, Cath ! Qui c’est, ce mec ? Un acteur d’une nouvelle émission dont tu ne m’as pas parlé ? Pas étonnant que tu ne veuilles pas rencontrer de garçon si tu fantasmes sur un pareil canon !
Catherine se sentit rougir. Elle reprit la feuille des mains de son amie.
— Ce n’est personne… Juste un portrait sorti de mon imagination.
Elle ne savait pas trop pourquoi elle mentait. Elle n’avait pas envie que Juliette se moque d’elle ou pense qu’elle était obsédée par un garçon qu’elle venait à peine de rencontrer. De plus, leur rencontre lui semblait un peu irréelle, alors dire qu’elle l’avait imaginé n’était pas tout à fait faux.
— Bon, tu vois que tu as besoin de sortir. Tu fantasmes sur des gars imaginaires ! Et tu as une belle imagination, soit dit en passant.
— Que veux-tu, c’est ce qu’on appelle avoir du talent !
Et les deux filles se rendirent en classe en riant.
Le soleil commençait à se coucher. Catherine posa son pinceau. Elle avait peint un petit caniche tout blanc. Elle avait travaillé longtemps et mis tout son talent dans les plus petits détails. La lueur joueuse dans les yeux du chien, son petit museau retroussé et ses poils frisés, tout était parfait.
Elle se recula pour mieux observer son œuvre. Elle attendit que la magie opère. Elle ne savait pas trop si elle s’attendait à respirer une odeur de chien ou bien à sentir la douceur de sa fourrure, mais quelque chose se passait lorsqu’elle réussissait un travail, et elle devait découvrir quoi.
Cinq, dix, quinze minutes passèrent, et elle attendait toujours. Aucune odeur, aucune texture. Rien. Elle se leva de sa chaise, un peu découragée. Elle était assise depuis longtemps et elle se rendit à la salle de bain.
Elle se lavait les mains lorsqu’elle l’entendit. Un petit bruit, tout juste un couinement. Elle ferma le robinet et se concentra. Elle l’entendit de nouveau. Mais cette fois, c’était clairement un jappement. Elle se précipita dans l’atelier de peinture, s’écorchant l’épaule sur le mur au passage. Elle entra dans la pièce et s’arrêta sur le pas de la porte.
Elle n’en croyait pas ses yeux. Devant elle se tenait un tout petit caniche blanc. Non, pas tout à fait blanc. Il avait les pattes pleines de peinture. Elle leva les yeux et vit qu’à l’endroit où elle avait peint le chien, il n’y avait plus rien. Comme si elle n’avait peint que le contour de sa toile. Elle rebaissa les yeux sur le chien.
— Qu’est-ce que…, qu’est-ce que tu fais ici, toi ?
— Wouf !
— Je sais ce que tu es. Tu es ma peinture. Pas vrai, petit ?
—
