La collégiale de Berne - Jürg Schweizer - E-Book

La collégiale de Berne E-Book

Jürg Schweizer

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Beschreibung

La collégiale de Berne, dont la première pierre a été posée en 1421, est le plus important édifice religieux du gothique tardif en Suisse. À l’instar du nouvel hôtel de ville, achevé quelques années avant le début du chantier, elle témoigne de l’essor remarquable de la ville libre de Berne au XVe siècle. Elle doit son édification à des circonstances politiques et économiques favorables et à l’engagement financier d’une classe de commerçants ambitieux devenus membres du patriciat de la Ville. Souhaitant réaliser un projet digne de ses ambitions, la Ville engagea Matthäus Ensinger, le fils du célèbre maître d’oeuvre des cathédrales d’Ulm et de Strasbourg. Même si le chantier a duré plus d’un siècle et demi, l’édifice bâti selon les plans d’Ensinger présente une grande unité architecturale et un décor d’une richesse exceptionnelle, avec ses voûtes complexes, son mobilier gothique tardif et Renaissance, son portail du Jugement dernier et ses vitraux du XVe siècle.

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Seitenzahl: 114

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Jürg Schweizer · Bernd Nicolai

Brigitte Kurmann-Schwarz · Roland Gerber Annette Loeffel · Peter Völkle · Jasmin Christ

La collégiale de Berne

Canton de Berne

La collégiale de Berne – Prologue

Introduction

La collégiale dans la ville

Histoire ecclésiastique

Le début d’une nouvelle époque

Histoire de la construction

Pose de la première pierre, début des travaux, sanctuaire

Chapelles et arcades, socle du massif occidental, interruption des travaux

Reprise des travaux : voûtes des bas-côtés, piliers de la tour, chapelles latérales de la tour

Phase intensive : achèvement des collatéraux et du chœur, parties hautes

La tour

Le chantier médiéval

La Réforme

L’église inachevée

Le XIXe siècle et la construction de la tour, 1889-1893

Le chantier sans fin

Visite extérieure

L’édifice dans son ensemble, côté nord, chœur, côté sud

Massif occidental et portail

Visite intérieure

Vaisseau central

Collatéraux et chapelles latérales

Le chœur – une œuvre majeure du gothique tardif

La tour

Annexes

La collégiale et la terrasse construite entre 1334 et le XVIe siècle. À gauche, le bâtiment qu’on appelle toujours la «maison du chapitre», édifié entre 1745 et 1748 en conservant des structures de la maison des chevaliers teutoniques ou maison du chapitre Saint-Vincent.

La collégiale de Berne – Prologue

La collégiale de Berne fait partie des principaux édifices du gothique tardif en Suisse. Par sa situation dominante au-dessus du versant sud de la boucle de l’Aar et sa haute tour occidentale, achevée seulement au XIXe siècle, elle s’impose naturellement comme un emblème de la ville. Édifiée au XVe siècle, elle devait incarner le prestige de l’État-cité en plein développement et aussi, certainement, faire concurrence à la collégiale Saint-Nicolas de Fribourg (CH). Sur le plan artistique, elle fut influencée par les grands édifices religieux de la région du Rhin supérieur telles les cathédrales de Bâle (voûte du grand cloître) et de Strasbourg (tour occidentale à flèche ajourée), par l’église principale d’Ulm, ainsi que par les grands chantiers de Bohême (Prague) et de la région du Danube (Passau, Landshut). Elle témoigne donc aussi de l’ouverture et de la mobilité importante de ses commanditaires, de ses architectes, de ses artisans et de ses artistes, qui ont réalisé ici quelque chose d’exceptionnel.

Outre son architecture, la collégiale possède un décor remarquable. Le riche ensemble de sculptures du portail occidental (vers 1475) représente avec une grande force expressive le Jugement dernier à la fin des temps. De part et d’autre des portes, des statues illustrent la parabole des Vierges sages et des Vierges folles; les premières ont pris suffisamment d’huile pour leur lampe en prévision du dernier jour, tandis que les secondes ont négligé de le faire. Le massif occidental invite à monter dans la tour pour découvrir les cloches du Moyen Âge dans leur beffroi d’origine, la galerie du quadrilatère, avec les bustes des maîtres d’ouvrage et des entrepreneurs qui ont œuvré à l’achèvement du clocher jusqu’en 1893, puis enfin la galerie de l’octogone qui offre une vue incomparable sur la vieille ville et les environs.

À l’intérieur, le chœur richement orné possède non seulement un des programmes de vitraux les plus remarquables du milieu du XVe siècle, mais aussi un lutrin dit de l’Aigle et trois sièges de célébrants surmontés chacun d’une architecture miniature gothique. Avec ses clés de voûte sculptées représentant notamment la Trinité, la Vierge Marie, les Apôtres, les évangélistes et des saints, mais aussi ses nombreuses armoiries indiquant le rôle de la Ville de Berne comme maître d’ouvrage, la voûte réticulée du chœur (1515-1517), appelée la «Cour céleste», constitue certainement le moment fort de la visite. Les stalles richement sculptées sont l’un des premiers ouvrages de style Renaissance au nord des Alpes. Le vaisseau possède de larges baies à remplage et une chaire de style gothique tardif. Dans la travée d’entrée, où se trouve le stand d’information, on peut admirer une belle voûte flamboyante où figure le millésime 1476.

BN

Introduction

La collégiale dans la ville

Il ne reste aujourd’hui que peu de traces de la première église bâtie sur le flanc sud de la ville fondée vers la fin du XIIe siècle, qui s’étendait à cette époque du château fort de la Nydegg (aujourd’hui Nydeggkirche) jusqu’à la tour de l’Horloge. En 1276, cette église reçut le statut d’église paroissiale, ce qui entraîna la reconstruction d’un nouvel édifice, plus spacieux, appelé la «zweite Leutkirche». Comme élément de comparaison, on peut aller visiter l’ancienne église des dominicains (église française) de Berne, bâtie à peu près à la même époque, mais plus grande.

L’église paroissiale et son cimetière entouré d’un mur étaient intégrés dans le plan d’origine de la ville, aujourd’hui encore bien conservé. Le cimetière fut agrandi par étapes vers le sud, notamment à partir de 1334 grâce à la construction d’une terrasse qui s’élevait à près de 24 mètres au-dessus du quartier de la Matte. Cette terrasse avait la même profondeur que de nos jours, mais n’occupait que les deux tiers de la terrasse actuelle; elle se reconnaît aisément à ses contreforts et son parement en tuf. Les murs de soutènement furent ensuite renforcés et surélevés de 8 mètres pour atteindre leur hauteur définitive et la terrasse fut agrandie d’un tiers vers l’ouest à partir de 1514 pour atteindre ses dimensions actuelles, particulièrement impressionnantes. Après la Réforme, le cimetière fut démantelé en 1531 et la terrasse devint le parc public qui subsiste aujourd’hui. Ses pavillons d’angle furent rénovés en 1778 dans le style du baroque tardif par l’architecte Niklaus Sprüngli. En agrandissant la terrasse vers l’ouest, au début du XVIe siècle, les autorités marquaient l’achèvement de la collégiale en l’insérant de façon monumentale dans le contexte urbain. Son emplacement en bordure de la ville et sa terrasse servirent de modèle aux grands édifices bâtis à Berne jusqu’au début du XXe siècle. La construction de la nouvelle église exigeait aussi l’aménagement des trois autres côtés du site. On s’y attacha dès le XVe siècle en démolissant les murs du cimetière et en créant une place devant la collégiale. Jusqu’à la fin du XVe siècle, la moitié orientale de la place était occupée par le cimetière et sa moitié occidentale par des maisons bourgeoises; entre celles-ci et le mur du cimetière passait une ruelle qui reliait la Münstergasse à la Herrengasse. Entre 1491 et 1506, le Conseil fit démolir les cinq maisons situées en face du massif occidental afin de libérer suffisamment de place pour la collégiale. Une fontaine fut établie en 1544, mais elle a été entièrement refaite en 1790. Presque toutes les maisons qui bordent la place ont été rénovées au cours du XVIIIe siècle, à l’exception de celle située au numéro 30 de la Münstergasse qui, achevée peu de temps après la création de la place, en 1569, a gardé son aspect gothique tardif. Le sud de la place est élégamment délimité par la maison dite du chapitre, un palais de style baroque tardif dû à Albrecht Stürler et érigé à partir de 1745 à la place de la maison de l’ordre teutonique bâtie en 1432. On remarquera aussi l’ancien palais Tscharner sur le côté ouest, Münsterplatz 12, réalisé par le même architecte à partir de 1733.

Plan de situation de la collégiale

1 Ancien cimetière, actuelles Münsterplatz et Münstergasse

2 Ancienne église paroissiale «Leutkirche», puis emplacement de la collégiale

3 Ancien cimetière et terrasse actuelle

4 Anciennes maisons particulières, actuelle Münsterplatz; à l’est, ancien hôtel de ville, aujourd’hui Münstergasse

5 Maisons particulières et maison dite du chapitre.

La place créée devant la collégiale et la terrasse, état d’avancement peu après 1514.

Après la Réforme, la tour de la collégiale, arrêtée au niveau de la partie inférieure de l’octogone, avec ses fenêtres caractéristiques en anse de panier, resta inachevée. Cette situation perdura durant plusieurs siècles et devint un élément important de la silhouette de la ville. La tour ne fut achevée qu’entre 1889 et 1893, lorsqu’on ajouta un niveau supplémentaire à l’octogone et une flèche. Elle fait aujourd’hui contrepoids au Palais fédéral et aux grands édifices fédéraux bâtis à la même époque. Lors de la planification du quartier et du pont de Kirchenfeld, au sud de l’Aar, dans les années 1881 à 1883, on orienta la Luisenstrasse et la Jungfraustrasse dans la direction de la collégiale, tout en veillant à ce que le règlement sur les constructions préserve la vue sur la Jungfrau depuis la terrasse. Entretemps, la croissance de la forêt est venue quelque peu troubler ce plan initial. Même si la construction de la tour fut encore critiquée au milieu du XXe siècle, la collégiale, dans son état de la fin du XIXe siècle, est aujourd’hui l’emblème incontesté de la ville de Berne.

JS

La collégiale et la terrasse utilisée comme parc public; à gauche, l’ancienne maison de l’ordre teutonique. Peinture d’Antoni Schmalz, 1635.

Vue du sud-est sur la collégiale, la terrasse et la maison dite du chapitre; on notera leur intégration dans le paysage urbain.

Histoire ecclésiastique

En 1191, lors de la création de la ville de Berne par le duc Berthold V von Zähringen, la presque-île formée par le méandre de l’Aar, boisée selon la légende, appartenait à la paroisse beaucoup plus ancienne de Köniz. Probablement déjà consacrée à saint Vincent de Saragosse, la petite église de la ville nouvellement fondée dépendait donc de l’église paroissiale de Köniz, propriété depuis 1227 de l’ordre des chevaliers teutoniques. Lorsque l’église de Berne acquit le statut d’église paroissiale, la paroisse resta sous la responsabilité de l’ordre teutonique. Au cours du XIVe siècle, l’influence de la Ville s’accrût, ce qui explique pourquoi, bien que ne possédant pas le droit de patronat, elle agit en tant que maître d’ouvrage lors des préparations en vue de l’édification de la nouvelle église et de la pose de la première pierre. Ce rôle joué par la Ville se poursuivit durant toute la construction, comme en témoignent les nombreuses armoiries bernoises que l’on trouve tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’édifice. Dans les années 1484-1485, le Conseil réussit à obtenir du pape l’autorisation de créer un chapitre de chanoines placé sous l’autorité de la Ville et dont le prévôt reçut même les insignes épiscopaux, à savoir la mitre, la crosse et l’anneau. Le but était de bénéficier de tous les droits ecclésiastiques et de pouvoir établir un clergé pour la nouvelle collégiale, également investie d’une fonction représentative. À en croire les sources, l’ordre teutonique fut évincé sans ménagement et de façon dramatique, et le bâtiment qu’il avait fait construire 50 ans plus tôt entra en possession du chapitre. La fondation du chapitre était aussi une manière de s’émanciper de l’évêque de Lausanne. Sur les 24 places de chanoine prévues, jamais plus de la moitié ne furent occupées.

Vitrail central du chœur, 1441, avec les deux armoiries de Berne bien en évidence.

Les armoiries de la famille montante des von Ringoltingen apparaissent huit fois dans le vitrail des Rois mages du chœur, réalisé avant 1448 grâce à leurs dons. Les armoiries d’alliance témoignent de l’accession de cette famille à la noblesse.

Les deux panneaux à droite datent du XIXe siècle.

Heinrich Wölfli à droite portant l’aumusse des chanoines et deux pèlerins agenouillés devant l’autel Saint-Vincent. Dernière scène des tentures du chœur données par Wölfli en 1515 (aujourd’hui au Musée d’Histoire de Berne).

La clé de voûte annulaire de la voûte du chœur, achevée en 1517, contient un grand panneau de bois avec les armoiries de Berne (en haut), huit autres armoiries sont portées par des anges (au milieu). Les armoiries de la famille Brüggler sur la clé de voûte de leur chapelle (en bas).

L’édification de la collégiale fut dès le début soutenue aussi par des particuliers qui financèrent non seulement les chapelles latérales, les autels et les prébendes, mais contribuèrent aussi à la décoration de l’église. À la fin du XVe siècle, toutes les chapelles étaient attribuées ; certaines changeront ultérieurement de propriétaires ; d’autres donateurs reçurent l’autorisation d’adosser des autels aux piliers du vaisseau, ce qui fait qu’à la veille de la Réforme, la collégiale comptait 25 autels.

La Réforme de 1528 n’épargna pas le chapitre, que plusieurs chanoines quittèrent pour se marier et qui fut finalement dissous sans ménagement ; aujourd’hui, seul son nom continue à vivre dans celui de l’édifice baroque situé au numéro 3 de la Münsterplatz.

Il est surprenant que le portail central soit resté épargné par la vague d’iconoclasme. De fait, la scène du Jugement dernier pouvait aussi être interprétée comme la représentation de la nécessité perpétuelle de rendre justice sur terre, tâche désormais placée entre les mains du gouvernement patricien choisi par Dieu ; le remplacement de la statue de la Vierge Marie sur le pilier central par une statue de la Justice en 1575 va dans le même sens.

La nouvelle Église d’État bernoise se mit au service de la République de Berne. La collégiale devint l’église principale du chapitre réformé de Berne et le centre ecclésiastique de l’Ancienne Berne, tandis que son superintendant fut nommé inspecteur des pasteurs bernois. La propriété de l’édifice ne passera des mains de la Ville à celles de la paroisse générale qu’en 1875. Une réorganisation de cette dernière est en préparation ; à terme, il est prévu que la petite paroisse de la collégiale soit dissoute et que la collégiale, vu son importance pour l’ensemble de la ville, passe sous la responsabilité d’une paroisse englobant toute la ville de Berne.

JS

Relations commerciales internationales des commerçants bernois dans la première moitié du XVe siècle.

Le début d’une nouvelle époque

La pose de la première pierre de la collégiale et la rédaction de la première chronique de la ville de Berne par Konrad Justinger, vers 1420, étaient l’expression de profonds changements au sein de la société de l’époque. Ces changements touchaient tous les domaines de la vie de la ville du bas Moyen Âge, de la politique à la religion en passant par l’économie. D’un côté, le déplacement des routes commerciales de la Champagne vers le Rhin depuis le milieu du XIVe