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Tiré de l’ouvrage « Simple récits de l’Histoire de France » du pédagogue Gustave Ducoudray, cette Histoire de France est conçue comme un manuel destiné aux néophytes. Des guerres de religion à Louis XIV, en passant par Napoléon et la féodalité, l’Histoire est ainsi rendue accessible au plus grand nombre, dans un style simple, clair mais néanmoins précis.

Contenu :

1. LES GAULOIS
2. LES FRANCS
3. CHARLEMAGNE (768-814)
4. LOUIS LE PIEUX—LE TRAITÉ DE VERDUN—CHARLES LE
CHAUVE—LES NORMANDS
5. LA FÉODALITÉ
6. LES CROISADES—LA CHEVALERIE
7. PHILIPPE LE BEL ET SES FILS—LES VALOIS—GUERRE DE
CENT ANS
8. CHARLES VI
9. CHARLES VII—JEANNE D'ARC
10. LOUIS XI (1461-1483)
11. CHARLES VIII—LOUIS XII—FRANÇOIS Ier
12. LES GUERRES DE RELIGION
13. LOUIS XIII (1610-1643)—MINISTÈRE DU CARDINAL DE
RICHELIEU
14. LOUIS XIV (1643-1715)—MAZARIN
15. LOUIS XV (1715-1774)
16. LOUIS XVI—LA RÉVOLUTION (1774-1793)
17. LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
18. LE CONSULAT (1799-1804)
19. L'EMPIRE (1804-1815)
20. LA FRANCE DEPUIS 1815
21. LEXIQUE

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Histoire de France

TIRÉE DE DUCOUDRAY

Ovando Byron Super

Table des matières

1. LES GAULOIS

2. LES FRANCS

3. CHARLEMAGNE (768-814)

4. LOUIS LE PIEUX—LE TRAITÉ DE VERDUN—CHARLES LE CHAUVE—LES NORMANDS

5. LA FÉODALITÉ

6. LES CROISADES—LA CHEVALERIE

7. PHILIPPE LE BEL ET SES FILS—LES VALOIS—GUERRE DE CENT ANS

8. CHARLES VI

9. CHARLES VII—JEANNE D'ARC

10. LOUIS XI (1461-1483)

11. CHARLES VIII—LOUIS XII—FRANÇOIS Ier

12. LES GUERRES DE RELIGION

13. LOUIS XIII (1610-1643)—MINISTÈRE DU CARDINAL DE RICHELIEU

14. LOUIS XIV (1643-1715)—MAZARIN

15. LOUIS XV (1715-1774)

16. LOUIS XVI—LA RÉVOLUTION (1774-1793)

17. LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

18. LE CONSULAT (1799-1804)

19. L'EMPIRE (1804-1815)

20. LA FRANCE DEPUIS 1815

21. LEXIQUE

1

LES GAULOIS

De la plus haute cime des monts d'Auvergne, au centre de la France, on verrait, si l'œil était assez perçant, comme limites de notre pays, au midi la chaîne des Pyrénées qui se dresse entre lui et l'Espagne; une vaste nappe d'eau, la Méditerranée qui peut nous conduire en Afrique et en Orient; les Alpes, les plus hautes montagnes de l'Europe, notre barrière contre l'Italie. A l'est, les Alpes prolongeraient leurs sommets couverts de neige jusqu'à une autre muraille, le Jura qui nous sépare de la Suisse; le large fleuve du Rhin laisserait, au delà de ses rives, distinguer l'Allemagne; c'est lui qui autrefois nous servait de limite dans tout son cours et protégeait notre pays au nord aussi bien qu'à l'est. A l'ouest, au delà du bras de mer qu'on appelle la Manche, on apercevrait, à demi-cachée dans la brume, une grande île, l'Angleterre; enfin, le soleil couchant offrirait un spectacle magnifique en éteignant ses dernières clartés dans l'océan Atlantique. A nos pieds nous verrions de larges fleuves quelquefois terribles, de nombreuses et belles rivières dont quelques-unes sont paresseuses; un pays âpre et montueux au centre et au midi, uni vers le nord, mais partout fertile, ni trop humide ni trop aride, assez bien fermé pour la défense, néanmoins ouvert au commerce et, à l'intérieur, plus ouvert encore aux échanges mutuels entre les habitants de chaque région.

La France, dans les temps anciens, s'appelait la Gaule. Elle ne présentait qu'une suite de vastes forêts, entremêlées de marécages. Les chênes, les hêtres, les érables, les bouleaux remplissaient les vallées et couronnaient les montagnes. Ces arbres formaient une voûte de feuillage que pouvaient à peine percer les rayons du soleil.

Dans ces bois presque continus abondaient les loups, les ours, les sangliers et des troupeaux de porcs aussi dangereux que les sangliers. L'aurochs, taureau sauvage, aux cornes longues et terribles, et dont l'espèce a presque disparu de l'Europe, était le plus fort de ces animaux et le roi des forêts de la Gaule.

Toujours en lutte contre les bêtes féroces, les peuples primitifs savaient les pousser dans certaines parties des bois et les faire tomber dans des filets tendus aux arbres ou dans des fosses cachées sous le feuillage. Là, à coups de flèches et de piques, ils les tuaient plus aisément. Souvent aussi ils les attaquaient en face. Dans leurs villages, de nombreuses têtes de loups et d'aurochs suspendues aux portes des cabanes indiquaient la demeure des plus intrépides chasseurs. Ils avaient pour armes défensives des boucliers aussi hauts qu'un homme, et que chacun ornait à sa manière: quelques-uns y faisaient graver des figures d'airain en bosse et travaillées avec beaucoup d'art. Leurs casques d'airain avaient de grandes saillies et donnaient à ceux qui les portaient un aspect tout fantastique. A ces casques étaient fixées des cornes, des figures d'oiseaux ou de quadrupèdes. Ils avaient des trompettes barbares, d'une construction particulière, qui rendaient un son rauque et approprié au tumulte guerrier. Les uns portaient des cuirasses de mailles de fer, les autres combattaient nus; au lieu d'épées, ils avaient des espadons suspendus à leur flanc droit par des chaînes de fer ou d'airain.

Le courage avec lequel ils se servaient de ces armes et affrontaient la mort sous tous ses aspects, provenait aussi bien d'un de leurs dogmes religieux que de leur naturel hardi. Les Gaulois possédaient «la croyance la plus ferme et la plus claire de l'immortalité de l'âme: toutes leurs coutumes étranges ou naïves, touchantes ou cruelles, s'expliquent par cette foi.»

Une des principales fêtes de la religion gauloise était la récolte du gui, en l'honneur du dieu Hésus.

Le gui, plante parasite qui croît sur des arbres comme le pommier, mais rare sur le chêne, possédait, selon la croyance des druides, la vertu de guérir tous les maux. Chaque année, à la fin de l'hiver, les druides le cherchaient. Sitôt qu'ils l'avaient trouvé, le peuple accourait en foule. Le chef des druides, armé d'une faucille d'or, s'approchait de l'arbre chéri des dieux et coupait le gui sacré. On immolait deux taureaux sans tache, et la fête se terminait par de bruyants banquets.

Malheureusement, les animaux n'étaient pas toujours les seules victimes offertes en sacrifice. Les druides croyaient devoir, pour apaiser les dieux, leur immoler des hommes. Dans quelques tribus, dit-on, on remplissait d'hommes vivants de grands mannequins d'osier, on y mettait le feu, et les victimes, innocentes ou coupables, périssaient enveloppées par les flammes.

Peu de peuples furent aussi remuants que les populations gauloises. Les révolutions de leur pays les rejetaient toujours sur les contrées voisines, et leur humeur aventureuse les entraînait plus loin. Le soleil et les richesses de l'Italie les attirèrent dès l'année 400 avant Jésus-Christ. Vers l'an 390, une de leurs tribus, les Sénons, s'avancent jusqu'à Clusium en Étrurie; ils réclament des terres; une députation part de Rome pour jouer le rôle d'arbitre, mais elle oublie bien vite cette haute mission et combat au lieu de négocier. Un chef gaulois est même tué par un des députés: on demande à Rome réparation; le crédit dont jouit la famille du coupable empêche de faire droit à cette juste demande. Les Barbares marchent alors sur Rome et rencontrent l'armée romaine à une demi-journée de la ville, sur les bords de l'Allia. Frappés d'une terreur panique à la vue de ces sauvages ennemis, les Romains se débandent et courent se réfugier, partie dans la ville, partie dans les villes alliées. Bientôt les Gaulois arrivent: ils ne trouvent dans la cité que de vieux magistrats qui, ne voulant pas fuir et ne pouvant combattre, ont refusé de s'enfermer dans la forteresse du Capitole. Un des Barbares ayant touché la barbe du vieux Papirius, celui-ci le frappe de son bâton; le Gaulois irrité le tue, et dès lors commence le massacre; bientôt l'incendie le suit et dévore une cité déjà grande qui comptait plus de trois siècles d'existence.

La citadelle, où tous les hommes qui savent tenir une épée ont accouru pour défendre la patrie, est assiégée; un jour même, sans le cri des oies consacrées à la déesse Junon, qui réveillent le brave Manlius et quelques amis, le Capitole était pris. Les Romains parviennent à repousser cette attaque, mais épuisés, sans vivres, ils se rendent. Pour peser la rançon de mille livres d'or, les vainqueurs apportèrent de faux poids, et leur chef ne répondit aux réclamations qu'en jetant encore dans la balance sa lourde épée, puis son baudrier, et en répétant le mot qui retentit souvent dans l'antiquité, où l'on ne connaissait guère la pitié: «Malheur aux vaincus!» (390 avant Jésus-Christ). Un vaillant chef, Camille, accourut de l'exil, fit honte aux Romains de leur lâcheté, rompit tout traité et mit en fuite l'armée gauloise. C'est du moins le récit de l'historien de Rome, Tite Live, qui a voulu, adoptant la tradition populaire, couvrir une défaite réelle par une victoire tardive et douteuse.

Longtemps encore les Gaulois furent la terreur de Rome, et cette fameuse république n'acheva que deux siècles plus tard la soumission de ceux qui occupaient le nord de l'Italie. Les Romains passèrent ensuite les Alpes, formèrent d'abord une province en Gaule, et à partir de l'année 125, y fondèrent deux villes, Aix et Narbonne.

Puis, un grand capitaine, Jules César, soumit presque tous les peuples gaulois, de 58 à 52 avant Jésus-Christ. Dans la dernière année seulement, les Gaulois comprirent la nécessité de l'union et, conduits par Vercingétorix, essayèrent de repousser l'ennemi commun. Mais, après une année de lutte, ils essuyèrent, sous les murs d'Alésia, une défaite irrémédiable.

Les Gaulois, inférieurs aux Romains en discipline, en science militaire, ne surent pas en outre s'entendre pour leur résister. Jules César battit les différents peuples les uns après les autres, et en 53 avait à peu près soumis la Gaule.

Mais un peuple qui, de l'aveu de ses ennemis, s'était placé au-dessus de tous les autres par sa vertu guerrière, ne pouvait, sans une vive douleur, subir le joug des Romains. Au fond des bois, les plus importants personnages des cités se réunissent; ils jurent sur les enseignes militaires de combattre et de mourir plutôt que de perdre la gloire et la liberté qu'ils ont reçues de leurs pères. Les Carnutes (habitants de Chartres) doivent donner le signal, et la révolte éclate, à la fin de l'année 53, par le massacre des Romains établis dans la ville de Genabum (Gien ou Orléans), sur les bords de la Loire.

En un jour la nouvelle de ce massacre arrive, transmise par des cris dans les campagnes, jusqu'aux monts d'Auvergne, à Gergovie (près de la ville actuelle de Clermont).

Là vivait un jeune homme d'une noble et puissante famille, Vercingétorix. Son père avait tenu le premier rang dans la Gaule, et ses concitoyens l'avaient fait mourir parce qu'il aspirait à la royauté. Le fils n'en avait pas moins gardé une foule d'amis et de clients, qu'il enflamma de son amour de la patrie et à la tête desquels il se rendit maître de Gergovie. Puis il envoya des députés pour déterminer les peuples de la Gaule à se soulever: presque tous répondirent a son appel.

Nommé seul chef des peuples gaulois, Vercingétorix tint tête une année entière aux armées romaines. César même fut battu sous les murs de la ville de Gergovie dont il avait essayé de s'emparer. Mais le général romain reprit l'avantage et força enfin Vercingétorix à se réfugier dans la ville d'Alésia ou Alise.

Située sur une colline, la cité d'Alise ne pouvait guère être enlevée d'assaut. César résolut de la prendre par la famine. Les soldats romains, exercés aux plus durs travaux, creusèrent autour de la colline d'Alise des fossés et construisirent un retranchement protégé en avant par de grands rameaux fourchus. En outre, vingt-trois tours placées de distance en distance le défendaient.

Vercingétorix appela à lui tous les peuples de la Gaule. Deux cent quarante mille guerriers accoururent pour le délivrer. Mais César avait prévu cette attaque. De même qu'il avait creusé des fossés du côté de la ville, il en avait fait creuser aussi du côté de la campagne et se trouvait garanti en avant et en arrière. Vainement les Gaulois d'Alise descendirent de leur colline pour combattre les Romains, tandis que l'armée gauloise du dehors les attaquait. Assaillis de toute part, mais bien abrités, les Romains résistèrent de toute part. Après une bataille qui se prolongea trois jours, la grande armée gauloise fut vaincue, presque anéantie.

Désormais sans espoir, épuisés par la famine, les défenseurs d'Alise se rendirent à César. Alors un cavalier, paré comme pour la bataille, sortit de la ville. Il alla droit à un tertre de gazon où s'élevait le tribunal de César, en fit le tour, s'arrêta devant le vainqueur, jeta ses armes à ses pieds et garda le silence. C'était Vercingétorix, qui se livrait aux Romains pour qu'on épargnât la ville. Les principaux chefs gaulois le suivaient (52 avant Jésus-Christ). Sans se laisser toucher par une si grande infortune, César les fit tous enchaîner et jeter en prison. Il emmena plus tard à Rome Vercingétorix, le promena en triomphe et le fit décapiter.

La résistance ayant cessé, César se montra moins rigoureux: il ménagea les Gaulois pour les tributs (près de 8 millions de francs seulement), et encore ce tribut fut déguisé sous le nom de solde militaire. Il engagea à tout prix leurs meilleurs guerriers dans ses légions; il en composa une tout entière dont les soldats portaient sur leurs casques une alouette, d'où son nom, légion de l'Alouette. On ne peut dire s'il eût mieux valu pour la Gaule garder sa propre civilisation et son indépendance; mais sous la domination de Rome, elle s'initia bien vite aux arts, à la riche culture, à l'esprit, au raffinement des Grecs et des Romains.

Les Romains avaient, à côté des cirques, construit des écoles où les jeunes Gaulois se pressaient aux leçons de maîtres célèbres. Les Gaulois d'ailleurs rivalisèrent bientôt avec leurs maîtres dans les sciences et dans les arts: ils ne parlèrent plus que la langue latine, qui, persistant à travers les siècles, a contribué à former la langue française.

2

LES FRANCS

Quatre siècles après la conquête, à voir les forêts défrichées, des routes ouvertes, des villes opulentes, des monuments magnifiques dont il reste de magnifiques débris, un peuple actif, enrichi, policé, parlant latin et rivalisant d'esprit, comme d'élégance, avec ses maîtres, on n'aurait pu reconnaître la Gaule. La religion même avait changé; vainqueurs et vaincus se rapprochaient, pour la plupart, dans le culte du vrai Dieu; la foi chrétienne, grâce à l'héroïsme des martyrs, avait fait reculer et le culte farouche des druides et le culte honteux des idoles païennes. Mais l'invasion barbare ne tarda pas, facilitée par les divisions de l'empire et l'affaiblissement des populations corrompues, à replonger notre pays dans les combats, les souffrances, la misère et l'ignorance. Des nuées de Germains, venus du centre de l'Europe, envahissent la Gaule, comme les autres parties de l'empire, et, à plusieurs reprises, la ravagent en tous sens. Au cinquième siècle après Jésus-Christ, la domination romaine a presque disparu dans notre pays. Les Francs dominent au nord; les Burgondes à l'est; les Wisigoths, venus par le midi, au midi. Puis une nouvelle invasion, plus terrible encore, menace ces barbares qui commencent à se fixer, c'est celle des Huns, sortis des steppes de l'Asie. Ils sont conduits au pillage du monde par un chef terrible, Attila, qui s'intitule lui-même le fléau de Dieu, et foule tellement la terre, «que l'herbe ne croît plus où son cheval a passé.» Vingt villes de la Gaule sont détruites. Mais Romains, Francs, Burgondes, Wisigoths, tous réunis contre l'ennemi de tous, arrivent, repoussent Attila et lui font essuyer un sanglant désastre dans les plaines de Méry-sur-Seine (451).

Les Huns vaincus s'enfermèrent dans leur camp derrière leurs nombreux chariots. Attila se tenait près d'un bûcher autour duquel les Huns se rangèrent, une torche à la main, prêts à mettre le feu si le camp était forcé. Mais les coalisés ne commencèrent point l'attaque. Attila partit, emmenant avec lui comme otage l'évêque de Troyes.

Deux ans après, le roi des Huns mourait, et ce peuple cessa d'être redoutable.

Parmi les peuples qui avaient combattu les Huns, on avait remarqué les Francs sous les ordres de Mérovée, chef de la tribu des Saliens, et qui seul de toute sa tribu portait une longue chevelure, signe distinctif de la royauté.

Les guerriers francs relevaient leurs cheveux sur le sommet du front en forme d'aigrette; leur visage était entièrement rasé, à l'exception de deux longues moustaches qui leur tombaient de chaque côté de la bouche. Grands, vigoureux, serrés dans leurs habits de toile, ils ressemblaient par leur visage et leur caractère aux anciens Gaulois, surtout à ceux des pays du Nord. Ils lançaient avec adresse leur francisque (hache à deux tranchants) et manquaient rarement l'endroit qu'ils avaient mesuré de l'œil; ils se servaient aussi d'une pique, armée de plusieurs crochets recourbés comme des hameçons.

Idolâtres comme les anciens Gaulois, les Francs se faisaient des images des arbres, des oiseaux, des bêtes sauvages, et les adoraient. Ils croyaient que les braves allaient dans les palais de leur grand dieu Odin goûter les joies d'un éternel banquet, et cette croyance les poussait à braver la mort avec une audace extraordinaire.

Clovis (481-511).—Clovis, fils de Childéric, fut, à l'âge de quinze ans, promené sur un bouclier suivant la coutume des Francs et proclamé roi (481). Animé d'une ardeur guerrière, il entraîna son peuple à la conquête de la Gaule. Il attaqua les troupes romaines qui occupaient encore une partie de la Gaule et les défit avec leur général Syagrius, près de Soissons (486). Cette ville devint des lors sa capitale.

Clovis n'était guère le maître de ses soldats que pendant le combat. Les Francs ayant pillé une église de la ville de Reims et emporté un vase très précieux, l'évêque Remi fit réclamer ce vase. «Suivez-moi jusqu'à Soissons, dit Clovis aux envoyés, parce que là sera partagé tout ce qui a été gagné; lorsque ce vase sera tombé dans mon lot, je remplirai le désir de l'évêque.»

Tout le butin étant réuni, Clovis dit: «Je vous prie, mes braves guerriers, de ne pas me refuser ce vase en dehors de ma part.»

Les soldats consentaient, lorsque l'un d'eux, plus envieux, refusa et frappa le vase avec sa hache en disant: «Tu n'auras rien, ô roi, que ce que le sort t'accordera.» Clovis garda le silence et ne manifesta point sa colère.

L'année suivante, il passait une revue de ses guerriers et examinait leurs armes. Lorsqu'il arriva devant le soldat qui avait brisé le vase: «Nul, lui dit-il, n'a ici des armes aussi mal entretenues que les tiennes.» Puis, lui prenant sa hache, il la jeta par terre, et comme le soldat se baissait pour la ramasser, Clovis leva sa propre hache et lui fendit la tête, en s’écriant: «Qu'il te soit fait ainsi que tu as fait au vase, l'an passé, dans Soissons!» Il inspira ainsi une grande crainte.

Clovis épousa en 493 Clotilde, nièce de Gondebaud, roi des Burgondes. Or Clotilde était chrétienne. Elle s'appliqua à convertir à sa religion son époux, encore païen.

Clovis avait déjà, grâce à ce mariage, gagné plusieurs villes, entre autres Paris. Une victoire sur les Alamans le rendit encore plus docile aux exhortations de la reine et de l'évêque saint Remi. Les Alamans passaient le Rhin en grand nombre pour prendre aussi leur part de cette Gaule que les Francs semblaient vouloir s'attribuer tout entière. Toutes les tribus franques accoururent autour de Clovis, et la bataille s'engagea à Tolbiac, près de Cologne (496). Les Francs plient un instant. Clovis, qui avait laissé baptiser deux de ses enfants, invoque, dit-on, le Dieu de Clotilde et promet de se faire chrétien s'il est vainqueur. La victoire lui revient et les Alamans sont rejetés au delà du Rhin. Clovis alors se fit baptiser par saint Remi, avec 3000 de ses soldats.

Tous les évêques de la Gaule félicitèrent le nouveau converti, et tout le pays entre la Seine et la Loire se soumit au prince que l'Église appelait déjà «sa colonne de fer.» Clovis, excité par la reine Clotilde, toujours préoccupée de venger sa famille détruite par le cruel Gondebaud, battit ce roi près de Dijon et lui imposa un tribut. Des lors il domina sur les bords de la Saône.

Restaient les Wisigoths. Les évêques du Midi, que persécutait ce peuple, appelaient Clovis. Celui-ci réunit ses farouches guerriers et leur dit: «Je supporte avec grand chagrin que ces impies possèdent une partie des Gaules. Marchons avec l'aide de Dieu, et, après les avoir vaincus, réduisons leur pays en notre pouvoir.» Cette nouvelle expédition plut singulièrement aux guerriers francs: ils approuvèrent; on passa la Loire. Clovis avait surtout défendu de piller le territoire de Tours, placé sous la protection spéciale de saint Martin, alors vénéré comme le plus grand apôtre des Gaules. «Où sera l'espoir de la victoire si nous offensons saint Martin?» disait Clovis avec cette dévotion intéressée qui pouvait seule avoir action sur des barbares. Un soldat, ayant arraché une botte de foin à un pauvre homme, fut mis à mort. Les heureux augures, les merveilles même se multiplièrent, si l'on en croit la légende, sur les pas de celui qui se confiait en la protection de saint Martin.

Pour atteindre l'armée d’Alaric, Clovis remontait la rivière de Vienne et cherchait un gué: «une biche d'une merveilleuse grandeur» le lui montre en passant elle-même la rivière. Encore aujourd'hui cet endroit porte le nom populaire de Gué de la Biche. Lorsqu'elle approcha de Poitiers, l'armée des Francs vit un globe de feu qui paraissait sortir de l'église d'un autre saint célèbre, Hilaire de Poitiers, «sans doute, dit le chroniqueur, afin qu'aidés par la lumière du bien heureux confesseur, ils assaillissent plus hardiment les bataillons de ces hérétiques contre lesquels le saint évêque avait souvent combattu pour la foi.» Alaric, roi des Wisigoths, hésitait à engager l'action contre les Francs; il temporisait, espérant un prompt secours d'autres barbares d’Italie, les Ostrogoths; mais les chefs n'étaient point maîtres de leurs armées: «Nous valons bien les Francs en force et en courage!» s'écrièrent les soldats d’Alaric, et la bataille s'engagea a Voulon (4 lieues de Poitiers). Alaric était prudent, mais non lâche; il le prouva en demeurant sur le champ de bataille même après que ses lignes eurent été enfoncées. Il fut tué de la main même de Clovis. Celui-ci toutefois courut un grand danger: deux soldats Goths le frappèrent ensemble de leurs lances; mais les lances ne purent entamer la cuirasse du chef des Francs qui fut sauvé. En quelques heures la victoire fut complète et le carnage affreux. «Les cadavres, dit le chroniqueur, étaient amoncelés en tel nombre, qu'on eût dit des montagnes de morts.» Tout le midi de la Gaule, avec ses opulentes cités, tomba au pouvoir des Francs qui, pendant plusieurs mois, ne cessèrent de ravager le pays.

Les Francs dominèrent alors jusqu'aux Pyrénées. Cependant toutes les tribus franques ne reconnaissaient pas l'autorité de Clovis. Toujours rusé et cruel, il se délivra de leurs rois, qu'il fit tuer en secret les uns après les autres. Il devint ainsi le seul chef des Francs.

Clovis avait fondé un État qui est le plus ancien de tous les États de l'Europe, et fait de la Gaule la France. Il mourut en l'année 511, dans la cité de Lutèce, qu'on appelait déjà Paris, et dont il avait fait sa capitale.

Les fils de Clovis; partage de la Gaule.—L’égalité des partages entre les enfants étant la règle des successions chez les Francs, les quatre fils de Clovis se divisèrent toutes ses conquêtes comme un simple butin. Chacun eut sa part de territoire et de trésors, de villes et d'étoffes précieuses. Il y eut un roi de Paris, Childebert; un roi de Soissons, Clotaire; un roi d'Orléans, Clodomir; un roi de Metz, Thierry. Et, de même que Clovis, en vrai barbare, avait dépouillé ses parents, de même ses fils cherchèrent à se dépouiller les uns les autres. Les enfants de Clodomir furent massacrés par leurs oncles Clotaire et Childebert.

Quelques années plus tard, Clotaire et Childebert reprirent contre la Bourgogne la guerre et soumirent ce royaume (533-534).

Clotaire Ier (558-561).—Clotaire, d'abord roi de Soissons, puis de Paris, survécut à ses frères et se trouva en 558 seul possesseur des pays soumis par les Francs. Cruel, il n'hésita pas à faire périr son fils Chramne qui s'était révolté contre lui avec l'aide du roi des Bretons. Chramne, vaincu, fut brûlé dans une cabane où il s'était réfugié. Clotaire mourut lui-même en 561.

Quatre fils lui restaient. Après sa mort il y eut encore quatre royaumes. Caribert eut le royaume de Paris; Sigebert, celui de Metz; Chilpéric, celui de Soissons; Gontran, le royaume de Bourgogne. Plus violents encore que les fils de Clovis, ces princes, réduits bientôt à trois par la mort de Caribert (567), se firent bientôt des guerres acharnées. Au milieu de cette confusion on distingua surtout la rivalité des deux royaumes de Chilpéric et de Sigebert.

La Neustrie et l'Austrasie.—Les Francs du royaume de Chilpéric (Soissons) et tous ceux qui habitaient de la Somme à la Loire se mêlaient de plus en plus avec les populations gallo-romaines, prenaient leurs mœurs et leurs usages. Ils devenaient ainsi de jour en jour plus différents des Francs du royaume de Sigebert (Metz), de ceux qui habitaient les pays de l'est, les bords de la Meuse, de la Moselle et du Rhin. Ceux-ci furent désignés sous le nom d’Austrasiens, les autres sous le nom de Neustriens. L'animosité de ces deux peuples se manifesta d'abord par la guerre qu'excita la rivalité de deux femmes tristement célèbres, Brunehaut, femme de Sigebert, et Frédégonde, femme de Chilpéric.

Brunehaut, fille d'un roi des Wisigoths et élevée en Espagne dans des idées toutes romaines, avait voulu imposer ces idées aux guerriers francs de l'Austrasie. Elle voulait faire disparaître les coutumes barbares, réparait les voies que les Romains avaient construites et qu'on laissait tomber en ruine. Mais elle était emportée, avide. Elle faisait mettre à mort sans jugement les leudes1 dont elle convoitait les trésors. Elle persécutait les évêques qui lui reprochaient ses violences. Elle arma même l'un contre l'autre ses deux petits-fils, Thierry II, roi de Bourgogne, et Théodebert II, roi d'Austrasie. Théodebert fut saisi et peu après mis à mort. Thierry II régna alors avec Brunehaut sur l'Austrasie et sur la Bourgogne. Mais Thierry, que Brunehaut avait laissé s'énerver dans les plaisirs, mourut tout à coup en 613, et Brunehaut demeura seule avec quatre arrière-petits-enfants en bas âge. Les leudes pensèrent alors que le moment était venu de se venger de cette femme ambitieuse et altière. De son côté, le fils de la cruelle Frédégonde, Clotaire II, trouva le moment favorable pour attaquer Brunehaut. Celle-ci fut abandonnée par son armée et bientôt livrée à Clotaire II.

Le roi de Neustrie se montra le digne fils de Frédégonde par le supplice auquel il soumit la reine vaincue. Pendant trois jours elle fut exposée aux insultes des soldats, promenée honteusement sur un chameau, puis attachée à la queue d'un cheval fougueux qui lui brisa le crane et traîna son cadavre mutilé sur les pierres des chemins. Ce fut ainsi que mourut, en 613, Brunehaut, fille de roi, épouse de roi, mère de roi, aïeule et bisaïeule de rois.

Clotaire II (586-628).—Le roi de Neustrie, Clotaire II, le fils de Frédégonde, réunit sous son autorité les deux royaumes et régna jusqu'en 628, seul maître de toute la Gaule comme l'avaient été Clotaire Ier et Clovis.

Dagobert Ier (628-638); grandeur du royaume franc.—Son fils, Dagobert Ier, le plus puissant des rois de la famille ou dynastie de Mérovée, ne fut nullement le prince débonnaire que nous représente la légende: il avait au contraire forcé les grands à l'obéissance et se montrait terrible aux méchants. A peine prenait-il le temps de manger et de dormir, tant le zèle de la justice l'animait. Il était maître d'un vaste empire qui débordait bien au delà du Rhin. Il recevait en effet tribut des Alamans, des Thuringiens, des Bavarois et porta ses armes jusque dans la vallée du Danube où il eut à soutenir de rudes guerres.

C'était dans sa villa de Clichy, près de Paris, que Dagobert aimait à résider et à déployer ses richesses. Assis sur un trône d'or, la couronne sur la tête, il donnait audience comme un véritable empereur.

Décadence des Mérovingiens; les rois fainéants.—A la mort de Dagobert les partages se renouvelèrent ainsi que les guerres civiles. La famille de Mérovée alla sans cesse en dégénérant, et alors commença la série des souverains appelés rois fainéants: reproche injuste, car beaucoup n’arrivèrent pas à l'âge d'hommes, et ceux qui y arrivaient étaient relégués dans quelque villa au fond des forêts. De loin en loin un chariot traîné par des bœufs les amenait à l'assemblée générale des guerriers, puis, lorsqu'on leur avait rendu de vains honneurs, on les renvoyait à leurs chasses et a leurs plaisirs. Les maires du palais gouvernaient à leur place.

Les maires du palais avaient d'abord été de simples officiers du roi, juges des querelles qui éclataient dans les villas royales ou entre les compagnons du roi. Élus par les leudes qu'ils conduisaient aux combats, ils devinrent les tuteurs des rois enfants, puis les maîtres de ceux qu'ils avaient élevés. Il y avait un maire du palais dans chaque royaume. Et les maires combattirent entre eux comme avaient combattu les rois.

Les maires du palais prenaient si bien la place des rois qu'il n'y avait même déjà plus, depuis l'année 679, de rois en Austrasie. La famille de Pépin de Landen, dans laquelle depuis longtemps les leudes choisissaient les maires du palais, commandait seule aux Austrasiens. Sous la conduite de guerriers remarquables sortis de cette vaillante famille, les Austrasiens devinrent de jour en jour plus forts. Une victoire décisive de leur chef Pépin d'Héristal, remportée à Testry (en 687), sur les Neustriens, assura aux Austrasiens la domination de la Gaule.

Il y eut sans doute encore des fantômes de rois en Neustrie, mais de fait la famille de Pépin d'Héristal remplaçait déjà celle de Clovis.

De cette famille, en réalité maîtresse de la Gaule, sortit le fameux Charles Martel, l'un des plus grands guerriers de l'époque, qui renouvela les exploits de Clovis et annonçait ceux de Charlemagne.