La disparue du Loc'h - Jean-Marc Perret - E-Book

La disparue du Loc'h E-Book

Jean-Marc Perret

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Beschreibung

"RÉÉDITION (Ouvrage déjà paru sous le titre Traquenards morbihannais)

Par jeu, Lisa et son copain Hoël s’introduisent de nuit dans le parc d’un manoir proche de la rivière d’Auray, mais leur escapade tourne rapidement au cauchemar.

Pour la jeune femme, devenue le jouet d’individus sans scrupule, débute un imprévisible et dangereux parcours à travers le sud Morbihan. Qu’est-il arrivé à son petit ami, soudainement frappé de mutisme ? Et à quel jeu se livre Daniel Duplessis-Bourgeois, propriétaire du manoir, célébrissime avocat parisien, « défenseur des voyous » et président de l’austère association des Amis de Georges Cadoudal ?

Chargé par la mère de Lisa de retrouver sa fille, Marc Renard, détective privé, parviendra-t-il à mener à bien sa périlleuse mission ?

Sur fond de mémoire chouanne et de secrets bien gardés, Jean-Marc Perret nous offre cette fois encore un palpitant roman noir. Entre disparitions inquiétantes, manipulations et faux-semblants, son détective Marc Renard se lance ici dans une enquête où chaque protagoniste nourrit sa part de mystère…"

À PROPOS DE L'AUTEUR

"Natif de Carnac où il réside régulièrement, Jean-Marc Perret s’est lancé dans l’écriture de romans policiers après une carrière de contrôleur de gestion à la SNCF.

Également auteur d’une pièce de théâtre, une comédie policière, amateur de cinéma, passionné de sport, Jean-Marc pratique assidûment le tennis et la marche nordique.

Il est actuellement correspondant du journal Ouest-France pour la commune de Chantepie, où il vit, près de Rennes."



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Seitenzahl: 278

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Couverture

Page de titre

CE LIVRE EST UN ROMAN.

Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.

Nuit du dimanche 21 au lundi 22 mai

— Il est encore loin ton château ?

— T’inquiète ! On devrait bientôt y arriver.

Se tenant par la main, ils avançaient avec précaution dans l’obscurité, sous le couvert des grands hêtres. Ils avaient quitté l’étroit sentier qu’ils suivaient depuis quelques minutes et cheminaient difficilement parmi les ronces et les herbes folles.

— Moi, je trouve le coin sinistre. Aïe ! Fait chier ! Je me suis accrochée à une ronce.

En soupirant, il s’accroupit et prenant délicatement la tige de roncier entre ses doigts, il en libéra le jean de la jeune fille. Il posa un baiser d’encouragement sur sa joue et serra un peu plus fort sa main. Ils reprirent leur marche. Les grands arbres séculaires cédèrent la place aux arbustes et baliveaux. Enfin, par une trouée au milieu de la végétation, ils aperçurent un long mur de pierre.

— Voilà, nous y sommes ! s’écria-t-il, la tirant brusquement par le bras malgré ses protestations. Je connais un endroit où on pourra facilement escalader.

— Et puis ?

— De là, on sautera à l’intérieur du parc.

— Et après, si on ne peut pas remonter ?

— On trouvera bien un moyen. On n’a pas fait tout ce chemin pour rien. D’ailleurs, tu étais d’accord.

— Je ne savais pas que c’était aussi glauque !

Sans l’écouter, il longea le mur, palpant la paroi du bout des doigts.

— C’est ici ! Les pierres sont disjointes. On pourra s’appuyer dessus pour grimper. Regarde comment je fais.

Il mit pieds et mains dans des creux entre les pierres et se hissa au sommet du mur.

— Toi, Ho, quand t’as une idée en tête, tu l’as pas ailleurs.

— Allez, à toi !

Lisa s’accrocha aux mêmes aspérités.

— Un petit effort et tu y es !

Il saisit la main qu’il lui tendait et elle se retrouva à califourchon sur le mur d’enceinte.

— Et maintenant, on descend de l’autre côté. Regarde comme je fais.

Il pivota et se retrouva un instant suspendu dans le vide avant de lâcher prise. Il se reçut en souplesse.

— À toi !

— Et si je te laissais là ? Il est vachement tard et je travaille dans quelques heures !

— Déconne pas ! De toute façon, tu ne peux pas rentrer toute seule, tu te perdrais, incapable de retrouver ton chemin.

Le hululement d’un oiseau de proie ponctua sa phrase. Ce signal nocturne parut décider Lisa et imitant son copain, elle se coula le long de la paroi. Elle atterrit dans ses bras.

— Bienvenue dans la propriété du prince charmant.

— Prince charmant ? Depuis quand ?

— Depuis cinq minutes.

Il l’entraîna à sa suite vers la masse sombre du manoir dont les contours, à la faveur d’un émiettement des nuages, leur apparurent plus nettement. Parvenu au pied d’un imposant sapin, il s’arrêta net.

— Asseyons-nous ici, murmura-t-il.

— Toi, je te vois venir, répondit-elle à voix basse.

Elle s’assit pourtant près de lui. Aussitôt, il passa son bras autour de ses épaules, l’attirant vers l’humus qui tapissait le sol.

— Eh ! On se calme ! Je croyais qu’on devait explorer le manoir !

Allongé sur Lisa, il picorait son visage et son cou de petits baisers et commença à déboutonner son chemisier.

— On visitera après.

— Après quoi ?

— Après ça.

— Arrête, Ho ! Arrête ! Je ne me sens pas suffisamment tranquille, pas bien du tout.

— Pas bien ? Dans le parc d’un château, quoi de plus romantique !

— J’ai peur.

Plaquant ses lèvres sur les siennes pour faire taire ses objections, Ho la débarrassa de son soutien-gorge.

— Tu sais, j’en ai vraiment envie.

— Moi aussi, avoua-t-elle, mais on aurait été mieux dans un lit.

— Ça craint rien, je t’assure. Détends-toi.

Il dénoua le ceinturon de Lisa, fit coulisser la fermeture éclair de son pantalon. Elle posa la main sur la sienne, interrompant son geste.

— J’ai entendu quelque chose… ou quelqu’un.

Ho se redressa, tendant l’oreille. Lui aussi croyait sentir une présence. Sans se concerter, ils se relevèrent. Un grondement sourd se faisait entendre, venant du manoir. Deux formes noires se dirigeaient vers eux, d’abord au ralenti, puis accélérant l’allure, tandis que des aboiements furieux retentissaient.

— Des clébards ! s’écria Ho. Tirons-nous !

Lisa se rajusta précipitamment. Tous deux s’enfuirent en direction du mur. Ils avaient une bonne avance sur les deux rottweilers lancés à leur poursuite, mais celle-ci fondait à vue d’œil. Ho pria pour que parvenus au mur, ils puissent y grimper aussi rapidement que possible ; dans son affolement, il en doutait. Enfin, ils atteignirent le mur, alors que les chiens se rapprochaient dangereusement. Éperdu, Ho s’accrocha à la muraille, trouva un point d’appui miraculeux et réussit à se hisser au sommet. Il s’allongea à plat ventre, tendit un bras vers Lisa.

— Saute, prends ma main !

Elle parvint à saisir la main de Ho quand un des molosses referma ses crocs sur sa cheville. Elle lâcha prise avec un cri où se mêlaient douleur et épouvante. Terrifié, Ho regardait Lisa étendue à terre, se protégeant la tête des deux mains face à l’attaque des chiens, ses hurlements couverts par les aboiements et grognements enragés. Il perdit l’équilibre et tomba de l’autre côté du mur, son crâne heurtant violemment le sol. Au milieu du vacarme animal, il entendit un homme vociférer. Incapable d’en supporter davantage, il plaqua les mains contre ses oreilles et demeura prostré. Au bout d’un long moment, complètement sonné, il finit par se relever. Il avait terriblement mal à la tête et ne percevait que des abois brefs attestant la présence menaçante des rottweilers derrière la paroi de pierre. Les cris de Lisa avaient cessé.

PREMIÈRE PARTIE

Chapitre 1

Jeudi 25 mai

— Ce matin du 25 juin 1804, n’étant pas certain qu’elle serait accordée à ses compagnons, Georges Cadoudal refusa la grâce qui lui était offerte par Napoléon Bonaparte, alors Premier consul, celui-là même qu’il projetait d’assassiner. Il demanda à être guillotiné en premier, avant tous les autres conjurés. En montant à l’échafaud, juste avant de mourir, il cria à trois reprises : Vive le Roi ! Il n’avait que trente-trois ans.

L’âge du Christ, pensa Lucie de Contray, mettant un point final à son exposé. Elle avala un demi-verre d’eau pour rafraîchir sa gorge irritée et promena son regard sur la jeune assistance. La vingtaine d’élèves de CM2 de l’école privée Saint-Guénolé avait écouté son récit dans un silence qu’elle qualifia in petto de religieux, s’amusant de ces références à la chrétienté. Sans doute la spiritualité inhérente à l’établissement confessionnel l’avait-elle imprégnée à son insu. Depuis l’arrivée de la nouvelle direction, Saint-Guénolé, qui fêterait bientôt son centenaire, se prévalait d’un enseignement traditionnel dans lequel l’instruction religieuse occupait une place importante. Lucie de Contray s’étonnait que la mixité y soit autorisée.

— J’ai terminé, mais si vous avez des questions… proposa-t-elle, se tournant vers l’enseignante, consciente que si questions il y avait, elles ne seraient énoncées qu’avec son aval.

— Bien sûr, nous en avons préparé quelques-unes que nous poserons dans le laps de temps que vous avez bien voulu nous accorder et nous vous en remercions, madame de Contray.

Elle désigna une tête blonde au premier rang.

— Toi d’abord, Malo, ensuite ce sera au tour d’Ombeline.

Aussitôt, le dénommé Malo se leva, une feuille de papier à la main, et après un petit raclement de gorge posa sa question.

*

Lucie de Contray se gara au bout de la rue du Petit-Port à Auray, à deux pas du siège de son association. Elle avait programmé une réunion de son bureau après son intervention à l’école, à quinze heures. Une heure indue pour ceux qui avaient dû prendre des arrangements avec leur vie professionnelle ; mais il lui fallait faire le point avant de rencontrer le président. Pas question que la séance s’éternise. À dix-sept heures, elle devait être à la gare pour attraper le train de Paris mais, au préalable, passer à son domicile afin de récupérer sa valise et se changer. Un frisson d’excitation la parcourut, tandis qu’elle pensait à la soirée qui l’attendait avec Daniel. Elle avala les marches qui menaient au « Souvenir de Georges Cadoudal », association dont elle était vice-présidente.

À part Michel Bonnet dont l’absence était prévue, les autres membres de l’association se tenaient à leurs places habituelles autour de la table. Mélanie Blanchet, l’austère trésorière, lui adressa un bref signe de tête : célibataire, visage sans éclat, des lunettes hors mode chaussant un nez busqué, avec par contre une plastique que Lucie, à son corps défendant, lui enviait. Elle officiait dans un cabinet d’expert-comptable alréen et mettait son savoir à la disposition de l’association. Elle arborait le sérieux que réclamait sa fonction, mais Lucie lui reprochait d’en faire parfois trop avec sa propension à user de termes technico-comptables n’ayant d’autres effets que d’anesthésier ses auditeurs. Sans doute était-ce une manière de marquer son territoire.

David Vermont, le chargé de communication, faisait preuve de son habituelle décontraction. Avec son allure de type qui ne doute de rien et surtout pas de lui, on le voyait venir. Mais il était précieux. Son pouvoir de séduction agissait sur les femmes et aussi sur les hommes. Le Souvenir lui était redevable de généreux donateurs.

Maxime Moncontour, le secrétaire, regard sombre, lèvres pincées, parut à Lucie encore plus renfrogné que de coutume. Il lui arrivait de ne pas prononcer un mot lors de leurs réunions. Cette fois, elle en devinait la cause. C’est lui, spécialiste patenté de la chouannerie, qui aurait dû présenter l’exposé sur la conspiration de Georges Cadoudal. Lucie se méfiait de ses excès. Son attachement à la cause royaliste le conduisait à des prises de position partisanes finissant par nuire à la crédibilité de l’association. Elle avait décidé de lui donner le moins possible l’occasion de s’exprimer en public en son nom. Ses thèses par trop caricaturales lui avaient valu de solides inimitiés au sein du monde universitaire. Moncontour, dont les ouvrages se vendaient de moins en moins bien malgré un initial succès d’estime, se prétendait victime d’un complot ourdi par les communistes et gauchistes qui « sévissaient dans les hautes sphères de l’Éducation nationale ». Il détestait David Vermont depuis que celui-ci lui avait laissé entendre que son délire de persécution relevait de la paranoïa.

Lucie de Contray prit place en bout de table et, après avoir salué la petite assistance, lança la réunion.

— Vous savez que je vais à Paris rencontrer notre président. Mon train part dans deux heures, je vous demanderai donc de faire court. Tout d’abord, avez-vous des nouvelles de Michel ?

— Je l’ai appelé en début d’après-midi, répondit Mélanie Blanchet. L’état de son fils est extrêmement préoccupant. Il est sorti du coma mais souffre d’une amnésie profonde, et il est incapable de s’exprimer.

— C’est terrible. Terrible, répéta Lucie de Contray. Et Michel, comment va-t-il ?

— Il essaie de faire face. Il se rend tous les jours au service neurologique de l’hôpital Chubert. Sa femme n’a plus le courage de l’accompagner. Elle ne sort plus de chez elle, ne veut voir personne, se nourrit à peine et Michel s’inquiète pour sa santé mentale. Elle qui était déjà fragile…

Lucie poussa un gros soupir comme pour exprimer sa compassion. Elle chercha une phrase permettant de faire la transition en douceur, ne la trouva pas.

— J’arrive donc du collège Saint-Guénolé. Une enseignante a monté un projet avec ses élèves dont le thème est la vie de Georges Cadoudal. Elle m’a demandé de faire une intervention pour rappeler ses différents combats.

Elle ignora le sourire en coin de Maxime Moncontour.

— J’ai fait un petit exposé d’une trentaine de minutes ne conservant que les éléments marquants de l’existence de notre grand homme, les plus à même d’intéresser des gamins et gamines de dix, onze ans. Je crois que ça s’est plutôt bien passé.

Mélanie Blanchet et David Vermont hochèrent la tête de concert. Moncontour fit mine de s’intéresser à autre chose.

— À présent, voyons le programme à venir, reprit Lucie. Notre spectacle de fin de saison a lieu le 25 juin. La troupe procède aux dernières répétitions, elle sera prête. Moi, j’ai une suggestion à vous faire. J’ai bien envie de demander à notre président de nous prêter le parc de son manoir de Ker Loc’h. Il m’y a conduite à trois ou quatre reprises. Ce n’est pas très loin du mémorial des Martyrs. Le site se prêterait tout à fait à notre spectacle.

— C’est une excellente idée ! s’exclama David Vermont. Par contre, il faudra bien flécher le parcours pour le public car cette propriété est perdue dans la nature. Moi-même, j’ai eu du mal à la trouver lorsque j’ai accompagné la boîte qui a installé les caméras de vidéosurveillance, il y a six mois. Sans compter le problème du parking.

— Tu penses qu’il acceptera de nous prêter son domaine ? intervint Mélanie Blanchet, dubitative.

— Qui ne tente rien n’a rien, répliqua Lucie. Qu’est-ce que ça coûte de le solliciter ? Ce projet me plaît de plus en plus. David, tu m’as dit que nous pouvions compter sur combien de bénévoles ?

— Nous disposons d’une trentaine de volontaires, pour l’instant. Ça devrait suffire.

— Mélanie, où en est-on question finances ?

— Notre E.B.E. est en recul, mais devrait nous permettre de faire face, répondit Mélanie Blanchet.

— C’est quoi E.B.E. ? interrogea David Vermont.

— Excédent brut d’exploitation.

— Putain ! Alors là, je suis renseigné !

— La différence entre nos produits et nos charges, avant prise en compte de nos emprunts et placements. Et tu n’es pas obligé d’être grossier.

— Je m’en voudrais de te choquer, Blanchette.

— Je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler ainsi ! grinça Mélanie, rougissant de colère, le regard lançant des éclairs en direction du responsable communication.

— Je plaisante, je plaisante !

Lucie se demanda brièvement si David avait tenté sa chance avec Mélanie. Avait-il essuyé un refus et prenait-il une piètre revanche en l’affublant de ce sobriquet, finalement pas si mal trouvé ? C’est vrai qu’elle avait un côté chèvre, Mélanie.

— On se calme, dit Lucie, désireuse de reprendre la main et arborant un sourire destiné à dédramatiser. Ne perdons pas de temps. Je vous répète que je prends le train et ne peux m’attarder. Voulez-vous aborder d’autres points ?

— Un seul pour ma part, répondit David Vermont. Le Crédit populaire de l’Ouest nous supporte à hauteur de deux mille euros en échange d’une assez large publicité le jour J. Les formes restent à définir.

— Beau travail, le félicita Lucie, à qui le petit haussement d’épaules de dédain de Mélanie n’avait pas échappé. Je te fais confiance pour t’occuper de cette histoire de sponsoring. Quoi d’autre ?

Comme personne ne se manifestait, elle leva la séance. Une fois de plus, Moncontour s’était contenté de faire acte de présence. Tout juste avait-elle noté son air agacé lorsqu’elle avait avancé sa proposition d’utiliser le parc de Ker Loc’h.

Chapitre 2

Jeudi 25 mai

Le pas lourd, Michel Bonnet gravit les quelques marches qui le menaient à l’entrée de son domicile. Quand il poussa la porte, un grincement désagréable lui rappela qu’il aurait déjà dû intervenir pour y remédier. Il avait bien d’autres soucis qui le détournaient des plus élémentaires tâches quotidiennes. Du salon parvenait le son de la télévision. Sa femme, Francine, passait ses après-midi rivée à des talk-shows dont elle ne retenait rien. Michel s’installa dans un fauteuil près d’elle. Il résista à l’envie de couper les bavardages provenant du poste, mais il savait que cette présence virtuelle était nécessaire à l’équilibre précaire de sa femme. Elle ne supportait tout simplement plus le silence. Elle finit par tourner le visage vers son mari dans une interrogation muette. Il fit simplement non de la tête. Francine étreignit le pan de sa jupe si fort que ses phalanges blanchirent.

— Peu de progrès, dit enfin Michel. Les médecins m’ont encore confirmé qu’ils se trouvaient devant un cas complexe. Le traumatisme crânien subi par Hoël est très important.

— Nous ne retrouverons jamais notre Hoël.

— Ne dis pas ça ! répliqua-t-il avec une brutalité qu’il regretta aussitôt. Les médecins qui le suivent m’ont affirmé que des cas de retour à la normale, de guérison, se produisaient parfois longtemps après le choc initial. La mémoire pourra lui revenir. Il… il parvient à émettre quelques sons, mais il est toujours incapable de comprendre ce qu’on lui dit. Il va nous falloir être patients.

— Patients ! Tu n’as que ce mot à la bouche !

— Enfin, que veux-tu que…

Il ne put finir sa phrase. Il comprenait le découragement de sa femme. L’accident subi par Hoël était tragique et inexplicable. Un automobiliste l’avait découvert étendu, inconscient, sur le bas-côté d’une route longeant le Loc’h et prévenu la gendarmerie d’Auray. Le jeune homme étant en possession de ses papiers d’identité, ses parents furent immédiatement avertis. Toujours sans connaissance, il avait été admis à l’hôpital Chubert de Vannes où un traumatisme crânien fut diagnostiqué suite à un choc très violent à la tempe. Il était sorti depuis peu du coma, mais la mémoire lui faisait totalement défaut et il ne pouvait s’exprimer intelligiblement.

Pour les parents, chaque jour qui passait était un jour de souffrance. Après une première visite, Francine ne se sentait plus la force de se rendre à l’hôpital. Elle avait interrompu son activité professionnelle de garde d’enfants. L’employeur de Michel l’avait autorisé à ne travailler qu’à mi-temps. Le matin, il se rendait à son poste de responsable de la manutention dans une entreprise de matériaux de construction. L’après-midi, il le consacrait à rendre visite à Hoël dont l’hébétude le plongeait dans le désarroi. Michel lui parlait de la maison, de sa mère, de ses camarades, de son club de foot, essayant de faire resurgir des souvenirs ou LE souvenir qui le ramènerait dans le monde réel. Son fils s’était seulement raidi lorsque son père avait prononcé le nom de Lisa Lejacques. C’était sa petite amie et elle avait disparu. Sa voiture avait été découverte sur une route de campagne au nord de Brec’h, mais la conductrice s’était volatilisée. Un lien possible avec le choc subi par Hoël avait bien sûr retenu l’attention des enquêteurs. Michel Bonnet prenait conscience qu’ils soupçonnaient Hoël d’être pour quelque chose dans la disparition de Lisa. Francine et lui avaient été interrogés, ainsi que la mère de la jeune fille, pour savoir si une brouille n’avait pas éclaté entre les deux jeunes. Personne ne savait s’ils s’étaient rencontrés récemment.

— Veux-tu que je fasse du thé ? demanda Michel sans trop d’espoir.

Il ne reçut que l’habituel refus.

— Tu sais, tu devrais quand même… commença-t-il, mais il n’acheva pas sa phrase.

Il se leva au moment où un bip signalait un message sur son Smartphone. Il provenait de Mélanie Blanchet, la trésorière du Souvenir de Georges Cadoudal. « Michel, peux-tu nous assurer que nous disposerons de gradins en nombre suffisant pour notre représentation ? Pense à faire établir un devis. »

Michel Bonnet étouffa un juron. Pour les autres, la vie continuait.

Chapitre 3

Jeudi 25 mai

Elle critiquait suffisamment les retards de la SNCF pour ne pas se réjouir de son arrivée à l’heure dite en gare Montparnasse. Dix minutes plus tard, Lucie de Contray montait dans le taxi qu’elle avait réservé. À vingt et une heures, il y avait foule aux alentours de la gare et le taxi louvoya adroitement à travers le maelstrom de la circulation automobile. Rue de-Rennes, le trafic devint plus fluide. Le chauffeur essaya d’engager la conversation, les réponses monosyllabiques de sa passagère le dissuadèrent de prolonger cette tentative de convivialité. Lucie préférait s’imprégner de l’atmosphère parisienne en contemplant la foule qui se déplaçait sur les trottoirs, s’arrêtait devant les magasins encore ouverts. Un va-et-vient incessant, chacun vaquant vers sa propre fatalité en ignorant son voisin. Dans deux ou trois heures, ce petit monde serait devant sa télé, dormirait ou ferait l’amour, avant de recommencer un même cycle de vie, le lendemain. Ces pensées la déprimèrent. Pour elle, la seule façon acceptable de vivre dans la capitale était celle de son amant, Daniel Duplessis-Bourgeois, DDB pour les journalistes, ténor du barreau parisien, accessoirement président du Souvenir de Georges Cadoudal, et logeant dans 180 m2 à deux pas du musée Rodin, rue de Las-Cases, dans le VIIe arrondissement. L’avocat menait grand train et son appartement au dernier étage d’un immeuble haussmannien était à sa mesure : flamboyant. Avec sa hauteur de trois mètres sous plafond, son parquet rutilant en points de Hongrie, ses moulures, sa cheminée en marbre dans le salon, il affichait en opposition un aménagement modernisé. Celui-ci avait été conçu par la femme du maître qui, ironie du sort, n’en profitait qu’occasionnellement. La gorge fragile, elle ne supportait pas la pollution de l’air de la capitale et se réfugiait fréquemment auprès de sa mère dans une gentilhommière normande.

Le taxi déposa Lucie devant l’immeuble auquel on accédait par l’intermédiaire d’une petite cour arborée. Elle salua la concierge qui lui rendit mécaniquement son bonjour. Un chuintement feutré accompagnant sa montée, un ascenseur aux grilles en fer forgé la transporta au quatrième étage. Daniel ouvrit la porte avant même qu’elle eût besoin de sonner. Il l’enveloppa de ses bras et elle se pressa contre lui avant que leurs lèvres ne se rejoignent.

— C’est de la prescience ? Tu avais deviné le moment où j’arrivais !

— La concierge m’a passé un coup de fil.

— Je suis déçue.

Elle empoigna la crinière blanche dont les mèches retombaient de chaque côté de son visage. Il se mit à rire.

— Je n’aime pas être pris au dépourvu. Mets-toi à ton aise.

Il la débarrassa de son trench en coton.

— As-tu fait bon voyage ?

— Sans le pachyderme assis en face de moi qui m’a écrasé les pieds, ça se serait plutôt bien passé. Après Le Mans, j’ai eu droit à ses ronflements. Il aurait bavé, le spectacle était complet.

Il rit à nouveau.

— Allons au salon. Que veux-tu boire ?

— Une ou deux coupes de champagne.

— Tu connais le chemin.

Elle entra dans le salon-bibliothèque et poussa une exclamation.

— Tu as changé la déco ?

Sa voix lui parvint depuis la cuisine.

— C’est Anne-Sophie qui a eu l’idée de faire repeindre la bibliothèque, les portes et le contour des fenêtres en noir mat. Le contraste avec le blanc des murs et du plafond tonifie l’ensemble.

— Tu as une femme de goût, remarqua-t-elle, sans s’attirer de réponse.

Elle jeta un regard sur les toiles adroitement disposées sur les murs. Le Christopher Wool et le Richard Prince n’étaient pas des reproductions. Ils avaient dû coûter une fortune, cependant ces œuvres représentaient de bons investissements, lui avait expliqué Daniel. Pour sa part, elle ne connaissait rien à l’art contemporain et ces créations la laissaient aussi glacée que le marbre de la cheminée.

Daniel Duplessis-Bourgeois revint avec la bouteille de champagne. Sa maîtresse avait pris place sur le canapé, jambes haut croisées. Il remplit leurs deux verres, s’assit à côté d’elle et ils trinquèrent.

— Quoi de neuf dans le Morbihan ?

— Nous préparons notre spectacle annuel. Cette fois, ce sera le procès de Georges Cadoudal. La date ne peut mieux tomber. Nous l’avons programmé pour le 25 juin, jour anniversaire de sa mort. J’ai fait appel à la compagnie « Les trois coups ». C’est Olivier Bertel qui assure la mise en scène. Il jouit d’une bonne cote et je lui fais entièrement confiance.

— Un choix pertinent. On connaît Georges Cadoudal de nom, mais ça s’arrête souvent là. Or, jusqu’à sa mort, son existence a été plutôt romanesque.

Lucie laissa un blanc. C’était le moment. Inutile de tergiverser. Elle promena la main sur la cuisse de son amant, goûtant la douceur de la laine peignée.

— À ce sujet, Daniel, je vais te faire une demande que tu vas probablement juger extravagante. J’ai songé à ta propriété. Elle serait le cadre idéal pour notre pièce de théâtre. D’autant plus qu’elle se situe à moins de cinq kilomètres du Champ-des-Martyrs où furent exécutés les rebelles royalistes. Tu vois le symbole !

Duplessis-Bourgeois prit un air préoccupé.

— Oui, bien sûr, le site s’y prête…

— Nous n’utiliserions bien entendu que le parc, puisque l’habitation ne peut être occupée.

— Écoute, Lucie, il faut que je réfléchisse. Pour tout te dire, tu me prends de court. D’autant plus que j’ai des projets pour Ker Loc’h. Tu sais que je l’ai acheté il y a trois ans dans le but de le rénover et de le rendre habitable. Ma décision est prise. D’ici la fin de l’année, j’engagerai des travaux de réfection. Une totale remise à neuf. Puis je le mettrai en vente. Mais je serais heureux d’en faire profiter notre association, au moins une fois. En tant que natif d’Auray, ce serait ma façon d’apporter ma contribution à l’histoire locale. Presque un devoir de mémoire. C’est quand même ici que j’ai fait mes premières armes.

— Tu vas mettre Ker Loc’h en vente ?

— Oui, je viens de te le dire, dès les travaux achevés. Je pourrais réaliser une belle plus-value.

— Le site est magnifique et les amateurs de calme et de verdure comprendront leur bonheur. Nous y avons passé de bons moments. Je me souviens surtout de cette promenade au bord de la rivière.

Lucie s’interrompit et le regarda les yeux brillants.

— Nous avions apporté une couverture et tout le pique-nique. Il faisait très chaud et quand nous nous sommes retrouvés tout nus sur le plaid… Tu te rappelles ?

Elle éclata de rire.

— Deux pêcheurs ont fait irruption avec leurs casiers et leurs cannes à pêche, acheva Duplessis-Bourgeois.

— Tu m’avais pourtant promis que ce coin n’était presque pas fréquenté. Je nous revois encore nous dissimulant derrière la couverture.

Elle adopta un accent qu’elle supposa imité du terroir régional.

— Prenez donc vot’temps, nous on est pas pressé ! Et si vous avez besoin d’aide, faut pas hésiter à nous d’mander.

Puis elle reprit son ton normal.

— Probablement des voyeurs.

— Je ne pense pas. Des voyeurs auraient attendu notre passage à l’acte pour ne pas en perdre une miette. Sans doute, étaient-ils aussi gênés que nous.

Lucie précisa sa caresse vers le haut des cuisses de Duplessis.

— Daniel… si ça ne t’ennuie pas, je voudrais revenir à notre projet. Au cas où tu y donnerais suite, j’aimerais que tu permettes à la troupe de faire des répétitions dans le parc de Ker Loc’h.

— Dans l’immédiat, ce n’est pas possible. Je dois m’assurer que tous les abords du manoir seront sécurisés, ce qui n’est pas le cas actuellement. Je ne veux pas qu’un accident s’y produise.

— Nous patienterons donc. Dis-moi que tu es d’accord, Daniel !

— Je vais voir. Ce n’est pas si simple. Au fait, pour votre manifestation, si le financement vient à manquer, tu sais que…

— On devrait s’en tirer. Tu nous avais fait une belle donation au départ. Et puis David Vermont se débrouille très bien pour dénicher des sponsors.

— Et la vieille momie ? Toujours là ?

— Moncontour ? Hélas, plus que jamais. D’un point de vue historique, il assure et nous rend service. Pour le reste, c’est un fléau. Lui seul a raison contre le monde entier ! Je ne t’ai pas raconté qu’il voulait que l’association crée sa petite radio locale ? Elle lui aurait évidemment été dévolue pour qu’il diffuse ses thèses. Il n’a pas entièrement tort, mais trop, c’est trop.

— C’est souvent le cas avec les passionnés. Les autres vont bien ? Il faudra que je vienne vous voir un de ces jours.

— Seras-tu là pour notre spectacle ?

— Bien sûr ! Mon agenda est chargé, mais je ferai l’impossible pour me libérer.

— Tu leur feras plaisir.

Elle prit un ton emphatique.

— Ils seront honorés de la présence de Maître Daniel Duplessis-Bourgeois ! Oh ! Puisque tu me demandes des nouvelles des membres du bureau, il faut que je te dise. Tu te rappelles notre trésorier adjoint : Michel Bonnet ?

— Vaguement, un petit monsieur assez effacé…

— Il est arrivé un sale truc à son fils. Figure-toi que suite à un coup reçu sur le crâne, il est devenu amnésique et a perdu l’usage de la parole.

— Il est devenu muet ?

— Oui. Totalement.

— Je te signale, ma chère, qu’on ne peut pas être en partie muet. Comme on ne peut être en partie aveugle.

Vexée, Lucie se mordit les lèvres.

— En tout cas, c’est arrivé subitement. Et les médecins sont pour l’instant impuissants.

— Comment cela s’est-il produit ?

— On n’en sait rien, puisqu’il est totalement (elle insista lourdement sur ce dernier terme) frappé de mutisme. Tiens, j’y pense à présent, le jeune Bonnet a été retrouvé pas loin de ton manoir.

— Pas loin de Ker Loc’h ? Les gendarmes doivent enquêter ?

— Bien sûr. On soupçonne quelque chose de grave.

— Une agression, des voies de fait ?

— Pour l’instant, ils font chou blanc. L’enquête patauge. Bon, changeons de sujet. Parle-moi plutôt de toi. Tu as bien quelque affaire retentissante ? Et surtout, tu sais bien ce qui m’intéresse : ce sont les dessous de tes dossiers, les détails salaces, ceux dont on ne parle jamais.

— D’accord, mais au restaurant. Finis ta coupe. J’ai réservé au Chandelier, c’est à deux pas d’ici. Nous irons à pied.

Surprise, Lucie retira sa main de la cuisse de Daniel Duplessis-Bourgeois. Puis elle obtempéra.

*

Contrairement à son compagnon, Lucie ne dormait pas. Elle vérifia l’heure au radio-réveil : deux heures et quart. Daniel ne lui avait fait qu’une fois l’amour. Lorsqu’elle avait tenté de lui redonner de la vigueur, il l’avait repoussée délicatement mais sans équivoque. Cela ne lui ressemblait guère. À l’ordinaire, dès son arrivée, il la prenait sur le canapé, parfois à même le tapis, arrachant plus que ne lui retirant son slip. Elle adorait cette sensation faite de fureur sensuelle et brutale. Un soir, après l’avoir mise nue, il avait saisi sa ceinture en cuir et en avait cinglé ses fesses et le haut de ses cuisses. D’abord déroutée, elle avait progressivement ressenti un trouble inconnu l’incitant à goûter l’épreuve qu’il lui infligeait. Et lorsqu’il l’avait ensuite prise, le plaisir avait été le plus intense qu’elle eut jamais connu. Cette fois, rien de tel, juste un petit apéro bien chaste. Et de retour du restaurant, il y avait eu cette étreinte brève et sans flamme, comme une formalité à accomplir. Dans quelques heures, une plaidoirie difficile attendait Daniel. Était-ce la raison pour laquelle il voulait conserver toute son énergie ? Dans ce cas, il avait bien changé. Ne lui plaisait-elle plus ou du moins pas autant ? Elle s’avouait qu’elle supporterait difficilement de se faire larguer. Elle se rassura en pensant qu’il n’était pas homme à s’embarrasser de détours et le lui aurait dit clairement s’il ne souhaitait plus la voir. Elle ne s’illusionnait pas non plus. Elle se doutait bien qu’un homme comme Daniel Duplessis-Bourgeois ne devait avoir aucun mal à remplir les intervalles entre ses visites. Avait-il passé l’après-midi entre les bras d’une des multiples complimenteuses qui papillonnaient autour de lui ? Cela expliquerait son manque d’empressement. Elle se souvenait de ce cocktail où Daniel lui avait demandé de l’accompagner boulevard Saint-Germain. Il était le phare près duquel elles se tortillaient, s’esclaffaient, jouant des coudes pour un bon mot, une flatterie, espérant connaître bientôt l’insigne privilège de partager le lit du maître. Ou avait-il des soucis liés à des problèmes financiers ? Son train de vie effarait Lucie et encore ne connaissait-elle sans doute que la face émergée de l’iceberg. La comparaison avec un iceberg l’amusa. Une montagne de glace qu’elle avait eu bien du mal à faire fondre ce soir.

Elle repoussa lentement les draps et se leva sans bruit. Pour seule parure, elle revêtit la chemise blanche de son amant. Elle gagna le salon, observa les arbres de la cour à la lueur du réverbère, se déplaça à travers les grandes pièces en enfilade. Pénétrant dans le bureau de l’avocat, elle alluma la lampe posée sur le secrétaire dont un des tiroirs dissimulait le revolver. La profession d’avocat n’est pas exempte de risques, lui avait-il expliqué un jour. Elle s’approcha de la grande armoire vitrée contenant les dossiers relatifs aux affaires en cours. Prise de curiosité, elle s’apprêtait à l’ouvrir quand une voix glaciale interrompit son geste.

— Que fais-tu là ?

Elle sursauta et pivota brusquement. Nue, massive, la silhouette de Daniel Duplessis-Bourgeois se découpait dans l’encadrement de la porte.

— Je ne pouvais pas dormir. Tu sais comment ça se passe. Dans ces cas-là, des tas de pensées trottent dans la tête. J’ai préféré me lever.

— Pourquoi venir dans mon bureau ?

Elle lui trouva un air menaçant, celui qu’il devait adopter dans les prétoires vis-à-vis des jurés qu’il sentait rétifs à son argumentation. Elle vint vers lui, lui caressa la joue.

— Je marchais dans ton appartement et suis arrivée tout simplement dans ton bureau. Je ne voulais pas me montrer indélicate.

Elle se plaqua contre son corps.

— Je suppose, mon chéri, que si tu as des secrets, tu ne les conserves pas à la portée du premier venu.

Elle le sentit se détendre. Une esquisse de sourire se dessina sur ses lèvres.

— Justement, tu n’es pas la première venue.

— Est-ce un compliment ? Ce serait le seul de la soirée.

— La rareté fait la valeur.

— Dans ce cas, maître, je dois beaucoup compter pour vous.

Pour seule réponse, il lui effleura les seins.

— Retournons nous coucher. Et garde ma chemise sur toi. Elle te va très bien.

Chapitre 4

Vendredi 26 mai

Daniel Duplessis-Bourgeois se libéra de sa toge, la suspendit au portemanteau dans l’armoire qui lui était affectée au vestiaire des avocats, remit de l’ordre dans sa crinière léonine d’un blanc neige. Il s’assura que sa toque1