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Un florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'imaginaire du Vietnam
Jadis, un homme très riche voulait avoir une vie somptueuse, ainsi il fallait que tous les repas du jour fussent remplis de plats inconnus et délicieux. Un jour, il avait un invité qui était aussi un gourmet. En traversant la cour derrière sa demeure, le maître de maison montra à son invité un beau couple d'oies en disant qu'il allait lui offrir un bon plat de viande d'oie le jour de son départ. A cette époque, la race des oies était rare, et la viande d'oie était considérée comme un plat luxueux. Il n'y avait que les familles riches qui pouvaient en avoir. Ces deux oies comprenaient le langage humain, et en souffrirent énormément car la promesse de leur maître à son invité était une condamnation pour elles. Quand le coq commença à chanter, le jars embrassa son épouse et se mit à la porte du poulailler pour attendre le cuisinier. L'oie femelle devina ce geste de son mari et voulant l'empêcher de mourir avant elle, elle prit cette place ; tous les deux voulaient sacrifier leur vie l'un pour l'autre pour sauver le compagnon de cent ans.
À PROPOS DE LA COLLECTION
« Aux origines du monde » (à partir de 12 ans) permet de découvrir des contes et légendes variés qui permettent de comprendre comment chaque culture explique la création du monde et les phénomènes les plus quotidiens. L’objectif de cette collection est de faire découvrir au plus grand nombre des contes traditionnels du monde entier, inédits ou peu connus en France. Et par le biais du conte, s’amuser, frissonner, s’évader… mais aussi apprendre, approcher de nouvelles cultures, s’émerveiller de la sagesse (ou de la malice !) populaire.
DANS LA MÊME COLLECTION
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Contes et légendes de France
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Contes et légendes du Burkina-Faso
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Contes et récits des Mayas
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Seitenzahl: 173
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Je suis né à Hanoi en juin 1934, et j’y ai vécu jusqu’en mars 1946. Mes nourrices, Thi Hai et Thi Ba, ne m’ont pas seulement gorgé de leur lait délicieux, mais, plus tard, quand je pus entendre leur langue, elles m’ont raconté à longueur de temps les contes qu’elles avaient appris de leurs mère et mère-grand. Trois de ces contes, je m’en souviens toujours (« L’origine du margouillat, du buffle édenté, du poisson-chat ») et on les retrouvera dans le corps de ce recueil. Pas seulement ceux-là, mais encore « L’origine des rayures de seigneur tigre », « L’origine du derrière rouge des singes », etc. Je suis resté enfant, car je ne cesse de me les re-raconter. (M.C.)
Chaque année, quand le Têt approche, mon cœur se remplit d’émotion : je me remémore les doux souvenirs de mon enfance à Nouméa où j’ai été bercée par les merveilleux contes vietnamiens racontés par mes parents, mes grands frères et sœurs. Parmi mes préférés, « L’origine du banh chung » reste gravée dans ma mémoire. Et à cette fête traditionnelle, nous partagions ensemble ce savoureux banh chung en nous rappelant l’histoire du roi qui cherchait un successeur. La symbolique du carré (banh chung) et du rond (banh dây) est toujours présente dans l’imaginaire vietnamien : le soleil et la lune, la terre et le ciel, la mère et l’enfant, tout comme les valeurs de perfection, de fidélité et d’harmonie. J’aime aussi « L’histoire de la pastèque » où l’on voit comment la droiture du prince An Tiêm fut enfin reconnue par le roi Hung Vuong, son père adoptif. Après les avoir contés à ma fille et à mes étudiants, c’est par ce présent ouvrage que je souhaite vous faire découvrir, chers lecteurs, ces trésors de mon pays. (Lê Thi-Xuyên)
Jadis, quand ni le monde ni les êtres vivants n’existaient, ciel et terre se présentaient indistincts, mêlés, comme un vaste, sombre et froid chaos, dans lequel Dieu gisait. Son corps était démesuré, immense. Il lui suffisait de faire un pas pour se trouver dans une autre province.
Personne ne sait combien de temps Dieu vécut dans ce chaos. Un jour cependant, il se leva, appuyant sa tête contre le ciel, et se mit à creuser la terre. Il entassa des rocs, de façon à former une grande colonne, qui soutint le ciel. La colonne crut peu à peu, soulevant le ciel. Dès lors, ciel et terre furent séparés. Quand le ciel fut assez solidement installé là-haut, Dieu cassa la colonne. Pierres et mottes de terre furent répandues partout. Chaque motte devint montagne ou île ; la glèbe devint collines et plaines. Voilà pourquoi la surface terrestre est inégale. Là où Dieu avait enlevé de la terre naquirent les mers. On trouve des traces de la colonne primitive dans certaines régions du Vietnam.
On ignore si ce Dieu mourut ou vit encore. En tout cas, son descendant s’appelle l’Empereur de jade, Yu (Ngoc) Houang, qui règne sur tout le monde, gouvernant le ciel et la terre. Après que Dieu eut séparé ciel et terre, naquirent d’autres divinités.
Elles se répartirent les responsabilités : les unes sur terre, les autres dans le ciel. L’une créa des étoiles, l’autre des ruisseaux et des rivières ; une troisième réduisit en poudre des pierres, afin de produire gravier et sable ; une quatrième planta des arbres. C’est ainsi que le monde fut créé.
Quand terre et ciel se séparèrent, la surface de la terre était humide. Une brume impénétrable couvrait la terre. L’Empereur de jade ordonna à Soleil et à Lune de chauffer et d’assécher le sol. Soleil Tchoï et Lune Tchang étaient, dit-on, les filles du Souverain de jade. Tchoï se déplaçait en palanquin. Les porteurs étaient jeunes et vieux. Quand les vieux étaient occupés à porter, ils avaient tendance à se reposer souvent. Le palanquin avançait lentement, et les jours s’allongeaient. Quand c’était au tour des jeunes de porter le palanquin, cela avançait plus vite et les jours raccourcissaient.
Jadis, la lune chauffait très fort. La terre souffrait épouvantablement de la chaleur. Ce malheur parvint aux oreilles de l’Empereur de jade. Celui-ci ordonna à Lune de se couvrir le visage de cendre. Alors, elle chauffa moins et devint plus supportable.
Il y avait jadis une fontaine où venaient se baigner les fées, dans un lieu solitaire et ignoré. Un jour, un bûcheron égaré y surprit les fées. Elles avaient déposé leurs vêtements sur les arbres du rivage. Quand elles se furent baignées, elles sortirent de l’eau, reprirent leurs habits et s’envolèrent. Une seule resta en arrière. L’homme s’assura qu’ils étaient seuls, et se précipita sur les habits de la fée et les emporta. La fée le suivit en gémissant, le priant de lui rendre ses habits, pour qu’elle puisse retourner dans sa demeure. L’homme, qui voulait la garder pour en faire sa femme, resta sourd à ses plaintes. Elle fut forcée de le suivre. Arrivé à sa maison, l’homme cacha les habits de la fée au fond du grenier à riz.
La fée vécut quelques années avec l’homme, ils avaient déjà un enfant de trois ans. Un jour, le mari étant absent, sa mère vendit la provision de riz. La fée trouva ses habits sous les sacs de riz. Elle les revêtit, détachant seulement son peigne qu’elle fixa au col du vêtement de son fils. Elle lui fit ses adieux.
– Reste ici, ta mère est fée, ton père mortel : il ne nous est pas permis de vivre longtemps unis.
Elle pleura un peu sur le fiston et s’envola. Quand le mari revint à la maison, entendant chialer le marmot, il demanda à sa mère où était sa femme. La mère répondit qu’elle ne l’avait pas vue de la demi-journée. Le mari se douta de ce qui était arrivé : il courut au grenier à riz, vit que le riz avait disparu, les habits de la fée aussi. Sa mère lui dit qu’elle avait vendu tout le riz. Quand il vit le peigne fixé aux vêtements de son fils, il comprit que la fée l’avait quitté. À la suite de cette aventure, il demeura inconsolable.
Il prit son fils, se rendit avec lui à la fontaine. Il ne vit plus de fée descendre se baigner. Seulement des servantes étaient là, puisant de l’eau.
L’homme eut soif, leur demanda à boire, leur conta ses malheurs. Pendant qu’il leur faisait ce récit, le marmot laissa tomber son peigne dans une des jarres. Quand les servantes eurent versé l’eau, on trouva le peigne au fond de la jarre. Leur maîtresse, la fée, rappliqua et leur demanda d’où venait ce peigne. Les servantes ne surent que dire. Elle voulut savoir si elles avaient rencontré quelqu’un près de la fontaine. Elles répondirent qu’elles avaient vu un homme. Il leur avait demandé à boire, leur disant qu’il cherchait sa femme, en vain. La fée alors charma un mouchoir qu’elle remit aux servantes. Elle leur ordonna de retourner à la fontaine. Si l’homme y était encore, il fallait lui dire de mettre ce mouchoir en guise de turban, et de les suivre.
Les servantes obéirent et ramenèrent le mari de la fée. Les époux, se voyant réunis, furent transportés de joie. Au bout de quelque temps, le mari demanda à la fée comment elle avait eu le cœur de l’abandonner ainsi. La fée lui répondit :
– Les unions des mortels et des génies ne peuvent durer. C’est pourquoi j’ai dû vous abandonner. Mais vous sachant affligé, je vous ai fait venir ici pour vous consoler de votre chagrin. Maintenant il vous faut retourner sur terre.
Le mari gémit, ne voulant pas quitter la fée. Elle lui dit :
– Descendez le premier, dans quelque temps, je demanderai au bouddha la permission de retourner vivre avec vous. Aujourd’hui je n’oserais pas, car il y a trop peu de temps que je suis revenue au ciel.
Le mari consentit à s’en retourner. La fée ordonna à ses servantes de le faire asseoir avec son fils sur un tambour que l’on descendrait avec une corde. Elle leur donna du riz pour nourrir l’enfant, et dit au mari quand il serait arrivé à terre, de frapper deux coups sur le tambour, afin que les servantes coupent la corde. Ils se séparèrent en pleurant et les servantes laissèrent filer la corde.
Seulement, comme le tambour était encore à mi-hauteur, voici qu’il passa un vol de corbeaux qui virent le gamin manger les grains de riz. Ils se mirent à picorer le riz tombé sur le tambour. Le tambour résonna ; les servantes, qui crurent qu’ils étaient arrivés sur terre, coupèrent la corde. Le père et le fils furent précipités dans la mer où ils périrent. Les corbeaux, voyant cela, s’envolèrent avec des croassements.
Phât Bâ (une femme bouddha) les entendit, fit comparaître les fées, apprit qui était la responsable de la mort de cet homme. Pour la punir, elle la transforma en étoile du matin. Le père et l’enfant devinrent étoile du soir. Les servantes durent chaque année, le quinzième du septième mois, faire un sacrifice funéraire. Le même jour, les corbeaux forment un pont pour permettre aux époux de se revoir.
Une famille riche avait deux enfants, un garçon, une fille. Le garçon, mauvais sujet, vola de l’argent à ses parents, et le perdit au jeu. Comme ses parents le menaçaient, il s’enfuit. Plus tard, il revint, inconnu, au pays, épousa, sans le savoir, sa sœur. Ils eurent un bébé. Un jour qu’il chassait les poux sur le crâne de sa femme, il remarqua la trace d’un coup de couteau. Elle lui dit que dans son enfance, elle avait reçu un coup de couteau de son frère, pendant qu’elle mangeait de la canne à sucre. Le mari s’aperçut qu’il avait épousé sa sœur. Saisi d’horreur, il équipa un bateau sous le prétexte d’aller faire du commerce au loin, et ne réapparut plus jamais. Sa femme partit à sa recherche, en vain. Après leur mort, le mari devint l’étoile du matin, la femme l’étoile du soir. Leur enfant devint la constellation du Fléau, qui habite le milieu du ciel, et attend éternellement en vain l’étoile du matin et celle du soir.
Dans un village vivaient deux enfants, un garçon et sa sœur. Orphelins de père et mère, ils allaient dans la jungle chercher leur pitance. Ils aperçurent un rat des rizières (Rhizomys) et voulurent l’attraper. Le rat se réfugia dans un trou.
Les deux enfants extraient le rat de sa tanière avec leur coutelas. Le rat les implore de le relâcher, et il dit :
– Il va pleuvoir très fort, tout sera inondé. Toutes les bêtes vont crever et vous avec. Libérez-moi et je vous porterai secours.
Les enfants l’interrogèrent :
– Comment éviter la mort ?
Le rat leur donna ce conseil :
– Coupez un tronçon de bambou ; creusez-y une cavité. Vous y mettrez des provisions pour sept jours.
Le déluge survint. Les enfants s’installèrent dans le bambou nacelle. Comme la pluie voulait pénétrer dans l’embarcation close, les abeilles vinrent boucher les trous avec leur cire. Les deux enfants agirent selon les conseils du rat. L’eau ne suintait plus. Ils comprirent que la terre s’était asséchée et sortirent de la barque. Cette barque était comme un tambour échoué au sommet d’un nhot (éléagnus, olivier de Bohème). Les gens étaient isolés, les bêtes toutes mortes. Les deux enfants étaient fort tristes.
Ils se séparèrent pour trouver un conjoint. Ils se retrouvèrent, se reséparèrent. Finalement, le frère passa à sa sœur le couvercle de la boîte de bétel. Il garda la boîte pour qu’ils puissent se retrouver, en signe de reconnaissance. Chacun repartit de son côté. S’étant enfin retrouvés de nouveau, la sœur passa à son frère le couvercle de la boîte de bétel. Ils se reconnurent.
L’oiseau ngoc leur conseilla de s’épouser, afin que l’humanité puisse se perpétuer. Au début, la sœur renâcla. Finalement elle accepta. Elle se trouva enceinte. La grossesse dura sept ans, sept mois, et sept jours. Elle mit au monde une calebasse. La femme la rangea précieusement sur le râtelier séchoir à viande (au-dessus de la cuisine).
Chaque fois qu’il revenait de la rizière, le mari entendait des conversations et des rires dans la maison. Il grimpa enfin au râtelier, appliqua son oreille à la calebasse. Il ouit nettement les bruits de voix et rires. Il récupéra la calebasse, avec l’intention de l’ouvrir avec son couteau. La mère était inquiète. Elle conseilla à son mari d’y porter juste la pointe du couteau, après l’avoir passée au feu.
Les Khamu sortirent les premiers, plutôt noirâtres, avec des taches de cendre sur le corps. Le mari agrandit le trou. Alors, les Thay, les Tay, et les Luu sortirent. Il cassa la calebasse. Enfin, les Kinh et les Lao sortirent.
Les Kinh, Vietnamiens au sens strict, sortis les derniers, ont la peau claire.
Jadis, sur le territoire de Lac Viêt vivait un homme très robuste, nommé Lôc Tuc, au pseudonyme de Kinh Duong. Sa mère était une Immortelle, qui lui transmit ses pouvoirs magiques. Il épousa une fille et à eux deux, ils engendrèrent un garçon qu’ils nommèrent Sung Lam. Celui-ci grandit en force. Il était capable de soulever un bloc de pierre que deux hommes auraient eu peine à tenir. Le roi Kinh Duong lui transmit ses tours de magie. Un jour, il ouit dire que les gens se lamentaient, se plaignant d’un animal aquatique monstrueux. Sung Lam décida de tuer le monstre. Il visita toute la région de Lac Viêt, remplaça son père à la tête du royaume. Il prit le nom de famille de sa mère : Lac Long Quân.
Le monstre mesurait cent cinquante mètres. Sa gueule pouvait engloutir dix personnes d’un seul coup. Sa queue était aussi large qu’une voile de jonque. Quand il nageait, les vagues tourbillonnaient. Toutes les barques alentour coulaient. Les pêcheurs l’appelaient « poisson monstre ». Personne n’osait plus sortir en mer.
Lac Long Quân construisit une grande barque, forgea une masse de fer aux dents acérées, un trident chauffé au rouge, et partit châtier le monstre.
Il rama jusqu’au repaire du monstre. Il savait que chaque fois qu’il voyait remuer et bruire la surface des ondes, cela signifiait que le grand monstre frétillait de la queue. Le monstre émergea, ouvrant une énorme gueule, attendant que des cadavres flottants passent auprès de lui. Il pouvait ainsi les engloutir.
Sans se laisser impressionner, Lac Long Quân restait assis fermement dans sa barque. Il se dirigea droit vers le monstre, enfonça son trident de fer dans la gueule béante, tira son épée, transperça le monstre, le tua, le trancha en trois tronçons. La tête du monstre devint chien de mer. Il la jeta sous la montagne, le mont Cau Dau « tête de chien ». Son corps coula le long du pont Man Câu, devenant le fleuve Câu Dâu Thuy. La queue devint l’île Bach Long.
En ayant terminé avec le monstre, Lac Long Quân se rendit sur le territoire de Long Bien. Il vit là une population clairsemée et terrorisée. Dans ce district, au pied de la montagne, au bord du fleuve, se trouvait une tanière très profonde. Un renard à neuf queues résidait là. À l’âge de cinq ans, il aimait se transformer en jeune homme, se mêlait aux gens du hameau, et emmenait les jeunes filles et femmes dans sa tanière pour les violer.
Près du mont Tan Vien, le peuple aussi subissait un sort misérable. Les gens abandonnaient leur demeure, allaient vivre ailleurs. Il y avait là un arbre au feuillage luxuriant, en forme de parasol, qui avait trois mille mètres de large. Une tempête abattit cet arbre merveilleux, qui finit par pourrir sur le sol. Il se transforma en un monstre végétal fort cruel. Il arrêtait les passants pour les dévorer.
Lac Long Quân traversa des forêts durant plusieurs jours. Il finit par trouver ce monstre extraordinaire. Il l’attaqua. Le combat dura cent jours et cent nuits. Ce fut un combat de géants : ébranlant le sol, déracinant les arbres. Lac Long quan ne parvenait pas à le vaincre. Il se vit obligé d’aller chercher son père, implorant son aide. Il se changea en un arbre haut de quatre cents mètres, afin d’encercler le monstre végétal. Il put l’abattre avec sa lance. Le monstre grièvement blessé, s’enfuit au sud du Lac Viêt. Il devint le singe aux gestes violents Xuong Cuong.
Après avoir vaincu les trois monstres, des trois régions de Lac Viêt, Lac Long quan voyait que la population était toujours dans la misère. Les gens devaient se vêtir d’écorce, trouver des herbes pour faire leur literie et se protéger du froid. Ils mangeaient des herbes chiendent pour apaiser leur faim. Ils arrachaient des racines de gingembre comme épices et prenaient des tortues de montagne baba pour se faire une sauce fermentée.
Lac Long Quân enseigna au peuple comment cultiver du riz nep (gluant), comment couper des portions de bambou en guise de casserole pour y cuire du riz ; comment abattre des arbres pour bâtir des demeures sur pilotis, afin d’écarter tigres, loups, léopards la nuit.
Lac Long Quân leur apprit à former des couples et vivre en famille. Un jour, il voulut rendre visite à sa mère dans le palais marin qu’elle habitait. Avant de partir, il dit au peuple :
– S’il vous arrive malheur, n’hésitez pas à me prévenir ! Je viendrai aussitôt à votre secours !
Or, ayant appris que le peuple Lac Viêt n’avait plus de souverain, De Lai donna à ses troupes l’ordre d’envahir ce beau pays. Il ramena avec lui une fille chérie, la belle Au Co, et d’autres suivantes. De Lai s’installa dans le Lac Viêt, y fit construire des tours. Il comptait y habiter pour de bon. À force de servir péniblement De Lai, la population rouspéta. Ils s’adressèrent à Lac Long Quân en ces termes :
– Ô père ! Pourquoi ne rentres-tu pas afin de nous sauver ?
En un clin d’œil, Lac Long Quân apparut. Il avait entendu leurs récriminations. Il se transforma en un beau jeune homme. Il marcha en chantant vers le campement de De Lai. Il y aperçut Au Co la belle. Voyant cet homme courageux, Au Co en tomba follement amoureuse. Lac Long Quân emmena Au Co dans son palais en haute montagne.
Comme il rentrait dans son campement, De Lai vit que sa fille avait disparu. Il donna l’ordre à ses troupes de se mettre en quête de cette Au Co et d’aller la chercher dans toutes les grottes. Lac Long Quân, d’un tour de magie, convoqua des milliers de fauves. Les troupes de De Lai s’enfuirent terrorisées.
Au bout d’un certain temps, Au Co tomba enceinte. Lors de l’accouchement, elle mit au monde un sac assez volumineux. Une fois ouvert, le sac laissa rouler sur le sol cent œufs. Chacun de ces œufs donna naissance à un beau garçon.
La nostalgie du palais marin de sa maman entraîna Lac Long Quân à vouloir rentrer chez elle. Au Co voulait bien suivre son mari, mais à cause des enfants, elle resta en montagne. Ses descendants décrivirent en vers ses sentiments :
Tu rentres au palais marin
Mais moi, je dois suivre les nuages de montagne.
Si je laissais mes enfants, qui les nourrirait ?
Au Co marcha vers le sud. Elle appelait à haute voix :
– Mon amour ! Pourquoi ne reviens-tu pas ? Moi et nos enfants, nous souffrons trop !
Alors, Lac Long Quân revint aussitôt. Elle se plaignit :
– Pourquoi n’élèves-tu pas nos enfants avec moi ?
– Mais c’est que je suis de la race des dragons ! Je dois vivre en mer ! Toi, membre de la race des fées, tu dois vivre en montagne. Bon ! trouvons un compromis : je vais emmener cinquante enfants dans ma région maritime. Toi, gardes-en cinquante pour qu’ils gouvernent les régions montagneuses.
Au Co emmena cinquante enfants dans le district de Phong Châu (située actuellement entre Hanoi et Tuyen Quang). Elle nomma son fils aîné roi avec pour pseudonyme Hung Vuong. Ce pays est nommé Van Lang.
C’est en vertu de cette légende que les Vietnamiens se considèrent comme descendants du dragon et de la fée.
Jadis une pagode dédiée au bouddha mâle voisinait avec une autre, dédiée au bouddha femelle. Quand les hommes avaient quelque chose à demander, ils s’adressaient à la première ; les femmes portaient leurs vœux à la seconde. Les hommes qui voulaient avoir trois touffes de barbe longue, droite et élégamment disposée allaient prier les dieux. Leurs vœux étaient exaucés.
Voilà l’origine des hommes ayant la barbe plantée de cette manière. Quant à ceux qui ont une barbe éparse, voici l’occasion qui leur donna naissance.
