Joseph Fourier - François Arago - E-Book

Joseph Fourier E-Book

François Arago

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Beschreibung

"Joseph Fourier" de François Arago est une biographie détaillée qui rend hommage à l'un des plus grands mathématiciens et physiciens français du XIXe siècle. Ce livre explore la vie et les contributions scientifiques de Fourier, en mettant en lumière ses découvertes fondamentales et leur impact durable. Arago commence par évoquer la jeunesse de Joseph Fourier, né en 1768 à Auxerre. Il décrit son éducation initiale dans une école militaire, où ses talents en mathématiques deviennent rapidement évidents. Grâce à une bourse, Fourier poursuit ses études à Paris, à l'École Normale, où il se distingue par ses aptitudes exceptionnelles. Le récit s'attarde ensuite sur la carrière académique et scientifique de Fourier. Arago détaille ses travaux sur la théorie analytique de la chaleur, qui introduit les fameuses séries de Fourier. Cette méthode révolutionnaire permet de décomposer des fonctions périodiques en une somme de sinusoïdes, transformant ainsi l'analyse mathématique et trouvant des applications dans de nombreux domaines, de l'acoustique à l'optique en passant par l'ingénierie. Arago explore également le rôle de Fourier dans l'expédition d'Égypte menée par Napoléon Bonaparte, où Fourier non seulement conduit des recherches scientifiques mais contribue également à l'administration du pays. Ses observations et ses études sur le climat égyptien enrichissent encore ses travaux sur la propagation de la chaleur. Le livre met en lumière les nombreuses distinctions et reconnaissances reçues par Fourier, notamment son élection à l'Académie des sciences et son rôle en tant que préfet de l'Isère. Arago souligne comment Fourier utilise ses positions pour promouvoir la science et l'éducation, notamment par la fondation de la Bibliothèque municipale de Grenoble. Enfin, Arago ne manque pas de discuter des aspects plus personnels de la vie de Fourier, notamment ses relations avec ses collègues scientifiques et ses combats contre des problèmes de santé chroniques. Arago clôt son ouvrage par une réflexion sur l'héritage durable de Fourier, dont les découvertes continuent d'influencer les sciences exactes et appliquées. "Joseph Fourier" de François Arago est une biographie captivante et bien documentée qui célèbre l'oeuvre et la vie d'un pionnier de la science moderne.

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Seitenzahl: 94

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Sommaire

Introduction

Naissance de Fourier. — Sa jeunesse

Mémoire sur la résolution des équations numériques

Rôle de Fourier dans notre révolution, — Son entrée dans le corps enseignant de l'École normale et de l'École polytechnique. — Expédition d'Égypte

Fourier préfet de l'Isère

Théorie mathématique de la chaleur

Chaleur centrale du globe terrestre

Retour de Napoléon de l'île d'Elbe. — Fourier préfet du Rhône, — Sa nomination à la place du directeur du bureau de la statistique de la Seine

Entrée de Fourier à l'Académie des Sciences. — Son élection à la place de secrétaire perpétuel. — Son admission à l'Académie française

Caractère de Fourier, — Sa mort

JOSEPH FOURIER

BIOGRAPHIE LUE EN SÉANCE PUBLIQUE DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES, LE 18 NOVEMBRE 1833.

Messieurs, un académicien, jadis, ne différait d’un autre académicien, que par le nombre, la nature et l’éclat de ses découvertes. Leur vie, jetée en quelque sorte dans le même moule, se composait d’événements peu dignes de remarque. Une enfance plus ou moins studieuse ; des progrès tantôt lents, tantôt rapides ; une vocation contrariée par des parents capricieux ou aveugles ; l’insuffisance de fortune, les privations qu’elle amène à sa suite, trente ans d’un professorat pénible et d’études difficiles, tels étaient les éléments tout ordinaires dont le talent admirable des anciens secrétaires de l’Académie a su tirer ces tableaux si piquants, si spirituels, si variés, qui forment un des principaux ornements de vos savantes collections.

Les biographes sont aujourd’hui moins à l’étroit. Les convulsions que la France a éprouvées pour sortir des langes de la routine, de la superstition et du privilége, ont jeté au milieu des orages de la vie politique des citoyens de tous les âges, de toutes les conditions, de tous les caractères. Aussi, l’Académie des sciences a-t-elle figuré dans l’arène dévorante où, durant quarante années, le fait et le droit se sont tour à tour arraché le pouvoir par un glorieux contingent de combattants et de victimes !

Reportez, par exemple, vos souvenirs vers l’immortelle Assemblée nationale. Vous trouverez à sa tête un modeste académicien, modèle de toutes les vertus privées, l’infortuné Bailly, qui, dans les phases diverses de sa vie politique, sut concilier l’amour passionné de la patrie avec une modération que ses plus cruels ennemis eux-mêmes ont été forcés d’admirer.

Lorsque, plus tard, l’Europe conjurée lance contre la France un million de soldats ; lorsqu’il faut improviser quatorze armées, c’est l’ingénieux auteur de l’Essui sur les machines et de la Géométrie de position, qui dirige cette opération gigantesque. C’est encore Carnot, notre honorable confrère, qui préside à l’incomparable campagne de dixsept mois, durant laquelle des Français, novices au métier des armes, gagnent huit batailles rangées, sortent victorieux de cent quarante combats, occupent cent seize places fortes, deux cent trente forts ou redoutes, enrichissent nos arsenaux de quatre mille canons, de soixante-dix mille fusils, font cent mille prisonniers, et pavoisent le dôme des Invalides de quatrevingt-dix drapeaux. Pendant le même temps, les Chaptal, les Fourcroy, les Monge, les Berthollet, concouraient aussi à la défense de la nationalité française, les uns en arrachant à notre sol, par des prodiges d’industrie, jusqu’aux derniers atomes de salpêtre qu’il pouvait contenir ; les autres, en transformant, à l’aide de méthodes nouvelles et rapides, les cloches des villes, des villages, des plus petits hameaux, en une formidable artillerie, dont nos ennemis croyaient, dont ils devaient croire, en effet, que nous étions dépourvus. À la voix de la patrie menacée, un autre académicien, le jeune et savant Meunier, renonçait sans effort aux séduisantes occupations du laboratoire : il allait s’illustrer sur les remparts de Kœnigstein, contribuer en héros à la longue défense de Mayence, et ne recevait la mort, à quarante ans, qu’après s’être placé au premier rang d’une garnison où brillaient les Aubert-Dubayet, les Beaupuy, les Haxo, les Kléber.

Comment pourrais-je oublier ici le dernier secrétaire de l’ancienne Académie ? Suivez-le dans une assemblée célèbre ; dans cette Convention dont on pardonnerait presque le sanglant délire, en se rappelant combien elle fut glorieusement terrible aux ennemis de notre indépendance, et toujours vous voyez l’illustre Condorcet, exclusivement occupé des grands intérêts de la raison et de l’humanité. Vous l’entendez « flétrir le honteux brigandage qui depuis deux siècles dépeuplait, en le corrompant, le continent africain ; » demander avec les accents d’une conviction profonde, qu’on purifie nos codes de cette affreuse peine capitale qui rend l’erreur des juges à jamais irréparable ; il est l’organe officiel de l’assemblée toutes les fois qu’il faut parler aux soldats, aux citoyens, aux factions, aux étrangers, un langage digne de la France ; il ne ménage aucun parti, leur crie sans cesse « de s’occuper un peu moins d’euxmêmes et un peu plus de la chose publique ; » il répond enfin à d’injustes reproches de faiblesse, par des actes qui lui laissent, pour toute alternative, le poison ou l'échafaud.

La révolution française jeta aussi le savant géomètre dont je dois aujourd’hui célébrer les découvertes, bien loin de la route que le sort paraissait lui avoir tracée. Dans des temps ordinaires, c’est de dom Joseph Fourier que le secrétaire de l’Académie aurait dû vous entretenir ; c’est la vie tranquille et retirée d’un bénédictin qu’il eût déroulée devant vous. La vie de notre confrère sera au contraire, agitée et pleine de périls ; elle se passera dans les dangereux combats du forum ; au milieu des hasards de la guerre, en proie à tous les soucis d’une administration difficile. Cette vie, nous la trouverons étroitement enlacée aux plus grands événements de notre époque. Hâtons-nous d’ajouter qu’elle sera toujours digne, honorable, et que les qualités personnelles du savant rehausseront l’éclat de ses découvertes.

NAISSANCE DE FOURIER. — SA JEUNESSE.

Fourier naquit à Auxerre, le 21 mars 1768. Son père, comme celui de l’illustre géomètre Lambert, était un simple tailleur. Cette circonstance eût jadis occupé beaucoup de place dans l'éloge de notre savant confrère ; grâce aux progrès des lumières, je puis en faire mention comme d’un fait sans importance : personne, en effet, ne croit aujourd’hui, personne même ne fait semblant de croire que le génie soit un privilége attaché au rang ou à la fortune.

Fourier devint orphelin à l’âge de huit ans. Une dame qui avait remarqué la gentillesse de ses manières et ses heureuses dispositions, le recommanda à l’évêque d’Auxerre. Par l’influence de ce prélat, Fourier fut admis à l’école militaire que dirigeaient alors les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. Il y fit ses études littéraires avec une rapidité et des succès surprenants. Plusieurs sermons fort applaudis à Paris dans la bouche de hauts dignitaires de l’Église, étaient sortis de la plume de l’écolier de douze ans. Il serait aujourd’hui impossible de remonter à ces premières compositions de la jeunesse de Fourier, puisque, en divulguant le plagiat, il a eu la discrétion de ne jamais nommer ceux qui en profitèrent.

Fourier avait, à treize ans, la pétulance, la vivacité bruyante de la plupart des jeunes gens de cet âge ; mais son caractère changea tout à coup et comme par enchantement, dès qu’il fut initié aux premières notions de mathématiques, c’est-à-dire dès qu’il eut senti sa véritable vocation. Les heures réglementaires de travail ne suffirent plus alors à son insatiable curiosité. Des bouts de chandelles soigneusement recueillis dans la cuisine, les corridors et le réfectoire du collége, servaient, la nuit, dans un âtre de cheminée fermé avec un paravent, à éclairer les études solitaires par lesquelles Fourier préludait aux travaux qui, peu d’années après, devaient honorer son nom et sa patrie.

Dans une école militaire dirigée par des moines, l’esprit des élèves ne devait guère flotter qu’entre deux carrières : l’église et l’épée. Ainsi que Descartes, Fourier voulut être soldat ; comme Descartes, la vie de garnison l’eût sans doute bientôt fatigué. On ne lui permit pas d’en faire l’expérience. Sa demande à l’effet de subir l’examen de l’artillerie, quoique vivement appuyée par notre illustre confrère Legendre, fut repoussée avec un cynisme d’expressions dont vous allez être juges vous-mêmes : « Fourier, répondit le ministre, n’étant pas noble, ne pourrait entrer dans l’artillerie, quand il serait un second Newton ! »

Il y a, Messieurs, dans l’exécution judaïque des règlements, même lorsqu’ils sont les plus absurdes, quelque chose de respectable que je me plais à reconnaître. En cette circonstance, rien ne pouvait affaiblir l’odieux des paroles ministérielles. Il n’est point vrai, en effet, qu’on n’entrât anciennement dans l’artillerie qu’avec des titres de noblesse : une certaine fortune suppléait souvent à des parchemins. Ainsi ce n’était pas seulement un je ne sais quoi d’indéfinissable que, par parenthèse, nos ancêtres les Francs n’avaient pas encore inventé, qui manquait au jeune Fourier, c’était une rente de quelques centaines de livres, dont les hommes placés alors à la tête du pays auraient refusé de voir l’équivalent dans le génie d’un second Newton ! Conservons ces souvenirs, Messieurs : ils jalonnent admirablement l’immense carrière que la France a parcourue depuis quarante années. Nos neveux y verront d’ailleurs, non l’excuse, mais l’explication de quelques-uns des sanglants désordres qui souillèrent notre première révolution.

Fourier n’ayant pu ceindre l’épée, prit l’habit de bénédictin, et se rendit à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loir, où il devait faire son noviciat. Il n’avait pas encore prononcé de vœux, lorsque, en 1789, de belles, de séduisantes idées sur la régénération sociale de la France s’emparèrent de tous les esprits. Aussitôt Fourier renonça à la carrière ecclésiastique, ce qui n’empêcha point ses anciens maîtres de lui confier la principale chaire de mathématiques à l’école militaire d’Auxerre, et de lui prodiguer les marques d’une vive et sincère affection. J’ose le dire, aucune circonstance, dans la vie de notre confrère, ne témoigne plus fortement de la bonté de son naturel et de l’aménité de ses manières. Il faudrait ne pas connaître le cœur humain, pour supposer que les moines de Saint-Benoît ne ressentirent point quelque dépit en se voyant si brusquement abandonnés ; pour imaginer, surtout, qu’ils renoncèrent sans de vifs regrets à la gloire que l'ordre pouvait attendre du collaborateur ingénieux qui leur échappait.

Fourier répondit dignement à la confiance dont il venait d’être l’objet. Quand ses collègues étaient indisposés, le professeur titulaire de mathématiques occupait, tour à tour, les chaires de rhétorique, d’histoire, de philosophie, et, quel que fût l’objet de ses leçons, il répandait à pleines mains, dans un auditoire qui l’écoutait avec délices, les trésors d’une instruction variée et profonde, ornés de tout ce que la plus élégante diction pouvait leur donner d’éclat.

MÉMOIRE SUR LA RÉSOLUTION DES ÉQUATIONS NUMÉRIQUES.

À la fin de 1789, Fourier se rendit à Paris, et lut devant l’Académie des sciences un mémoire concernant la résolution des équations numériques de tous les degrés. Ce travail de sa première jeunesse, notre confrère ne l’a pour ainsi dire jamais perdu de vue. Il l’expliquait, à Paris, aux élèves de l’École polytechnique ; il le développait sur les bords du Nil, en présence de l’Institut d’Égypte ; à Grenoble, depuis 1802, c’était le sujet favori de ses entretiens avec les professeurs de l’École centrale ou de la Faculté des sciences ; ce mémoire, enfin, renfermait les fondements de l’ouvrage que Fourier faisait imprimer lorsque la mort vint le frapper.