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Un guide pratique pour développer sa stratégie en entreprise en s'inspirant des subtilités du poker.
Faire fructifier un capital de départ dans un milieu concurrentiel : voilà un objectif commun au joueur de poker et au chef d’entreprise ! Les règles et tactiques caractéristiques de ce jeu pourraient-elles donc servir la réussite d’une entreprise ?
C’est ce que démontre Pierre Fiastre dans ce livre de stratégie ! Utilisant le poker comme métaphore de l’entreprise, il montre que ce jeu permet de développer des compétences identiques à celles que l’entreprise recherche pour ses collaborateurs. Afin de permettre à tous de comprendre les apports du poker en entreprise, l’auteur commence par en présenter les règles. Il en explique ensuite les stratégies, sous l’angle conjoint du poker et du business : la maîtrise du hasard, la rentabilité des investissements, l’anticipation des réactions des autres, la prise d’initiatives, la gestion des risques, le contrôle de l’information. Et, en fin d’ouvrage, l’auteur offre la possibilité d’aller encore plus loin, en abordant les notions plus ardues de stratégie optimale, de prospective et de stratégie coopérative.
(Re)découvrez le poker et ses subtilités pour y trouver un puissant levier de progrès pour l’entreprise !
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
"Pierre Fiastre propose des formations au management en se basant sur le poker. Une approche originale qu'il a transposé dans un ouvrage."
- Eve Mennesson, Daf Mag
"Maîtriser le hasard, gérer son argent, rentabiliser ses investissements, tenter un coup de bluff, maximiser la rentabilité et minimiser les risques, l'entreprise peut souvent se joueur sur un coup de poker calculé."
- BFM
À PROPOS DE L'AUTEUR
Pierre Fiastre est consultant en stratégie auprès d’entreprises depuis trente ans et expert auprès de l’Association pour le progrès du management (APM). Il a créé la société Poker for Business en 2009, qui intervient en entreprise pour des formations, des séminaires ou des incentives basés sur la stratégie au poker.
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Seitenzahl: 255
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Ce livre n’est pas un manuel de poker, mais un livre de stratégie dans lequel le poker est utilisé comme métaphore de l’entreprise. Néanmoins, si vous ne pratiquez pas encore le poker, vous apprendrez à y jouer, car finalement poker et business sont la même chose.
Le chapitre 1 vous détaille les qualités que le poker permet de développer. Ce sont les mêmes que vous recherchez chez vos collaborateurs. C’est pourquoi certains cabinets de recrutement utilisent aujourd’hui le poker comme test de sélection.
Le chapitre 2 vous explique les règles et les bases du poker. C’est un jeu très simple auquel il est facile de jouer. Bien jouer est une autre histoire. Ceux qui jouent déjà au poker pourront en faire l’économie, quoique quelques premiers conseils ne leur soient peut-être pas inutiles.
Les chapitres 3 à 8 abordent différents concepts stratégiques sous l’angle conjoint du poker et du business. Vous y trouverez successivement comment :
–maîtriser le hasard, ou tout au moins faire en sorte qu’il coule sur vous comme l’eau sur les plumes d’un canard ;
–rentabiliser vos investissements, et empêcher vos concurrents d’en faire autant ;
–vous mettre à la place des autres, car il n’est pas de meilleure stratégie que d’anticiper celle des autres acteurs ;
–prendre les initiatives pour être un leader plutôt qu’un suiveur ;
–gérer le risque et arbitrer entre la sécurité et la rentabilité ;
–contrôler l’information que vous donnez aux autres pour qu’on ne puisse pas lire en vous à livre ouvert.
Trois annexes complètent l’ouvrage :
–la première est destinée aux lecteurs qui souhaiteront approfondir, à travers le poker, le concept de stratégie optimale. La lecture en est plus ardue ;
–la deuxième fournit des éléments pour comprendre les méthodes de prospective ;
–la troisième donne un aperçu des jeux où les stratégies de coopération jouent un rôle important. En effet, certains diront que l’entreprise n’est pas uniquement un univers de compétition, et ils auront raison. Mais elle l’est en partie. En revanche, le poker ne vous enseignera ni la bienveillance ni la coopération. Il y a d’autres techniques pour cela. Et puis, si l’on apprenait tout dans ce livre, mon éditeur n’en publierait pas d’autres !
DIX BONNES RAISONS DE JOUER AU POKER
Si vous jouez au poker, vous développerez de nombreuses qualités qui vous seront utiles en tant que chef d’entreprise ou manager. Si vous embauchez des collaborateurs, vous pouvez être certain que les candidats qui jouent au poker (surtout ceux qui gagnent) auront développé ces mêmes qualités. Des cabinets de recrutement utilisent le poker parmi d’autres épreuves de sélection. Voici quelques-unes des qualités que le poker permet de développer1.
Au poker, chaque fois que la parole revient à vous, c’est-à-dire environ toutes les minutes (ou plus souvent encore si vous jouez sur internet), vous devrez prendre une décision qui aura des implications financières. Pour cela, vous disposez d’un certain nombre d’informations. La manière dont vous utiliserez ces informations au moyen d’un raisonnement logique déterminera votre gain ou votre perte. Vous entendrez certaines personnes employer dans ce cas le mot « intuition » pour définir une manière de prendre les décisions qui serait inspirée par une petite voix à la manière de Jeanne d’Arc. Il s’agit là d’une approche superstitieuse dont la lecture de cet ouvrage vous démontrera la fausseté, je l’espère. La seule façon de prendre une bonne décision est de raisonner logiquement et le poker vous le confirme. Ce que nous appelons logique inclut bien entendu tout le raisonnement mathématique. Au poker, il vaut mieux savoir compter. Dans l’entreprise aussi.
Et le hasard, dans tout ça ? Aux échecs, on peut raisonner de manière totalement logique puisqu’il n’intervient pas. Mais, au poker, c’est le hasard qui détermine les cartes que vous avez en main. Eh bien, ce que vous allez découvrir, c’est que le hasard n’a pas vraiment d’importance. En fait, il en a beaucoup moins que dans la vraie vie. Car le monde réel est soumis au hasard et l’univers de l’économie aussi, bien sûr. Pourtant, les entreprises performantes sont celles qui sont bien gérées, pas celles qui ont de la chance. Oui, le hasard intervient en permanence, mais il finit justement par être tellement présent que les excès qu’il commet dans un sens ou dans un autre se compensent et que son influence devient insignifiante à long terme. Ce que le poker vous apprend, c’est à dominer le hasard, à surfer sur les vagues de l’aléa pour qu’il ne conditionne pas votre résultat. Et dans l’entreprise, c’est tout aussi fondamental.
Au poker, il faut être concentré en permanence. La plus petite faute d’inattention peut vous coûter cher. On imagine souvent les joueurs de poker dans un tripot où le whisky coulerait à flots. Quand je joue en tournoi✦ , je m’abstiens de la moindre goutte d’alcool, car ma vigilance doit être de tous les instants, d’autant que, lorsqu’un coup✦ met en jeu des quantités de jetons importantes, le taux d’adrénaline atteint des sommets. Ce qui guette le joueur de poker, ce sont aussi deux dangers : l’euphorie qui suit une série de bons coups et, inversement, l’abattement auquel peuvent vous amener des revers successifs. Ce sont deux sensations qui peuvent également vous conduire à des catastrophes. C’est l’entraînement qui peut vous permettre de rester serein en toutes circonstances, ni optimiste ni pessimiste, mais réaliste.
Au poker, vous aurez plus souvent un jeu quelconque qu’un jeu exceptionnel. Et le hasard des cartes fait que cela peut parfois trop durer à votre goût. C’est alors que les joueurs impatients prennent des risques inconsidérés. Et ils perdront leurs jetons au profit des joueurs qui auront su « laisser le temps au temps ». Le poker enseigne le long terme.
Dès que l’on fait des progrès au poker, on a un plaisir immédiat à remporter des coups. Mais cela ne doit pas être votre but. Votre vrai objectif est de gagner des jetons, c’est-à-dire de l’argent. Et ce n’est pas la même chose. Vous pouvez réussir des coups qui vous rapportent peu, sans vous rendre compte qu’ils auraient pu être beaucoup plus profitables. Vous pouvez aussi gagner des coups en jouant mal et sans vous apercevoir de vos erreurs. Et vous pouvez oublier de jouer des coups qui auraient pu vous faire gagner beaucoup plus.
Votre objectif unique est la rentabilité à long terme. Si vous ne le perdez pas de vue, vous pouvez définir des objectifs à plus court terme – sur un coup, à une table, face à tel adversaire, sur un tournoi – qui pourront paraître s’en éloigner, mais qui auront pour seul but votre rentabilité à long terme.
Lorsque vous jouez au poker, vous devez définir votre stratégie. Il ne s’agit pas de savoir comment vous allez conduire le coup à un moment donné. Votre stratégie doit être élaborée sur le long terme. Elle devra être fondée sur deux objectifs : maximiser votre rentabilité et minimiser vos risques. Mais elle dépendra de la pondération que vous accorderez à chacun d’eux. Une stratégie définit les grands principes de vos actions, mais elle n’est ni rigide ni immuable. Elle doit tenir compte en permanence de votre environnement et en particulier de vos adversaires pour vous y adapter. Votre stratégie devra aussi s’attacher à entretenir l’image que vous donnerez aux autres et elle sera d’autant meilleure que cette image sera mouvante et difficile à cerner. Enfin, votre stratégie devra évoluer dans le temps pour s’améliorer. Personne n’est capable de définir une stratégie parfaite a priori, pas plus au poker que dans le business.
Au poker, comme dans la vie, vous n’êtes pas seul. Les résultats de vos actions, bons ou mauvais, découleront autant des décisions des autres que des vôtres. Vous pouvez développer des moyens qui vous permettent de dépendre le moins possible des actions des autres. La théorie des jeux est un outil mathématique qui a été inventé dans ce but. Mais vous pouvez aussi considérablement améliorer vos résultats si vous vous mettez à la place des autres. Quand vous comprenez leurs habitudes, leurs comportements, leurs objectifs et leurs stratégies, vous pouvez les utiliser à votre profit. Dans une négociation, si vous arrivez à connaître avec précision les marges de manœuvre et les limites de vos interlocuteurs, vous arriverez au résultat que vous souhaitez. Le poker est une école d’empathie2.
Au poker, vous devez tout observer. Bien sûr, il y a la gestuelle et les expressions de vos adversaires, sur lesquelles sont basées les parties de poker au cinéma. Mais ce n’est pas là que réside l’essentiel du poker. La preuve en est que l’on peut très bien jouer au poker sur internet. Et en live, même si vos adversaires savent rester parfaitement impassibles, il y a beaucoup d’informations qu’ils ne pourront pas vous cacher : quand et comment ils investissent leurs jetons, la rapidité avec laquelle ils le font, la fréquence avec laquelle ils participent aux coups, la régularité de leurs gains ou de leurs pertes, la manière dont des cartes exposées modifient leur comportement, etc. Et il y a aussi beaucoup de signaux qui ne viennent pas directement des autres joueurs et nous y reviendrons. La rapidité avec laquelle vous percevrez et vous analyserez tous ces signaux fera de vous un bon joueur de poker et vous sera utile dans bien d’autres circonstances.
En France, on stigmatise bien plus l’échec que dans d’autres pays sans chercher à en comprendre les causes. Le paradoxe du poker, c’est qu’à court terme on peut bien jouer un coup et échouer, ou mal jouer un coup et réussir. Mais bien sûr, à plus long terme, la corrélation entre votre talent de joueur et vos gains va se mettre en place. C’est pourquoi il ne faut pas chercher à gagner des coups et s’en réjouir, il faut s’efforcer de bien jouer et s’en féliciter. C’est parfois la même chose, parfois non. Si l’un de vos collaborateurs subit un échec, essayez d’en analyser les causes. Peut-être a-t-il bien joué ? S’il ne subit que des revers, sans doute joue-t-il mal.
Beaucoup de personnes aimeraient que les situations se reproduisent à l’identique pour pouvoir agir toujours de la même façon. C’est la pire des attitudes au poker. Le contexte évolue en permanence. Votre jeu qui ne valait rien va devenir le meilleur grâce aux cartes exposées sur la table. Vous étiez confiant, mais un indice venant d’un de vos adversaires va vous inciter à la plus grande prudence. Chaque fois qu’un joueur quitte la table ou qu’un nouveau arrive, la partie change. Vous avez besoin de l’évaluer le plus vite possible pour mesurer l’impact de ce changement. Votre stratégie est un invariant, mais la manière dont vous l’appliquez doit s’adapter en permanence à votre environnement. L’économie aussi est en changement perpétuel et les habitudes que vous prendrez au poker vous aideront à y faire face.
✦ à la première occurrence d’un mot indique qu’il figure dans le glossaire en fin d’ouvrage.
UN JEU SIMPLE
Le poker n’est pas un jeu de cartes, mais un jeu d’argent qui se joue avec des cartes. Celles-ci sont distribuées aléatoirement aux joueurs. Une partie de l’information est donc connue par certains et cachée pour les autres. Les joueurs forment des combinaisons de cartes et celui qui possède la plus forte gagne. Jusqu’ici, cette définition pourrait s’appliquer au rami et à ses nombreuses variantes. La différence essentielle est qu’en préalable à la comparaison de leurs jeux les joueurs font des paris (qu’on appelle des enchères). Ils engagent de l’argent pour parier que leur jeu est le plus fort. L’habileté au poker ne consiste donc pas à former les meilleures combinaisons, comme au rami, mais à engager son argent à bon escient. C’est la première similitude, mais non des moindres, avec le monde des affaires.
Mis à part dans les westerns, vous ne verrez cependant jamais d’argent sur une table de poker, mais des jetons. Ces jetons sont bien sûr convertibles en argent et la parité dépend du niveau de la partie. On ne peut pas toutefois sortir des jetons de sa poche. L’argent que vous engagez est devant vous et vous ne pouvez pas en perdre davantage (ni y ajouter in extremis les clés de votre voiture). La pile de jetons que vous avez devant vous (qu’on appelle votre tapis✦) peut représenter quelques euros ou beaucoup plus ; tout dépend du niveau de la partie que les joueurs ont fixé d’un commun accord. L’important est que vous soyez suffisamment motivé pour ne pas les gaspiller. Dans le poker de compétition, les jetons ne sont même pas convertibles : l’objectif est d’en amasser le plus possible et le vainqueur du tournoi sera celui qui les récoltera tous.
Il existe plusieurs sortes de pokers qui ont évolué au fil du temps ou qui sont jouées aujourd’hui. Mais elles présentent toutes des caractéristiques communes.
Le poker utilise 52 cartes, réparties en quatre couleurs✦. Attention, dans tout ce qui suit, le mot couleur désigne trèfle, carreau, cœur ou pique, et non rouge ou noir. Contrairement au bridge, il n’y a pas de hiérarchie des couleurs : elles se valent toutes. L’ordre des cartes est classique : as, roi, dame, valet, 10, 9, jusqu’au 2 dans chacune des couleurs. Mais il y a une exception : dans certaines combinaisons, l’as pourra être considéré comme un 1, inférieur au 2, pour former une suite 1, 2, 3, 4, 5. On n’utilise pas de jokers. Il est à noter que l’on désignera souvent l’as, le roi et la dame par les initiales en anglais A, K et Q, et aussi le 10 par T (ten).
Les combinaisons sont toujours composées de cinq cartes exactement. Les voici dans l’ordre croissant de valeur. Ainsi, chaque combinaison décrite est battue par celles qui la suivent :
–la combinaison la plus faible consiste justement à ne pas en avoir ; pour comparer deux jeux sans combinaisons, on confrontera alors les cartes les plus fortes de chacun. À égalité, on comparera les suivantes, et ainsi de suite. Si les deux jeux sont composés de cinq cartes de hauteur identique, ils sont ex aequo ;
–la première « vraie » combinaison est la paire✦ : deux cartes de même hauteur. Entre deux paires, c’est leur hauteur qui détermine celle qui l’emporte : une paire de rois bat une paire de valets. Si les deux sont de même hauteur, on compare les trois autres cartes, en commençant par la plus élevée (le kicker✦), comme pour les mains✦ sans combinaison ;
–vient ensuite la double paire : tout simplement deux paires. Pour confronter deux doubles paires, on compare d’abord la paire la plus haute de chaque jeu : la plus forte l’emporte. À égalité, on compare la seconde paire. S’il y a encore parité, c’est la cinquième carte qui fait la différence (ou pas) ;
–puis le brelan : trois cartes de même hauteur. Entre deux brelans, c’est celui le plus haut qui l’emporte. S’ils sont identiques, ce sont les deux cartes restantes qui déterminent le gagnant ;
–on a ensuite deux combinaisons qui utilisent les cinq cartes. La première est la suite✦ ou quinte✦. Elle est composée de cinq cartes dont la hauteur est consécutive (sans être pour autant de la même couleur), par exemple : 9, 8, 7, 6, 5. Entre deux suites, celle qui commence par la plus haute carte l’emporte. Si elles sont identiques, c’est l’égalité ;
–la combinaison suivante est duale de la précédente, c’est la couleur : cinq cartes de la même couleur (mais qui n’ont pas à se suivre), comme cinq piques quelconques. Entre deux couleurs, celle qui comporte la plus forte carte est gagnante. À égalité, on compare les suivantes et ainsi de suite ;
–puis vient le full (pour full house en anglais) composé d’un brelan et d’une paire. Toujours selon les mêmes principes, c’est la hauteur du brelan qui départage deux fulls et, à égalité, la hauteur de la paire ;
–la combinaison suivante est mythique, c’est le fameux carré : quatre cartes de hauteur identique. Bien entendu, le carré d’as l’emporte sur le carré de rois et, à égalité de hauteur, la cinquième carte fait la différence. (Si, si, c’est possible !) ;
–mais il y a une configuration qui bat le carré, c’est la quinte floche qui est à la fois une suite et une couleur (flush en anglais) : cinq cartes consécutives de la même couleur ! Parmi les quintes floches, celle qui commence par l’as, puis roi… (quinte floche royale) est évidemment le jeu le plus fort possible, et donc imbattable.
Voilà, c’est à peu près tout ce qu’il faut apprendre par cœur au poker. C’est assez intuitif, à condition de se souvenir que la couleur bat la suite et que le carré bat le full. Et puis rien ne vous interdit de vous munir d’une antisèche (voir illustration 1).
Illustration 1. Les combinaisons classées dans l’ordre de leur valeur
Jusqu’à une période récente, la forme de poker la plus répandue était ce qu’on appelle aujourd’hui le poker fermé✦. Chaque joueur se voit distribuer cinq cartes. Il a la possibilité d’en échanger s’il n’est pas satisfait. Les joueurs misent alors de l’argent (ou passent✦ en se retirant du coup) et à la fin, celui qui a dans sa main la plus forte combinaison gagne. En parallèle, d’autres formes de poker, dites pokerouvert✦, étaient jouées surtout aux États-Unis. Et, depuis une vingtaine d’années, l’une d’entre elles a peu à peu supplanté toutes les variantes. Elle s’appelle dans son nom complet Texas hold’em no limit. Vous pouvez l’abréger plus simplement en hold’em✦. C’est la forme de poker que vous verrez à la télévision, que vous trouverez dans les casinos et que la plupart des joueurs pratiquent aujourd’hui, même s’il existe encore des passionnés d’autres types de poker.
À partir de maintenant, nous ne parlerons donc plus que de hold’em (même si les principes que je développe sont tout à fait analogues dans toutes les formes de poker). Dans tous les pokers, une partie se compose de coups successifs. À chaque coup, on donne les cartes, on fait des enchères, on détermine qui est le gagnant, qui empoche tout l’argent misé sur la table (le pot✦). Puis on ramasse les cartes et on passe au coup suivant.
Ce qui caractérise le hold’em, c’est que chaque joueur n’a que deux cartes en main, qu’il est le seul à connaître. En revanche, on va distribuer sur la table jusqu’à cinq cartes, le tableau✦ (board✦en anglais). Ces cinq cartes sont non seulement visibles par tous, mais elles sont la propriété partagée de tous les joueurs. Chacun d’entre eux forme alors virtuellement la meilleure combinaison de cinq cartes possible parmi sept : ses deux cartes privatives et les cinq cartes communes. Pour bien comprendre le mécanisme, voyons un exemple (voir illustration 2).
Illustration 2. Exemple de mains et de tableau
En combinant son jeu avec les cinq cartes du tableau, le joueur 1 peut constituer une paire d’as, le joueur 2 peut prétendre à un brelan de 2 et le joueur 3 forme une quinte. C’est donc lui qui l’emporte dans une confrontation des trois.
Les cinq cartes du tableau ne sont pas distribuées ensemble, mais en trois fois :
–on en étale d’abord trois. L’ensemble de ces trois cartes est appelé le flop✦;
–puis on ajoute une quatrième qu’on appelle le tournant✦;
–et enfin une cinquième qui est la rivière✦.
Ce qui rend le hold’em particulièrement spectaculaire, c’est que, pendant ces opérations, les joueurs vont faire successivement quatre séries d’enchères :
–la première avec comme seule information les deux cartes de leur main ;
–la deuxième après avoir étalé le flop ;
–la troisième au vu du tournant ;
–la quatrième et dernière après la rivière, c’est-à-dire à la fin du coup.
À chacune de ces séries d’enchères et à tout moment, tout joueur a le droit de passer, c’est-à-dire de renoncer à engager plus d’argent dans le coup, et de jeter ses cartes. Dans ce cas, il abandonne l’argent qu’il a éventuellement déjà mis dans le pot, mais il n’en perdra pas plus. Il n’en gagnera pas non plus. À la fin de la dernière série d’enchères, s’il reste plus d’un joueur en jeu, on procède à la comparaison finale des mains qu’on appelle l’abattage✦, et le joueur qui possède la plus forte combinaison ramasse le pot et l’ajoute à son tapis. Il est possible qu’il y ait égalité, auquel cas le pot est partagé.
Mais il peut aussi se produire que tous les joueurs aient renoncé à suivre l’enchère de l’un d’entre eux. Alors, le dernier en lice empoche le montant du pot sans avoir à montrer son jeu ni voir celui des autres. Cela peut arriver à n’importe quel moment, même dès le premier tour d’enchères quand aucune carte n’a encore été étalée. À une table de débutants, la plupart des coups se concluent par l’abattage. Mais, dans une partie de bon niveau, il est fréquent de voir des sommes importantes s’échanger sans que personne ne montre ses cartes durant plusieurs coups. On finit par se demander si les cartes servent à quelque chose…
Schéma 1. Différentes possibilités de déroulement d’un coup
Autour d’une table de poker, il peut y avoir entre deux et dix joueurs. Au cours d’un tour d’enchères, chacun d’eux a successivement la parole dans le sens des aiguilles d’une montre. Chaque fois qu’elle vous revient, vous devez prendre une décision : investir des jetons ou pas. Plus précisément, vous avez cinq enchères différentes à votre disposition qui peuvent être utilisées ou pas selon que des jetons ont déjà été mis sur la table pendant la série d’enchères en cours :
–cas A. Si aucun jeton n’a encore été misé, vous avez le choix entre deux enchères :
›parole✦ ou check✦ (on peut aussi frapper sur la table) : vous ne mettez pas d’argent en jeu et vous donnez la parole au joueur suivant ;
›miser✦ : vous ouvrez les enchères en posant des jetons sur la table ;
–cas B. Si les joueurs avant vous ont déjà misé des jetons, vous avez trois possibilités :
›passer✦ : dans ce cas, vous jetez votre jeu sur la table, face cachée, vous ne mettez pas de jetons, mais ceux que vous avez éventuellement misés au préalable sont définitivement perdus ; vous ne participerez pas à la suite de ce coup ;
›suivre✦ : vous mettez autant de jetons que le joueur qui en a mis le plus ; vous restez en jeu pour ce coup ;
›relancer✦: vous mettez une somme supérieure au joueur qui a mis le montant le plus élevé ; vous devenez ainsi le joueur que les autres devront suivre ou pas.
Les enchères peuvent se poursuivre autour de la table et la parole peut vous revenir plusieurs fois. Elles se terminent dans deux cas :
–lorsque tous les joueurs ont soit passé, soit misé un montant identique de jetons. Autrement dit, le joueur qui a posé la plus grosse mise a été suivi par un ou plusieurs joueurs. On procède alors ainsi : abattage si c’était le dernier tour d’enchères ou dévoilement de nouvelle(s) carte(s) dans le cas contraire ;
–si un joueur n’a été suivi par personne ; dans ce cas, ce joueur empoche le pot et le coup est terminé.
Pas encore d’argent sur la table (au cours de la série d’enchères)
Parole (check)
On ne met pas d’argent et on « passe la parole ».
Miser (bet)
On met une certaine somme.
De l’argent sur la table (au cours de la série d’enchères)
Passer (fold)
On jette ses cartes et on ne participe plus au tour.
Suivre (call)
On met autant que la plus forte mise.
Relancer (raise)
On met plus que la plus forte mise.
Tableau 1. Différents types d’enchères
Quand tous les joueurs ont passé ou suivi la mise la plus forte, le tour d’enchères est terminé, à une exception près (voir page 25).
Avec les règles précédentes, un joueur excessivement prudent pourrait attendre longtemps avant de prendre le risque d’engager des jetons et les parties pourraient devenir ennuyeuses. C’est pourquoi toutes les formes de poker prévoient des blinds✦, c’est-à-dire des mises aveugles.
Avant de commencer une partie, il faut décider qui sera le premier donneur✦ (traditionnellement on tire une carte au hasard et ce rôle échoit à la plus forte). Ce joueur sera chargé de distribuer les cartes, à moins qu’un croupier ne soit préposé à cette fonction, ce qui est le cas dans les casinos. Mais celui-ci distribue les cartes à la place du donneur, car c’est cette position qui détermine l’ordre de parole. Elle est marquée par un bouton✦ (n’importe quel objet fait l’affaire) placé devant le joueur. Avant que les cartes ne soient distribuées, le joueur à gauche du bouton pose un certain montant de jetons, la petite blind✦, et celui encore à sa gauche le double, la grosse blind✦. C’est ce montant, choisi d’un commun accord par les joueurs ou imposé par l’organisateur, qui va déterminer le niveau de la partie. Sur internet, plusieurs niveaux sont proposés à partir de 1 et 2 centimes. Dans les casinos vous trouverez généralement 2 et 4 euros ou 5 et 10 euros. Certaines parties privées peuvent se dérouler à des montants beaucoup plus élevés.
Schéma 2. Déroulement d’un tour de table
Les blinds ont deux avantages :
–le premier est qu’il y a de l’argent à gagner dans chaque coup : au moins le total des blinds ;
–le second est qu’ils rendent les stratégies trop prudentes non rentables : le joueur qui ne prend aucun risque verra son tapis disparaître peu à peu quand il sera obligé de miser les blinds.
Après que les blinds ont été posées, le donneur distribue l’une après l’autre les deux cartes des joueurs dans le sens des aiguilles d’une montre. À chaque tour d’enchères, le premier joueur à parler est celui à la gauche du donneur (joueur 2).
Le premier tour d’enchères présente deux particularités :
–les joueurs 2 et 3 sont supposés avoir enchéri avec les blinds, même s’ils n’ont pas eu le choix de ne pas le faire ; c’est donc le joueur 4 qui commencera à enchérir ;
–comme des jetons ont déjà été posés (les blinds), les enchères se déroulent forcément selon le cas B (voir chapitre 2, les enchères) ; en particulier, il n’est pas possible de checker✦ (parole).
Toujours à ce premier tour d’enchères, si certains joueurs ont suivi la grosse blind, mais qu’aucun ne l’a relancée, le joueur qui a cette position bénéficie à nouveau d’un droit de parole, car il ne s’est jamais exprimé. Il peut alors soit checker, et le flop est distribué, soit relancer sur sa propre grosse blind, et la parole passe au joueur suivant. C’est le seul cas où un joueur dont la mise a été égalisée par tous les joueurs en jeu a encore le droit de s’exprimer.
En revanche, à chacun des trois tours d’enchères suivants, les jetons des tours précédents ont été rassemblés dans le pot et la situation redevient normale : le joueur 2 (ou le premier joueur en jeu à gauche du donneur) est premier de parole et il peut checker.
Les blinds constituent les frais fixes de votre entreprise. Quoi que vous fassiez, il faudra les payer. Et, si votre entreprise n’a pas d’activité, ces frais fixes généreront un déficit chronique3.
De manière à éviter des enchères fastidieuses, un plancher est fixé pour le montant des mises et des relances. Au premier tour d’enchères, la première relance est au minimum le double de la grosse blind. Aux tours suivants, la première mise est au moins égale à la grosse blind. Les autres relances doivent être au moins le double de la mise précédente4. On voit ainsi que le montant des relances successives peut grossir très vite et qu’un joueur peut être engagé pour la totalité de son tapis.
Si un joueur pousse la totalité de ses jetons devant lui (et il ne peut pas mettre plus !), cela s’appelle fairetapis✦ (allin✦ en anglais). Dans ce cas, des règles particulières s’appliquent :
–tout d’abord, il n’est pas soumis au montant minimum de relances mentionné plus haut si son tapis est inférieur ;
–il n’est pas obligé non plus de mettre le montant de la mise la plus forte si son tapis est inférieur ;
–si son tapis est supérieur et qu’il n’est ni suivi ni relancé par un ou plusieurs joueurs, il empoche le pot comme avec n’importe quelle relance ;
–s’il est suivi ou relancé par un plusieurs joueurs, il est certain d’aller jusqu’à l’abattage : il ne pourra pas être privé du droit de comparer son jeu avec les joueurs qui l’ont suivi ;
–il pourra perdre la totalité de son tapis ou bien gagner contre chaque joueur qui l’a suivi un montant égal à son propre tapis, mais pas plus ;
–les autres joueurs à qui il reste des jetons peuvent continuer à miser, mais il faudra constituer un deuxième pot (side pot✦) formé de la partie de leur mise qui dépasse celle du joueur au tapis ; ils seront alors seuls en compétition pour ce side pot.
Cela semble un peu compliqué quand on l’explique, mais ça se résout facilement à la table en appliquant le principe que, si on gagne le coup en ayant fait tapis, on ne peut empocher de chaque joueur en lice que le montant qu’on a soi-même misé.
De même, si un joueur ne dispose pas d’assez de jetons pour suivre, il peut se contenter de suivre à tapis✦ pour la totalité de ses jetons. Il convient ici aussi de constituer des pots séparés et le joueur qui a suivi à tapis ira à l’abattage.
Voilà, vous connaissez toutes les règles du poker et si vous ne l’avez jamais fait, je vous conseille vivement d’essayer de jouer pour profiter de ce qui va suivre.
Pour commencer, le plus simple est d’aller sur internet. Il existe une petite dizaine de salles de jeux en ligne en France, comme PokerStars ou Winamax. Vous pouvez commencer par jouer gratuitement, ce qui vous permettra de vous familiariser avec les règles précédentes. Mais vous n’apprendrez pas à bien jouer, car tout le monde y joue très mal puisqu’il n’y a aucun enjeu. Dès que vous passez à un montant de blinds même très modeste, les joueurs essaient de mieux jouer. En principe, la qualité de jeu augmente avec le montant des blinds, mais pas toujours.
Vous pouvez aussi jouer entre amis ou en famille, surtout si vous connaissez des amateurs éclairés. Si, par exemple, vous jouez avec des blinds de 10 et 20 centimes, il convient de démarrer avec une cave✦ (votre tapis initial) de 20 euros. Si vous la perdez en totalité, vous vous recavez✦
