L'envie de Vivre - Intégral - Licora L - E-Book

L'envie de Vivre - Intégral E-Book

Licora L.

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Beschreibung

Découvrir un secret sur son existence est déjà difficile, mais apprendre que son avenir est compromis l’est encore plus. Davis, un jeune homme impulsif, se retrouve face à un choix crucial. Sa vie est décousue, son chemin semble tout tracé, et rien ne semble avoir d'importance à ses yeux : ni les sentiments, ni les attaches. Son avenir paraît aussi sombre que son passé. Mais tout bascule lorsqu'une jeune femme entre dans sa vie, ébranlant toutes ses certitudes.

Peut-elle influencer sa décision ? Et si l’envie de vivre, qui lui manque tant, se cachait dans l’ombre de son cœur ? L’amour, lorsqu’il frappe, peut rendre certains choix bien plus compliqués qu’il n’y paraît.

Découvrez un récit où amour et destin se confrontent, et où les choix les plus difficiles sont ceux qui changent tout.


À propos de l’auteure :

Licora L est une auteure spécialisée dans la romance et le paranormal. En parallèle de son activité d'écriture, elle travaille comme infirmière de nuit dans un centre hospitalier.

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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Licora L

L’envie de

Vivre

Pour t’aimer… Encore un peu… Jusqu’à la fin

Version intégrale

Romance

Éditions « Arts En Mots »

Image : Etienne Morax Photographie

Modèle: David Meslet

Illustration graphique : © Graph’L

Pour t’aimer…

1

Samedi 3 mai.

Lucie.

Quelle nuit de travail épuisante ! J’ai cru que je n’en verrais jamais la fin. Il est sept heures trente, je quitte enfin mon poste d’infirmière aux urgences de l’hôpital. Entre les égratignures sans importance, les personnes alcoolisées du vendredi soir, et les vrais cas graves, ma garde fut particulièrement mouvementée. Diplômée depuis deux ans maintenant, je m’épanouis pleinement dans ce métier, parfois bien compliqué, souvent fatigant, mais tellement riche et prenant humainement. Même si tout de suite, ma seule envie est de plonger bien au chaud dans mon lit pour retrouver Morphée.

Une grande bouffée d’air me fouette le visage quand je passe les portes battantes qui mènent vers le parking. Le jour s’est levé et la capitale fourmille déjà. Dans le ciel, quelques rayons de soleil percent les nuages ici et là, créant un faisceau lumineux par endroit. Je respire profondément en profitant de la douceur printanière. J’aime cette odeur fraîche, bien que polluée, du début de matinée. Toute cette effervescence des gens en voiture, à pied ou à vélo qui s’apprêtent à partir travailler quand moi, je vais me coucher. J’ai toujours cette impression de revenir à la vie après avoir passé mes dernières heures à côtoyer la mort. Ce qui me fait apprécier chaque instant du présent, et donne de la saveur à la moindre chose.

Je me dirige vers ma voiture par automatisme, mes yeux ayant du mal à s’acclimater à la luminosité extérieure. Comme un véritable oiseau de nuit. Je crois que les trois jours de repos qui m’attendent vont me faire le plus grand bien. Sauf qu’avant, je dois affronter les embouteillages matinaux. Tout le monde part travailler, il est donc impossible d’y échapper ! Paris est vraiment horrible pour ça. J’en regrette parfois ma campagne natale, les balades en forêt, près de la Sologne, où le chant des oiseaux communie avec le son de la nature. Là, j’ai juste le droit aux klaxons et moteurs en tous genres. Quelle poésie !

Afin d’éviter de continuer de rouler à pas d’escargot, je décide d’emprunter les petites rues, plus longues, mais moins fréquentées. En arrivant près d’un feu, celui-ci vire au rouge ! Génial…

— Allez hop, on se dépêche et on passe au vert. Parce que mes yeux se ferment tous seuls et ma voiture ne possède pas le pilote automatique.

Voilà que je parle au feu maintenant, il faut vraiment que je dorme, on va me prendre pour une folle ! J’ai moi-même parfois quelques doutes quant à ma santé mentale après une nuit de boulot.

J’appuie enfin sur l’accélérateur quand je me sens soudain propulsée, dans un bruit de fracas de tôle.

Mon Dieu, c’était quoi ça ?

Mon cœur tambourine sous la montée d’adrénaline qui se décharge dans mon corps, tandis que ma respiration est devenue plus rapide sous la surprise. Paniquée, je regarde autour de moi, scrute à droite, à gauche à la recherche de la cause. Il me faut quelques secondes pour essayer de me calmer et réaliser ce qu’il se passe. Je constate que ma voiture est légèrement déviée de sa trajectoire.

Comment me suis-je retrouvée là ?

Je jette un œil dans le rétro : j’ai l’impression que mon corps s’est vidé de son sang tant je suis pâle. Je ne ressens aucune douleur et à première vue, je n’ai pas l’air blessée. Mais bon sang, qu’est-ce que j’ai eu peur !

« Putain de merde ! C’est pas possible ! » entends-je râler au loin.

Je défais péniblement ma ceinture de sécurité puis sors de ma voiture, non sans trembler. Mes jambes flageolent et me portent à peine. Si je ne me retenais pas solidement, je serais déjà étalée par terre.

— Vous ne pouvez pas regarder où vous allez ! Bon sang, mais ouvrez les yeux quand vous conduisez ! C’est la nuit qu’il faut dormir, pas au volant d’une bagnole. Putain, les femmes dans une caisse, c’est une catastrophe !

Je me retourne pour voir d’où vient cette voix enragée, au milieu de tous ces klaxons, tandis que mille questions se bousculent encore dans ma tête. Il me semble qu’en fait, je suis légèrement sonnée. Je me tiens le crâne, comme si ce geste allait m’éclairer sur la situation.

— Pardon, je… euh…

Impossible de finir ma phrase, mon cerveau essayant de connecter toutes les données pour comprendre. Lorsque je fais face à l’homme qui s’agite et braille devant moi, je crois rêver ! Ses yeux ont beau être cachés par quelques mèches brunes et des lunettes noires, je peux sentir le poids de son regard furieux sur moi. Son visage est rouge de colère, il se passe énergiquement les mains dans ses cheveux ébène, en tirant dessus et chauffant le bitume avec ses allers-retours incessants. Il va me donner le vertige, s’il continue comme ça !

— Ouh ouh, il y a quelqu’un ? s’agace-t-il.

L’inconnu claque des doigts devant mes yeux pour me faire atterrir, puis me scrute en silence, attendant que je lui réponde quand un petit sourire apparaît au coin de ses lèvres.

— Euh… Je suis désolée, je… Qu’est-ce qui s’est passé ?

Je regarde autour de moi en me concentrant pour essayer de comprendre comment cela s’est déroulé. Je ferme brièvement les paupières pour me remémorer la scène. Si mon raisonnement est bon, je ne suis pas en tort. Mais tout est allé tellement vite que je n’en suis pas sûre.

— Attendez une petite minute là, je suis passée au feu vert. C’est donc vous qui avez grillé le feu rouge et qui m’êtes rentrée dedans ! C’est votre faute ! l’accusé-je en le pointant du doigt, me moquant à cet instant de savoir si c’est le diable en personne.

— Ouais, mais si vous regardiez un peu autour de vous au lieu de roupiller sur votre siège, vous m’auriez vu arriver à toute blinde et tout ceci aurait pu être évité ! hurle l’homme de l’autre voiture. Je suis déjà à la bourre et par votre absence de concentration, c’est encore pire ! En plus, ma bagnole est abîmée !

Reprenant peu à peu mes esprits face à cet enragé, je réplique, bouillonnante de colère :

— Non, mais je rêve là ! Vous ne manquez pas de culot. Vous grillez un feu rouge et c’est moi que vous accusez ? Vous pourriez peut-être vous soucier un minimum de savoir si vous ne m’avez pas blessée dans l’accident !

J’hallucine ! Pour qui il se prend celui-là ? Je jette un œil à sa caisse. Waouh, vu l’engin, il ne doit pas être dans le besoin. Encore un gosse de riche qui s’imagine être un dieu en pensant que la route lui appartient pour faire rouler son joujou.

Le fou furieux soupire en se pinçant l’arête du nez, puis baisse la tête. Il inspire un bon coup avant de rajouter, d’un ton plus calme :

— Vous êtes debout et vous gueulez, c’est que tout va bien. Bref, je n’ai pas le temps de discuter maintenant, je suis pressé.

Alors qu’il s’apprête à s’enfuir, je lui hurle :

— Vous allez où comme ça ? On doit faire un constat !

Il est dingue s’il pensait s’en sortir comme ça ! C’est hors de question, il doit prendre en charge les réparations.

J’observe mon inconnu attraper un morceau de papier blanc et griffonner rapidement quelque chose dessus.

— Tenez, voilà mon numéro de téléphone. Appelez-moi, on le fera votre foutu constat.

Il me le tend puis remonte dans sa voiture, sans cesser de pester contre les dégâts. Elle n’a pas grand-chose, comparée à la mienne. À peine une éraflure. Il exagère ! Je l’interpelle par sa vitre ouverte avant qu’il ne démarre.

— Attendez !

— Quoi encore ? grogne-t-il.

— Comment je peux être sûre que vous ne m’avez pas donné un faux numéro ? C’est tellement facile vu que vous m’accusez d’être responsable de l’accident, lui dis-je suspicieuse.

— Prenez votre téléphone et composez-le, soupire-t-il.

Je file vers ma voiture pour attraper mon portable et reviens vers lui, plus nerveuse que jamais. Une cigarette à la bouche, il tapote énergiquement sa portière du doigt en attendant que je m’exécute. Je jurerais que ses yeux sont en train de me foudroyer sur place.

Une sonnerie résonne dans son véhicule. Fièrement, il me montre son écran avec mon numéro qui s’affiche.

— Voilà, rassurée ? ajoute-t-il avec une pointe de sarcasme.

L’inconnu démarre son bolide et s’en va, le moteur vrombissant, en me laissant plantée sur le trottoir. Je fais quoi moi, maintenant ? Je regarde ma voiture : elle est pas mal amochée niveau carrosserie. J’espère qu’aucune pièce importante n’a été touchée. J’y tiens à ma petite auto. Bon sang, c’est vraiment ma chance !

Je remonte dedans pour appeler mon assurance. Un dépanneur arrive enfin au bout d’un temps qui me semble interminable. Mais pas de risque que je m’endorme, avec le vacarme de la circulation derrière moi.

Une fois ma voiture partie, je me résous à prendre le métro pour rentrer chez moi. Je n’affectionne pas particulièrement ce moyen de transport. C’est souvent bondé, les odeurs sont désagréables et on y trouve régulièrement des types un peu louches. Je préfère éviter un maximum, mais là, c’est un cas de force majeure. Je ne me vois pas faire le chemin à pied, même si ça me ferait du bien de marcher. En plus, le sommeil repointe le bout de son nez, sensation accentuée par la chute d’adrénaline.

Quand j’arrive enfin, je commence par prendre une bonne douche et m’examine en même temps : j’ai une ou deux ecchymoses sur les cuisses au niveau de la ceinture. Rien de méchant ni de douloureux heureusement, mais on peut dire que la journée démarre aussi mal que s’est terminée ma nuit avec un patient violent.

Une fois propre, j’enfile mon pyjama et jette mes affaires dans la panière. Un papier en tombe par terre. C’est la feuille que m’a donnée l’autre type tout à l’heure. Il ne manque vraiment pas de culot quand j’y repense. Quel connard tout de même !

« Davis Preston » est inscrit ainsi que son numéro. Je le range bien précieusement en me promettant de le rappeler plus tard. Là, pour l’instant je file au lit, contente de pouvoir enfin me coucher.

2

Samedi 3 mai

Lucie.

Mon téléphone vibre, me tirant d’un profond sommeil. J’ouvre les yeux avec difficulté. Mon premier réflexe est de regarder l’heure. Bon sang, il est déjà seize heures ! Je resterais bien encore au lit jusqu’à demain. J’ai l’impression d’avoir dormi seulement cinq minutes.

J’attrape mon portable qui continue de faire trembler ma table de nuit. Je devine tout de suite qui m’appelle, au vu de l’insistance.

— Coucou ma belle. T’as fini ta sieste ? tonne Mélanie de sa voix enjouée.

Mon ronchonnement suffit à lui indiquer ma réponse.

— Tu feras la marmotte un autre jour. Sois prête pour ce soir, on bouge.

— Pardon ? Où ça ? lui dis-je, étonnée, car Mélanie sait que je n’aime pas tellement les sorties.

— Dans un endroit où il y a de beaux mâles qui pourraient s’occuper de toi. Sinon, tu vas finir vieille fille avec ton chat.

Elle glousse et j’éclate de rire.

— Allez ! Évade-toi de ta tanière un peu, ce n’est pas comme ça que tu vas rencontrer le prince charmant.

— Mél, tu sais que…

— Génial. Je suis chez toi à dix-neuf heures.

Elle a raccroché, la garce ! Elle délire complètement. Je suis à peine éveillée et voilà qu’il va falloir que je m’active. Depuis peu, ma meilleure amie s’est mise en tête de me trouver un mec. C’est carrément devenu son obsession. Le problème, c’est qu’on a des goûts différents dans ce domaine, et pas les mêmes attentes d’une relation. Je rêve du grand amour, tandis que la belle rousse collectionne les plans d’un soir ou deux. Alors, c’est compliqué et je me retrouve parfois dans des situations plus que cocasses.

Mélanie et moi nous sommes connues il y a deux ans, lorsque je faisais mes premières nuits aux urgences. Son mec de l’époque était hospitalisé là où je bosse. Je me rappelle qu’elle l’engueulait pour son comportement immature. Puis on a un peu discuté et de fil en aiguille, nous sommes devenues les meilleures amies du monde. Une rencontre providentielle, car je venais de débarquer sur Paris et je ne connaissais personne.

Bien que nous sommes totalement différentes toutes les deux, on s’équilibre bien. Mélanie est ce genre de fille qui énerve et file des complexes avec sa crinière de feu, sa taille trente-six et ses jambes interminables. Toujours de bonne humeur, elle est partante pour toutes les folies. D’ailleurs, elle ne comprend pas pourquoi je n’ai encore rencontré personne, même juste pour une nuit. C’est sûr que je dois passer pour une nonne à ses côtés, elle qui croque autant la vie que les hommes. Complètement mon opposée. Je suis plus petite et beaucoup plus timide, ce qui me pose pas mal de problèmes, notamment dans mon approche de la gent masculine. Je l’envie parfois, j’aimerais avoir son entrain et cette confiance qui lui permet d’affronter tous les aléas.

Je baille et m’étire dans mon lit en grognant. Je n’ai aucune motivation à me lever, alors je m’octroie encore un moment.

Un bruit sourd et répété me tire de mon sommeil. Décidément, il n’y a pas moyen de dormir tranquille ! Je peste tout en jetant un œil à l’heure : dix-huit heures quarante-cinq ! Je saute du lit et vais ouvrir la porte. Mélanie déboule dans le salon, les bras chargés de deux grands sacs en papier arborant les logos des magasins. Je la regarde faire, poser tout son bordel sur mon canapé en tissu beige, tandis que je galère à garder correctement les yeux ouverts. Quand elle s’aperçoit que je suis toujours en pyjama, elle se stoppe et me dévisage, bouche bée.

— Ne me dis pas que tu t’es rendormie ! me gronde-t-elle.

— Euh…

— Je m’en doutais. Tu me fais un remake de la belle au bois dormant ou quoi ? lance-t-elle sur un ton faussement exaspéré. Sauf que c’est un conte de fées et que nous sommes dans la vraie vie, Lulu. Ton prince charmant ne viendra pas comme ça. Il ne connaît pas ton adresse, il faut aller le chercher par toi-même.

Quel rabat-joie ! Elle pouffe de rire devant ma mine renfrognée et je finis par la suivre.

— Allez hop ! On se prépare. Heureusement que je suis arrivée un peu plus tôt.

Elle glousse puis me pousse dans la salle de bain avant que je n’aie le temps de dire quoi que ce soit.

— Tu avais prévu de mettre quoi ?

Je regarde autour de moi, à la recherche d’un plan. Étant donné que Morphée m’a kidnappée, il est bien évident que je n’ai absolument pas pensé à ma tenue de ce soir. Des vêtements accrochés à un cintre me donnent une idée.

— Euh… ça ? Un jean noir avec un top rouge. Très confortable, et sympa, ça peut le faire non ?

— Tu plaisantes, rassure-moi ? Tu es tout juste bonne à aller au couvent avec ça ! Un homme, il faut l’attirer, pas le faire fuir ! Lucie, tu es vraiment un cas désespéré. Cependant, tu as de la chance, j’ai tout prévu.

Contente d’elle, Mélanie sort d’un premier sac une sublime robe noire, assez décolletée avec un dos nu. Je l’enfile puis je me tourne vers ma meilleure amie, d’un air dubitatif.

— Waouh, tu es magnifique, très… sexy.

Je regarde le bas de ma tenue qui arrive à mi-cuisse, en tirant dessus dans l’espoir que le tissu se rallonge un peu.

— Oh toi, je te vois venir. Non, non, ce n’est pas trop court pour toi, au contraire, elle met tes jambes en valeur. Et ce décolleté…

Elle me fixe en se mordant l’index.

— Il est horrible. Je n’ai pas la même poitrine que toi Mél, ça ne ressemble à rien, la coupé-je.

— Taratata, arrête de ronchonner et fais-moi confiance. Si dans cette tenue, tu ne te trouves pas un mec, je te jure que je me fais bonne sœur.

On éclate de rire devant cette pensée aussi ridicule qu’improbable. Mélanie serait capable de dévergonder le curé et toute la paroisse.

Je rassemble mes cheveux en queue de cheval puis Mélanie m’aide à me maquiller un peu. Note à moi-même, il faut vraiment que je passe chez le coiffeur, j’ai besoin d’une coupe rafraîchissante.

De son deuxième sac, ma rouquine sort une paire de chaussures à talons aiguilles, assortie à la robe. Je l’enfile puis fais quelques pas. Oui, bon, va falloir que je m’y habitue, ce n’est pas facile de marcher avec ces trucs-là. D’habitude, je mets des talons beaucoup moins hauts ou des baskets.

— Voilà, là tu es parfaite.

Elle semble contente d’elle, sautille sur place en tapant dans ses mains. Je file me regarder dans le miroir de ma chambre. Je suis stupéfaite ! Elle a raison en fin de compte, le résultat est plutôt bluffant. Je ne me reconnais presque pas. Mélanie a toujours eu bon goût en matière vestimentaire. Moi, tant que je suis habillée et que ça me plaît, au diable la mode.

Je me trouve assez jolie avec cette robe. Hélas, ce n’est pas suffisant. Avec le peu de confiance en moi, je n’oserais jamais aborder un homme. Ma timidité, voilà mon plus gros problème. Ça me pourrit la vie et m’empêche d’en profiter pleinement. Si un mec me plaît, je perds tous mes moyens et m’empourpre au moindre regard. Très peu pratique pour entamer une conversation. Et à vrai dire, je n’ai pas non plus eu souvent l’occasion de flirter. Pour ainsi dire jamais. Je ne suis pas le genre de fille sur qui on se retourne comme ça.

— Allô la lune, ici la Terre. Nous avons perdu Lucie dans les étoiles.

Mélanie me tire de mes pensées. Elle a toujours le mot pour rire et me mettre de bonne humeur.

— Tu es prête ?

— Oui. Mais au fait, on va où et comment ?

— On va se faire un petit resto d’abord. Ryan nous rejoindra. Ensuite, direction l’Opium pour une nuit de folie ! Pour ce qui est du transport, comme tu ne bois pas, on avait pensé que tu pourrais peut-être faire le chauffeur ? demande-t-elle en me faisant les yeux doux.

— Je n’ai plus de voiture pour le moment, j’ai eu un… léger accrochage ce matin.

— Quoi ? Comment ça ? Et tu ne m’as rien dit ? réagit-elle un peu surprise et énervée.

Je lui raconte en détail mon début de journée chaotique. Ça me fait penser que je n’ai pas rappelé le responsable de tout ça. Il faut que je le fasse demain.

— Il était beau gosse au moins ? Qu’il y ait quelque chose de positif.

Elle est infernale, ce n’est pas possible.

— Qu’est-ce que ça peut faire ? Ça ne réparera pas ma voiture. Et puis, tu crois que j’avais la tête à ça ? Je sortais du boulot, je te rappelle.

Je ne suis pas sûre d’avoir adopté un comportement très convaincant. Mélanie m’observe et attend que je lui réponde, les bras croisés sous sa poitrine. De toute évidence, elle ne lâchera pas l’affaire. Je soupire et hausse les épaules en signe de défaite face à sa curiosité.

— Bon, OK. Oui, il était plutôt pas mal, du peu que j’en ai vu. Voilà, ça te va ?

— Haha ! Tu l’as maté, répond-elle avec un sourire ironique, fière d’elle.

Je lève les yeux au ciel puis j’attrape mon téléphone pour appeler un taxi, avant qu’elle ne m’assassine avec d’autres questions.

***

L’Opium est une boîte de nuit branchée de Paris. Les plus grands DJ viennent y animer des soirées endiablées. Je ne suis pas une adepte de ce genre d’endroit, étant donné que je danse comme une baleine échouée. Mais Mélanie adore et une sortie de temps en temps, ça ne va pas me tuer. Puis, elle a raison sur un point, ce n’est pas en restant chez moi que je vais rencontrer le prince charmant. Cependant, vu mes critères, je doute qu’il puisse exister. Comme on dit, l’espoir fait vivre. Alors, allons-y gaiement.

Une fois rentrés, nous nous installons à une table. Je regarde autour de moi, l’endroit est plutôt classe et design, dans les tons gris et violet. Il y a deux bars, un sur le côté et un circulaire en plein milieu de la piste de danse, où les employés s’affairent pour servir les clients.

— Mesdemoiselles, que voulez-vous boire ? nous demande Ryan.

Il nous a rejoints au restaurant en début de soirée. C’est un ami à Mélanie, enfin, un ex avec qui elle a gardé de bons contacts. Peu à peu, c’est devenu aussi un ami pour moi. Plus j’apprends à le connaître et plus je l’apprécie.

— Pour moi, un jus de fraises, s’il te plaît.

— Et moi une vodka, dit Mélanie.

— C’est comme si c’était fait, nous répond-il avec un clin d’œil, avant de disparaître au milieu de la foule.

Pendant ce temps, Mél scrute attentivement les alentours, un doigt tapotant ses lèvres.

— Mél ? Tu attends quelqu’un ? lui demandé-je, curieuse de savoir ce qu’elle manigance.

— Hum, patiente une minute… ah ! C’est parfait.

Elle se tourne vers moi, tout sourire.

— Qu’est-ce que tu penses de ce type là-bas ? Celui accoudé au bar, en jean et veste noire. Il n’est pas mal, non ?

J’ai l’impression que mes yeux vont sortir de leurs orbites. Heureusement que je n’ai rien dans la bouche, j’aurais été capable de tout cracher sur la table. Ce n’est pas croyable, elle est en train d’essayer de choisir un mec pour me caser ! Encore ! J’observe le gars en question, et comme s’il sentait nos yeux sur lui, son regard se tourne vers nous, pendant qu’un affreux sourire s’affiche sur son visage. En même temps, vu le comportement peu discret de Mélanie, il ne peut en être autrement.

— Franchement ? Bof, non pas terrible. Je n’aime pas l’arrogance qu’il dégage. Puis, on dirait qu’il sort d’un moule en silicone tellement ses traits sont tirés de partout. Et regarde ça, le pot de gel a dû lui tomber sur la tête.

— T’es vraiment compliquée, Lulu. Je ne te demande pas de l’épouser, mais de T’A-MU-SER !

Elle souffle d’exaspération puis me montre d’autres spécimens de la gent masculine. Sans succès. Trop vieux, trop jeune, trop sûr de lui, trop gros ou trop maigre, trop carré… bref, aucun ne m’attire plus que ça et Mél finit par abandonner. Pour mon plus grand soulagement.

Ryan revient enfin avec nos consommations. Il était en train de draguer la serveuse, mais vu la moue qu’il tire, ça n’a pas dû être concluant. Ses beaux yeux verts, la blondeur de ses cheveux et son allure de sportif ont souvent raison de ces demoiselles. Mais visiblement, ce soir son charme n’a pas opéré.

— Ton côté surfeur ne l’a pas convaincu ? le taquine Mélanie.

— Elle doit être lesbienne, c’est pas possible autrement, répond un Ryan ronchon.

Il s’assoit à notre table et sert nos verres. Mélanie et moi nous regardons, avec l’envie de pouffer de rire, devant son comportement de petit enfant qui n’a pas eu son jouet.

La musique bat son plein et ma meilleure amie m’entraîne vers la piste, le temps que monsieur Grognon retrouve le sourire. Je ne suis pas fan de son techno, mais je finis par me laisser emporter. Il y a beaucoup de monde et ce n’est pas facile de danser sans se faire écraser par ces gens qui sautent de partout avec des gestes totalement désordonnés.

Je ralentis mes mouvements. L’impression d’être observée me colle à la peau depuis quelques minutes, surtout lorsqu’un homme s’approche un peu trop près de moi. En tournant la tête, je constate que Ryan a disparu de notre place. Doucement, je sens deux mains se glisser sur ma taille. Je me retourne violemment et tombe nez à nez avec Ryan.

— Je crois que je ferais mieux de me tenir près de toi, vu les œillades salaces de certains sur ton corps bien moulé, me souffle-t-il dans l’oreille.

J’explose de rire. Son côté protecteur vient de s’activer.

— Mais comment veux-tu qu’elle se trouve un mec si tu restes dans les parages ? grogne Mél envers lui. Regarde-moi ça, on dirait un couple.

— Ouais, c’est très bien comme ça. Non, mais franchement, tu as vu la population ? Ce sont tous des craignos !

Je secoue la tête avec un petit sourire en coin. Les revoilà partis à se chamailler, à croire que c’est leur jeu favori.

Au bout d’une demi-heure environ, la chaleur est telle que je décide de faire une pause pour me rafraîchir. J’avertis mes amis en hurlant par-dessus la musique pour qu’ils m’entendent puis me faufile pour aller jusqu’aux toilettes. Mais il y a tellement de monde que je trébuche et atterris sur la personne qui est dos à moi. Quelle maladroite !

— Oups, euh… pardon.

Je me relève avec autant de grâce et d’élégance qu’il possible habillée comme je le suis et, sans m’attarder, je continue ma route. Sauf qu’une main attrape fermement mon poignet pour me retenir.

— Décidément, c’est la deuxième fois qu’on se rentre dedans aujourd’hui.

Je connais cette voix… Je me retourne et tombe sur de magnifiques yeux chocolat qui me fixent entre deux mèches brunes. Mon regard accroche le sien et devant ma surprise, il sourit, adoucissant ses traits.

— J’attends toujours ton appel pour que nous puissions régler ce problème… d’accident. Au fait, nous n’avons pas été présentés. Je suis D...

— Davis Preston, je suppose ? C’est écrit sur votre carte de visite, lui rétorqué-je un peu froidement au souvenir de son comportement de ce matin. En effet, nous ne nous sommes pas présentés, vous étiez trop occupé à brailler !

J’essaye d’adopter un ton sûr de moi, mais je ne suis pas persuadée d’être convaincante avec ma voix tremblante. De plus, le sourire qui étire ses fines lèvres me déstabilise. Je continue de le dévisager sans savoir réellement pourquoi je suis incapable de détourner les yeux. Il m’hypnotise complètement. Ma gorge s’assèche, j’ai du mal à déglutir. C’est comme si le temps venait de se figer que plus rien n’existait autour de nous, comme pour marquer cet instant. Je secoue la tête pour me sortir cette sensation débile de mon esprit. Dans cette foule dense qui se déhanche sans se soucier de ce qui se passe aux alentours, nos deux corps se rapprochent et entrent en collision presque par obligation, manque d’espace. Ce contact me provoque une impression étrange. Enivrante et intimidante à la fois. Un contact avec un mi-ange, mi-démon.

— Bien, je vois que tu as lu ma carte. Et moi, à qui ai-je affaire ? dit-il d’une voix grave et sensuelle, mais d’un ton sérieux, me sortant de ma transe.

— Je… m’appelle… euh… Lucie. Lucie Carmon.

C’est impressionnant le trouble qu’il sème en moi. J’en oublie même mon identité. Tu parles d’une idiote !

— Alors, à bientôt… Lucie.

Son souffle qui frôle mon oreille quand il prononce mon prénom m’envoie directement un long frisson dans tout le corps. J’ai à peine le temps d’en prendre conscience qu’il me lâche le poignet et s’en va, me laissant là, en plan, pour la deuxième fois de la journée.

3

Lucie.

La sonnerie de mon réveil chante brutalement, me tirant une plainte de mécontentement. La nuit a été plutôt courte. Nous sommes partis de la boîte à quatre heures, exténués d’avoir dansé et ri comme des fous.

Je me lève péniblement, manquant de marcher sur Gypsie, mon chat type sacré de Birmanie, ma seule compagnie. Mais pourquoi je m’oblige à mettre ce satané réveil pendant mes repos ? Ah oui, pour ne pas passer ma journée au lit, à faire la marmotte et à rêvasser. Remarque, c’est bien comme ça que la Belle au Bois Dormant a trouvé son prince charmant. Pourquoi ça ne marcherait pas pour moi ?

Je traîne des pieds jusqu’à la cuisine où je me fais chauffer un chocolat chaud. Dehors, le temps est plutôt couvert, il va sûrement pleuvoir. Moi qui pensais aller me promener dans le parc à côté, prendre un peu l’air comme j’aime le faire quand je ne travaille pas, je suis bonne pour rester à la maison. Je vais en profiter pour ranger et faire un peu de ménage. D’avoir un chat à poil long, c’est bien, mais quand ils restent sur lui !

Sur la table est posé le papier avec le numéro de ce Davis. Immédiatement, des flashs de cette nuit me reviennent en mémoire : ce regard perçant, sa main qui me retient, sa voix, son parfum enivrant…

Réveille-toi, Lucie ! Il a peut-être une belle gueule, mais ça reste un sacré connard.

Ma conscience m’énerve, c’est une rabat-joie. Sans plus réfléchir, j’attrape mon téléphone et compose le numéro inscrit. Ça sonne.

« Davis Preston, laissez-moi un message et je vous rappellerai. Ou pas. »

Zut, c’est le répondeur, je déteste ces machins-là. En même temps, ça me soulage. Ça m’évite de lui parler directement.

« Bonjour, c’est Lucie… euh… je vous appelle pour ma voiture… euh… bon vous pouvez me joindre sur ce numéro. »

Mais quelle cruche ! Je crois qu’on ne peut pas faire plus niais. De toute façon, c’est fait, il ne me reste plus qu’à attendre qu’il me rappelle. S’il le fait. Pour passer le temps, je vais faire travailler mon aspirateur.

Davis

La vibration de mon téléphone me réveille. Je grogne en m’étirant longuement avant de sortir du lit, la tête complètement dans le coaltar. Je suis un peu vaseux, sûrement dû aux excès de cette nuit encore. Ça fait un bien fou de se détendre et d’oublier l’espace de quelques heures cette vie de merde qui est la mienne. Mais le retour à la réalité est toujours difficile. Je déteste ça !

Après avoir enfilé un caleçon, je vais me faire couler un café pour émerger de ce brouillard. En attendant, j’observe la météo dehors par la grande baie vitrée qui donne dans la cuisine ouverte sur le salon. Le ciel est couvert et quelques gouttes de pluie commencent à tomber. Fait chier, quel temps de merde ! Tant pis, je vais comater sur le canapé. Quel programme alléchant !

Perdu dans ma contemplation de la ville derrière la fenêtre, je sursaute légèrement quand je sens soudain deux petites mains glisser sur mon torse puis un corps tout chaud se coller contre mon dos.

— Déjà debout, chaton ? minaude une voix féminine encore ensommeillée.

D’où elle sort celle-là ? Ah oui ! L’Opium. Je me rappelle vaguement l’avoir ramenée à la maison après une danse torride, mais après, plus rien. Faut dire que j’étais bien déchiré ! Mais de là à ne plus me souvenir de ce que j’ai fait, ça craint. Je suis vite rassuré face à la vision de ses yeux cernés et dégoulinants de maquillage, ses cheveux en bataille et sa bouche en cœur. Je n’ai pu lui procurer que du bonheur. Même si moi, je n’y prends plus autant de plaisir. Pas d’attache, pas de sentiment, que de la baise et ça me convient. D’ailleurs, qu’est-ce qu’elle fiche encore ici ?

Je lui attrape les mains alors qu’elles commençaient à se faufiler dans mon caleçon puis me retourne vers elle, le regard noir.

— D’une, j’ai horreur qu’on me donne des surnoms niaiseux et de deux, rentre chez toi !

Elle est à poil en plus. Mes yeux parcourent rapidement son corps exposé. Bon, faut l’avouer, elle est appétissante avec sa poitrine taille XXL. Mais j’ai tellement la tête en vrac que je ne suis pas sûr d’arriver à bander.

— Oh ! Mon lapin s’est levé du mauvais pied ce matin. Laisse-moi arranger ça…

Elle m’énerve avec ces noms à la con ! Je la fusille du regard, mais elle n’y prête pas attention.

— Dis donc, il ne me semble pas que je t’ai baisée comme un lapin cette nuit !

Enfin, je crois. En fait, je n’en sais rien et… je m’en branle royalement. Elle ne se départit pas de son sourire mielleux et ça me gave. Ma patience commence à atteindre ses limites. Doucement, elle se met à genoux, se léchant les lèvres, prête à me prendre dans sa bouche.

Oh non ma belle, je ne suis pas d’humeur ce matin.

D’habitude, je me serais laissé faire avec plaisir, mais là, depuis quelque temps, j’en ai moins envie. Je suis fatigué, lassé. Toutes les mêmes, c’est ennuyeux.

Je la repousse en lui sommant de dégager, sur un ton ferme parce qu’elle ne se décide pas et minaude toujours. Il n’y a rien qui m’agace plus !

Sous la douche, l’eau coule sur mon corps, lavant toute trace de ma nuit et soulageant mon mal de crâne lancinant. Mais le résultat n’est pas spectaculaire. En sortant, je constate avec plaisir que la bimbo est partie. Ouf. Je regarde mon téléphone. Il y a un appel en absence et un message vocal :

« Bonjour, c’est Lucie… euh… je vous appelle pour ma voiture… euh… bon ben vous pouvez me joindre sur ce numéro. »

Lucie… Ah oui… Je me souviens d’elle. Des yeux verts couronnés d’or, une chevelure châtain qui invite mes mains à se glisser dedans, son sourire timide… Et cette putain de robe indécente qu’elle portait ! Je n’avais qu’une envie, lui arracher et la plaquer contre le mur, de goûter à cette bouche sexy et de la posséder, violemment.

Je n’ai pas été très tendre avec elle lors de notre première rencontre. Mais son air choqué et faussement assuré m’a beaucoup amusé. Et désarmé. Elle n’est pas le genre de fille que je fréquente habituellement, ni même de celle sur qui on pourrait se retourner dans la rue. Pourtant, il y a quelque chose en elle que j’ai envie de découvrir, de briser, de faire sauter. Je sens que je vais pouvoir jouer un peu et je m’en réjouis d’avance. Pour une fois, c’est moi qui pars en chasse.

Pour le moment, le ciel se dégage. J’en profite pour sortir.

4

Lundi 5 mai

Lucie.

Une douce lumière filtre à travers les rideaux. Je sens la chaleur du soleil se poser sur mon visage comme une caresse. Je me réveille lentement, le sourire aux lèvres, encore bercée par les brumes du sommeil et mes visions nocturnes. J’ai rêvé de ce beau regard noisette toute la nuit. Et c’était fort agréable.

Il me fixait comme un prédateur, prêt à sauter sur sa proie pour la dévorer. Il se rapprochait de moi et m’emprisonnait contre son corps, en m’embrassant fougueusement. Exquise sensation. Sa langue explorait ma bouche, pendant que ses mains parcouraient mes formes avant de s’attarder sur mon intimité. J’étais haletante, complètement offerte à cet homme inconnu, mais tellement sexy. C’était le diable en personne, mais je m’en fichais. Je suivais la danse de nos corps jusqu’en enfer.

Le souvenir de ce songe me laisse dubitative. C’est bien la première fois que je fais ce genre de rêve. Ce n’est pas pour me déplaire, bien au contraire. C’est donc dans la bonne humeur que je me lève. Je regarde mon téléphone avec un soupçon d’espoir vite disparu. Pas de nouvelles de ce Davis. Il m’a dit de le rappeler, mais ça serait à lui de le faire, non ? C’est lui le responsable, pas moi ! En même temps, si je veux récupérer mon véhicule et ne rien avoir à payer, va falloir se bouger les fesses. Je déteste ce genre de situation ! Si j’avais le caractère de Mélanie, ça serait moins problématique pour moi.

Je tourne en rond dans mon petit deux pièces, en me creusant les méninges pour trouver une solution. Comment je fais, moi, sans ma voiture ? D’accord, il y a les transports en commun, mais ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas tranquille au milieu de tous ces gens entassés. Un vol est si vite arrivé. Je suis peut-être parano, mais ça, je le dois à mes parents. Quand je me suis installée sur Paris, ils m’ont tellement mise en garde contre tous les dangers de la capitale que je suis devenue hyper méfiante.

À l’heure du déjeuner, je me cale sur mon canapé, un plateau-repas posé sur la petite table basse en bois. Gypsie vient aussitôt s’assoir sur moi et ronronne en me faisant des yeux de merlans frits. Je soupire en le caressant. J’ai vingt-trois ans, je suis seule et j’ai un chat. Mélanie a raison : ça pue la vieille fille à plein nez. Mon Dieu, quelle horreur ! Non, j’ai besoin d’un homme dans ma vie. C’est juste que je n’ai pas encore trouvé celui qui me fera vibrer. Celui pour qui je serais prête à tout donner. Pas seulement mon corps. Comment fait Mélanie pour changer de mecs tout le temps ? Pour moi, c’est inconcevable.

Je suis sortie de mes pensées par la sonnerie de mon téléphone.

— Bonjour, Mademoiselle Carmon, c’est le garagiste. Votre voiture est réparée, vous pouvez venir la chercher quand vous voulez.

Déjà ? Comment ont-ils fait aussi rapidement ? Bon, c’est parfait, ça m’arrange.

— D’accord, j’arrive. Au fait, combien vous dois-je ? dis-je en m’attendant à une facture salée.

— Les frais ont été réglés. Vous ne nous devez rien du tout.

— Pardon ? Par qui ?

— Un jeune homme que je n’avais jamais vu avant, je n’ai pas retenu son nom.

C’est vraiment étrange. Ma voiture est faite en un temps record et en plus, je n’ai rien à payer. Je n’ai pas fait de constat, donc ça ne peut pas être l’assureur. Je m’habille et file la chercher, après avoir appelé un taxi pour m’y conduire.

Davis

En rentrant de mon jogging quotidien, je m’affale dans le canapé et allume une clope. Courir me fait un bien fou, j’ai toujours ce besoin viscéral de me défouler. Mais ce n’est parfois pas suffisant. Alors souvent, je compte sur Bobby, un pote qui sait me trouver ce qu’il me faut. Que ce soit en fille ou occasionnellement en substance, il connaît parfaitement mes goûts. Cependant, ces temps-ci, je me sens plus fatigué que d’habitude. Pourtant, je dors plutôt bien, mais je n’arrive pas à récupérer correctement. Je crois qu’une lassitude s’est installée. Aucune envie, aucun projet. J’en ai ma claque de cette routine de merde. En même temps, qu’est-ce que je peux faire ? Rien ne m’intéresse hormis le sexe et le plaisir. Alors je m’y plonge jusqu’à m’y noyer, en espérant ne jamais remonter à la surface.

Mon portable sonne et je décroche au bout de quelques secondes, sans prendre le temps de regarder l’écran.

— Ouais ? réponds-je froidement.

— Euh… Bonjour, c’est Lucie… euh… pardon de vous déranger… pour la voiture, du coup je l’ai récupérée au garage et…

— Bien, le gars a donc tenu sa parole. Voilà qui est parfait, la coupé-je d’un ton beaucoup plus doux, en entendant cette jolie petite voix.

— C’est vous qui avez réglé la note ? me demande-t-elle timidement.

— Je te dois bien ça non ? Je n’ai pas été très cool avec toi. Par contre, en échange, je t’invite à dîner, ce soir. Vingt heures trente, au Cheddar.

Je l’entends hésiter.

— Je ne sais pas si c’est correct, je ne vous connais pas. Qui me dit que vous n’êtes pas un serial killer ?

Sa réplique me fait mourir de rire. Moi, un serial killer ?

— À toi de venir t’en rendre compte par toi-même, beauté. Et puis, tu as mon numéro et on s’est déjà vu deux fois. Je ne suis pas si inconnu que ça.

— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, je…

Allez bébé, accepte. Je ne vais pas te manger. Enfin…

Un blanc à l’autre bout du fil me fait dire qu’elle réfléchit toujours à ma proposition. J’en profite pour insister un peu.

— Nous serons dans un resto, au milieu de la foule. Qu’est-ce que tu risques ?

— Bon, dans ce cas… d’accord. À ce soir.

Elle raccroche. J’ai invité une fille à dîner. Je suis tombé sur la tête ou quoi ? Je n’ai jamais fait ça. Et puis, après tout, pourquoi pas, ça peut être très instructif. Je voulais de la nouveauté, alors c’est parti. Un peu de distraction ne me fera pas de mal. J’ai hâte d’y être…

5

Lucie

J’ai été vraiment surprise de son invitation. Veut-il se faire pardonner de sa conduite ? Mélanie, en tout cas, en est persuadée. Quand je l’ai appelée pour lui raconter, elle était carrément hystérique. Alors que moi, je suis totalement flippée. Du coup, elle a déboulé dans l’appart comme une tornade et m’a aidée à me préparer. Elle m’a dégoté une robe sublime, en dentelle blanche, toujours trop courte à mon goût.

Me voilà arrivée au Cheddar. Je gare ma petite voiture dans le parking souterrain, puis souffle un bon coup avant d’en sortir. Dire que j’appréhende ce dîner est un euphémisme. Je suis carrément morte de trouille.

Je prends l’ascenseur qui mène directement au cœur du restaurant. Les portes s’ouvrent sur une salle superbe, dans les tons marron glacé. Les serveurs virevoltent entre les tables rondes disposées harmonieusement. Il y a déjà pas mal de monde assis en train de savourer leur plat tout en bavardant. Au vu de la décoration, je dirais que c’est un établissement avec un certain standing. Le lustre de cristal en suspension au centre de la pièce confirme mon impression. C’est juste magnifique, mais ça pue le luxe à plein nez. Et bizarrement, je n’imaginais pas un type comme lui dans ce genre de lieu. Est-ce que je me serais trompée d’adresse ? Et comment je fais pour trouver notre table ? J’ai presque l’air d’une clocharde avec ma petite robe blanche au milieu de tous ces gens bien habillés. Voilà qui ne va pas m’aider à me sentir à l’aise. Je cherche où se situe l’accueil quand une main glisse sur mes reins. Ce contact m’électrise instantanément et je me raidis de surprise.

— Bonsoir Lucie, me chuchote une voix douce dans le creux de mon oreille.

Je me retourne et aperçois Davis qui me dévisage, un superbe sourire illuminant son regard. Je le fixe, bouche bée. Il est vêtu d’un jean noir et d’unechemise blanche, légèrement détachée au niveau du col, laissant deviner le haut de son torse. C’est trop… sexy. Je me mords la lèvre inférieure sans faire attention, tout en continuant de l’admirer sans pouvoir m’en détourner.

— Tu comptes rester debout à me mater, ou on peut s’installer à notre table pour aller dîner ? me taquine-t-il.

Mince Lucie réagis, t’as l’air d’une cruche là.

Je me ressaisis tant bien que mal. Il ne me manquerait plus qu’un filet de bave au coin de la bouche pour couronner le tableau.

— Euh… Oui pardon. Bonsoir, M. Preston.

Il rit. Ça commence bien. Il se moque de moi ou quoi ? Déjà que je stresse comme une folle ! Alors s’il n’y met pas du sien, je ne vais pas m’attarder très longtemps ici. Je ne me sens vraiment pas à ma place et une étrange impression accroît les battements de mon cœur.

— Qu’est-ce qu’il y a de drôle ? lui demandé-je

— Toi, répond-il avec un sourire en coin. Appelle-moi Davis, tout simplement. Et arrête de me vouvoyer, ça m’énerve. L’endroit est déjà assez guindé comme ça, pas besoin d’en rajouter une couche.

Je le dévisage. Ne me laissant pas le temps de réagir, il reprend :

— Ou tu peux m’appeler mon lapin, mon chou, mon chaton… ou tout autre surnom niaiseux que me donnent les femmes.

Les femmes. Ça annonce tout de suite le genre d’homme que c’est. Un coureur de jupons invétéré. Pourquoi j’ai accepté ce dîner ? Je regrette déjà.

— Mais entre nous, j’ai horreur de ça, chuchote-t-il en se penchant vers moi.

Sa voix résonne dans mon corps en un long frisson. Et son parfum qui emplit mes narines… c’est juste divin. Sa main ancrée dans le bas de mes reins, il nous conduit à notre table. Elle est dans un endroit reculé de la salle, plus sombre et moins bruyante.

Au milieu de la foule, disait-il. Tu parles ! Un recoin idéal pour un meurtre en douceur. Isolés entre le mur et le passage des serveurs, on ne peut pas dire que nous soyons franchement entourés. J’avoue que l’angoisse commence à me gagner petit à petit. Je maudis Mélanie intérieurement pour m’avoir persuadée de mettre ce bout de chiffon qu’est ma robe et me couvre à peine les cuisses ! Je ne fais que tirer dessus discrètement, mais rien à faire, ça ne s’agrandit pas. Et Davis qui ne fait que de me dévorer du regard ! Je peux presque sentir le chemin de ses yeux me parcourir de la tête aux pieds pour me jauger. Je bénis le serveur qui arrive pour prendre nos commandes, cassant ce moment devenu trop gênant.

— Deux coupes de champagne, annonce Davis, sans me demander mon avis.

— Euh… pas pour moi, je ne bois pas d’alcool, répliqué-je.

— Vraiment ? Tiens, c’est la première fois que je rencontre une femme qui ne boit pas du tout. Alors, un jus de fruits, ça te va ?

— Oui, c’est parfait.

Le serveur repart. L’ambiance est chargée entre nous, presque électrique. Je détourne les yeux un instant, intimidée par ce regard insistant qui ne me lâche pas. Devant mon silence, comprenant sans doute que je ne suis pas très à l’aise, Davis me prend la main posée sur la table et la caresse du pouce :

— Détends-toi Lucie, je ne vais pas te manger. Du moins… pas tout de suite.

Mon cœur loupe un battement et je m’arrête de respirer. Ai-je bien entendu ? J’observe mon inconnu qui s’appuie contre le dossier de sa chaise. Le serveur revient pour nous apporter nos consommations, pendant que Davis allume une cigarette, totalement décontracté.

— Tu en veux une ? me propose-t-il.

— Non merci, je ne fume pas. Et je ne suis pas sûre que ce soit autorisé dans ce restaurant, dis-je en regardant autour de moi.

Je porte mon verre à mes lèvres et savoure une gorgée de ce délicieux cocktail.

— Putain, j’hallucine ! Tu ne bois pas, tu ne fumes pas. Rassure-moi : tu baises au moins ? Parce que c’est fou ça.

Je recrache tout le contenu de ma bouche dans mon jus de fruits en manquant de m’étouffer.

Bravo, Lucie, c’est très élégant ça.

Davis, quant à lui, est mort de rire. Je devrais probablement me moquer de aussi de cette situation cocasse pour me détendre un peu, mais rien à faire, ma nervosité m’en empêche. Devant ma tête mortifiée, et sans doute rouge de honte, il s’arrête et ajoute :

— Attends, tu es vraiment sérieuse là ?

Je le foudroie du regard. Je refuse d’aborder ce sujet. Non, mais pour qui il se prend pour me poser ce genre de question ? On ne se connaît pas, c’est très malvenu. Subitement, je ne me sens pas très bien, j’ai chaud et ma respiration s’accélère. Il faut que je m’évade vite d’ici, je n’y ai pas ma place. Oh purée, j’ai envie d’être six pieds sous terre à ce moment-là, de disparaître de sa vue. Je me lève précipitamment de table, attrape mon sac au vol et me dirige vers la sortie, avec toute l’élégance que me permet ma tenue. Direction le parking pour m’enfuir loin de ce lieu, surtout loin de lui. Cette soirée est un fiasco. Je n’aurais jamais dû accepter ce rendez-vous. Je me doutais qu’il aurait forcément des envies, que ce n’était pas un simple dîner de « constat ». J’ignore ce qui m’a pris, vu l’énergumène ! Non, mais à quoi je m’attendais au juste ?

J’entends Davis se lever aussi et crier derrière moi :

— Lucie, attends !

Je continue droit devant et ne l’écoute plus. Je décide de passer par les escaliers, l’ascenseur étant occupé. Arrivée dans le parking, je fais une pause et m’adosse contre le béton. Je suis essoufflée, la tête me tourne alors que j’hyperventile pour retrouver une respiration normale. Je m’apprête à reprendre le chemin jusqu’à ma voiture quand une main m’attrape le poignet, me tire en arrière pour me plaquer contre le mur. Davis se tient face à moi, le regard sombre et le souffle court. Nos corps ne sont qu’à quelques centimètres l’un de l’autre. Je sens mon pouls qui s’emballe, mon vertige s’accentue tandis qu’une onde de panique me traverse. Que va-t-il me faire ? Après tout, il reste un parfait inconnu et nous sommes seuls dans cet endroit qui me paraît tout à coup très glauque. Je déglutis avec difficulté, la peur paralysant tout mon être. Ses yeux aux éclats caramel se fondent dans mes prunelles, ne les lâchent pas. Je peux presque sentir son souffle s’échouer contre ma peau, tandis qu’il approche son visage du mien. Il faut que je m’éloigne de lui, mais mes pieds refusent de bouger. Je suis comme tétanisée. Par quoi ? La honte ? L’appréhension ? J’avoue qu’il est séduisant, très même. Mais cela ne lui donne aucun droit sur moi.

Je baisse les yeux, n’osant plus soutenir son regard perçant. Du coin de l’œil, j’aperçois sa main suspendue dans les airs pour s’approcher de mon visage. À cet instant, je ferme les paupières. Fort. En espérant me réveiller d’un mauvais cauchemar. Mais quand je sens ses doigts se poser sur mon cou, aussi légers qu’une plume, doux et chauds, tous tremblements irrationnels cèdent, pour laisser place à une bouffée de chaleur. Davis relève mon menton pour m’obliger à fixer ses prunelles sombres tandis que sa paume vient se caler sur ma joue. Sous cette tournure inattendue, je me détends un peu. S’il me voulait du mal, il n’aurait pas cette tendresse qui émane de son geste, il ne me regarderait pas de cette façon. N’est-ce pas ?

— Pourquoi est-ce que tu fuis comme ça ? Je t’ai choquée à ce point ? Ne sois pas gênée de m’avouer que tu t’envoies en l’air. Au contraire… j’adore ça, me murmure-t-il à l’oreille.

— Je… euh c’est que…

Je bafouille et j’ai juste l’impression de m’enfoncer encore un peu plus. Ce n’est peut-être pas honteux de baiser, comme il dit. Mais l’inverse ? Je dois vraiment passer pour une cruche.

— Attends, ne me dis pas que… ? demande-t-il d’une voix douce en me caressant le visage de son pouce. Non je ne te croirais pas, c’est impossible, ricane-t-il. Et ne prends pas cet air de vierge effarouchée !

Ça ne sert à rien de répondre, je n’en ai pas le courage. Devant mon manque de réaction, son demi-rire idiot s’éteint soudainement. Enfin, il a compris. Le sol peut maintenant s’ouvrir sous mes pieds pour me m’engloutir. Je suis prête.

— Parle-moi, Lucie, s’il te plaît. Tu es restée muette depuis ton arrivée et d’un coup, tu pars en courant.

J’attrape mon courage à deux mains et une grande inspiration avant de lui répondre :

— Tu ne fais que te moquer de moi… et… tu m’effraies....

— Pardon, si tu l’as pris comme ça, je croyais que tu plaisantais. Je ne pouvais pas imaginer que ça existait encore… comment ça, je t’effraie ?

Il marque une pause et relâche son étreinte.

— Lucie, n’ai pas peur de moi. Je ne te ferais aucun mal, ce n’est pas dans mes intentions bien au contraire. Mais putain, dis-moi comment c’est possible ? Tu vis dans une grotte introuvable ? À moins que… non ! Rassure-moi, tu n’es pas lesbienne au moins ?

Cette idée m’arrache un sourire timide.

— Non. Du moins, je n’ai jamais essayé non plus.

— Oh, ma belle, arrête. Tu es en train d’activer mes fantasmes… grogne-t-il.

Cette fois, je souris plus largement et Davis m’imite. Il fait un pas de plus vers moi. Me voilà prisonnière, prise en étau entre le mur froid du parking et la chaleur de son corps. Le contraste est saisissant, j’en frissonne. La peur de tout à l’heure s’estompe peu à peu. Mais mon rythme cardiaque, lui, continue de se déchaîner. Sa bouche se rapproche lentement, très lentement, de la mienne. C’est comme si la scène se déroulait au ralenti, pour en savourer chaque instant. Davis jauge ma réaction, attendant silencieusement mon accord. Je ne bronche pas, totalement hypnotisée par cette créature aux deux visages.

Une main vient replacer une mèche de cheveux derrière mon oreille, pendant que l’autre se pose délicatement sur ma taille. Ses lèvres fondent lentement sur les miennes, dans un baiser chaste et doux. Je ne peux plus bouger. Je crois que j’arrête même de respirer pendant quelques secondes. Sa bouche devient plus entreprenante et sa langue cherche à rencontrer la mienne. Tout un tas d’émotions gronde dans mon ventre. De la joie en passant par le stress de ne pas être à la hauteur et… l’excitation. La peur a entièrement disparu. Davis se colle complètement à moi. Je ne pense plus à rien, je n’entends plus ce qui se passe autour. Il n’y a plus que lui et moi en cet instant. J’en oublie même ma timidité pour me laisser totalement guider par lui, par ce baiser… Avant d’être interrompus par la sonnerie de son téléphone. Davis décroche en s’éloignant. J’en profite pour reprendre le contrôle de mes émotions. Bon sang, qu’est-ce qu’il vient de se passer, là ? J’en suis toute retournée.

Quand il raccroche enfin, il marche dans ma direction, l’air furieux.

— J’ai un ami qui a besoin d’aide, je dois y aller.Désolé pour le dîner, on remet ça ?

Sans me laisser le temps de répondre, il rejoint sa voiture et démarre en trombe.

6

Lucie

La nuit a été difficile, j’ai très peu dormi. Je n’ai pas arrêté de penser à Davis. Ce comportement odieux, sa question indiscrète, ce dîner raté et… ce baiser. Pour un premier vrai baiser, c’était… plus qu’agréable. Je n’ai pas le temps de continuer à rêvasser que quelqu’un frappe à la porte. Mélanie déboule sous mes yeux interloqués, allant jusqu’à faire fuir Gypsie. Oh là, ça va être l’interrogatoire sur ma soirée d’hier, je le sens. Elle s’assoit sur le canapé, croise les jambes et me sourit de toutes ses dents en rejetant sa crinière de feu derrière elle en un mouvement rapide et efficace de la tête.

— Alors, il est où ton beau gosse ? Tu l’as caché dans ton lit ? commence-t-elle, tout excitée de connaître les moindres détails.

— Quoi ?

Qu’est-ce que je disais ?

— Allez ! Arrête de faire ta timide, pas avec moi, ça ne marche pas. Raconte-moi tout. Je veux tout savoir !

Mélanie, j’ai bien peur que tu sois déçue… Je lève les yeux au ciel.

— Tu sais, il n’y a pas grand-chose à avouer, il ne s’est rien passé de ce que tu penses, lui dis-je en haussant les épaules.

Je vais la rejoindre sur le canapé et prends place à côté d’elle.

— Allez accouche ! Je suis trop impatiente ! Il est comment physiquement ? Donne-moi plein de détails ! Il embrasse bien ?

Je soupire. De toute façon, tant que je ne lui ai pas raconté, elle va me bombarder de questions. Donc, autant arrêter tout de suite son imagination débordante avant qu’elle ne dérape.

— C’est surtout quelqu’un qui me paraît très sûr de lui. Cet homme est un vrai coureur de jupons !

— Mais on s’en fout, Lulu. Je ne te demande pas de te marier avec, seulement de t’amuser un peu. Allez, accouche !

— Bon, j’admets qu’il est canon, lui avoué-je en sentant le rouge me monter aux joues en repensant à lui. C’est vrai qu’il a un regard qui me fait complètement craquer, mais… on s’est juste embrassé.

— Quoi, c’est tout ? me répond-elle, l’air déçu.

— Oui, tu t’attendais à quoi ? Je ne vais pas coucher avec lui dès le premier soir !

— Pourquoi pas ? Lucie, merde t’as 23 ans. Éclate-toi un peu ! Le prince charmant n’existe que dans les contes de fées pour secourir des princesses en danger. Alors, arrête de rêver et profite des plaisirs de la vie.

C’est bien Mélanie, ça. Dans le fond, elle a raison, j’en ai ma claque d’être seule. J’ai besoin de la chaleur réconfortante d’un homme, d’être désirée et aimée, avoir quelqu’un sur qui me reposer. Et de découvrir tous les jeux charnels que me vante tant Mélanie. Mais je suis une éternelle romantique. C’est dans ma nature, c’est comme ça. J’ai conscience que trouver la personne idéale sera sans doute long et compliqué. Si toutefois ça existe.

— J’ai peut-être envie justement qu’on me traite comme une princesse. Et qui te dit que c’est ce qu’il voulait, lui ?

— Tu m’as avoué que vous vous étiez embrassés. Donc, tu ne dois pas le laisser indifférent. Vous vous revoyez quand ?

Elle ne s’arrêtera jamais. Cette fille est toujours trop curieuse, elle souhaite tout savoir. Mais je l’adore, elle me booste, me remotive quand j’ai une baisse de courage, m’écoute quand j’ai besoin de parler. C’est ma meilleure amie, ma confidente, ma sœur que je n’ai jamais eue.

Résignée, je lui raconte ma soirée inachevée avec Davis, depuis ses questions indiscrètes jusqu’au moment où il m’a laissée seule dans ce parking, après avoir échangé un doux baiser… J’ai déjà embrassé un garçon, mais jamais de cette façon. C’était un baiser chargé d’électricité, intense et trop court à la fois. Celui qui te donne envie de recommencer encore et encore…

Après le déjeuner, Mélanie s’en va. Elle m’a parlé d’un mec qu’elle a rencontré samedi soir à l’Opium, un certain Mikael. Il avait l’air de lui plaire, mais la connaissant, elle s’emballe toujours. Elle passe une nuit ou deux avec puis se lasse et avant le suivant, sans même que le type ait eu le temps de remettre son caleçon. Elle a beau dire de moi, au fond, elle aussi attend l’homme qui saura prendre soin d’elle, qui l’aimera, qui frappera son cœur de plein fouet. Pour l’instant, elle profite de la vie et de ses plaisirs, selon son expression.

Je regarde Gypsie qui est venu s’installer sur mes genoux et ronronne tranquillement. Je me perds dans mes pensées, tout en caressant son poil soyeux. Comme une vieille fille le fait. Putain, cette pensée me fait horreur. Et si j’écoutais les conseils de Mélanie ? Je ne sais pas si j’y arriverai, mais je peux peut-être essayer, non ? Cette solitude me pèse, il est temps d’y mettre un terme.

J’aimerais revoir Davis. Mais lui, en a-t-il envie aussi ? Je voudrais le rappeler, mais Mél pense que ce n’est pas une bonne idée. Ça fait la fille qui lui court après, je dois me faire désirer, selon elle. Elle n’a pas tout à fait tort, mais c’est facile à dire. Comment m’y prendre ?

J’attrape mon portable dans la main et le fixe. Et puis, qu’est-ce que je pourrais bien lui dire ? « Salut, pour le dîner c’est quand tu veux ? » ou alors « ça te dit qu’on se revoit ?»

Quelle horreur ! En soufflant, je pose mon téléphone sur la table. Je vais attendre que ça soit lui qui me contacte. S’il le fait.