Pickstone - Tome 2 - Alexandra Vigneault - E-Book

Pickstone - Tome 2 E-Book

Alexandra Vigneault

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Beschreibung

Jack arrivera-t-il, malgré les dangers qui le guettent, à secourir Charlie ? Jamais Victor Silenbrien n’acceptera que son héritier se dérobe aux desseins qu’il a échafaudés pour lui. Tandis qu’il fouille chaque recoin de Pickstone pour débusquer son fils, Jack doit lutter contre l’emprise de Cissy, devenue dangereusement machiavélique. Goûter au pouvoir aura rendu cette pauvre fille avide et sans scrupules. Les intrigues de Pickstone et des familles fondatrices parviendront-elles à détruire Jack ?


À PROPOS DE L'AUTEURE


Alexandra Vigneault projette sous nos yeux ébahis le deuxième épisode de la délirante saga pickstonienne. Les haines farouches, les alliances improbables et les retournements insolites chavirent les personnages… et les idées préconçues.
Sans répit, se côtoient la tyrannie, l’âpreté, l’altruisme, la sollicitude et, surtout, la loyauté, quel qu’en soit le prix.

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Seitenzahl: 284

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Table des matières

Dédicace

Autres publications de

LES MÉMOIRES DE PICKSTONE

Prologue

Chapitre 1 - Cissy

Chapitre 2 - Un père… inquiet ?

Chapitre 3 - Un allié encore plus précieux

Chapitre 4 - Révélations

Chapitre 5 - Le majordome et le garde du corps

Chapitre 6 - Les gardiens

Chapitre 7 - Les premiers duels

Chapitre 8 - Échappé belle

Chapitre 9 - Liam James Silenbrien

Chapitre 10 - Deuxième vidéo

Chapitre 11 - Un projet surprenant

Chapitre 12 - La fête et l’horreur

Chapitre 13 - La dernière course

Chapitre 14 - Le captif

Chapitre 15 - Le sifflet

Chapitre 16 - Prisonnier

Chapitre 17 - Abandonner

Chapitre 18 - Prise de conscience

Chapitre 19 - L’évasion

Chapitre 20 - Les retrouvailles

Chapitre 21 - Un monde meurtri

Chapitre 22 - Le mécanicien

Chapitre 23 - Passons aux choses sérieuses

Chapitre 24 - Un temps de répit

Chapitre 25 - La mission

Chapitre 26 - Le réveil

Chapitre 27 - Le sacrifice

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Titre: Pickstone / Alexandra Vigneault.

Noms: Vigneault, Alexandra, 1988- auteur. | Vigneault, Alexandra, 1988- Réveil.

Description: Sommaire incomplet: tome II. Le réveil.

Identifiants: Canadiana 20190032618 | ISBN 9782898090103 (vol. 2)

Classification: LCC PS8643.I365 P53 2019 | CDD C843/.6—dc23

Auteure :Alexandra VIGNEAULT

Titre :PICKSTONE - Le Réveil - Tome II

Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire cet ouvrage en totalité ou en partie, sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit sans l’autorisation écrite préalable de l’auteure, conformément aux dispositions de la Loi sur le droit d’auteur.

©2020 Éditions du Tullinois

www.editionsdutullinois.ca

ISBN papier : 978-2-89809-010-3

ISBN E-Pdf : 978-2-89809-116-2

ISBN E-Pub : 978-2-89809-117-9

Bibliothèque et Archives Nationales du Québec

Bibliothèque et Archives Nationales du Canada

Dépôt légal papier : 1er trimestre 2020

Dépôt légal E-Pdf : 2e trimestre 2021

Dépôt légal E-Pub : 2e trimestre 2021

Corrections grammaticales: Éditions du Tullinois

Illustration de la couverture :Mario ARSENAULT- Tendance EIM

Imprimé au Canada

Première impression :Avril 2020

Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) du soutien accordé à notre programme de publication.

SODEC - QUÉBEC

Dédicace

À ma Mère,

La première a m'avoir raconter une histoire.

Merci, Maman.

Autres publications de

Alexandra VIGNEAULT

2019 Pickstone - La légende T1Éditions du Tullinois

2019 Méfiez-vous du R.I.S.C Éditions du Tullinois

2018 Catherine et l'Héritage Caché Éditions du Tullinois

LES MÉMOIRES DE PICKSTONE

Le secret des gardiens

—  On n’a pas le droit d’être ici.

Samuel détestait briser les règles. Normalement, il n’aurait jamais mis les pieds dans un endroit interdit. Malheureusement, il était tombé amoureux de Viviane Silenbrien. Cette fille avait la beauté d’une délicate princesse, mais le caractère d’un explorateur à la tête brûlée. Malgré les désagréments qu’elle lui attirait à tour de bras, il continuait de la suivre partout.

—  Oh, ne fais pas ta mauviette, rigola Viviane en sautant sur une énorme pierre. Demeurer à Pickstone est si ennuyeux ! J’aimerais tellement quitter cette île, aller voir le monde !

Le courant de la rivière étant particulièrement agité, son pied glissa dangereusement sur le rocher humide. La belle héritière reprit son équilibre et éclata de rire.

Le cœur de Samuel rata un battement tandis que, d’un seul élan, il attrapa son coude.

—  Sois prudente ! Tu pourrais te casser le cou.

Viviane modéra son exubérance tout en conservant sa bonne humeur. Elle posa un léger baiser sur la joue de son meilleur ami.

—  Tu es mon ange gardien, Sam.

Il aurait voulu continuer de la gronder pour son insouciance, mais le contact des lèvres de l’héritière lui fit oublier son sermon.

—  Tu sais bien que je ne laisserai jamais aucun mal t’atteindre.

À dix-sept ans, on promet parfois des choses impossibles. En y croyant de tout son cœur.

—  Hé ! Vous deux ! Qu’est-ce que vous faites ?

Samuel soupira d’agacement en reconnaissant la voix d’Arthur Vendebout. Il se demanda comment ce dernier avait pu les rejoindre si rapidement. Puis il avisa Léonie Templieur juste derrière lui. Évidemment, elle avait arrêté le temps. Comme à chaque fois qu’il avait éloigné les deux pots de colle, ceux-ci rappliquaient aussi vite. Les trois héritiers étaient inséparables, leurs parents étant toujours occupés à… gérer la ville. Ou un truc important de ce genre. Depuis deux générations déjà, ces humains aux capacités étonnantes avaient fondé ce petit coin de paradis qu’était Pickstone.

Arthur sauta élégamment à leurs côtés. Son corps si léger lui permit d’atterrir sans un bruit. Samuel jalousait sa grâce. Mais pas son étrange chevelure argentée. Ni son teint d’une pâleur maladive.

Léonie les rejoignit sans qu’ils s’en rendent compte. Le jeune homme sursauta en la voyant apparaître sur la pierre.

—  Léo, Arty, les salua Viviane. J’avais envie de montrer à Sam la grotte près de la falaise.

—  Oh ! siffla Léonie. Celle de la vieille sorcière.

Samuel se redressa d’un geste si brusque qu’il aurait pu faire tomber tout le monde.

—  Attends ! La vieille quoi ?

Arthur ricana doucement tandis que l’héritière des Silenbrien lui tapotait l’épaule.

—  Ce n’est pas une vraie sorcière, expliqua le Vendebout du ton de l’évidence. C’est une légende. Celle de la veuve Brillard. Elle devrait avoir environ cent ans et vivrait dans une grotte depuis le suicide de son mari. Certains disent qu’il a péri par sa faute et que le chagrin l’a rendue folle. D’autres affirment que c’est elle qui l’a poussé de la montagne et qu’elle célèbre sa mort chaque nuit.

Samuel déglutit difficilement.

—  Et pourquoi on irait la voir ? adressa-t-il à Viviane.

—  Parce que l’endroit est le plus grand mystère de Pickstone. Personne ne l’a aperçue depuis des années, mais, parfois, au crépuscule, les vents portent ses pleurs jusqu’à la ville.

—  Viviane ! répliqua Léonie. Tu racontes vraiment n’importe quoi.

Léonie était la plus terre-à-terre du groupe. Une partisane des faits et du concret.

—  Tu n’as pas mes oreilles, Léo, la nargua la Silenbrien. Si vous neme croyez pas, vous n’aurez pas peur de me suivre là-bas !

Elle s’élança à toute vitesse, sautant de pierre en pierre. L’écho d’un rire la poursuivit et avant que Samuel ait pu cligner des yeux, Léonie avait déjà devancé l’intrépide exploratrice. Sans attendre, le Vendebout flotta gracieusement jusqu’à elles.

—  Fichus héritiers frimeurs, grommela le jeune homme dépourvu de leurspouvoirs.

—  Arrête de te plaindre et suis-nous ! lui ordonna la belle Viviane.

Bien sûr, la Silenbrien l’avait entendu. Samuel soupesa ses options. Rentrer sagement chez lui ou continuer avec les trois adolescents dans un lieu effrayant et potentiellement dangereux. La décision fut facile à prendre et, en pestant contre sa propre imprudence, il se mit en route vers la grotte de la vieille sorcière.

Remarquant les efforts de son ami, Viviane ralentit afin qu’il la rattrape. Ils marchèrent main dans la main, permettant aux autres de les distancer.

—  Tu nous trouves vraiment frimeurs ? s’assura-t-elle en s’engageant dans un sentier boueux.

—  Avec moi, répondit-il honnêtement. Je crois que c’est parce qu’on se connaît si bien et que vous vous laissez aller. J’ai remarqué votre retenue en présence de nos concitoyens. Même vos parents ne semblent plus utiliser leurs capacités en public.

La jeune fille baissa la tête et un rideau de cheveux bruns tomba devant ses yeux bleus.

—  Ils nous ont demandé de nous faire discrets. Avec la grossesse de ma mère qui arrive bientôt à terme, je ne veux pas les contrarier.

—  Qui ça, « ils » ? s’étonna Samuel.

—  Je ne sais pas trop. Ce serait apparemment une question de sécurité. En fait, pour moi c’est facile. Il y a longtemps que je me retiens de commenter les pensées des autres. Ça les met mal à l’aise.

Le garçon toussa pour étouffer un rire. Il avait déjà vu la réaction des gens face aux Silenbrien. Ils n’étaient pas « mal à l’aise » : ils étaient effrayés.

—  Mais toi tu n’as pas peur, souligna-t-elle, ayant suivi le fil de sa réflexion. C’est pour ça que je t’aime autant. Tu es une perle parmi les cailloux de Pickstone.

Le compliment lui fit tellement plaisir que ce fut son tour de trébucher. Viviane le rattrapa, lui épargnant un bain de boue.

—  C’est à moi de te servir d’ange gardien, blagua-t-elle.

—  Oui, approuva-t-il. On fait une sacrée équipe…

—  Ramenez vos fesses, leur cria Léonie. On est arrivés !

En effet, on distinguait, cachée entre les larges sapins, l’entrée d’une grotte. En pleine nuit, l’obscurité au cœur de cette structure rocheuse donnait froid dans le dos.

—  Vous voyez bien qu’il n’y a personne ici, indiqua Samuel. Il fait noir comme dans le derrière d’un ours et on n’entend rien du tout.

Viviane ouvrit de grands yeux en réaction à ses propos. Elle s’avança pour mettre un pied dans la grotte.

—  Tu as raison, déclara-t-elle d’un ton intrigué. Je n’entends rien.

—  Moi non plus, signala Arthur Vendebout. Pourquoi t’as cette drôled’expression ?

—  Parce que je n’entends rien, insista-t-elle.

Léonie s’approcha à son tour.

—  Tu veux dire… avec tes oreilles de Silenbrien ?

Viviane hocha la tête. Léonie plissa le front et Samuel fut assailli par un mauvais pressentiment.

—  Je n’arrive plus à manipuler le temps. Cet endroit nous prive de nos pouvoirs. Tu crois que c’est permanent ? s’inquiéta la Templieur.

Viviane courut sur quelques mètres pour s’en assurer.

—  À cet endroit, tout est normal ! cria-t-elle avant de revenir les trouver.

—  C’est dingue, souffla Léonie. Tu penses que nos parents savent ?

—  On ne devrait pas y aller, la coupa Samuel. Cette histoire de vieille sorcière, c’est probablement une invention pour tenir les gens à l’écart. Y’a un truc quicloche ici.

—  Pour une fois, ajouta Arthur, je suis d’accord avec le sans-pouvoir.

Les deux héritières se fixèrent et se mirent à sourire.

—  Come on, les gars ! Que voulez-vous qu’il y ait là-dedans ? On va bien s’amuser. Allez, Sam, tu as promis de me protéger.

Viviane savait très bien que son ami la suivrait au bout du monde. Elle ne se soucia pas de sa réponse et s’enfonça dans la noirceur avec Léonie.

—  Et merde ! jura le sans-pouvoir en faisant un pas.

—  Où vas-tu ? demanda Arthur en mettant ses doigts glacés sur son bras.

Le jeune homme se dégagea d’un geste calme tout en dévisageant le pâle héritier.

—  Tu comptes vraiment les laisser seules là-dedans ?

—  Attends au moins que je nous fasse de la lumière.

Il extirpa une lampe de sa poche.

—  T’avais pas envie de la sortir plus tôt ? s’énerva le pauvreSamuel.

Avec un sourire contrit, il lui fit signe d’avancer. Les deux adolescents entrèrent dans la montagne. Surpris, le sans-pouvoir lâcha un petit cri.

—  Quoi ? paniqua l’héritier. Qu’est-ce que t’as vu ?

—  C’est… toi ! Regarde tes bras.

Sous l’éclairage jaunâtre de la lampe, on apercevait une belle peau couleur pêche. Ce Vendebout, au teint habituellement translucide, ressemblait maintenant à n’importe quel jeune homme de son âge. Il remonta le faisceau lumineux vers son visage.

—  Tes cheveux, remarqua Samuel, ils sont noirs. C’est trop bizarre. Trouvons les filles et partons d’ici.

—  T’as raison.

Ils progressèrent rapidement en se guidant sur les chuchotements de leurs compagnes. Celles-ci immobilisèrent devant l’apparence du troisième héritier.

—  Shit, Arthur ! siffla Léonie. Qu’est-ce que ça te fait d’avoir un corps d’humain ?

Le jeune homme lui lança un regard mauvais.

—  Et je suis quoi, normalement ? Un extra-terrestre ?

Viviane pouffa et Sam l’imita.

—  Oh, te vexe pas. Tu sais ce que je veux dire.

—  Ben, en fait, répondit le Vendebout plus sérieusement, je ne m’attendais pas à ça. Je me sens super lourd… J’ignore comment vous faites pour supporter ça à longueur de journée.

Léonie s’apprêtait à répliquer quand leur amie les coupa brusquement :

—  Hé ! Venez voir ça.

Viviane attirait leur attention sur une section énorme de la grotte. Ils se trouvaient à mi-hauteur d’une gigantesque galerie. On aurait dit qu’une salle de bal avait été creusée à même la montagne. Des stalactites pendaient du plafond vers un bassin empli d’eau qu’on pouvait présumer assez profond. Leur position leur offrait une vue imparable sur un immense symbole gravé dans le roc. Un étrange sablier ailé. Arthur éteignit sa lampe, rendue inutile par l’éclairage naturel de l’endroit. Une lueur bleutée, provenant d’étonnantes géodes éventrées, se reflétait sur le petit lac, illuminant la surface liquide qui, à son tour, se réverbérait sur toute l’enceinte de pierres.

—  Qu’est-ce que c’est ? chuchota Samuel.

—  Hé ! Ho ! cria au même moment Léonie.

Sa voix résonna en écho. Des centaines de lucioles se mirent à étinceler, quittant les parois rocheuses pour voler un peu partout.

—  C’est magnifique, murmura Arthur.

—  Je ne comprends pas, s’interrogea Viviane. Pourquoi personne ne vient ici ?

—  Tu ne te demandes pas plutôt pourquoi vous n’avez plus de pouvoir ? Pourquoi cette grotte brille sans aucune source de lumière ? Tout ça ne tourne pasbien rond. On devrait partir.

Viviane, toujours aussi téméraire, se pencha au-dessus du vide.

—  Détends-toi Sam ! Observe un peu autour de toi. Ce n’est pas effrayant. C’est magique.

—  La magie, répliqua-t-il, C’EST effrayant.

L’héritière Vendebout voulut répondre. Elle ouvrit la bouche, mais ce ne fut qu’un cri de surprise qui sortit de ses lèvres. Comme au ralenti, Samuel la regarda tomber vers le fond de la grotte. Un incident bête. Un simple faux mouvement. Elle avait perdu pied et chutait à présent vers une mort certaine. Le hurlement du sans-pouvoir résonna longtemps dans la caverne. Bien après que l’héritière eut percuté le sol rocheux avec un bruit de craquement écœurant.

Samuel attaqua la désescalade contre la paroi avant que les deux autres n’aient réalisé ce qui venait de se produire. Il s’écorcha les mains, faillit tomber plusieurs fois, mais ne renonça pas. Il sauta les derniers mètres pour atterrir auprès du corps brisé de la belle Viviane.

Sa vue, embrouillée par les larmes, ne l’empêcha pas de discerner les traits de la jeune femme, tordus par la souffrance. Du sang s’écoulait de sa bouche et un os de sa jambe droite était très visible à travers son pantalon de toile fine.

—  Allez chercher de l’aide !

Il ne prit pas la peine de vérifier qu’on l’avait entendu. Il retira son chandail afin de faire un garrot de fortune.

—  Tiens bon, Viviane, supplia-t-il.

Elle lui répondit par une quinte de toux qui la vida de toute énergie. Elle s’étouffait dans son propre sang. La pauvre crachota faiblement.

—  Non ! Non ! NON ! protesta l’adolescent en panique. J’ai promis de ne rien laisser t’arriver. J’ai PROMIS ! Ça devrait être moi. Ça devrait être moi…

Il ne savait pas à qui il s’adressait. Sa plainte se répercuta en écho. Les pleurs de Léonie se joignirent aux siens. Samuel, à genoux, priant de toutes ses forces, se mit à caresser les cheveux de celle qu’il aimait. Il répéta sa litanie sans pouvoir s’arrêter.

—  Ça devrait être moi… Ça devrait être moi…

Il refusait de croire qu’elle lui serait bientôt arrachée. Viviane, l’intrépide héritière, la belle exploratrice, l’amie fidèle, ne pouvait disparaître alors qu’il continuerait à vivre. La douleur lui extorqua un cri.

C’est alors que les lucioles se posèrent sur l’étrange symbole. Le sablier ailé se mit à briller d’une lumière aveuglante. Un pincement sur la poitrine du jeune garçon lui fit baisser le regard. Sur sa peau, tout près de son cœur, s’imprima une réplique miniature de l’image mystérieuse.

La douleur se modifia en lui. La peine se transforma en horreur quand ses propres os se fracturèrent. Au moment où il sentit ses organes internes exploser comme s’il avait lui-même chuté de plusieurs mètres, il s’écroula aux côtés de sa belle, partageant ainsi ses souffrances d’une manière totalement inconcevable.

Finalement, son cœur arrêta de battre à l’instant où celui de l’héritière se contractait pour la dernière fois.

Arthur et Léonie allèrent chercher de l’aide bien que le pire se soit déjà produit. On retrouva les corps des adolescents exactement dans la même position et les « experts » conclurent que les jeunes avaient menti. Les deux ados étaient simplement tombés. Pas de morts surnaturelles. Uniquement une tragédie. L’affaire fut oubliée par presque tous. Et, plusieurs années plus tard, le jour où Léonie Templieur remarqua un petit sablier ailé sur la poitrine du meilleur ami de son propre fils, aussitôt, elle pleura. Seule avec le porteur du symbole, la jeune mère commença :

—  J’ai besoin de te parler d’un secret… que tu devras garder toute ta vie… C’est le secret des gardiens…

Prologue

Le bruit d’un cœur qui se brise ressemblerait-il davantage à un craquement ou ferait-il penser au verre éclatant sur le sol pour s’émietter en un millier de morceaux ? En tendant l’oreille, capterions-nous un son provenant de cette poitrine meurtrie ou serait-il couvert par le cri de l’âme en peine à qui il appartient ?

Les Templieur, captifs de leur manoir depuis vingt ans, assistèrent, témoins impuissants, au déchirement de deux adolescents. Après avoir échappé à son père et à Cissy Vendebout dont les effrayants pouvoirs avaient atteint un nouveau sommet, Jack retrouva Charlie dans la demeure abandonnée de la famille maudite. Le simple échange d’un baiser avait électrifié l’air, rappelant les disparus, mais attirant aussi la jeune fille vers cette mystérieuse prison temporelle.

Qui de mieux placé pour découvrir le bruit d’un cœur brisé qu’un Silenbrien ? Jack l’aurait sans doute appris, ce soir de drame, si ce n’avait été le sien qui avait subi les dommages. Ce serrement, tandis qu’il s’éloignait en murmurant à l’oreille de la coureuse, brûlait son âme.

Notre cœur peut-il vraiment se briser lorsqu’il ne nous appartient plus ? Si oui, comment se fait-il que la douleur soit toujours la nôtre ?

Chapitre 1 - Cissy

Dans une chambre du manoir Vendebout, une jeune fille reprenait connaissance. Dès que ses paupières se soulevèrent pour laisser voir ses grands yeux gris, sa mère, Édith Vendebout, quitta son fauteuil pour se rapprocher d’elle. Cissy s’était déjà réveillée dans son lit après avoir perdu le contrôle sur son pouvoir. Pourtant, cette fois, c’était différent. Elle ne se sentait ni faible, ni épuisée, mais habitée d’une force nouvelle. L’héritière se redressa tranquillement pour empêcher cette merveilleuse sensation de se dissiper.

—  Doucement ma puce. Ne fais pas trop d’efforts.

La jeune fille comprenait l’inquiétude de sa mère. Celle-ci n’avait cependant pas lieu d’être puisque Cissy ne s’était pas sentie aussi bien depuis des années.

—  Ça va maman, la rassura-t-elle. Que m’est-il arrivé ? J’ai été inconsciente longtemps ?

Un trait soucieux apparut sur le front d’Édith.

—  Environ une heure. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé. Explique-moi, ma puce. Tu lévitais… Ce n’est pas nouveau, mais cette fois des vents violents t’entouraient et tes veines étaient devenues noires. Elles sont d’ailleurs beaucoup plus foncées qu’à l’ordinaire. Comment est-ce possible ? Tu as une idée de la peur que j’ai eue en te voyant t’effondrer ?

—  Je ne suis pas certaine de comprendre, c’était tellement… étrange. J’aimerais en discuter avec papa, savoir s’il a déjà ressenti quelque chose comme ça.

Cissy s’étira, repoussa son édredon violet et descendit sans effort de son lit. Elle tenta de le retirer le soluté qu’on lui avait réinstallé durant son inconscience.

—  Cissy ! protesta sa mère. Qu’est-ce que tu fais ?

—  Je me sens bien, maman, je te le jure. J’aimerais vraiment aller voir papa, insista la jeune héritière.

Édith toucha le front de sa fille et ne fut pas surprise de sa fraîcheur. Ce geste maternel lui échappait parfois, même si la peau des Vendebout restait toujours froide.

—  Rassieds-toi, Cissy, je dois vérifier ta température. Ton père est très occupé en ce moment. Victor Silenbrien n’a pas du tout apprécié la fuite de son fils. Il blâme ton père, qui lui aurait caché tes nouveaux « talents ». Cette famille n’apporte que des ennuis. J’espère bien que nous romprons définitivement les accords de fiançailles. Il est hors de question de s’associer à ces gens. Victor est un sans-cœur. Crois-moi, je sais de quoi je parle.

En réaction aux paroles de sa mère, l’héritière Vendebout se fâcha. Ses veines toujours foncées se noircirent à nouveau.

—  NON ! protesta-t-elle. Tu ne comprends donc pas ? C’est lui la clef !

Édith, effrayée par la colère de sa fille, recula de quelques pas. Qu’est-ce qui avait bien pu lui arriver pour la transformer ainsi ?

—  La clef ? s’étonna sa mère. Quelle clef ?

—  Grâce à Jack, nous allons surmonter notre faiblesse pour retrouver un pouvoir semblable à celui des autres familles fondatrices ! Ce que le vieux Liam Silenbrien avait prédit à papa est tout à fait vrai. Notre union nous rendra plus forts.

Durant son discours, la couleur se modifia sous sa peau. Passant de noir à violet foncé, puis redevenant progressivement bleutée.

—  Dès que nous avons commencé à nous ouvrir, je me suis sentie emplie d’une énergie nouvelle. Il tenait ma main lorsqu’un courantétrange m’a traversée. J’étais soudainement puissante. Tu te rends compte, maman ? Moi qui ai toujours été faible, à la merci de tous, enfermée chez moi pour ma propre sécurité, j’ai été pendant un moment… forte.

—  Mais Cissy, pourquoi es-tu devenue agressive envers lui s’il te fait tant de bien ?

La jeune fille songea à l’élément déclencheur de sa crise de colère. La jalousie brûlait encore dans son ventre. Jack croyait aimer cette fille, cette coureuse. Il se trompait, il ne comprenait pas que leur union faisait partie du destin. Elle devrait l’aider à y voir plus clair. S’il fallait éliminer Charlie Blank, elle le ferait.

—  J’ai commis une erreur, mentit l’héritière, c’était la première fois que je sentais autant d’énergie. Je n’ai pas su gérer. Ce n’était pas la faute de Jack.

Sa mère parut douter de la justification, mais évita d’insister.

—  Tu crois que je pourrai le revoir bientôt ? s’impatienta-t-elle. J’aimerais pouvoir lui faire mes excuses. Je ne voulais pas lui faire de mal.

—  Euh… hésita Édith, ça dépendra du temps qu’on mettra à le retrouver.

—  Qu’est-ce que tu insinues ?

Craignant un nouvel accès de colère, Édith s’expliqua lentement, cherchant les bons mots.

—  Je t’ai mentionné tout à l’heure que Victor n’avait pas apprécié la fuite de son fils. Quand tu es tombée dans les pommes, Jack a couru jusqu’au fond de la cour et escaladé un arbre pour passer de l’autre côté du mur de l’enceinte. Son garde du corps a échoué à le rattraper. Pour l’instant, ils essaient de suivre ses traces. Toutefois, dans les chemins mousseux de la forêt, c’est plus compliqué.

—  Alors, il a disparu ?

Un vent froid traversa la pièce bien que tous les accès soient fermés. Édith frissonna, puis tenta de se réchauffer en frictionnant ses bras.

—  Je suis certaine qu’il reviendra vers Victor une fois calmé, affirma-t-elle pour rassurer l’héritière.

Cissy repensa à sa conversation avec Jack. Il détestait son père et elle avait compris la profondeur de cette haine. Non, il était peu probable qu’il revienne vers sa famille s’il était parvenu à s’enfuir. C’était grave. Parce qu’elle pouvait sentir que l’effet de sa rencontre avec Jack ne serait pas éternel, car il commençait déjà à s’estomper. La jeune héritière craignait de retourner à son état de faiblesse habituel. Elle était toujours plongée dans ses réflexions quand son père entra dans sa chambre.

—  Papa ! s’exclama-t-elle.

—  Théodore ?s’étonna Édith.

Théodore Vendebout traversa la pièce de sa démarche traînante. Il vint rejoindre sa fille et sa femme près du lit.

—  Cissy, comme je suis soulagé de te voir réveillée.

—  Oui, papa, je vais mieux. Terriblement mieux.

L’homme à la chevelure grise et à la peau presque translucide interrogea son épouse du regard. Celle-ci se contenta de hausser les épaules, incapable d’expliquer ce qui se passait.

—  Ont-ils retrouvé mon beau Jack ? s’enquit la jeune filleavec espoir.

—  Pas encore, répondit son père d’une voix lasse. Victor questionne tous ceux auprès de qui son fils aurait pu chercher refuge. Pour l’instant, il n’a pas obtenu de résultat, mais je l’ai entendu mentionner une gamine du quartier est, que Jack aurait déjà côtoyée. Peut-être est-il allé chez elle.

Cissy avait une bonne idée de l’identité de cette fille. Était-il possible qu’il soit avec cette satanée coureuse ? La jalousie et la colère s’emparèrent à nouveau de l’héritière Vendebout, qui poussa un hurlement. Sa voix éraillée résonna à travers tout le manoir, effrayant le personnel. Ses parents bouchèrent leurs oreilles, le bruit étant vraiment insupportable.

—  Cissy ? s’alarma Théodore. Qu’est-ce qui t’arrive, à la fin ? Tu as mal?

La jeune fille planta son regard gris métallisé dans celui de son père en tentant d’adoucir son expression.

—  Tu vas le retrouver, pas vrai, papa ?

—  Pourquoi ? s’inquiéta Théodore. Pourquoi y tiens-tuautant ?

Cissy leva les bras afin de laisser les vents la soulever jusqu’au plafond. Ses cheveux encadraient son visage de façon terrifiante et ses yeux brillaient d’une manière troublante. On pouvait sentir sa puissance à travers toute la pièce.

—  POUR ÇA !

Elle éclata de rire devant le regard incrédule de ses parents. Cette puissance nouvelle traversait son corps et elle n’avait pas envie d’y renoncer.

Chapitre 2 - Un père… inquiet ?

Victor Silenbrien ne décolérait pas. Pourquoi fallait-il que tout soit si compliqué quand il était question de son benjamin ? Il prit place dans son luxueux véhicule, côté passager. Sa femme et son aîné s’assirent à l’arrière pendant que Vanier prenait le volant pour ramener la famille au manoir.

Au courant de la dernière heure, Victor avait été occupé soit au téléphone, soit à déverser sa rage sur Théodore Vendebout. Lorsque Vanier était revenu bredouille de sa poursuite, il avait aussitôt contacté ses hommes pour qu’ils ratissent la forêt. Il les avait avertis d’agir avec discrétion. Les choses allaient déjà suffisamment mal sans ameuter la presse. La cerise sur le gâteau avait été la découverte du cellulaire de son fils dans une flaque de boue. Aucune donnée utilisable, aucune façon de le suivre à la trace. Plus le temps passait, plus il y avait de risques que son benjamin ait trouvé refuge quelque part. Victor craignait que Jack ait décidé de partir pour de bon. Ce serait une véritable catastrophe. Pourtant, il avait été convaincu que les menaces faites à l’encontre de la jeune Blank l’auraient obligé à rester. Peut-être avait-il surestimé son affection pour elle. Peu importait, il irait quand même rendre visite aux créanciers du père de Charlie, simplement pour se défouler.

Il envoya un message à son bureau afin de déployer une surveillance aux gares d’autobus et de trains, en plus des aérodromes et des ports. Jack devait demeurer à Pickstone.

— Chéri ? l’interrompit une voix hésitante, à l’arrière.

Il se tourna vers sa femme avec son air le plus sévère.

— Qu’est-ce qu’il y a, Élise ?

— Pourquoi crains-tu que Jack souhaite quitter la ville ? Il a eu peur de cette fille, mais il va revenir nous voir ! Nous sommes sa famille.

Victor fronça les sourcils. Évidemment, il avait omis d’informer son épouse des menaces qu’il avait faites à leur fils et de leur relation tendue. Elle n’était d’ailleurs au courant de rien du tout. Il ne lui avait jamais parlé des talents spéciaux des Silenbrien ni des véritables projets de son père Liam. Il ne faisait confiance à personne. Pas même aux membres de sa famille. Les autres étaient incapables de cacher leurs secrets avec la maîtrise qu’il y consacrait.

—  Je ne prends aucun risque, rétorqua-t-il d’un ton froid. Et sinotre fils tombait entre de mauvaises mains ? Si des citoyens frustrés essayaient de se débarrasser de lui ? Tu es au fait que nous avons reçu des messages haineux, dernièrement. Les coupables ont rapidement été appréhendés, mais d’autres partagent peut-être leur désaccord envers nos politiques. Réfléchis un peu avant de poser des questions idiotes !

Élise baissa les yeux, comme chaque fois qu’il lui parlait sur ce ton. Satisfait, Victor s’apprêtait à se retourner vers l’avant. Un claquement de langue désapprobateur, émis par son aîné, coupa son élan. Tiens, il l’avait presque oublié, celui-là. Sa petite manifestation sonore l’irrita particulièrement.

—  Toi, l’accusa-t-il, on ne peut pas dire que tu serves à grand-chose ces temps-ci. Si tu nous éclairais plutôt sur l’endroit où pourrait se cacher ton frère au lieu de soupirer comme une fillette privée de dessert ? Il t’a dit quelque chose ? Tu as une idée ?

Anthony avait le même caractère que sa mère, aussi il ne chercha pas l’affrontement comme l’aurait fait Jack. Il se contenta de hausser les épaules, signifiant son ignorance. Victor avait souvent souhaité disposer du talent de son défunt père pour lire les pensées. Aujourd’hui plus que jamais. Si son aîné tentait de lui cacher quelque chose…

Il jeta un œil contrarié à Vanier en ramenant son attention sur la route.

—  Accélérez, ordonna-t-il. Votre incompétence à surveiller mon fils, pour une seconde fois, nous a causé d’énormes problèmes, alors faites-nous rentrer au plusvite. J’imagine que vous pouvez avoir une utilitéquelconque…

Victor remarqua les mâchoires contractées de son employé, mais lui non plus n’osa pas protester. L’arrogant chef de famille savoura un instant son emprise sur ceux qu’il considérait comme inférieurs, puis la rage s’empara à nouveau de lui alors qu’ils passaient devant le manoir Templieur. Il aurait fait démolir cette horreur depuis longtemps sans l’ordre catégorique de son père de le laisser en place. Il n’y avait qu’une personne à qui il obéissait, et que celle-ci soit morte depuis un peu plus de treize ans n’y changeait rien.

Victor baissa la vitre afin de permettre aux sons de la ville d’arriver jusqu’à lui. Il doutait de réussir à entendre son fils. Celui-ci, connaissant son pouvoir, se ferait discret. C’était tout de même mieux que de continuer à pester contre les passagers. À cette heure tardive, les piétons se faisaient rares. Les rues étaient tranquilles, si l’on faisait exception de leur propre voiture se déplaçant bien au-delà des limites autorisées. Le bruit d’une moto attira son attention. Elle devait également rouler à haute vitesse. Victor savait cependant que ce n’était pas le véhicule de Jack. Son fils n’aurait pu le récupérer si rapidement. Aussi, se désintéressa-t-il de cette moto, ignorant totalement le jeune homme qui la conduisait en panique.

En avisant un garage délabré du quartier est, il eut une idée. Il indiqua à Vanier de se stationner, puis reprit son portable pour contacter Edwin, son chef de la sécurité.

—  Oui, Monsieur Silenbrien, répondit l’employé dès la première sonnerie.

—  Toujours rien ?

—  Nous avons envoyé des maîtres-chiens dans la forêt. Pour l’instant, le terrain ne leur permet pas d’avancer très rapidement. Nous avons également dépêché des hommes aux aéroports ainsi qu’aux gares comme vous nous l’avez demandé. Carter, un agent en qui j’ai pleinement confiance, s’occupe de vérifier chez les amis de votre fils. Nous faisons tout en notre pouvoir pour vous le ramener le plus vite possible.

—  Très bien, et surveillez le garage Perry du quartier est. Jack y est déjà allé, je fais pister son téléphone depuis l’accident d’Anthony. J’y suis en ce moment même. Je vais entrer jeter un petit coup d’œil.

—  Oui, Monsieur. Parfait, Monsieur.

Victor coupa la communication sans se donner la peine de saluer son interlocuteur.

—  Qu’est-ce qu’on fait ici ? demanda Anthony.

—  Attendez-moi ici, ordonna-t-il sans répondre à son aîné.

Ignorant la directive, Vanier sortit discrètement du véhicule pour l’accompagner. Il gardait la main sur son arme, prêt à réagir à la moindre menace. Bien que Victor le tienne responsable de la disparition de son héritier, Vanier restait l’un des plus compétents membres de sa garde rapprochée. Si ce n’avait pas été le cas, il l’aurait depuis fort longtemps licencié.

Ils franchirent la porte de l’atelier de mécanique. L’endroit empestait l’huile et l’essence. Victor évita de toucher à ce qui se trouvait à proximité. Tout était tellement… crasseux.

—  Je peux faire quelque chose pour vous ? s’enquit une voix grave provenant du dessous d’une voiture.

—  Oui, indiqua le dirigeant, j’aimerais savoir si vous avez vu mon fils, Jack Silenbrien, dernièrement.

À la mention de l’héritier, le mécanicien avait sursauté, se frappant la tête contre le plancher du véhicule.

—  Ouch ! Bordel !

L’homme interrompit sa besogne, puis s’approcha d’eux en se frottant le front. Victor le détailla rapidement. Sa peau était si foncée qu’on discernait à peine les taches d’huile qui parsemaient ses mains, et de drôles de tatouages ornaient son crâne. Si le dirigeant de Pickstone avait connu la peur, il aurait sans doute eu un mouvement de recul devant l’air sévère du garagiste. Il répéta plutôt sa question, impatient :

—  Donc ? Mon fils ? Il est déjà venu ici pour sa moto, je crois. Vous l’avez revu ?

Le bruit d’une motocyclette ralentissant devant le commerce attira l’attention du jeune Perry. Il s’empressa de scruter par la fenêtre couverte de saletés, les sourcils froncés.

—  Quelque chose ne va pas ? s’enquit Victor, surpris par la réaction de son interlocuteur.

Vanier, tendu, fixait le jeune homme.

—  J’ai cru entendre une amie… Ce ne devait pas être elle, elle se serait arrêtée. Pourtant je reconnais toujours le son que fait sonbike…

Il parlait tout bas, comme s’il réfléchissait. Victor, frustré, pouvait aisément décoder ses marmonnements.

— Écoutez, répéta l’impatient chef de famille, je vous ai posé une question. Assez simple, d’ailleurs. Avez-vous vu mon fils dernièrement ?

Le mécano lui lança un regard noir :

—  Non. Je ne l’ai pas revu depuis qu’il a payé ses réparations. Que ferait-il à traîner par ici ? ajouta-t-il d’un ton mauvais.

—  V