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Un florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'imaginaire de Corée
Un jour, le coq et le chien se réunirent pour une conversation. Pour parler de quoi ? Voici leur dialogue :
- Oncle Chien, pourquoi êtes-vous né ?
- Je suis né pour vous prévenir des voleurs. Si votre mission est de m'avertir des voleurs, pourquoi n'aboyez-vous pas ?
- Eh bien, mon maître est un voleur. Comment pourrais je aboyer ? Alors, toi Coq, pour quelle mission es-tu né ?
- Je suis né pour annoncer l'heure.
- Dans ce cas, pourquoi ne cries-tu pas ?
- Comme vous le savez, aujourd'hui, tout le monde a une montre. Donc, on n'a pas besoin de mon service, et j'en suis très triste. J'ai envie de pleurer tout le temps. C'est la raison pour laquelle je pousse des cris n'importe quand, même au début de la soirée.
À PROPOS DE LA COLLECTION
« Aux origines du monde » (à partir de 12 ans) permet de découvrir des contes et légendes variés qui permettent de comprendre comment chaque culture explique la création du monde et les phénomènes les plus quotidiens. L’objectif de cette collection est de faire découvrir au plus grand nombre des contes traditionnels du monde entier, inédits ou peu connus en France. Et par le biais du conte, s’amuser, frissonner, s’évader… mais aussi apprendre, approcher de nouvelles cultures, s’émerveiller de la sagesse (ou de la malice !) populaire.
DANS LA MÊME COLLECTION
•
Contes et légendes de France
•
Contes et légendes de la Chine
•
Contes et légendes du Burkina-Faso
•
Contes et légendes d'Allemagne, de Suisse et d'Autriche
•
Contes et récits des Mayas
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Seitenzahl: 124
Veröffentlichungsjahr: 2015
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La plupart des contes étiologiques traduits ici sont extraits de l’anthologie en dix volumes de Park Yung-joon, Hanguk ei cheon seol, Séoul, 1924. Quelques contes merveilleux ou fantastiques, ajoutés à ce recueil, proviennent d’Im Bang (écrivain né en 1640, donc à peu près contemporain de Charles Perrault). Quelques contes, encore, sont empruntés au recueil de Zong In-sob (Folktales from Korea, New-York, Greenwood, 1939), Frances Carpenter (Tokyo, 1933), et Chang Duk-Soon (Séoul, 1910). Coyaud & Li ont publié quatre volumes chez P.A.F. dans lesquels ont été puisés pour la plupart les contes retraduits ici : Contes populaires de Corée (1978), Aubergines magiques (1980), Érables rougis (1982), Contes et légendes de Corée (1990). Les traductions précédentes étaient fort proches du texte original, et la fidélité recherchée nuisait à la fluidité de la version française. D’où la nécessité de refaire ces traductions.
Nous avons adopté le système de transcription de la langue coréenne, prôné par le ministère sud-scoréen de la Culture et du Tourisme en juiillet 2000. Les onomatopées, ou les impressifs, très nombreuses en coréen, étant intraduisibles, sont conservées telles quelles dans la transcription.
Jadis vivaient une femme et ses enfants dans un village du district de Damyang. Un jour, la mère alla chez un riche homme du village voisin louer ses bras à un atelier d’égrenage. Elle avait emporté pour la route quelques gâteaux de riz. Au sommet d’une colline, elle tomba nez à nez sur un grand tigre. Il lui dit :
– Ma bonne dame, donnez-moi un gâteau, et je ne vous croquerai pas.
La menace fit son effet. La femme donna un gâteau au tigre, qui se retira.
– Ouf ! je suis sauvée ! murmura la femme.
Elle poursuivit sa route. Elle parvint à une autre colline. Le même tigre lui barra le chemin, et proféra ces mots :
– Ma bonne dame, donnez-moi un gâteau, et je ne vous croquerai pas.
Elle lui en donna encore un. Le tigre lui demanda un gâteau chaque fois qu’elle grimpait sur un nouveau tertre. Voilà que tous ses gâteaux furent engloutis par le monstre. Nouvelle colline. Et de nouveau le tigre qui feula :
– Ma bonne dame, si vous me donnez votre jupe (chima), je ne vous croquerai pas.
Elle lui donna sa jupe. Ayant saisi la jupe, le tigre s’éloigna un moment. Pensant qu’elle était sauvée, la femme pressa le pas. Elle parvint à une autre colline. Voilà encore ce tigre qui lui barra la route. Il ouvrit grand la gueule, rauqua :
– Grand-mère ! si vous me donnez votre veste (jeagori) je ne vous mangerai pas.
Elle lui donna sa veste. Plusieurs fois encore, la même scène se reproduisit. La femme dut lui donner son caraco, son gilet, son slip. La voici toute nue. Elle se mit une feuille tombée entre les cuisses et détala vers sa demeure :
– Les enfants attendent mon retour !
Inquiète pour sa progéniture, elle se hâtait. Le même tigre lui barra encore une fois la route, feulant :
– Ma bonne dame, si vous me donnez votre bras, je ne vous dévorerai pas.
Rien à faire, elle lui offrit son bras gauche, ajoutant :
– Chez moi, les enfants m’attendent avec impatience. Aie pitié d’eux ! Ne me poursuis plus de tes assiduités !
Le tigre s’éloigna un moment, mais réapparut, exigeant derechef le bras droit, une jambe, et finit par dévorer entièrement la brave dame. Il enfila alors les vêtements de la dame, alla chez elle, où les enfants l’attendaient. La maison était fermée de l’intérieur. Le tigre rauqua :
– Enfants ! voici votre maman ! Ouvrez !
Les enfants, qui attendaient avec impatience, voulaient ouvrir la porte, mais remarquèrent que la voix n’était pas celle de leur maman. Alors :
– Maman ! montre-nous donc ta main !
Ils tâtèrent la patte du tigre, toute rêche. Ils dirent :
– Maman ! pourquoi ta main est-elle si rêche ?
– C’est que j’ai travaillé la terre toute la sainte journée.
– Mais pourquoi, maman ! ta voix est-elle si rauque ?
– C’est parce que je suis venue à travers le vent froid.
Le tigre entra alors dans la chambre, embrassa le bébé, prétextant qu’il devait l’allaiter. Et il dit aux mioches :
– Attendez-moi un instant ! Je vais griller le gâteau de riz !
Il alla dans la cuisine avec le bébé, ferma la porte de l’extérieur pour que les mioches ne puissent pas sortir. Il se mit à dévorer le bébé seul dans la cuisine. De la chambre, les enfants entendaient le tigre croquer les os du bébé. Ils demandèrent :
– Maman ! que manges-tu ?
– Je croque des pois croustillants, que m’a donnés en aumône un richard.
Les enfants comprirent que ce n’étaient pas des pois grillés, mais les os de leur benjamin, que croquait le tigre. Ils se dirent :
– Ik ! c’est grave ! Au lieu de maman, c’est le tigre ! Il faut nous enfuir de suite !
Ils essayèrent de sortir, mais la porte avait été fermée de l’extérieur par le tigre. Les enfants trouvèrent alors une solution ingénieuse et dirent :
– Maman ! nous avons envie de faire caca !
– Si vous avez envie de faire caca, faites dans la chambre !
– Mais cela produirait une mauvaise odeur !
– Faites donc sur le coin toilette !
– Là aussi, ça va puer !
– Dans ce cas, faites dans la cour !
– Mais on risquerait de marcher dessus !
– Vous m’agacez ! Allez donc faire au cabinet !
– Oui, mais ouvre-nous donc la porte !
Le tigre leur ouvrit enfin. Ayant fait semblant d’aller au cabinet, les enfants grimpèrent sur l’arbre qui jouxtait le puits. Au bout d’un long moment, le tigre alla voir au cabinet. Pas d’enfants !
– Ah ! ces saligauds se sont enfuis ! Ah ! sacrés moutards ! vous n’irez pas loin !
Marmonnant ainsi, le tigre fouilla dans la demeure, sans les trouver. Il alla au puits, se pencha :
– Sortez ! ne restez pas là ! dit-il, ayant pris le reflet des enfants pour les vrais, l’ombre pour la proie.
Les enfants ne faisaient pas mine de sortir du puits. Le tigre essaya d’y pénétrer. Mais il renonça. Le puits était trop profond.
– Enfants, sortez vite ! Je vous régalerai d’un délicieux gâteau que le seigneur m’a donné.
Il flatta les mioches d’une voix douce. Malgré toute sa séduction, il ne parvint pas à attirer les enfants hors du puits. Il se mit en colère :
– Comment faire ? Je ne peux pas y pénétrer, dans ce maudit puits ! Bien ! Je les pêcherai avec une louche ou un grand seau de bois.
Il fit le geste de pêcher, en tournant sans cesse autour du puits. Les enfants, sur l’arbre, avaient du mal à s’empêcher de pouffer de rire. Finalement, la sœur, étouffant, pouffa bruyamment. Le tigre leva la gueule, vit les mômes :
– Enfants ! descendez vite !
– Heung ! si nous descendons, tu nous mangeras.
Les mioches n’avaient nulle intention de descendre. Le tigre essaya de grimper. Il avait beau faire. L’arbre était trop glissant pour lui.
– Enfants ! comment êtes-vous montés là-haut ?
– Nous avons reçu de l’huile de sésame du voisin. Nous en avons oint l’arbre pour mieux y grimper.
Le tigre fit ce que les enfants lui ont indiqué. L’arbre devint encore plus glissant. Le tigre :
– Enfants ! dites la vérité ! Comment êtes-vous montés là-haut ?
– Nous avons obtenu de l’huile de perilla empruntée chez notre voisin de derrière. Nous en avons oint nos pieds et nos mains ! répondit le frère.
Le tigre alla chez le voisin chercher l’huile de perilla, en oignit ses pattes, essaya de grimper. L’arbre devint encore plus glissant. Il répéta :
– Enfants ! dites la vérité ! Comment êtes-vous montés là-haut ?
À la supplique du tigre, la sœur, innocente et candide, dit :
– Va emprunter les crampons chez le voisin de devant, et la hache chez le voisin de derrière. Fais des entailles avec la hache, et tu pourras grimper.
Le tigre alla chez les voisins, revint avec crampons et hache, entailla le tronc, grimpa. Les enfants grimpèrent plus haut. Le tigre les suivit. Les mioches prièrent :
– Seigneur dieu ! nous allons être dévorés par le tigre ! Si vous voulez nous sauver, descendez-nous une corde à nœuds neuve. Si vous voulez notre mort, descendez-nous une corde pourrie !
Ému par la prière des gosses, le dieu leur descendit une corde neuve, grâce à laquelle ils montèrent au ciel. Une fois arrivé au sommet de l’arbre, le tigre ne renonça pas à les suivre jusqu’au ciel, afin de s’en repaître.
Il imita les gosses, répétant leurs paroles. Cette fois, une corde tomba du ciel. Pourrie ! Le tigre la saisit, grimpa. La corde cassa. Le tigre tomba à terre. À l’endroit de sa chute poussaient des grandes tiges de millet, coupées pointues après la moisson. Elles percèrent les fesses du tigre, qui mourut. Désormais, la tige du grand millet porte des taches rouges, dues au sang du tigre. Quant aux enfants montés au ciel, le dieu leur ordonna ceci :
– Ici, on ne mange pas sans travailler. Toi le frère, tu seras soleil ; et toi, la sœur, tu seras la lune. Vous éclairerez le monde.
Quelques jours plus tard, la sœur demanda à son frère :
– J’ai peur la nuit. Si nous changions de fonctions !
Le frère accepta. Depuis lors, le frère est devenu lune, la sœur soleil. Elle est pudique, craint les regards des hommes, qui travaillent durant la journée. Pour cela, elle brille avec un éclat éblouissant, afin que les hommes ne puissent pas la voir. C’est pour cela que nous ne pouvons pas regarder le soleil en face.
Jadis, dans le village de Cinhai, province du Gyeongsang du sud, se trouvait un grand arbre, gyomok. Une fée céleste descendait passer le temps à l’ombre de cet arbre. Un jour, le dieu de l’arbre, Moksin, épris de cette fée, s’unit à elle. Dix mois plus tard, la fée enfanta l’enfant de Moksin, que l’on nomma Mokdoryeong. Quand cet enfant atteignit l’âge de huit ans, sa mère fée dut retourner au ciel. Mais ce jour-là, la pluie se mit à tomber à seaux. Le déluge dura plusieurs mois. La mer envahit tout. Le très grand arbre fut abattu par une rafale. Au moment de choir, cet arbre cria au prince Mokdoryeong :
– Monte vite sur mon dos !
Mokdoryeong, à califourchon sur l’arbre, se laissa dériver. Un moment après, il entendit venant de derrière, une voix crier au secours. Il se retourna, vit une armée de fourmis se lamentant. Mokdoryeong demanda à l’arbre :
– Que faire pour ces pauvres animalcules ?
– Sauve-les !
Moktolyeong cria donc aux fourmis de grimper sur le tronc, les branches et les feuilles. Les voilà sauvées. Mais voilà que des cris se font entendre derechef :
– S.O.S. !
Des nuées de moustiques poussaient des cris désespérés.
Mokdoryeong demanda à l’arbre :
– Que faire pour ces pauvres animalcules ?
– Sauve-les !
Avec l’autorisation de l’arbre, Mokdoryeong crie aux moustiques de monter. Et les voilà sauvés. Ainsi, l’arbre généreux flotta sur les étendues d’eau, avec à son bord une foule de fourmis et de moustiques. Peu après, on entendit une voix humaine qui implorait :
– Au secours !
Mokdoryeong se retourna. C’était un garçon de son âge, à moitié noyé.
Mokdoryeong dit à l’arbre :
– Bien entendu, il faut le sauver, n’est-ce pas ?
À la surprise de Mokdoryeong, l’arbre s’y opposa :
– Non non ! ne le sauve pas !
Mokdoryeong se demanda pourquoi cet arbre, qui avait bien voulu sauver de misérables bestioles refusait de sauver un être humain. Incompréhensible ! Mais le chef de l’expédition, c’était l’arbre. Pas moyen de lui désobéir. L’arbre continua de dériver, victime d’un courant fort violent. Les cris se répétèrent :
– S.O.S. ! au secours !
Au troisième appel, Mokdoryeong ne put plus résister, s’adressa à l’arbre :
– Je t’en supplie, sauve la vie de ce garçon !
Devant son insistance, l’arbre autorisa enfin Mokdoryeong à le laisser monter sur son dos, mais ajouta :
– Devant tes supplications, j’ai sauvé ce gars. Mais tu le regretteras plus tard.
Quelques jours après, l’arbre échoua enfin sur un îlot. C’était en réalité le sommet de la montagne la plus haute du monde (une sorte de mont Ararat coréen). Les cimes les plus hautes montraient à peine le bout du nez. Mokdoryeong et le garçon prirent pied sur le sommet de la montagne. La foule des fourmis et moustiques remercia chaleureusement Mokdoryeong et disparut. Mokdoryeong et le garçon ne sachant que faire, errèrent au hasard, perdus makmak dans les ténèbres entourant l’îlot. À quelque distance des échouages hideux au fond des golfes bruns, ils aperçurent une chaumière d’où provenait une lueur. Requinqués, les deux humains coururent à la chaumière, s’enquirent :
– Il y a quelqu’un ?
– Qui appelle ?
Une vieille femme sortit, leur fit bon accueil. Chez elle vivaient deux filles à peu près du même âge que les deux rescapés. L’une était la propre fille de la matrone, l’autre une fille adoptive. Le déluge ayant cessé, tout ce monde descendit au pied de la montagne. L’ensemble de l’humanité et des vivants avait péri. Il ne restait même pas un rat. La vieille employa désormais Mokdoryeong et le garçon comme domestiques. Ils atteignirent l’âge de dix-huit ans. La vieille voulut marier ces garçons. Il lui fallait donc choisir. Les deux mâles voulaient chacun épouser la propre fille de la vieille. Comment choisir ? Un jour, afin de calomnier son copain, et de l’éliminer du choix, le garçon sauvé des eaux dit à la vieille :
– Mokdoryeong a un talent inouï : il est capable, en un rien de temps, de reconstituer un sac de riz de un kama (soixante kilos) renversé sur du sable, sans y mêler un grain de sable. Mais il ne laisse jamais paraître ce talent, à moins qu’on soit très intime avec lui.
Ces paroles éveillèrent la curiosité de la vieille, qui dit :
– C’est merveilleux ! Bon ! Je vais le mettre à l’épreuve !
Elle convoqua Mokdoryeong, lui demanda de montrer son talent. Mokdoryeong était bien embêté. Il n’avait pas imaginé qu’on ait pu lui faire un coup pareil. Il protesta :
– Grand-mère ! je n’ai aucun talent pour cela.
La vieille se fâcha, croyant qu’il mentait :
– Si tu refuses l’épreuve, je ne te donnerai pas ma propre fille.
Stimulé par cette menace, Mokdoryeong jeta un kama de riz sur le sable. Mais que faire ? Il contempla désespérément les grains éparpillés. À ce moment précis, une fourmi apparut, venant de derrière, et lui piqua le talon. Elle dit :
– Prince ! d’où vient votre chagrin ?
