Trajectoires - Dominique Mortera - E-Book

Trajectoires E-Book

Dominique Mortera

0,0
12,99 €

-100%
Sammeln Sie Punkte in unserem Gutscheinprogramm und kaufen Sie E-Books und Hörbücher mit bis zu 100% Rabatt.

Mehr erfahren.
Beschreibung

Nous aimons à imaginer notre vie comme de franches lignes droites taillant leur route au travers de paysages terrestres, filant dans le chaos de ses richesses et de ses pièges. En réalité, qu’il est long le chemin et qu’il est sinueux comme les ruisseaux du bois de Vincennes avec leurs rochers, leurs cascades, les petits ponts de pierre imitant le bois qui les enjambent, que je traverse avec insouciance. Combien de fois, me laissant aller au charme de la pénombre des sous-bois et du bruit enchanteur de l’eau je les ai parcourus en croyant me rendre aux îles du lac Daumesnil pour venir me perdre dans la forêt. Au travers des touffes vertes des arbres je distinguais alors, au bout d’un moment un minuscule point rouge : la cabine de téléphone britannique du square, celui qui longeait la route de goudron, au sortir du bois et qui indique le retour à l’urbanisme. Soulagée, je m’y dirigeais donc pour rentrer à la maison, délaissant ma promenade.

Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:

EPUB

Seitenzahl: 46

Veröffentlichungsjahr: 2016

Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Sommaire

Photo de l’atelier de Saint Maurice

Dominique Mortera dans le jardin de Saint Maurice, photo 1999

Introduction

«

Réceptacles ou la Rupture des Vases

» texte 2016

«

Réceptacles ou la rupture des Vases »

œuvres 1999-2000

Titres et expositions

« Réceptacles ou la Rupture des Vases »

Dominique Mortera au bois de Vincennes, photo 1999

« Caminando »

Texte 2016 et dessins 1995

« Caminando »

Série de dessins à l’encre 1995

Titres et expos

« Caminando »

Remerciements

Couverture dos, photo Dominique Mortera par Philippe Sevestre, 1995

Nous aimons à imaginer notre vie comme de franches lignes droites taillant leur route au travers de paysages terrestres, filant dans le chaos de ses richesses et de ses pièges. En réalité, qu’il est long le chemin et qu’il est sinueux comme les ruisseaux du bois de Vincennes avec leurs rochers, leurs cascades, les petits ponts de pierre imitant le bois qui les enjambent, que je traverse avec insouciance. Combien de fois, me laissant aller au charme de la pénombre des sous-bois et du bruit enchanteur de l’eau je les ai parcourus en croyant me rendre aux îles du lac Daumesnil pour venir me perdre dans la forêt. Au travers des touffes vertes des arbres je distinguais alors, au bout d’un moment un minuscule point rouge : la cabine de téléphone britannique du square, celui qui longeait la route de goudron, au sortir du bois et qui indique le retour à l’urbanisme. Soulagée, je m’y dirigeais donc pour rentrer à la maison, délaissant ma promenade.

En 2008 je me suis sentie perdue dans la densité urbaine et la solitude cannibale des grandes villes et j’ai alors entrevu ma terre natale comme une petite lumière rouge tel un guide qui vous éclaire et vous montre le chemin.

Voilà, c’est fait, je me suis lancée. Il le fallait bien. C’était plus que nécessaire, plus aucune place pour travailler, l’atelier était encombré de meubles et d’œuvres depuis ces dix-huit années passées à créer sans relâche. Cette maison et son jardin tant aimés, entre bord de Marne et bois de Vincennes et qui m’avaient tellement inspirée, je devais maintenant les quitter faute de place. Quand j’y pense je me sens glisser dans un précipice noir et sans fond. Ne pas penser et emballer, emballer.

Je déménage en premier l’atelier : les cent cinquante toiles, les lourds cartons à dessin, les sculptures en terre cuites, les céramiques, les textiles et les meubles de travail iront s’installer dans un premier temps dans ma nouvelle demeure que je viens d’acquérir dans le sud-ouest de la France, là où sont mes racines, là où je n’ai jamais vécu. J’ai sillonné la région autour de Toulouse où je suis née en 1957, où je pensais me poser mais la vie et ses mystérieux détours me conduisirent à cent kilomètres plus au nord, jusqu’au village de ma mère, dans le département du Gers. Là s’est imposée à moi, comme une évidence, une somptueuse maison de ville en pierre, à la fois rustique et raffinée, composée de plusieurs grandes pièces où j’ai tout de suite visualisé l’emplacement des deux ateliers, dessin et peinture, et le bureau pour écrire. La très grande pièce traversante du rez-de-chaussée sera mon salon et un espace d’accrochages et de rencontres.

Pour l’heure, cela fait un grand vide dans la maison des bords de Marne et c’est ce qu’il fallait pour me plonger dans un demi-siècle de vie passée. J’ouvre les malles, les coffres, les valises en fer, les boîtes en cartons. Je trie tous les vêtements, relis toutes les lettres, m’attarde sur les photos. Au détour d’un objet, d’un son ou d’une odeur, les souvenirs enfouis dans les replis de la mémoire remontent à la surface tels des bulles de champagne infimes et légères qui s’immiscent en vous à votre insu et se diffusent tout d’abord imperceptiblement en semant un trouble diffus puis éclatent soudain en une myriade de séquences éparpillées comme une vieille pellicule de cinéma effacée par endroits donnant ainsi de l’acuité à certaines images plus nettes que d’autres, qui donnent le vertige. Les contours de certains souvenirs se dessinent tout à fait clairement maintenant et je ressens la double impression de me rappeler sans me reconnaître comme s’il s’agissait d’une autre personne rencontrée il y a longtemps.

La petite fille appliquée à faire du canevas au premier plan à gauche de la photo devant sa cousine et son oncle sur le balcon de la maison de Toulouse est-ce bien moi?

Nous sommes maintenant en 1968. Je rentre au collège de Fresnes, j’ai 12 ans. J’y découvrirai l’écriture grâce à mon professeur de français qui m’encourage et me fait lire mes rédactions devant toute la classe. Je me sens chavirer quand il dit « Dominique au tableau » mais j’aime ça.

Mon professeur de dessin convoque mes parents. Je sens mon cœur battre à se rompre. Aurait-il découvert que je fais les devoirs de quelques élèves en échange de thèmes de latin ou de problèmes de maths résolus? J’ai peur de le décevoir. « Dominique a un énorme potentiel en dessin, j’aimerais bien l’avoir dans mon club du jeudi après-midi. » Il n’a rien découvert. Il m’a choisie pour faire partie de son groupe de travail. Je copierai sans me décourager des kilomètres de fresques antiques, des visages, des corps, de face, de profil, assis, couchés, debout, au fusain…

Je jubile.