U-Boot : Le dernier pirate u-boot - José Moselli - E-Book

U-Boot : Le dernier pirate u-boot E-Book

José Moselli

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Beschreibung

Novembre 1918. La guerre est finie. Le capitaine-lieutenant baron Heinrich Spiegel von und zu Triekelstein reçoit l'ordre de conduire son sous-marin, l'U-753, jusqu'au port anglais d'Harwich pour y être démoli. Mais cet officier prussien au caractère bien trempé n'entend pas se soumettre. Plutôt que de livrer son bâtiment à l'ennemi, il entraîne ses trente-quatre hommes dans une aventure insensée : devenir pirates pour leur propre compte.

Cap sur le grand large ! Séduit par les promesses de fortune, l'équipage se lance à corps perdu dans cette croisière hors-la-loi. Mais à bord d'un sous-marin où se côtoient un mécanicien ivrogne de génie, un lieutenant trop malin pour être honnête et une poignée de fortes têtes, la discipline ne tient qu'à un fil. Entre abordages, ruses de guerre, rivalités et mutinerie, l'U-753 fantôme, que le monde entier croit perdu, vogue vers un destin que nul n'aurait pu prévoir.

À travers le journal de bord truculent et sans concessions de son commandant, retrouvé par hasard dans une bouteille incrustée de coraux sur les quais de Marseille, José Moselli nous offre un récit d'aventures maritimes palpitant, mené tambour battant jusqu'à son dénouement. 

À PROPOS DE L'AUTEUR

Écrivain français prolifique, José Moselli a d'abord été marin, débutant comme mousse avant de devenir officier puis capitaine de la marine marchande. Cette expérience maritime nourrit profondément son œuvre.

Installé à Paris en 1909, il devient l'auteur phare des éditions Offenstadt, publiant dans "L'Épatant", "L'Intrépide" et "Sciences et Voyages". Maître du roman d'aventures, du policier et de la science-fiction, il crée des univers imaginaires captivants. Tombé dans l'oubli après sa mort, il est redécouvert dans les années 1960-1970 grâce à la réédition de "La Fin d'Illa", aujourd'hui considéré comme un classique de la science-fiction française.

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Seitenzahl: 130

Veröffentlichungsjahr: 2026

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ISBN : 9782390841104 – EAN : 9782390841104

Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.

José Moselli

U-boot LE DERNIER PIRATE

Journal de bord du capitaine-lieutenant baron Heinrich Spiegel von und zu Triekelstein, commandant l’« U-753 »

Chapitre I.

MARSEILLE. Une nuit de décembre 1921. Sur la place de la Joliette, tandis que le mistral hurle, des cris retentissent, des ombres se jettent les unes sur les autres. Des matraques se lèvent. Les hurlements vont crescendo.

Ce sont des chauffeurs arabes et des boys chinois qui s’empoignent. Très vraisemblablement, les chauffeurs arabes ont attaqué les Chinois qu’ils exècrent et méprisent. Mais les Célestes, plus nombreux, se défendent vaillamment. Le claquement d’un revolver éclate ; un cri d’agonie, un choc sourd, un autre hurlement accompagné d’un fracas de bouteille brisée, puis les antagonistes s’éparpillent dans toutes les directions ; du poste de police installé dans le bâtiment des Messageries maritimes tout proche, des agents, attirés par la détonation, accourent.

Curieux, je les imite. Sur le lieu du combat, deux hommes gisent à terre. Un Chinois, dont la poitrine est trouée par une balle et qui geint doucement ; à deux pas de lui, un Arabe étendu, animé. Son front, ouvert, écrasé, laisse voir la cervelle. Et, entre les deux combattants, des débris de verre renvoient la clarté jaune d’un réverbère tout proche.

Ces fragments, c’est clair, proviennent d’une bouteille de champagne – d’une bouteille qui a dû séjourner longtemps au fond de la mer, car ses parois sont recouvertes d’une épaisse couche de madrépores. C’est avec cette bouteille que le crâne de l’Arabe a été fracassé.

Les agents s’empressent autour des deux hommes.

— Ce sont des chauffeurs du Gia-Long ! fait l’un d’eux, tandis que ses collègues se penchent sur les blessés. Et, quant au Chinois, il doit appartenir à l’équipage d’un courrier de Chine ou d’Australie !…

Ces sacrés Arabes du Gia-Long ont le diable au corps ! Cela fait déjà plusieurs fois, depuis que leur navire est ici, qu’ils s’en prennent aux Chinois ! Il faudra que nous y mettions ordre !… Heu ! L’Arabe m’a l’air d’avoir son compte ! Allez chercher des civières, vous autres !

Deux agents s’empressent.

Quelques instants plus tard, ils reviennent avec deux brancards, sur lesquels sont étendues les victimes de la bagarre ; puis les policiers s’éloignent dans la direction du poste.

Je n’avais pas bougé ; j’attendais le passage du tramway devant me ramener en ville, et dont l’arrêt se trouvait à quelques pas de là.

Minuit sonna à l’horloge de la Compagnie des Docks.

Au loin, du côté du quai, j’entendis la corne du tram. Je me retournai, et, dans ce mouvement, mes yeux tombèrent sur un calepin à demi recouvert par les feuilles sèches tombées des arbres environnants, et qui gisait presque à mes pieds. Machinalement, je me penchai et le ramassai.

C’était un petit livre de maroquin rouge, orné, à son coin supérieur, d’un tortil de baron dont l’oxydation avait rongé aux trois quarts la dorure.

Sans doute était-il tombé de la poche d’un des combattants ; une rafale de mistral avait poussé quelques feuilles sur lui, le dissimulant aux policiers, et un autre coup de vent venait de le découvrir.

Mais le tram arrivait. Je n’eus que le temps de sauter dedans. Une fois assis, j’examinai mieux ma trouvaille. Le calepin avait dû rester roulé pendant un très long temps, car il était absolument recroquevillé sur lui-même. La presque totalité de ses pages étaient recouvertes d’une écriture fine et serrée, en caractères allemands. Par places, l’encre avait été rongée par quelque corrosif ; elle avait pâli, jauni et s’était même effacée. Les feuilles de garde étaient décollées par l’humidité. Une odeur de moisi s’échappait du petit livre.

Je le remis dans ma poche, et, aussitôt revenu chez moi, entrepris de le lire.

Le jour parut que je lisais toujours…

Le calepin appartenait – avait appartenu – au baron Spiegel von und zu Trieckelstein. Il n’était pas tombé de la poche d’un des combattants – mais il s’était tout simplement échappé de la bouteille de champagne qui le contenait, lorsque celle-ci avait été brisée sur le crâne d’un Arabe. (Ce fut par ma lecture que je déduisis ces détails.)

Évidemment, la bouteille champenoise, avec ses incrustations de coraux, était la propriété d’un des Chinois. Comment était-elle parvenue entre ses mains ? Qui le saura jamais ?

Une rapide enquête m’apprit cependant que les Chinois attaqués par les Arabes appartenaient, comme boys, à l’équipage du paquebot Mélanésien, arrivé la veille d’Australie et de Nouvelle-Calédonie. Je ne cherchai pas à en savoir davantage. À quoi bon ?

Le carnet de maroquin rouge contenait le journal de bord du baron von und zu Trieckelstein, capitaine-lieutenant, commandant le sous-marin allemand U-753, un sous-marin qui, comme ses semblables, devait être livré à l’Angleterre d’après les conditions de l’armistice.

Parti de Kiel le 22 novembre 1918, pour Harwich, où il devait être démoli, l’U-753 n’y arriva jamais. On verra pourquoi.

L’amirauté britannique dut le croire perdu… En tout cas, le silence fut gardé sur sa disparition. Le journal du capitaine-lieutenant von und zu Triekelstein renseignera les autorités britanniques et éclaircira quelques mystères navals, notamment ceux de la disparition de plusieurs navires, survenue en 1919.

Nous n’avons pas cru devoir changer aucune des phrases du cynique et désabusé officier allemand. Nous nous sommes bornés à supprimer des alinéas sans importance, ayant rapport à des détails de service ou à des notations techniques.

22 novembre, 5 heures soir. – Nous venons de doubler la pointe de Cuxhaven. Krappohl a pris le quart. Beau temps. Petite brise de nord. Brume légère. Nous devons être par le travers de Neuwerke.

Je suis descendu dans ma cabine pour être un peu seul. Dureté des temps maudits que nous traversons : pour réussir, il a fallu me confier à un ivrogne et à de jeunes étourneaux. Et je ne parle pas de mon second : Krappohl en est à ce point de bassesse que tout lui est indifférent, pourvu que son estomac ne pâtisse pas. Et c’est avec de pareils gibiers qu’il me faut agir !

Il n’importe. Les Anglais n’auront pas le 753, ils n’auront que ses torpilles !

Je viens de faire un tour au poste central. Tout fonctionne à merveille.

Le 753 n’est pourtant pas une de nos meilleures unités ! Et l’on va livrer tous nos navires à l’Angleterre. Des crétins, des lâches et des traîtres, voilà ce qui dirige la nation allemande ! Si tout le monde avait mes idées, nos sous-marins, aussitôt avant l’armistice, se seraient dispersés sur les océans et auraient torpillé tout ce qu’ils auraient rencontré… Au point où nous en sommes, inutile de garder des ménagements !…

23 novembre, 8 heures matin. – Nuit un peu agitée. Nous avons été obligés de plonger plusieurs fois, pour éviter les patrouilles anglaises. Si je n’avais écouté que moi, nous aurions coulé quelques-uns de ces bandits. Patience.

L’équipage a été un peu étonné de nos manœuvres. Ils croient dur comme fer que nous sommes en route pour Harwich. Je les détromperai demain ou après-demain. Ils marcheront, quoique, parmi eux, il y ait de ces crapules de socialistes, Drollich, le second mécanicien, par exemple. Il filera droit, sinon tant pis pour lui. Il faut vouloir ce que l’on veut.

Marche à douze nœuds. Nous avons pour cinq jours d’huile à dix nœuds, soit trois et demi à douze. Mais, avant épuisement, nous trouverons bien quelque navire qui nous ravitaillera.

Je n’ai pu faire augmenter ma provision : ç’aurait été risquer de faire deviner mes projets, et ces chiens de l’Amirauté ont des coliques en pensant aux Anglais.

Von Sakeeringen, mon premier lieutenant, est moins bête que je ne croyais. Tout à l’heure, en venant me faire signer le livre d’ordres, comme je lui faisais entrevoir les superbes exploits qui nous attendaient, il a eu un ricanement bizarre et a murmuré : « La gloire de l’Allemagne par-dessus tout, herr capitaine-lieutenant ! »

Mais le ton n’y était pas. Est-ce que ce jouvenceau de vingt-trois ans se moquerait de moi ? Enfin, l’essentiel, c’est qu’il ait marché. Mais il doit avoir son idée. Nous verrons.

24 novembre. – Navigation au large de la côte de Norvège, pour éviter toute rencontre fâcheuse. Les Norvégiens ont maintenant retiré leurs garde-côtes. Nous naviguons dans la plus parfaite tranquillité. La brume est plus épaisse, elle nous favorise.

Je viens d’avoir une brève explication avec Julius Spratz, le chef mécanicien. Par hasard, il n’était pas ivre (bien que je sois certain qu’il a emporté une notable provision de spiritueux).

— Je crois, m’a-t-il dit à brûle-pourpoint, qu’il serait temps que vous vous expliquiez avec l’équipage ! Mon second m’a déjà fait des remarques sur la route que nous suivions, et il paraît qu’il n’est pas le seul à les faire, ces remarques ! Le plus simple est d’éclaircir la situation !

— Dites donc, herr Spratz, n’ai-je pu m’empêcher de répliquer, vous oubliez à qui vous parlez ! Je…

— Je parle tout simplement à herr Spiegel von und zu Trieckelstein, commandant un sous-marin pirate, dont moi, Julius Spratz, je suis le chef mécanicien, passible comme lui de la potence si nous sommes pris !

Cela a été dit avec un calme qui m’a fait bouillir. En d’autres circonstances, mon homme aurait payé cher son insolence. Mais pour l’instant, j’ai besoin de lui. Il faut me dominer :

— Je pense que vous exagérez, herr Spratz, ai-je répondu en m’efforçant de dissimuler ma fureur. Nous sommes simplement des corsaires, des francs-tireurs de la mer. Et je vous sais assez intelligent pour comprendre que, seule, une discipline de fer peut nous permettre d’accomplir les prouesses que nous méditons !

Spratz a haussé les épaules :

— Comme vous voudrez ! a-t-il murmuré. Je vous ai donné un bon conseil. Agissez à votre guise !

Et, tranquillement, il est sorti de ma cabine.

Le bandit ! Il sait combien j’ai besoin de lui. Il en abuse. En cas d’avaries, lui seul pourrait nous tirer d’affaire : il a été dix-sept ans ingénieur chez Blohm und Voss, et a dessiné les plans de nombreux sous-marins, avant que son ivrognerie l’ait fait chasser. Le temps viendra où je lui ferai payer cher son attitude !

… Je viens de parler à l’équipage. Ayant fait rassembler tout mon monde – trente-quatre hommes – dans le poste central, j’ai dévoilé mes soi-disant projets :

— Mes enfants, ai-je expliqué, je vous connais trop pour ne pas être sûr que, sans avoir eu besoin de vous consulter d’avance, je serais approuvé par vous.

« Écoutez-moi ! Je n’ai pas voulu que notre glorieux 753, qui a coulé tant de navires anglais et a envoyé au fond plus de trois mille de ces chiens, soit ainsi remis entre les mains de nos ennemis.

« D’accord avec nos supérieurs, j’ai décidé de faire une dernière croisière, qui nous sera facilitée par la signature de l’armistice. Les patrouilles ont été désorganisées. Nous agirons sans être inquiétés, ce qui nous permettra quelques fructueuses prises.

« Nous nous rendrons ensuite dans un port d’une puissance neutre – en Sud-Amérique – où notre 753 sera acheté par le gouvernement. C’est moi qui en toucherai le prix. Je possède pleins pouvoirs à cet effet – car les pourparlers ont déjà abouti – et, ce prix, il sera partagé entre vous tous, au prorata de votre solde. Ce qui vous fera à chacun de trente à quarante mille marks.

« Et ceux qui le voudront pourront rester à bord, pour servir la nation qui aura acheté le navire. Naturellement, la paie sera plus que doublée.

« Je ne vous révèle point, pour le moment, le nom de notre port de destination ; vous comprendrez qu’il me faut être prudent. Mais j’ajoute que plusieurs autres de nos sous-marins doivent être pareillement vendus à des gouvernements neutres. Et, pour terminer, c’est une joie pour moi de vous annoncer qu’à partir du jour de notre départ de Kiel, votre solde est doublée. Deutschland über alles ! »

Mon petit discours a eu tout le succès désirable. Mes gibiers ont d’abord fait la grimace, – mais, à mesure que je leur énumérais les avantages promis, j’ai vu leurs faces se dérider. Des gens prêts à tout pour de l’argent ! Je crois bien que je leur aurais annoncé qu’ils toucheraient encore plus pour aller bombarder leurs propres villages, qu’ils n’auraient pas tiqué !

J’ai remarqué quelques froncements de sourcils : Drollich (naturellement), Wotan Kunspitz, le troisième mécanicien – un voyou berlinois – et Forgstein, le timonier. Celui-là est une forte tête que je surveille. Lui et les autres, je saurai m’en débarrasser à l’occasion.

Pour l’instant, le principal est fait. Ils ont accepté la situation. Ils ont même applaudi lorsque von Sakeeringen a poussé trois hoch en l’honneur du kaiser. Ce Sakkeringen m’inquiète. Il est très fort, et je ne m’étonnerais pas qu’il ait quelque idée de derrière la tête.

10 heures soir. – J’ai fait distribuer une double ration de bière. Les hommes ont bu toute la soirée, au son d’un phonographe. Le moral est bon, pour le moment.

Maintenant, il va falloir s’occuper de trouver du combustible.

Cela fait déjà plusieurs navires que nous croisons. Je n’en ai fait arrêter aucun : c’eût été risquer d’attirer l’attention sur nous. C’est un pétrolier qu’il me faut. Si nous n’en rencontrons pas, je jouerai le tout pour le tout et gagnerai la côte d’Espagne où un de nos agents nous ravitaillera. Cela signalera notre présence, mais je n’ai pas d’autre alternative.

25 novembre. – Nous devrions depuis longtemps être à Harwich. Ce matin, nous avons laissé derrière nous l’archipel des Far-Oer. La discipline s’est un peu relâchée depuis que nos hommes savent la vérité, ou, du moins, une partie. J’ai, tout à l’heure, vu Czorny, l’infirmier polonais, qui frappait familièrement sur l’épaule de mon second ; il faudra que je fasse comprendre à Krappohl qu’il doit garder ses distances avec ses inférieurs.

26 novembre. – Sortis de la mer du Nord, nous piquons vers le sud. Il y a encore trente-six heures d’huile dans les réservoirs. Heureusement que, demain, nous serons sur la ligne des paquebots allant d’Europe en Amérique ou en revenant.

Et les provisions aussi sont courtes. J’ai dû le faire remarquer au cuisinier, qui avait, d’accord avec le cambusier, doublé toutes les rations. J’ai vu le moment où le gueux allait me prier de me mêler de ce qui me regardait. J’ai lu la phrase dans ses yeux. Pauvre Allemagne !

Point à midi : longitude ouest 10° 10’ 30” ; latitude nord 50° 15’.

Dans l’après-midi, forte tempête d’ouest qui nous a obligés à nous immerger. Violent roulis. Le navire fatigue énormément. J’ai fait stopper les moteurs pour économiser le combustible. La dérive est presque nulle.

27 novembre. – Temps meilleur. Cap : sud 33 ouest. Jolie brise de Nord. Mer clapoteuse. Les deux machines à 210 tours.

Julius Spratz commence. Il a passé toute la nuit dans sa cabine, ivre-mort. Drollich, le second mécanicien, a été obligé de faire le quart de son chef. Il l’a remplacé, d’ailleurs, sans faire aucune observation. Mais c’est lui qui est venu m’annoncer, ce matin, qu’il n’y avait plus que pour une douzaine d’heures d’huile dans les réservoirs. Et il m’a semblé que le ton du drôle était ironique. J’ai fait comme si je ne voyais rien. Heureusement que les accumulateurs sont chargés. Nous emploierons au besoin les moteurs électriques, qui peuvent nous fournir du « jus » pendant sept ou huit heures.

Midi. – J’ai passé la matinée sur la « passerelle », au sommet de la tourelle, avec Wilhelm von Brickardt, le second lieutenant. Le petit est précoce pour son âge, il s’est enhardi à me faire ses confidences. Je peux compter sur lui. Il est prêt à couler tous les Anglais que nous rencontrerons, et même les autres ! Brave garçon ! C’est un de ces gars poméraniens, de bonne souche, comme il n’en reste plus !