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Un florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'imaginaire des Inuit
Je me réveillai et je vis cinq choses : un paquet de copeaux, et deux paires de moufles. Du côté gauche, une moufle avec une bordure sombre roula vers la région sèche, le continent. Il en sortit une foule d'humains, c'étaient les Russes. L'autre moufle, à bordure rouge, roula vers la mer : les Américains en sortirent. La troisième moufle alla vers le nord. Du pouce s'effeuillèrent des feuilles jaunes, qui devinrent des rennes et leurs éleveurs. La quatrième moufle qui roula au bord de la mer produisit les Tchouktchi. Nous autres, les Inuit, nous sortons des copeaux.
À PROPOS DE LA COLLECTION
« Aux origines du monde » (à partir de 12 ans) permet de découvrir des contes et légendes variés qui permettent de comprendre comment chaque culture explique la création du monde et les phénomènes les plus quotidiens. L’objectif de cette collection est de faire découvrir au plus grand nombre des contes traditionnels du monde entier, inédits ou peu connus en France. Et par le biais du conte, s’amuser, frissonner, s’évader… mais aussi apprendre, approcher de nouvelles cultures, s’émerveiller de la sagesse (ou de la malice !) populaire.
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Contes et récits des Mayas
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Seitenzahl: 214
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Ces contes des Inuit sont classés en quatre catégories : objets célestes, animaux, objets fabriqués, contes fantasmagoriques. Mais il est parfois délicat de caser tel ou tel conte dans une de ces catégories précises. En effet, il arrive souvent que, par un de ses aspects, un conte appartienne à une catégorie, et par un autre aspect, à une autre. Par exemple, bien des contes racontent l’origine des qajaq : ils proviennent soit d’une arête principale de poisson, soit d’une semelle. Mais dans ces deux cas précis, le thème principal du conte est autre, et concerne une métamorphose animale. Ce que j’aime dans ces contes, c’est la perpétuelle indécision entre le monde animal et celui des Inuit, littéralement « les humains ». On voit souvent s’unir, et avoir des enfants : une ourse et un chasseur ; un chien et une jeune fille ; une baleine mâle et une femme ; un morse adopte un gamin, etc. L’effet peut paraître comique parfois, atroce parfois. Je le trouve éminemment poétique, et grandiose. Les aigles sont une grande source d’inspiration pour les conteurs de Sibérie. On en verra quelques exemples.
L’origine des Inuit est évoquée parfois en passant. Par exemple, dans un conte narrant les aventures d’un chasseur avec un aigle, on nous dit que le peuple Inuit provient de copeaux. Les rapports humains, même à l’intérieur de la famille, ne sont pas idylliques. Un père envoie volontairement son fils périr en mer, et le fils se vengera plus tard en tuant son père (« Le garçon et l’aigle »). Un autre père jette sa fille à l’eau (« La déesse de la mer Sedna »). Mais je ne m’extasie pas seulement sur les rapports entre animaux polaires et humains. Bien des contes, de plus, racontent l’origine des noms des constellations et des étoiles chez ces peuples de l’Extrême-Nord.
(comme assez souvent, les contes des Inuit sont cruels et parfois même atroces, il semble bon de commencer par une légende bon enfant)
Jadis, les gens ne savaient pas s’amuser. Toute leur vie consistait à travailler, manger et dormir. Les jours se suivaient, pareils les uns aux autres. Ils travaillaient, dormaient, et se réveillaient afin de retravailler. Leur cervelle s’engourdissait d’ennui.
Dans ces temps reculés vivait non loin de la mer un chasseur avec sa femme. Ils avaient trois fils. Robustes et résistants, ils promettaient de devenir de hardis chasseurs comme leur père. Leurs parents en étaient fiers, et croyaient que, quand ils seraient vieux, leurs fils ne les laisseraient pas sans un morceau de viande. Or, il arriva que l’aîné des fils partit à la chasse et ne revint pas. Peu de temps après, le second fils disparut de même sans laisser de traces. Les recherches étaient vaines. Les parents étaient d’autant plus angoissés, qu’il ne leur restait que le dernier fils, qui grandit, et partit à la chasse avec son père. On l’appelait Tériak, ce qui, dans la langue des Inuit signifie hermine. Tériak aimait beaucoup chasser le renne. Quant à son père, il se plaisait à attraper des phoques et d’autres animaux marins.
Les chasseurs ne peuvent pas vivre éternellement dans la peur et l’inquiétude. Le père permit un jour à Tériak de s’en aller seul dans la toundra. Quant à lui, il alla dans son qajaq chasser en mer.
Une fois, comme Tériak poursuivait un renne, il aperçut un aigle qui tournait au-dessus de lui. Le jeune chasseur sortit une flèche, mais l’aigle soudain arriva sur terre, et se transforma en un jeune homme. Il déclara :
– C’est moi qui ai tué tes frères.
Son regard était aigu, impérieux.
– Je te tuerai si tu ne me promets pas d’organiser une fête avec chants et musique, dès ton retour à la maison.
– Je ne comprends pas ce que tu racontes. Qu’est-ce que cela signifie, fête ? Et chansons, qu’est-ce donc ?
– Tu promets ou non ? répartit le jeune homme, menaçant.
– Je promets. Mais explique-moi donc ce que veulent dire tes paroles.
– Tu viendras avec moi chez ma mère aigle, qui t’enseignera ce que tu ne comprends pas. Tes frères ont repoussé les dons de chansons et de réjouissances. Ils ne voulaient pas les apprendre. C’est pourquoi je les ai tués. Viens avec moi. Dès que tu auras appris à composer des chansons avec des mots et à chanter, dès que tu auras appris à danser et à te réjouir, tu seras libre et tu pourras rentrer chez toi.
Le jeune aigle fit un geste de la main et emmena Tériak dans les profondeurs du continent. Ils passèrent quelques vallées et gorges. Ils se mirent à escalader une montagne. Ils furent bientôt si haut, que toute la plaine immense avec ses troupeaux de rennes se déroulait à leurs pieds comme s’ils se trouvaient dans la paume de leur main. Ils s’approchèrent du sommet de la montagne. Soudain arrivèrent à leur ouïe des bruits de coups lourds et sonores. On eût cru que l’on frappait avec un marteau sur le roc.
– Entends-tu ? demanda l’aigle.
– J’entends, répondit Tériak. Quels étranges bruits ! Qu’est-ce que c’est ? Cela bourdonne dans les oreilles.
– C’est le cœur de ma mère aigle qui bat !
Les jeunes gens s’approchèrent de la demeure de dame aigle. Elle se trouvait au sommet même du pic.
– Attends ici ! Je dois prévenir maman, dit le jeune aigle, qui pénétra dans l’aire.
Au bout d’une minute, il ressortit et invita Tériak à entrer.
Dans une large chambre trônait dame aigle sur des peaux de bêtes. Elle était très vieille et triste. Son fils s’approcha d’elle respectueusement et dit :
– Cet être humain a promis d’organiser une fête avec chant et musique dès son retour à la maison. Il dit que les gens ignorent comment composer des chants. Ils ne savent même pas comment taper sur un tambour et danser. Maman, les humains ne savent pas du tout s’amuser.
La vieille mère sembla revivre, ses yeux étincelèrent, elle prononça ces mots :
– Avant tout, il convient de construire une vaste maison de fête, une salle capable de contenir beaucoup de monde.
Les deux jeunes gens se mirent aussitôt à l’œuvre. Ils bâtirent une salle des fêtes plus haute et grande que les maisons ordinaires. Ensuite, la dame aigle leur apprit à composer les paroles, à les prononcer longuement et harmonieusement, de manière à obtenir un chant. Elle fabriqua un tambour, enseigna au jeune homme à en battre en cadence. Elle lui montra enfin comment danser au son de la musique.
Quand Tériak eût appris tout cela, la vieille aigle dit :
– Avant d’inviter les gens à la fête, il faut construire une salle des fêtes, composer des chants nouveaux et préparer une masse de nourriture savoureuse. En effet, ceux qui viendront à la fête doivent être bien traités.
– Mais qui puis-je inviter ? Nous vivons loin des autres hameaux et ne connaissons personne.
– Les gens sont isolés parce qu’ils ne savent pas s’amuser, dit la mère aigle. Prépare tout comme je te l’ai indiqué. Ensuite, va-t’en, et invite tous ceux que tu rencontreras. Tu verras, tu rassembleras bien du monde. Tu sais, chaque cadeau exige un contre-don. Quoique je sois une aigle, et aussi une femme qui a vécu, les occupations habituelles des femmes ne me sont pas étrangères. Donne-moi comme cadeau d’adieu un fil de tendon. Ce n’est pas un cadeau bien précieux, mais je m’en contenterai.
Tériak commença par se troubler. Comment pouvait-il se procurer du fil, alors qu’il était si loin de chez lui ? Mais il se souvint après réflexion, que les bouts de ses flèches étaient reliés à la hampe par des tendons. Il sortit ses flèches, défit les tendons et les donna à la vieille.
Le jeune aigle revêtit ses ailes resplendissantes, ordonna à Tériak de s’asseoir sur son dos, et de le tenir solidement. Ils prirent leur essor au-dessus de la montagne, si vite que le vent sifflait à leurs oreilles. De peur, les yeux de Tériak se fermèrent. Mais cela ne se prolongea pas bien longtemps, le bruit du vent s’apaisa. Tériak rouvrit les yeux, vit que l’aigle l’avait ramené à l’endroit où ils s’étaient rencontrés la première fois. Ils se séparèrent chaleureusement, Tériak se hâta de rentrer chez lui. Il raconta à ses parents ses aventures, et finit ainsi :
– Les gens sont isolés. Ils ignorent les joies, parce qu’ils ne savent pas s’amuser. Mais la vieille dame aigle m’a fait don de la joie. Alors, je veux partager ce don avec les gens.
Les parents l’écoutèrent avec surprise et hochaient la tête d’un air dubitatif. Les gens qui n’ont jamais connu la joie, il leur est difficile d’imaginer ce que cela peut bien être que l’enthousiasme et la joie. Mais les vieux parents n’osèrent pas refuser. Ils avaient déjà perdu deux fils, et comprirent qu’ils pourraient perdre le dernier s’ils n’obéissaient pas aux ordres de la vieille aigle.
Ils construisirent une salle des fêtes, grande, vaste ; remplirent de victuailles la réserve. Ensuite, le père et son fils s’attelèrent à la tâche de composer des chants. Ils choisirent les paroles les plus agréables et joyeuses. Ils chantèrent les événements les plus remarquables et dignes d’intérêt de leur vie. Ils apprirent à danser au son de tambours, qu’ils confectionnèrent en peau de renne. Le père et son fils tournèrent et bondirent, exécutant les mouvements de jambes et de bras les plus drôles. Et soudain, ils ressentirent une joie qu’ils avaient ignorée jusqu’alors. Désormais ils se racontaient souvent l’un l’autre diverses histoires, riaient et plaisantaient. Bien loin était le temps où ils piquaient du bec, fous de tristesse.
Quand tous les préparatifs furent terminés, Tériak se dirigea chez les voisins, pour les inviter à la fête. À sa surprise, il découvrit qu’ils n’étaient pas absolument isolés sur leur rivage désertique. Les gens heureux et gais ont toujours des amis. Ils étaient venus vêtus de peaux de bêtes : loups, renards, lynx. Tériak les invita tous. Ils le suivirent avec plaisir.
La fête eut un grand succès. Chacun chanta sa chanson. Il y eut beaucoup de conversations, de rires, de chahut, de pure joie sans mélange. Les invités firent connaissance réciproquement. Ils se régalèrent, s’échangèrent dons et contre-dons de fourrures et de victuailles.
Le festin et les danses se prolongèrent toute la nuit. À l’aube, les invités sortirent dehors, tombèrent sur leurs quatre pattes, et s’égaillèrent de divers côtés. À vrai dire, ce n’étaient pas des humains mais des loups, lynx, renards, des bêtes sauvages, que dame aigle avait envoyés afin que Tériak ne prenne pas trop de temps à rameuter les invités. Il en découle que la force de la joie est telle qu’elle peut transformer en humains des bêtes sauvages.
Tériak ne tarda pas à revoir, durant une partie de chasse le jeune aigle, qui l’invita dans son aire. La dame aigle voulait encore une fois revoir l’homme qui avait organisé sur terre la première fête. Elle sortit à leur rencontre, et soudain, se transforma en une jeune aigle pleine de force.
Ce n’est pas pour rien qu’on dit, comme en un dicton : « Quand les gens se réjouissent, les aigles rajeunissent. »
On dit aussi que depuis lors, l’aigle est considéré comme le protecteur des fêtes joyeuses comportant chants et musique.
Jadis, sur terre régnait l’obscurité, et en ce temps-là renard et ours brun étaient humains. Un jour, ils se rencontrèrent sur la glace. L’ours brun dit cette incantation :
– Qu’il fasse sombre ! qu’il fasse sombre ! alors les chiens pourront mieux flairer les veaux marins par les trous de respiration.
Mais le renard répondit :
– Puisse-t-il faire jour ! puisse-t-il faire clair ! alors les chiens pourront mieux flairer.
Le renard était plus fort en sorcellerie et le ciel s’éclaircit. Alors, l’ours brun s’assit au sec et le renard resta sur la glace. Depuis ce jour, les hommes sont reconnaissants au renard de ce qu’il a créé le jour.
Jadis, la terre n’était pas éclairée. Tout restait dans l’obscurité. On ne pouvait voir ni la terre ni les bêtes. Il n’y avait pas de différence entre humains et animaux. Ils vivaient dans la promiscuité. Un humain pouvait devenir animal et inversement. Il y avait des loups, ours, renards. Dès qu’ils devenaient humains, ils restaient pareils. Ils pouvaient avoir des habitudes différentes, mais tous parlaient la même langue, vivaient dans les mêmes sortes de maisons, bavardaient et chassaient de la même façon.
C’était ainsi il y a très longtemps. À cette époque, on criait des mots magiques. Un mot dit par hasard pouvait soudain acquérir un pouvoir. Ce que les gens désiraient voir advenir advenait. Personne ne pouvait expliquer par quel mystère.
Donc, ils vivaient dans la promiscuité. Ils étaient parfois humains, parfois animaux. Pas de différence. On se souvient d’une conversation entre un renard et un lièvre.
Renard :
– Taaq taaq. Obscurité, obscurité !
Il aimait le sombre, afin de pouvoir dérober des aliments dans les caches des humains.
– Ulluq, ulluq. Jour, jour ! criait le lièvre.
Il voulait la lumière, afin de trouver sa pitance.
Soudain, ce que voulait le lièvre se réalisa. Ses paroles surpassaient en puissance celles du renard, pour un jour.
C’est dès lors qu’apparut l’alternance du jour et de la nuit.
Cela se passait ainsi. Un jour, les esprits mauvais tungak dérobèrent le soleil aux habitants de la toundra. Bêtes et oiseaux vécurent alors dans l’obscurité. Ils cherchaient leur pitance à tâtons comme des aveugles. Pas drôle ! ils décidèrent de réunir une grande assemblée. Des députés arrivèrent, venant de tous les peuples, de la gent volatile, et des bêtes à poil. Un vieux corbeau, considéré par tous comme un sage, prit la parole :
– Frères ailés et frères poilus, jusqu’à quand allons-nous vivre dans l’ombre ? De la bouche d’un des vieux qui habitent non loin de notre terre, j’ai entendu dire que des esprits malins vivant sous terre nous ont volé le soleil, cette boule qui nous éclaire. Je vous propose d’envoyer à la recherche du soleil le plus grand et fort d’entre nous, l’ours brun.
– Ours ! ours ! crièrent oiseaux et bêtes.
À ce moment, une vieille chouette sourde, qui réparait un traîneau, demanda au bruant des neiges :
– Qu’est-ce qu’ils disent ?
– Ils veulent envoyer l’ours chercher le soleil !
– C’est en vain ! dit la chouette. Dès que l’ours, ce goinfre, verra quelque chose de bon à manger, il oubliera tout ! Nous ne récupérerons pas le soleil.
Entendant l’avis de la chouette, les députés de l’assemblée en tombèrent d’accord. Le vieux corbeau reprit la parole :
– Envoyons le loup, qui est le plus fort après l’ours.
La chouette demanda au bruant :
– Que disent-ils ?
– Ils veulent envoyer le loup en ambassade.
– Inutile ! le loup, en chemin, verra un renne, lui sautera dessus, se gobergera et adieu le soleil !
– C’est fort vrai. Alors, qui allons-nous envoyer ?
Une petite souris dit :
– Envoyons le lièvre. Il fait des sauts plus hauts que nous tous, et peut attraper le soleil en route.
Tous crièrent :
– Lièvre, lièvre !
La chouette, dure d’oreille, interrogea le bruant :
– Que disent-ils ?
Le bruant lui hurla dans le creux de l’oreille :
– Ils veulent envoyer le lièvre ! Car c’est celui qui bondit le mieux !
La vieille chouette réfléchit, dit :
– En effet, il bondit haut. Fiable ! on peut compter sur lui. Personne ne l’arrêtera.
C’est ainsi que le lièvre fut consacré ravisseur de soleil. Sans réfléchir davantage, le lièvre se mit en route sur le chemin indiqué par le corbeau.
Il marcha longtemps, des jours et des jours. Enfin, de loin, il distingua une tache lumineuse. Il s’approcha. Des rayons s’échappaient d’une étroite fente souterraine. Il épia. Une boule de feu gisait dans un grand vase de pierre blanche. Ses rayons éclairaient la caverne. « Voilà le soleil ! » pensa le lièvre. À l’autre coin de la caverne gisaient sur des peaux de renne des esprits mauvais. Le lièvre descendit par la faille dans le souterrain, sauta sur la boule de feu, l’extirpa du vase de pierre, prit son élan sur ses pattes arrière, et sauta hors de la caverne.
Les esprits mauvais se réveillèrent, se lancèrent à la poursuite du lièvre. Celui-ci courait de toutes ses forces. Les esprits mauvais le suivaient de près. Alors, le lièvre donna un coup de patte à la boule de feu, laquelle se brisa en deux. Une petite partie donna la lune. La partie la plus grosse devint le soleil, que le lièvre mit en place en lui donnant une ruade. Et soudain, il se mit à faire jour sur terre.
Les esprits mauvais tungak, aveuglés, allèrent se cacher dans le souterrain, et depuis lors, n’apparaissent plus sur terre. Bêtes à poil et à plume glorifièrent le hardi lièvre, ravisseur du soleil.
(Version courte)
Jadis, Soleil et Lune étaient respectivement sœur et frère1, orphelins. Siqiniq (soleil) vivait seule dans un igloo. Les villageois se réunissaient dans le qaggiq, une maison commune assez spacieuse, où ils s’amusaient.
Un jour que, comme de coutume, ils tenaient une séance dans le qaggiq tôt dans la soirée, quelqu’un se précipita dans l’igloo de Siqiniq, et éteignit aussitôt sa chandelle qulliq2. La jeune fille subit des violences. Cela se reproduisit plusieurs fois. Siqiniq ne savait pas qui l’avait violée.
Sa marmite était toujours suspendue au-dessus de la chandelle qulliq. Quand son agresseur revint la fois suivante, elle tendit le bras, essayant de toucher la marmite, mais la lampe était éteinte, il faisait noir comme dans un four. Après maints efforts, elle réussit à toucher le cul de la marmite. Elle put ainsi oindre le visage de son agresseur, avec ses mains couvertes de suie.
Le violeur, une fois son crime commis, s’en alla. Elle le suivit, afin de voir où il se rendait. Elle espérait voir enfin à qui elle avait affaire. Elle l’épia, et vit qu’il allait à la maison qaggiq, l’igloo collectif où se déroulaient les festivités. Comme elle s’approchait, elle pouvait entendre les gens rire et s’esclaffer. L’un d’eux disait :
– Taqqiq inutuarsiurasumut aasit naatavinaaluk, ce qui veut dire : « Lune (Taqqiq) a été marqué par de la suie, pendant qu’il recherchait une personne qui aurait pu se trouver seule ».
Donc, Siqiniq entra dans la maison commune, et vit que son frère Lune avait le visage couvert de suie. Honteuse et pleine de fureur, elle sortit un de ses seins, le coupa et l’offrit à son frère, criant que s’il l’aimait tant, il pouvait le dévorer !
Son frère refusait. Elle continuait à le lui offrir. Ils prirent tous deux des torches, et sortirent en courant de la maison commune. Le frère en premier. Siqiniq le suivait, lui proposant constamment son sein découpé. Comme elle poursuivait son frère autour de la maison commune, Taqqiq tomba, et la flamme de sa torche s’éteignit, ne laissant que cendres par terre. La torche de Siqiniq continuait à briller. Ils montèrent tous deux au ciel, où sa sœur Siqiniq devint le soleil, tandis que le frère Taqqiq devenait la lune.
(Version longue)
Deux orphelins, frère et sœur, vivaient avec leur grand-mère. Le garçon, Aningaat, était aveugle. Un jour, le village déménagea, les laissant seuls tous les trois. Ils vivaient dans une maison qarmmaq (de pierre, os et gazon), isolée du froid mais pas très confortable. Ils avaient un chien. Un jour, un ours polaire s’amena. Leur chien les alerta. L’aveugle avait un arc et des flèches. La vieille lui tendit l’arc et, réglant le tir, visa à sa place l’ours. Elle dit :
– Tire !
L’aveugle tira. La vieille dit :
-Tu as atteint le cadre de la fenêtre.
L’aveugle répondit :
– Je suis sûr d’avoir entendu le bruit que fait un animal blessé.
Il avait bien entendu la flèche frapper l’ours, et le bruit de la bête blessée tombant par terre.
La vieille ordonna à sa petite-fille de sortir voir si l’ours était bien mort. Elle lui dit de commencer prudemment par lui lancer une petite boule de neige. La fille sortit, vit l’ours qui avait glissé en arrière sur le seuil. Elle comprit que la bête était blessée. Non sans quelque frayeur, elle lui lança une boule de neige sur la croupe. L’ours ne bougea pas. La fille rentra et instruisit sa grand-mère du résultat de sa mission. La vieille lui ordonna de ressortir, et cette fois, de lui donner un coup de pied au cul. La fille sortit et lança une ruade sur les fesses de l’ours. Celui-ci ne bougea pas. Apprenant cela, la grand-mère déclara :
– L’ours est mort.
La vieille prit donc son couteau rond de femme ulu, l’aiguisa. Elles sortirent. La vieille écorcha et équarrit le fauve. Elle dit à sa petite-fille d’étrangler le chien, leur unique chien, cette brave bête qui les avait prévenus de l’arrivée de l’ours. Le chien fut transformé en viande de boucherie.
Le garçon, qui avait pourtant tué l’ours, fut confiné dans le vestibule glacé de la maison. On lui fit manger du chien, tandis que la vieille et la fille se nourrissaient de viande ursine.
La fille éprouvait de la compassion pour son frère, réduit à se nourrir de carne de cabot. Sa grand-mère lui avait interdit de donner à son frère de la viande d’ours. Elle lui en donnait quand même en cachette, chaque fois qu’elle le pouvait. Quand la vieille et la petite fille dînaient, la petite piquait un petit morceau de viande et le cachait dans sa manche. Chaque fois que la petite en redemandait, la grand-mère lui répondait :
– Tu sembles manger bien vite. N’irais-tu pas en donner à ton frère ?
La petite se récriait :
– Pas le moins du monde !
C’est qu’elle avait très faim. Par cette supercherie, la sœur parvenait à filer furtivement, à son frère, de la viande d’ours.
Un jour Aningaat interrogea sa sœur :
– Les lacs sont-ils toujours désertés par les plongeons à gorge rouge ?
Elle répondait :
– Oui.
La neige se mettait à fondre, laissant apparaître la terre.
Derechef, le frère questionna :
– Les lacs sont-ils toujours sans plongeons ?
Cette fois, la sœur répondit :
– Non ! Les lacs sont maintenant hantés par les plongeons.
L’aveugle demanda à sa sœur de l’emmener à un lac, et lui dit, avant de l’y laisser, de marquer le chemin de retour à la maison avec des pierres, bornes bien rapprochées, afin qu’il puisse rentrer seul.
Elle emmena donc Aningaat au lac sur lequel nageaient deux plongeons. Elle l’y laissa. Rentrant à la maison, elle marqua le chemin avec des pierres, comme son frère l’avait demandé.
Aningaat pouvait entendre les plongeons sur le lac. Ensuite il entendit le bruit d’un qajaq juste en face de lui, accompagnant les cris des plongeons.
Il entendit quelqu’un qui lui ordonnait de grimper dans le qajaq.
Guidé par la voix, il se fraya un chemin jusqu’au rivage. Quand il fut dans le qajaq, on lui dit de se coucher sur le ventre à la poupe. Il obéit.
Il entendit qu’on pagayait vers le milieu du lac. Alors, on le fit plonger. Ils restèrent sous l’eau un certain temps, puis émergèrent pour respirer. Une fois sa respiration redevenue normale, ils se remirent à pagayer dans le lac. Encore un plongeon. Cette fois, ils restèrent plus longtemps dans l’eau. Il étouffait quand on le ramena à la surface et on l’interrogea :
– Tu ne peux rien voir ?
– Non, je ne peux pas voir, mais je commence à voir quelque chose qui brille dans mes yeux.
Alors, ils firent encore un plongeon qui dura encore plus longtemps. Il étouffait. Quand ils firent surface, la voix lui demanda :
– Ne peux-tu pas voir un peu plus ?
– Je commence à voir terre.
L’étranger lécha alors les yeux de l’aveugle. Celui-ci nota que la langue de l’étranger était très rêche, si rêche qu’il crut qu’elle allait lui couper les yeux.
Derechef, Aningaat fut replongé. À moitié mort, asphyxié, il fut remonté à la surface.
– Tu ne peux toujours pas voir ? demanda la voix.
– Si, je peux voir terre là-bas.
L’étranger lécha de nouveau les yeux d’Aningaat. Ils replongèrent dans le lac. Ayant refait surface, l’étranger redemanda :
– Ne peux-tu pas voir l’herbe au sommet de la colline ?
– Si ! je peux voir un peu d’herbe mais floue.
Une fois de plus, ils plongèrent. Cette fois encore plus longtemps. Aningaat était quasiment asphyxié quand ils refirent surface. Ses yeux furent re-re-léchés. L’étranger lui re-re-demanda :
– Ne peux-tu toujours pas voir l’herbe à la cime de la colline ?
– Si ! si ! je vois l’herbe !
Il pouvait même voir l’herbe se courbant sous la brise. Il pouvait voir très loin. Prêt à être ramené au rivage.
Une fois qu’ils furent revenus au rivage, l’étranger dit à Aningaat de ne pas regarder en arrière vers lui tant qu’il n’aurait pas disparu avec son qajaq. Mais, tandis que Aningaat entendait l’étranger pagayer en s’éloignant, il jeta un rapide coup d’œil à la dérobée et il put voir que l’étranger avait un dos sans peau. Dès qu’il vit cela, il eut très peur et détourna son regard.
Aningaat rentra à la maison grâce aux marques que sa sœur avait alignées pour indiquer le chemin. Coupant un bout de cuir en haut de ses bottes, il s’en fit une fronde. Tout en rentrant à la maison, il passait du temps à tirer des cailloux sur les sternes.
Arrivé au qarmmaq, il interrogea sa grand-mère :
