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Un florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'imaginaire du Japon
Ce florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'univers poétique de l'Empire du Soleil Levant. Les uns nous traitent de sujets fondamentaux telles que l'origine du Japon et de ses dieux, des temples et des fêtes, tandis que d'autres s'intéressent aux questions plus futiles : pourquoi la langouste est pliée en deux, la méduse est molle et la tortue a des marques. A la fin du livre, dans la postface, l'auteur cherche à répondre à la question que se poseront nombre de lecteurs : quelle est la spécificité du conte japonais. La presse a salué les trois premières éditions vite épuisée en quelques mois : " Un petit bijou ", " Un beau livre ", " Une introduction colorée à la culture populaire japonaise ".
EXTRAIT
Mortier soufflant du sel
Jadis, quelque part, vivaient deux frères. L’aîné se fait devancer par son cadet pour le mariage. Le cadet, plus malin, est le premier à prendre femme. Le couple loge dans une cabane proche de la maison principale. L’hiver vient. Le couple a du mal à trouver à manger. C’est la fin de l’année. Le coffre à riz est au niveau le plus bas. Le cadet va demander du riz au noble aîné, qui refuse en disant :
– Vas-en demander à ta femme, et chasse le cadet.
Celui-ci s’en va en montagne, tout triste, shioshio. Il parvient à un col, rencontre un vieillard à barbe blanche, occupé à ramasser du bois mort :
– Toi, où diriges-tu tes pas ?
– Ce soir, c’est la fin de l’an. Je n’ai même pas de riz à offrir à Toshigami (le dieu de la fin de l’an). J’erre par ici, à bout de ressources.
– C’est ennuyeux. Tiens, prends ça !
Le vieux lui donne un manjû, pâté de blé, et ajoute :
– Va dans le sanctuaire du dieu de la forêt que tu vois là, derrière le temple. Il y a là un trou avec des nains. Ils auront très envie de ton pâté. Donne-le-leur. Échange-le, non pas contre de l’or, mais contre un mortier à roue (hiki usu) que l’on entraîne avec une cordelette.
À PROPOS DE LA COLLECTION
« Aux origines du monde » (à partir de 12 ans) permet de découvrir des contes et légendes variés qui permettent de comprendre comment chaque culture explique la création du monde et les phénomènes les plus quotidiens. L’objectif de cette collection est de faire découvrir au plus grand nombre des contes traditionnels du monde entier, inédits ou peu connus en France. Et par le biais du conte, s’amuser, frissonner, s’évader… mais aussi apprendre, approcher de nouvelles cultures, s’émerveiller de la sagesse (ou de la malice !) populaire.
DANS LA MÊME COLLECTION
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Contes et légendes de France
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Contes et récits des Mayas
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Seitenzahl: 239
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Contes. En japonais, « conte » se dit mukashi-banashi « récits » (banashi) de « jadis » (mukashi). Mais il existe un autre mot, minwa « paroles du peuple », qui peut se traduire par « conte ». Ce concept de minwa englobe en fait « contes et légendes ». Par ailleurs, il existe un mot spécifique pour « légendes » : den-setsu « paroles transmises ». Enfin, pour « conte », on a encore otogi-banashi, « un mot tombé en désuétude ».
Sources. Les sources de ce recueil sont principalement :
– Nihon no minwa, Tokyo, éditions Miraisha, 40 volumes publiés dans les années 1965 à 1972. Ce recueil forme déjà la source principale de mon anthologie intitulée 180 contes populaires du Japon, publiée en 1974, avec une préface d’Etiemble, chez Maisonneuve et Larose (épuisée), et reprise, sous une forme différente, aux éditions Pour l’Analyse du Folklore (P.A.F.) sous le titre Poésies et contes du Japon ;
– Nihon no minwa, Tokyo, Kadokawa, 1975, 12 vol. ;
– Nihon no mukashibanashi, Tokyo, Iwanami, 1952, 3 vol., nombreuses rééditions, dont celle de 1973 (sous la direction de Seki Keigo) ;
– Nihon no mukashibanashi, hyaku-sen, réunis par Inada Kôji, Tokyo, 1972 (62 contes traduits dans mon recueil Contes, devinettes et proverbes du Japon, P.A.F., 1984).
Les autres sources sont indiquées dans les notes.
Style de traduction. On traduira de façon variée et nonchalante, sans exclure parfois des termes vulgaires. Les contes ne sont pas nécessairement racontés dans la langue d’un Perrault japonais.
Transcription. La transcription utilisée est la plus courante, celle de Hepburn. Pour le lecteur français, il faut savoir que ch se lit à l’anglaise, et se prononce tch. Le r représente un r roulé à un seul battement, et s’entend souvent comme un l. Le e se prononce é. Le u représente assez souvent ce qu’on écrit ou en français.
La plupart des contes rassemblés ici indiquent l’origine de tel ou tel phénomène naturel, animal, végétal, ou de telle ou telle coutume. Le dernier chapitre est composé de contes parmi les plus couramment contés dans les diverses provinces du Japon.
Jadis, quelque part, vivaient deux frères. L’aîné se fait devancer par son cadet pour le mariage. Le cadet, plus malin, est le premier à prendre femme. Le couple loge dans une cabane proche de la maison principale. L’hiver vient. Le couple a du mal à trouver à manger. C’est la fin de l’année. Le coffre à riz est au niveau le plus bas. Le cadet va demander du riz au noble aîné, qui refuse en disant :
– Vas-en demander à ta femme, et chasse le cadet.
Celui-ci s’en va en montagne, tout triste, shioshio. Il parvient à un col, rencontre un vieillard à barbe blanche, occupé à ramasser du bois mort :
– Toi, où diriges-tu tes pas ?
– Ce soir, c’est la fin de l’an. Je n’ai même pas de riz à offrir à Toshigami (le dieu de la fin de l’an). J’erre par ici, à bout de ressources.
– C’est ennuyeux. Tiens, prends ça !
Le vieux lui donne un manjû, pâté de blé, et ajoute :
– Va dans le sanctuaire du dieu de la forêt que tu vois là, derrière le temple. Il y a là un trou avec des nains. Ils auront très envie de ton pâté. Donne-le-leur. Échange-le, non pas contre de l’or, mais contre un mortier à roue (hiki usu) que l’on entraîne avec une cordelette.
Le cadet remercie, va derrière le temple, selon les instructions du vieillard. Là, en effet, il trouve un trou, y pénètre. La grotte est pleine de nains qui s’agitent, gayagaya, avec animation, s’affairant avec des brins de paille. Ils s’extasient devant la taille et la force du cadet, découvrent le pâté :
– Tu as là une chose merveilleuse, donne-la-nous !
Ils placent de l’or devant le cadet, qui le refuse, et demande plutôt le mortier hiki usu, qui n’a pas son égal.
L’échange se fait. Le cadet sort du trou. Il entend une voix de moustique crier :
– À l’assassin !
Il s’aperçoit qu’un nain est coincé entre deux de ses dents, l’extrait avec force excuses de cette position désagréable, le remet dans la grotte, s’en va, rencontre le vieux du col :
– Ah bien ! ah bien ! Tu as pris le mortier. Si tu le tournes vers la droite, tout ce que tu désires apparaîtra en abondance. Pour arrêter le flot, tourne-le vers la gauche.
Le cadet, tout heureux, rentre à la maison.
Son épouse l’interroge :
– As-tu obtenu de ton noble frère quelque chose pour le réveillon ?
Le mari répond :
– D’abord, étale un beau coussin !
Il étale le mortier sur le coussin et dit :
– Riz, sors ! en faisant tourner le moulin vers la droite.
Un, deux boisseaux de riz sortent avec ce bruit : nishin nishin ! Alors, il dit :
– Saumons, sortez !
Deux, trois saumons sortent du mortier. Les époux passent le réveillon dans l’abondance. À l’aube du Nouvel An, le cadet, regardant autour de lui, se dit :
– Je suis devenu riche !
À la place de la masure où il gîte, il veut une belle maison. Il dit :
– Maison, apparais ! en tournant le mortier vers la droite.
Une superbe demeure surgit, avec cinq pièces et trois autres chambres, et de plus sept chevaux apparaissent.
Il crie encore :
– Gâteaux, sortez ! Saké, sors !
Tout cela s’amoncelle. Parents et proches rappliquent, s’extasient :
– Cela, c’est étonnant !
L’aîné devient pâle de jalousie.
– Ce salaud de cadet ! Que se passe-t-il ? Bizarre, bizarre !
Il ouvre de grands yeux, épie. Quand le cadet et sa femme sont endormis, il va dérober le mortier, et avec, vole divers gâteaux.
Il s’enfuit jusqu’au bord de la mer avec son butin, monte sur une nacelle qui était amarrée là, démarre, fonce vers le large, pense, à l’aide du mortier, devenir fabuleusement riche. Après avoir dévoré tant de sucreries, il a envie de quelque chose de salé.
Alors il crie :
– Sel, sors ! en tirant la cordelette du mortier.
Du sel sort en quantité. Mais le gredin ignore comment arrêter le mortier.
Le sel en sort toujours, envahit la nacelle. Celle-ci coule, sombre ; le sel continue toujours de jaillir du mortier.
C’est pourquoi de nos jours la mer est salée.
Jadis, vivaient un homme, sa femme et leurs trois enfants. Le père mourut. Sept ans après sa mort, la mère alla prier sur sa tombe, laissant les trois fils à la maison. Elle leur dit avant de partir :
– Dans ces montagnes habite une horrible ogresse, yama-uba. Si quelqu’un vient, n’ouvrez surtout pas la porte !
Peu de temps après, l’ogresse se présenta :
– Votre maman est revenue, fit-elle.
– Montrez votre main voir ! dirent les enfants.
Elle tendit la patte. Ils virent qu’elle était très poilue.
– La main de maman est lisse. Tu es une ogresse ! dirent-ils.
L’ogresse s’en alla, emprunta un rasoir, se rasa les poils. Elle prit de la farine, se polit les mains, revint à la maison :
– Votre mère est revenue, dit-elle.
– Montrez-nous vos mains !
L’ogresse montra sa main. Les enfants la tâtèrent. Elle était bien lisse et belle, mais l’haleine de l’ogresse était forte ; sa voix résonnait comme des bouilloires roulant dans un ravin.
– Notre mère a une voix plus douce, dirent les enfants.
L’ogresse s’en alla, but une eau où avaient mariné des haricots rouges. Elle revint, frappa, tonton, et dit :
– Votre mère est enfin arrivée, en retard mais…
Cette fois, la voix de l’ogresse semblait bien celle de la mère. Ils ouvrirent la porte. L’ogresse, déguisée comme leur mère, entra.
Ils allèrent se coucher : les deux aînés dans une chambre séparée, le cadet avec l’ogresse dans le même lit. Au milieu de la nuit, les deux aînés entendirent un bruit, korikori, sorte de grincement venant de la pièce voisine.
– Mère, que manges-tu ? demandèrent-ils.
– Je mange des tsukemono, cornichons, navets et radis fermentés, répondit l’ogresse.
– S’il te plaît, donnes-en-nous ! implorèrent les enfants.
Elle arracha les doigts du cadet, et les leur lança. Ils les ramassèrent, et virent que c’étaient les doigts de leur petit frangin.
Alors, ils comprirent que c’était l’ogresse et non pas leur mère. Sans faire de bruit, les deux garçons se levèrent, prirent un pot d’huile, et s’enfuirent. Ils grimpèrent à l’arbre du jardin, en enduisirent le tronc avec de l’huile.
Dès que l’ogresse découvrit que les deux garçons avaient filé, elle partit à leur recherche. Arrivée à la mare près du portail, elle vit leur reflet dans l’eau. Elle alla prendre un filet, et tenta de les pêcher dans la mare. En vain. Elle jeta un coup d’œil en l’air, et vit les garçons perchés dans l’arbre. Elle tenta de grimper à l’arbre, glissait toujours.
– Comment parviendrai-je à grimper à cet arbre ? hurlait-elle.
Les garçons avaient si peur, qu’ils lui dirent de se ménager des entailles dans le tronc pour se faire des marches. L’ogresse alla dans la remise, prit une faucille, fit des entailles au tronc, et y grimpa.
Les deux garçons épouvantés, prièrent :
– Dieu du ciel, laissez descendre une chaîne de fer, ou quelque chose !
Aussitôt, du ciel tomba doucement, surusuru, une chaîne d’or, auprès d’eux. Ils la saisirent et grimpèrent.
Voyant cela, l’ogresse pria :
– Dieu du ciel, laissez descendre une chaîne ou une corde !
Aussitôt, une corde pourrie tomba près d’elle. Elle saisit la corde pourrie et se mit à grimper. La corde cassa. Elle tomba à terre. En tombant, son sang jaillit, et coula sur un plant de sarrasin. C’est pourquoi de nos jours, les racines de sarrasin sont rouges.
Les frères montèrent au ciel. L’aîné devint la lune et le puîné une étoile.
Jadis vivait quelque part un jeune homme nommé Mikeran. Chaque jour, il allait au travail dans les champs ou en montagne couper du bois de chauffage. Un jour, il était à la corvée de bois en forêt avec les autres villageois. Ils allaient se rafraîchir au ruisseau qui coulait en contre-bas : boire ou laver leur sueur. Ce jour-là, Mikeran avait fini son travail plus tôt que les autres. Il alla au ruisseau, et le remonta en amont. Il parvint à une sorte de marais où personne n’était allé.
Mikeran ôta ses habits trempés de sueur. Il était sur le point de plonger dans l’eau quand il eut le regard attiré par un pin qui poussait au bord. Il vit une superbe robe pendue à une branche de ce pin.
– Ah ! le beau kimono ! s’écria-t-il, et aussitôt, il le détacha de la branche.
À ce moment, une créature de rêve sortit du bassin. Joignant les mains d’un air suppliant, elle implora :
– C’est ma robe volante. C’est une robe de plumes, d’aucun intérêt pour les êtres humains. Rendez-la-moi, je vous en prie !
Mikeran restait sans répondre, fasciné par l’être céleste qui sortait de l’eau.
– Mikeran, ne comprenez-vous donc pas ma requête ? Ce kimono est à moi. Sans lui, je ne puis pas m’envoler au ciel. Vous n’êtes qu’un humain. Cette robe ne vous est d’aucune utilité. Je vous demande de me la rendre.
Mikeran refusait de la rendre, et interrogea :
– Que fais-tu là ?
La femme pensa que si elle lui disait la vraie raison de sa présence ici, il lui rendrait sa robe sans la trouver étrange. Les larmes se mirent à couler sur ses joues, et elle commença ainsi :
– De temps à autre, je descends du ciel pour me baigner ici. Je suis un être céleste et non pas terrestre. Si vous ne me croyez pas, rendez-moi la robe, et vous verrez !
Mikeran refusait d’accéder à son désir. Il dit :
– Retournez à l’île avec moi. Nous serons mari et femme. Plus la peine de descendre du ciel pour prendre un bain ici. Je vous emmènerai où vous voudrez.
– Mikeran, ne dites pas une chose pareille ! J’appartiens au ciel. Je ne puis pas vivre avec des terriens. Rendez-moi ma robe, je vous en supplie !
– Pas question, répliqua Mikeran. Si je vous rendais la robe, vous retourneriez aussitôt au ciel. Venez chez moi, et soyons amis.
La femme était folle de chagrin. Mais comme Mikeran ne voulait pas lui rendre sa robe, rien à faire, elle devait le suivre. Rendue au village, elle devint sa femme.
Sept années passèrent. Trois enfants naquirent. La femme avait toujours la nostalgie du ciel. Elle ne savait pas où sa robe de plumes était cachée. Elle ne songeait qu’à la retrouver.
Un jour que son mari était parti pêcher, elle accrocha le bébé sur le dos de son aîné, qui avait sept ans. Elle demanda au puîné, de cinq ans, de tapoter le dos du bébé. Ayant confié le bébé à l’aîné, elle alla chercher de l’eau au ruisseau. Elle revint bientôt, et à quelque distance de la maison, elle entendit les enfants derrière la maison chanter une berceuse au bébé :
Bébé, ne pleure pas !
Au retour de papa,
Tu auras une surprise
Il ouvrira la remise
La remise à quatre et six piliers
Et derrière les sacs de millet
En dessous des sacs de riz
Se trouve cachée la robe emplumée
La robe pour danser
Il la prendra pour nous.
Entendant ses enfants, l’épouse comprit finalement que son kimono de plumes, qu’elle cherchait depuis sept ans, était planqué sous les sacs de millet et de riz du grenier. Avant le retour de son mari, elle prit une échelle, escalada le grenier jusqu’à ses doubles portes, les ouvrit, entra. Elle fouilla parmi les sacs de millet et de riz, et trouva sa robe.
Avant que son mari ne soit revenu, elle eut le temps de prendre son aîné sur le dos, son puîné dans son giron, et le dernier sous son bras droit. Ayant revêtu la robe de plumes, elle agita les bras une fois, et hop ! elle s’envola au-dessus du pin du jardin. Elle battit des ailes encore une fois, et se trouva au-dessus des nuages les plus hauts. Un troisième battement d’ailes, elle acielit dans le ciel. Mais un peu triste, car, lors de son dernier essor, le bébé qu’elle avait sous le bras avait glissé et était tombé à terre.
Quand Mikeran rentra de sa pêche, il fut bien surpris de ne trouver personne chez lui. Non seulement la maison était vide, mais la porte du grenier était restée ouverte. Il pensa : « La robe de plumes a été volée ! »
Il s’assit, plongé dans ses pensées. Il eut faim. Il se dirigea vers le foyer, commença à faire du feu. Il prit un soufflet en bambou hifukidake, et tenta d’attiser le feu, mais l’air ne passait pas par le tuyau. Il examina le tuyau, et y trouva un bout de papier plié et collé dedans. Il extirpa le papier, le déplia et lut :
« Rassemble mille paires de geta (socques de bois) et mille paires de sandales de paille. Enterre-les et plante un bambou dessus. Attends deux ou trois ans, que le bambou ait poussé jusqu’au ciel. Alors, tu seras en mesure de grimper au ciel sans difficulté. »
Mikeran se mit aussitôt en peine de rassembler les geta et les sandales de paille. Il put en rassembler 999 paires de chaque. Pas une de plus. Néanmoins, il les enterra et planta un bambou dessus. Le bambou se mit à croître.
Trois ans passèrent. On aurait dit que le bambou atteignait le ciel. Mikeran, tout heureux, se mit à grimper le long du bambou. Il grimpait, grimpait. Arrivé en vue du ciel, il ne lui manquait plus grand-chose pour y toucher. Mais il était coincé à la cime du bambou, qui n’atteignait pas tout à fait le ciel. Il resta là en rade, se balançant à la brise. Sa femme était revenue à sa place au ciel, mais elle pensait parfois encore à ce qu’elle avait laissé sur terre. Assise à son métier à tisser, elle jetait des coups d’œil en bas. Voyant le bambou croître, elle attendait ardemment le moment où il atteindrait le ciel.
Un jour qu’elle était assise à son métier comme d’habitude, elle vit par la fenêtre que le bambou avait presque atteint le ciel. La cime de l’herbe (car le bambou est une herbe, pas un arbre) était juste sous elle, bercée par la brise. Elle regarda attentivement, et vit qu’un homme était perché au bout, pas plus gros qu’une graine de coquelicot.
La femme ne se sentait plus de joie en l’apercevant. Elle prit la navette avec le fil, et l’abaissa jusqu’à ce qu’elle se trouve au-dessus de la tête de Mikeran. Il agrippa la navette. Elle le tira jusqu’au ciel.
Une fois Mikeran entré dans le ciel, sa belle-mère le traita aimablement, mais son beau-père lui enjoignit d’accomplir des tâches bien difficiles.
À ce moment, c’était la saison agricole au ciel. Le beau-père ordonna à Mikeran d’aller en montagne défricher mille chobu1 de forêt en un seul jour. Mikeran, sachant que c’était impossible, restait interdit.
Le voyant rêveur, sa femme lui dit :
– Quand tu iras défricher, coupe simplement trois gros arbres, et repose-toi et dors sur les souches.
Le lendemain, Mikeran agit comme sa femme lui avait indiqué. Il revint ayant défriché tout le terrain demandé. Mais cela ne suffisait pas. Le beau-père lui dit :
– Maintenant, laboure tout ce terrain en un seul jour !
Mikeran était bien embêté, car la tâche lui paraissait au-dessus de ses forces. Sa femme vint le trouver et lui dit :
– Rien de plus facile ! Va au terrain, prends trois mottes de terre avec ta houe, sers-t-en comme d’oreiller, fais la sieste dessus. En un rien de temps, le terrain sera labouré.
Mikeran s’exécuta. En une journée, le terrain fut labouré. Il retourna voir son beau-père, tout triomphant. Celui-ci lui dit :
– Ce n’est pas tout. À présent, tu dois planter les melons d’hiver dans le champ tout entier que tu as labouré.
De nouveau, Mikeran se fit aider par son épouse. Elle lui dit :
– Plante trois graines de melon dans trois endroits. Et ensuite, repose-toi et dors. Si tu agis ainsi, ton champ sera entièrement ensemencé.
Il fit comme prescrit, et le champ fut ensemencé. Croyant que ce serait la fin de ses peines, Mikeran alla trouver son beau-père. Celui-ci lui dit :
– Maintenant, tu dois aller chercher tous les melons mûrs, et me les apporter.
Mukeran pensa que c’était impossible de voir les melons plantés juste la veille mûrir en une seule nuit. Alors qu’il perdait courage et se morfondait, sa femme vint le voir :
– Ne te fais pas de bile ! Les melons sont déjà en fleur, et mûrissent. Tu n’auras qu’à en cueillir trois, et t’en servir comme oreillers. Tout se fera dans l’ordre.
Mikeran trouva cela bizarre, mais le lendemain matin, il se rendit au champ, et vit tous les melons mûrs. Il fit comme sa femme lui avait indiqué, et bientôt tous les melons étaient recueillis.
Comme Mikeran avait réussi toutes ces tâches impossibles, le beau-père fut satisfait. On fit les préparatifs pour la fête des récoltes.
Mikeran fut préposé au soin des melons à servir. Le beau-père lui montra aimablement comment couper les melons :
– Tu dois couper trois melons dans le sens de la longueur. Ensuite, mets-toi à dormir le visage contre eux.
L’épouse, qui était à côté, fit un signe à Mikeran :
– Ne fais pas comme il t’a dit. Coupe-les en travers.
Mikeran ne voulut pas contredire son beau-père, et coupa les melons dans le sens de la longueur. À cet instant, une énorme inondation, qui balaya Mikeran, se produisit venant de l’intérieur des melons.
Le fleuve qui vient de là est visible dans le ciel. C’est la Voie lactée. Mikeran devint l’étoile Altaïr. Son épouse devint Véga de la Lyre. Ils sont séparés par le Fleuve du ciel, et on dit qu’ils pleurent constamment. Les deux enfants de cinq et sept ans sont les deux étoiles proches de Véga. Cela se passa le sept du septième mois. C’est ce jour-là seulement que les deux époux peuvent se rencontrer2.
Le bébé qui était tombé à terre lors de l’ascension de la femme emplumée atterrit sain et sauf. Chaque année, sa mère lui envoie trois koku3 de riz. Elle les dépose au bord d’un torrent. Le bébé put vivre environ un an de ce riz. Un jour, néanmoins, une femme vint laver son linge dans le torrent. Les trois koku se réduisirent à trois grains de riz. On dit que le bébé disparut sans laisser de traces.
Jadis, le hameau de Katsuno, au fond de la vallée de Okiruzawa, se trouvait dans une grande forêt. Les chaînes de montagne où poussaient ces arbres étaient couvertes d’épais brouillards, et de brumes sous lesquelles dormaient ces forêts. Néanmoins, des hommes défrichèrent ces bois, et s’installèrent dans des clairières. On n’entendait de vallée en vallée que le cri des chasseurs et du gibier, et le grincement des arbres qu’abattaient les bûcherons.
Une nuit, on entendit soudain un vacarme épouvantable. On vit en pleine forêt une lumière avec des rayons dorés qui envahissaient le ciel de tous côtés. En regardant bien, c’était un oiseau de feu, qui volait dans le ciel en ébranlant les montagnes. De son bec, il crachait un feu d’or ; ses ailes avaient une dimension énorme. À chaque battement d’ailes, un arc-en-ciel de sept couleurs apparaissait, illuminant la nuit transfigurée.
Depuis lors, l’oiseau de feu se montrait, nuit et jour, aux hommes travaillant dans les champs secs et les rizières, les remplissant de peur, leur ôtant toutes leurs forces. Ils se mirent à prier leurs ancêtres et tous les dieux, afin d’échapper au danger. Ils pensaient que c’était la fin du monde.
Finalement, les hurlements de l’oiseau de feu cessèrent. Les montagnes se calmèrent. Une brume épaisse recouvrait les forêts. Le chef du village convoqua les braves hommes du pays :
– L’oiseau de feu est mort. Que les plus hardis du village m’accompagnent dans la montagne !
Des jeunes audacieux, et même des hommes plus âgés partirent avec lui en expédition, portant du gibier. Ils traversèrent un, deux marais, et tombèrent sur un torrent rougi. Ils remontèrent le cours du torrent, passant par des falaises très abruptes, et parvinrent à un endroit caché par une brume épaisse. Ils perdirent la direction. Ils se frayèrent un chemin à travers d’épais buissons de bambous nains à feuilles larges, et trouvèrent des rochers tout rouges, lançant des rayons dorés.
– C’est là que réside notre divinité tutélaire. C’est lui qui a vaincu l’oiseau de feu, dirent les jeunes accompagnant le chef du village, en brandissant le gibier apporté.
Ils s’approchèrent d’une cascade, et y virent la dépouille de l’oiseau de feu. Son sang coulait sans discontinuer, rougissant l’eau du torrent. Ses ailes avaient treize fois huit pieds de longueur, sa tête était celle d’un dragon, ses pattes semblaient des bœufs, ses plumes étaient rouge semé de blanc ; il avait aussi des plumes dorées et argentées.
En examinant son ventre crevé, ils y découvrirent toutes sortes de métaux éblouissants : notamment de l’or, de l’argent, du cuivre, du plomb. Le chef du village dit :
– Voilà la solution d’un rêve énigmatique que j’ai fait parfois. Un vieillard chenu venait, près de mon oreiller, me dire d’explorer la forêt, et qu’un oiseau de feu s’y nourrissait d’or et d’argent. Voilà bien l’explication de cet oracle.
Il emmena les jeunes et les vieux au sommet de la montagne, et leur dit d’une voix forte :
– Cette montagne est pour nous un trésor.
Les pépites d’or et d’argent qui s’égouttent de la peau de la montagne, étaient l’origine des arcs-en-ciel que voyaient les habitants.
(…) 7. Les deux premiers êtres vivants, Izanagi (mâle) et Izanami (femelle) donnèrent naissance à de nombreux dieux. Ils engendrèrent quatorze îles portant trente-cinq dieux. En mourant, Izanami donna naissance au dieu du feu.
8. Izanagi tue le dieu du feu. De nombreuses déités naissent des diverses parties de son corps.
9. Izanagi examine le cadavre d’Izanami. Toutes sortes d’êtres et les huit tonnerres sortent de son corps.
10. Izanami revit. Elle se lance à la poursuite d’Izanagi, qui prend trois pêches, avec lesquelles il attaque les démons de l’enfer (Yomi).
11. Izanagi se purifie, donne naissance à de nombreux dieux, dont Amaterasu (la déesse soleil) et son cadet Susanoo.
12. Izanagi donne des missions à ses trois nobles enfants. À Amaterasu, elle assigne la tâche de régner sur les plaines du haut ciel Takama no hara.
À Tsuku yomi no mikoto, elle confie le règne de la nuit.
À Takehaya Susanoo no mikoto, elle confie le règne de la mer.
13. Susanoo désobéit à sa mission, est renvoyé par Izanagi.
14. Susanoo dit adieu à sa grande sœur soleil, Amaterasu, « qui fait briller le ciel ».
15-16. Susanoo commet toutes sortes d’actes violents, sème le désordre dans le monde.
17. Pour protester contre les sottises de Susanoo, Amaterasu se cache dans une grotte. La nuit règne sur terre. Ame no Uzume réussit, par sa danse lascive, à faire sortir Amaterasu de sa grotte. Le jour revient. Susanoo est chassé.
18. Ohogetsuhime crée les nourritures. Elle est tuée par Susanoo.
19. Susanoo tue le dragon à huit queues qui venait à Izumo ravir les jeunes filles.
20. Susanoo arrache au dragon Kushinadahime et l’épouse.
Jadis, quelque part, il y avait une boutique de thé. Chaque matin, une belle fille venait acheter cinq sous de thé. Le gérant se sentait tout chose. Un jour, il file la fille, traverse à sa suite une longue plaine, pénètre dans une forêt. Il marche encore et encore, gongon, jusqu’à un magnifique palais. Il entre, et :
– Bonjour, bonjour, dit-il.
La fille, toujours seule, buvait du thé. Elle lève la tête :
– Gérant, vous avez bien fait de venir. Prenez vite cette tasse.
Elle lui sert des gâteaux, des mochi (gâteaux de riz martelé), une montagne de bonnes choses. Alors, elle dit sévèrement :
– Je dois sortir. J’ai à faire. Délassez-vous, gardez la maison. Amusez-vous bien, mais n’allez surtout pas regarder ce qui se passe dans les douze autres salles.
Et elle s’en va. Le gérant grille d’envie de voir les chambres interdites. Il ne résiste pas, il ouvre…
1er mois. Dans la première salle, le tokonoma (place d’honneur) est orné de rameaux de pin, bambou, prunier, avec un kagami-mochi (gâteau de riz-miroir, à deux étages), des crevettes, des algues konbu, des mandarines daidai. Des enfants vêtus de rouge boivent de l’amazake (du saké sucré).
2e mois. C’est l’époque de hatsu uma (le premier cheval). Le torii (portique) rouge de Inari-san (dieu-renard) est installé. Une foule vient prier. Toute une série d’échoppes foraines vendant des jouets. Quelle animation !
3e mois. Dans la salle de mars, il y avait les poupées (o-hina-sama). Sur le rayon supérieur, la reine, odairi-san, ses cinq vassaux, go-nin-bayashi, puis des pigeons criant pop-po, des chiots, des poulains. Amusant !
4e mois. Dans la salle d’avril, il y avait o-shaka-san (le bouddha Shakyamuni), un temple fleuri (hanamido). Parmi les pots de saké trônait un joli petit o-shaka-san, avec un visage disant : « Sur terre et au ciel, je suis le seul ! »
5e mois. Dans la salle de mai, c’était la fête des garçons (tango no sekku). Une foule de mâts, avec au sommet, des carpes de tissu flottant au vent (koi-nobori). Des poupées samouraï cuirassées et casquées, des masses de sasa-maki (gâteaux enveloppés dans des feuilles de bambou).
6e mois. Dans la salle de juin, on mange des kôri-mochi (gâteaux glacés) durs à la dent. Des pèlerins allant à Miyama portent des bonten « paradis ou ciel de Brahma »4.
7e
