Burning soul - Maze Perkins - E-Book

Burning soul E-Book

Maze Perkins

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Beschreibung

Action ou Verité ? Le jour où Avril reçoit son invitation à jouer, elle entrevoit la liberté que peut lui offrir le gain promis au vainqueur. 200 000 dollars pour se créer une nouvelle vie loin de ses démons. Mais le chemin vers la victoire se révèlera semé d'embuches ... et des triplés Ross, aussi beaux que, disons le simplement, détraqués. Si elle pensait que les Maitres du jeu et leurs défis étaient le pire auquel elle serait confrontée, elle ne sait pas encore que son adversaire le plus dangereux se cache dans l'obscurité, prêt à l'entrainer dans sa folie. Alors, Action ou Vérité ?

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Seitenzahl: 523

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Playlist Officielle

Unstoppable - Sia Game of survival - Ruelle In the Dark - Bring Me The Horizon Live like legends - Ruelle Sweet But Psycho - Ava Max Monsters - Ruelles Warriors - League of legends 2WEI Legends Never Die - League of legends Sound of war - Tommee Profitt & Fleurie Castle - Halsey Dangerous Woman - Ariana Grande Insomnia - 2WEI Kings & Queens - Ava Max God is a woman - Ariana Grande Bad Dream - Ruelle Believer - Sybrid & PLEXXAGLASS Birthday Sex - Jeremih Cuuthroad - Imagine Dragon Middle of the night - Elley Duhé Episode III « Les mains liées * - Yuzmv Anarchist - Yungblud Survivor - 2wei Dirty Money - Weathers Bury Me Face Down - Grandson Nightmare - Bcsomorph & RIELL Evidemment - Lomcpal Psychotic Kids - Youngblud

Inachevés - Casseurs Flowters Never Going Back - The Score War of hearts - Ruelle Suite pour violoncelle numéro 1 - Bach Dusk Till Dawn - Madilyn Bailey Halo - Alexander Stewart Possédé - Yutsuu Let's Get Physical - Natalie Summer PSYCHO - AViVA Psychotic Kid - Yungblud Just Like Fire - Pink Heroes - Zayde Wolf Jour meilleur - Orelsan

Sommaire

Prologue

Partie 1 : Action ou vérité ?

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Partie 2 : Que la partie commence

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Chapitre 33

Chapitre 34

Partie 3 : Ce n’est plus un jeu

Chapitre 35

Chapitre 36

Chapitre 37

Chapitre 38

Chapitre 39

Chapitre 40

Avertissements

Bienvenue dans la partie.

Avant de te lancer dans ce jeu, il va te falloir accepter quelques règles essentielles sans quoi, tu ne seras pas retenu pour la phase suivante. Sache que ces règles sont là avant tout pour garantir ta sécurité, si tu décides de mentir, de tromper ou d’ignorer, la vraie Maîtresse du jeu (c’est-à-dire moi !) ne pourra pas être tenue comme coupable.

La Maîtresse du jeu est responsable de la partie, non pas de ton consentement.

Bien ! Avant de commencer, tu devras t’assurer :

- D’avoir plus de 18 ans et de ne pas entrer dans la catégorie « personnes sensibles », sans quoi, tu risques d’y laisser ton âme dès les premiers chapitres.

- Te munir d’un défibrillateur (en cas d’arrêt cardiaque) et te trouver proche des toilettes (contre d’éventuels vomissements).

- Prendre conscience que ce roman contient des scènes de sexe explicites, violentes et dont le consentement n’est pas toujours respecté, qui ne sont en aucun cas de la propagande pour ce type de relation que la Maîtresse du jeu bannit totalement.

- Rester ouvert d’esprit. Les actions d’Avril peuvent choquer, sa sexualité libérée davantage encore, toutefois, la Maîtresse du jeu te rappelle que nous ne sommes plus au Moyen-âge et qu’une femme peut avoir autant de rapports sexuels qu’elle le désire et avec qui elle le souhaite, même si les amateurs de bonnes mœurs la montrent du doigt.

- Prendre une longue inspiration avant chaque chapitre du point de vue de K.

- Prendre note de l'Article 222-23 du Code pénal « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, ou tout acte buccogénital commis sur la personne d'autrui ou sur la personne de l'auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. »

Si tu approuves ces quelques règles, La Maîtresse du jeu n’a plus qu’une question pour toi : Action ou vérité ?

À toutes ces femmes qu’on a jugées à cause de leur sexualité. À toutes celles qui ont, un jour, dit NON sans qu’on ne les écoute. À toutes les femmes qui vivent leur vie comme elles l’entendent, sans se focaliser sur le regard des gens. À toutes les femmes qui se sentent oppressées par la société et les mœurs qu’on tente de leur imposer. À toutes les femmes qui ne peuvent pas vivre pleinement leur vie de peur d’être jugées. À toutes les femmes. Vous êtes exceptionnelles, si quelqu’un tente de vous faire taire, hurlez ! Ne laissez personne dicter votre conduite, vos choix. Ne laissez personne vous faire croire que vous méritez le comportement des connards qui vous ont un jour blessées. Ne laissez personne vous faire croire que vous n’êtes pas légitimes, vous seules connaissez vos limites. Un non est un non ! Un peut-être n’est pas un oui ! Un oui sous la menace n’est pas un oui ! Un oui sous la contrainte n’est pas un oui ! L’alcoolémie ou la drogue ne donne pas votre consentement. Une jupe, un décolleté, une robe, un string, un pull, un manteau, un tee-shirt, de la transparence sur vos fringues n’est pas un appel au viol. Ne vous pensez jamais coupables ou responsables pour les atrocités des autres. Tôt ou tard, on sortira de l’ombre !

Prologue

Je l’avais reçue. Elle était dans ma boîte aux lettres depuis deux jours sans que je n’aie osé y toucher. Jusqu’à ce matin. Tout le monde en ville pensait que le jeu s'était arrêté il y a deux ans, après la mort de Rose Collins, âgée alors de vingt ans.

Rose était une fille sans histoires ni passé et comme tout un chacun ici, certainement sans avenir. Sa seule erreur fut l’appât du gain, la soif d’un lendemain radieux, loin du désert Australien. Elle rêvait de Sidney, de plateaux télé et de paillettes, là elle n’avait que chevaux, chaleur et serpents tapis sous son lit.

Elle voulait plus et elle en est morte.

Sa chute dans une vieille mine abandonnée fut filmée en direct par un téléphone et postée sur les réseaux sociaux. Elle n’a eu aucune chance. Il a fallu plusieurs jours à la police locale pour qu’un étudiant accepte de parler, d’avouer qu’un jeu malsain se déroulait dans l’enceinte de l’université. D’apparence simple, que tout le monde connaît : action ou vérité. Toutefois, les « maîtres du jeu » ne demandent pas à Pierre d’embrasser son meilleur pote ou à Jessica de montrer ses seins. Non.

Rose a dû marcher sur les planches qui recouvraient l’entrée de l’ancienne mine. Des lattes en bois datant de plus d’un siècle, perdues à la sortie de la ville, jamais entretenues, soumises au climat australien. Arrivée à la moitié, elles se sont cassées. Elle a fait une chute de neuf mètres avant de s’écraser la tête au fond du gouffre.

Tout le monde savait qui se cachait derrière les maîtres du jeu, c’était évident ! La somme que récoltait le vainqueur s’élevait à cent-mille dollars australiens, de quoi largement déserter la ville et refaire sa vie ailleurs. La promesse d’un nouveau départ au péril de son existence. Personne hormis Kylian Ross, Sander Pain et Lukas Rooney, n’avait assez d’argent pour proposer une telle somme. Leurs géniteurs sont affreusement riches et ont abandonné leurs devoirs parentaux, il y a fort longtemps. Ils ont tous les trois quitté la ville après la mort de Rose Collins. Toutes les pistes mènent à eux, néanmoins, une simple et unique personne aurait pu le prouver : Rose.

C’est toute la complexité du jeu. Vingt participants sont sélectionnés au départ. Une épreuve laisse la place à un seul concurrent. Uniquement lui est au fait, par la suite, de l’identité des maîtres du jeu. S’il divulgue leurs noms, la partie s’arrête, adieu le pognon. Avant Rose, Mickael Suffer était à un cheveu de gagner, il ne lui restait qu’une étape. Nous n’avons jamais connu l'énoncé de cette dernière. Il ne l’a jamais dit. Ce qu’on sait, en revanche, c’est qu’aujourd’hui, il lui manque une main. Les théories vont bon train, certains déclarent qu’il s’est fait ça tout seul, d’autres affirment que ce sont les maîtres du jeu qui lui ont coupé et d’autres encore parlent d’une morsure de serpent, les médecins auraient été obligés d’amputer pour stopper le venin. Tout est possible, mais on ne le saura jamais. Mickael n’a plus prononcé le moindre mot depuis. Il vit désormais reclus en dehors de la ville.

Lorsque j’entends un remue-ménage au rez-de-chaussée, je me saisis du pli rouge où un ouroboros couleur or s’enroule autour de mon prénom écrit dans la même teinte. Certains ont envie de disparaître d’ici, connaître une ville différente, un nouveau monde. En ce qui me concerne, j’ai besoin de me tirer. C’est une question de vie ou de mort.

J’ouvre l’enveloppe.

Partie 1 : Action ou vérité ?

« La vie est un jeu de cartes dont le cœur n'est jamais l'atout. » - Marcel Achard

Chapitre 1

Avril

« Unstoppable » - Sia

Ce matin, j’ai fui la maison si vite que je me retrouve, garée sur le parking de l’université, mon mascara entre les doigts avec pour seul miroir, le rétroviseur central de ma vieille Jeep. Je suis parvenue à masquer les quelques stigmates restants des vacances sans passer pour un pot de peinture ambulant.

Miracle.

Je suis certainement l’unique fille du campus qui a besoin de mettre du fond de teint aujourd’hui, alors que, malgré le mois de mars, nous sommes déjà plongés dans un été caniculaire. Ma peau est donc parfaitement bronzée, à quelques imperfections près. À quelques faiblesses près.

La porte côté passager s’ouvre, je sursaute et étale mon mascara sur ma joue. Je jure avant de me tourner vers Lara.

— Je n’arrive pas à croire que tu envisages sérieusement de participer, balance-t-elle tandis que je la fusille du regard. À ce niveau, c’est une tentative de suicide maquillée !

Lara Jones, une pétasse insupportable qui se trouve être ma meilleure amie depuis… à peu près toujours. Elle est certainement la fille la moins aimée de la ville. Le pire ? Elle en joue. L’histoire de sa famille est assez tragique : le patriarche Jones a tué tous les habitants de sa maison… sauf Lara. Elle a vécu avec lui durant presque deux ans en étant parfaitement consciente que c’était lui qui avait éliminé son grand frère et sa mère. Les gens la considèrent comme une tarée. Évidemment, tout le monde ajoute son grain de sel et désormais, si on en croit les rumeurs : Lara se tapait son père en secret, son frère l’aurait découvert et l’aurait dit à sa mère. Afin d'éviter une condamnation, le paternel les aurait tous butés, gardant sa fille en tant qu’amante.

La vérité c’est que Lara n’avait que douze ans au moment des faits qu’elle était terrorisée et sous la menace constante d’un père violent. Elle avait seulement peur pour sa vie, ce qui peut parfaitement se comprendre si on prend la peine de réfléchir plus de quatre secondes et demie. Ce qui est rare pour les habitants du coin. Bon, je leur accorde, elle est tarée, mais pas à ce point !

— Trois choix, rétorqué-je en frottant ma joue pour retirer le mascara. Petit un, crever chez moi, mauvais trip, tu en conviendras. Petit deux, crever durant un défi, ça aussi, c’est un mauvais trip, mais après tout, j’aurais au moins le mérite d’avoir essayé. Petit trois, gagner Action ou Vérité, empocher deux cent mille dollars et me la couler douce à l’autre bout du pays. Je ne sais pas pour toi, mais la dernière proposition me tente plutôt pas mal.

Elle ne répond pas immédiatement, je souris, satisfaite. Il y a deux types d’enfer : celui dans lequel on vit, cette ville de malheur en est certainement la preuve, et l’enfer personnel, celui qui nous bousille le crâne plus vite que n’importe quel lieu.

Quitter cet endroit n’empêchera pas mon esprit de revenir à la maison de temps à autre. Là où les deux enfers se côtoient et où, en effet, le suicide ne me paraît pas être une mauvaise idée. Toutefois, mon corps, lui, sera loin de cette baraque de misère et ses habitants qui font passer Lara pour une enfant de chœur.

— Petit quatre, répond-elle finalement, tu vas voir les flics et tu leur balances tout ?

Je souris davantage, en maquillant mes cils. C’est dingue, après tout ce qu’elle a vécu, elle est toujours aussi naïve. Elle croit encore en la bonté humaine, en la justice et en ses défenseurs. Pas moi. Mon univers se constitue de chaos, de vide, depuis fort longtemps, je suis obligée de faire face à la réalité. Je ne peux plus me permettre d’être insouciante.

— Ta candeur te perdra autant que ta foi en autrui, Lara.

Elle balance ses cheveux auburn d’un geste nonchalant sur le côté droit de son visage. Malgré son port de tête haut, ses épaules redressées, son air condescendant placardé sur ses traits, elle n’ose pas me regarder dans les yeux, fixant un point invisible au loin. Elle sait que je ne croirai pas un traître mot de sa bouche si je croise ses iris ébène. Elle ment très bien avec ses paroles, en revanche, ses prunelles racontent toujours une autre chose.

— Mon père est le tueur le plus connu du pays et mon histoire a fait le tour du globe, tu ne présumes tout de même pas que j’ai foi en tous ces connards qui m’ont pointée du doigt alors que je n’étais qu’une enfant ?

Je ne le crois pas, j’en suis certaine. Elle a beau se cacher derrière de grands airs, elle ne peut pas me la faire à moi. Quelque part, elle espère toujours que les gens se rendront compte que tout n’est que mensonge et qu’elle aussi a vécu l’horreur, peut-être davantage encore que sa mère et son frère qui ont eu la chance de mourir rapidement. Elle par contre s’éteint à petit feu face au souvenir omniprésent d’un passé trop lourd à porter.

J’applique du rouge sur mes lèvres, histoire d’attirer l’œil sur elles et non sur ma pommette. Même si le maquillage fait son job, ça ne cache pas le gonflement de cette dernière. Le carmin sur ma bouche pulpeuse aidera en attrapant le regard en quelque sorte.

— Si tu le dis, balancé-je consciente que ça ne sert à rien de discuter avec elle lorsqu’elle se comporte comme une pétasse. Je vais quand même tenter ma chance avec les maîtres du jeu, j’aurais au moins la certitude que mon action n’aura pas permis d’aggraver les choses.

Après avoir récupéré mon sac sur la banquette arrière, je sors de ma voiture sans attendre Lara. Comme si j’allais contacter les officiers pour lesquels le donneur de sperme qui me sert de père travaille. Bien sûr. Idée de merde, bonjour !

Je fais face à l’école aussi ridiculement petite qu’on peut l’imaginer dans une ville de cinq mille habitants. Puisque nous sommes perdus au fin fond du désert, rejoindre un autre établissement est presque impossible, certaines hautes institutions ne connaissent même pas le village dans lequel nous vivons. C’est le cas de l’université de Sydney qui m’a carrément demandé si je résidais bien en Australie.

— Tu vas mourir, déclare Lara en se postant à mes côtés, une clope à la main.

Je hausse les épaules : comme si c’était important.

— Tout le monde meurt, Lara.

— Généralement, ils ont au moins le temps de souffler leur vingtième bougie.

— Estime-toi heureuse que j’aie pu souffler les dix-neuf précédentes.

— Tu es désespérante.

— Réaliste, tout au plus.

Elle soupire bruyamment tandis que j’affiche un fin sourire. Je ne vois rien de déprimant dans mes propos. Au contraire, elle devrait se réjouir que je ne menace pas de me tirer une balle toutes les trente secondes. Contrairement à elle, je n’ai pas accepté mon sort. Je le sais, de grandes choses m’attendent, peut-être pas aujourd’hui, ni demain, mais un jour viendra, j’aurai l’avenir dont j’ai toujours voulu, de préférence loin d’ici. Pour ça, il faut que je survive et afin d’y parvenir, j’ai besoin d’argent pour me barrer de là. Je ne compte pas passer ma vie à patienter que quelqu’un remarque enfin que la famille Grant est bien plus pourrie que celle des Jones.

J’ai souvent pensé à le crier sur tous les toits, style, grimper au sommet du clocher qui domine l’université et à l’aide d’un mégaphone, balancer quelque chose du genre « hé, bande de couillons, j’dois vous apprendre un truc : ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de mort qu’il n’y a pas de victime. Quoi, vous ne me croyez pas ? Eh bien, regardez-moi ! Je suis toujours vivante, non ? Pourtant, j’essuie les coups de mon père depuis dix piges et je dois repousser les avances de mon propre frère, qui rêve de m’baiser !!! Et puisque j’ai tendance à élever la voix quand j’explique à mon cher grand frère que, non Ron, ce n’est pas « normal » de vouloir coucher avec sa putain de sœur, mon père me fracasse encore plus la gueule. Ouais, ouais, mon père ! Le chef de votre délicieuse police. Alors, non, papa Grant n’a buté personne, mais peut-être qu’un jour, il tapera trop fort et vous pourrez dire adieu Avril, ravi d’avoir fait ta connaissance, repose en paix ! »

Ça, c’est du discours… Qui me conduirait directement au cimetière défraîchi à la sortie de la ville ! Mauvais trip. Donc, je ferme ma gueule en attendant que la roue tourne pour écraser le capitaine Grant et son enfoiré de fils au passage. Ça arrivera, ce n’est qu’une question de temps, j’en suis certaine. Sans quoi, je serai obligée de me défendre et ça, j’en suis sûre, ça ne sera pas beau à voir.

Combien de fois ai-je fixé la batte de baseball de Ron, m’imaginant leur exploser la tronche avec ? Combien de fois ai-je espéré que mon géniteur ne range pas son arme dans le coffre-fort ? Je ne compte même plus. Plusieurs par jour. La seule chose qui me retient, c’est ma soif de liberté. Aucune chance que je prenne le risque de passer ma vie derrière les barreaux pour ces enfoirés.

— Avril ? chuchote Lara en me donnant un coup de coude. Ce ne sont pas les rejetons Ross ?

D’un geste de la tête, elle me désigne les trois types qui marchent droit vers nous - ou l’entrée de l’université. Je hoche doucement la tête, surprise de les découvrir là. Lorsque leur grand frère, Kylian, a quitté la ville il y a deux ans, les triplés ont tout bonnement disparu de la circulation. J’étais persuadée, comme tout le monde ici, que nous ne les reverrions jamais. Et pourtant… Outre le fait qu’ils soient triplés, ce qui est assez rare pour être souligné et remarqué, ils sont tous les trois foutrement canon malgré leurs styles différents et leur attitude à l’opposée les uns des autres. De purs clichés sortis tout droit des bouquins que dévore Lara.

Keith Ross. L’arrogant de la famille. Comme ses frères, l’ultime fois que je l’ai aperçu remonte à sa dernière année au lycée, tandis que moi, j’entamais mon avant-dernière. Pas très aimable le garçon, il n’a certainement pas les muscles nécessaires pour sourire. Pourtant, de ce côté-là, il n’a rien à envier aux plus beaux mannequins. Je ne connais pas une seule nana hétérosexuelle dans cette ville qui n’ait pas passé un nombre d’heures incalculables à stalker son compte Instagram où il exhibe son torse qui semble être sculpté dans du marbre. Ses yeux céruléens, à l’instar de ses frères, m’ont souvent donné le tournis. Leur lueur ferait frémir de peur les plus intelligents d’entre nous. Ce qui n’est visiblement pas mon cas, puisque j’ai toujours adoré cet éclat dangereux. Ses cheveux aussi foncés que les miens sont plus courts sur le côté, encadrant un visage aux traits virils et puissants. Une barbe parfaitement entretenue recouvre une mâchoire carrée qui caractérise également ses deux frères. Son tee-shirt blanc laisse apparaître ses bras recouverts d’encre sombre, je suis bien trop loin pour en distinguer les motifs, malheureusement. Dans sa main, une clope se consume. Il revêt un jean noir - il est taré pour porter cette couleur avec le soleil brûlant - et des boots de la même teinte. Il avance en territoire conquis, comme un roi dans son palais et ce, bien qu’il n’ait pas mis les pieds en ville depuis deux piges.

Kieran Ross. Le rigolo de la fratrie. Il ressemble comme deux gouttes d’eau à Keith, en moins musclé, moins tatoué et un peu plus petit. Son regard est aussi différent, il y a toujours une étincelle d’amusement qui y brille. Comme si le monde, dans son intégralité, n’était qu’un vaste terrain de jeu dont il est le maître. Pour lui avoir parlé une ou deux fois au lycée, je sais que son arrogance égale aisément celle de Keith. Contrairement à ce dernier, qui attire l’intérêt de par son apparence froide et calculatrice, Kieran cherche à être le centre de l’attention. Il aime ça. Il veut qu’on le voie, lui et seulement lui. Certainement la raison du sourire charmant qu’il aborde. Il porte un sweat sans manches gris, la capuche relevée sur ses cheveux ébène que je devine un peu plus longs que ceux de Keith. Un jean de la même teinte et des pompes identiques que ses frères : des boots noirs.

Kai Ross. L’intello de service. Oh, derrière son cerveau de génie se trouve un type aussi froid que la glace, à fond dans les études, digne héritier de son père qui dirige une bonne partie de la ville. Il semble plus réservé que ses frangins, mais lorsqu’on le fait sa connaissance, on sait que ce n’est pas réellement le cas. Et pour le connaître, je le connais, ça, c’est sûr. Kai et moi avons couché ensemble pendant une soirée organisée par Kieran dans la demeure immense des Ross. Nous avons renouvelé l’expérience plusieurs fois avant qu’il ne disparaisse en même temps que le reste de la fratrie. Loin d’être amoureuse, disons que j’appréciais la bulle hors du monde que nous avions construite et que son départ m’a mis une légère claque. Derrière nos parties de jambes en l’air, on a fini par bien s’entendre, amicalement parlant. J’ai été un peu déçue qu’il parte sans me l’annoncer.

— Tu penses que ce sont eux les maîtres du jeu ? me demande Lara.

Très certainement. Ils doivent suivre le chemin de leur frère aîné. En espérant qu’ils soient moins tarés que Kylian. J’ai bien l’intention de remporter la première épreuve afin d’être la seule concurrente en liste. Ensuite, il me suffira d’affronter à un « action ou vérité » 2.0 où ma vie sera mise à prix. Rien de plus simple.

— Dis, tu m’en parleras quand tu joueras ? poursuit-elle.

J’éclate de rire.

— Ce n’est pas toi qui ne voulais pas que je participe parce que, je cite « c’est une tentative de suicide maquillée » ?

Elle grogne alors que je n’ai toujours pas détourné mon regard des Ross qui ne sont désormais qu’à quelques enjambées de nous.

— Quoique je dise, je te connais, Avril, tu vas concourir. Et le pire c’est que tu as des chances de gagner.

— Oh, vraiment ? rétorqué-je.

— Ouais, t’es certainement plus timbrée que les maîtres du jeu, qu’importe qui ils sont.

Je souris. Je ne suis pas folle. Je n’ai simplement rien à perdre et elle, plus que n’importe qui devrait le comprendre. Les risques paraissent minimes lorsque ceux qu’on vit au quotidien menacent notre existence.

— Et puis, tu connais assez… intimement Kai. Donc si c’est eux qui gèrent, tu auras peut-être un aménagement.

— Mais bien sûr… tu savais que Rose couchait avec Kylian ? Je suis certaine qu’elle s’est dit que finir au fond d’une mine était un « aménagement ».

Je ricane en secouant la tête avant de reprendre :

— Même si c’est eux, je ne prendrais pas le risque que le jeu s’arrête pour nourrir ta curiosité.

— Et ça se proclame meilleure amie, hein.

— Par défaut seulement, dis-je en lui décrochant un clin d’œil.

C’est faux et elle le sait très bien. Lara est une connasse que j’ai fini par apprécier. Elle est comme ma sœur. Le sang en moins. Je ne sais pas qui ce dernier point arrange le plus…

— Tu es une salo…

Elle ne termine pas sa phrase et pour cause : Kai n’a pas poursuivi sa marche avec ses frères. Il se tient face à nous, un léger sourire timide étirant ses lèvres. Son regard est posé sur ma joue, exactement à l’endroit que j’ai tenté de dissimuler. Il grimace. Moi aussi. Kai est l’unique personne en dehors de Lara qui est au fait de tout ce qu’il se passe chez moi. Lui cacher aurait été bien complexe : il m’a vue nue. Il a deviné tout seul, je n’ai jamais rien confirmé, mais après tout, ça n’aurait rien changé. Il sait.

Il m’avait même proposé de me donner de l’argent pour que je me casse. Mais j’ai la fierté plus grande que l’Everest, la thune que j’ai, je l’ai gagné en bossant dans un ranch tout l’été. J’ai mérité chaque centime et je ne dois rien à qui que ce soit. J’ai appris à ne faire confiance à personne, encore moins à un simple plan cul.

Mes neurones se connectent : il sait. Comme les maîtres du jeu. Je ne suis pas surprise de capter que Keith et Kieran sont dans le lot, mais lui ? J’éclate de rire sans raison évidente pour le reste du monde, sauf pour moi. Et peut-être pour lui puisqu’il penche la tête légèrement sur le côté, un sourire satisfait aux lèvres. Comme s’il était heureux que j’aie compris.

— Si j’avais su que me revoir te rendrait aussi joviale, je serais réapparu depuis des lustres, Avril.

Adorable…ment niais !

— Alors tu aurais dû commencer par ne pas partir, contré-je.

— Je t’ai manqué ? me questionne-t-il.

— Toi ou un autre, ça revient au même.

S’il est offusqué, il n’en montre rien. Aucune chance pour que j’admette que, quelquefois, assise dans la bibliothèque, il me manquait. Ou bien, lorsque je me cassais de chez moi, chaque parcelle de ma peau douloureuse, et que je n’avais nulle part où aller, que mes pensées s’envolaient vers lui et son pieu qu’il me prêtait sans rien me demander en échange. Pas même une pipe.

Ouais, dans certains cas, Kai me manquait. Mais pas pour les raisons qu’il évoque, donc je préfère nier plutôt qu’avouer qu’en partant, il m’a enlevé mon havre de paix. Ce n’est pas lui qui m’a manqué, c’est le point de chute lorsque j’étais à bout de souffle.

— J’espère te voir au feu de camp ce soir, murmure-t-il. Je n’y serais pas avant vingt-deux heures, en revanche.

— J’y serai, confirmé-je.

Il hoche la tête avant de tourner les talons, rejoignant ses frères qui l’attendent devant l’entrée principale du bâtiment central. Je les suis du regard jusqu’à ce qu'ils soient hors de mon champ de vision. Lorsque je reporte mon attention sur les étudiants qui nous entourent, ils me scrutent tous comme si j’avais agi comme une folle. Je souris légèrement en secouant la tête : j’ai parlé à Kai Ross, pas au diable.

Ce dernier, c’est mon père. Ce qui fait de moi la fille de Satan. Comment pourrais-je avoir peur d’un Ross ?

Chapitre 2

Avril

« Game of survival » - Ruelle

— Ils dorment, m’annonce Lara en revenant dans sa chambre.

Je hoche la tête en attrapant mon sac en bandoulière. Mon amie est en « famille d’accueil » si on peut appeler ça ainsi. Disons que les Douglas sont les seuls à avoir accepté de prendre en charge Lara jusqu’à sa majorité. Toutefois, bien qu’ils aient un cœur plus gros que l’Australie, Théa et Justin Douglas sont... conservateurs et ce n'est pas peu dire. Ils élèvent Lara comme leur propre fille et on peut au moins leur accorder qu’ils y mettent du leur et pas qu’un peu.

Bien que Lara soit majeure et techniquement vaccinée, les Douglas appliquent la politique « tant que tu vis sous mon toit, ce sont nos règles », autant dire qu’elle n’a même pas essayé de demander l’autorisation pour se rendre au feu de camp le jour de la rentrée. Le refus aurait été catégorique. Je suis déjà surprise qu’ils m’aient laissé « dormir » chez eux…

— Tu aurais pu faire un effort vestimentaire, souffle-t-elle d’un ton désapprobateur.

— C’est clair que j’aurais été carrément à l’aise le cul à l’air si le premier défi était de descendre dans les mines.

Elle ne répond rien, évidemment, j’ai raison. Je me vois bien faire la première épreuve sur des talons de douze centimètres, une robe ras les fesses, le tout en essayant de ne pas me casser la gueule. En partant de ce principe, je pense avoir fait un effort monstre en enfilant un short et un top. Accoutrement que je vais sans aucun doute regretter.

En effet, le chemin qui mène au point de rendez-vous nous oblige à traverser environ un kilomètre de forêt. Cette année, il n’y a pas eu d’incendie dans le coin et le feu n’a pas atteint les bois depuis près de dix ans. Le précédent garde-chasse a déserté les lieux lors du dernier incendie et les bûcherons ne se bousculent pas aux portes de la ville. En bref, la forêt qui entoure le village n’est aucunement entretenue, une vraie jungle sauvage où personne ne s’aventure de son plein gré.

Le bois a été créé par l’Homme après la fermeture de nombreuses mines dans la région. Là-bas, les accidents sont fréquents, on ne compte plus les blessés et les morts qui ont vu le sol se dérober sous leurs pieds. Ce n’est pas un endroit où l’on envoie son môme faire des cabanes dans les arbres.

Lara saisit ses talons d’une main et son sac de l’autre puis nous quittons sa chambre sur la pointe des pieds. J’ai presque envie de rire : à dix-neuf ans, obligés de faire le mur comme des gamines de quinze ans, c’est à la fois hilarant et humiliant.

La petite maison des Douglas est une ancienne habitation datant de la première ruée vers l’or, la famille étant une des fondatrices de la cité aurifère, avec celle des Ross. Malheureusement pour Justin et Théa, ils n’ont pas connu la même fortune que ces derniers qui, aujourd’hui, sont propriétaires de la moitié de la ville, dont le bar tenu par les parents d’accueil de Lara. Tout ça pour dire que leur baraque tombe en ruine, et ce, malgré les réparations aux compte-gouttes du père.

Le plancher craque sous nos pieds, nous faisant grimacer, par chance, sa chambre est au rez-de-chaussée, contrairement au reste de la famille qui pionce à l’étage. Un long soupir franchit mes lèvres lorsqu’elle parvient à ouvrir la porte sans qu’elle ne grince atrocement, bien sûr, elle émet un petit bruit, mais rien d’astronomique.

— Vous allez au feu de camp ? chuchote une voix derrière nous.

Je fais un bond de dix mètres, la main posée sur mon cœur avant de me retourner vers Isabella, la fille biologique des Douglas. À peine âgée de quinze ans, je pense qu’elle idolâtre un peu trop Lara. Elle reproduit le même comportement que sa frangine adoptive, ce qui, soyons précis, n’est clairement pas une bonne idée. L’an passé, Lara a dû aller chercher Izzie à son collège, cette dernière avait menacé un groupe d’élèves en leur disant, je cite « Fermez tous vos grandes gueules sinon, j’appelle ma sœur et elle va tous vous buter comme son père l’a fait ! ».

Lara n’est plus réellement indignée qu’on la compare constamment avec son géniteur, elle le fait elle-même d’ailleurs. Lorsqu’on l'emmerde, elle a tendance à calmer son interlocuteur en lui rappelant qui était son vieux et surtout qu’elle est restée deux ans avec lui sans dire à personne ce qu’il avait fait. Bien sûr, son adversaire déclare généralement qu’elle est folle et elle éclate de rire. Autant dire que son comportement n’aide pas à redorer son image. Mais elle s’en fiche.

En revanche, je sais qu’elle aime Isabella. Assez pour lui faire la morale pendant dix plombes, lui expliquant pourquoi Izzie ne voudrait pas de la vie de sa sœur. Bien qu’elle garde la tête haute, Lara a vraiment du mal à vivre avec cette étiquette qui la poursuit quoi qu’elle fasse, où qu’elle aille.

— Bordel, Izzie, qu’est-ce que tu fous là ? crache Lara en chuchotant. Remonte te coucher, tu as cours demain.

La gamine lève les yeux au ciel avant de croiser ses bras contre sa poitrine. Je remarque seulement maintenant qu’elle est vêtue d’une robe aussi courte que celle de Lara et maquillée comme un camion volé.

— Je veux venir avec vous ! ordonne-t-elle.

Je ricane.

— Mais oui, bien sûr. Et puis quoi encore ? Je te paye un verre et t’explique comment tailler une pipe ? demande sarcastiquement Lara.

— Maman ! gueule Isabella. Ma…

Je comble l’espace qui nous sépare pour plaquer ma main sur sa bouche. Putain quelle petite peste ! Je jette un coup d’œil pardessus mon épaule pour jauger la réaction de Lara qui fusille littéralement sa sœur du regard.

— Va te changer, déclare-t-elle finalement. Jeans ou tu restes ici. On t’attend dans la voiture, si tu n’es pas là dans cinq minutes, on part sans toi.

Je relâche la pression sur les lèvres de la petite qui frétille d’impatience en remontant discrètement les marches. Quant à nous, nous sortons. Dehors et malgré le fait qu’il soit déjà vingt-deux heures trente, la chaleur nous assaille. J’ai beau être née et avoir grandi ici, je ne parviens toujours pas à supporter la température étouffante du désert australien. La brise brûlante frappe mon ventre découvert ainsi que mes cuisses. Une légère pellicule de sueur prend rapidement place sur mon front, que j’essuie d’un revers de main. Je maudis Lara qui semble être parfaitement à son aise.

— Tu te sens comment ? me demande-t-elle.

J’entends dans sa voix un soupçon d’appréhension qui fait écho à la mienne. Bien que je sois déterminée à participer à cette saison, je n’ai pas envie de crever. Ne pas connaître l’épreuve qui m’attend m’inquiète davantage encore. J’ai cette sale impression d’être face à un mur et d’appuyer sur l’accélérateur. Et pour le coup, je ne crois pas que ma Jeep pourrait supporter l’impact. Je vais m’exploser les dents contre le volant, je le sens, pourtant, je n’ai aucune intention de faire marche arrière.

Je me suis souvent demandé pourquoi personne n'a essayé d’intervenir, de mettre fin aux parties, aujourd’hui, je pense comprendre : tous les candidats et en particulier celui qui jouera jusqu’en juin, sont consentants. Nous ne sommes pas obligés de participer. Personne, hormis le sélectionné lui-même et ceux à qui il en parle, ne sait qui les maîtres du jeu ont désigné pour l’épreuve éliminatoire. En bref, je pourrais décider de ne pas m’y rendre, seule Lara saura que j’ai choisi de ne pas concourir.

— Bien, dis-je en tentant de ne pas laisser transparaître mon stress. Il n’y a jamais eu de blessé à la première épreuve.

Généralement, elle sert davantage à tester notre motivation et notre courage. Il y a deux ans, l’année où Rose est morte, l’épreuve de sélection était terriblement simple. Les quinze personnes avaient été larguées au milieu du désert, à dix bornes de la ville. Rose fut la première arrivée, c’est donc elle qui a participé à Action ou Vérité.

— Mais les maîtres du jeu ont changé, contre Lara. Pour ma part je n’ai aucune confiance en Keith, j’suis certaine qu’il tue des petits chiens pour passer le temps.

Je souris en secouant la tête. Les triplés trimballent une sacrée réputation dans la ville. Ce n’est pas pour autant qu’ils ne sont pas respectés : qui aurait les couilles de se mettre à dos ceux qui dirigeront, un jour, la ville ? Ils règnent par la terreur. Bien qu’ils aient un an de plus que moi, j’ai vu l’effet qu’ils produisent sur les élèves de leur classe, et ce, depuis la maternelle. Ils ont tous les jeunes à leurs bottes tandis que les adultes sucent la queue du paternel Ross.

— Ce n’est peut-être pas eux, si ça se trouve, Kylian est revenu en ville ainsi que ses deux acolytes.

— Même toi tu n’y crois pas, ricane-t-elle.

À cet instant, Isabella débarque. Elle a écouté Lara, passant un jeans ainsi qu’un débardeur, une tenue bien plus conventionnelle pour une gamine qui vient à peine de souffler sa quinzième bougie. C’est dingue comme les temps changent ! À son âge, il y a seulement quatre ans, je n’aurais jamais osé mettre la robe qu’elle avait envisagé de porter ce soir. Encore moins la nuit du feu de camp.

C’est une célébration qui perdure depuis environ d’un siècle ici. Chaque année, le jour de la rentrée universitaire, les lycéens et les étudiants se retrouvent près du vieil Allocasuarina decaisneana à deux ou trois kilomètres au nord de la ville. L’alcool coule à flots et tout le monde baise à tout va. C’est presque mal vu de quitter la fête sans avoir la tête retournée ou dans l’optique de s’envoyer en l’air.

Lara m’y traîne de force depuis notre première année au lycée, j’en ai vu des vertes et des pas mures, assez pour choquer mon esprit encore juvénile de l’époque. La seconde année, j’ai pris ma première cuite. Une sale histoire qui m’a valu la droite fatale de mon géniteur lorsque je suis rentrée. Je ne parle même pas de la drogue, l’année dernière, on a dû empêcher Victoria de sauter du haut de la vieille foreuse : elle était persuadée de savoir voler.

— On y va ? demande Izzie.

Lara me jette un coup d’œil interrogateur, l’air de dire « il est encore temps de faire demi-tour ». Je me contente de hocher la tête et me dirige vers le petit portail blanc. J’ai garé ma Jeep un peu plus loin afin de ne pas réveiller les Douglas au moment du départ. Il n’y a pas grande circulation dans le coin à cette heure-ci. Il n’y en a jamais d’ailleurs.

Lara habite à la lisière des bois artificiels, pratiquement en dehors de la ville et croyez-moi, personne ne vient jamais ici de son plein gré. Un bruit de moteur, surtout celui de mon antiquité, éveillera sans aucun doute Justin et Théa.

Une fois installées dans la voiture, Isabella sur le siège derrière moi et Lara à ma droite, je démarre sans prendre la peine de réfléchir. Trop penser pourrait me pousser à faire marche arrière, non pas pour la première épreuve, mais toutes les suivantes. Lors de la sélection de Rose, certains ont avoué avoir ralenti volontairement pour ne pas gagner la course. Ils voulaient simplement participer à la première étape, histoire de dire qu’ils l’avaient fait, sans pour autant jouer à Action ou Vérité.

— Vous avez la tronche de nanas qui se dirigent vers l’abattoir, se marre Isabella.

— Peut-être que débarquer avec ma petite sœur n’est pas ce que nous avions prévu, réplique Lara.

— Promis, vous ne me verrez même pas !

— Alors là, dis-je en prenant à droite, tu peux rêver. Tu restes avec Lara.

Cette dernière me lance un regard noir, pourtant, quelques secondes lui suffirent pour qu’elle comprenne pourquoi j’ordonne ça à sa cadette. Elle aussi se souvient de nos quinze piges et de notre premier feu de camp. Les tentations sont partout et bien sûr, à cet âge, on souhaite établir que nous ne sommes plus des gamins et faire comme les étudiants à l’université qui se bourrent la gueule jusqu’à ne plus tenir debout, ou alors, connaître les plaisirs de la chair. C’est ce qu’a fait Lara. Sa première fois, elle l’a fait ce jour-là et si je n’avais pas été là, elle n’aurait jamais su avec qui.

— Mais…

— Pas de, mais, la coupe Lara. Tu veux jouer la grande ? Prouve-moi que tu peux te comporter comme telle.

Je souris doucement. Lara en mode aînée est affreusement géniale. Il est compliqué de croire qu’il s’agit de la même nana qui endosse le rôle de garce arrogante à longueur de journée. Lorsqu’elle est avec Izzie, elle laisse le masque tomber et redevient la vraie Lara, celle que je connais depuis toujours, celle que je pensais ne plus jamais revoir. Elle prend sa responsabilité de grande sœur très au sérieux.

Trouver une place est relativement facile, et ce, même si nous arrivons près d’une heure après le lancement des festivités. Tous les jeunes de la ville sont d’ores et déjà présents et la musique résonne depuis presque un kilomètre.

Isabella saute pratiquement de la voiture à peine, ai-je coupé le contact. Lara en fait de même, courant déjà après sa sœur. Pour ma part, je profite encore quelques instants de la climatisation de la Jeep et du presque calme qui règne dans l’habitacle.

Je n’ai jamais aimé me mêler à la foule. Non pas à cause d’un quelconque malaise, simplement parce que les jeunes de cette ville, comme leurs parents d’ailleurs, ont un pois chiche à la place du cerveau. Tous sont d’un ennui mortel !

Mon regard se perd dans les bois à ma gauche, là où la vieille mine se trouve. D’ici une heure, j’y serai. Un délicieux mélange d’appréhension et d’excitation circule déjà dans mes veines. J’ai beau prétendre que je suis inquiète pour ce qu’il adviendra si je parviens à gagner l’épreuve, je n’en suis pas moins impatiente. Mon quotidien n’est qu’une routine mortellement casse-tête depuis… presque toujours. Esquiver les coups du paternel, repousser les avances du frère, se rendre en cours, faire comme si tout allait bien dans ma vie, déjeuner avec Lara, rentrer chez moi et on repart pour un scénario identique, encore et encore.

J’aimerais vivre un peu, juste quelques instants et ne plus avoir cette impression de survoler mon existence. Même le chaos de ce fichu jeu me paraît plus agréable que cette routine merdique qui me tue à petit feu.

Après une courte inspiration, je quitte l’habitacle encore frais de ma Jeep. La chaleur manque de me terrasser alors que j’avance en direction de Lara et sa sœur, cherchant du coin de l’œil l’un des frères Ross. Une part de moi espère que ce sont les maîtres du jeu, parce que je suis presque certaine que Kai ne me laissera pas mourir. L’autre, en revanche, la plus rationnelle est parfaitement consciente qu’il y a un truc qui cloche chez les triplés, les trois, Kai compris. Je ne saurais dire quoi au juste, simplement cette impression constante qu’ils cachent quelque chose de dangereusement mortel.

La terre sèche forme un nuage de poussière après chacun de mes pas tandis qu’une silhouette massive sortie de nulle part m’empêche d’avancer davantage. Je lève les yeux vers son visage et grimace face au sourire amusé de Kieran, enfin je crois que c’est lui. Le crépitement des flammes et leurs faibles lueurs ne me permettent pas de l’affirmer avec certitude.

— Je me demande encore ce que mon frère te trouve, déclare-t-il. Tu m’as tout l’air parfaitement banale.

Plus aucun doute, c’est Kieran. Je croise mes bras sous ma poitrine et penche légèrement la tête sur le côté, attendant qu’il poursuive. Si j’ai bien appris quelque chose en observant les triplés dans leur élément, c’est qu’il ne faut jamais entrer dans le jeu de Kieran. Plus on se montre indifférent à ses paroles, moins on l’intéresse. Et ce soir, davantage encore que d’habitude, je n’ai absolument pas envie de jouer avec Kieran.

— Tu es bonne, poursuit-il, mais pas la plus bandante de la ville. Tu en as certainement dans le crâne pour avoir pu lui plaire plus de quatre secondes et demie Kai, mais tu n’as clairement pas la dégaine d’une intello. J’aurais parié sur la meilleure suceuse de la ville ou la meilleure chatte, mais encore une fois, Kai ne s’intéresse pas qu’à ça. Alors, dis-moi princesse, c’est quoi ton secret ?

J’étire lentement mes lèvres dans un rictus méprisant, pas le moins du monde surprise par ses commentaires ni vexée d’ailleurs. J’avance d’un pas pour me planter sous son nez. Mes yeux cherchent les siens, mais l’obscurité m’empêche d’y lire son état d’esprit.

— Dis-moi, Kieran, combien de nanas seraient prêtes à te sucer la queue ce soir pour être dans tes bonnes grâces ?

J’observe son sourire s’accentuer alors qu’il lève les bras vers le ciel avant de faire un tour sur lui-même.

— Mais toutes, voyons, affirme-t-il.

— Pas moi. Tu demandais mon secret ? Eh bien le voilà : je n’en ai rien à foutre de ton nom de famille, rien à carrer de ta tune et de ton rang social. Tu es seulement un pion de plus dans un échiquier géant. Tu n’es rien, personne. Comme tous ces cons ici présents. Tu veux savoir ce qu’aime tant Kai chez moi ? L’espoir qu’un jour je le placerai sur un piédestal tout en étant parfaitement conscient que ça n’arrivera jamais. Je suis son défi personnel !

Enfin, son sourire se fane. Je ne suis aucunement certaine de mes propos. À vrai dire, j’ai souvent pensé que Kai couchait avec moi dans l’espoir de jouer les chevaliers servants secourant la princesse des griffes du méchant dragon. Un bon gros syndrome du sauveur en somme. Kai a toujours été un peu l’oublié des Ross. Ses frères sont constamment dans la lumière tandis qu’il attend de pouvoir éclairer tout le monde. Dans un sens, j’étais sa révolte : l’indomptable Avril Grant dans les bras du timide Kai Ross ! Un tour de force auquel personne ne se serait jamais attendue. Malheureusement pour notre cher Kai, je ne suis pas de celles qu’on expose comme un trophée, notre relation est restée secrète, j’étais simplement son amie en public. Et j’adorais ça. C’était… intense, encore plus que si nous avions dévoilé notre réel lien. Des regards brûlants ici et là, des promesses endiablées susurrées au détour d’un couloir, les sourires coquins échangés en toute discrétion… c’était putain d’excitant.

— Et sur ce fameux échiquier, si je suis un pion, qui es-tu ?

Je souris en le contournant. Je m’arrête proche de son oreille avant de souffler :

— La reine, évidemment.

Sans attendre une quelconque réponse, je rejoins Lara.

Chapitre 3

K

« In the dark » - Bring Me The Horizon

— Ne bouge pas, murmure-t-il d’une voix suave.

L’homme déboutonna nerveusement son pantalon sans détourner son regard de la jeune femme agenouillée devant lui. Dans ce souterrain sombre et silencieux, presque lugubre, il avait ses habitudes, ses rituels, qu’il perpétuait depuis qu’il avait découvert la perversité qui l’habitait. L’odeur âcre de l’endroit lui rappelait les nombreuses femmes qui avaient précédé celle-ci. Toutes l’avaient suivi de leur plein gré, elles l’avaient toutes regretté.

Il sortit de son pantalon un sexe lourd, veiné, pas encore bandé, mais légèrement relevé par l’excitation du moment qui l’emportait. Il savait ce qui attendait la jeune femme, inconsciente des risques qu'elle prenait, attirée par l'appât du gain. Bêtement, elle pensait qu’une pipe suffirait à le séduire, peut-être lui offrirait-elle sa chatte par la suite, dans l’espoir d’entrer dans ses bonnes grâces. Oh que sa naïveté la rendait attrayante.

Après quelques secondes, les traits de l’homme se contractèrent et un jet tiède jaillit depuis son sexe, aspergeant le visage de la demoiselle, dégoulinant sur ses joues, ses paupières, ses lèvres et ses seins gonflés. D’abord surprise, voire même outrée, il lui fallut quelques secondes pour comprendre la situation. Toutefois, lorsqu’indignée, elle voulut se reculer, l’homme avait saisi fermement sa tignasse blonde, balançant sa tête en arrière. Un cri avait franchi les lèvres de la douce jeune femme humiliée. Grossière erreur. L’urine de l’homme glissa dans sa bouche, caressant sa langue et chutant dans sa gorge. Un haut-le-cœur remonta le long de son œsophage tandis que le jet s’atténua puis se tarit.

L’homme relâcha sa prise sur les cheveux de la femme qui, écœurée, vomit sur le sol, les soubresauts qui traversaient son corps firent sourire le jeune homme qui observait la scène en manipulant son sexe. Il le serrait entre ses longs doigts, pressa son gland violacé pour augmenter son excitation. Il avait l’impression de nager en plein rêve. Cet endroit, où bon nombre de femmes avaient connu des humiliations comme celle-ci, lui avait manqué. Il contemplait la jolie blonde, souillée d’urine, qui avait cessé de vomir, mais qui, par honte, n’avait pas osé relever les yeux vers cet individu qu’elle trouvait pourtant si charmant.

C’est certainement ce qu’il préférait. Voir naître dans le regard de sa victime l’incompréhension. Comment un homme aussi beau, aussi riche, aussi important, pouvait-il se comporter de cette façon ? Il s’amusait de la médiocrité de ces femmes, prêtes à tout pour, un jour, porter son nom. Elles rêvaient toutes d’un avenir radieux sans pour autant se sortir les doigts du cul. Autrefois, cela l’énervait. Aujourd’hui, il avait su trouver une utilité à leur soif d’argent et leur fainéantise.

— Les chiennes comme toi, vous me faites toujours bander, marmonna-t-il. Prête à tout pour quelques billets, pour un nom de famille, pour un statut. Ridicules, mais tellement bonnes !

En parlant, il avait attrapé le menton de la jeune femme, l’obligeant à le regarder dans les yeux. Elle n’y vit que le néant, la noirceur, les profondeurs d’un abysse qui semblait si cruel. Le sadisme dont il faisait preuve n’avait d’égal que sa beauté brute et sauvage. Elle essayait de comprendre, sans jamais y parvenir.

Il ne lâcha pas la nana et de son autre main, serra davantage son sexe, se branlant énergiquement. Pourtant, il n’en avait pas fini avec sa délicieuse victime. Il s’approcha un peu plus, tout en pinçant ses joues, formant un rond parfait avec les lèvres de la jeune femme.

— Tire la langue, ordonna-t-il.

Avec les dernières forces qui lui restaient, elle secoua difficilement la tête. Les yeux embués de larmes, elle n’espérait qu’une chose : rentrer chez elle, où elle pourrait se doucher plusieurs fois avant de se perdre dans son lit pour ne plus jamais en sortir. La honte qu’elle ressentit était telle qu’à cet instant, elle aurait préféré mourir plutôt que de subir une nouvelle humiliation. L’homme relâcha ses joues et un court soupir franchit les lèvres de la fille. Encore une fois, elle se fourvoyait, persuadée qu’il la laisserait partir. Après tout, lui comme elle savait qu’elle ne parlerait pas. Déjà parce qu’elle devrait avouer au reste de la ville l’atrocité de cette soirée, mais aussi et surtout parce que personne ne la croirait. On dirait d’elle qu’elle était parfaitement consentante, peut-être même qu’elle l’avait demandé. Sa parole ne valait rien contre celle de l’homme face à elle.

Le choc sur sa mâchoire l’avait surprise. Elle était tombée sur le côté, se rattrapant au dernier moment avant que son visage ne percute le sol poussiéreux. Elle glissa ses doigts sur sa joue, frémissant de douleur, alors que l’homme menaçait de lui asséner un second coup de poing. Les larmes souillaient désormais les joues de la jeune femme et, sachant qu’elle se trouvait au pied du mur, elle se redressa, ferma les yeux, ouvrit la bouche et tira la langue. Elle laissa échapper un léger gémissement de souffrance lorsqu’elle dû écarter sa mâchoire. Le supplice était, toutefois, bien plus supportable que l’effroi qui la faisait trembler violemment.

L’homme posa son gland sur la langue de la gamine terrorisée et reprit sa branlette, doucement. Il ne voulait pas la baiser, il détestait la pénétration, mais les fellations le rendaient dingue. Il frappa sa queue bandée sur le visage de la fille, sur ses joues, ses paupières closes, dont les larmes s’échappaient, avant de la rediriger vers sa langue tendue, pendante, comme un chien assoiffé.

Il se branla jusqu’à en avoir mal au poignet et lorsqu’il se sentit venir, il agrippa fermement la nuque de la nana. Il l’attira jusqu’à lui, jusqu’à que son sexe s’enfonce dans sa bouche, qu’elle y soit au chaud. Il baisa sa gorge sans prendre la peine de lui jeter le moindre petit coup d’œil. La tête rejetée en arrière, il profita de la douceur de la langue qui frôlait sa queue ainsi que des dents qui lui arrachaient une douleur satisfaisante.

La main de l’homme s’enfonça dans la ceinture de son jean, dans son dos et en sortit de quoi le pousser à l’orgasme. Il avait toujours eu du mal à jouir, il n’avait jamais compris pourquoi jusqu’à soutirer le premier hurlement à une nana. Non pas un cri de plaisir, nan, il avait besoin qu’elle souffre pour toucher à la libération. Toutefois, chaque fois, ses exigences augmentaient, il voulait plus de douleur, plus de sang, jusqu’à atteindre ce stade de non-retour qu’il appréciait.

D’un choix fou, il enfouit son sexe de plus en plus profondément, n’ayant que faire de la fille qui s’agitait afin à échapper à sa prise. Cherchant la libération à tout prix, il leva la main, assez discrètement pour que la demoiselle ne remarque rien. Il n’hésita pas, contrairement aux premières fois. Son geste était franc, parfaitement calculé. Il enfonça la lame dans la carotide de la jeune femme sans cesser de baiser ses lèvres. Il effectua le même geste, encore et encore alors que la nana, dans un réflexe inutile, plaqua ses mains sur sa gorge, tentant de contenir le flot carmin.

Lorsqu’il sentit un liquide visqueux, épais et chaud, rencontrer sa queue, il jouit en plusieurs jets qui se mélangèrent dans la bouche de sa victime, avec son sang. Il maintenait sa prise, s’enfonçant le plus profondément possible, en lâchant un cri d’extase à mesure qu’il se vidait et qu’elle le mordait.

Lorsqu’il n’eut plus rien à cracher, il repoussa la nana qui s’écroula sur le sol, morte. Il remonta son pantalon, rangea son sexe couvert d’hémoglobine et glissa une clope entre ses lèvres. Il jeta un coup d’œil satisfait à la dépouille. Un épais liquide carmin colorait le sol et sa peau de porcelaine. Il sourit avant de tourner les talons, plus tard, il viendrait faire disparaître le corps, pour l’heure il avait un jeu à suivre. Il espérait qu’Avril gagnerait, il avait hâte de lui faire subir tout ce dont il avait toujours rêvé. Le pire ? Elle serait consentante. Sa chute n’en serait que plus belle.

Chapitre 4

Avril

« Live like legends » - Ruelle

Mon cœur bat plus vite que d’habitude. Je le sens à peine tant c’est léger, pourtant, je l’entends presque chanter son inquiétude dans mes oreilles. Il fait nuit noire dans les bois, le faible rayonnement de la lune perd de sa superbe à travers les branchages épais. Je ne vois presque pas où je mets les pieds.

Un type, masqué, a récupéré mon téléphone à l’entrée de la forêt. Désormais, je suis seule, sans lumière et sans aucun moyen d’appeler à l’aide si les choses tournent mal. Mes pensées s’éparpillent, défilent, essayant vainement de trouver la première épreuve. Garder le cap vers la mine abandonnée en est déjà une, à mon sens.

Je me repère grâce aux arbres difformes qui bordent le sentier étroit. Mes jambes sont griffées par des ronces qui remontent jusqu’au sommet de mes cuisses. Je suis obligée de faire des pas exagérément hauts dans l’espoir de les écraser sous mes boots. Comme prévu, je regrette amèrement mon jean.

La chaleur est constamment terrassante, pourtant ma peau est recouverte de chair de poule. Chaque craquement manque de me faire hurler. Je ne suis pas du genre à flipper pour un oui ou pour un non, toutefois, j’ai toujours eu affreusement peur de l’obscurité. Bien des monstres rodent lorsque le soleil disparait, rare sont ceux cachés sous les lits. Alors que le jeu n’a pas encore réellement commencé, je suis déjà confrontée à ma plus grande inquiétude.

Les bois n’aident pas. Je me souviens de ce cauchemar persistant que je faisais, soir après soir, enfant. Cela a duré près de huit ans. Chaque nuit, je me réveillais à trois heures quarante-deux pour être exacte, en sueur, après avoir une nouvelle fois échappé à la mort dans mon rêve. Le schéma était sans cesse le même : je courais dans la forêt avec la nette impression d’être suivie. Il faisait si sombre que si j’étendais le bras, je ne voyais pas ma propre main. J’étais déjà à bout de souffle, lorsque je trébuchais et me blessais assez gravement la cheville pour être incapable de me relever et poursuivre ma fuite. Le hurlement strident d’une femme transperçait le terrifiant silence. Chaque fois, j’avais l’impression de sentir mon sang se transformer en plomb, paralysée par la peur, assommée par la douleur. Quand le cri cessait de percer mes tympans, j’étais encerclée. Cinq hommes portaient de longues toges carmin et resserraient les rangs pour ne me laisser aucune porte de sortie. Dans un geste quasiment synchronisé, ils penchaient la tête sur le côté. Je ne voyais pas leurs visages, recouverts d’un masque de couleur chair avec la bouche qui semblait être cousue. J’aurais voulu hurler, mais j’étais incapable de produire le moindre son. Alors, les cinq hommes s’inclinaient doucement vers moi, rapprochant leurs figures terrifiantes de mon visage. J’essayais de fermer les yeux, mais je n’y arrivais pas. Toujours avec une synchronisation parfaite, ils sortaient un couteau affreusement long de leur vêtement et les dirigeaient vers moi. J’avais le temps de sentir les cinq perforations avant de me réveiller.

Du jour au lendemain, j’ai cessé de le faire. La dernière année, ce cauchemar s’est transformé en rêve conscient, mais ça n’avait rien changé. Je trébuchais invariablement au même endroit, j’étais systématiquement incapable de parler ou de bouger, mais j’avais au moins la connaissance que tout ceci n’était pas vrai.

Le pire fut les paralysies du sommeil que cela a engendré. Allongés sur mon lit, les cinq hommes autour de ce dernier me fixaient, la lame de leurs couteaux ensanglantés. J’avais l’impression de me noyer dans mon sang, comme si, même sorti du cauchemar, celui-ci continuait dans la réalité. Je baissais les yeux sur mon corps et voyais les perforations dans mon abdomen et mes seins. Et puis, je parvenais enfin à hurler et ils s’envolaient, les blessures fatales également.

Ma mère débarquait dans ma chambre en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire, comme si elle attendait derrière la porte. C’était certainement le cas. Elle restait avec moi jusqu’à ce que je m’endorme. Le plus étrange, c’est que les mauvais rêves ont cessé le lendemain de sa mort, au terme d’un long combat contre la maladie. Je n’ai plus jamais cauchemardé, du moins, pas à ma connaissance. Peut-être que mon cerveau a compris qu’il n’avait pas besoin de m’inventer des démons, je vis avec le diable lui-même.

Un frétillement dans les broussailles juste derrière moi me fait sursauter violemment. Je me retourne d’un bond, les battements de mon cœur sont désormais chaotiques. Je ne vois personne, pourtant, j’ai la sale impression d’être suivie.

— Il y a quelqu’un ? demandé-je d’une voix plus rauque qu’à son habitude.

Pas de réponse.

Je déglutis difficilement tout en me convainquant qu’il s’agit sans aucun doute d’un autre participant qui tente de me faire flipper avant le début de l’épreuve. Je scrute une dernière fois l’obscurité avant de me retourner pour reprendre ma route.

À peine ai-je fait quelques pas qu’un nouveau bruit de ronces qu’on écrase se fait entendre dans mon dos. Les poils de ma nuque se hérissent avec toujours cette horrible impression qu’on m’épie. Cette fois, je continue mon chemin. Lorsque j’ai laissé mon téléphone au type, il était vingt-trois heures quarante, le rendez-vous étant à minuit, je n’avais que vingt minutes pour parcourir le kilomètre qui me sépare de la mine abandonnée.

J’aurais bien voulu partir plus tôt, mais l’enfoiré devant les bois ne m’a pas autorisé à passer. Je suis toutefois certaine qu’il ne s’agissait pas d’un des frères Ross. Même sans voir son visage, sa carrure n’était pas comparable à celle des triplés et sa voix était beaucoup plus douce bien qu’il essayait de jouer les durs. Si j’avais su, je lui aurais collé mon poing dans la figure pour prendre de l’avance.