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Les châteaux d’Oberdiessbach sont les monuments d’une prestigieuse seigneurie justicière de l’Ancienne Berne. Le château-fort de Diessenberg, sur le flanc de la Falkenfluh, en fut le siège jusqu’au XVe siècle, époque à laquelle il fut remplacé par un manoir érigé à la périphérie du village. Par la suite, la famille de Diesbach transforma ce bâtiment en un véritable châtelet dotée d’un mur d’enceinte et de deux tours-portes, que l’on appellerait plus tard le Vieux Château. Une nouvelle ère s’ouvrit lorsqu’Albert de Watteville (1617-1671), qui avait fait fortune au service du roi de France, acquit la seigneurie en 1648. Après une longue phase d’étude, il fit édifier par l’architecte Jonas Favre, entre 1668 et 1670, le somptueux Nouveau Château, dont son neveu et héritier Nicolas fit exécuter la luxueuse décoration. Il s’agit là de la première résidence de campagne réalisée en Suisse selon le modèle français de la maison de plaisance insérée dans un vaste cadre paysager. Façades, escalier, distribution et décoration répondent ici à des ambitions nouvelles. Le Nouveau Château préfigure à maints égards l’architecture profane baroque à travers laquelle s’affirmera la classe dominante sous l’Ancien Régime. Au cours des 25 dernières années, Sigiund et Martine de Watteville, les propriétaires actuels, ont restauré avec soin les deux châteaux, leurs dépendances et leurs jardins, et les ont ouverts au public.
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Seitenzahl: 124
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Les Guides d’art et d’histoire de la Suisse font partie des nombreuses publications et manifestations proposées par la Société d’histoire de l’art en Suisse SHAS.
La SHAS se donne pour tâches principales l’étude, la valorisation et la conservation de l’architecture et de l’art dans toutes les régions de Suisse. La SHAS est une société d’utilité publique fondée en 1880. Elle édite de nombreuses publications et la revue a+a consacrée à l’architecture et aux arts appliqués.
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Société d’histoire de l’art en Suisse SHAS
Pavillonweg 2, 3012 Berne
Tél.: +41 (0)31 308 38 38
Fax: +41 (0)31 301 69 91
[email protected], www.gsk.ch
Edité grâce au soutien financier de:
Première de couverture
Nouveau Château, loggia d’entrée.
Quatrième de couverture
La cour d’honneur est encadrée de deux pavillons. Les murs qui entouraient jadis jardin et entrée ont été démolis au début du XIXe siècle.
Rabat
Salle du premier étage avec tapisserie de cuir doré.
Traduction
Léo Biétry, Yverdon-les-Bains
Rédaction
Markus Andrea Schneider, lic. phil., SHAS
Lectorat
Valérie Clerc, historienne de l’art, SHAS
Mise en page
Pierre de Senarclens, visum design, Berne
Production de livres électroniques
Zeilenwert GmbH, Rudolstadt
Abonnement
Abonnement annuel
CHF 98.– comprenant
15 à 20 numéros
© Société d’histoire de l’art en Suisse SHAS, Berne 2018
ISBN 978-3-03797-370-7
ISSN 2235-0632
Série 104, no 1033-1034
Jürg Schweizer
Barbara Studer Immenhauser · Hans BraunArmand Baeriswyl · Georges Herzog
Les châteaux d’Oberdiessbach
Canton de Berne
Introduction
Oberdiessbach, seigneurie de haute justice
Le château-fort de Diessenberg
Le nouveau siège de la seigneurie dans la vallée
Le manoir et le Vieux Château
L’entrepôt à grain
Le Nouveau Château
Albert de Watteville (1617-1671), maître d’ouvrage
La genèse du Nouveau Château
Déroulement des travaux
Le parti général
L’extérieur
L’intérieur
Organisation générale– Rez-de-chaussée– Premier étage– Salon peint– Pavillon septentrional
La vie au château aux XVIIe et XVIIIe siècles
Le jardin et ses annexes
Charlotte et Charles Emmanuel de Watteville
Les XIXe et XXe siècles: du propriétaire foncier à l’exploitant
La cure
La chapelle funéraire d’Albert de Watteville
Appréciation du Nouveau Château
Annexes
Tableau des propriétaires
Johann Adam Riediger, détail du plan d’ensemble des domaines d’Oberdiessbach, 1716. Représentation très précise des châteaux, jardins et annexes en perspective cavalière (Archives du château, ci-après: AC).
Le présent guide porte sur le château-fort de Diessenberg et les deux châteaux d’Oberdiessbach. Ces trois monuments sont ceux de l’une des plus fières seigneuries justicières et foncières de l’Ancienne Berne – seigneurie dont on peut retracer l’histoire jusqu’au début du XIIIe siècle. Le nom même d’Oberdiessbach ne fut toutefois adopté qu’à la fin du XIXe siècle. Auparavant, la localité – tout comme la seigneurie – s’appelait simplement Diessbach, le préfixe «Ober-» ayant été ajouté pour la distinguer du village homonyme situé près de Büren an der Aare (BE). Le nom de Diessbach désigne cependant d’abord, par onomatopée, le cours d’eau bouillonnant qui rejoint depuis l’Äschlenalp la vallée de la Chise, et au bord duquel est érigé le Vieux Château. C’est de ce même nom que vient sans doute aussi celui des Diesbach, l’éminente famille qui acquit la seigneurie au XVe siècle – époque à laquelle elle contribua notamment à définir la politique de la Confédération durant les guerres de Bourgogne – et qui la conserva jusqu’au milieu du XVIIe siècle.
La seigneurie allait rester plus longtemps encore en possession de la famille qui succéda aux Diesbach en 1647: les Watteville. Il est tout à fait remarquable que les châteaux d’Oberdiessbach et les terres qui leur étaient rattachées soient restés aux mains des Watteville en dépit des bouleversements de 1798, qui leur firent perdre les revenus qu’ils tiraient jusque-là de la seigneurie. Cette situation est d’autant plus admirable qu’elle s’est maintenue dans le temps, malgré les mutations intervenues dans le domaine de l’agriculture à partir de la Seconde Guerre mondiale. Si Édouard de Watteville (1891-1978), le grand-père de l’actuel propriétaire, faisait encore exploiter ses terres par un premier valet et de nombreux employés, son fils Charles (1927-2006) se fit lui-même agriculteur. Le fait que les domaines rattachés au château aient été repris en 1994 par les actuels châtelains, Sigmund (né en 1960) et Martine de Watteville-Henry (née en 1963), constitue un précieux gage de continuité (voir p. 71). Au cours des cent précédentes années, l’entretien des deux châteaux, de leurs nombreuses dépendances et de leurs jardins s’était limité – abstraction faite de la rénovation de la toiture du Nouveau Château – à parer au plus pressé. Les travaux nécessaires étaient donc considérables. Les nouveaux propriétaires engagèrent dès lors, en étroite collaboration avec le Service cantonal des monuments historiques, une vaste campagne de restauration. Les deux châteaux et une grande partie de leurs annexes furent, au terme de méticuleuses études préparatoires, réhabilités par étapes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les jardins et leurs splendides ouvrages de clôture furent par ailleurs reconstitués et l’allée de 260 mètres de long, dont les derniers arbres étaient tombés dans les années 1970, fut replantée. L’entreprise bénéficia de la conscience aiguë qu’ont les maîtres d’ouvrage de leurs responsabilités à l’égard de ce patrimoine, de leur infatigable enthousiasme et de leur proverbiale efficacité. Aujourd’hui, les châtelains exploitent leur vaste domaine agricole sans employés permanents et assument au château, avec l’aide de la génération suivante, les fonctions de concierges, de jardiniers, d’animateurs culturels et de guides.
Ces admirables efforts profitent à un monument historique d’importance nationale. Le complexe d’Oberdiessbach permet en effet de retracer de façon exemplaire l’évolution de la résidence seigneuriale en Suisse. Le Vieux Château montre comment l’on passa, au bas Moyen Âge, du château-fort perché sur la Falkenfluh au manoir en bois situé dans la vallée, puis comment celui-ci fut, entre le XVe et le XVIIe siècle, transformé par l’ambitieuse famille de Diesbach en un véritable château doté d’un mur d’enceinte crénelé. Une nouvelle ère fut ensuite inaugurée par Albert de Watteville (1617-1671), qui s’était enrichi au service du roi de France. Après avoir commandé plusieurs avant-projets, il fit ériger par l’architecte neuchâtelois Jonas Favre (voir p. 87), entre 1668 et 1670, le somptueux Nouveau Château, dont son neveu et héritier Nicolas aménagea luxueusement l’intérieur après sa mort. La propriété, dont les grands axes de composition se prolongent loin dans le paysage, est la première en Suisse à avoir été conçue selon le modèle de la maison de plaisance à la française. Façades, escalier, distribution et décor répondent ici à de nouvelles ambitions en matière d’architecture seigneuriale. Le Nouveau Château représente, à plus d’un titre, le premier exemple d’architecture profane baroque produit par la classe dominante sous l’Ancien Régime.
L’idée de consacrer un guide complet à ce précieux patrimoine émane de Sigmund et Martine de Watteville. Une équipe d’auteurs spécialisés s’est penchée sur les questions archéologiques, historiques, généalogico-familiales et architecturales. L’auteur de ces lignes a pu exploiter d’importants documents dans les archives du château, notamment leur exceptionnel fonds de plans. Ces recherches et les analyses précédemment effectuées par les spécialistes de la conservation du patrimoine ont donné lieu à une vision en grande partie renouvelée de l’histoire et de l’importance de ce groupe de monuments et de ses abords, qui se sont, grâce à un heureux concours de circonstances, admirablement conservés.
JS
Sigmund et Martine de Watteville-Henry.
Façade principale du Nouveau Château.
Cette publication est le fruit d’une recherche approfondie dans les vastes archives du château d’Oberdiessbach et des études menées avant, pendant et après les restaurations des deux châteaux, de leurs dépendances et de leurs jardins. Les références consultées sont rassemblées dans l’ebook. Elles sont également disponibles sous forme analogue dans différents rapports et publications déposés dans les bibliothèques et les archives des services cantonaux et fédéraux concernés, ainsi que dans les archives du château.
La première mention écrite de la seigneurie de Diessbach remonte au 1er juin 1218, date à laquelle Ulrich de Kibourg la céda, entre autres possessions, à son fils Hartmann (IV) à titre de dot. Peu de temps après, les Kibourg semblent l’avoir transmise à des familles locales de basse noblesse, notamment aux Senn de Münsingen, leurs vassaux. En tout état de cause, c’est à ces derniers qu’appartenait le château-fort de Diessenberg, situé au sud-est de l’actuel Oberdiessbach, lorsque celui-ci fut détruit par les Bernois en 1331, dans la période qui précéda la guerre de Laupen. Comme aux autres nobles dont ils ruinèrent les châteaux, les Bernois interdirent à Burkard Senn de reconstruire le sien. Ce n’est que quarante ans plus tard, le 8 juillet 1371, qu’Antoine Senn fut autorisé à ériger un nouvel édifice au même endroit. Il dut cependant s’engager solennellement, en contrepartie, à se mettre au service de la Ville de Berne pendant les dix années suivantes.
En 1378, la seigneurie passa aux mains de Matthias Bogkess, riche bourgeois de Berne et de Thoune habile en affaires. Celui-ci ayant fait décrire avec précision, dans l’acte de vente, l’étendue de la seigneurie et les droits y afférents, nous sommes relativement bien renseignés sur leur état à la fin du XIVe siècle. Bogkess n’acquit pas seulement la pleine juridiction, mais aussi les revenus issus des nombreuses fermes, terres et forêts confiées à différents sujets de la seigneurie. Il entra également en possession de l’église d’Oberdiessbach et du droit de patronat y afférent, de sorte que lui revenaient non seulement les recettes de la dîme, mais aussi le droit de désigner le curé.
Des mains des fils de Matthias Bogkess, Imer et Ulrich, la seigneurie passa en 1427, pour moitié, à celles du riche bourgeois de Berne Niklaus (Clewi) de Diesbach – auquel de bonnes affaires avaient valu, en quelques décennies, une fortune considérable – et, pour moitié, à celles de Margaretha von Gauenstein, dénommée Bockessin. À la mort de cette dernière, sa part de la seigneurie échut à son époux, Johannes von Kilchen, secrétaire de la Ville de Berne. En 1469, celui-ci vendit sa part à Nicolas et Guillaume de Diesbach, de sorte que la famille de Diesbach se trouva en possession de l’ensemble de la seigneurie. Par la suite, les membres de la famille se la partagèrent, léguèrent et vendirent entre eux à plusieurs reprises. Le nom de la famille vient sans doute du village d’(Ober)diessbach, quoiqu’aucun lien de parenté ne soit attesté avec les Diesbach de basse noblesse qui possédaient le château de Diessenberg au XIIIe siècle. Il est toutefois imaginable que l’homonymie soit précisément l’une des raisons qui aient incité l’ambitieux entrepreneur et nouveau noble Clewi de Diesbach à acquérir, en 1427, une première seigneurie justicière à Oberdiessbach. Sous le règne de ses petits-fils Nicolas (II) et Guillaume, le château de Diessenberg fut abandonné et le manoir médiéval sis à la frange du village d’Oberdiessbach fut transformé – tout à fait dans l’esprit du romantisme chevaleresque du bas Moyen Âge – en un imposant château entouré d’un mur d’enceinte. Dès la fin du XVe siècle, toutefois, la famille de Diesbach se trouva aux prises avec de graves difficultés financières. Si Louis ne fit pas faillite en 1518, ce fut grâce à sa seconde épouse, Agathe de Bonstetten, qui lui racheta, le 15 janvier, une seigneurie de Diessbach grevée d’importantes dettes. En 1526, Agathe vendit celle-ci, avec l’assentiment de son époux, à leur fils commun Félix, au prix élevé de 3000 florins. Par la suite, le château et la seigneurie restèrent en possession de la famille de Diesbach jusqu’au milieu du XVIIe siècle.
En 1647, Madeleine, la veuve de Christophe de Diesbach, vendit la seigneurie pour 60’000 livres à son beau-fils, Sigmund de Watteville. Après la mort de Christophe en 1644, en effet, la famille de Diesbach s’était trouvée en proie à des difficultés financières, et elle n’était plus en mesure de conserver le domaine. En 1648, un an à peine après la vente de la seigneurie à la famille de Watteville, celle-ci fut reprise par le frère de Sigmund, le colonel Albert de Watteville, qui s’était enrichi au service de France. En 1668, celui-ci lança la construction du Nouveau Château. L’édifice fut achevé par son neveu Nicolas, qui avait hérité de la seigneurie à la mort de son oncle en 1671. Le frère d’Albert, Nicolas († 1669), et son fils du même nom firent ériger, en l’honneur du défunt, un imposant monument funéraire dans la chapelle qui avait été adjointe, vers 1670, à l’église d’Oberdiessbach. Au cours des siècles suivants, la seigneurie de Diessbach passa à plusieurs reprises d’une branche de la famille de Watteville à l’autre, mais resta dans le giron de cette dernière. Après la chute de l’Ancien Régime, les châtelains d’Oberdiessbach durent – comme tous les patriciens bernois – se réorienter, car ni les charges politiques ni le service étranger ne s’offraient plus à eux comme débouchés naturels. Au XIXe siècle, la plupart d’entre eux s’engagèrent dans l’Armée suisse ou exercèrent la profession de juriste, tout en exploitant pour leur propre compte, avec l’aide de premiers valets de ferme, le domaine agricole rattaché à la seigneurie. À partir du début du XXe siècle s’est cependant constituée une véritable dynastie d’agriculteurs, et Sigmund de Watteville, propriétaire de la 11e génération, est lui-même, indépendamment de sa fonction de châtelain, maître agriculteur.
BSI
Le 1er février 1647, les héritiers de Christophe de Diesbach vendent la seigneurie de Diessbach à Sigmund de Watteville, qui la revend un an plus tard, au même prix, à son frère Albert. Aussi les petits sceaux de Sigmund sont-ils appendus deux fois à l’acte de vente, avec ceux de son père du même nom, des tuteurs de la veuve et de la fille de Diesbach, ainsi que du beau-fils de la première. Ce double acte de vente est signé des initiales du notaire Holzer (AC).
Seigneuries bernoises
Au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime, une part importante des territoires sujets de la Ville de Berne ne lui étaient qu’indirectement soumis. Ces territoires – principalement situés aux abords immédiats de la ville, ainsi que dans les vallées stratégiques de l’Aar et de la Gürbe, entre Berne et Thoune – n’étaient pas régis et administrés, comme les bailliages, par un membre du Grand Conseil qui changeait tous les deux ans, mais étaient personnellement détenus par de riches bourgeois de Berne. Ceux-ci y percevaient des taxes, y levaient des troupes et, surtout, y rendaient la justice. À la fin de l’Ancien Régime, il existait, sur le territoire de l’actuel canton de Berne, une bonne trentaine de seigneuries de ce genre. Alors que la plupart des seigneurs justiciers, comme on les appelle, exerçaient la basse justice, quatre d’entre eux – ceux d’Oberdiessbach, de Spiez, de Belp et de Riggisberg – étaient aussi détenteurs de la justice du sang.
BSI
