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Le Léviathan écrit par Thomas Hobbes, ouvrage célèbre de philosophie politique, a été analysé et commenté par de nombreux spécialistes. Mais ces derniers ont toujours délaissé la dernière partie du traité : Du royaume des ténèbres. Jugée obscure et difficilement compréhensible, elle permet à Hobbes de s'épancher sur un mal mystique qui menacerait le monde. Nous proposerons ici une nouvelle clé de lecture de l'ensemble de l'oeuvre politique hobbesienne à partir d'une étude sur ce passage qui se révèle être central et essentiel à la démonstration rhétorique du philosophe partisan de l'ordre.
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Veröffentlichungsjahr: 2020
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On lit souvent le Léviathan de Thomas Hobbes comme un ouvrage rigoureusement construit, par lequel l'auteur aurait entrepris de fonder la science politique. Cette lecture constitue assurément un bon point de départ, mais elle ne rend certainement pas compte du rôle joué par la théologie et sa critique, dans la constitution d'une telle science. Or, c'est l'un des mérites de l'étude que l'on va lire, que de jeter sur l'ensemble du Léviathan, une nouvelle lumière : l'importance accordée à la théologie dans les deux dernières parties du Léviathan ne doit pas conduire à remettre en question le modèle de l'anthropologie et de la science politique tel qu'il est élaboré dans les deux premières parties, bien au contraire, elle doit plutôt permettre de comprendre que la théologie et sa critique constituent la suite et l'achèvement des prémices et des principes exposés précédemment. On trouvera ainsi dans la remarquable étude de Thomas Primerano, « Hobbes contre les ténèbres », des explications éclairantes et vivifiantes sur des questions qui traversent en réalité l'ensemble de l'ouvrage, mais qui trouvent dans la dernière partie, souvent peu étudiée, leur véritable résolution : le salut, le rapport entre la guerre civile et l'apocalypse, la rationalité des actions humaines ou encore le pouvoir de l'imagination et le royaume des fées, apparaissent comme autant de questions essentielles pour comprendre et orienter l'existence politique de l'homme. On pourra également mesurer la force d'un auteur qui, par sa plume et son esprit, s'attache à dissiper les illusions et les fantômes, dans une œuvre où se côtoient la satire et la démonstration, témoignant ainsi du rôle critique joué par la philosophie dans le contexte de crise politique et religieuse de l'Europe à l'époque de l'écriture du Léviathan.
Éric Marquer, professeur d'histoire de la philosophie moderne à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Introduction
I.
L’avènement du royaume des ténèbres
A.
L’anthropologie hobbesienne : les passions
B.
L’imagination au service de la superstition
II.
La puissance du royaume des ténèbres
A.
L’influence des aristotéliciens
B.
L’Eglise contre l’Etat.
III.
Le combat contre les ténèbres
A.
Le souverain, garant de la puissance divine sur terre
B.
L’éducation du peuple
Conclusion
L’ouvrage critique de Hobbes, le Léviathan, alluma un brasier nourri par les différentes controverses qu’il allait susciter chez les élites. Les théologiens notamment conspuèrent l’ouvrage et condamnèrent l’exégèse biblique de Hobbes ainsi que la place faite à l’institution religieuse. Nous pouvons cependant nous douter que Hobbes savait pertinemment que sa critique ne resterait pas impunie car elle sonnait comme un défi envers les Églises Chrétiennes. Trop souvent réduit à un simple ouvrage politique, le Léviathan abrite une théologie affirmée dans la troisième partie du traité, L’État Chrétien, mais ce n'est véritablement que dans la dernière partie, Du royaume des ténèbres, que le projet hobbesien trouve sa visée finale. Visée qui unifie l’ensemble de l’œuvre. Hobbes veut lutter contre le royaume des ténèbres, un enfer sur terre décrit comme l’Apocalypse dans la Bible ; mais ce sont bien les hommes eux-mêmes qui, à travers leurs péchés et leur ignorance amèneront le chaos et la désolation de la guerre civile, réalité sensible de la Parole biblique.
