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Les 62 poésies et 21 prières que Thérèse a composées nous entraînent dans son dialogue avec Dieu. Thérèse y contemple le visage du Christ, dévoile les mystères de l’Évangile et partage avec nous le feu qui l’animait.
Au sein du corpus thérésien, ces textes ont une saveur particulière : bien souvent déjà repris en chansons, ils méritent d’être relus, médités voire appris par cœur. Ils nourrissent alors notre propre prière et deviennent de sûrs guides sur la « petite voie » de confiance et d’amour.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Thérèse de Lisieux est une jeune religieuse morte à 24 ans dans le secret d’un carmel normand. Son rayonnement atteint aujourd’hui les extrémités de la terre.
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Seitenzahl: 157
Veröffentlichungsjahr: 2022
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AVERTISSEMENT DE L’ÉDITEUR
La présentation des poésies et prières ainsi que les notes sont d’Hélène Mongin.
L’éditeur remercie l’équipe des archives du carmel de Lisieux pour son aide si précieuse.
Si le lecteur désire découvrir les manuscrits originaux, ainsi qu’une mine d’informations, en textes et en images, sur sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, nous l’invitons à visiter les passionnantes archives du carmel de Lisieux en ligne :
www.archives-carmel-lisieux.fr
Conception couverture : © Christophe Roger / © Henry Wingate
Photo couverture : © Office Central de Lisieux
Intérieur : © Sanctuaire de Lisieux / © Archives du carmel de Lisieux / © Office Central de Lisieux / © Sanctuaire d’Alençon
Composition : Soft Office (38)
Relecture : Le Champ rond
© Éditions de l’Emmanuel, 2022
89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris
www.editions-emmanuel.com
ISBN : 978-2-38433-030-0
Dépôt légal : 2e trimestre 2022
Préface
Sainte Thérèse de Lisieux nous a légué non seulement sa célèbre Histoire d’une âme, mais aussi 266 lettres et billets épistolaires, 8 saynètes et pièces de théâtres récréatives, 54 poésies1 et 21 prières.
Les poésies et prières, que les Éditions de l’Emmanuel ont rassemblées ici en un seul ouvrage, nous permettent de découvrir le charisme de Thérèse sous un angle nouveau. C’est avec une autre émotion, une autre tonalité spirituelle, une autre vibration intérieure que nous y est communiquée la « petite voie » thérésienne : incarner les réalités spirituelles dans l’ordinaire de la vie, et surtout, guider par la confiance vers l’Amour de Jésus ceux et celles qui cherchent lumière et soutien dans leur parcours de foi, quels que soient leurs faiblesses, leurs résistances, leurs faux pas.
En devenant carmélite, Thérèse s’inscrit dans une tradition remontant à Thérèse d’Avila et Jean de la Croix qui voulait que les poésies écrites dans les carmels soient chantées lors des récréations communautaires. Le style littéraire de ses poésies et prières est empreint du romantisme ambiant de la fin du XIXe siècle. Thérèse en a reçu l’influence directe par son père, Louis Martin, lecteur assidu de Chateaubriand, Hugo, Lamartine…
Rappelons brièvement quelques jalons de sa vie. Marquée dans son enfance par des séparations douloureuses2 qui ont entraîné chez elle une inhibition maladive, Thérèse n’en demeure pas moins soulevée par « l’Appel Divin » dès l’éveil de sa conscience. Libérée de son infantilisme à Noël 1886, Thérèse finit par entrer au carmel de Lisieux, le 9 avril 1888, au terme de nombreuses démarches auprès des autorités ecclésiastiques, jusqu’au pape Léon XIII en personne. C’est le début d’une aventure amoureuse avec « Jésus seul », la pratique d’une voie d’abandon progressif à la présence de ce même Jésus qui se fait « silencieux » et que Thérèse ne cesse d’aimer dans le quotidien de sa vie monastique.
En 1893, on lui confie la charge d’écrire des poésies à l’occasion de fêtes liturgiques ou d’anniversaires. Ses débuts sont peu productifs. Il faut attendre l’année 1894 pour que Thérèse se mette à écrire davantage. Cette période correspond à son entrée dans la maturité spirituelle, à la découverte de « sa petite voie », puis à son « Offrande à l’Amour », en juin 1895. Les deux dernières années de sa fulgurante existence nous offrent d’autres poésies, empreintes de son expérience d’union à Jésus et de sa conformation au mystère de la Sainte Face, icône du mystère pascal.
La qualité littéraire des poésies et des prières de Thérèse est très inégale. Il ne faut pas s’attendre à trouver toujours et partout une prosodie ou une syntaxe parfaites. Si Thérèse possédait un réel talent de narratrice3, elle n’a jamais cherché à être un écrivain. Sauf à de rares exceptions, Thérèse écrit dans un esprit d’obéissance. Soucieuse de servir, d’aider, d’encourager, elle cherche simplement à traduire au mieux ses sentiments à l’occasion d’une fête liturgique ou d’un événement biographique. C’est surtout à partir de 1894 que ses poésies offrent un terrain privilégié d’expression de son cheminement intérieur. Que de perles y découvrons-nous alors !…
En premier lieu, sa spiritualité de l’instant présent, dans « Mon Chant d’Aujourd’hui » (PN 5) :
Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t’aimer sur la terre Je n’ai rien qu’aujourd’hui !… […] Donne-moi ton amour, conserve-moi ta grâce Rien que pour aujourd’hui.
En février 1895, c’est son « poème roi », écrit dans l’élan d’une inspiration spontanée puisée dans de longs moments d’adoration : « Vivre d’Amour » (PN 17). Thérèse est dans l’euphorie spirituelle. Elle a trouvé le moyen d’aimer dans l’Amour même, d’être « soulevée par les bras » de Jésus. Tout éprise d’amour et de confiance, elle y chante son désir d’aimer jusqu’à « mourir d’amour » :
Mourir d’Amour, voilà mon espérance Quand je verrai se briser mes liens Mon Dieu sera ma Grande Récompense Je ne veux point posséder d’autres biens.
Quelques mois plus tard, à l’été 1895, dans l’élan de son « Offrande à l’Amour de Dieu », Thérèse épanche son cœur séduit par le Visage de Jésus dans « Mon Ciel ici-bas » (PN 20). À ses yeux, ce Visage exprime les traits humains du plus grand Amour auquel elle veut s’identifier pour tout attirer à Lui :
Ta Face est ma seule richesse Je ne demande rien de plus En elle me cachant sans cesse
Je te ressemblerai, Jésus… Laisse en moi la Divine empreinte De tes Traits remplis de douceurs Et bientôt, je deviendrai sainte Vers toi j’attirerai les cœurs.
La même année, c’est son sens du mystère de l’Incarnation qui s’exprime avec une profonde justesse théologique dans le poème « Au Sacré Cœur de Jésus » (PN 23) :
J’ai besoin d’un cœur brûlant de tendresse Restant mon appui sans aucun retour Aimant tout en moi, même ma faiblesse… Ne me quittant pas, la nuit et le jour. Je n’ai pu trouver nulle créature Qui m’aimât toujours, sans jamais mourir Il me faut un Dieu prenant ma nature Devenant mon frère et pouvant souffrir !
Quel réalisme, bouleversant et si équilibré, entre faiblesse humaine et amour divin !…
Il faudrait citer aussi la poésie écrite peu après pour encourager sœur Geneviève qui peine dans son noviciat : « Jésus mon bien-aimé, rappelle-toi ! » (PN 24). En trente-trois strophes très musicales, Thérèse parcourt le mystère de Jésus et son impérissable lien tissé dans le Silence avec celles et ceux qui, « dans l’ombre de la Foi », « s’abandonnent et s’endorment sans crainte » en sa Présence indéfectible.
À l’occasion de la fête du Saint-Sacrement, en juin 1896, Thérèse nous offre une poésie à la fois grave et pleine de confiance : « Mon Ciel à Moi ! » (PN 32). Ces vers laissent transparaître discrètement les débuts de son « épreuve de la foi » :
Mon Ciel est de sourire à ce Dieu que j’adore Lorsqu’Il veut se cacher pour éprouver ma foi Souffrir en attendant qu’Il me regarde encore Voilà mon Ciel à moi !…
Dans une obscurité toujours plus opaque, traversée d’angoisses et de doutes, Thérèse n’en continue pas moins d’aimer dans l’humble vaillance de la foi. Elle exprime cette foi guerrière et combative dans « Jésus Seul » (PN 36) :
Ton Cœur qui garde et qui rend l’innocence Ne saurait pas tromper ma confiance ! […] Lorsqu’en mon cœur s’élève la tempête Vers toi, Jésus, je relève la tête En ton regard miséricordieux Je lis : « Enfant, pour toi, j’ai fait les Cieux !… »
Dans la nuit de son épreuve intérieure, pas à pas et en dépit des chutes, Thérèse avance :
Ma joie, c’est de rester petite Aussi quand je tombe en chemin Je puis me relever bien vite Et Jésus me prend par la main Alors le comblant de caresses Je Lui dis qu’Il est tout pour moi Et je redouble de tendresses Lorsqu’Il se dérobe à ma foi. (PN 45)
Telle « une rose effeuillée » (PN 51), Thérèse trouve son bonheur à « tout donner et se donner [elle]-même » (PN 54), consciente de sa faiblesse, de sa pauvreté consentie, mais éperdument confiante en son bien-aimé Jésus :
Lorsqu’en mon jeune cœur s’alluma cette flamme Qui se nomme l’amour, tu vins la réclamer… Et toi seul, ô Jésus ! pus contenter une âme Qui jusqu’à l’infini avait besoin d’aimer. (PN 53)
Quant aux vingt et unes prières que nous avons conservées de Thérèse, elles constituent elles aussi un précieux joyau. Il n’est qu’à songer à l’« Offrande [d’elle-même] comme Victime d’Holocauste à l’Amour miséricordieux du Bon Dieu » (Pri 6). Le ressort secret de la « petite voie » y est contenu dès le prologue :
Ô mon Dieu ! Trinité Bienheureuse, je désire vous Aimer et vous faire Aimer, travailler à la glorification de la Sainte Église en sauvant les âmes qui sont sur la terre et en délivrant celles qui souffrent dans le purgatoire. Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m’avez préparé dans votre royaume, en un mot, je désire être Sainte, mais je sens mon impuissance et je vous demande, ô mon Dieu ! d’être vous-même ma Sainteté !
Car Thérèse sait par expérience que la sainteté est un Don accordé au « cœur vide et silencieux », pour reprendre une expression de Jean de la Croix, un de ses saints préférés. Aussi, « au soir de cette vie », désire-t-elle « paraître les mains vides ». Son « offrande à l’Amour » est incontestablement un texte majeur du patrimoine spirituel catholique. Aujourd’hui encore, son influence est puissante, au sein de l’Église et au-delà.
Lis et médite, ami lecteur, les poésies et les prières de Thérèse. Tu y découvriras les étapes de son union progressive à Jésus et les fulgurances de sa sagesse, sa « petite voie » « toute de confiance et d’amour ». Elle t’entraînera avec elle, pourvu que tu laisses ton cœur retrouver la candeur de l’enfant qui est en toi, à qui Jésus promet son Royaume ! Avec Thérèse, apprends à accueillir la présence de Jésus qui jamais ne se refuse à notre Foi, qui toujours se donne et communique son mystère de Vie et d’Amour, instant après instant.
William Clapier4
1. Ajoutons 8 autres poésies dites « supplémentaires », moins abouties, mais qui méritent d’être mentionnées et figurent dans cet ouvrage.
2. Sa mère, Zélie Martin, meurt alors que Thérèse n’a que 4 ans et demi ; un peu plus tard, à 9 ans, elle vit comme un décès brutal l’entrée de sa sœur Pauline au carmel de Lisieux.
3. Comme en témoignent son Histoire d’une âme et certaines de ses lettres.
4. William Clapier, docteur en théologie et éducateur en milieu scolaire, est l’auteur de nombreux articles et publications sur sainte Thérèse de Lisieux, dont Aimer jusqu’à mourir d’amour (Cerf, 2003), Une voie de confiance et d’amour (Cerf, 2005), Louis et Zélie Martin (Presses de la Renaissance, 2009). À l’heure actuelle, il est un des meilleurs spécialistes de Thérèse.
Poésies
PN 112 Février 1893
LA ROSÉE DIVINE OU LE LAIT VIRGINAL DE MARIE
Thérèse entre en poésie sur la suggestion d’une de ses sœurs carmélites, sœur Thérèse de Saint-Augustin, qui lui demande d’écrire « un cantique » sur un de leurs sujets de discussion favori : l’enfance de Jésus. Thérèse y développe le thème courant à son époque de l’allaitement du Fils de Dieu par la Sainte Vierge.
Mon Doux Jésus, sur le sein de ta Mère
Tu m’apparais, tout rayonnant d’Amour.
L’Amour, voilà l’ineffable mystère
Qui t’exila du Céleste Séjour…
Ah ! laisse-moi me cacher sous le voile
Qui te dérobe à tout regard mortel
Et près de toi, ô Matinale Étoile !
Je trouverai un avant-goût du Ciel.
Dès le réveil d’une nouvelle aurore
Quand du soleil on voit les premiers feux
La tendre fleur qui commence d’éclore
Attend d’en haut un baume précieux
C’est du matin la rosée bienfaisante
Toute remplie d’une douce fraîcheur
Qui produisant une sève abondante
Du frais bouton fait entrouvrir la fleur.
C’est toi, Jésus, la Fleur à peine éclose,
Je te contemple à ton premier réveil,
C’est toi, Jésus, la ravissante Rose,
Le frais bouton, gracieux et vermeil.
Les bras si purs de ta Mère chérie
Forment pour toi berceau, trône royal
Ton doux soleil, c’est le sein de Marie
Et ta Rosée, c’est le Lait Virginal !…
Mon Bien-Aimé, mon divin petit Frère
Dans ton regard je vois tout l’avenir
Bientôt pour moi tu quitteras ta Mère
Déjà l’Amour te presse de souffrir
Mais sur la croix, ô Fleur Épanouie !
Je reconnais ton parfum matinal,
Je reconnais la Rosée de Marie.
Ton sang divin, c’est le Lait Virginal !…
Cette rosée se cache au sanctuaire,
L’ange des Cieux la contemple ravi,
Offrant à Dieu sa sublime prière
Comme Saint Jean, il redit : « Le voici »
Oui, le voici, ce Verbe fait Hostie,
Prêtre éternel, Agneau sacerdotal,
Le Fils de Dieu, c’est le Fils de Marie,
Le pain de l’Ange est le Lait Virginal.
Le séraphin se nourrit de la gloire,
Au Paradis son bonheur est parfait
Moi faible enfant, je ne vois au ciboire
Que la couleur, la figure du Lait
Mais c’est le Lait qui convient à l’enfance
Et de Jésus l’Amour est sans égal
Ô tendre Amour ! Insondable puissance
Ma blanche Hostie, c’est le Lait Virginal !…
PN 2 20 Février 1894
À NOTRE MAÎTRESSE ET MÈRE CHÉRIE POUR FÊTER SES 60 ANS
À l’occasion de l’anniversaire de mère Marie de Gonzague, maîtresse des novices depuis un an, Thérèse rédige avec les sœurs du noviciat cette courte poésie.
Oh ! quel joyeux anniversaire
Nous célébrons en ce beau jour !
À notre bonne et tendre Mère,
Chantons, chantons tout notre amour.
Depuis soixante ans, sur la terre,
Divin Jésus, vous contemplez
Une fleur qui vous est bien chère,
De vos grâces vous l’arrosez.
Jésus, votre fleur embaumée
A pour vous gagné bien des cœurs,
Elle a cueilli dans la vallée
Une belle moisson de fleurs.
Divin Jésus, dans la Patrie
Vous saurez la récompenser ;
De la moisson qu’elle a cueillie
Nous vous verrons la couronner.
Jésus, votre Rose est la Mère
Qui dirige nos cœurs d’enfants ;
Daignez écouter leur prière :
Qu’ils fêtent ses quatre-vingts ans !
Les trois petites novices
Sr Thérèse de l’Enfant Jésus
Sr Marthe de Jésus
Sr Marie-Madeleine
PN 3 28 avril 1894
SAINTE CÉCILE
Céline, la sœur de Thérèse qui s’occupe de leur père malade, fête ses 25 ans. Thérèse lui envoie cette poésie, accompagnée d’une lettre où elle invite Céline à la même confiance que Cécile, sa sainte de prédilection. D’après la légende, Cécile, consacrée dans son cœur au Seigneur, avait été forcée d’épouser un païen, Valérien. Sa confiance inébranlable en Dieu protégea sa consécration, convertit Valérien, et tous deux moururent martyrs. Sainte Cécile est la patronne des musiciens.
Ô Sainte bien-aimée ! je contemple ravie
Le sillon lumineux qui demeure après toi
Je crois entendre encor ta douce mélodie,
Oui, ton céleste chant arrive jusqu’à moi.
De mon âme exilée, écoute la prière
Laisse-moi reposer sur ton cœur virginal
Ce lys immaculé qui brilla sur la terre
D’un éclat merveilleux et presque sans égal.
Ô très chaste Colombe, en traversant la vie
Tu ne cherchas jamais d’autre époux que Jésus,
Ayant choisi ton âme, Il se l’était unie
La trouvant embaumée de toutes les vertus.
Cependant un mortel, radieux de jeunesse,
Respira ton parfum, blanche et céleste fleur !
Afin de te cueillir, de gagner ta tendresse,
Valérien voulut te donner tout son cœur.
Bientôt il prépara des noces magnifiques,
Son palais retentit de chants mélodieux…
Mais ton cœur virginal redisait des cantiques
Dont l’écho tout divin s’élevait jusqu’aux Cieux !
Que pouvais-tu chanter, si loin de ta Patrie,
Et voyant près de toi ce fragile mortel ?
Sans doute tu voulais abandonner la vie
Et t’unir pour toujours à Jésus dans le Ciel…
Mais non… j’entends vibrer ta lyre séraphique,
Lyre de ton amour dont l’accent fut si doux,
Tu chantais au Seigneur ce sublime cantique :
« Conserve mon cœur pur, Jésus mon tendre Époux !… »
Ineffable abandon ! Divine mélodie !
Tu dévoiles l’amour par ton céleste chant.
L’amour qui ne craint pas, qui s’endort et s’oublie
Sur le Cœur de son Dieu, comme un petit enfant…
Dans la voûte azurée parut la blanche étoile
Qui venait éclairer de ses timides feux
La lumineuse nuit qui nous montra sans voile
Le virginal amour des époux dans les Cieux…
Alors Valérien rêvait la jouissance,
Cécile, ton amour était tout son désir…
Il trouva le bonheur dans ta noble alliance
Tu lui montras la vie qui ne doit pas finir.
« Jeune ami, lui dis-tu, près de moi toujours veille
Un ange du Seigneur qui garde mon cœur pur,
Il ne me quitte pas, alors que je sommeille,
Il me couvre avec joie de ses ailes d’azur.
La nuit, je vois briller son aimable visage
D’un éclat bien plus doux que les feux du matin,
Sa face me paraît la transparente image
Le pur rayonnement du visage divin. »
Valérien reprit : « Montre-moi ce bel Ange,
Afin qu’à ton serment je puisse ajouter foi.
Autrement, crains déjà que mon amour se change
En terrible fureur, en haine contre toi… »
Ô Colombe cachée dans le creux de la pierre !
Tu ne redoutais pas les filets du chasseur
La Face de Jésus te montrait sa lumière,
L’Évangile sacré reposait sur ton cœur…
Tu repris aussitôt avec un doux sourire :
« Mon céleste Gardien exauce ton désir,
Bientôt tu le verras, il daignera te dire
Que pour voler aux Cieux, tu dois être martyr.
Mais avant de le voir, il faut que le Baptême
Répande dans ton âme une sainte blancheur,
Il faut que le vrai Dieu l’habite par Lui-même
Il faut que l’Esprit Saint soit la vie de ton cœur.
Le Verbe, Fils de Dieu et le Fils de Marie,
Dans son immense amour s’immole sur l’autel,
Tu dois aller t’asseoir au Banquet de la Vie
Afin de recevoir Jésus le Pain du Ciel.
Alors, le Séraphin t’appellera son frère,
Et voyant dans ton cœur le trône de son Dieu
Il te fera quitter les plages de la terre
Tu verras le séjour de cet esprit de feu. »
« Je sens brûler mon cœur d’une nouvelle flamme
S’écria dans sa joie l’ardent patricien.
Je veux que le vrai Dieu habite dans mon âme,
Cécile, mon amour sera digne du tien !… »
Revêtu de la robe emblème d’innocence,
Valérien put voir le bel ange des Cieux,
Il contempla ravi sa sublime puissance
Il vit le doux éclat de son front radieux.
Le brillant séraphin tenait de fraîches roses
Mélangées de beaux lys éclatants de blancheur.
Dans les jardins du Ciel, ces fleurs étaient écloses
Sous les rayons d’amour de l’Astre créateur.
« Époux chéris des Cieux, les roses du Martyre
Couronneront vos fronts, dit l’ange du Seigneur,
Il n’y a pas de voix, il n’y a pas de lyre
Capables de chanter cette grande faveur !
Je m’abîme en mon Dieu, je contemple ses charmes,
Mais je ne puis pour Lui m’immoler et souffrir,
Je ne puis lui donner ni mon sang ni mes larmes
Malgré tout mon amour, je ne saurais mourir…
La pureté de l’ange est le brillant partage
Son immense bonheur ne doit jamais finir,
Mais sur le Séraphin, vous avez l’avantage
Vous pouvez être purs, et vous pouvez souffrir !… »
« De la virginité, vous voyez le symbole
Dans ces lys embaumés que vous envoie l’Agneau
Vous serez couronnés de la blanche auréole,
Vous chanterez toujours le cantique nouveau.
Votre chaste union enfantera des âmes
Qui ne rechercheront d’autre époux que Jésus,
Vous les verrez briller comme de pures flammes,
Près du trône divin, au séjour des élus. »
Cécile, prête-moi ta douce mélodie
Je voudrais convertir à Jésus tant de cœurs !
Je voudrais comme toi sacrifier ma vie
Je voudrais lui donner et mon sang et mes pleurs…
