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Face aux profits indécents réalisés dans certains secteurs suite au déclenchement de la guerre en Ukraine, la cupidité des actionnaires a, un instant, été mise sous les feux des projecteurs. De manière bien plus visible encore que lors de crises antérieures.
L’objectif de cet ouvrage vise à démontrer, avant que la porte ne se referme, que cette cupidité n’est pas un phénomène isolé et exceptionnel. Mais qu’elle est au contraire au cœur d’un système pensé, écrit et organisé pour maximiser les profits de certains, au mépris de tout le reste !
Tentatives d’intimidation, campagnes de dénigrement, pressions sur la justice pour que prévale le droit de faire du fric avant celui de vivre ou de résister. Techniques de diversion bien huilées pour détourner les regards des véritables enjeux.
Au fil de ces quelques pages, je vous propose d’exposer des exemples concrets démontrant que, contrairement au récit imposé depuis des décennies, les casseurs et profiteurs ne se situent pas du côté vers lequel se tournent les projecteurs des JT. Mais plutôt dans l’ombre des salons feutrés.
Au-delà des faits, à l’heure où nos démocraties vacillent et où la planète surchauffe, cet ouvrage est aussi et surtout un appel à changer de cap, sans plus attendre, pour recréer des équilibres essentiels !
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jean-François Tamellini est un syndicaliste wallon et un fédéraliste convaincu. Parmi ses combats : la lutte contre la pension à points, le redéploiement économique de la Wallonie à travers le Plan de relance et la défense des sans-papiers. Licencié en Sciences de gestion de l’UMons, il occupe, depuis 2020, la fonction de Secrétaire général de la FGTB Wallonne. Né en 1974, il est le papa de 3 enfants.
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Seitenzahl: 228
Veröffentlichungsjahr: 2024
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« Notre vie commence à décliner le jour où on devient silencieux à propos des choses qui nous importent »
Martin Luther King« À Constant »
Prologue
Cupidité
L’explosion des factures d’énergie suite au déclenchement de la guerre en Ukraine a provoqué une onde de choc incroyable. À tel point que ce sont les bases mêmes du système économique qui ont un instant vacillé.
Dans son édition d’avril 2023, le magazine Fortune1 citait la note publiée par Albert Edwards, stratège mondial de la Société Générale, qui allait jusqu’à se demander si la gravité de la situation d’inflation engendrée par cette dernière crise ne nous conduisait pas vers la « fin du capitalisme ».
Bien sûr, ce n’est pas la première fois que de telles déclarations sont prononcées. Lors de chaque crise impactant gravement l’économie au niveau mondial surgissent l’un ou l’autre expert alertant, si rien ne change, de l’imminence du « big one ». Ce tremblement de terre qui sonnerait le glas, non pas de la Californie, mais carrément du « système ».
Si rien ne change… ou plutôt en faisant en sorte de rectifier ce qu’il faut pour que justement rien ne change ! En gardant le même cap.
Un des éléments marquants de la crise inflationniste survenue suite au déclenchement de la guerre en Ukraine, c’est la mise en exergue de la « cupidité des actionnaires ». De manière bien plus visible encore que lors de crises antérieures.
Face aux profits indécents réalisés par certains secteurs ou certaines entreprises, à un moment où le coût de la vie atteignait des sommets hallucinants pour la toute grande majorité de la population, le terme de « greedflation2 » a été ressorti des manuels d’économie et exposé sur la place publique.
Des actionnaires qui n’hésitent pas à se servir de crises sociales ou même humanitaires pour s’en mettre toujours plus dans les poches : c’est devenu presque banal. Avec plus ou moins de réactions en fonction des catégories de personnes qui en font les frais. Mais au final, ça passe. Avec même un certain sentiment d’inéluctabilité. Mais lorsque les effets de cette cupidité sont tels qu’ils impactent significativement les chaumières qui se pensaient jusque-là à l’abri… alors là, c’est tout le système qui se met à trembler.
J’y pense et puis j’oublie
Il y a malheureusement fort à parier que cette question essentielle de la cupidité des actionnaires retourne au fond du tiroir lorsque l’inflation sera revenue à un niveau acceptable. C’est-à-dire à un niveau qui ne dérange pas trop les « classes moyennes ». On y est presque.
On se souvient des punchlines de Sarkozy soulevant la question de la moralité de la finance3 au moment où éclate la crise des subprimes en 2008. Ou encore de Warren Buffett qui, reconnaissant explicitement le concept marxiste de lutte des classes, soulignait que c’était d’ailleurs sa propre classe qui était occupée à la remporter4.
Mais sans que rien ne change une fois les banques sauvées à coups de milliards d’aides publiques.
On se remémore également les témoignages vibrants des libéraux, lorsque le Covid met un coup d’arrêt à l’économie mondiale, évoquant ce monde d’après qu’il conviendrait de réinventer autrement, sur d’autres bases. Questionnant nos systèmes de santé ou encore la dépendance vis-à-vis des économies long-courriers.
Mais à nouveau sans qu’au final rien ne change. Allez demander au personnel soignant ce qui a changé pour lui en matière de conditions de pénibilité et d’épuisement, et vous comprendrez. Que dire des déclarations du Secrétaire général de l’ ONU5, Antonio Gutierres, affirmant que « le monde n’est pas prêt pour une nouvelle pandémie »6. Dénonçant le blocage du traité mondial par certains pays pour permettre à l’industrie pharmaceutique de continuer à réaliser du profit de manière indécente.
J’y pense et puis j’oublie.
Éclairer le vampire
Ce qui est édifiant lorsqu’on examine les constantes d’une crise systémique7 à l’autre, c’est que c’est seulement dans ces moments ultracritiques pour le système que deviennent audibles des questions qui, « en temps normal », passent totalement inaperçues.
Du krach de Wall Street en 1929, à la crise pétrolière de 1973, en passant par celle des subprimes en 2008. Puis, le rythme s’accélérant, la pandémie de Covid en 2019, suivie trois années plus tard de la double crise énergétique et inflationniste déclenchée par la guerre en Ukraine. Chacune de ces crises systémiques a permis de mettre le focus sur des questions touchant le cœur du réacteur. Permettant dès lors d’ébaucher des pistes de solutions pour changer de cap. Mais, finalement, pour mieux les ignorer et simplement inventer d’autres astuces permettant à certains de poursuivre leur course folle aux profits !
Une des raisons qui explique selon moi la visibilité médiatique des questions soulevées lors de chaque crise, c’est qu’elles aient été posées par des défenseurs du « système » eux-mêmes. Comme si le fait que la droite pose des questions gênantes sur son propre système en assure finalement la crédibilité et en valide, aux yeux de la presse et de l’opinion publique, la pertinence8.
Et ce qui explique alors que ces questions soient immédiatement remises au placard une fois le pic de la crise passé, c’est la manière dont la droite s’est emparée du récit pour l’imposer comme vérité absolue. De la fin des années 70 à aujourd’hui, malgré les crises et les catastrophes, la droite est parvenue à instiller dans les esprits l’inéluctabilité de son système, qui ne peut souffrir d’aucune contradiction.
… pour mieux nous endormir
Sauf lorsque ses spin doctors en décident autrement. La stratégie est simple : lâcher du lest en « autorisant » certaines questions gênantes. Faire baisser un peu la pression en laissant croire à la possibilité d’un changement. Pour mieux reprendre le cours du récit lorsque la situation redevient sous contrôle.
Avant que la porte ne se referme
L’objectif de cet ouvrage vise à se saisir de la question posée par la droite lors de la dernière crise en date pour tenter de démontrer, avant que la porte ne se referme, que la cupidité des actionnaires n’est pas un phénomène isolé et exceptionnel. Mais qu’elle est au contraire au cœur d’un système pensé, écrit et organisé pour maximiser les profits de certains, au mépris de tout le reste !
Tentatives d’intimidation, campagnes de dénigrement, pressions sur la justice pour que prévale le droit de faire du fric avant celui de vivre ou de résister. Techniques de diversion bien huilées pour détourner les regards des véritables enjeux. Au fil de ces quelques pages, je vous propose d’exposer des exemples concrets démontrant que, contrairement au récit imposé depuis des décennies, les casseurs et profiteurs ne se situent pas du côté vers lequel se tournent les projecteurs des JT. Mais plutôt dans l’ombre des salons feutrés.
Recréer des équilibres pour changer de cap
Mais au-delà des faits, cet ouvrage est aussi et surtout un appel.
Une invitation adressée à tous ceux et toutes celles qui sont convaincus de la nécessité de changer de cap. Pas de rectifier quelques lignes. Pas de modifier quelques éléments. Mais bien de changer de direction !
Une invitation, pas une incantation, à reconstruire de nouveaux équilibres.
Parce que si l’apparition de la vie sur terre et l’histoire de l’humanité résultent probablement d’une série de déséquilibres, la vie en société et sa survie en fonction des enjeux majeurs qui se posent à nous dépendent de la construction ou de la reconstruction d’équilibres fondamentaux.
La prépondérance du système économique sur les enjeux sociaux et écologiques telle qu’elle est organisée depuis des décennies, non pas au service de la collectivité, mais au profit de quelques-uns, dans une logique de rapports de domination et de maximisation des profits, nous conduit tout droit vers la crise des crises. The real big one. Pas celle qui provoquera l’effondrement de la Californie. Encore moins celle qui conduira à la fin du capitalisme. Mais celle qui nous conduit tout droit vers la fin de la démocratie.
Wallons-nous ?
Il peut sembler présomptueux de partir de la Wallonie pour, rien de moins que cela, tenter de sauver la démocratie et restaurer les équilibres indispensables à la survie de l’humanité.
Ma conviction profonde est néanmoins que pour pouvoir changer le cours des choses, à partir du moment où on est convaincu qu’il est nécessaire de changer de cap, il faut commencer par balayer devant sa porte. Agir là où l’on naît, là où l’on est, sur base d’un objectif qui dépasse de si loin la somme des intérêts particuliers. Se retrousser les manches, s’assurer que le plan a été bien pensé, discuté avec ceux qui connaissent les réalités du terrain et les conséquences de chaque étape de la construction, en respectant tous les équilibres. Puis poser la première pierre.
« Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres9 » Recréons les équilibres !
« Oui, la violence c’est une chose grossière, palpable, saisissable chez les ouvriers […]. Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. Cela ne fait pas de bruit ; c’est le travail meurtrier de la machine qui, dans son engrenage, dans ses laminoirs, dans ses courroies, a pris l’homme palpitant et criant ; la machine ne grince même pas et c’est en silence qu’elle broie […] »
Extrait du discours de Jean Jaurès à la Chambre des députés, séance du 19 juin 1906
Introduction
Trahis par la direction
Début septembre 2014, je reçois un message d’un camarade qui travaille chez Doosan, une entreprise produisant des excavatrices à Frameries. La direction vient d’annoncer l’intention de fermeture de l’usine. Les travailleurs sont choqués et en colère10.
Roberto, un copain d’enfance, délégué syndical, me demande si je peux les rejoindre en urgence. J’habite à quelques pas de là.
Je reviens de Bruxelles, la soirée est déjà bien entamée. Petit coup de fil à la maison pour prévenir que je passe rapidement sur un piquet, et que je ne devrais pas trop tarder. Refrain trop souvent entonné pour encore sonner vrai.
À mon arrivée, les grilles de l’usine sont bloquées par des voitures. Des palettes brûlent devant les bureaux. Roberto m’aperçoit et vient à ma rencontre. Il a le visage fermé. Les yeux rougis. J’imagine que c’est la fumée des palettes.
Je lui demande de m’expliquer ce qui s’est passé. Il me dit que la direction a annoncé de but en blanc son intention de fermer l’usine. Que la discussion se poursuit dans les bureaux à l’étage. Qu’il n’est pas question de la laisser sortir tant qu’ils n’auront pas obtenu des réponses sur les véritables raisons de la fermeture. Ces derniers mois, les travailleuses et travailleurs se sont démenés pour redresser la situation, ce n’est pas juste. « Ils se sont bien foutus de nous ! »Une travailleuse nous rejoint en m’expliquant que, pour elle, tout s’écroule. C’est son emploi et celui de son mari qui partent en fumée dans le feu des palettes. Une famille entière à la rue. Plusieurs couples de l’usine sont dans le même cas.
À quelques pas, un camarade pleure. Il a une tête de plus que moi et des bras aussi larges que mes cuisses. Il se tient la tête entre les mains et s’approche de nous, des larmes plein les yeux. Il répète en boucle : « Ils se sont bien foutus de notre gueule ! », « Ils se sont bien foutus de notre gueule ! » En vingt-cinq ans de syndicalisme, j’ai malheureusement trop souvent assisté à ce genre de situation. Ces moments de tristesse et de dégoût que l’on ne peut probablement pas réellement mesurer tant qu’on ne les a pas vécus. Tant qu’on ne s’est pas fait virer de sa boîte après lui avoir donné une partie de sa vie. Cette angoisse de se demander comment on va faire pour régler les emprunts de la maison et de la voiture, les factures de l’école des enfants… Cette peur du lendemain.
Mais je me souviens comme si c’était hier de ce que m’a dit ce camarade de Doosan qui répétait en boucle qu’« ils s’étaient bien foutus de leurs gueules ».
Au-delà de la tristesse et de la colère de l’annonce, c’était le sentiment de trahison qui lui était insupportable.
Quelques mois auparavant, le groupe coréen avait mis en compétition plusieurs de ses propres sites en Europe. Les chiffres de production du site hennuyer n’étaient manifestement pas suffisants face à la concurrence interne. Des annonces de restructurations étaient dans l’air. La direction de l’usine boraine avait réussi à convaincre le personnel qu’en augmentant les cadences de production, Frameries s’en sortirait par rapport à d’autres sites du groupe. Les travailleuses et travailleurs avaient alors redoublé d’efforts, explosant les quotas d’heures supplémentaires, parvenant à sortir un nombre record de machines mois après mois. La direction locale les avait d’ailleurs félicités pour leurs résultats qui les plaçaient, pensait-on du côté des travailleurs, à l’abri pour plusieurs années. Tout le monde, cette année-là, était parti en vacances le cœur léger.
Mais au retour des congés, les ouvriers de chaîne s’étaient étonnés de la disparition de plusieurs machines de production et des stocks de pièces qui n’avaient pas été renouvelés. Certains ont commencé à se poser des questions.
Profitant des congés et des équipes tournant au ralenti, la direction avait rappelé quelques ouvriers pour sortir des machines, prétextant des travaux de maintenance ou de remplacement.
La vérité était là, sous leurs yeux. Et elle éclatait à présent avec fracas : la décision de fermeture de Frameries avait été prise depuis des mois.
Les promesses de maintien des emplois liées aux chiffres record de production n’étaient que des mensonges. La direction avait uniquement cherché à vider les stocks, anticipant la fermeture et les mouvements de grève qui en découleraient.
Mentir pour augmenter les cadences, histoire de faire sortir le plus vite possible le trésor de guerre que les grévistes auraient pu bloquer pour défendre leurs emplois lorsque l’annonce retentirait… Ils avaient réussi leur coup. Même les dernières machines qui auraient peut-être pu servir à prolonger un peu la négociation avaient été extirpées.
C’est pour cela que le colosse en face de moi chialait. C’est lui et quelques autres camarades qui avaient sorti les dernières machines. En pensant bien faire. En faisant confiance aux patrons. La trahison était totale. La direction s’était servie de lui comme on caresse un cochon pour le détendre avant de lui trancher la tête d’un coup sec.
Les trahisons de directions à l’égard des travailleurs et des travailleuses qui leur font confiance sont malheureusement légion.
On se souvient par exemple du patron de Fedex à l’aéroport de Bierset, qui avait eu le culot d’offrir une montre et un t-shirt « Vous êtes des héros » au personnel pour les remercier d’avoir continué à bosser durant la période Covid. Pour les virer par SMS quelques semaines plus tard. 11
Plus récemment, les milliers de travailleurs et travailleuses de chez Delhaize en ont également fait les frais. Un groupe qui a amassé des milliards de bénéfices grâce à eux pendant le confinement, qui rachète ses propres actions12 pour blanchir le pactole, et annonce quelques mois plus tard la mise en franchise de tous les magasins du groupe. En tirant les salaires et les conditions de travail de milliers de personnes vers le bas.
Que dire du patron de la Deutsche Bank qui, dans une lettre adressée aux salariés allemands du groupe, les appelle à passer au tutoiement lors de leurs échanges, pour renforcer la convivialité au travail… et qui annonce le jour même la suppression de 3500 emplois d’ici 202513 ? Puis il y a des kyrielles d’autres exemples qui ne feront jamais la une des journaux. Parce qu’on ne parle des vies brisées que lorsqu’elles se font dans le fracas. Jamais quand elles se contentent de tomber en silence, comme des larmes qui coulent sur une joue. Dans l’indifférence d’un « système » qui sacralise le profit et rend invisibles celles et ceux qui en payent le prix fort.
Le grand chef du personnelL’a convoqué à midi :« J’ai une mauvaise nouvelle.Vous finissez vendredi.Une multinationaleS’est offerte notre société.Vous êtes dépasséEt, du fait, vous êtes remercié. »
Il n’y a plus d’espoir, plus d’espoir.Il ne rentre pas ce soir.Il s’en va de bar en bar.Il n’y a plus d’espoir, plus d’espoir.Il ne rentre pas ce soir.14
Flexijobs comme perspectives
Alexia Bertand sur La Première le 10 octobre 202315, à la sortie du conclave budgétaire du gouvernement fédéral, répond à la question de Thomas Gadisseux, responsable éditorial politique à la RTBF, concernant les flexijobs16. Le journaliste demande à la Secrétaire d’ État au budget « comment ce système, qui est un trophée pour la droite, peut être étendu sans fragiliser les travailleurs ». Réponse de la libérale : « C’est surtout un trophée pour le citoyen et pour tout le monde, ça va permettre à tous ceux qui le veulent, aux travailleurs à 4/5 temps ou aux pensionnés, de travailler plus. C’est quand même formidable pour les pensionnés qui vivent de plus en plus longtemps, qui sont en bonne santé, de se dire qu’ils peuvent gagner de l’argent en plus qui n’est pas imposé dans un secteur dans lequel ils ont de l’expérience ».
Mentir et trahir pour s’en mettre plein les poches comme l’a fait la direction de Doosan est une chose. Prendre les gens pour des imbéciles en leur racontant n’importe quoi en est une autre. Mêmes objectifs et mêmes résultats des deux côtés. Mais reconnaissons que les théories libérales ont déjà été mises en œuvre plus subtilement que par l’entremise de la Secrétaire d’ État au budget.
N’est-il pas formidable en effet de se dire qu’enfin arrivé à la retraite, après avoir travaillé toute une vie, on aura la chance, grâce aux libéraux, de pouvoir travailler quelques heures par semaine à 11 EUR de l’heure ?
Quel merveilleux projet que ce système libéral qui, à force de coupes dans la sécurité sociale et dans les systèmes de pensions, se préoccupe du bien-être de nos aînés en leur proposant des flexijobs, à défaut d’un montant de retraite leur permettant de vivre un tant soit peu dignement.
Impunité d’un système qui, pour maximiser les profits de quelques-uns, exploite, trahit, puis brise. N’hésite pas à brader les fins de vie pour gonfler encore les dividendes d’actionnaires. Et édicte des lois « anti-casseurs » pour décourager toute personne qui ne se soumet pas à ses lois.
Partie I Cupidité
I. Intimidations
« Si nous baissons les bras, nous sommes complaisants envers les mauvais traitements, ce qui les rend encore plus oppressifs »
Rosa Parks
Maroc – Belgique : 1 – 0 pour les libéraux
27 novembre 2022. Des bagarres éclatent à Bruxelles entre supporters marocains et belges à l’issue du match de la Coupe du monde. Denis Ducarme, candidat malheureux à la présidence du MR, n’hésite pas à reprendre les slogans de l’extrême droite française et saute sur l’occasion pour appeler à « casser les casseurs17 ». Le bourgmestre socialiste de Bruxelles, Philippe Close, tombe dans le piège et appelle, lui aussi, à une loi qui lui permettrait de s’attaquer aux fauteurs de troubles. Une perche en or que saisit le ministre libéral de la Justice Van Quickenborne, qui promet de rapidement proposer une loi « anti-casseurs ».
Demandez à un libéral de lutter contre la fraude fiscale, il inventera une Déclaration Libératoire Unique (DLU), qu’il reproduira trois fois s’il le faut, pour blanchir l’argent des fraudeurs18. Ou il raccourcira les délais de prescription pour échapper au fisc19. Ou négociera des conventions bilatérales permettant de sortir la Belgique des paradis fiscaux20. En apparence uniquement.
Demandez-lui une loi anti-casseurs, il vous proposera une loi qui sanctionne tout manifestant qui s’oppose au « système ». À son système.
Tout existe dans la législation actuelle pour punir les fauteurs de troubles : dégradation, atteinte à l’intégrité des personnes ou de la propriété privée ou publique, menaces. Chacun de ces actes est condamnable et condamné. Même uriner sur un combi de police est punissable21.
Mais l’occasion était trop tentante pour les libéraux de sauter sur cette opportunité de s’attaquer encore un peu plus aux empêcheurs d’exploiter en rond.
Malgré les réformes imposées par le FMI22 et la Commission européenne au service du capital, prônant les coupes dans les services publics, le relèvement de l’âge de la pension, les pressions sur les salaires au nom soi-disant de la lutte contre l’inflation, et en définitive la maximisation des profits, la droite se heurte à certains endroits à des écueils persistants.
Syndicats, mutuelles et autres associations résistent tant bien que mal aux attaques contre l’indexation automatique des salaires, les services publics et la sécurité sociale. Ce sont des milliards qui échappent ainsi aux actionnaires des compagnies privées de pension ou à ceux des sociétés actives dans la santé. Et des milliards supplémentaires finançant écoles ou hôpitaux publics qui pourraient venir encore grossir les dividendes des actionnaires sans ces foutus défenseurs de la solidarité. De quoi rendre fous les héritiers de Milton Friedman et des Chicago Boys, alliés de Pinochet.23
Licence to kill
Mais il ne faut pas aller jusqu’en Amérique latine pour constater depuis plusieurs années déjà un dangereux durcissement des lois de répression. Avec notamment, ici même en Belgique, des condamnations au pénal de syndicalistes. Des peines de prison avec sursis ont ainsi été prononcées en 2020 contre le président de la FGTB d’ Anvers24, ainsi qu’un an plus tard contre les 17 du pont de Cheratte25, dont le Président de la FGTB, Thierry Bodson, simplement pour avoir exercé le droit de manifester. Des peines de prison à l’égard de manifestants pourtant enterrées depuis plus de cent ans., qui sont ressorties des codes de justice depuis le gouvernement Michel-De Wever. Pas (encore) de peines de prison ferme, qui attireraient trop l’attention de l’ Organisation Internationale du Travail (OIT). Mais les condamnations avec sursis visent clairement à tenter de décourager la participation aux nouvelles actions de protestation, en servant d’avertissement à tous ceux qui oseraient encore manifester.
En tout cas sans tracteurs. On y reviendra.
Ironie du sort, les syndicalistes de la FGTB condamnés en 2021 protestaient tous contre les coupes dans les budgets de soins de santé décidées par la ministre de la Santé Maggie De Block, sous le gouvernement Michel-De Wever26. Or, une des conséquences des mesures d’économies imposées par De Block dans les soins de santé fut le non-renouvellement par l’ État fédéral de l’achat des masques de protection27 permettant de protéger la population d’épidémies. Ce n’est que lorsqu’éclate la crise du Covid et que l’on assiste à la mort de milliers de personnes âgées dans les homes, faute de masques de protection à disposition du personnel soignant, que l’on se rend compte des conséquences de cette décision.
Les manifestants qui avaient contesté ces mesures sont condamnés. La ministre libérale n’est quant à elle aucunement inquiétée.
Impunité d’un système qui tue. Et qui condamne ceux qui tentent de l’en empêcher.
Loi « anti-casseurs »
Mais revenons au projet de loi Van Quickenborne. Celui-ci vise uniquement à décourager les manifestations de masse. Le texte cible explicitement de tels rassemblements. Les syndicats ne sont pas les seuls concernés. Les marches pour le climat, les actions de Greenpeace, les manifs étudiantes ou de « vieux en colère »28. Toute personne qui conteste s’expose au risque de se voir condamner à une interdiction de manifestation durant trois ans29.
Il s’agit clairement d’une atteinte majeure à la démocratie ! La Ligue des droits humains se joint au front des contestataires. L’ Institut fédéral des droits humains carbonise le projet de loi30. Ce texte est purement et simplement une insulte au droit démocratique.
Plusieurs manifestations sont organisées31 dans un front inédit composé des syndicats, des mutuelles, des associations de lutte pour l’environnement, des fédérations de défense des étudiants…
Le sursaut des socialistes
À la FGTB, des déclarations dures sont rapidement émises à l’encontre du PS et de Vooruit. Incompréhension totale, le projet a été approuvé par le Conseil des ministres sans que les mises en garde de la FGTB sur la dangerosité du texte soient prises en compte.
Des avertissements sont rapidement émis à l’égard des députés qui voteraient ce texte. La CGSP32 annonce qu’elle publiera le nom de chaque député qui voterait en faveur du projet de loi dans son magazine Tribune, distribué à plus de 150 000 exemplaires auprès de ses militants.
Une rencontre au boulevard de l’ Empereur est organisée entre les membres du Secrétariat fédéral de la FGTB et les présidents des deux partis accompagnés du ministre fédéral de l’ Emploi. Paul Magnette explique la position du parti dans ce dossier : suite aux incidents survenus lors du match de foot à Bruxelles en novembre 2022, la Secrétaire d’ État Verlinden avait émis une circulaire élargissant la palette d’interdictions administratives imposée aux bourgmestres. Le problème qui se pose pour le PS est que si un bourgmestre n’interdit pas un événement et que des incidents découlent de cette non-interdiction, celui-ci peut être incriminé ; le texte vise donc, selon Magnette, à lutter contre les fauteurs de troubles sans risque de mettre les bourgmestres en difficulté. Selon le président du PS, le parti n’a pas mesuré les effets collatéraux du texte pour le droit de manifester.
Suite à ces contacts, PS et ÉCOLO déposent des amendements visant à corriger le tir. Le texte est recalé par le Conseil d’ État et à nouveau par l’ Institut fédéral des droits humains33.
On assiste alors à un retournement de situation. Quelques semaines et quelques manifestations plus tard, le Président du PS déclare que son parti ne signera finalement pas ce texte34, alors qu’il avait pourtant fait l’objet d’un compromis préalable au sein de la majorité, évoquant à juste titre l’évolution du dossier Delhaize. Il fait constater que dans les décisions de justice prises par les tribunaux lors des piquets de grève devant les magasins Delhaize, les juges ont prononcé systématiquement des interdictions de piquet et même de manifestation, allant jusqu’à l’interdiction de porter un foulard ou un t-shirt aux couleurs de son organisation syndicale sur le parking du magasin ; et avec intervention de la police et d’huissiers de justice décourageant les plus motivés. Un déni de démocratie vis-à-vis de travailleurs et de travailleuses manifestant pacifiquement pour la défense de leurs emplois. Le président du PS, bourgmestre carolo, l’a lui-même constaté en allant soutenir les manifestants sur un piquet devant un magasin Delhaize. Magnette évoquera un avant et un après Delhaize35 pour justifier pourquoi il donnera comme consigne aux parlementaires socialistes de ne pas voter la loi portée par Van Quickenborne. Le projet de loi va trop loin et marque un nouveau basculement antidémocratique.
Réaction positive du PS qui, sous pression des organisations syndicales, des mutuelles et de l’associatif, a entendu et compris les critiques et les risques pour les libertés démocratiques essentielles. Si l’on part du principe que pour respecter la démocratie, il est primordial de s’assurer que les décisions politiques collent au plus près des réalités vécues sur le terrain, la séquence est importante.
Action commune
Parallèlement aux manifestations, indispensables pour faire évoluer les lignes, un travail de diplomatie important est réalisé durant plusieurs semaines. De nombreux responsables de la FGTB interpellent des élus locaux du PS, qui font remonter eux-mêmes les réalités de terrain vers la tête du parti. On sent les choses bouger.
Profitant de la rentrée politique de la FGTB wallonne en septembre 2023, j’avais moi-même envoyé une série de messages clairs aux nombreux élus des partis de gauche présents pour l’occasion. Le président du PS était juste en face de moi. Des messages très clairs sur la loi Van Quick’ : « Ne la votez pas36 ! »Suite à cette rentrée syndicale, le président du parti m’invite à venir réexpliquer la trame de mon discours devant l’ensemble des élus wallons du PS. Je n’ai pas la carte du PS et je suis, d’ailleurs je pense, le premier Secrétaire général de la FGTB à ne pas être invité au Bureau du parti au boulevard de l’ Empereur. Dérogeant aux règles, j’étais néanmoins invité à venir tenir un discours-vérité dans la capitale wallonne. S’ensuivirent des échanges francs et sincères permettant d’écouter les points de vue respectifs de chacun, ses difficultés, ses réalités. Le syndicat n’est plus la branche syndicale du POB37, c’est clair. La FGTB, en tant que contre-pouvoir, est indépendante de tout parti politique. Elle n’hésite pas à manifester et à se faire entendre, quel que soit le gouvernement en face d’elle, lorsque les intérêts des travailleurs et travailleuses ne sont pas respectés. Mais conformément à notre déclaration de principes38, nous travaillons aussi avec les partis en capacité de relayer et défendre nos idées au sein de gouvernements.
En agissant de la sorte, en faisant marche arrière sur le projet de loi Van Quickenborne, le PS réaffirmait qu’il était un relais à l’écoute, prenant ses responsabilités. Comme cela avait été le cas au niveau wallon en 2019, dans le cadre de la réforme APE, permettant de sauvegarder plus de 60 000 emplois après quatre manifestations contre le plan du ministre libéral Jeholet.
