Les jeux de l'enfer - Alexandra Vigneault - E-Book

Les jeux de l'enfer E-Book

Alexandra Vigneault

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Beschreibung

Si la mort venait frapper à votre porte,
jusqu’où seriez-vous prêt à négocier ?
Attention, parce qu’en enfer, les jugements sont finaux.
Commentaires d’une chroniqueuse :
- Alexandra Vigneault fait preuve d’une imagination remarquable, pour ne pas dire fantasmagorique.
- Des mises en scène tout à fait fabuleuses, dans un monde mythique, qui pourrait, de prime abord, s’avérer rebutant. Et pourtant rien de macabre.
- Elle nous entraine, en effet, dans les méandres de l’enfer sans jamais tomber dans des descriptions lugubres, terrifiantes. Au contraire, on prend un vif plaisir à déambuler avec elle, toujours avide de connaitre la suite.
- L’intrigue est effectivement fort bien menée, ce jusqu’au dernier chapitre. Qui aurait pu imaginer un tel dénouement ?
- Ses personnages sont très bien campés, son style est alerte, ses dialogues sont vifs et animés.
- Avec Alexandra, les craintes de l’enfer sont évacuées. Elle donne presque envie de s’y retrouver.
O.M.


À PROPOS DE L'AUTRICE


Alexandra Vigneault est une écrivaine québécoise talentueuse dans le monde du fantastique. Elle nous entraine, en effet, dans les méandres de l’enfer sans jamais tomber dans des descriptions lugubres, terrifiantes. Au contraire, on prend un vif plaisir à déambuler avec elle, toujours avide de connaitre la suite.
Avec ce nouveau roman, elle s’adresse «à tous ceux qui continuent de se relever après que la vie les a fait tomber».

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Seitenzahl: 234

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Table des matières

Dedicace

Remerciements

AVERTISSEMENT

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Chapitre 33

Chapitre 34

Chapitre 35

Chapitre 36

Chapitre 37

Chapitre 38

Chapitre 39

Chapitre 40

Chapitre 41

Chapitre 42

Chapitre 43

Chapitre 44

Chapitre 45

Chapitre 46

Chapitre 47

Bonus

Autres livres de Alexandra VIGNEAULT

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Titre: Les jeux de l'enfer / Alexandra Vigneault.

Noms: Vigneault, Alexandra, 1988- auteur.

Identifiants: Canadiana 20230085237 | ISBN 9782898093593

Classification: LCC PS8643.I365 J48 2024 | CDD C843/.6—dc23

Auteure :Alexandra VIGNEAULT

Titre : Les jeux de l'enfer

Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire cet ouvrage en totalité ou en partie, sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit sans l’autorisation écrite préalable de l’auteure, conformément aux dispositions de la Loi sur le droit d’auteur.

©2024-Éditions du Tullinois

ISBN version papier: 978-2-89809-359-3

ISBN version e-Pub : 978-2-89809-360-9

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Bibliothèque et Archives du Canada

Dépôt légal papier : 1er trimestre 2024

Dépôt légal E-Pub : 1er trimestre 2024

Imprimé au Canada

Première impression : Mars 2024

Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) ainsi que le Gouvernement du Québec pour son programme de crédit d'impôt et pour tous les soutiens accordés à nos publications.

Dedicace

Pour ceux qui continuent de se relever après que la vie les a fait tomber.

Remerciements

Ce livre occupe une place spéciale dans mon cœur et je tiens à remercier ceux qui ont rendu possible sa publication. Premièrement, merci aux éditions du Tullinois de continuer de me soutenir un roman après l’autre. Avec un éditeur qui a à cœur les intérêts des auteurs de régions, elles nous permettent de briller à travers la province !

Ensuite, j’aimerais remercier Odette pour sa patience et ses encouragements lors de la correction des jeux de l’enfer. Te rencontrer et travailler avec toi fut un véritable plaisir. Et pour terminer, je voudrais dire un mot aux membres de ma famille à qui je casse les oreilles depuis trop longtemps à propos de ces jeux mortels qui n’existent que dans ma tête (surtout toi, Jacob, qui as su faire vivre mes personnages par tes belles illustrations !). Et à vous tous, je dis merci. Merci d’embarquer dans mes idées folles et de me suivre dans des univers déjantés !

Alexandra

AVERTISSEMENT

Ce roman contient des scènes de violence et traite des sujets sensibles tels que le deuil et la dépendance.

Pour un public averti seulement.

Chapitre 1

Ne passez pas go, ne réclamez pas 200 $ et Rendez-vous en enfer.

Le jour de sa mort arrivait enfin. Depuis un peu plus de six ans, il attendait ce moment avec impatience. À trente-trois ans, Mickaël Widal était fin prêt à quitter ce monde pour le prochain. Parce qu’il y avait autre chose ensuite. De ça, il était certain.

L’homme s’assit sur le bord de son lit, observant sa chambre pour la dernière fois. Ses rideaux bleus bougeaient au rythme d’une brise nocturne qui ne parvenait pas à le rafraîchir. L’humidité rendait sa peau moite et ses cheveux collants. Il ne s’en plaignait pas, le climat en enfer devait être bien pire. Avec un soupir, Mickaël s’étendit sur ses couvertures, fixa le plafond et attendit. Les minutes s’égrenaient, une seconde à la fois, le soumettant à une nouvelle forme de torture. Lucie avait été aux premières loges de son impatient décompte, elle n’allait quand même pas être en retard !

Ses poings s’ouvraient et se serraient en accord avec sa respiration. Il était prêt à se relever pour invoquer le Diable quand une voix familière résonna dans la pièce.

— Avoir su que tu m’attendais dans ton lit, je serais arrivée plus tôt. Dommage qu’on n’ait pas un peu de temps pour s’amuser, tu aurais découvert un charmant côté de ma personnalité.

Mickaël se redressa pour s’assurer que Lucie était bien présente. Difficile de ne pas remarquer l’être qui venait de faire irruption dans sa chambre. Elle arborait le même sourire nonchalant qu’à son habitude. Avec ses longs cheveux blonds blancs et son teint bronzé, cette femme aurait fait une belle humaine. C’était sans compter les cornes qui sortaient de sa tête. Appendices étranges qu’elle avait agrémentés de jolies chaînes noires et dorées.

— Tu es en retard, répliqua Mickaël d’un ton sec.

Un rire aux sonorités d’un autre monde emplit ses oreilles.

— Cher Mika, je n’ai jamais rencontré un individu si pressé de mourir.

La diablesse s’avança d’un pas sensuel, glissa une main sur l’épaule de sa proie et se lécha les lèvres.

— Si seulement tous mes clients étaient comme toi. Récolter l’âme d’un humain sans les cris, la négociation et les larmes, rendrait mon boulot… assez ennuyeux, en fait. Tu es certain de ne pas vouloir résister. Juste un peu ?

Le damné se dégagea et se releva pour faire face à Lucie.

— Je te remercie pour les conseils des dernières années, mais je n’ai pas envie de t’amuser. Il y a six ans, tu as juré qu’une fois le délai écoulé, tu me ramènerais en enfer. Ne me dis pas que les démons rompent leurs promesses.

Le regard de Lucie s’enflamma. Littéralement.

— Ça va, pas besoin d’être grossier. Je ne suis pas venue en t’insultant moi.

Mickaël ignorait pour quelle raison la dame était en colère et il s’en contrefoutait. Si un peu de frustration accélérait les choses, alors tant mieux !

La diablesse se détourna pour se mettre face à un miroir. Elle sourit à son reflet avant de lui faire un doigt d’honneur accompagné d’une grimace. Brièvement, Mickaël se demanda si tous les habitants des enfers étaient aussi… étranges. Il chassa cette pensée en se rappelant qu’il le découvrirait sans trop de délais.

— Bon, soupira Lucie, assez rigolé ! Nicholas va encore me tomber dans les cornes si je ne livre pas la marchandise à temps.

— Tu es déjà en retard, lui remémora Mickaël.

— Oui, mais je suis jolie. Ça vaut bien un brin d’indulgence. Surtout avec le spécimen que je ramène. Un mec bien bâti, dans sa jeune trentaine, avec les cheveux de la couleur des flammes infernales. Tu vas faire un malheur !

Il n’avait aucune envie de devenir la nouvelle coqueluche des enfers, mais s’il fallait passer par là pour accomplir la mission qu’il s’était fixée, c’est ce qu’il ferait.

— Comment veux-tu mourir ?

La question le prit au dépourvu. Selon ses souvenirs, les damnées n’avaient pas voix en la matière. La surprise de Mickaël amusa Lucie.

— Ce n’est pas une offre commune, mais je t’apprécie. Profites-en.

Le condamné se racla la gorge. Il ne regrettait pas ses choix. Cependant, décider de la façon dont on doit passer l’arme à gauche requérait une nouvelle forme de courage.

— Je veux que ce soit rapide.

— Ouais, ouais, s’énerva Lucie. Tu es pressé. Ça va, j’ai compris !

Il souhaitait demander une mort sans douleur, mais les mots refusèrent de franchir ses lèvres. La diablesse parut toutefois deviner son appel muet et hocha la tête.

— Ça va aller, Mika, souffla-t-elle d’un ton presque maternel. Je m’occupe de tout.

Elle s’approcha et posa sa bouche sur la sienne. Au départ, ce fut la surprise qui empêcha Mika de bouger. Puis, à mesure qu’elle approfondissait son baiser, il comprit que tout mouvement lui était désormais impossible. Lucie se recula avec un sourire satisfait.

— Poison spécial dealmaker. J’en suis plutôt fière. C’est rapide et sans douleur. Et ça me permet de mettre quelques trucs au clair, sans que mes clients ne se lamentent. Je ne parle pas de toi, bien entendu.

Mickaël ne l’écoutait plus vraiment. Se sentant déjà partir. Sa mort était beaucoup plus paisible que ce à quoi il s’était attendu.

— Oh oui, je voulais t'avertir. Lors de ton arrivée en bas, tu vas être déboussolé. C’est normal, avec tes trous de mémoire et tout ça… La vie terrestre a tendance à s’effacer de l’esprit des damnés, je préfère te prévenir.

Si Mickaël n’avait été paralysé, la diablesse aurait perdu la tête. Sa colère, mélangée au poison dans son sang, l’enflammait.

— Oh, fit innocemment Lucie en couchant le corps maintenant inutile sur le lit. Ça m'était sorti de la tête et ça m’a l’air important pour toi… C’est tout moi, les détails, ça m’ennuie.

Cette démone allait le lui payer ! S’il oubliait sa vie, comment allait-il pouvoir mettre son plan à exécution ? Se rappellerait-il seulement de la raison qui le poussait à lutter ? Au fond, de qui se moquait-il ? Il ne ferait rien à Lucie puisqu’il aurait oublié le coup de cochon de cette diablesse.

Lucie ferma les paupières de Mickaël. Il sentit son cœur battre de plus en plus lentement, essayant de graver dans son cerveau les moments importants de son existence humaine.

— Dors bien, Mika, rendez-vous en enfer.

Chapitre 2

Le chant silencieux de la sirène

(Avant)

Etrebackstage, ce n’était pas le gros luxe dans un bar du centre-ville. Et il ne servait à rien de mentionner la loge qu’on lui avait assignée. Il s’agissait plutôt d’un placard lui ayant permis de quitter ses vêtements salis par le chantier sur lequel il s’était usé les mains durant presque dix heures. Mickaël avait enfilé un t-shirt propre et un jean sans poussière de bois. Il ébouriffa ses cheveux aplatis par son casque pour se redonner meilleure allure.

— Hey ! Cowboy ! C’est à toi dans deux minutes.

Mickaël acquiesça d’un geste de la tête et s’empara de sa guitare. Pour la première fois de la journée, un sentiment de paix s’immisça en lui. Il posa ses fesses sur le tabouret le plus près et commença à gratter son instrument pour en vérifier le son. Son groupe s’étant séparé le mois dernier, le musicien aurait pu être stressé de monter seul sur scène. Performer devant un public lui avait trop manqué pour qu’il soit nerveux. Même s’il se cachait habituellement derrière sa guitare et laissait les performances vocales aux autres.

Des applaudissements retentirent et son prédécesseur revint backstage.

— C’est ton tour, mon vieux, lui indiqua l’autre en lui donnant une tape dans le dos.

Mickaël inspira profondément puis s’avança pour prendre place devant une centaine de personnes. Les clients du bar riaient, se parlaient, essayaient de se séduire, mais il ne paraissait pas y avoir de saoulons désagréables. Ça s’annonçait bien. Mickaël devait faire six chansons populaires et on l’avait autorisé à jouer une pièce originale à la fin de son set.

Ses pas le menèrent au micro, semblant trouver leur chemin d’instinct. Il aurait aimé dire une belle phrase accrocheuse ou un truc qui allumerait la foule, à la manière de Marc, le chanteur de son ancien groupe. Son cerveau tomba en panne au moment où il voulut leur adresser quelques mots. Il se racla alors la gorge et commença à jouer, utilisant sa guitare comme bouée de sauvetage. La mélodie s’éleva au-dessus du brouhaha des conversations et il se détendit, laissant la musique parler pour lui.

Quand il se mit à chanter, sa voix, grave, sonnait juste. Mickaël savait que cette performance serait l’une de ses meilleures et il se fichait qu’elle ait lieu dans un bar plutôt que sur une scène prestigieuse. Il ferma les yeux pour savourer l’instant. Il les rouvrit à la fin de sa première chanson pour découvrir des visages appréciateurs. Des applaudissements chaleureux accompagnèrent le tout début de son deuxième morceau. Le musicien leur sourit en jouant des accords plus rythmés qui attirèrent plusieurs clients sur la piste de danse. La réponse de son public enflamma son cœur et ses doigts. Il se mit à jouer comme s’il n’y aurait jamais de lendemain. Il donna tout jusqu’à son avant-dernière chanson. Mickaël se rapprocha du micro, toute sa gêne envolée.

— Je vais terminer avec une pièce originale.

La salle était silencieuse, comme si les gens s’intéressaient réellement à ce qu’il avait à dire.

— Elle raconte l’histoire de mon meilleur chum. Un bon jack qui s’est noyé lors d’une sortie en mer avec son père, un pêcheur d’expérience. La chanson s’intitule : Sous les vagues.

Sans attendre la réaction du public, il pinça les cordes de sa guitare. Les accords vibraient et il sentit l’émotion l’étreindre beaucoup plus douloureusement qu’il ne l’aurait cru. Ses yeux parcoururent la pièce, à la recherche de quelque chose pour s’accrocher. Ils tombèrent sur une femme au regard bleu tempête. De la même couleur qu’il imaginait les flots lui ayant ravi son meilleur copain. Mickaël se laissa bercer par ses yeux, par leur profondeur, par leur intérêt. Il permit finalement aux premiers vers de s’envoler vers elle. Il lui raconta l’amitié. Lui chanta l’injustice. Lui exposa l’horreur d’une vie volée trop tôt.

Thomas était le gamin avec le pied marin,

Chaque matin, il dansait sur les ponts

Maintenant, il vit dans les bas-fonds

Et il danse, danse avec les poissons

Elle écouta son histoire, entendit son adieu. Jamais, de toute sa vie, il ne s’était senti aussi bien compris. Des larmes brillèrent au coin des yeux de la spectatrice et elles s’écoulèrent en harmonie avec les dernières notes de sa ballade. Les plus bruyants applaudissements de la soirée firent vibrer la scène. Mickaël ferma les paupières pour reprendre ses esprits. En les rouvrant, il chercha la femme des yeux. Déçu de voir sa place vide, Mickaël salua tout de même son public et retourna au backstage qui n’en était pas vraiment un.

— Ouah, mec ! l’interpella l’autre chanteur. Ta dernière toune, c’était malade. Tu vas pouvoir te pogner n’importe quelle célibataire dans le bar. Les femmes aiment ben ça les mecs sentimentaux. J’aurais dû penser à faire ça, moi aussi !

Trois phrases et ce type lui tapait déjà sur les nerfs. Mickaël le contourna sans répondre et rangea son instrument dans son sac. Le propriétaire de l’établissement lui apporta un chèque (d’un maigre montant, mais qu’il appréciait tout de même) ainsi qu’une bière.

— Désolé pour ton ami, lui déclara l’homme âgé d’une quarantaine d’années. C’était ben touchant ta chanson.

— Merci Guillaume. Et merci pour le contrat.

— On pourrait remettre ça. Tu es plutôt bon. Pis assez peu populaire pour mes moyens financiers.

Le proprio rigola à sa blague en frottant sa grosse moustache grisonnante.

— Ouais, répondit Mickaël en se rappelant l’inconnue, la belle sirène qui l’avait sauvé d’un naufrage musical. Ça serait bien.

Le musicien calla sa bière, plaça sa guitare sur son dos et quitta par l’arrière. Son réveil à l’aurore commençait à se faire sentir, le faisant bâiller en poussant la porte. En mettant le pied dehors, il se figea, toute trace de fatigue envolée. Mickaël avait cru qu’elle était partie, ou qu’elle s'était échappée tout droit de son imagination, mais il la retrouvait là, l’attendant à la sortie.

— Salut. Je sais que je vais avoir l’air d’une groupie, mais je voulais te dire que ta dernière toune, ben elle était vraiment bonne. Tu devrais en jouer plus des compos.

Le musicien n’en revenait pas de sa chance. On ne rencontrait pas une sirène tous les jours !

— Bon ben c’est ça…continua-t-elle devant son silence. J’voulais te dire que t’avais été super. Merci d’avoir joué.

Elle commença à se détourner et Mickaël paniqua en réalisant qu’il n’avait ni bouger, ni parler et que la sirène allait croire qu’il se fichait d’elle.

— Euh… Attends… Tu aimerais… aller boire un café ?

La jeune femme lui sourit et il se sentit comme le champion d’une course à laquelle il ignorait avoir participé. Il était hypnotisé par la pointe des cheveux de la spectatrice, teinte en bleu, volant autour de son visage.

— Un café ? À minuit ? Pourquoi pas ? Tu pourras me parler de tes autres chansons.

Il acquiesça, prêt à lui jaser de n’importe quoi.

— Ouais, répondit-il en se forçant à agir normalement. Ouais, pas de problème.

Elle sourit à nouveau et l’invita à la suivre sur le trottoir.

— J’adore la musique, commença-t-elle. Je chante moi aussi. On devrait faire un duo un jour.

Mickaël se pinça, mais la femme resta à ses côtés. Bien sûr qu’elle chantait… toutes les sirènes possèdent une mélodie magique. Bien que celle-ci l’ait ensorcelé avant même qu’il n’ait entendu sa voix.

Chapitre 3

Le condamné sans crime

Le défilé d’âmes traversant les portes de l’enfer était habituellement un flot continu, transportant les damnés vers la cité des ombres. Ces derniers jours, on aurait dit un torrent déchaîné, tant les morts arrivaient en grand nombre. Humus grogna, chaque cent ans, c’était la même histoire. Les dealmaker s’arrangeaient pour ne pas avoir à quitter les enfers durant les Hells Games. Ils remplissaient leur quota d’âmes pendant les semaines précédant les jeux et pouvaient, de cette façon, profiter du spectacle. C’était bien beau tout ça, mais pour Humus ça devenait désagréable.

— Suivant ! cria-t-il après avoir rendu la sentence d’un damné particulièrement agaçant.

Une femme dans la cinquantaine avança vers son bureau. Humus parcourut rapidement le pacte que la dame avait signé six ans plus tôt. Encore une qui avait vendu son âme contre la richesse. Le juge infernal tourna à la seconde page pour déchiffrer le résumé gribouillé par un dealmaker un peu négligent.

— Bien sûr, des dépenses excessives… Tiens, de la jalousie… qui s’est soldée par l’achat d’un contrat de tueur à gages qui s’est occupé de votre mari ! Vous n’avez pas chômé durant vos années maudites.

La femme le dévisagea, aussi perdue que tous les nouveaux arrivants.

— Bon, je vous explique brièvement comment ça marche ici. Vous avez fait un pacte avec un dealmaker. Celui-ci nous résume ce que vous avait fait de son cadeau et, à votre entrée en enfer, on examine vos six dernières années afin de vous imposer la punition que l’on juge opportune. Avez-vous des questions ?

La damnée avait l’air d’un poisson hors de l’eau, à ouvrir et fermer sa bouche sans qu’un son en sorte. Si on oubliait les quelques enragés qui déboulaient en réclamant un avocat (comme si le diable allait vous fournir une défense… ridicule.), les nouveaux arrivants étaient généralement dociles. On leur imposait leur sentence avant qu’ils n’aient compris ce qu'il se passait. C’est une fois dans la cité des ombres que ça se gâchait, mais ce n’était alors plus le problème du juge.

– Très bien. En me fiant à votre dossier, je vous condamne à ne rien pouvoir posséder de ce que vous souhaitez réellement. Tout ce que vous toucherez avec avidité se transformera en cendres. Bonne chance… Cendrillon !

La femme écarquilla les yeux et porta les mains à ses boucles d’oreilles en diamants. Celles-ci se désintégrèrent à l’instant où les doigts de la damnée les frôlèrent. Son regard se remplit d’eau et Humus soupira. Encore une chialeuse. Elle allait trouver longue l’éternité en enfer !

— Suivant ! cria de nouveau le magistrat en faisant signe à un soldat infernal de faire bouger la condamnée.

Le fier représentant des forces militaires de l’enfer fit rouler ses épaules tatouées chacune d’une corne diabolique, symbole de son rang, et poussa la femme sans ménagement. Humus avait déjà écrit son verdict et envoyé le dossier dans la pile des jugements. Avec le détachement propre à ceux qui ont vu tout ce que leur métier a à offrir, il déplia le contrat du prochain damné. Il parcourut le document, ne réalisant pas vraiment ce qu’il lisait. Rendu au bas de la page, il ramena ses yeux à la section contrepartie, n’en revenant pas. Son attention se porta sur l’homme debout devant lui.

— Attendez-moi un instant, je crois qu’il y a une erreur dans votre dossier.

Humus savait que les contrats, liant les deux parties par une magie diabolique, ne pouvaient contenir de fausses informations. Pourtant, il n’avait jamais été confronté à ce genre de cas. L’honorable juge descendit de sa chaise surélevée et s’approcha d’une collègue.

— Hé ! Régulus ! J’ai besoin de ton œil de lynx.

Elle lui lança un regard meurtrier de son unique œil valide. Elle s’empara néanmoins des feuilles tendues par son confrère. Avec la moitié du visage brulé, les émotions se lisaient difficilement chez Régulus, pourtant la surprise apparut dans son œil.

— Qu’est-ce que je fais avec ça ? s’enquit Humus.

La juge borgne lui rendit la paperasse comme si elle contenait un dangereux secret.

— C’est à toi de prendre une décision, mais si j’étais à ta place, j’aviserais Nicholas. C’est le genre d’anomalie que le Boss souhaite connaître.

À la mention du patron des enfers, les deux fonctionnaires diaboliques frissonnèrent. On ne dérangeait jamais le seigneur des lieux. Et quand on entrait en contact avec Nicholas, son bras droit, il y avait intérêt à avoir une bonne raison. Humus hésitait. Est-ce que ça valait la peine de parler à quelqu’un pour ça...?

— T’as pas envie de t’en occuper, Régulus ? Un cas comme celui-là, tu risques de ne jamais en revoir.

— Bien essayé, mais non. Ton client, ton problème. Et si ça te plaît pas, va te plaindre à la dealmaker responsable du pacte.

Régulus avait à demi souri (difficile de faire autrement avec la moitié de la face durcie par des cicatrices) en lui donnant ce conseil. Les juges ne se permettraient jamais d’aller dire à un dealmaker comment faire leur boulot. Surtout pas à Lucie, l’une des favorites du Big Boss !

— C’est bon, je vais m’arranger, bougonna Humus en retournant à son siège.

Le damné n’avait pas bougé, mais observait son environnement de manière trop lucide. Il marmonnait un truc en boucle, un peu comme une prière. Le juge tendit l’oreille, intrigué par le comportement de l’homme.

— Je suis là pour Thomas… Faut pas oublier Thomas…

— Qui est Thomas ? s’étonna Humus qui n’avait pas l’habitude qu’un humain ait des souvenirs de sa vie sur terre.

Le damné haussa les épaules, calme.

— Je ne sais pas. Je me suis réveillé avec cette pensée sous mon crâne et rien d’autre. Vous avez un Thomas qui traîne dans le coin ?

Le juge laissa échapper un rire nerveux. Il détestait sortir de sa routine. C’était à lui de poser les questions, pas l’inverse.

— Aucune idée, répondit-il tout de même. Les âmes ici ne gardent pas leurs prénoms humains.

— Comment je retrouve quelqu’un dans ce cas-là ?

— Dur à dire. Tu as l’éternité pour trouver, alors amuse-toi bien avec ça.

Humus remarqua un tatouage au nom de Thomas sur l’avant-bras de son étrange client. Il n’était pas près de laisser cette ridicule quête. Du jamais vu ! L’homme n’avait pas l’air ébranlé par les infos données par le juge et celui-ci en fut agacé.

— OK, reprit-il, vous avez donc vendu votre âme contre… en fait vous n’avez rien demandé et rien reçu en échange de votre damnation éternelle. Si je me fie à votre dossier, vos six dernières années ont été exemplaires. Bénévolat… Entrainement… bonne nutrition… événements caritatifs… Je n’ai absolument rien à me mettre sous la dent !

L’humain le fixa directement, patient, si incroyablement calme qu’Humus n’eut qu’une envie. Donner son verdict pour passer à la prochaine âme. Idéalement un client cruel et avide qu’il aurait plaisir à punir.

— Très bien. Je vous condamne à… Rien. Vous passerez l’éternité tel que vous êtes. Maintenant, déguerpissez de ma vue, l’homme pur.

Un autre soldat à la peau rougie, tatouée de trois cornes sur chaque épaule, s’approcha pour escorter le nouveau vers la cité des ombres. Contrairement à son habitude, il n’osa toucher le damné. Il lui fit signe de le suivre, en gardant une bonne distance. Tous ceux qui avaient entendu le verdict semblaient tendus. Même les diablotins, les créatures les plus énervantes du monde maudit, s’étaient arrêtés pour jeter un œil au premier humain considéré clean. Humus s’empara fébrilement du prochain contrat et se sentit soulagé en lisant les premières lignes. Un voleur et un profiteur aux tendances violentes. Un cas ordinaire, pour un juge ordinaire.

— Suivant !

Chapitre 4

Un quotidien magique

(Avant)

Parfois, la vie prenait une direction qui foutait en l’air notre itinéraire. Mickaël, qui était venu en ville pour son job, avait décidé de s’y installer. Mélanie, sa sirène, avait chamboulé son existence et il en redemandait.

Le couple se fréquentait depuis à peine un mois et avait déjà emménagé ensemble. Des outils et des instruments de musiques trainaient dans tous les coins. Ils dormaient sur un matelas gonflable et des couvertures leur servaient de rideaux. Malgré ça, Mickaël n’aurait changé de place avec personne. Il quitta son lit un peu ramolli, sortit de la chambre et atterrit directement dans la cuisine. Mélanie utilisait des écouteurs et dansait en attendant que le grille-pain recrache ses toasts. Mickaël apprécia le spectacle quelques instants puis se rapprocha pour poser ses mains sur les hanches de sa sirène. Elle sursauta avant de se laisser aller contre lui. Cette magnifique femme lui prêta un écouteur et les mouvements de Mickaël s’accordèrent à ceux de Mélanie. Son nez alla chatouiller le cou de sa partenaire puis sa langue prit le relais. Elle eut un petit rire suivi d’un soupir lascif qui lui donna envie de la goûter en entier.

Leurs journées étaient remplies de ce genre de moments qui laissaient Mickaël étonné que la vie puisse être si agréable. Si simple. Mélanie vivait de manière intense, profitant de chaque instant. Colorant la pointe de ses cheveux d’une teinte différente chaque semaine, elle montrait ses multiples facettes à la maison et sur scène.

Le cœur de Mickaël avait quitté sa poitrine la première fois qu’il avait assisté à l’un de ses spectacles. Sa présence devant un public était à couper le souffle, mais ce n’était rien comparé à la splendeur de sa voix.

— C’est toi le Mika de Mel ? lui avait demandé une femme dans la cinquantaine, un pass VIP autour du cou.

Il avait répondu oui, sans détourner les yeux de la chanteuse.

— Cette fille-là est spéciale, p’tit gars. J’espère que tu t’en rends compte.

Mickaël avait hoché la tête, refusant de manquer une seconde de la prestation de sa sirène. La dame avait eu un léger rire et s’était tue pour profiter du spectacle, elle aussi.

Une fois sa dernière note envolée, Mélanie avait remercié chaleureusement son auditoire, avait fait un rappel, ou cinq, puis avait rejoint Mickaël en coulisse.

— Tu as aimé ? avait-elle demandé, les yeux brillants.

— Tu étais magnifique, avait-il répondu en se sentant idiot.

Magnifique n’était pas un mot suffisamment puissant pour décrire ce qu’il avait ressenti. Grandiose… peut-être ? Il aurait voulu trouver le compliment parfait, mais sa sirène s’était retournée vers la femme derrière lui.

— Maman ! Génial, tu as pu venir !

Mickaël avait observé les deux femmes se serrer dans leurs bras en regrettant un peu d’avoir ignoré la mère de Mélanie.

— Est-ce que tu as rencontré Mika ? avait-elle interrogé en le désignant du menton. Maman, Mikaël. Mika, voici ma mère Raymonde.

Il avait fait un sourire d’excuses à la quinquagénaire, puis l’avait détaillée, remarquant la ressemblance avec sa fille. Cette femme paraissait s’être amusée toute sa vie. Ses longues bottes, sa veste en cuir et les mèches mauves de ses cheveux attestaient de ses goûts surprenants. Très loin des gilets de laines et des pantalons beiges de sa propre mère.

— J’en aurais profité pour faire connaissance, mais ton homme était trop occupé à saliver devant toi pour accorder de l’attention à une vieille peau comme moi !

Mélanie avait souri devant la mine coupable de Mickaël. Il avait haussé les épaules avant de s’expliquer.

— Mais madame ! Vous avez mis au monde une véritable sirène. Qui doit d’ailleurs tenir sa beauté de vous. Vous devez pouvoir comprendre ma fascination !

Mélanie et sa mère avaient échangé un regard et éclaté de rire.

— J’l’haïs pas celui-là, avait déclaré Raymonde. Ton père lui aurait peut-être même adressé la parole.

Un ange était passé entre eux, posant probablement une main affectueuse sur les joues de sa femme et sa fille.

— C’est bon ! avait asséné Mélanie. On va aller boire une bonne bière froide au bar d’en face. Impossible de rentrer tout de suite, j’ai l’adrénaline dans le tapis !

Elle avait pris Mickaël par le bras et l’avait tiré derrière elle. Raymonde les avait suivis d’un pas tranquille.

— T’amènes ta mère au bar ? avait chuchoté Mika.

— j’t’ai entendu le jeunot, l’avait interrompu la dame, T’es mieux de pas dire que tu me trouves trop vieille ! Yé pas arrivé le jour où j’pourrais pas aller boire d’la bonne bière de taverne !

— Inquiète-toi pas pour elle, s’était amusée Mel, ma mère a une surprenante tolérance et elle a l’alcool joyeux.

Et, comme chaque moment depuis que Mélanie l’avait sauvé d’une noyade artistique, celui-ci fut surprenant. Il avait déconné avec sa belle-mère, avait rigolé avec les amis qu’attirait sa sirène et avait dansé avec celle qu’il considérait déjà comme la femme de sa vie. Ce genre de truc vous prenait aux tripes, impossible de se tromper.

— Je veux que le monde entier sache que je t’appartiens. Un jour, je t’épouserai.

Mélanie, entourée de ses bras, lui sourit.

— Quel jour ?

— Celui que tu souhaites.

— Je choisis aujourd’hui.

Mickaël fixa son regard dans celui de sa sirène pour s’assurer qu’elle ne se moquait pas de sa proposition. Il la trouva amusée, semblant le mettre au défi d’aller jusqu’au bout.

— Chaque moment compte, murmura-t-elle.

Quelque part, dans un coin de son cerveau, une alarme sourde signalait le caractère précipité de sa demande. Il la fit taire en embrassant sa future épouse. Avec elle, il goûtait le paradis. Qui pourrait lui reprocher d’être gourmand ?

Chapitre 5

Qu’est-ce qu’on s’amuse en enfer!

Pour ne pas mourir d’ennui (bon, pas au sens littéral du terme), il était important de se réinventer. De briser le quotidien. De changer. Voilà des siècles que Malik Cilian Ferris alias Lucifer avait renoncé à la torture pure et simple pour se tourner vers quelque chose de plus subtil, abandonnant par le fait même le sobriquet qui rappelait cette époque révolue. La cité des ombres s’était transformée, au fil d’un temps infini, pour devenir son plateau de jeu. Il y avait une règle simple. Ne jamais mentir. Malik avait le mensonge en horreur. Gare à celui qui se ferait prendre !

Le Diable se prélassait sur un large divan, entouré d’une vingtaine d’invités. Nicholas fit son entrée avec sa prestance habituelle. Il agissait comme général de son armée depuis quelques centaines d’années. Malik attendait toujours le moment où il se tannerait de cet homme. Chaque jour, il était étonné de continuer à désirer sa présence. Un changement charmant pour un monstre tel que lui.