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Un florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'imaginaire de Thaïlande
Jadis, un pauvre hère travaillait les rizières pour un gros richard. Il labourait dur, ne se plaignait jamais, évitait les mauvaises actions. Quand il était libre, il fournissait une aide, il allait au temple afin d’obtenir des mérites. Un après-midi, en labourant, la charrue heurte une souche et reste coincée. Le laborieux laboureur tente en vain de l’extirper. Il détache les buffles, va chercher sa pioche. Sous la souche, il trouve une jarre. Il est ravi. Il en désirait une depuis belle lurette. Il creuse autour de la jarre avec diligence ; il extrait la jarre sans dégât, la lave, enlève la terre autour, l’emporte chez lui. À la fraîcheur du soir, il ne met pas d’eau dedans. Il place la jarre tout près de la porte. Personne n’y prend garde. Après dîner, il est là avec sa femme sur la terrasse. Les enfants courent et jouent. Son fils trouve une pièce de monnaie, joue avec, la laisse choir dans la jarre. Il reprend la pièce. Il y en avait deux. Il retire une pièce de la jarre. Il en reste toujours une dans la jarre. Il comprend que c’est une jarre magique, qui reproduit automatiquement ce qui y est mis. Le bruit s’en répand dans tout le village.
À PROPOS DE LA COLLECTION
« Aux origines du monde » (à partir de 12 ans) permet de découvrir des contes et légendes variés qui permettent de comprendre comment chaque culture explique la création du monde et les phénomènes les plus quotidiens. L’objectif de cette collection est de faire découvrir au plus grand nombre des contes traditionnels du monde entier, inédits ou peu connus en France. Et par le biais du conte, s’amuser, frissonner, s’évader… mais aussi apprendre, approcher de nouvelles cultures, s’émerveiller de la sagesse (ou de la malice !) populaire.
DANS LA MÊME COLLECTION
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Contes et légendes de France
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Contes et légendes du Burkina-Faso
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Contes et récits des Mayas
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Seitenzahl: 158
Veröffentlichungsjahr: 2015
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La Thaïlande compte soixante millions d’habitants, dont 20 % n’appartiennent pas à l’ethnie tai. Tai sans h renvoie au groupe linguistique. Thaï avec h, renvoie aux peuples de Thaïlande non minoritaires. Les peuples tai sont fort nombreux en Chine. Ils ont même une province entière à eux : l’ex-Kuangsi, devenu Région autonome zhuang.
Les peuples tai non minoritaires de Thaïlande sont répartis en quatre dialectes : siamois (40 % du total), tai du nord-est ou Isan : vingt millions ; tai du nord, dits Muang ou Yuang : six millions ; tai du sud, ou pak tai : cinq millions.
Les ethnies minoritaires sont fort diverses et nombreuses. Citons seulement les Khmers (1,5 %) ; Malais (3 %) ; Karen (0,6 % soit 285 000) ; Hmong-Yao (0,2 %) répartis en Hmong (100 000), Yao (20 000), Mien (36 000). Les Akhas (0,2 %, soit 40 000) ; les Lisu (25 000) ; les Lawa (10 000) ; les Sino-thai et Chinois (10 %).
Enfin les Lahu. C’est le folklore des Lahu qui nous a retenu le plus, après celui des Thaï proprement dits. Les Lahu sont 80 000 en Thaïlande du Nord montagneux. Ils vivent dans quatre autres pays : le Vietnam (78 000), le Myanmar (25 000), le Laos, et la Chine (470 000) où ils sont divisés selon leur accoutrement en Na (noirs), Xi (jaunes), Pu (blancs).
Les mythes lahu ont été recueillis dans ces cinq pays, mais la version la plus complète Mvuh hpa mi hpa en 317 strophes a été recueillie en Chine, traduite en chinois (Pékin, 1988), puis en anglais par Anthony Walker : Mvuh Hpa Mi Hpa, Creating Heaven, Creating Earth : An Epic Myth of the Lahu People in Yunnan (Chiang Mai, 1995).
La plupart des contes choisis et traduits du thaï ici sont extraits d’une série de six volumes : Nithaan chaawbaan khong Thaï.
Je remercie vivement M.Anatole Peltier, Mesdames Supaporn Apavacharut, Uraisi Varasarin, Patchari et Nattaya, qui, depuis 1970, m’ont aidé à choisir et à traduire ces contes.
Voici bien longtemps, il n’y avait ni ciel ni terre, ni vent ni pluie, ni soleil ni lune ni étoiles. Pas de différence entre jour et nuit. Du brouillard partout. C’était bien pénible. À cette époque, il n’y avait aucun être humain sur terre. Seul existait G’ui-sha. L’univers ressemblait à une toile d’araignée. Telle une araignée, G’ui-sha restait assis en son centre. Afin de créer le ciel et la terre, G’ui-sha installa des poutres et des solives. Ayant raclé la crasse de ses mains et de ses pieds, G’ui-sha fabriqua quatre grands poissons ; avec de l’or, de l’argent, du cuivre et du fer, G’ui-sha bâtit quatre énormes piliers. Il plaça ces piliers sur le dos des poissons. Il établit ainsi quatre poutres célestes et quatre poutres terrestres. Ayant raclé la crasse de ses mains et de ses pieds, G’ui-sha remplit les poutrelles de cette matière. Il installa un filet céleste. C’est comme cela qu’il créa le ciel. Il fabriqua la terre de cette façon, mais elle était instable.
Ayant raclé la crasse de ses mains et de ses pieds, G’ui-sha fabriqua 77 000 boules, qu’il inséra dans les mailles du filet terrestre. C’est ainsi qu’il créa la terre. Le ciel, manquant de squelette, était mou. Idem pour la terre. Ayant enlevé les os de ses mains, G’ui-sha forma les os célestes ; et ayant enlevé les os de ses pieds, G’ui-sha façonna les os terrestres. Maintenant, le ciel avait des os, la terre avait des os. Mais G’ui-sha ignorait quelle était l’épaisseur du ciel et de la terre. Avec la crasse de ses mains et de ses pieds, il façonna deux fourmiliers et leur demanda de lui trouver quelle était leur épaisseur. Les tapirs creusèrent l’un le ciel, l’autre la terre. Ils revinrent dire à G’ui-sha que ciel et terre avaient la même épaisseur. Mais néanmoins ils avaient une taille différente.
G’ui-sha avait deux assistants : un mâle, Ca Law, et une femelle, Na Law. G’ui-sha ordonna à Ca Law de créer le ciel et à Na Law de créer la terre. Ca Law était plaisant : au réveil, il se mettait à boire du thé. Na Law était diligente : elle travaillait jour et nuit. Une fois le ciel et la terre créés, il apparut qu’ils ne coïncidaient pas bien.
Le ciel était trop gros, la terre trop étroite. Le ciel semblait une grande poêle, la terre se contractant, s’était ridée. Les endroits saillants furent les montagnes, les creux devinrent rivières. Contractée, la terre tentait de reprendre sa forme et sa taille originelles. G’ui-sha plaça un rocher sur elle pour l’empêcher de se dilater. Le rocher voulut s’échapper. Il rencontra un oiseau bulbul (Hypsipetes mcclelandii). Celui-ci lui dit :
– Mes plumes sont devenues blanches, mais je refuse de fuir. Pourquoi veux-tu t’échapper ? N’es-tu pas bien ici ?
Alors le rocher, persuadé, resta sur place. Finalement ciel et terre purent s’adapter. Au centre de la terre, se trouvait Baidi : un lieu entouré de monts et de fleuves, avec neuf maisons. Alors, on avait bien un ciel, une terre, mais ni soleil, ni lune, ni étoiles. G’ui-sha plaça du feu dans le soleil, des lucioles dans la lune. Mais cela ne suffisait pas. G’ui-sha demanda au soleil :
– Pourquoi ne brilles-tu pas ?
– C’est parce que j’ai peur que les gens me fassent du mal.
Il interrogea la lune qui lui fit la même réponse. G’ui-sha fit installer des aiguilles dans le soleil et dans la lune.
Le tigre reprocha au soleil d’être trop brillant. Il mordit le soleil, d’où l’éclipse. La grenouille reprocha à la lune d’être trop froide ; elle voulut l’avaler. Une ombre apparut sur la lune : c’est parce que la grenouille l’avait mordue.
Soleil et lune s’amusaient ensemble, et ne voulaient pas se quitter nuit et jour. G’ui-sha envoya le tigre au ciel, ainsi que la grenouille. Le soleil fut effrayé par le tigre ; il roula vers l’est. La lune fut épouvantée par la grenouille, elle roula vers l’ouest. G’ui-sha se racla la crasse des mains et des pieds : il en façonna les étoiles. G’ui-sha se fit un coq et une poule avec sa crasse. Le coq chanta trois fois : une lueur apparut à l’est. Et c’est ainsi que le jour et la nuit se séparèrent. G’ui-sha dit à la lune : l’année aura douze mois.
G’ui-sha avait bien créé la terre, rouge, mais celle-ci ne portait rien. G’ui-sha utilisa la sueur de ses pieds et des ses mains ; il en fit deux canards, un mâle et une femelle, avec des griffes dorées.
Les deux canards persuadèrent G’ui-sha de faire une mare. Mais celle-ci n’apparaissait pas. Le paon arriva et dit à G’ui-sha de planter ses graines de bananes mais elles ne prenaient pas. G’ui-sha recommença à utiliser sa sueur pour en faire une racine de bananier dorée. Il prit du satin vert et en façonna un cœur de bananier. Des crabes pincèrent trois fois la racine de bananier, et finalement de l’eau jaillit.
G’ui-sha sua encore, et avec sa sueur, fabriqua deux grenouilles, qui gardèrent la mare. Elles la gardèrent sept jours et sept nuits. Alors, l’eau émanant du bananier inonda la mare. G’ui-sha façonna des plates aquatiques avec sa sueur. Suivant les lignes de sa main, G’ui-sha creusa 99 grandes rivières. G’ui-sha ouvrit le livre céleste. C’était déjà le cinquième mois. G’ui-sha planta un arbre unique. Dix jours après, rien ne sortait encore de l’arbre. G’ui-sha trouva la solution. Il recueillit la sueur de ses mains et de ses pieds. Avec la sueur de ses mains, il fit des racines d’or, avec la sueur de ses pieds, il fit des racines d’argent. Il planta des branches d’or, des branches d’argent. De jour en jour, l’arbre poussait. Les branches étaient encore vides, toutes nues. Na Law vint sous l’arbre, elle toucha son turban et toucha les branches : de nombreuses feuilles apparurent. L’arbre avait maintenant bien poussé, avec des branches, des feuilles, mais pas encore de fleurs ni de fruits. Na Law alla sous l’arbre, toucha ses boucles d’oreilles tout en caressant une ramure. Des fleurs rouges sortirent de la tige. Donc, fleurs et fruits étaient apparus. Il ne faisait ni chaud ni froid : les fruits ne pouvaient mûrir.
Ca Law et Na Law examinèrent leur propre corps. Ils virent douze articulations. Ils divisèrent l’année en douze mois : une saison froide de trois mois, une saison chaude de neuf mois. Les fruits mûrirent, mais n’avaient aucun goût ni parfum. L’alcool de G’ui-sha avait quatre parfums différents : aigre, doux, amer, épicé. G’ui-sha dit aux nuages de répandre à travers le ciel les goûts et les odeurs. Ceux-ci tombèrent en pluie. Quand la pluie tomba sur les fruits, ils devinrent doux et parfumés. Les fruits grossissaient de jour en jour, ravissant G’ui-sha. Celui-ci cueillit un fruit, le sécha, le coupa en morceaux, et sema les morceaux à travers le ciel.
G’ui-sha souffla, son souffla devint vent. Le vent transporta les morceaux de fruit dans le ciel. Un bout de fruit tomba sur la terre : il devint une pinède. Un autre tomba et prit racine : il devint le roi des arbres, Lagerstroemia macrocarpa. Un autre morceau donna naissance à une châtaigneraie. D’autres morceaux tombèrent, produisant diverses races de bambous jaunes et rouges. Les feuilles de l’arbre tombèrent, et donnèrent naissance aux armoises (Artemisia), aux herbes cogon (Imperata cylindrica), aux herbes à balais, aux genêts, etc.
Une feuille tomba sur le sol, donnant naissance au faisan blanc ; une autre tomba et produisit le paon ; une autre, en tombant, produisit la caille ; une autre donna naissance au gorge-bleue (Megalaima asiatica) ; une autre produisit la corneille, une autre l’aigle, une autre le poulet domestique, une autre enfin donna naissance aux canards.
Une branche en fourche tomba sur le sol et engendra les rats à ventre blanc, sorte de castor constructeur de digues. Une autre branche en fourche tomba sur le sol et engendra les rats volants. Une autre branche en fourche tomba sur le sol et engendra les taupes. Une autre branche en fourche tomba sur le sol et engendra les hiboux. Le créateur fit voler un copeau de l’arbre, qui devint ours sauvage. Un autre copeau devint cerf, Un autre copeau devint taureau sauvage, Un autre copeau devint éléphant. Un autre copeau devint tigre, Un autre copeau devint chat sauvage. Un autre copeau devint lapin. Un autre copeau devint bœuf. Un autre copeau devint léopard. Un autre copeau devint cheval.
Des fleurs s’effeuillèrent, donnant naissance aux guêpes. Des petites fleurs devinrent abeilles sauvages. Des fleurs de taille moyenne devinrent abeilles domestiques. Les articulations des arbres devinrent moineaux. La sciure de bois devint fourmis. La racine du gros arbre devint serpent. Les racines du petit arbre devinrent poissons. Désormais il y avait des plantes, des animaux, et G’ui-sha demanda à Na Law et Ca Law de veiller à ce que tout pousse bien. Ils allèrent en tournée d’inspection. Au bout de trois jours et trois nuits, ils revinrent dire :
– Tout va bien, sauf pour certaines sortes de bambous, qui se dessèchent.
G’ui-sha fit donc déménager ces bambous, les uns dans les plaines, les autres sur les montagnes.
Dès lors, ils prospérèrent correctement. G’ui-sha convoqua les vieux éléphants, les tigres, sangliers, buffles sauvages, cerfs, ours, chiens et singes. Ils se présentèrent. G’ui-sha les aspergea d’un bol d’eau, et ils se mirent tous à parler chacun son langage. Les chevaux hennirent, les pies jacassèrent. G’ui-sha ouvrit une fontaine d’alcool, ce qui mit en joie le cœur des bêtes. Le doux vin mielleux coulait comme une rivière. S’étant ainsi abreuvés, les bêtes se battirent. G’ui-sha répartit les bêtes par monts et par vaux. G’ui-sha construisit une cabane : des fougères servaient de piliers, des armoises servaient de poutres, des herbes à paillote firent une belle palissade. Un côté de la cabane s’ados sait à une falaise. G’ui-sha cassa un morceau de silex, et produisit des étincelles ; avec des herbes sèches, il fabriqua du feu. L’incendie dura sept jours et sept nuits. Les cendres formaient un grand tas. G’ui-sha avait chez lui toutes sortes de graines. Il planta une graine de melon dans le tas de cendres.
Sept cycles passèrent. G’ui-sha alla vers le tas de cendres laisser dégoutter sa sueur. La graine de cucurbite se mit à germer. Les tiges de cucurbite se répandirent par monts et par vaux. Les feuilles de cucurbite ressemblaient à des vans. Des fleurs blanches apparaissaient comme des points parmi les feuilles. Les fleurs, une fois fanées, donnèrent naissance aux fruits. La cucurbite était faite en argent. Sept mois plus tard, la cucurbite était devenue fort grosse. G’ui-sha était ravi. Mais personne ne vint la cueillir. Derrière la maison de G’ui-sha poussaient des milliers d’arbres fruitiers. Des singes se balançaient aux branches, des oiseaux aquatiques plongeaient. Le moineau du millet voltigeait en quête de nourriture. Le hibou dormait.
Sous les fruitiers approchèrent des animaux sauvages, taureau, sanglier, ours. La gourde trop mûre tomba. Des cerfs aboyeurs (Muntiacus muntiak) rappliquèrent pour saisir la provende. L’un eut son dos touché par un fruit qui tombait, son dos en conserve la courbure due au choc. Il bondit sur le taureau, lequel, effrayé, sauta sur le flanc d’un daim sambar (Cervus unicolor) et l’effraya. Le taureau sauta sur la gourde, creva son écorce. Quand G’ui-sha vint inspecter, il vit la cucurbite brisée, et juste les traces du taureau sauvage. G’ui-sha interrogea le cerf aboyeur :
– Qui donc a brisé la cucurbite ?
Le cerf répondit :
– C’est le taureau sauvage !
G’ui-sha questionna le taureau :
– Est-ce toi qui as brisé la cucurbite ?
Il répondit :
– Je broutais paisiblement de l’herbe, sur le coteau, quand le cerf m’a terrorisé. Je n’ai pas fait exprès de briser la gourde !
G’ui-sha dit au cerf aboyeur :
– Pourquoi as-tu foncé précipitamment ?
Le cerf répondit :
– C’est la faute du hibou, qui a fait tomber le fruit, qui m’a assommé !
G’ui-sha interrogea le hibou :
– Pourquoi as-tu fait tomber le fruit ?
Le hibou baissant la tête restait silencieux. G’ui-sha serra le poing, boxa le hibou, et donna trois coups de poing, qui lui aplatirent la face. G’ui-sha était triste et fatigué. Il sortit de sa cabane, regardant vers l’est, puis vers l’ouest, mais il ne pouvait pas repérer où était la gourde. Celle-ci avait roulé dans une bananeraie. Il la poursuivit là-dedans. G’ui-sha dit aux bananes :
– La gourde que j’avais plantée était mûre ; ce plant a été détruit par le taureau. N’avez-vous pas repéré une gourde roulant par ici ?
Une banane répondit :
– Ni vu ni connu !
G’ui-sha était furieux :
– Vilaine banane ! Sournoise ! Désormais, tu n’auras pas de nœuds !
C’est pourquoi de nos jours, les bananiers ne sont que des herbes, et non pas des arbres. La gourde roula dans une bambouseraie. G’ui-sha se précipita à sa recherche. Il dit au bambou :
– Ma gourde était mûre ; le taureau a détruit la plante rampante. As-tu vu une gourde rouler par ici ?
Le bambou répondit non. G’ui-sha était furieux :
– Malhonnête ! La gourde contient les graines qui permettront à l’espèce humaine de se multiplier ! Eh bien, les bambous seront fendus, et on s’en servira pour tresser toutes sortes d’objets !
La gourde roula dans un buisson d’herbes à paillote. G’ui-sha fouilla dedans et dit :
– Ma gourde était mûre ; le taureau a détruit la plante rampante. As-tu vu une gourde rouler par ici ?
L’herbe à paillote répondit non. G’ui-sha furieux lui dit :
– Malhonnête ! désormais, tu auras beau fleurir, tu ne porteras pas de fruit ! Et de plus, quand la race humaine apparaîtra, tu serviras pour couvrir les cabanes !
La gourde roula dans un bosquet d’armoises. G’ui-sha l’y rattrapa. Il interrogea l’armoise sauvage :
– As-tu vu une gourde rouler par ici ?
La racine de l’armoise répondit :
– Non !
Mais le haut de l’arbre répondit :
– Oui !
G’ui-sha lui dit :
– Ah, brave armoise ! Tu pourras fleurir et fructifier. Quand les hommes seront là, tu leur fourniras des pilons et des mortiers, afin qu’ils fabriquent des gâteaux de riz !
La gourde roula encore parmi d’autres sortes de bambous, et puis dans une oliveraie. G’ui-sha arriva auprès des oliviers et interrogea l’un d’entre eux :
– As-tu vu une gourde rouler par ici ?
La cime de 1’arbre répondit :
– Oui, je l’ai vue, mais je n’avais pas de main pour l’attraper !
G’ui-sha lui dit :
– Je t’autoriserai à fleurir et fructifier. Tu auras des feuilles d’or et d’argent !
La gourde roula dans une forêt d’arbres d’or. G’ui-sha posa la même question.
L’arbre d’or répondit :
– Oui ! mais je n’avais pas de main pour l’arrêter !
G’ui-sha répondit :
– Tu pourras porter des fruits mais pas de fleurs !
La gourde roula dans une châtaigneraie. G’ui-sha la poursuivit jusque-là. Il interrogea le châtaigne :
– As-tu vu une gourde rouler par ici ?
– Oui da ! mais sans mains, comment au-rais-je pu l’attraper ?
G’ui-sha lui dit :
– Tu pourras porter des fruits à ta cime !
Après encore maintes étapes sans résultat, G’ui-sha parvint dans une forêt d’arbres namu, où vivaient des essaims d’abeilles. Comme il posait sa sempiternelle question, les abeilles répondirent :
– Non,! pas vu !
G’ui-sha, mécontent, leur dit :
– Quand les humains naîtront, provenant des graines de la cucurbite, ils mangeront votre miel et recueilleront votre cire !
G’ui-sha interrogea l’abeille noire au miel aigre :
– As-tu vu une gourde rouler par ici ?
Cette abeille répondit :
– Oui da ! La gourde a roulé dans la mer.
Alors, G’ui-sha fut très content ; il dit :
– Abeille à miel aigre ! Tu es très honnête. Je te rendrai riche. Tu auras des fils noirs robustes. Ta famille va prospérer.
Alors, G’ui-sha regarda attentivement la mer. Il vit la gourde flotter. G’ui-sha créa deux chèvres, leur ordonna d’aller chercher la gourde. Mais les chèvres continuaient à brouter, et n’obéissaient pas à l’injonction divine. G’ui-sha se fâcha :
– Vous ne m’obéissez pas ! Eh bien, quand les humains naîtront, ils vous dévoreront.
G’ui-sha créa un aigle pour qu’il attrape en mer cette fameuse gourde.
L’aigle s’envola, mais ne put la saisir entre ses serres. G’ui-sha créa un couple de crabes, et lui ordonna de capturer la gourde. Les crabes entrèrent en mer, ouvrant bien grand leurs pinces de huit pieds. Ils réussirent à pincer la coloquinte au cou, et la rapportèrent sur le rivage. G’ui-sha put remporter sa gourde chez lui. Il plaça la gourde sur son aire de séchage, la laissa deux mois sous un soleil ardent.
Enfin, elle se dessécha entièrement et l’on entendit des voix humaines venant de l’intérieur. Elles disaient :
– Nous sommes prisonniers là-dedans, nous n’avons jamais vu la lumière du soleil. N’y aurait-il pas une âme compatissante pour nous sortir de là ? Quand notre riz sera mûr, nous lui permettrons d’y goûter.
