Retour de l'U.R.S.S. - André Gide - E-Book

Retour de l'U.R.S.S. E-Book

André Gide

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Beschreibung

Dans "Retour de l'U.R.S.S.", André Gide livre un témoignage poignant de son voyage en Union soviétique en 1936, un compte rendu mêlant impressions personnelles et réflexions critiques sur le système soviétique. Écrit dans un style fluide et introspectif, ce livre se caractérise par une approche de la littérature de voyage qui transcende la simple narration factuelle. Gide y analyse non seulement la réalité politique et sociale du pays, mais explore également les contradictions entre l'idéalisme communiste et la réalité vécue par ses habitants, offrant ainsi une critique acerbe de l'utopie soviétique. Dans le contexte littéraire de l'entre-deux-guerres, cette œuvre s'inscrit dans une quête pour la vérité, caractéristique du mouvement moderniste, tout en révélant l'ambivalence des idéologies politiques de son temps. André Gide, écrivain français de renom, est une figure majeure de la littérature du XXe siècle. Influencé par son éducation bourgeoise et ses voyages, Gide a développé un intérêt pour les notions de liberté et d'authenticité, ce qui l'a poussé à explorer les profondeurs de l'expérience humaine, tant sur le plan personnel que collectif. Son engagement envers des valeurs humanistes et son scepticisme face aux dogmes politiques, à l'instar du communisme, sont au cœur de "Retour de l'U.R.S.S.", manifestant sa quête incessante de vérité dans un monde en changement. Je recommande chaleureusement "Retour de l'U.R.S.S." à quiconque s'intéresse à la critique sociopolitique, à la littérature moderne et aux enjeux de l'idéologie. Ce livre, par son analyse lucide et nuancée, invite le lecteur à réfléchir sur les promesses déçues du communisme tout en offrant une étude approfondie du cœur humain face aux idéologies ambitieuses. L'érudition et la sensibilité de Gide font de cette œuvre une lecture essentielle pour comprendre les tensions entre utopie et réalité dans le contexte du XXe siècle. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction succincte situe l'attrait intemporel de l'œuvre et en expose les thèmes. - Le Synopsis présente l'intrigue centrale, en soulignant les développements clés sans révéler les rebondissements critiques. - Un Contexte historique détaillé vous plonge dans les événements et les influences de l'époque qui ont façonné l'écriture. - Une Biographie de l'auteur met en lumière les étapes marquantes de sa vie, éclairant les réflexions personnelles derrière le texte. - Une Analyse approfondie examine symboles, motifs et arcs des personnages afin de révéler les significations sous-jacentes. - Des questions de réflexion vous invitent à vous engager personnellement dans les messages de l'œuvre, en les reliant à la vie moderne. - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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André Gide

Retour de l'U.R.S.S.

Édition enrichie. Une critique incisive de la réalité soviétique à travers les yeux d'un observateur courageux
Introduction, études et commentaires par Bastien Vernier
Édité et publié par Good Press, 2023
EAN 8596547788126

Introduction

Table des matières

Quand un écrivain croit visiter un avenir radieux et découvre surtout la part d’ombre de ses propres espérances, le voyage devient une épreuve de vérité. Ainsi s’ouvre l’itinéraire intellectuel au cœur de Retour de l’U.R.S.S., où une curiosité généreuse se mesure à la réalité d’un pays qui avait suscité tant d’attentes. L’enjeu n’est pas seulement de voir, mais de comprendre ce qui, entre images reçues et scènes observées, résiste à la croyance. L’ouvrage propose, avec la sobriété d’un carnet de route, la confrontation d’une conscience littéraire avec un monde qui se voulait exemplaire et qui exigeait, de ses visiteurs, plus que des applaudissements.

André Gide, l’une des figures majeures des lettres françaises et lauréat du prix Nobel de littérature en 1947, publie Retour de l’U.R.S.S. en 1936, dans l’immédiateté d’un voyage entrepris cette même année. L’ouvrage tient du journal de déplacement, de la note critique et du témoignage personnel. On y sent l’urgence d’écrire au retour, sans délai entre le regard porté et la formulation. Le livre ne propose pas un traité politique, mais un récit d’expérience, structuré par la chronologie d’un séjour, les rencontres permises et la série de situations auxquelles l’auteur fut exposé.

Le contexte est celui de l’entre-deux-guerres, quand l’Union soviétique fascinait nombre d’intellectuels européens. Gide, qui observait depuis longtemps l’essor d’un idéal de transformation, accepte une invitation et parcourt plusieurs villes. Les itinéraires sont réglés, les visites officielles nombreuses, la courtoisie institutionnelle palpable. Cette configuration, habituelle pour les délégations d’écrivains, dessine les limites et les angles morts d’un regard encadré. Le livre part de là : un écrivain de premier plan traverse un pays et, du train aux salles de réunion, des rues aux théâtres, tente de discerner ce qui se dit et ce qui se tait.

La prémisse centrale tient à la tension entre l’image d’un modèle et la matérialité des scènes quotidiennes. Gide enregistre ce qu’il voit, mais aussi ce qu’il ne peut aisément voir. Il croise artistes, fonctionnaires, étudiants, lecteurs, entend des éléments de discours et d’enthousiasme, perçoit des hésitations. Il ne cherche pas l’exhaustivité : sa méthode est celle d’un carnet, lucide et circonspect, où la notation précise domine. Le livre expose une trajectoire d’observations, un lent déplacement de perspective, sans systématiser. Il s’agit moins d’asséner que de vérifier, moins d’enseigner que de mettre à l’épreuve un horizon d’attente.

La force littéraire de Retour de l’U.R.S.S. vient d’abord de son style : brièveté, netteté, retenue. Gide excelle à faire tenir une situation entière dans une inflexion, un détail, une nuance. Il privilégie la précision du sensible, l’attention aux indices, la justesse des transitions intérieures. Sa phrase, ferme et claire, organise le réel sans l’écraser. Cette tenue narrative, dégagée de l’emphase, confère à l’ensemble l’autorité d’un témoignage contrôlé. On lit un écrivain qui n’entend pas démontrer par slogans, mais par observations successives, fixant un ton singulier où la responsabilité éthique se noue à la probité stylistique.

Classique, le livre l’est parce qu’il met à l’épreuve une croyance largement partagée à son époque et le fait par la littérature, non par l’invective. Sa valeur tient à l’expérience d’un esprit qui reconsidère ses certitudes à hauteur de faits vécus. Cette épreuve donne naissance à une forme : le récit d’un désenchantement méthodique, qui ne renonce ni à l’idéal ni à la lucidité. L’œuvre s’inscrit ainsi dans une tradition de voyages initiatiques où la rencontre de l’autre monde reconfigure l’identité du regardant. Sa puissance vient de cette dynamique de révision, rendue sensible et lisible.

La parution de 1936 déclenche de vifs débats, en France et au-delà du cercle littéraire. On discute la démarche, on conteste, on approuve, on s’étonne qu’une telle voix s’écarte des attentes. L’écrivain répondra l’année suivante par un bref complément, qui manifeste la volonté de préciser sa position. Mais la première secousse venait de là : un auteur reconnu, dont l’intégrité était estimée, publiait un livre de retour qui n’était pas un triomphe. L’événement marque durablement l’espace critique, et assied le texte dans cette catégorie d’ouvrages qui déplacent le centre de gravité d’une conversation publique.

Si Retour de l’U.R.S.S. s’impose, c’est aussi qu’il condense des questions durables : quels rapports entre art et pouvoir, entre littérature et injonction politique ? Quelle place pour la parole authentique quand la mise en scène collective tend à absorber les voix singulières ? Que vaut un témoignage quand il affronte le prestige d’un mythe ? Le livre esquisse ces interrogations en situation, sans schématisme. Il rappelle que le jugement, en matière civique, exige du temps, de la patience, une disponibilité à contredire ses propres attentes, et une vigilance face aux récits trop parfaitement agencés.

Sur le plan littéraire, l’influence de ce texte se mesure à la manière dont il légitime une posture d’écrivain-voyageur responsable. En substituant l’épreuve d’un regard personnel au confort des orthodoxies, Gide ouvre un espace où d’autres témoins prendront ensuite place. L’ouvrage a contribué à déplacer une sensibilité : l’idée que l’engagement requiert la critique comme condition de fidélité à l’idéal. À ce titre, il nourrit une filiation de récits européens où l’examen d’utopies réelles passe par des scènes, des voix, des gestes, plutôt que par des thèses. La littérature y gagne un mode d’intervention propre.

Comme document, l’essai vaut par sa datation précise et par la limitation consciente de son champ. Gide ne prétend pas livrer un panorama total ; il se sait tributaire d’itinéraires encadrés et d’échanges filtrés. L’intérêt tient à la façon dont il fait travailler ces limites : collection de signes, attention aux silences, recoupements prudents. Cette modestie méthodologique accroît la crédibilité du propos. L’ouvrage, souvent réédité, demeure une référence pour comprendre un moment où l’imaginaire politique européen cherchait des preuves. On y apprend à écouter ce que la scène officielle ne dit pas, sans cesser d’observer ce qu’elle montre.

Lire aujourd’hui Retour de l’U.R.S.S., c’est retrouver une grammaire de la responsabilité intellectuelle. On y voit comment une conscience s’expose, accepte de corriger sa trajectoire, et signe cela par l’écriture. Les pages rappellent que la lucidité n’est pas un reniement, mais une fidélité à une exigence de vérité. Le livre permet aussi d’examiner nos propres dispositifs de croyance : invitations, voyages cadrés, récits amplifiés par les médias. L’épreuve gidienne n’a rien perdu de sa portée : elle convoque le discernement, la prudence, la patience du jugement, et rend sensible la dignité d’une parole non alignée.

Sa pertinence contemporaine tient enfin à la question du témoignage à l’ère des images et des récits orchestrés. Entre confiance et contrôle, entre propagande et information, l’espace public demeure traversé de séductions puissantes. Retour de l’U.R.S.S. rappelle qu’un regard informé, un langage mesuré et une éthique de la révision sont des outils décisifs. C’est pourquoi l’ouvrage, au-delà de son époque et de son cadre, conserve un attrait durable : il apprend à lire le monde sans renoncer à l’espérance, à aimer les idées sans s’y aveugler, et à faire de la littérature une pratique de liberté.

Synopsis

Table des matières

Publié en 1936, Retour de l’U.R.S.S. est le récit critique qu’André Gide consacre au voyage qu’il effectue en Union soviétique à l’invitation des autorités culturelles. Contexte: la décennie voit de nombreux intellectuels européens projeter leurs espoirs sur l’expérience socialiste. Le livre tient à la fois du carnet d’impressions et de l’essai, où l’écrivain, jusque-là bienveillant envers l’idéal communiste, expose ce qu’il a vu, entendu et déduit. Il n’entend ni régler des comptes ni produire une enquête exhaustive, mais suivre le fil d’une observation personnelle, attentive aux écarts entre promesses affichées et réalité vécue, et aux effets moraux d’un projet politique totalisant.

À l’entrée dans le pays, Gide note l’ampleur de l’accueil officiel, l’ordonnancement des cérémonies et la ferveur collective qui anime défilés et réunions. Il observe des rues propres, des affiches qui exaltent le travail et la construction d’un avenir nouveau, une urbanité attentive à l’étranger. Ses attentes, nourries par l’espoir d’une société délivrée des injustices, trouvent d’abord un écho dans ce décor d’enthousiasme. Mais il perçoit aussi que le discours public s’exprime dans une langue répétitive, codée, où les mêmes formules reviennent. Ce contraste entre chaleur sincère et langage uniforme installe la tension qui portera son examen.

Les journées se succèdent en visites guidées de fabriques, clubs ouvriers, écoles, théâtres, maisons de la culture. On lui présente des ateliers modèles, des statistiques flatteuses, des vitrines de progrès matériel et d’alphabétisation. Gide enregistre ce qu’il voit, salue la discipline et la fierté affichée, mais remarque la rigidité du parcours, le cadrage des rencontres, la difficulté d’accéder aux marges. Plus qu’une enquête libre, on lui propose un itinéraire exemplaire. Il en résulte un sentiment de mise en scène: la réalité montrée est-elle exhaustive ou stylisée pour convaincre? Cette question devient l’axe d’une critique qui reste d’abord méthodologique.

À côté des tableaux officiels, l’écrivain cherche des contacts directs: ouvriers, étudiants, employés, passants. Les échanges existent, souvent chaleureux, mais l’interprète filtre, les interlocuteurs pèsent leurs mots, la prudence domine. À l’arrière-plan, manques et restrictions affleurent: files d’attente, raretés, logements exigus, inégalités d’accès. Gide note l’existence de circuits privilégiés, d’avantages liés à la position ou à l’adhésion visible. L’idéal égalitaire demeure, mais la vie quotidienne suggère des strates et des précautions. De ces fragments, il tire moins une accusation qu’un constat: la parole est contrainte, et l’observateur ne peut atteindre qu’une vérité partielle, sujette à autorisation.

Le livre s’attarde sur la vie intellectuelle et artistique. Les écrivains, metteurs en scène et musiciens que Gide rencontre travaillent sous un horizon doctrinal qui fixe des thèmes, prescrit des tonalités, valorise l’optimisme et le modèle héroïque. L’édition et la presse sélectionnent, corrigent, écartent. L’auteur mesure ce que cette normalisation implique pour la création: la perte du droit à la nuance, au doute, à l’exploration du négatif. Sa réflexion se concentre sur la responsabilité de l’artiste face à un pouvoir qui réclame l’utilité sociale immédiate des œuvres. Entre conviction politique et liberté d’inventer, il pointe une contradiction structurante.

Dans le climat politique qu’il décrit, Gide relève l’omniprésence de mots d’ordre, l’hommage ritualisé à la direction, la diffusion d’une pédagogie civique qui appelle la vigilance et la rectification. S’installe une culture de la conformité: réunions d’autocritique, dénonciations, contrôles administratifs des déplacements, insistantes questions de loyauté. Plus que les épisodes spectaculaires, l’auteur s’attache aux effets de cette pression sur les consciences ordinaires: la peur d’erreur, l’obsession de plaire, la difficulté de parler vrai. Il s’interroge sur la valeur de l’adhésion obtenue dans ces conditions, et sur le prix moral d’une unanimité sans pluralité.

Les observations en milieu rural et dans l’approvisionnement éclairent un autre versant. Gide voit l’organisation collective de la production, l’emboîtement des plans, des quotas, des normes de rendement. Il note les déplacements imposés par le travail, les obstacles à la mobilité spontanée, les priorités fixées d’en haut. La promesse d’abondance se heurte à des goulots d’étranglement, à des retards, à des compromis pragmatiques. Là encore, l’écart entre proclamation et expérience nourrit son doute. La réforme sociale, dit-il en substance, ne vaut qu’adossée à un consentement libre; sans cela, elle risque de substituer une discipline à une autre.

Retour de l’U.R.S.S. prend la forme d’un examen de conscience. Gide ne renie pas les buts qu’il espère pour l’humanité — instruction, dignité du travail, solidarité — et reconnaît des accomplissements réels: alphabétisation, effort industriel, accès élargi à certaines institutions. Mais il insiste sur la manière dont ces avancées sont obtenues et racontées. À ses yeux, l’enjeu n’est pas de comparer théoriquement des systèmes, mais d’éprouver la cohabitation entre efficacité collective et liberté individuelle. Le livre s’adresse en creux aux « compagnons de route » européens: voir sans se bercer d’illusions, et juger les moyens à l’aune des fins.

À sa parution, l’ouvrage provoque un débat nourri dans les milieux littéraires et politiques, tant il bouscule l’imaginaire d’une expérience tenue pour exemplaire. Sans livrer de verdict spectaculaire, Gide propose un geste: reprendre la mesure de ce que voit l’écrivain, refuser le confort des certitudes, tenir ensemble justice sociale et droits de l’esprit. C’est cette attitude, plus que la description circonstanciée, qui fait la portée durable du livre. Il rappelle que l’enthousiasme ne dispense pas de contrôler les faits, et que les grandes causes perdent à exiger le silence sur ce qui contredit leur récit.

Contexte historique

Table des matières

Retour de l’U.R.S.S. s’inscrit au milieu des années 1930, dans une Europe troublée par la crise économique, la montée des régimes fascistes et l’ombre d’un nouveau conflit. L’Union soviétique vit alors sous la direction de Joseph Staline, au sein d’un État-parti dominé par le VKP(b), avec une administration centralisée, la planification économique et une police politique puissante. À l’international, le Komintern promeut des fronts antifascistes et la France, liée à Moscou par un pacte d’assistance signé en 1935, vient d’élire le Front populaire. C’est dans ce cadre institutionnel et diplomatique que Gide entreprend son voyage et que s’élabore son témoignage critique, publié en 1936.

L’itinéraire intellectuel d’André Gide éclaire sa curiosité pour l’expérience soviétique. Écrivain majeur né en 1869, observateur moral soucieux de justice, il a déjà dénoncé des abus coloniaux dans Voyage au Congo (1927) et Retour du Tchad (1928). Sans être militant communiste, il s’intéresse aux possibilités d’une réforme sociale radicale. L’idée d’une société affranchie de l’exploitation l’attire, et le prestige de la Russie issue d’Octobre 1917 pèse sur les imaginaires progressistes. Son voyage répond ainsi à une interrogation politique et éthique: mesurer, au-delà des discours, l’écart entre les promesses d’égalité et les réalités du régime soviétique.

La conjoncture antifasciste structure le champ intellectuel français. Après la prise du pouvoir par Hitler en 1933 et les émeutes parisiennes de février 1934, la stratégie du Front populaire est adoptée par le Komintern en 1935. En France, la victoire du Front populaire en 1936 renforce l’idée d’une alliance large contre le fascisme. Beaucoup d’écrivains, sympathisants ou «compagnons de route», regardent vers Moscou comme vers un rempart. Cette attente influe sur la lecture de toute critique du système soviétique: elle peut apparaître, aux yeux de certains, comme une menace pour l’unité antifasciste. Gide aborde son sujet au cœur de cette pression politique.

La politique culturelle soviétique pèse directement sur Retour de l’U.R.S.S. En 1932, un décret dissout les groupes littéraires et fonde une Union unique des écrivains. En 1934, le premier Congrès des écrivains soviétiques codifie le «réalisme socialiste», doctrine appelant une représentation «véridique et historiquement concrète» au service de la construction socialiste. La figure de Maxime Gorki, alors centrale, incarne cette orientation. Gide découvre un monde où l’art se met au diapason des objectifs du Parti. Son livre interroge le coût spirituel de cette subordination: que devient la liberté créatrice quand l’écrivain doit avant tout édifier, convaincre, et répéter la ligne officielle?