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Ce mot, ce petit mot, jamais cité dans cet opuscule mais cependant si commun, si familier, nous pousse pourtant tour à tour à des situations ou des sentiments régulièrement complexes. L'auteur tente ici de dépeindre cet imbroglio d'émotions et d'enbrosser l'environnement. L'ouvrage explore ce sentiment polymorphe, à la fois destructeur et potentiellement salvateur. Il invite à une introspection profonde et à une recherche du Moi pour domestiquer cette affectivité et trouver un équilibre entre l'âme et l'esprit.
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Seitenzahl: 44
Veröffentlichungsjahr: 2025
Ce ne sont pas les choses en elles-mêmes qui nous font peur mais l'opinion que nous avons d'elles.Épictète (Epictetvs)
De la genèse du mot
Un polymorphe sournois
L’opulence subversive
L’affilié de la famille
Un mot salvateur
Le souffle du siècle
Un mal intemporel
Un allié perverti
Aimer et vouloir
L’ennuiDidier Moreau
MMXXV
C’est un opuscule qui, de nouveau, tente d’apprivoiser ce sentiment irréel, multiple, extensible. Tellement indéterminable, ce mot presque sibyllin ne savait trouver place dans les premiers dictionnaires élémentaires. Ce sombre mot tient son origine, nous dit-on, d’une locution populaire. Son étymologie serait issue du franc-parlé du peuple, du terme bas-latin inodiãre. Il résulterait ou aurait été dérivé, ou formé, à partir d’une expression non moins populaire in odio esse pouvant signifier dans la haine, objet de haine ou qui incite la haine mais, quoi que cette expression veuille réellement dénoncer, elle détient une forte connotation de malheur, de rejet ou d’antipathie.
En 1606, le libraire et juré David Dovcevr, de la rue ʃainct Iaques à Paris, achète à grand frais un manuscrit, vraisemblablement écrit en 1559, intitulé Thresor de la Langve Francoyse, dressé et agrémenté par un certain Jean Nicot.
On trouve en fin de ce thésaurus le nom de François de P. Richelet, non moins célèbre homme de lettres qui, en 1658 puis en 1679, nous gratifiera d’autres ouvrages bien inspirés de ce dernier.
Ce petit mot fait alors l’objet de deux pages d’élocutions et d’exemples. Au début, présenté comme le synonyme de ƒaʃcherie, fâcherie, il s’invite à moult compositions dans des situations fort variées, secondé par des compagnons latins aux intentions multiples : tædium (dégoût, à cet instant, j’ai le dégoût du vin), vitae tædet (il m’ennuye de vivre), ægrimonia (malaise, chagrin, peine), odium (haine, colère), incommoditas, molestia… Mais il est toujours engagé vers un sentiment néfaste, pernicieux, destructeur.
En 1694, l’Académie Francoyse qualifie ce terme de chagrin, fâcherie et de lassitude d’esprit : ʃe m'ennuye deʃtre icy. Mais elle retient cette notion de soucis. Le verbe désennuyer devient synonyme de distraire, amuser.
Dans le dictionnaire des Termes du vieux François de M. Borel paru en 1750, le mot n’apparaît pas, mais l’on découvre les mots nuisancons (ennuyeux ou nuisible) et ennuyaumant.
Le Petit Apparat Royal de 1752, enregistré le 31 décembre 1749 par la chambre des libraires du roi Louis XV, reprend fonctionnairement les définitions rédigées dans l’ouvrage acquis par David Douceur.
Ce n’est qu’ en 1798, en l’an VII de la République, que le Nouveau dictionnaire de l’Académie Françoise consacre à ce mot ses valeurs actuelles, ses définitions et les orientations que nous lui connaissons aujourd’hui.
L’homme sera éternellement malheureux, non de par sa nature originelle anxieuse, vestige d’un instinct de survie porté sur la défensive, mais parce qu’il réfléchit. Ce délicat mammifère pense et réfléchit sur tout, sur la naissance du monde, sur la condition de son voisin, sur l’air qu’il respire... Il analyse, maladroitement et souvent avec incompétence et envie, tout ce qui l’entoure. Il revendique à outrance s’extirper de sa condition de créature éduquée où les dieux l’ont circonscrit pour leur ressembler, être l’un des leurs, les surpasser. Mais la masse moutonneuse de ses semblables souvent le rabaisse inexorablement à sa condition première et le plonge dans la déréliction.
De surcroît, l’homme n’est nativement pas d’un ordinaire joyeux. On l’a vu de tout temps gémir et se lamenter sur son triste sort, sur son misérable état. Il manifeste et s’extériorise utopiquement pour des revendications dérisoires qui, très souvent, l’abandonnent désenchanté. Pourtant, il est malgré tout statistiquement inhabituel que la désespérance accapare les entières régions de son cœur ou de son esprit.
Cet être éclairé a de suite composé avec la camarde sachant que, lors de son éphémère séjour, il ne pourra échapper aux tourments de l’existence. Bien que l’un de ses glorieux aïeuls ait affirmé le contraire, il a reconnu très tôt que le mal est partout triomphant et que son espèce est d’un naturel foncièrement mauvais, belliqueux et cupide. Ce petit diable est un chasseur, il aspire à posséder, à vaincre. C’est un guerrier, un conquérant qui se complaît à se détruire lui-même, à ravager son environnement.
Nonobstant cette pessimiste pierre angulaire, les dieux l’ont du moins gratifié d’une robuste ardeur, d’un inébranlable goût pour le développement, lui attisant un assidu espoir de futures améliorations.
Pourtant, inévitablement, les incessantes luttes menées pour apporter quelques agréments à sa société l’amènent à entériner quelques fâcheux paralogismes, l’astreignant un jour à contempler ses égarements, ses stupidités. Et c’est adonc que l’amertume l’envahit. Pour le plus fort ce ne sera qu’un désenchantement passager, une regrettable erreur à partir de laquelle il lui faudra en tirer une expérience et bâtir de nouveaux projets.
Mais pour les autres, pour la majorité des âmes, un tel événement exhorte bien vite des sentiments de désappointement, de doute, d’accablement et même d’anéantissement. La démoralisation et peut-être le désespoir, voire la dépression, peuvent de ce fait veiller en embuscade à la porte de ce mot tant redouté.
Et si, par funeste concours, l’athymie les submerge alors cette porte ouverte vers l’antre sinistre de Hadès ou de Pluton n’est dès lors plus verrouillée.
