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Céline Casquer, jeune avocate rennaise spécialiste de la défense des droits des mineurs, est sollicitée par un parti breton, Breizh Éveil, pour être candidate aux élections législatives à Saint-Malo. Problème : l’ex-candidat de Breizh Éveil dans la cité corsaire, Martin Bougron, patron retors d’une entreprise d’import-export, n’entend pas être évincé et promet de tout faire pour ruiner les chances de la « parachutée » rennaise. Assistée de Paula Bartaud, responsable locale du parti, Céline Casquer entreprend une campagne pleine d’embûches, d’autant plus qu’une imprudence la met sous la menace d’un odieux chantage. Les périls s’accumulent, jusqu’à un meurtre dans lequel sera compromise la candidate. Le concours inopiné du détective rennais Marc Renard suffira-t-il à l’extirper de ces traquenards ?
De Rennes au port de Saint-Malo, à la fois thriller et roman policier, ce récit riche en imprévus vous tiendra en haleine jusqu’à un dénouement en forme de clin d’œil.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Natif de Carnac où il réside régulièrement, Jean-Marc Perret s’est lancé dans l’écriture de romans policiers après une carrière de contrôleur de gestion à la SNCF. Également auteur d’une pièce de théâtre, une comédie policière, amateur de cinéma, passionné de sport, Jean-Marc pratique assidûment le tennis et la marche nordique. Il est actuellement correspondant du journal Ouest-France pour la commune de Chantepie, où il vit, près de Rennes.
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Seitenzahl: 295
Veröffentlichungsjahr: 2023
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CE LIVRE EST UN ROMAN.Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
Rennes
— Si je comprends bien, je n’ai plus qu’à me faire sauter le caisson ! Me foutre à l’eau, me balancer sous un train ! C’est ça que vous voulez tous ?
— Calme-toi. Je t’en prie. Calme-toi. Personne ne veut te voir disparaître. Ce qu’il faut, c’est analyser objectivement la situation, sans paniquer.
— Sans paniquer ? Non, mais regardez-le ! Tranquille, peinard, derrière son bureau ! Mets-toi une minute à ma place, Bon Dieu ! Plus de cent mille euros de dettes ! Les banques me lâchent comme si j’étais un pestiféré. Et mes soi-disant associés ? Une bande de salauds qui ne pensent qu’à leur pomme ! Des corbeaux qui me boufferont jusqu’au trognon ! Ah ! J’étais le plus beau quand j’ai monté ma boîte. Les courbettes des banquiers ! Votre projet nous intéresse, monsieur Craux ! Nous nous ferons un plaisir de vous accompagner… Ils en étaient comiques ! Même toi, tu m’as encouragé, tu m’as poussé à aller de l’avant !
— Non, Romain ! Non ! J’ai fait mon boulot d’expert-comptable. Je t’ai informé, je t’ai conseillé, mais les décisions, c’est toi seul qui les as prises.
Romain Craux se projeta en avant sur le bureau, le frappant du plat des mains.
— Toi aussi, tu me laisses tomber ! C’est trop facile, ça ne se passera pas comme ça ! Je ne coulerai pas tout seul !
— Ça suffit, tu ne m’impressionnes pas. Tu te fais du mal, arrête de te victimiser. Écoute-moi un instant, tu veux bien ? Un, c’est vrai, tu n’as pas eu de chance avec la récession actuelle. Mais deux, tu as commis des erreurs, des dérives. Tu t’es servi du fric de ton entreprise comme s’il s’agissait du tien. Pour le tribunal de commerce, ça s’appelle des manœuvres frauduleuses et la sanction, c’est la faillite personnelle. C’est ce que je veux t’éviter, car les conséquences ne sont pas les mêmes qu’un dépôt de bilan. Si tu es déclaré en faillite, il te sera interdit d’exercer. Je préfère te prévenir que ça ne va pas être facile, tu as trop déconné. Et je ne peux pas travestir la réalité, c’est une question de déontologie, je tiens à la réputation de mon cabinet.
— Trouillard ! lança Romain Craux. Je m’en fous de ta déontologie et de ta réputation ! C’est de fric dont j’ai besoin. Tu ne veux vraiment pas m’aider ? Rien qu’un peu, pour calmer les plus voraces…
Il se rendit compte du ton soudain implorant qu’il utilisait et en éprouva de la honte.
— N’insiste pas, je t’ai dit non, tout à l’heure. Je n’ai pas changé d’avis. Sache que je défendrai ton dossier du mieux possible.
Mâchoires serrées, Romain Craux darda sur son expert-comptable un regard chargé de haine. Puis sans un mot, il s’arracha à sa chaise et claqua violemment la porte du bureau. De sa fenêtre, Mickaël Tual le vit s’éloigner le long de l’avenue Janvier vers la gare SNCF. Un homme qui avait perdu ses rêves.
*
Les yeux fixés sur les formes courbes du dôme de la gare, il marmonnait des phrases sans queue ni tête, indifférent aux gens qu’il croisait. Il entra dans le hall, utilisa l’escalier mécanique jusqu’au premier étage. Là, il tourna sur lui-même, ne sachant plus que faire. Il aperçut alors l’enseigne du Paris-Brest. Il y avait fêté la création de son entreprise, trois ans auparavant. Ses pas l’avaient-ils inconsciemment mené jusqu’à cet endroit ? D’une démarche d’automate, il se dirigea vers le restaurant. Il s’accouda au bar, commanda un café, regarda la salle. Pourquoi le dévisageait-on ainsi ? Pourquoi cet imbécile ne continuait-il pas à lire son journal ? Subitement, il eut envie de se battre.
— Qu’est-ce que vous avez à me regarder comme ça ? Qu’est-ce que je vous ai fait ?
L’homme sursauta.
— Je ne vous regarde pas. Je vous assure. Vous vous trompez.
— Mais oui, c’est encore moi qui déconne, c’est moi qui imagine des choses !
— Monsieur, s’il vous plaît !
Un serveur s’approcha et le prit par le bras.
— Buvez donc votre café… après vous pourrez partir.
L’air ahuri, Romain Craux le toisa, se demandant quelles étaient les intentions de cet homme. Il écarta la main qui lui enserrait le bras et revint au comptoir pendant que le type au journal, le doigt vrillant sa tempe, recourait au geste universel signifiant que son agresseur verbal ne tournait pas rond.
Il quitta l’établissement, flâna dans la salle des pas perdus, descendit jusqu’au large couloir central desservant les différentes voies. Il opta pour la voie 3 où l’arrivée imminente d’un TGV était annoncée et les voyageurs invités à s’éloigner du bord du quai. À contrecourant, lui s’approcha du bord. Attendre le dernier moment pour… Un coup de sifflet retentit, suivi de la semonce d’un agent de la gare et il se sentit tiré en arrière.
— Attention, monsieur, vous vous mettez en danger !
Qu’est-ce que ça pouvait lui faire à cet abruti qu’il se jette sous le train ? Il recula. Le grondement du TGV s’amplifiait. À nouveau, on le regardait comme une bête curieuse. Et s’il poussait ce petit type insignifiant sous les roues du train ? Ou cette pimbêche en mini-jupe ?
Il sourit. Les voyageurs s’écartaient. Il leur faisait peur. Brièvement content de lui, il remonta vers la salle des pas perdus.
Rennes, lundi 6 mars
Le parc de stationnement de La Poterie affichait complet. Céline Casquer fit le tour du rond-point et suivit le boulevard longeant la ligne du métro. Elle trouva une place sur le parking à ciel ouvert du premier immeuble qu’elle croisa sur sa droite. Des garçons, certains très jeunes, se disputaient un ballon de football au pied d’une tour d’une quinzaine d’étages, les maillots rouge et noir du Stade Rennais concurrencés par ceux du Paris-Saint-Germain et du FC Barcelone.
— Vous pensez pas qu’ils pourraient jouer ailleurs ? Ils ont des terrains de jeux à deux cents mètres d’ici, et faut qu’ils restent là à emmerder les gens qui rentrent et qui sortent ! Quand ils s’amusent pas à shooter dans la porte d’entrée !
Ratatiné par le poids des ans, décharné, on ne pouvait plus lui donner d’âge. Le type tenait un cabas rempli de provisions et devait rentrer des courses. Céline Casquer eut une mimique montrant qu’elle n’avait pas d’avis sur la question, alors, tout en bougonnant, il claudiqua vers la tour. Elle tourna la tête car des clameurs retentissaient. Le ballon avait fini sa course entre les jambes de l’homme et celui-ci, d’un shoot aussi rageur que le lui autorisait son grand âge, venait de l’expédier sur le boulevard. Content de lui, il défiait les gamins mais s’il voulait provoquer une altercation, il en fut pour ses frais. Les futurs Mbappé et autres Benzema estimaient plus urgent de récupérer leur ballon que de perdre leur temps avec cet ancêtre. Céline hâta le pas vers la toute proche rue de Vern. Là était sa destination. La permanence de son parti, Breizh Eveil, occupait le troisième et dernier étage d’un immeuble qui venait d’être réhabilité. À l’instar de ses voisins, sa façade portait les stigmates de plusieurs tags imparfaitement effacés.
Elle l’aperçut, coincé contre l’encoignure de l’entrée. Trois semaines qu’on ne l’avait pas vu. Assis sur ses cartons, le SDF avait installé devant lui son éternel écriteau : merci pour mon repas. Impossible de faire semblant de l’ignorer. Victime de l’étrange gêne que l’on ressentait devant ce spectacle de la misère, elle se pencha, sortit son porte-monnaie et glissa une pièce de deux euros dans la boîte en ferraille que le mendiant avait posée devant lui. Un billet de dix euros s’échappa de sa bourse et voleta vers le trottoir. Elle surprit le regard soudain plus vif du SDF. Elle ramassa promptement le billet, prête à le remiser, puis, presque brutalement, l’ajouta aux pièces au fond de la boîte. Quand elle composa le code du bâtiment, elle entendit l’homme balbutier un remerciement.
— Vingt minutes de retard. Tu as toujours autant de mal à respecter tes horaires.
Le ton était celui de la constatation d’une évidence. Celle qui l’accueillait était une jeune femme d’une trentaine d’années. Les cheveux auburn ramenés en queue-de-cheval, elle portait une jupe jean et un tee-shirt arborant le logo de Breizh Eveil : une carte de Bretagne d’où s’échappaient des flèches en direction des quatre coins du globe. Une symbolique que Céline jugeait quelque peu démesurée.
— J’étais à sept heures à mon cabinet quand tu pionçais encore, répliqua Céline en retirant sa veste en toile et la jetant sur le dossier d’un fauteuil. Paula, au cas où tu l’ignorerais, en ce moment, j’ai l’impression de faire deux journées en une.
— Je sais bien, je te taquine, c’est tout.
— Et trouver une place pour se garer, c’est galère.
Le parking était complet.
— De toute façon, il est réservé aux usagers du métro. Une espèce dont tu ne fais pas partie. Un café ?
— Pourquoi poser la question ?
Céline Casquer s’affala plus qu’elle ne s’assit sur le canapé. Paula s’éloigna pour préparer le reconstituant. Un écran télé diffusait des infos en continu sur fond d’images de guerre. Le son avait été coupé.
— Toujours sans sucre ?
La jeune femme revenait avec un plateau qu’elle déposa sur une table basse.
Elles goûtèrent le café et d’un même mouvement reposèrent leurs tasses.
— Si j’ai fait cette remarque sur ton retard, c’est que je veux que nous ayons le temps de discuter avant l’arrivée de Max, se justifia Paula.
— Je me doute que cette convocation à une heure inhabituelle cache quelque chose.
— Une invitation, pas une convocation. Ce n’est pas à une avocate que je vais expliquer la nuance.
— Alors… Pourquoi m’avez-vous invitée ?
— Max te l’expliquera lui-même. Pour ma part, je voudrais m’assurer que tu vas bien.
— Pourquoi cela n’irait pas ? Concilier mon boulot d’avocate avec mon investissement dans notre mouvement est chronophage. Mais j’ai la chance de n’avoir pas besoin de beaucoup d’heures de sommeil.
— Ce n’est pas le côté professionnel qui m’inquiète. Je sais que tu peux faire face. C’est ta vie personnelle.
— Elle ne te regarde pas !
Céline Casquer se saisit de sa tasse un peu trop brusquement au risque de renverser le reliquat de café. Elle en but le contenu et la reposa. Paula lui parla avec douceur.
— Ce n’est pas là une curiosité déplacée, Céline. Nous nous connaissons depuis suffisamment longtemps pour que tu te rendes compte que tu peux me faire confiance. Avant que Max te propose quelque chose d’important, j’ai besoin de savoir si tu assures dans ta vie privée. Elle est quand même un peu compliquée entre David et ton mari. Justement, où en es-tu avec Romain ?
— Il ne veut toujours pas entendre parler de divorce. Il faudra pourtant qu’il en passe par là.
— Tu as avancé ?
— J’espérais qu’il se ferait une raison et me faciliterait les choses mais autant attendre la neige au mois de juillet.
— Est-il au courant pour David ?
— Évidemment, et il va s’en servir pour m’enfoncer. Peut-on parler d’autre chose ?
Paula Bartaud sentit que Céline se cabrait et ce n’était pas l’attitude qu’elle souhaitait étant donné ce que l’on espérait d’elle. Mieux valait ne pas insister. Du moins, pour l’instant. Elle vérifia l’heure à sa montre. Max n’allait pas tarder. Elle espérait qu’il saurait la détendre. Max fondait beaucoup d’espoir sur elle et Paula ne pouvait lui donner tort. Maître Céline Casquer était reconnue comme une des avocates les plus compétentes sur la place de Rennes dans le domaine si sensible de la protection de l’enfance et possédait désormais son propre cabinet. Paula admirait Céline, en arrivait même à se sentir proche d’elle, cependant, à cause de David, l’amitié leur serait interdite. Pour rompre le silence, Paula prit la télécommande et monta le son. Le ton grave, un journaliste donnait les dernières nouvelles de ce conflit qui avait éclaté à quelque deux mille kilomètres du territoire national et dont les conséquences étaient imprévisibles. Peu après, on frappa à la porte et Paula mit fin aux commentaires inquiétants du correspondant de guerre. Max Monneyeur entra. Très grand, il ne pouvait être qualifié de bel homme, mais assurément capable de séduire. Il embrassa Paula sur les deux joues et tendit la main à Céline en souriant chaleureusement.
— Comment allez-vous Céline ? Oh ! Allez ! Je pense que nous pouvons peut-être nous tutoyer.
Elle lui rendit son sourire.
— Comme tu voudras, Max.
— Un café ?
— Non, merci, Paula. Ça ferait mon quatrième de la matinée, j’ai ma dose.
Il s’assit en face des deux jeunes femmes, posa une chemise bourrée de feuillets sur la table, à côté de son téléphone portable.
— Vous avez eu le temps de discuter avant mon arrivée ?
Paula s’empressa de répondre.
— J’attendais ta venue pour engager une vraie conversation.
Max fixa Céline droit dans les yeux.
— Tu dois te demander pourquoi nous t’avons conviée à cette réunion… restreinte.
— J’ai ma petite idée, mais je préfère attendre que tu… (elle regarda Paula) que vous vous exprimiez.
— Je ne vais pas tergiverser, dit Max Monneyeur. Dans un peu plus de trois mois auront lieu les législatives. Nous gagnons des points dans l’opinion et nous devons confirmer notre montée en puissance par des résultats positifs aux élections. J’estime que nous avons la possibilité de remporter quelques sièges ou de jouer le rôle d’arbitre, notamment en Ille-et-Vilaine. Rennes n’est pas jouable, Saint-Malo, si. On va donc y présenter un candidat. Un candidat… ou une candidate.
— Et… commença Céline.
— Et nous avons pensé à toi.
— Eh bien, je m’attendais à quelque chose de ce genre, mais je ne suis pas du tout sûre d’avoir les qualités requises… Quant à Saint-Malo, je n’y vais en touriste que de temps en temps. Le parachutage, ça passe mal dans l’opinion locale.
— Tu vas bientôt y installer un cabinet, non ?
— Oui, c’est en projet.
— L’essentiel est que tu aies un pied là-bas. Il te faudra un logement, nous nous en occuperons et participerons aux frais du loyer. Quant aux qualités requises, tu les possèdes, je n’ai aucune inquiétude. Tu es posée, pugnace, possède le charisme nécessaire.
Paula acquiesça en souriant. Max Monneyeur continua.
— Tu commences à être connue. Ton image est très bonne depuis ta campagne sur les dégâts causés par le porno sur les ados. Tu as conquis l’estime du public. Et tu es neuve en politique ! C’est ce qu’il nous faut !
— Et moi, est-ce ce qu’il me faut ? Vous vous êtes posé la question tous les deux ? J’ai une activité à laquelle je tiens, qui me laisse peu de temps libre. Je vous ai apporté mon concours ponctuellement car j’adhère à la plupart de vos thèses, mais là vous me demandez de franchir un sacré pas. Bon, j’avoue avoir déjà pensé à la députation, bien avant que vous me fixiez ce rendez-vous. Mais pour plus tard et pas à Saint-Malo. Il m’est impossible de vous donner une réponse aujourd’hui.
De compréhension, Max Monneyeur hocha la tête.
— Bien sûr, prends le temps de réfléchir… pas trop quand même !
— Et que fais-tu de Bougron ? questionna Céline. Cela fait des années qu’il se présente pour nous à Saint-Malo !
— Et qu’il est toujours battu. Il a soixante-quatre ans. Si ce n’est pas un âge irrecevable, ses opinions le sont devenues. Son passé de syndicaliste, c’est de la préhistoire. Il est devenu gênant à plus d’un titre car il traîne quand même de sacrées casseroles. Il n’est plus dans le coup, tout le monde s’en rend compte, sauf lui. Je te donne un exemple. Nos propositions dans le domaine du développement durable sont reconnues. Nous sommes crédibles, au point que les Verts nous ont même piqué certaines de nos idées. Dans le pays malouin, il y a plusieurs gisements d’énergie renouvelable, je pense au bois-énergie, à la méthanisation, à l’éolien ! Les années qui viennent vont être cruciales. Il nous faut être présents, non pour accompagner le mouvement mais pour donner les impulsions nécessaires. Alors, Bougron et l’écologie, ça fait rire ou pleurer. Au choix.
De concert, Céline et Paula éclatèrent de rire.
— En tout cas, Max, ce sera toi qui l’avertiras ! annonça Paula. Même au téléphone, je ne m’y risque pas.
— N’allez pas trop vite, vous deux ! intervint Céline. Je vous ai dit que j’avais besoin de réfléchir. Je ne veux pas renoncer à mon activité professionnelle.
— Rien ne t’y contraint. Tu connais la chanson. Il te serait seulement interdit de plaider contre l’État ou ses établissements publics. La sphère privée reste de ton domaine.
Les yeux de Céline papillonnèrent de Max à Paula, revinrent sur Max. Visiblement, ces deux-là avaient préparé leur coup. Pendant que Max lui parlait, sa voix usait des inflexions qu’elle lui connaissait lorsqu’il voulait charmer. Il savait y faire et Paula n’était pas en reste. Jusqu’à quel point croyaient-ils en ses chances de succès ? Ne se servaient-ils pas plutôt d’elle comme d’un ballon d’essai ? Bougron étant devenu ingérable, Breizh Eveil l’éliminait, envoyait à l’assaut du bastion malouin une jeune avocate qui commençait à faire son trou. Le parti ramassait la mise ou constatait les dégâts. Paula et Max la connaissaient bien et misaient sur son goût du défi. Qu’avait-elle à gagner ou à perdre dans l’aventure ?
David regrettait les trop courts moments qu’ils passaient ensemble, alors se présenter aux législatives réduirait encore leur espace de liberté. Elle allait prendre le temps de réfléchir.
— Vous m’accordez combien de temps avant de vous faire part de ma réponse ?
— Tu as jusqu’à ce soir ou… allez, demain matin. Mais non, je plaisante !
Il se tourna vers Paula.
— On lui accorde un délai de huit jours ?
— Cela te suffira, Céline ? D’ailleurs, peut-être as-tu déjà pris ta décision ?
— Huit jours, confirma-t-elle sans faire cas de la dernière remarque de Paula. Maintenant, excusez-moi, j’ai un rendez-vous.
Elle se leva et enfila sa veste.
— Je te dépose quelque part, Max ?
— Non, je prendrai le métro.
Il désigna la table.
— Et j’ai encore quelques dossiers à voir avec Paula.
*
Max semblait méfiant.
— Tu crois qu’elle va accepter ? Je t’ai suivi, c’était ton idée au départ.
— J’en suis sûre. C’est un challenge qu’elle estime dans ses cordes et je le pense aussi. Elle a le profil. C’est une redoutable débatteuse qui ne déteste pas la bagarre. De plus, elle n’est pas dénuée d’ambition. Elle va dire oui.
— Dans ce cas, on va déjà lui préparer un dossier sur le contexte local à Saint-Malo et sur les enjeux à court et moyen terme. Et réfléchir à la manière dont nous annoncerons sa candidature. C’est très important.
— J’ai quelques idées, laisse-moi les approfondir.
— Tu m’as dit que sa séparation d’avec son mari se passait mal. C’est moche ça, elle doit avoir l’esprit serein pour défendre ses chances.
— Romain ne supporte pas que Céline le quitte. Bien classiquement, il est rongé d’amertume et ne veut pas voir ses torts.
— Tu m’avais laissé entendre qu’il pouvait être violent.
— En paroles, seulement. Céline est solide, je ne me fais pas trop de soucis.
— Il fait quoi son mari ?
— Il a monté Finantic, une start-up. Je te résume. Son but était d’aider les PME à obtenir les meilleures sources de financement. Le démarrage a été bon, il avait des clients et a trouvé des investisseurs pour lever des fonds. Mais la crise sanitaire est passée par là ainsi que le ralentissement de l’économie. Bref, ses partenaires craignant de ne pas récupérer leurs mises de départ se sont désengagés les uns après les autres et Craux s’est révélé incapable de les rembourser. De fil en aiguille, ou plutôt de Charybde en Scylla, il est maintenant aux portes du dépôt de bilan ou pire, de la faillite, car il pourrait avoir jonglé avec la légalité.
— Donc, il est dans la merde. Ça ne doit pas améliorer son caractère.
— Pas vraiment. Mais je te répète que Céline saura faire face.
— Je te fais confiance. Il ne faut pas se planter, car je suis certain que nous avons une carte à jouer.
— Reste à virer Bougron.
Max Monneyeur eut un geste de la main indiquant qu’il souhaitait calmer le jeu.
— Attendons tout de même la décision définitive de Céline.
Lundi 6 mars
Le Centre Éducatif Fermé de Gévezé, le Marquisat, avait été édifié au début des années 2000, en pleine nature, sur l’emplacement d’une ancienne ferme. Le seul du genre en Bretagne, il accueillait des jeunes délinquants, pour la plupart récidivistes, pour qui l’endroit était la dernière escale avant la prison. Céline Casquer abandonna la quatre-voies de Saint-Malo à la hauteur de La Mézière et, à travers la campagne où fleuriraient les champs de colza, prit la direction du centre. À l’abri de ses grilles, bien à l’écart de la commune, le centre de détention ne risquait pas de troubler le calme des habitants. Elle gara sa Renault Captur à proximité du bâtiment qui servait d’accueil et de secrétariat. Dans le hall d’entrée, sur un grand panneau étaient inscrits en lettres capitales les fondements du code de conduite exigé des nouveaux pensionnaires :
J’ARRIVE A L’HEUREJE DIS BONJOURJE M’INSTALLE CALMEMENTJE RESPECTE LE MATÉRIEL
Bien qu’elle ne soit pas inconnue du centre pour s’y être rendue à plusieurs reprises, elle dut sacrifier aux formalités d’usage et exhiba ses papiers d’identité.
Le Marquisat comptait une douzaine de jeunes de quatorze à dix-sept ans pour qui les journées, du lever à huit heures à l’extinction des feux à vingt-deux heures trente, étaient soigneusement planifiées entre travaux, loisirs et séances de rééducation. Céline avait annoncé l’objet de sa venue : rencontrer Djamel Elfissi. Benjamin, un surveillant à la carrure de deuxième ligne de rugby accro aux stéroïdes, qu’elle connaissait de vue, l’invita à le suivre. Ils sortirent, traversèrent une cour intérieure jusqu’à un autre corps de bâtiment. L’athlète la guida jusqu’à une salle consacrée aux activités récréatives. Elle savait que leur déplacement avait été enregistré par les omniprésentes caméras de vidéosurveillance.
Autour d’un baby-foot, deux équipes de deux jeunes s’opposaient, cris et jurons accompagnant les va-et-vient violents de la bille de bois.
— Djamel ! cria Benjamin.
Un des quatre participants se redressa. À dix-sept ans, Djamel Elfissi possédait un physique qui en imposait. Avec vingt centimètres et autant de kilos en moins, il n’aurait certainement pas joui du même prestige dans son quartier. Un prestige tout relatif puisque pour finir, après maintes arrestations et mises en demeure, il s’était retrouvé derrière les murs du Marquisat. À son palmarès figurait toute la panoplie de petit caïd des quartiers nord de Rennes : trafic de drogue, agressions, intimidations et même recel d’armes à feu. Contrairement à beaucoup de ses camarades de détention, pour expliquer sa plongée dans la délinquance, Djamel ne pouvait se prévaloir d’une ambiance familiale délétère. Ses parents étaient d’honnêtes gens avec des emplois réguliers et leur existence aurait été paisible sans les incartades répétées de leur fils aîné. « Nous prions tous les jours pour que la lumière vienne à Djamel, pour qu’il prenne enfin un droit chemin » tel était le leitmotiv servi à Céline lorsqu’elle leur rendait visite. Des parents dépassés, qui ne faisaient pas le poids face aux forts en gueule de la cité. Victime consentante de ces influences néfastes, Djamel avait rapidement gravi les échelons poisseux de la petite puis grande délinquance. Les parents de Djamel avaient sollicité Céline pour qu’elle assure la défense de leur fils mais, malgré tous ses recours, elle n’avait pu éviter son internement au Marquisat.
Djamel s’approcha. Il avançait tête droite et d’une démarche toute en souplesse. Le défi qu’arborait son regard à son arrivée au centre avait disparu. Il paraissait simplement étonné.
— Ton avocate va avoir un entretien avec toi, dit le surveillant. Je vais vous prêter mon bureau.
Céline lui sourit et Djamel la salua d’un hochement de tête. Ils suivirent le surveillant alors que derrière eux, depuis le baby-foot, une voix retentissait.
— Fissa Dja, on a deux buts de retard !
Céline et Djamel s’assirent de chaque côté d’une table. Benjamin les abandonna après avoir indiqué à l’avocate qu’il demeurait en faction.
— J’ai une bonne nouvelle pour toi, Djamel.
Le garçon se redressa, une lueur brillant dans ses yeux.
— Tu vas bientôt être libre. Dans quinze jours, trois semaines maximum. Depuis de longs mois, ton comportement est irréprochable, éducateurs et surveillants en attestent. Le carrossier chez qui tu as fait ton stage d’insertion ne tarit pas d’éloges sur toi. Tous les signaux sont au vert. Voilà pourquoi tu vas pouvoir bientôt revoir ta famille.
— Vrai ? C’est pas une blague ?
— Tu crois que je serais ici autrement ?
Si elle se satisfaisait de la libération prochaine de son jeune client, Céline demeurait prudente quant à son avenir. Djamel donnait des gages de bonne conduite, il serait suivi pendant un long moment par un éducateur spécialisé. Mais elle connaissait le pouvoir de la rue. Lors de son arrestation, Djamel n’avait pas voulu livrer le nom de son fournisseur ni de ses clients. Cela lui vaudrait un statut de héros lors de son retour dans sa cité, du moins il serait fêté comme tel. Jusqu’à quel point son nouveau mode de conduite était-il sincère ? Nombre de ses semblables excellaient à jouer la comédie. La dissimulation était une seconde nature chez ces jeunes. Elle décida de croire en sa sincérité, pleinement consciente que le chemin serait dur pour lui. Son mètre quatre-vingt-dix et ses kilos seraient un atout pour qu’on lui fiche la paix.
— Mes parents, qu’est-ce qu’ils disent ?
Qu’il se préoccupe de leur état d’esprit était plutôt bon signe.
— Ils t’attendent avec impatience. Tes sœurs aussi.
— Et vous ? Vous croyez quoi ?
La question, abrupte, surprit Céline Casquer. Elle prit le temps de bien peser ses mots. Djamel était intelligent. Elle devait se montrer franche.
— J’espère que tu as changé, alors ne me déçois pas. Tu vas être sollicité. Tes copains t’attendent. Tu ne pourras pas couper les ponts, vous appartenez à la même cité, au même petit monde. À toi de leur faire comprendre que tu veux prendre un autre chemin. Je ne te cache pas que ça va être très difficile. Pendant un temps, à ta sortie, un éducateur te fournira toute l’aide nécessaire pour te réadapter, mais très vite tu te retrouveras seul. À toi de prendre ta vie en main. Les qualités que tu as montrées pour monter tes trafics, utilise les à présent pour effectuer des travaux honnêtes. Sais-tu que le carrossier chez qui tu as été en stage est prêt à t’embaucher ?
— C’est loin de Rennes !
— Trente kilomètres, ce n’est pas le bout de la terre. Un car t’amènera le matin et te ramènera le soir.
— J’trouverai bien un boulot près de chez moi.
— C’est possible. Mais à ta place, je commencerai déjà par ce garage.
Céline mit le maximum d’intensité dans son regard.
— J’ai confiance en toi, Djamel, alors je me répète, ne me déçois pas.
*
Le directeur du Centre était absent pour la journée.
Avant de partir, Céline Casquer fit un détour par le bureau de son adjoint. Bien entendu, celui-ci n’ignorait rien de la libération prochaine de Djamel Elfissi. Il se lança dans un exposé confirmant les progrès du jeune homme en matière de discipline et d’assiduité, concluant par un « soyons optimistes quant à son avenir » qui n’engageait pas à grand-chose. Elle abonda en son sens, mettant fin à l’entretien.
Céline laissa derrière elle l’enceinte du centre et rejoignit sa voiture sur le parking. Elle ralluma son portable, éteint depuis sa visite à Breizh Eveil, et s’aperçut alors que David Granger avait essayé de la joindre à plusieurs reprises.
— David, j’ai été occupée toute la matinée. Je sors du Marquisat, à Gévezé ! J’en ai terminé, on peut parler.
Elle entendit le souffle oppressé de David dans son appareil.
— Qu’est-ce qui se passe, David ? Un problème ?
— C’est celui qui devrait être ton ex depuis un bon moment qui pose problème ! Qui ME pose problème !
— Romain ?
— Oui. Figure-toi qu’il était encore à traîner sous mes fenêtres ce matin ! Il disparaît de temps à autre puis revient se planter de l’autre côté du trottoir. Je suis descendu deux fois pour lui demander ce qu’il voulait mais évidemment, il s’était évaporé. Tout ça pour se repointer un peu plus tard. Il cherche à me faire tourner en bourrique ou quoi ? Il est dingue ce gars-là !
— Ne t’énerve pas, ça ne sert à rien. Je vais appeler Romain. Exiger qu’il te foute la paix une bonne fois pour toutes.
— C’est bien le moins ou alors, je réglerai ça à ma manière. Bon Dieu ! Que veut-il au juste ?
— Nous pourrir la vie. Mais on ne va pas se laisser faire, fais-moi confiance.
— Tu as un petit moment ce midi ?
— Je peux le trouver.
— Si tu passais chez moi ? Je dois avoir quelques trucs à grignoter.
— Bonne initiative. Avant, j’essaie de joindre Romain.
Sans trop d’illusion, Céline composa le numéro de celui qui était encore officiellement son mari. Il ne répondait jamais à ses appels. « À quoi joues-tu, Romain ? Que cherches-tu en campant devant l’appartement de David ? C’est carrément débile, de l’enfantillage. Arrête ton cirque ! » Elle faillit ajouter ou alors… En fait, elle n’aurait pas su quoi ajouter. Elle mit fin à son message vocal, persuadée qu’il serait sans effet. Elle démarra sa voiture pour rentrer à Rennes.
David Granger habitait dans un bel immeuble du mail François-Mitterrand, non loin de Cap Mail, l’immeuble paquebot dessiné par Jean Nouvel. Rénové, le mail était devenu un des endroits branchés, un peu bobo, un de ceux où il était bon d’être vu dégustant un verre à la terrasse d’une des brasseries aux enseignes souvent champêtres.
Trouver un endroit pour garer sa voiture dans le centre-ville relevait d’un jeu de patience ou de la chance. Céline fut vernie, elle trouva une place à cinq minutes de l’appartement de David. Elle chercha du regard la présence éventuelle de Romain, soulagée de ne pas l’apercevoir dans le paysage. David Granger avait acquis deux logements au dernier étage d’un immeuble donnant sur la Vilaine et le quai Saint-Cyr, à l’angle de l’allée Georges Brand. L’un était réservé à ses bureaux. Courtier immobilier, il employait deux salariées, l’une fraîchement diplômée d’une école supérieure de gestion, l’autre aguerrie par trente années de carrière dans le courtage. Une alliance réussie. Louane apportait le punch de la jeunesse, Emmanuelle, le poids de l’expérience.
David s’était réservé l’autre appartement. Lui, ou son architecte d’intérieur, avait du goût. La seule chose que regrettait Céline était la juxtaposition de peintures abstraites et figuratives sur les murs. Elle aurait opté pour l’un ou pour l’autre genre. Elle espérait qu’il n’avait pas vu trop grand. Rien que la déco du salon, déclinée en blanc et gris, avait dû coûter une petite fortune. Sa clientèle faisait partie de la crème rennaise et l’urbanisme avait le vent en poupe, seulement, la concurrence était féroce. David avait évoqué des difficultés financières passagères.
Il la débarrassa de son vêtement et ils s’étreignirent, soudés l’un à l’autre.
— J’ai faim, dit-elle, repoussant en douceur David des deux mains.
— Sushis ? proposa-t-il avec un accent qu’il s’efforça d’orientaliser en s’inclinant les mains jointes.
— Oui, honorable ami !
Il disparut vers la cuisine et revint avec un plateau garni de petites boulettes de riz et de poisson. Ils s’assirent côte à côte sur le divan, leurs assiettes posées sur les genoux.
— Excuse-moi pour tout à l’heure ! Romain m’a mis les nerfs à vif ! Qu’est-ce qu’il lui prend de faire le guet devant chez moi ? Il cherche quoi ? À m’intimider ? La prochaine fois, j’appelle la police.
— Ce qui ne servira à rien. Il ne te menace pas directement, son attitude n’est pas agressive. À ce stade, on n’a rien contre lui.
— J’ai bien envie de lui foutre mon poing dans la gueule.
— Cela non plus ne servirait à rien, sauf à te voir poursuivi pour coups et blessures.
— Ça me soulagerait quand même.
Elle posa la main sur sa cuisse, y exerçant une petite pression.
— Un peu de patience. D’ici peu, un mois ou deux, j’espère être libre.
— Un mois ou deux ! En tant qu’avocate, tu ne peux pas faire accélérer le mouvement ? Pourquoi ça coince ? Une histoire de fric ?
— Non, ce n’est pas forcément le fric et pourtant, Dieu sait qu’il en aurait besoin. Il ne veut pas me perdre, c’est aussi simple que cela ; quasiment maladif. Et puis, il est terriblement jaloux.
Céline reposa son assiette.
— Changeons de sujet. J’ai quelque chose d’important à te dire et j’ai besoin de ton avis. Mais avant tout : tu n’as rien à boire ?
— Je m’en voudrais !
Il revint avec une bouteille de sancerre et deux verres qu’il remplit généreusement.
— Madame est servie.
Ils trinquèrent puis David la questionna, sourcils comiquement froncés.
— Quelque chose d’important ? Pour nous deux ?
— Surtout pour moi, mais tu es quand même concerné.
— Je t’écoute.
Et cette fois, ce fut lui qui posa la main sur la cuisse de Céline, retroussant sa jupe.
Elle bloqua sa main.
— Tout à l’heure. Écoute-moi plutôt. Ce matin, avant de me rendre à Gévezé, je suis passée à la permanence de Breizh Eveil. Une réunion y était organisée. Nous étions trois, Max Monneyeur, Paula Bartaud et moi. Je sentais bien qu’ils mijotaient quelque chose depuis un moment avec leurs questionnements sur ma vie professionnelle, savoir si je pouvais dégager du temps libre, ce genre de choses. Enfin, ils n’ont pas été longs à tourner autour du pot. Ils m’ont proposé d’être candidate aux prochaines législatives à Saint-Malo.
David Granger reposa maladroitement le verre qu’il s’apprêtait à porter à ses lèvres.
— Si je m’attendais à ça ! Toi, candidate ?
— Tu penses que je n’ai pas les capacités ?
— Ce n’est pas la question. C’est Paula qui a eu cette idée ?
— C’est Max Monneyeur qui m’en a parlé mais effectivement, je pense que Paula lui a suggéré ma candidature.
— Elle a l’art de tirer les ficelles dans son coin.
— C’est vrai que tu la connais certainement mieux que moi.
Embarrassé, il détourna la tête.
— Pourquoi Saint-Malo ?
— C’est paraît-il une opportunité.
— Mais il y a le gros, là-haut. Bougron ! Tu connais son surnom : le sanglier malouin !
— En cas d’acceptation de ma part, on le mettra sur la touche.
Il grimaça.
— Ce ne sera pas facile. Je le connais, j’ai travaillé pour lui dans une autre vie. Il va ruer dans les brancards.
— Eh bien ! Il ruera.
— Tu aurais une chance de gagner ?
— Je n’en sais encore trop rien. Si elle existe, elle est faible.
— Et ton boulot ? Ton cabinet marche bien, tu risques d’y perdre financièrement.
— C’est ce qui me fait hésiter. Je ne souhaite pas arrêter. Il faudra que je délègue davantage. Ça me préoccupe, voilà pourquoi j’ai demandé un temps de réflexion.
— Si tu n’as pas dit non immédiatement, c’est que tu es tentée.
— Oui, je l’avoue. Toi, qu’en penses-tu ?
— Je ne le sens pas trop. Te lancer ainsi dans la politique… Tu n’en as aucune expérience. C’est plein de coups tordus, de combines. Un panier de crabes.
— Je t’en prie, épargne-moi le cliché du « tous pourris ».
— Non, bien sûr, je n’irai pas jusque-là. C’est que je pense que tu vas devoir habiter là-bas, peut-être pas à plein temps, mais tu seras encore moins disponible qu’avant. Je sais, c’est égoïste de penser ça mais…
— Mais ? Ça veut peut-être dire que tu penses un peu à moi.
Elle lui adressa une moue faussement méfiante.
— Qu’elle est bête !
Il se serra contre elle, sa main naviguant en haut de ses cuisses et cette fois, elle le laissa faire.
— C’est que j’en veux toujours plus, poursuivit-il, caresse à l’appui. Et puis, tu sais que j’ai hérité d’une petite maison de campagne près de Dol. Ça peut être pratique pour nous si tu dois passer du temps à Saint-Malo.
— Dès que je serai débarrassée de Romain, j’y verrai plus clair.
— Hum… Oui, débarrassé est le mot qui convient.
